Bava Kamma 119b — Les restes de l'artisan, et la fin du traité

Bava_Kamma 119b

Sougya : La page règle ce que l'artisan peut garder des restes du maître. Le cardeur est limité à trois points (hovin), carde le glima sur la trame, et n'égalise la longueur que jusqu'à un tefah.

Deux fils ou trois se partagent entre fils épais et fils fins. On n'achète au cardeur, au tisserand et au teinturier que ce qui est à eux par coutume ou par shinui (changement).

Le fil du tailleur assez long pour coudre fait deux longueurs d'aiguille. Rava accorde la michna et la baraita sur l'herminette et la hache selon le lieu.

Pierres, élagage, cuscute et fourrage vert dépendent de celui qui y tient. La page ferme le chapitre HaGozel Batra et le traité Bava Kamma.

Cardeur et blanchisseur : trois arbitrages La baraita et la michna visent des étoffes différentes. Combien de fils Baraita : deux fils fils épais (elimim) Michna : trois fils fils fins (ketinim) Le blanchisseur prend les fils du haut. Au-delà : au maître. Sens du cardage Glima, usage quotidien sur la trame (erev) la chaîne se déchire Sarbela, parure sur la chaîne (sheti) le drap est plus beau Chaque baraita vise un vêtement. Égaliser le bord Glima : la longueur le défaut s'y voit Ceinture (hemyana) la largeur, les deux bouts Jusqu'à un tefah il peut retirer la bande Trois hovin au plus, pour ne pas surtendre. Les rognures des boucles trop tendues, le cardeur les prend. La limite empêche d'en fabriquer. Amtoy ve-atoyi, aller et retour de l'aiguille : un point où deux ? Teikou.
Fils épais ou fins, glima ou sarbela, manteau ou ceinture : chaque règle vise un cas.
Acheter les restes : brut au maître, shinui à l'artisan Shinui : le changement de forme fait acquérir, même si la matière vient du maître. Artisan On n'achète pas On achète Cardeur Flocons (mukhin) ils ne sont pas à lui Coussin et oreiller pleins shinui. Ou la coutume locale Tisserand Irin, nirin, punkalin restes de pelotes Tacheté, chaîne, trame, filé chaînettes (tikhei), pas le tissu Teinturier Essais, modèles, laines arrachées de la toison Vêtement teint, filé feutres (namtei), sans filage Tanneur Rognures et poils au maître de maison Ce qui monte dans l'eau au tanneur : chose minime
Le reste brut reste au maître. Le shinui, ou la coutume, le laisse à l'artisan.
Fil du tailleur : que veut dire Rav Asi ? Mélo mahat hutz la-mahat : le plein d'une aiguille, au-delà de l'aiguille. Assez long pour coudre Deux longueurs aiguille + encore une aiguille En dessous : sert de sikheta (point). Le maître peut y tenir. La baraita retient cette lecture. Une longueur et un rien aiguille + mashehou En dessous : on ne retourne plus l'aiguille. Aucun usage. Cette lecture tombe. Conclusion : deux longueurs d'aiguille. Chema mina.
Deux longueurs d'aiguille : en dessous, le fil sert encore de point.
1
וְלֹא יָטִיל בּוֹ יוֹתֵר מִשְּׁלֹשָׁה חֻובִּין, וְלֹא יִסְרֹוק הַבֶּגֶד לְשִׁתְיוֹ אֶלָּא לְעֶרְבּוֹ. וּמַשְׁוֵיהוּ לְאָרְכוּ, אֲבָל לֹא לְרָחְבּוֹ. וְאִם בָּא לְהַשְׁווֹתוֹ עַד טֶפַח – רַשַּׁאי.

Et il n'y mettra pas plus de trois points (hovin). Et il ne cardera pas le vêtement sur sa chaîne (sheti), mais sur sa trame (erev).

Et il l'égalise sur sa longueur, mais non sur sa largeur. Et s'il vient à l'égaliser jusqu'à un tefah, il en a le droit.

📜 Rachi (3)
וְלֹא יָטִיל בּוֹ יוֹתֵר מג' חוֹבִין דֶּרֶךְ הַסּוֹרְקִים לָתֵת לוּלָאוֹת שֶׁל טְוִי בְּמַחַט לְאָורְכוֹ שֶׁל בֶּגֶד שֶׁמּוֹתְחוֹ בָּהֶן כְּשֶׁהוּא נִסְרָק וְחוֹבְטוֹ בְּמַקְלוֹת וּכְשֶׁנִּגְמַר וּבוֹלְטִין אוֹתוֹ מָקוֹם הַלּוּלָאוֹת שֶׁנִּמְתַּח שָׁם מַשְׁוֶה אוֹתָן וְנוֹטֵל אוֹתָן הַקִּצּוּעִים לְעַצְמוֹ כִּדְאָמַר לְקַמָּן וְאַשְׁמוֹעִינַן תַּנָּא שֶׁלֹּא יִתְפְּרֵם לְאוֹתָן לוּלָאוֹת בַּחֲזָקָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יָכוֹל לְמָתְחוֹ יוֹתֵר מִדַּאי אֶלָּא ג' חָבִין יפיינ"ץ בְּלַעַז ג' תְּפִירוֹת בְּמַחַט:
L'usage des cardeurs est de poser à l'aiguille des boucles de fil filé sur la longueur du vêtement, et de le tendre par elles pendant qu'il le carde et le bat avec des bâtons. Quand le travail est fini, l'endroit des boucles où le drap a été tendu fait saillie : il l'égalise et prend ces rognures pour lui, comme on le dit plus bas. Le tanna nous apprend qu'il ne coud pas ces boucles avec force, afin de ne pas pouvoir le tendre à l'excès : trois points seulement, yefeinetz dans la langue du pays, trois coutures à l'aiguille.
וּמַשְׁוֵיהוּ מְקוֹם הַבְּלִיטוֹת שֶׁנִּמְתַּח שָׁם נוֹטֵל בְּמִסְפָּרַיִם:
L'endroit des saillies, là où le drap a été tendu, il le retire aux ciseaux.
אֲפִילּוּ עַד טֶפַח לִיטֹּול מִמֶּנּוּ רְצוּעוֹת רְחָבוֹת טֶפַח:
En prendre des bandes larges d'un tefah.
💡 Explication

Le cardeur tend le drap par des boucles de fil, puis bat. Les saillies, une fois égalisées, deviennent ses rognures. La limite de trois hovin empêche de coudre les boucles trop fort et de surtendre le drap pour en retirer davantage.

Il carde sur la trame, égalise la longueur, et peut aller jusqu'à un tefah, une largeur de paume.

2
אָמַר מַר: שְׁנֵי חוּטִין. וְהָאֲנַן תְּנַן: שָׁלֹשׁ! לָא קַשְׁיָא; הָא בְּאַלִּימֵי, וְהָא בְּקַטִּינֵי.

Le maître a dit : deux fils. Or nous, nous avons appris dans la michna : trois !

Il n'y a pas de difficulté : ici, pour des fils épais ; là, pour des fils fins.

📜 Rachi (1)
אַלִּימֵי גַּסִּין שְׁנַיִם:
Épais : des fils gros. Deux.
💡 Explication

Deux fils reprend la baraita de la fin de 119a : le blanchisseur prend les deux fils du haut. La michna lui en donne trois. Les elimim, fils épais, sont les deux de la baraita. Les ketinim, fils fins, sont les trois de la michna.

3
וְלֹא יִסְרֹוק הַבֶּגֶד לְשִׁתְיוֹ, אֶלָּא לְעָרְבוֹ. וְהָתַנְיָא אִיפְּכָא! לָא קַשְׁיָא; הָא בִּגְלִימָא, הָא בְּסַרְבָּלָא.

Et il ne cardera pas le vêtement sur sa chaîne, mais sur sa trame. Or on enseigne l'inverse !

Il n'y a pas de difficulté : ici, pour un glima ; là, pour un sarbela.

📜 Rachi (2)
גְּלִימָא טַלִּית הָעֲשׂוּיָה לְכָל יוֹם וּכְשֶׁהוּא סוֹרֵק לְשִׁתְיוֹ נוֹחָה לִיקָּרֵעַ מַהֵר:
Glima : un talit fait pour tous les jours. Quand on le carde sur la chaîne, il se déchire vite.
סַרְבָּלָא עָשׂוּי. לְכָבוֹד וּלְנוֹי וּכְשֶׁהוּא סוֹרֵק לְשִׁתְיוֹ נָאֶה יוֹתֵר:
Sarbela : fait pour l'honneur et la parure. Quand on le carde sur la chaîne, il est plus beau.
💡 Explication

Deux baraitot donnent le sens du cardage à l'envers l'une de l'autre. Le glima est le manteau de tous les jours : on le carde sur la trame, la chaîne se déchirerait. Le sarbela est le manteau de parure : le cardage sur la chaîne le rend plus beau.

4
וְלֹא יָטִיל בּוֹ יוֹתֵר מִשְּׁלֹשָׁה חֻובִּין. בָּעֵי רַבִּי יִרְמְיָה: אַמְטוֹיֵי וַאֲתוּיֵי חַד, אוֹ דִּלְמָא אַמְטוֹיֵי וְאֵתוֹיֵי תְּרֵי? תֵּיקוּ.

Et il n'y mettra pas plus de trois points. Rabbi Yirmeya a demandé : amtoy ve-atoyi comptent-ils pour un, ou bien amtoy ve-atoyi comptent-ils pour deux ?

Teikou.

📜 Rachi (1)
ה"ג אַמְטוֹיֵי וְאֵתוֹיֵי חַד אוֹ דִּלְמָא אַמְטוֹיֵי וְאֵתוֹיֵי תְּרֵי מִנְהָג תּוֹפֵר אֻומָּן לְהוֹלִיךְ וּלְהָבִיא הַמַּחַט בַּבֶּגֶד קֹודֶם שֶׁיִּמְשֹׁוךְ כָּל הַחוּט וְקָא מִבַּעְיָא לֵיהּ הָנָךְ ג' חוּטִין דְּקָתָנֵי מִי חֲשִׁיבָא הוֹלָכָה וְהוֹבָאָה חַד דְּהָווּ לְהוּ ג' הוֹלְכוֹת וְג' הוֹבָאוֹת א"ד הוֹלָכָה וְהוֹבָאָה תְּרֵי חֲשִׁיב לְהוּ:
Voici la leçon : amtoy ve-atoyi pour un, ou bien amtoy ve-atoyi pour deux. L'usage d'un tailleur de métier est de faire aller l'aiguille et de la ramener dans le vêtement avant de tirer tout le fil. La question porte sur ces trois fils qui sont enseignés : compte-t-on l'aller et le retour pour un, ce qui fait trois allers et trois retours ? Ou bien dit-on que l'aller et le retour comptent pour deux ?
💡 Explication

Amtoy : on enfonce l'aiguille. Atoyi : on la ramène. Le tailleur fait ce double passage avant de tirer le fil. Si le couple compte pour un hov, trois hovin font trois allers et trois retours. S'il compte pour deux, le plafond est plus bas.

Teikou : la question reste sans décision.

🖼️ Schéma
Trois hovin : un passage ou deux ? Amtoy : l'aiguille entre avant de tirer le fil Atoyi : l'aiguille sort le fil n'est pas encore tiré Teikou la question reste Lecture 1 : aller + retour = 1 point. Trois points = trois allers et trois retours. Lecture 2 : aller + retour = 2. Trois points = moins de passages.
Aller et retour de l'aiguille : un point où deux. Teikou.
5
וּמַשְׁוֵיהוּ לְאָרְכּוֹ אֲבָל לֹא לְרָחְבּוֹ. וְהָתַנְיָא אִיפְּכָא! לָא קַשְׁיָא; הָא בִּגְלִימָא, הָא בְּהֶמְיוֹנַי.

Et il l'égalise sur sa longueur, mais non sur sa largeur. Or on enseigne l'inverse !

Il n'y a pas de difficulté : ici, pour un glima ; là, pour un hemyani.

📜 Rachi (2)
גְּלִימָא מְשַׁוֵּיהוּ לְאָרְכוּ כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל:
Glima, on l'égalise sur sa longueur : comme je l'ai expliqué plus haut.
הֶמְיוֹנָא אֵינוֹ נִרְאֶה אֶלָּא שְׁנֵי רָאשֶׁיהָ הַתְּלוּיִין לְכָךְ מַשְׁוֶה לְרָחְבָּהּ ב' רָאשֶׁיהָ הַתְּלוּיִין:
Hemyana : on n'en voit que les deux bouts pendants. C'est pourquoi il égalise sur la largeur ses deux bouts pendants.
💡 Explication

Même démarche que pour le cardage. Sur un glima, c'est la longueur qu'on égalise. Sur une ceinture (hemyana), seuls les deux bouts se voient : on égalise la largeur de ces bouts.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין לוֹקְחִין מִן הַסּוֹרֵק מוֹכִין, מִפְּנֵי שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ. וּבִמְקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לִהְיוֹת שֶׁלּוֹ – לוֹקְחִין. וּבְכָל מָקוֹם לוֹקְחִין מֵהֶן כַּר מָלֵא מוֹכִין וְכֶסֶת מְלֵאָה מוֹכִין. מַאי טַעְמָא? קִנְּנָהוּ בְּשִׁינּוּי.

Les Sages ont enseigné : on n'achète pas de flocons (mukhin) au cardeur, parce qu'ils ne sont pas à lui. Là où l'usage est qu'ils sont à lui, on en achète.

Et en tout lieu on achète d'eux un coussin plein de flocons et un oreiller plein de flocons. Quelle est la raison ?

Il les a acquis par un shinui (changement).

💡 Explication

Les mukhin du cardeur sont présumés au maître. La coutume locale peut les lui laisser : on achète alors. Partout, le coussin et l'oreiller déjà garnis s'achètent : le shinui, le changement de forme, les lui a fait acquérir, même si les flocons venaient d'un autre.

7
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין לוֹקְחִין מִגַּרְדִּי לֹא אִירִין, וְלֹא נִירִין, וְלֹא פּוּנְקָלִין, וְלֹא שִׁיּוּרֵי פְּקִיעִיּוֹת.

Les Sages ont enseigné : on n'achète pas au tisserand ni des irin, ni des nirin, ni des punkalin, ni des restes de pelotes.

📜 Rachi (4)
אִירִין דֶּרֶךְ הַגַּרְדִּי לְהַנִּיחַ צֶמֶר בְּקָנֶה שֶׁל עֵרֶב כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵצֵא הָעָרֶב מִן הַקָּנֶה לְכָאן וּלְכָאן וְהוּא שֶׁל בעה"ב:
Irin : l'usage du tisserand est de poser de la laine dans le roseau de la trame, pour que la trame ne sorte pas du roseau d'un côté ni de l'autre. Cette laine est au maître de maison.
נִירִין ליציי"ץ:
Nirin : des lices, litseitz dans la langue du pays.
פַּקְעִיּוֹת לוישיי"ל:
Pelotes : levisheil dans la langue du pays.
פּוּנְקָלִין טריימ"ש שֶׁעוֹשִׂין לִירִיעוֹת הַנֶּאֱרָגוֹת מְעֻומָּד וְאֵין עוֹשִׂין לְהוּ קָנֶה כְּדֶרֶךְ הַגְּרָדִין:
Punkalin : treimesh, qu'on fait pour des tentures tissées debout, et on ne leur fait pas de roseau comme le font les tisserands.
💡 Explication

Quatre restes du métier à tisser restent au client. Les irin sont la laine placée dans le roseau de trame pour la maintenir. Les nirin sont les lices. Les punkalin servent aux tentures tissées debout, sans roseau. Les restes de pelotes sont ce qui reste sur la bobine.

8
אֲבָל לוֹקְחִין מֵהֶן בֶּגֶד מְנֻומָּר, עֵרֶב, וּשְׁתֵּי, טָווּי, וְאָרִיג.

Mais on achète d'eux un vêtement tacheté, de la trame et de la chaîne, du filé et du tissé.

📜 Rachi (2)
בֶּגֶד מְנֻומָּר כְּלוֹמַר אֲפִילּוּ מְנֻומָּר בִּצְבָעִים הַרְבֵּה אע"פ שֶׁרַגְלַיִם לַדָּבָר שֶׁגָּנַב הַצֶּמֶר מִן בְּגָדִים שֶׁאָרַג לוֹקְחִין מֵהֶן דִּקְנִינְהוּ בְּשִׁינּוּי:
Vêtement tacheté : c'est-à-dire même tacheté de beaucoup de couleurs. Même s'il y a lieu de dire qu'il a volé la laine des vêtements qu'il a tissés, on achète d'eux, car il les a acquis par un shinui.
טָווּי אָרִיג וְהַייְנוּ אִירִין דַּאֲמָרָן לֹא יִקַּח אִם טְלָאָן הַגַּרְדִּי לוֹקְחִין דִּקְנִינְהוּ בְּשִׁינּוּי:
Filé, tissé : ce sont les irin dont on a dit qu'on ne les achète pas. Si le tisserand les a rapiécés, on les achète, car il les a acquis par un shinui.
💡 Explication

Le vêtement menoumar, tacheté de plusieurs couleurs, peut venir de laines prises sur d'autres pièces. On l'achète quand même : le shinui a fait acquérir. Chaîne, trame, filé et tissé suivent la même raison. Rachi lit le filé et le tissé comme ces irin, une fois rapiécés.

9
אָמְרִי: הַשְׁתָּא טָווּי שָׁקְלִי, אָרוּג מִבַּעְיָא? מַאי ״אָרִיג״ – תִּיכֵּי.

On a dit : maintenant qu'on prend le filé, le tissé est-il à demander ? Que veut dire tissé ?

Des tikhei (chaînettes).

📜 Rachi (2)
אָרוּג מִבָּעֵי הָא ה"ל טָווּי קוֹדֵם לְאָרִיג:
Le tissé est-il à demander : le tissé a déjà été filé avant d'être tissé.
תִּיכֵּי שַׁרְשְׁרוֹת שרימ"ש דְּלָא טְוַואן קֹודֶם לָכֵן:
Tikhei : des chaînettes, sherimesh, qu'on n'a pas filées auparavant.
💡 Explication

Le tissage suppose déjà le filage. Enseigner le filé, puis le tissé, ferait double emploi. Arig désigne ici les tikhei : des chaînettes qu'on n'a pas filées d'abord. Le changement est du même ordre que le filage, et l'enseignement a sa place.

10
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין לוֹקְחִין מִן הַצַּבָּע לֹא אֹותוֹת וְלֹא דֻּוגְמוֹת וְלֹא תְּלוּשִׁים שֶׁל צֶמֶר, אֲבָל לוֹקְחִין מֵהֶן בֶּגֶד צָבוּעַ, טָווּי, בְּגָדִים. הַשְׁתָּא טָווּי שְׁקִיל, בְּגָדִים מִיבַּעְיָא? מַאי ״בְּגָדִים״ – נַמְטֵי.

Les Sages ont enseigné : on n'achète pas au teinturier ni des otot, ni des dugmot, ni des laines arrachées. Mais on achète d'eux un vêtement teint, du filé, des vêtements.

Maintenant qu'on prend le filé, les vêtements sont-ils à demander ? Que veut dire vêtements ?

Des namtei (feutres).

📜 Rachi (7)
אוֹתוֹת כְּשֶׁמְּבִיאִין לוֹ בֶּגֶד לִצְבֹּועַ חוֹתֵךְ מִמֶּנּוּ מְעַט לִפְנֵי בְּעָלָיו לֵידַע אִם יִקְלֹוט אֶת הַצֶּבַע וּפְעָמִים שֶׁמְּעַכְּבוֹ אֶצְלוֹ וְשָׁכְחוּ בְּעָלִים:
Otot : quand on lui apporte un vêtement à teindre, il en coupe un peu devant le propriétaire, pour savoir s'il prendra la teinture. Parfois il le garde chez lui, et les propriétaires ont oublié.
דֻּוגְמָאוֹת שֶׁמְּבִיאִין לוֹ הַבְּעָלִים צֶמֶר לִצְבֹּועַ וּמֵבִיא עִמּוֹ מְעַט צֶמֶר צָבוּעַ וְאוֹמֵר כָּזֶה צֶבַע לִי:
Dugmaot : les propriétaires lui apportent de la laine à teindre, et il apporte avec lui un peu de laine teinte, et il dit : teins-moi comme ceci.
תְּלוּשֵׁי צֶמֶר שֶׁתָּלַשׁ מִן הַגִּיזָּה הַצֶּמֶר מְעַט מְעַט:
Laines arrachées : il a arraché la laine de la toison, un peu à la fois.
אֲבָל לוֹקְחִין מִמֶּנּוּ בֶּגֶד צָבוּעַ דְּבֶגֶד שָׁלֵם לֹא גָּנַב וְאִי נָמֵי גְּנָבוֹ קַנְיֵיהּ בְּשִׁינּוּי:
Mais on achète de lui un vêtement teint : un vêtement entier, il ne l'a pas volé ; et même s'il l'a volé, il l'a acquis par un shinui.
טָווּי וּבְגָדִים וְהָנָךְ דֻּוגְמָאוֹת שֶׁטַּווָּאָן אוֹ עָשָׂה מֵהֶן בְּגָדִים לוֹקְחִין:
Filé et vêtements : et ces échantillons, s'il les a filés ou s'il en a fait des vêtements, on les achète.
הַשְׁתָּא טָווּי שָׁקְלִינַן בְּגָדִים מִבַּעְיָא הָא אֵין בְּגָדִים אא"כ טְוַואן:
Maintenant que nous prenons le filé, les vêtements sont-ils à demander : il n'y a de vêtements que s'il les a filés.
נַמְטֵי לְבָדִין פליטר"ש בְּלַעַ"ז וְאֵין שָׁם טָווּי:
Namtei : des feutres, felitresh dans la langue du pays, et il n'y a pas là de filage.
💡 Explication

Trois choses restent chez le teinturier sans qu'on les lui achète. Les otot sont l'essai coupé sur le vêtement, parfois oublié chez lui. Les dugmot sont le modèle de couleur apporté par le client. Les laines arrachées viennent de la toison, par petites prises.

Le vêtement teint et le filé s'achètent, par shinui ou parce que le vêtement entier n'est pas une prise. Begadim, ici, ce sont les namtei, des feutres : on ne les file pas, donc les nommer après le filé a un sens.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: הַנּוֹתֵן עוֹרוֹת לָעַבְּדָן; הַקִּיצּוּעִין וְהַתְּלוּשִׁין – הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת, וְהָעוֹלָה וּמִשֶּׁטֶף בְּמַיִם – הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁלּוֹ.

Les Sages ont enseigné : celui qui donne des peaux au tanneur, les rognures et les poils détachés sont au maître de maison, et ce qui monte et se rince dans l'eau est à lui.

📜 Rachi (3)
הַקִּיצּוּעִין רונייור"ש בְּלַעַ"ז שֶׁמְּקַצֵּעַ מִן הָעוֹר סָבִיב:
Les rognures : roneiyorsh dans la langue du pays, ce qu'il taille tout autour de la peau.
וְהַתְּלוּשִׁין צֶמֶר הַתָּלוּשׁ מִן הָעוֹר:
Et les détachés : la laine détachée de la peau.
צֶמֶר הָעוֹלָה מִן שֶׁטֶף הַמַּיִם שֶׁלּוֹ דְּדָבָר מוּעָט הוּא וְאַפְּקוּרֵי מַפְקַר לֵיהּ:
La laine qui monte du rinçage de l'eau est à lui : c'est une chose minime, et le maître l'abandonne.
💡 Explication

Le tanneur équarrit la peau : les rognures et la laine arrachée du cuir restent au maître. Ce qui se détache dans l'eau de rinçage est peu de chose : le maître l'abandonne, et c'est au tanneur.

12
אִם הָיָה שָׁחוֹר [וְכוּ׳]. אָמַר רַב יְהוּדָה: קַצָּרָא שְׁמֵיהּ, וְקַצְרָא שְׁקִיל לֵיהּ. אָמַר רַב יְהוּדָה: הַכֹּל עוֹלִין לְמִנְיַן תְּכֵלֶת; וְיִצְחָק בְּרִי קָפֵיד עֲלַיְיהוּ.

S'il était noir, etc. Rav Yehouda a dit : son nom est katzra, et le katzra le prend.

Rav Yehouda a dit : tout entre dans le compte du tekhelet. Et Yitshak mon fils y tient.

📜 Rachi (3)
קַצָּרָא שְׁמֵיהּ וְקַצְרָא שָׁקֵיל לֵיהּ הַכּוֹבֵס נִקְרָא קַצָּרֵי בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי וְקַצְרָא שֶׁהוּא מְקַצֵּר מִן הַבֶּגֶד אִיהוּ שְׁקִיל לֵיהּ וְדִידֵיהּ הוּא:
Son nom est katzra, et le katzra le prend : le blanchisseur s'appelle katzri en araméen, et le raccourci qu'il retranche du vêtement, c'est lui qui le prend, et c'est à lui.
הַכֹּל עוֹלִין לְמִנְיַן תְּכֵלֶת אוֹתָן שְׁלֹשָׁה חוּטִין אִם לֹא קָצְרָן הַכּוֹבֵס עוֹלִין לְמִדַּת מָלֵא קֶשֶׁר גּוּדָל שֶׁצָּרִיךְ לְהַרְחִיק אֶת תְּכֵלֶת שֶׁל צִיצִית מִשְּׂפַת הַבֶּגֶד בְּמַסֶּכֶת מְנָחוֹת (דַּף מב.):
Tout entre dans le compte du tekhelet : ces trois fils, si le blanchisseur ne les a pas coupés, entrent dans la mesure d'un plein nœud de pouce, distance dont il faut écarter le tekhelet du tzitzit du bord du vêtement, dans le traité Menahot (42a).
קָפֵיד עֲלַיְיהוּ וְנוֹטְלָן:
Il y tient : et il les retire.
💡 Explication

La michna : si le fil est noir sur un vêtement blanc, le blanchisseur prend tout. Rav Yehouda joue sur katzra : en araméen, le blanchisseur, et aussi ce qu'il raccourcit. Ce raccourci est à lui.

Second dit : les trois fils non coupés comptent dans l'écart du tekhelet du tzitzit, un nœud de pouce à partir du bord. Yitshak, son fils, les retire et refuse de les compter dans la mesure.

🖼️ Schéma
Trois fils et la marge du tekhelet bord 3 fils kesher gudal : un nœud de pouce (Menahot 42a) tekhelet du tzitzit Si le blanchisseur ne les coupe pas, les trois fils entrent dans la distance. Yitshak, fils de Rav Yehouda, les retire et ne les compte pas.
Les trois fils non coupés entrent dans l'écart du tekhelet.
13
הַחַייָּט שֶׁשִּׁייֵּר (מִן) [אֶת] הַחוּט כו׳. וְכַמָּה לִתְפֹּור? אָמַר רַב אַסִּי: מְלֹא מַחַט חוּץ לַמַּחַט. אִיבַּעְיָא לְהוּ: מְלֹא מַחַט, וְחוּץ לַמַּחַט כִּמְלֹא מַחַט; אוֹ דִלְמָא מְלֹא מַחַט, וְחוּץ לַמַּחַט מַשֶּׁהוּ?

Le tailleur qui a laissé le fil, etc. Et combien pour coudre ?

Rav Asi a dit : le plein d'une aiguille, au-delà de l'aiguille. On a demandé : le plein d'une aiguille, et au-delà de l'aiguille le plein d'une aiguille ?

Ou bien le plein d'une aiguille, et au-delà de l'aiguille un mashehou (un rien) ?

📜 Rachi (2)
מָלֵא הַמַּחַט מָלֵא אֹורֶךְ הַמַּחַט:
Le plein de l'aiguille : le plein de la longueur de l'aiguille.
וְחוּץ לַמַּחַט שֶׁכָּל זְמַן שֶׁאֵין מִן הַחוּט אֶלָּא מָלֵא הַמַּחַט מְצֻומְצָם אֵין יָכוֹל לְתוֹחֲבוֹ בַּבֶּגֶד: בַּבָּרַייְתָא גָּרְסִינַן וּמַטְלִית שֶׁהִיא פְּחוּתָה מג' עַל ג':
Et au-delà de l'aiguille : tant que le fil n'a que juste le plein de l'aiguille, il ne peut pas l'enfoncer dans le vêtement. Dans la baraita on lit : et une pièce moindre que trois sur trois.
💡 Explication

La michna donne au maître le fil que le tailleur a laissé s'il y en a assez pour coudre, et la pièce de trois sur trois. Rav Asi mesure cet assez : mélo mahat hutz la-mahat. Un fil juste long comme l'aiguille ne s'enfonce pas : il faut de la longueur au-delà. Reste à savoir combien.

14
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא: הַחַיָּיט שֶׁשִּׁייֵּר אֶת הַחוּט פָּחוֹת מִכְּדֵי לִתְפֹּור בּוֹ, וּמַטְלֵית שֶׁהִיא פְּחוּתָה מִשָּׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ – בִּזְמַן שֶׁבַּעַל הַבַּיִת מַקְפִּיד עֲלֵיהֶן, הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת; אֵין בַּעַל הַבַּיִת מַקְפִּיד עֲלֵיהֶן, הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁלּוֹ.

Viens et entends, car on a enseigné : le tailleur qui a laissé le fil moindre que de quoi coudre avec, et une pièce moindre que trois sur trois, quand le maître de maison y tient, ils sont au maître de maison ; si le maître de maison n'y tient pas, ils sont à lui.

💡 Explication

En dessous de la mesure pour coudre, et en dessous de trois sur trois, la règle suit le maître. S'il est makpid, s'il y tient, le fil et la pièce restent à lui. S'il n'y tient pas, ils sont au tailleur.

Cette baraita va servir à fixer la mesure de Rav Asi : le fil juste en dessous doit encore avoir un usage, sinon le maître n'aurait rien à réclamer.

15
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא מְלֹא מַחַט, וְחוּץ לַמַּחַט כִּמְלֹא מַחַט – פָּחוֹת מִכָּאן חֲזֵי לְסִיכְּתָא; אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ מְלֹא מַחַט, וְחוּץ לַמַּחַט מַשֶּׁהוּ – פָּחוֹת מִכָּאן לְמַאי חֲזֵי?

Cela se tient si tu dis : le plein d'une aiguille, et au-delà de l'aiguille le plein d'une aiguille, car moins que cela sert encore pour une sikheta. Mais si tu dis : le plein d'une aiguille, et au-delà de l'aiguille un mashehou, moins que cela, à quoi cela sert-il ?

📜 Rachi (2)
לְסִיכְּתָא חָבִין שֶׁפֵּירַשְׁנוּ לְמַעְלָה:
Pour une sikheta : les points (hovin) que nous avons expliqués plus haut.
פָּחוֹת מִכָּאן לְמַאי חֲזֵי הָא אֵין יָכוֹל לַהֲפֹוךְ הַמַּחַט וּלְתוֹחֲבוֹ:
Moins que cela, à quoi cela sert-il : il ne peut pas retourner l'aiguille et l'enfoncer.
💡 Explication

Si la mesure est de deux longueurs d'aiguille, un fil plus court sert encore de sikheta, un point comme les hovin du cardeur. Le maître peut y tenir : la baraita a un objet.

Si la mesure n'est qu'une longueur plus un rien, le fil encore plus court ne permet plus de retourner l'aiguille. Le maître n'aurait plus de motif d'y tenir.

16
אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה: מְלֹא מַחַט, וְחוּץ לַמַּחַט כִּמְלֹא מַחַט. שְׁמַע מִינָּה.

Retiens-en donc : le plein d'une aiguille, et au-delà de l'aiguille le plein d'une aiguille. Retiens-en.

💡 Explication

Chema mina : la mesure de Rav Asi est deux longueurs d'aiguille. C'est le plein de l'aiguille, plus, au-delà, encore le plein d'une aiguille.

17
מַה שֶׁהֶחָרָשׁ כו׳. וּרְמִינְהִי: מַה שֶּׁהֶחָרָשׁ מוֹצִיא בַמַּעֲצָד, וְהַנִּפְסָק בִּמְגֵירָה – הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת; וְהַיּוֹצֵא מִתַּחַת מַקְדֵּחַ וּמִתַּחַת רָהִיטְנֵי, וְהַנִּגְרָר בַּמְּגֵירָה – הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁלּוֹ!

Ce que le charpentier, etc. On oppose : ce que le charpentier retire à l'herminette (maatzad), et ce qui est tranché à la scie, sont au maître de maison ; et ce qui sort de dessous le foret et de dessous le rabot (rehitni), et ce que la scie entraîne, sont à lui !

📜 Rachi (5)
מְגֵירָה שייר"ה בְּלַעַ"ז וְסַכִּין הוּא שֶׁיֵּשׁ בּוֹ פְּגִימוֹת הַרְבֵּה וְקוֹצֶצֶת מַהֵר:
Scie : shireh dans la langue du pays. C'est un couteau qui a beaucoup d'échancrures, et il coupe vite.
הַנִּפְסָק בִּמְגֵירָה פִּסְקֵי עֵצִים שֶׁהָעֵץ אָרֹוךְ וּפוֹסְקוֹ:
Ce qui est tranché à la scie : des tronçons de bois, quand le bois est long et qu'il le tranche.
מַקְדֵּחַ טרייד"א וְהַיּוֹצֵא מִשָּׁם דַּק כְּעָפָר:
Foret : treida. Ce qui en sort est fin comme de la poussière.
רְהִיטָנִי פליינ"א:
Rehitni : pleina, un rabot.
וְהַנִּגְרָר בִּמְגֵירָה דַּק דַּק שֶׁהִיא מְשָׁרֵת בִּמְקוֹם חֲתָךְ דַּק כְּעָפָר:
Et ce que la scie entraîne : très fin, ce qu'elle lime à l'endroit de la coupe, fin comme de la poussière.
💡 Explication

La michna donne au charpentier ce qu'il retire au maatzad, et au maître ce qu'il retire au kashil. La baraita donne au maître ce qui sort du maatzad et les tronçons de scie, et au charpentier la poussière du foret, du rabot et de la scie.

Le gros, morceau ou copeau large, reste au maître. Le fin, poussière et limaille, est à l'artisan. Le mot maatzad, lui, ne vise pas le même outil dans les deux textes.

18
אָמַר רָבָא: בְּאַתְרָא דְּתַנָּא דִּידַן אִיכָּא תַּרְתֵּי חֲצִינֵי, לְרַבָּתִי קָרֵי לָהּ ״כַּשִּׁיל״, וּלְזוּטַרְתִּי קָרֵי לָהּ ״מַעֲצָד״. בְּאַתְרָא דְּתַנָּא בָּרָא חַד הוּא דְּאִיכָּא, וְקָרוּ לָהּ ״מַעֲצָד״.

Rava a dit : dans le lieu du tanna de chez nous, il y a deux lames. La grande, on l'appelle kashil ; la petite, on l'appelle maatzad.

Dans le lieu du tanna du dehors, il n'y en a qu'une, et on l'appelle maatzad.

📜 Rachi (1)
חַד הוּא דְּאִיכָּא וְרַבָּתִי הִיא וּמְשָׁרֵת שְׁפָאֵי גַּסִּין:
Il n'y en a qu'une : et c'est la grande, et elle lime des copeaux gros.
💡 Explication

Chez le tanna de la michna, deux outils. Le kashil est la grande lame : copeaux gros, au maître. Le maatzad est la petite : à l'artisan.

Chez le tanna de la baraita, une seule lame, et on l'appelle maatzad. Rachi : c'est la grande, elle sort des copeaux gros. Le maatzad de la baraita est donc le kashil de la michna, et les deux textes s'accordent.

🖼️ Schéma
Hache et herminette : le mot change avec le lieu Lieu de notre tanna : deux lames Grande : kashil copeaux gros, au maître Petite : maatzad à l'artisan (michna) Lieu de l'autre tanna : une lame On l'appelle maatzad c'est la grande Copeaux gros, au maître comme le kashil de la michna Poussière du foret, du rabot, et limaille de scie : à l'artisan. Tronçons sciés : au maître. Chez le maître, même la sciure est à lui.
Deux lames ici, une seule la-bas : le maatzad de la baraita est la grande.
19
וְאִם הָיָה עוֹשֶׂה אֵצֶל כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: מְסַתְּתֵי אֲבָנִים – אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם גָּזֵל. מְפַסְּגֵי אִילָנוֹת, מְפַסְּגֵי גְּפָנִים, מְנַקְּפֵי הִיגֵי, מְנַכְּשִׁי זְרָעִים וְעוֹדְרֵי יְרָקוֹת – בִּזְמַן שֶׁבַּעַל הַבַּיִת מַקְפִּיד עֲלֵיהֶם, יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם גָּזֵל; אֵין בַּעַל הַבַּיִת מַקְפִּיד עֲלֵיהֶן, הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁלּוֹ.

Et s'il travaillait chez, etc. Les Sages ont enseigné : les tailleurs de pierres, il n'y a pas en eux de gezel (vol).

Ceux qui éclaircissent les arbres, ceux qui éclaircissent les vignes, ceux qui coupent les buissons, ceux qui sarclent les semis et ceux qui binent les légumes : quand le maître de maison y tient, il y a en eux du gezel ; si le maître de maison n'y tient pas, ces choses sont à lui.

📜 Rachi (7)
מְסַתְּתֵי אֲבָנִים מְרַבֵּעַ אוֹתָן וּמַחֲלִיק אוֹתָן:
Tailleurs de pierres : il les équarrit et les polit.
מְפַסְּגֵי אִילָנוֹת כְּשֶׁיֵּשׁ בָּהֶן עֲנָפִים יוֹתֵר מִדַּאי קוֹצֵץ אַחַת מִבֵּינְתַיִם וְהַיְינוּ פִּיסּוּג לְשׁוֹן דִּילּוּג וְהַרְחָבָה:
Ceux qui éclaircissent les arbres : quand il y a trop de branches, il en coupe une d'entre les autres. C'est le pissoug, au sens de sauter et d'élargir.
נִיקּוּף שַׁייָּךְ בְּהֵיגֶא כְּמוֹ וְנִקַּף סִבְכֵי הַיַּעַר בַּבַּרְזֶל (יְשַׁעְיָהוּ י׳:ל״ד):
Nikouf : le mot s'emploie pour le higa, comme : et il abattra les fourrés de la forêt par le fer (Isaie 10, 34).
הֵיגֶא סְנֶה:
Higa : un buisson d'épines.
וּמְנַכְּשֵׁי זְרָעִים נוֹטְלִים יְרָקוֹת מִבֵּינֵיהֶם:
Et ceux qui sarclent les semis : ils retirent des légumes d'entre eux.
וְעוֹדְרֵי יְרָקוֹת כְּשֶׁהֵן תְּכוּפוֹת יוֹתֵר מִדַּאי נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מָקוֹם לְהַרְחִיב וּלְהִתְפַּשֵּׁט:
Et ceux qui binent les légumes : quand ils sont trop serrés, il en retire un d'entre les autres, pour qu'il y ait place pour s'élargir et s'étendre.
הֵיגֶא סְנֶה:
Higa : un buisson d'épines.
💡 Explication

La michna : si le charpentier travaille chez le maître, même les planches sont au maître. La baraita élargit aux autres ouvriers.

Les éclats du tailleur de pierres ne font pas gezel. Branches, sarments, buissons (higa), mauvaises herbes et plants trop serrés : si le maître est makpid, les prendre est un vol ; s'il n'y tient pas, c'est à l'ouvrier. Le pissoug consiste à en retirer un sur deux, pour laisser de la place.

🖼️ Schéma
Restes des champs : qui y tient ? Pierres Éclats du tailleur pas de gezel il les prend Arbres, vignes, légumes Le maître y tient gezel s'il les prend sinon : à l'ouvrier Keshout et haziz En général : pas de gezel Là où l'on y tient : gezel Mata Mehasya y tient Pissoug : on saute une branche ou un plant, pour laisser de la place. Haziz : blé et orge encore verts. Keshout : la cuscute.
Pierres : pas de gezel. Plants : selon que le maître y tient.
20
אָמַר רַב יְהוּדָה: כְּשׁוּת וְחָזִיז – אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם גָּזֵל. בְּאַתְרָא דְּקָפְדִי – יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם גָּזֵל. אָמַר רָבִינָא: וּמָתָא מְחַסְיָא – אַתְרָא דְּקָפְדִי הוּא.

Rav Yehouda a dit : le keshout et le haziz, il n'y a pas en eux de gezel. Dans un lieu où l'on y tient, il y a en eux du gezel.

Ravina a dit : et Mata Mehasya est un lieu où l'on y tient.

📜 Rachi (2)
חֲזִיז שַׁחַת שֶׁל תְּבוּאָה חִטִּין וּשְׂעוֹרִין בְּעוֹדָן יָרָק:
Haziz : du fourrage de céréales, blé et orge, tant qu'ils sont encore verts.
מָתָא מְחַסְיָא מְקוֹם בְּהֵמוֹת הוּא וּצְרִיכִין לְמִרְעֶה טוֹב:
Mata Mehasya : c'est un lieu de bêtes, et elles ont besoin d'un bon pâturage.
💡 Explication

Le keshout est la cuscute. Le haziz est le fourrage vert, blé et orge avant maturité. En règle générale, les prendre ne fait pas gezel. Là où les gens y tiennent, si.

Ravina nomme Mata Mehasya : pays de bêtes, où le bon pâturage compte, et où l'on y tient.

21
הֲדַרַן עֲלָךְ הַגּוֹזֵל בָּתְרָא וּסְלִיקָא לַהּ מַסֶּכֶת בָּבָא קַמָּא

Nous reviendrons vers toi, HaGozel Batra. Et s'achève le traité Bava Kamma.

💡 Explication

Hadran alakh : formule de clôture. On reviendra sur le chapitre HaGozel Batra, le dernier chapitre du voleur. Selika lah : le traité Bava Kamma est achevé.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).