Sougya : La michna achève la mesure du tehoum : ponts et nefachot habités, on sort la mesure en face d'eux, puis on rend la ville carrée pour gagner les angles. Rav et Shmouel lisent me'abberin avec un ayin ou avec un alef, puis appliquent le même geste à Makhpela, Amrafel et le roi nouveau d'Égypte.
Rabbi Yo'hanan raconte ce qu'il a appris chez Rabbi Ochaya Beribbi, compare le cœur des premiers à l'ouverture de l'Oulam, et la Guemara explique pourquoi la Torah des gens de Yehuda s'est maintenue : langue précise et siman, un seul maître, traité dévoilé.
Et des ponts et des nefachot dans lesquels il y a une maison d'habitation : on sort la mesure en face d'eux. Et on la fait comme une tablette carrée, afin qu'on gagne les angles.
Fin de la michna sur l'ibour de la ville, l'extension du tehoum de Chabbat. Un pont ou une nefech (bâtiment sur une tombe) qui sert d'habitation compte comme une saillie. On aligne la mesure en face, d'un angle à l'autre, pour que les deux côtés aient la même longueur.
Ensuite on rend le tehoum comme une tablette carrée. Un cercle de deux mille amot laisse les angles en retrait. Le carré les donne.
Tossefot : "maison d'habitation" qualifie les ponts. La nefech, elle, est déjà comptée comme demeure du gardien, même vide. Rachi précise : "carré" exclut le rond. La largeur suit la ville, la longueur reste deux mille.
Guemara. Rav et Shmouel : l'un enseigne "me'abberin" (ayin), et l'un enseigne "me'abberin" (alef).
La michna dit me'abberin. Rav et Shmouel ne lisent pas la même lettre. L'un a un ayin (מעברין), l'un a un alef (מאברין). Rachi ne glose ici que la lecture avec alef.
Celui qui enseigne "me'abberin" (alef) : membre par membre. Et celui qui enseigne "me'abberin" (ayin) : comme une femme enceinte.
Alef : ever, le membre. On ajoute à la ville chaque saillie, et on lui fait un vis-à-vis à l'angle opposé, puis on mesure depuis la.
Ayin : ubbera, la femme enceinte. Le ventre dépasse. Les saillies de la ville entrent dans le tehoum comme ce ventre.
La grotte de la Makhpela. Rav et Shmouel : l'un dit : deux maisons, l'une à l'intérieur de l'autre.
Et l'un dit : une maison et un étage au-dessus.
Autre dispute de Rav et Shmouel sur un mot. Makhpela veut dire double. Soit deux pièces en enfilade, soit une pièce et un étage, donc deux plafonds.
Rachi : la Guemara place ici cette dispute parce que le geste est le même que pour la michna, et il en sera de même pour Amrafel et pour le roi nouveau.
Soit, selon celui qui dit l'une au-dessus de l'autre : voila "makhpela". Mais selon celui qui dit deux maisons, l'une à l'intérieur de l'autre, que signifie "makhpela" ?
L'étage sur la maison rend le mot double évident : deux niveaux. Deux pièces en enfilade, le mot demande une autre raison. La suite la donne.
Le Ben Yehouada reprend la difficulté de Rachi, puis lit la question sur le nom que nous donnons maintenant à la grotte, et propose que les deux descriptions de Rav et Shmouel soient vraies ensemble : un niveau sur l'autre, et dans l'inférieur une grotte plus interne.
Parce qu'elle est double en couples. "Mamre, Kiryat Arba".
Rabbi Its'hak a dit : la ville des quatre couples : Adam et Hava, Avraham et Sara, Its'hak et Rivka, Yaakov et Lea.
Makhpela : double en couples, un homme et sa femme. Rachi cite Bereshit 49, 31.
Kiryat Arba, la ville des quatre : Rabbi Its'hak compte les quatre couples enterrés là. Lea est nommée, Rachel a été enterrée sur le chemin.
"Et ce fut aux jours d'Amrafel". Rav et Shmouel : l'un dit : son nom est Nimrod.
Et pourquoi son nom a-t-il été appelé Amrafel ? Parce qu'il a dit et a fait tomber Avraham notre père dans la fournaise de feu.
Et l'un dit : son nom est Amrafel. Et pourquoi son nom a-t-il été appelé Nimrod ?
Parce qu'il a fait se révolter le monde entier contre Lui, dans sa royauté.
Les deux lisent Amrafel et Nimrod comme un seul homme. La dispute porte sur le nom principal.
Amrafel : amar (il a dit) et hipil (il a fait tomber) Avraham dans la fournaise. Nimrod : himrid, il a fait se révolter. Rachi : "contre Lui" vise le Haut. Les sages ont adouci la formule.
"Un roi nouveau se leva sur l'Égypte". Rav et Shmouel : l'un dit : nouveau au sens propre.
Et l'un dit : ses décrets furent renouvelés.
Shemot 1, 8. Nouveau au sens propre : un autre roi. Ses décrets furent renouvelés : le même roi, avec des gezerot nouvelles.
Le Ben Yehouada tire de là une nafka mina sur la maison neuve qui exempte de la guerre (Devarim 20) : reconstruction sur place, ou bâtiment vraiment nouveau.
Celui qui dit nouveau au sens propre : parce qu'il est écrit "nouveau". Et celui qui dit que ses décrets furent renouvelés : du fait qu'il n'est pas écrit "il mourut, et il régna".
Preuve du sens propre : le verset dit 'hadach. Preuve de l'autre avis : pour les rois d'Edom, le texte écrit qu'un roi mourut et qu'un autre régna à sa place. Ici, cette formule manque. Rachi complète : "untel régna à sa place".
Et selon celui qui dit que ses décrets furent renouvelés, voici qu'il est écrit "qui ne connaissait pas Yossef" ? Que signifie "qui ne connaissait pas Yossef" ?
Il se comportait comme quelqu'un qui ne connaissait pas du tout Yossef.
Si c'est le même roi, comment "il ne connaissait pas Yossef" ? Réponse : il a agi comme quelqu'un qui ne le connaissait pas. Le verset décrit la conduite, pas une ignorance de fait.
(Signe : dix-huit, et douze, nous avons appris, chez David, et il comprendra.)
Siman, signe mnémonique des paroles qui suivent. Dix-huit jours, douze disciples, ce qui a été appris, David qui dévoile le traité, et le mot "il comprendra".
Rabbi Yo'hanan a dit : dix-huit jours j'ai grandi chez Rabbi Ochaya Beribbi, et je n'ai appris de lui qu'une seule chose dans notre michna : comment étend-on les villes, "me'abberin", avec un alef.
Beribbi : grand de sa génération, glose Rachi. En dix-huit jours, une seule halakha de notre michna : la lecture alef de me'abberin.
Tossefot : une autre question de Rabbi Yo'hanan à Rabbi Ochaya, sur le petsoua daka kohen, se place hors de ces dix-huit jours.
Est-ce ainsi ?! Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : Rabbi Ochaya Beribbi avait douze disciples, et dix-huit jours j'ai grandi parmi eux, et j'ai appris le cœur de chacun et la sagesse de chacun ?
Objection : les mêmes dix-huit jours, Rabbi Yo'hanan dit avoir saisi le lev de chaque disciple, son acuité, et sa 'hokhma, ce qu'il sait de plus que l'autre. Comment n'avoir appris qu'une chose ?
Le cœur de chacun et la sagesse de chacun, il les a acquis. La guemara, il ne l'a pas acquise.
Si tu veux, dis : d'eux, il a acquis ; de lui, il n'a pas acquis. Et si tu veux, dis : il parlait d'une seule chose dans notre michna.
Trois réponses. Il a acquis les personnes, pas la guemara transmise. Ou bien : il a acquis des disciples, pas de Rabbi Ochaya. Ou bien : "une seule chose" vise notre michna seulement.
Rachi lit la troisième réponse : hors de la michna, beraitot et guemarot, il en a pris beaucoup.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : quand nous apprenions la Torah chez Rabbi Ochaya, nous etions assis quatre par quatre dans une coudée. Rabbi a dit : quand nous apprenions la Torah chez Rabbi Elazar ben Chamoua, nous etions assis six par six dans une coudée.
La foule tient dans une ama (coudée) : quatre chez Rabbi Ochaya, six chez Rabbi Elazar ben Chamoua. Rachi : on se presse pour entendre.
Rabbi ici est Rabbi Yehouda ha-Nassi. Le Ben Yehouada rattache quatre et six au nombre de sedarim étudiés.
Rabbi Yo'hanan a dit : Rabbi Ochaya Beribbi, dans sa génération, est comme Rabbi Meir dans sa génération. De même que Rabbi Meir, dans sa génération, ses collègues ne pouvaient pas atteindre le fond de sa pensée, de même Rabbi Ochaya, ses collègues ne pouvaient pas atteindre le fond de sa pensée.
Sof daato : le fond de la pensée. Les collègues de Rabbi Meir ne l'atteignaient pas. Rabbi Ochaya est place au même rang dans son temps.
Rachi renvoie à Eruvin 13b : Rabbi Meir déclarait tahor ce qui est tame, et donnait un panim, une raison qui tient.
Rabbi Yo'hanan a dit : le cœur des premiers est comme l'ouverture de l'Oulam, et celui des derniers comme l'ouverture du Heikhal, et nous, comme le plein du trou d'une aiguille sidkit.
Trois mesures du lev. L'Oulam (vestibule) : ouverture de vingt amot. Le Heikhal (sanctuaire) : dix. Nous : le chas d'une aiguille sidkit, celle qui reprend une déchirure, donc très fine.
Les premiers : Rabbi Akiva. Les derniers : Rabbi Elazar ben Chamoua.
Il y en a qui disent : les premiers, Rabbi Elazar ben Chamoua ; les derniers, Rabbi Ochaya Beribbi. Et nous, comme le plein du trou d'une aiguille sidkit.
Deux identifications. Première : Akiva, puis son élève Elazar ben Chamoua. Seconde : Elazar ben Chamoua, puis Ochaya Beribbi. Dans les deux, "nous" restons au trou de l'aiguille.
Abaye a dit : et nous, comme un piquet dans le mur, pour la guemara. Rava a dit : et nous, comme un doigt dans la cire, pour le sevara.
Rav Ashi a dit : nous, comme un doigt dans le puits, pour l'oubli.
Trois images du déclin. Sikhata be-guda : le piquet entre de force, c'est la guemara. Doigt dans la cire (kira) : le sevara ne s'enfonce pas, il colle à peine. Doigt dans le puits (bira) : l'oubli entre sans peine.
Tossefot cite la leçon de Rabbeinou Hananel, be-bizrei : le doigt dans les graines. Le creux se referme des qu'on passe au traité suivant.
Rav Yehouda a dit que Rav a dit : les gens de Yehuda, qui étaient exigeants sur leur langue, leur Torah s'est maintenue dans leur main. Les gens de Galil, qui n'étaient pas exigeants sur leur langue, leur Torah ne s'est pas maintenue dans leur main.
Kapida sur la langue : choisir une langue nette. Rachi renvoie aux exemples des Galiléens, plus loin sur la page suivante. La Torah tient dans la main de ceux qui parlent ainsi.
La chose dépend-elle donc de l'exigence ? Plutôt : les gens de Yehuda, qui précisent la langue et pour qui l'on pose un siman, leur Torah s'est maintenue dans leur main.
Les gens de Galil, qui ne précisent pas la langue et pour qui l'on ne pose pas de siman, leur Torah ne s'est pas maintenue dans leur main.
La Guemara refuse de faire dépendre la mémoire de la seule kapida. Le motif qui reste : dayek lashon, reprendre les mots du maître tels quels, et siman, le signe pose d'une tradition a la suivante.
Les gens de Yehuda apprenaient d'un seul maître : leur Torah s'est maintenue dans leur main. Les gens de Galil, qui n'apprenaient pas d'un seul maître : leur Torah ne s'est pas maintenue dans leur main.
Deuxieme motif, sans nom d'amora : un seul rav. Rachi : deux formulations d'une même idée mélangent et font oublier.
Tossefot limite : cela vaut pour la guemara. Pour le sevara, Avoda Zara 19a dit qu'un seul maître ne laisse pas de siman berakha.
Ravina a dit : les gens de Yehuda, qui dévoilaient le traité, leur Torah s'est maintenue dans leur main. Les gens de Galil, qui ne dévoilaient pas le traité, leur Torah ne s'est pas maintenue dans leur main.
Gallei masekhta : dévoiler le traité. Rachi a deux lectures. Ils l'enseignent à d'autres. Ou ils dégagent le taam jusqu'à ce que la chose tienne dans le cœur.
David dévoilait le traité, Shaoul ne dévoilait pas le traité. David, qui dévoilait le traité, il est écrit à son sujet : "ceux qui Te craignent me verront et se réjouiront".
Shaoul, qui ne dévoilait pas le traité, il est écrit à son sujet : "(vers tout) où il se tournait".
David dévoile : Tehilim 119, 74, ceux qui craignent Hachem le voient et se réjouissent. Rachi : ses shemouot tombent juste, issour comme issour, heter comme heter.
Shaoul ne dévoile pas. Le verset cite, "où il se tournait", est coupé à la fin de l'amud. Rachi renvoie à Berakhot 4a, les decisions de David sur le sang et les enveloppes, et à Moed Katan 16a, David assis a enseigner.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).