Bava Kamma 119a - Acheter au gardien, au voleur, aux femmes, et les chutes d'ouvrage

Bava_Kamma 119a

Sougya : La page clôt la question de Rabbi Yehouda : son partage entre bêtes de maison et bêtes du désert porte sur la fin de la baraita, en allégeance (kula). On achète des sarments à un métayer (aris), qui a une part dans le fonds ; le gardien de fruits, lui, n'en a pas, sauf vente publique à l'entrée du jardin.

D'un gazlan connu, Rav exige que la majorité de son bien soit à lui ; Shmouel permet dès qu'une minorité est à lui, et Rav Yehouda instruit son serviteur ainsi. Le bien d'un délateur (masor) divise Rav Houna et Rav Yehouda.

Rabbi Yo'hanan tient le vol d'une perouta pour une prise d'âme, et une chaîne de versets étend cela aux enfants, au hamas qui paie, et à la cause indirecte (gerama). La suite règle l'achat aux femmes, aux esclaves, aux enfants, aux collecteurs de tsedaka et aux pressoirs.

La michna nouvelle attribue les chutes du laveur, du cardeur, du tailleur et du charpentier.

À qui achète-t-on ? Le critère : le bien peut-il être le sien, et la vente est-elle publique ? Gardien de fruits Aucune part dans la terre. Salaire en argent. Bois et fruits : interdit. Permis s'il vend assis, corbeilles et balances, à l'entrée du jardin. Caché, ou derrière : interdit. Métayer (aris) Il a une part dans le fonds. Il partage sarments, bois, vin. Rava lui achète des bottes de sarments (shevishta). On peut dire : il vend de son propre bien. Achat permis Gazlan connu Rav : majorité à lui. On suit le rov. Shmouel : même une minorité. On rattache l'objet à son bien. Rav Yehouda instruit Adda selon Shmouel. Dès qu'une part est à lui. Femmes, esclaves, enfants, pressoir Laine en Judée, lin en Galilée. Vin, huile, farine : interdit. Esclaves et enfants : interdit. Abba Shaoul : jusqu'à quatre ou cinq dinars, pour un voile. Tsedaka : petite somme seulement. Pressoir : olives et huile en mesure. Petite quantité : interdit, sauf olives des femmes en haute Galilée. Dès qu'on dit : cache, l'achat est interdit.
Gardien, métayer, gazlan, femmes et pressoir. La vente cachée ferme l'achat.
Vol d'une perouta : comme prendre une âme Rabbi Yo'hanan. Chaque ve-omer ferme une échappatoire. 1. Proverbes 1, 19 Le gain prend l'âme du propriétaire. Dès une perouta. 2. Jérémie 5, 17 Moisson et pain, fils et filles. L'âme des enfants est comprise. 3. Joël 4, 19 Le hamas paie, et l'autre ne voulait pas vendre. Compte comme du sang. 4. II Samuel 21, 1 Shaoul n'a pas tué les Givonim de sa main. Il a tué Nov, qui leur donnait eau et nourriture. Le verset le compte. Gerama compris. Le verset de Job 27, 8 reste en mahloket : âme de la victime, ou âme du gazlan.
Quatre versets. Perouta, enfants, hamas qui paie, gerama de Shaoul.
À qui reviennent les chutes ? Michna. Le maître y renonce quand la chute est mince ou enlaidit l'ouvrage. À l'artisan Laveur : bourres (mokhin) du lavage Laveur : trois fils du bord Fil noir sur vêtement blanc : tout Charpentier : copeaux de l'herminette Fins. Le maître n'y tient pas. Rachi : cela vise le kablan, paye à prix fixe. Baraita : on achète les mokhin au laveur. Il prend les deux fils du haut. Au propriétaire Cardeur : ce que les cardes retirent Laveur : au-delà de trois fils Tailleur : fil encore bon à coudre Tailleur : pièce de trois sur trois doigts Charpentier : copeaux de la hache Gros. Le maître n'y renonce pas. Journalier chez le maître : même la sciure la plus fine. Chose de valeur : pas de mehila. Trois fils de la michna, deux fils du haut dans la baraita. La page s'arrête sur cet écart. Le noir enlaidit le blanc : le laveur prend alors tous les fils, et ils sont à lui.
Chutes du laveur, du cardeur, du tailleur et du charpentier.
1
מִדְּאָמַר ״בְּכָל מָקוֹם״, שְׁמַע מִינַּהּ אַסֵּיפָא קָאֵי, וּלְקֻולָּא! שְׁמַע מִינָּה.

Du fait qu'il a dit : dans tous les cas, apprends-en qu'il se rapporte à la fin, et pour une allégeance. Apprends-en.

📜 Rachi (1)
מִדְּקָאָמַר בְּכָל מָקוֹם לוֹקְחִין אַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה אַלְמָא הַאי דְּקָמְפַלֵּיג בֵּין בַּייָּתוֹת לְמִדְבָּרִיּוֹת אַשְּׁתֵי צֹאן פְּלִיג וּלְקֻולָּא קָאֵי:
Puisqu'il a dit : dans tous les cas on achète quatre ou cinq, il s'ensuit que cette distinction entre bêtes de maison et bêtes du désert porte sur deux bêtes, et elle se tient en allégeance.
💡 Explication

La baraita de la page précédente garde l'achat de quatre ou cinq dans tous les cas. Rabbi Yehouda ne restreint donc pas cette autorisation. Son partage entre bayatot (bêtes de maison) et midbariyot (bêtes du désert) se lit sur la fin : l'interdit de deux bêtes. C'est une kula. Les bêtes de maison s'achètent même par deux. Les bêtes du désert restent sous l'interdit de deux.

🖼️ Schéma
Dans tous les cas : Rabbi Yehouda est sur la fin La baraita garde quatre ou cinq bêtes, bêtes de maison et bêtes du désert. Sur le début, ce serait une humra Quatre ou cinq du désert, interdits. Il est sur la fin : kula L'interdit de deux vise le désert.
Dans tous les cas, quatre ou cinq restent permis. Rabbi Yehouda est en kula, sur la fin.
2
וְלֹא מִשּׁוֹמְרֵי פֵירוֹת כּוּ׳. רָבָא זָבִין שְׁבִישְׁתָּא מֵאֲרִיסָא. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי, וְהָא תְנַן: וְלֹא מִשּׁוֹמְרֵי פֵּירוֹת – עֵצִים וּפֵירוֹת! אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי מִילֵּי בְּשׁוֹמֵר, דְּלֵית לֵיהּ בְּגוּפָא דְאַרְעָא מִידֵּי; אֲבָל אָרִיס, דְּאִית לֵיהּ בְּגַוֵּויהּ – אֵימָא מִדְּנַפְשֵׁיהּ קָא מְזַבֵּין.

Et non des gardiens de fruits, etc. Rava acheta des bottes de sarments (shevishta) à un métayer.

Abaye lui dit : or nous avons appris : et non des gardiens de fruits, du bois et des fruits. Il lui dit : ces paroles valent pour un gardien, qui n'a rien dans le corps de la terre.

Un métayer, qui a une part en elle : dis qu'il vend de son propre bien.

📜 Rachi (1)
שְׁבִישָׁתָא חֲבִילֵי זְמוֹרוֹת: שׁוֹמֵר שְׂכָרוֹ הוּא נוֹטֵל בַּמָּעוֹת וְאֵין לוֹ חֵלֶק בָּעֵצִים אֲבָל אָרִיס חוֹלֵק בַּזְּמוֹרוֹת וּבָעֵצִים וּבַיַּיִן:
Shevishta : bottes de sarments. Un gardien prend son salaire en argent, et il n'a pas de part dans le bois. Un métayer partage les sarments, le bois et le vin.
💡 Explication

Abaye aligne le métayer (aris) sur le gardien de la michna. Rava répond par la part dans le fonds. Le gardien est payé en argent : le bois qu'il vend ne peut être à lui. Le métayer partage sarments, bois et vin : la botte peut sortir de sa part.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: שׁוֹמְרֵי פֵּירוֹת – לוֹקְחִין מֵהֶן כְּשֶׁהֵן יוֹשְׁבִין וּמוֹכְרִין, וְהַסַּלִּין לִפְנֵיהֶם, וְטוּרְטָנֵי לִפְנֵיהֶם. וְכֻולָּן שֶׁאָמְרוּ: ״הַטְמֵן״ – אָסוּר. לוֹקְחִין מֵהֶן מִפֶּתַח הַגִּינָּה, אֲבָל לֹא מֵאֲחוֹרֵי הַגִּינָּה.

Les Sages ont enseigné : des gardiens de fruits, on achète d'eux quand ils sont assis et qu'ils vendent, les corbeilles devant eux, et les balances (turtanei) devant eux. Et pour tous, s'ils ont dit : cache, c'est interdit.

On achète d'eux à l'entrée du jardin. Derrière le jardin, c'est interdit.

📜 Rachi (1)
וְהַטּוּרְטָנֵי מֹאזְנַיִם גְּדוֹלִים וּמוֹכְרִין פֵּירוֹת בְּמִשְׁקָל כְּדֶרֶךְ הַתַּגָּרִים דְּכֵיוָן דְּמוֹכְרִין בְּפַרְהֶסְיָא לֹא גְּנָבוּם:
Et les turtanei : de grandes balances. Ils vendent les fruits au poids, à la manière des marchands. Puisqu'ils vendent en public, ils ne les ont pas volés.
💡 Explication

La baraita ouvre un cas où le gardien vend quand même. Trois signes de parhesia (publicité) : il est assis, les corbeilles sont là, les grandes balances pèsent comme chez un marchand. Le mot cache, ou l'arrière du jardin, retire ces signes. L'achat redevient interdit.

🖼️ Schéma
Gardien de fruits : vente publique ou cachée Permis Assis, il vend. Corbeilles devant lui. Grandes balances. À l'entrée du jardin. Interdit Il dit : cache. Derrière le jardin. La vente se cache. Pourquoi En public, à la façon des marchands, Rachi : ils ne les ont pas volés.
Assis, corbeilles, balances, entrée du jardin : permis. Cache, ou derrière le jardin : interdit.
4
אִיתְּמַר: גַּזְלָן, מֵאֵימַת מֻותָּר לִקְנוֹת הֵימֶנּוּ? רַב אָמַר: עַד שֶׁתְּהֵא רֹוב מִשֶּׁלּוֹ, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֲפִילּוּ מִיעוּט שֶׁלּוֹ.

Il a été dit : un voleur (gazlan), à partir de quand est-il permis d'acheter de lui ? Rav dit : jusqu'à ce que la majorité soit à lui.

Et Shmouel dit : même une minorité à lui.

📜 Rachi (2)
רֹוב מָמוֹנוֹ מִשֶּׁלּוֹ בְּלֹא גְּזֵילָה הוֹלְכִין אַחַר הָרֹוב וְנֶהֱנִין מִמֶּנּוּ:
La majorité : la majorité de son bien est à lui, sans vol. On suit la majorité, et on en jouit.
אֲפִילּוּ מִיעוּט מִשֶּׁלּוֹ תָּלֵינַן וְאָמְרִינַן הַאי מִידֵּי דְּיָהֵיב לֵיהּ מִדִּידֵיהּ הוּא:
Même une minorité à lui : on rattache, et on dit : cette chose qu'il lui donne vient de son propre bien.
💡 Explication

Ici le vendeur est un gazlan connu, plus un simple soupçon. Rav attend que le rov de son bien soit acquis hors vol : chaque objet suit alors la majorité. Shmouel se contente d'un miut : dès qu'une part est licite, on rattache l'objet vendu à cette part.

🖼️ Schéma
Dès quand achète-t-on a un gazlan ? Rav La majorité de son bien est à lui, sans vol. On suit le rov, et on en jouit. Shmouel Même une minorité à lui suffit. Cet objet vient de son bien. Rav Yehouda suit cet avis.
Rav : majorité licite. Shmouel : une minorité suffit, on rattache l'objet à son bien.
5
אוֹרִי לֵיהּ רַב יְהוּדָה לְאַדָּא דַּיָּילָא כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר אֲפִילּוּ מִיעוּט שֶׁלּוֹ.

Rav Yehouda a instruit Adda le serviteur selon les paroles de celui qui dit : même une minorité à lui.

📜 Rachi (2)
אַדָּא שֵׁם הָאִישׁ:
Adda : le nom de l'homme.
דַּייָּלָא שֶׁמֶשׁ דְּרַבָּנָן:
Dayala : serviteur des Sages.
💡 Explication

La page fixe la pratique de Rav Yehouda. Il instruit son dayala, serviteur des Sages, selon Shmouel : on achète au gazlan dès qu'une minorité de son bien est à lui.

6
מָמוֹן מָסוּר – רַב הוּנָא וְרַב יְהוּדָה; חַד אָמַר: מֻותָּר לְאַבְּדוֹ בַּיָּד, וְחַד אָמַר: אָסוּר לְאַבְּדוֹ בַּיָּד.

Le bien d'un délateur (masor) : Rav Houna et Rav Yehouda. L'un dit : il est permis de le détruire de sa main.

Et l'un dit : il est interdit de le détruire de sa main.

📜 Rachi (1)
מָסוּר מַלְשִׁין הַמּוֹסֵר מָמוֹן חֲבֵירוֹ לְאַנָּסִים:
Masor : un délateur, qui livre le bien de son prochain à des violents.
💡 Explication

Le masor désigne aux anasim le bien d'autrui. La mahloket porte sur ce bien : le détruire de sa main (be-yad), ou s'en abstenir. Les noms restent non attribués : l'un et l'autre avis sont posés, sans dire lequel est Rav Houna.

7
מַאן דְּאָמַר מֻותָּר לְאַבְּדוֹ בַּיָּד – לֹא יְהֵא מָמוֹנוֹ חָמוּר מִגּוּפוֹ. וּמַאן דְּאָמַר אָסוּר לְאַבְּדוֹ – דִּלְמָא הָוֵה לֵיהּ זַרְעָא מְעַלְּיָא, וּכְתִיב: ״יָכִין רָשָׁע וְצַדִּיק יִלְבַּשׁ״.

Celui qui dit qu'il est permis de le détruire de sa main : son bien ne sera pas plus grave que son corps. Et celui qui dit qu'il est interdit de le détruire : peut-être aura-t-il une descendance valable, et il est écrit : le méchant prépare, et le juste revêtira.

📜 Rachi (1)
חֲמִיר מִגּוּפוֹ דְּקַייְמָא לָן בְּפֶרֶק שֵׁנִי דע"ז (דַּף כו:) דְּמֻותָּר לְאַבֵּד גּוּפוֹ בְּיָדַיִם דְּקָתָנֵי הַמִּינִין וְהַמָּסוֹרוֹת מוֹרִידִין אוֹתָן לַבּוֹר וְלֹא מַעֲלִין:
Plus grave que son corps : car nous tenons, au deuxième chapitre d'Avoda Zara (26b), qu'il est permis de détruire son corps de ses mains. On enseigne : les minim et les délateurs, on les fait descendre dans une fosse et on ne les en fait pas remonter.
💡 Explication

L'avis qui permet s'appuie sur le corps. Puisqu'on peut atteindre le corps du masor, son mamon suit. Rachi renvoie à Avoda Zara 26b : minim et moserot, on les descend dans une fosse et on ne les en remonte pas.

L'avis qui interdit regarde la descendance. Un zera me'alya peut naître de lui. Le verset de Job : le méchant prépare, le juste revêtira. Le bien détruit serait celui de ce juste.

🖼️ Schéma
Bien du masor : le détruire de sa main ? Permis Son bien suit son corps. Avoda Zara 26b : minim et délateurs, on les descend dans une fosse et on ne les en remonte pas. Interdit Il peut avoir une descendance valable (zera me'alya). Job 27, 17 : le méchant prépare, le juste revêtira.
Permis : le bien suit le corps. Interdit : une descendance valable peut revêtir ce que le méchant a préparé.
8
רַב חִסְדָּא הֲוָה לֵיהּ הָהוּא אֲרִיסָא, דַּהֲוָה תָּקֵיל וְיָהֵיב תָּקֵיל וְשָׁקֵיל. סַלְּקֵיהּ, קְרָא אַנַּפְשֵׁיהּ: ״וְצָפוּן לַצַּדִּיק חֵיל חוֹטֵא״.

Rav Hisda avait un certain métayer, qui pesait et donnait, pesait et prenait. Il le renvoya.

Il lut à son sujet : et le bien du pécheur est réservé au juste.

📜 Rachi (3)
תְּקִיל וּשְׁקִיל לְנַפְשֵׁיהּ מְדַקְדֵּק בַּחֲלֻוקָּה וְאֵינוֹ מְווַתֵּר מֵחֶלְקוֹ כְּלוּם לָשׁוֹן אַחֵר מֶחֱצָה הָיָה נוֹטֵל וְדֶרֶךְ שְׁאָר הָאֲרִיסִין לִיטֹּול שְׁלִישׁ:
Il pesait et prenait : pour lui-même. Il était pointilleux dans le partage, et il ne cédait rien de sa part. Autre version : il prenait la moitié, alors que la coutume des autres métayers est de prendre un tiers.
תְּקִיל וְיָהֵיב לְרַב חִסְדָּא:
Il pesait et donnait : à Rav Hisda.
[קָרָא אַנַּפְשֵׁיהּ] רַב חִסְדָּא צַדִּיק וְהָאָרִיס חוֹטֵא וְנִצְפַּן חֵילוֹ לְרַב חִסְדָּא דְּסָלְקוּ וְנָטַל חֶלְקוֹ:
Il lut à son sujet : Rav Hisda est le juste, le métayer est le pécheur, et son bien à été réservé à Rav Hisda, car il l'a renvoyé et a pris sa part.
💡 Explication

Récit sur un aris. Il pesait les deux parts, sans rien céder de la sienne. Autre lecture de Rachi : il prenait la moitié, là où les métayers prennent un tiers. Rav Hisda le renvoie, et applique Proverbes 13, 22 : le bien du pécheur est réservé au juste. Rachi : le juste est Rav Hisda, qui prend la part du métayer renvoyé.

9
״כִּי מַה תִּקְוַת חָנֵף כִּי יִבְצָע, כִּי יֵשֶׁל אֱלוֹהַּ נַפְשׁוֹ״ – רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא; חַד אָמַר: נַפְשׁוֹ דְּנִגְזָל, וְחַד אָמַר: נַפְשׁוֹ שֶׁל גַּזְלָן.

Car quel espoir pour l'impie quand il a pris, lorsque D.ieu arrache son âme ? Rav Houna et Rav Hisda.

L'un dit : l'âme de la victime. Et l'un dit : l'âme du voleur.

📜 Rachi (1)
כִּי יֵשֶׁל אֱלוֹהַּ נַפְשׁוֹ מַשְׁלִיךְ הקב"ה נִשְׁמָתוֹ וּמְאַבֵּד מִמֶּנּוּ נְשָׁמָה אַחַת:
Lorsque D.ieu arrache son âme : le Saint, béni soit-Il, jette son âme, et lui fait perdre une âme.
💡 Explication

Job 27, 8. Rachi lit yeshal comme jeter : une âme est retirée. La mahloket porte sur le possesseur de cette âme. Victime (nigzal), ou gazlan. Les deux avis sont encore non attribués.

10
מַאן דְּאָמַר נַפְשׁוֹ שֶׁל נִגְזָל – דִּכְתִיב: ״כֵּן אָרְחוֹת כָּל בֹּצֵעַ בָּצַע, אֶת נֶפֶשׁ בְּעָלָיו יִקָּח״. מַאן דְּאָמַר נַפְשׁוֹ שֶׁל גַּזְלָן – דִּכְתִיב: ״אַל תִּגְזָל דָּל כִּי דַל הוּא, וְאַל תְּדַכֵּא עָנִי בַשָּׁעַר. כִּי ה׳ יָרִיב רִיבָם, וְקָבַע אֶת קֹבְעֵיהֶם נָפֶשׁ״.

Celui qui dit : l'âme de la victime, car il est écrit : tels sont les chemins de quiconque prend un gain, il prend l'âme de son propriétaire. Celui qui dit : l'âme du voleur, car il est écrit : ne vole pas le pauvre parce qu'il est pauvre, et n'écrase pas l'indigent à la porte.

Car ה' plaidera leur cause, et il spoliera l'âme de ceux qui les spolient.

📜 Rachi (3)
אַל תִּגְזָל דָּל כִּי דַל הוּא אע"פ שֶׁדַּל הוּא וְאֵין לוֹ מַה לְגָוזְלוֹ:
Ne vole pas le pauvre parce qu'il est pauvre : même s'il est pauvre et qu'il n'a rien qu'on puisse lui voler.
אַל תְּדַכֵּא עָנִי בַּשַּׁעַר מַעְשַׂר עָנִי וְלֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה הַמִּתְחַלְּקִין בִּשְׁעָרֶיךָ אַל תְּדַכְּאֵהוּ בָּם:
N'écrase pas l'indigent à la porte : la dîme du pauvre, le leket, la shikheha et la pea, qui se partagent à tes portes, ne l'écrase pas par eux.
וְקָבַע אֶת קֹובְעֵיהֶם נָפֶשׁ גּוֹזֵל נֶפֶשׁ גּוֹזְלֵיהֶם:
Et il spoliera l'âme de ceux qui les spolient : il vole l'âme de ceux qui les volent.
💡 Explication

Chaque avis a son verset. L'âme de la victime sort de Proverbes 1, 19 : le gain prend l'âme du propriétaire. L'âme du gazlan sort de Proverbes 22, 22-23 : ה' spolie l'âme de ceux qui spolient.

Rachi détaille le second verset. Voler le dal reste interdit là où il n'a presque rien. L'écraser à la porte vise les dons des pauvres : maasser ani, leket, shikheha, pea.

11
וְאִידָךְ נָמֵי, הַכְּתִיב: ״נֶפֶשׁ בְּעָלָיו יִקָּח״! מַאי ״בְּעָלָיו״ – בְּעָלָיו דְּהַשְׁתָּא.

Et l'autre aussi, n'est-il pas écrit : il prend l'âme de son propriétaire ? Que veut dire : son propriétaire ?

Son propriétaire d'à présent.

📜 Rachi (1)
בְּעָלִים דְּהַשְׁתָּא גַּזְלָן שֶׁנַּעֲשָׂה עַכְשָׁיו בְּעָלִים לְמָמוֹן:
Les propriétaires d'à présent : le voleur, qui est devenu maintenant propriétaire du bien.
💡 Explication

L'avis qui lit l'âme du gazlan doit tenir compte de Proverbes 1, 19. Be'alav, son propriétaire, désigne alors le détenteur actuel : le gazlan, devenu maître du bien volé.

12
וְאִידָךְ נָמֵי, הַכְּתִיב: ״וְקָבַע אֶת קֹבְעֵיהֶם נָפֶשׁ״! ״מַה טַעַם״ קָאָמַר – מַה טַעַם ״וְקָבַע אֶת קֹבְעֵיהֶם״? מִשּׁוּם דְּקָבָעֵי נֶפֶשׁ.

Et l'autre aussi, n'est-il pas écrit : et il spoliera l'âme de ceux qui les spolient ? Il dit : pour quelle raison.

Pour quelle raison : et il spoliera ceux qui les spolient ? Parce qu'ils ont spolié une âme.

💡 Explication

L'avis qui lit l'âme de la victime répond à Proverbes 22, 23 par un ma taam. Le verset donne la raison de la sanction : il les spolie parce qu'eux ont pris une âme, celle de la victime. Il ne pose pas une seconde âme, celle du gazlan, comme sujet indépendant.

🖼️ Schéma
Job 27, 8 : l'âme de qui ? Âme de la victime Preuve : Proverbes 1, 19 il prend l'âme du propriétaire. Proverbes 22, 23 se lit : pourquoi les spolie-t-il ? Parce qu'ils ont pris une âme. Âme du gazlan Preuve : Proverbes 22, 23 il prend l'âme de ceux qui spolient. Proverbes 1, 19 : le propriétaire d'à présent, c'est le gazlan.
Deux lectures. Chaque avis garde son verset, et relit le verset de l'autre.
13
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַגּוֹזֵל אֶת חֲבֵירוֹ שָׁוֶה פְּרוּטָה – כְּאִילּוּ נוֹטֵל נִשְׁמָתוֹ מִמֶּנּוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֵּן אָרְחוֹת כָּל בֹּוצֵעַ בָּצַע, אֶת נֶפֶשׁ בְּעָלָיו יִקָּח״; וְאוֹמֵר: ״וְאָכַל קְצִירְךָ וְלַחְמְךָ, בָּנֶיךָ וּבְנוֹתֶיךָ״.

Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque vole à son prochain la valeur d'une perouta, c'est comme s'il prenait son âme de lui, car il est dit : tels sont les chemins de quiconque prend un gain, il prend l'âme de son propriétaire. Et il dit : il mangera ta moisson et ton pain, tes fils et tes filles.

📜 Rachi (1)
וְאָכַל קְצִירְךָ וְלַחְמְךָ וְדוֹמֶה לְךָ כְּאוֹכֵל בָּנֶיךָ וּבְנוֹתֶיךָ לְפִי שֶׁאֵין לְךָ שׁוּב בַּמֶּה לְפַרְנְסָם:
Il mangera ta moisson et ton pain : et c'est pour toi comme s'il mangeait tes fils et tes filles, car tu n'as plus de quoi les nourrir.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan fixe la mesure : une perouta. Le premier verset pose l'âme du propriétaire. Le second, Jérémie 5, 17, ajoute fils et filles. Rachi : manger la moisson et le pain, c'est retirer de quoi nourrir les enfants.

14
וְאוֹמֵר: ״מֵחֲמַס בְּנֵי יְהוּדָה, אֲשֶׁר שָׁפְכוּ דָם נָקִי בְּאַרְצָם״; וְאוֹמֵר: ״אֶל שָׁאוּל וְאֶל בֵּית הַדָּמִים, עַל אֲשֶׁר הֵמִית אֶת הַגִּבְעֹנִים״.

Et il dit : à cause de la violence faite aux fils de Yehouda, car ils ont versé un sang innocent dans leur pays. Et il dit : c'est pour Shaoul et pour la maison du sang, parce qu'il a fait mourir les Givonim.

📜 Rachi (2)
מֵחֲמַס בְּנֵי יְהוּדָה מִגֶּזֶל שֶׁעָשׂוּ מַעֲלֶה אֲנִי עֲלֵיהֶם כְּאִילּוּ שָׁפְכוּ דָּם נָקִי:
À cause de la violence faite aux fils de Yehouda : du vol qu'ils ont commis, je le leur compte comme s'ils avaient versé un sang innocent.
הֵמִית הַגִּבְעוֹנִים כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ שֶׁהֵמִית כֹּהֲנֵי נֹוב שֶׁהָיוּ מְסַפְּקִים מַיִם וּמָזוֹן לַגִּבְעוֹנִים שֶׁהַגִּבְעוֹנִים הָיוּ מְשַׁמְּשִׁין לַמִּזְבֵּחַ חֹוטְבֵי עֵצִים וְשֹׁואֲבֵי מַיִם וּמַעֲלֶה עָלָיו כְּאִילּוּ הֵמִית הַגִּבְעוֹנִי':
Il a fait mourir les Givonim : comme on l'expliquera plus loin. Il a fait mourir les cohanim de Nov, qui fournissaient eau et nourriture aux Givonim. Les Givonim servaient l'autel, fendeurs de bois et puiseurs d'eau. Le verset le lui compte comme s'il avait fait mourir les Givonim.
💡 Explication

Deux versets encore, avant que la Guemara dise pourquoi chacun est cité. Joël 4, 19 met le hamas au rang du sang innocent. II Samuel 21, 1 met la maison de Shaoul au rang du sang, à cause des Givonim. Rachi anticipe la suite : Shaoul a tué les cohanim de Nov, qui nourrissaient les Givonim, fendeurs de bois et puiseurs d'eau pour l'autel.

15
מַאי ״וְאוֹמֵר״? וְכִי תֵּימָא נֶפֶשׁ דִּידֵיהּ, אֲבָל נֶפֶשׁ בָּנָיו וּבְנוֹתָיו לָא – תָּא שְׁמַע: ״בְּשַׂר בָּנָיו וּבְנוֹתָיו״.

Que vient faire : et il dit ? Et si tu dis : son âme à lui, mais l'âme de ses fils et de ses filles, non.

Viens et entends : la chair de ses fils et de ses filles.

📜 Rachi (1)
[אֲבָל נֶפֶשׁ בָּנָיו וּבְנוֹתָיו לָא] הָא מֵאֵת נֶפֶשׁ בְּעָלָיו יִקַּח לָא נָפְקָא לָן אֶלָּא נֶפֶשׁ הַגּוֹזֵל אֲבָל בָּנָיו וּבְנוֹתָיו לֹא נֶעֱנַשׁ גַּזְלָן אַנֶּפֶשׁ בְּנֵי הַנִּגְזָל:
Et l'âme de ses fils et de ses filles, non : or, de : il prend l'âme de son propriétaire, nous ne tirons que l'âme de la personne dépouillée. Ses fils et ses filles : le voleur n'est pas puni pour l'âme des fils de la victime.
💡 Explication

Le premier ve-omer répond à une limite. Proverbes 1, 19 ne donne que l'âme du propriétaire lui-même. Jérémie nomme les fils et les filles. La Guemara résume ce verset par la chair des fils et des filles. Rachi : sans ce second verset, le gazlan ne serait pas atteint pour l'âme des enfants de la victime.

16
וְכִי תֵּימָא, הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלָא יָהֵיב דְּמֵי, אֲבָל הֵיכָא דְּיָהֵיב דְּמֵי לָא – תָּא שְׁמַע: ״מֵחֲמַס בְּנֵי יְהוּדָה, אֲשֶׁר שָׁפְכוּ דָם נָקִי (בְּאַרְצְכֶם) [בְּאַרְצָם]״.

Et si tu dis : ces paroles valent là où il ne donne pas le prix, mais là où il donne le prix, non. viens et entends : à cause de la violence faite aux fils de Yehouda, car ils ont versé un sang innocent dans leur pays.

📜 Rachi (1)
[דְּלָא יָהֵיב דָּמֵי] חַמְסָן יָהֵיב דְּמֵי וְזֶה לֹא הָיָה רוֹצֶה לִמְכֹּור:
Là où il ne donne pas le prix : un extorqueur (hamsan) donne le prix, et l'autre ne voulait pas vendre.
💡 Explication

Deuxième limite : le voleur qui ne paie pas. Le hamas du verset de Joël est le cas où l'on paie. Rachi : le hamsan donne l'argent, et le vendeur ne voulait pas vendre. Le verset compte pourtant cela comme un sang innocent.

17
וְכִי תֵּימָא, הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּקָעָבֵיד בְּיָדַיִם, אֲבָל גְּרָמָא לֹא – תָּא שְׁמַע: ״אֶל שָׁאוּל וְאֶל בֵּית הַדָּמִים, [עַל] אֲשֶׁר הֵמִית אֶת הַגִּבְעֹנִים״; וְכִי הֵיכָן מָצִינוּ שֶׁהָרַג שָׁאוּל אֶת הַגִּבְעוֹנִים? אֶלָּא מִתּוֹךְ שֶׁהָרַג נֹוב עִיר הַכֹּהֲנִים שֶׁהָיוּ מַסְפִּיקִין לָהֶן מַיִם וּמָזוֹן, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ הֲרָגָן.

Et si tu dis : ces paroles valent là où il agit de ses mains, mais un gerama, non. viens et entends : c'est pour Shaoul et pour la maison du sang, parce qu'il a fait mourir les Givonim. Et où trouvons-nous que Shaoul ait tué les Givonim ?

Plutôt : du fait qu'il a tué Nov, la ville des cohanim, qui leur fournissaient l'eau et la nourriture, le verset le lui compte comme s'il les avait tués.

💡 Explication

Troisième limite : l'acte de la main. Shaoul n'a pas frappé les Givonim. Il a tué les cohanim de Nov, qui leur donnaient eau et nourriture. Le verset le lui impute comme s'il les avait tués. Le gerama entre donc dans la même gravité.

18
אֲבָל לוֹקְחִין מִן הַנָּשִׁים. תָּנוּ רַבָּנַן: לוֹקְחִין מִן הַנָּשִׁים כְּלֵי צֶמֶר בִּיהוּדָה וּכְלֵי פִשְׁתָּן בַּגָּלִיל, אֲבָל לֹא יֵינוֹת וּשְׁמָנִים וּסְלָתוֹת. וְלֹא מִן הָעֲבָדִים, וְלֹא מִן הַתִּינוֹקוֹת. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: מוֹכֶרֶת אִשָּׁה בְּאַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה דִּינָרִ[יֵן], כְּדֵי לַעֲשׂוֹת כִּפָּה לְרֹאשָׁהּ. וְכֻולָּן שֶׁאָמְרוּ לְהַטְמִין – אָסוּר.

Mais on achète aux femmes. Les Sages ont enseigné : on achète aux femmes des objets de laine en Judée, et des objets de lin en Galilée.

Les vins, les huiles et les farines : non. Ni aux esclaves, ni aux enfants.

Abba Shaoul dit : une femme vend pour quatre ou cinq dinars, afin de se faire un voile (kipa) pour la tête. Et pour tous, s'ils ont dit de cacher, c'est interdit.

📜 Rachi (2)
אֲבָל לֹא יֵינוֹת וּשְׁמָנִים וּסְלָתוֹת שֶׁדֶּרֶךְ הָאִישׁ לְמָוכְרָן וְאֵין עוֹשֶׂה אֶת אִשְׁתּוֹ שָׁלִיחַ לְכָךְ וְשֶׁמָּא גְּנָבַתּוּ מִבַּעְלָהּ:
Mais non les vins, les huiles et les farines : car c'est la manière de l'homme de les vendre, et il ne fait pas de sa femme une mandataire pour cela. Peut-être les a-t-elle volés à son mari.
כָּפָה צָעִיף וְאֵין הַבַּעַל מַקְפִּיד:
Kipa : un voile. Et le mari n'y regarde pas de près.
💡 Explication

La baraita reprend la michna sur les femmes. Laine en Judée, lin en Galilée : ouvrages qu'elles vendent. Vin, huile, farine : Rachi, c'est l'homme qui vend cela, il n'en fait pas sa femme shaliah. Le vol au mari reste possible.

Esclaves et enfants : aucun achat. Abba Shaoul ouvre une somme : quatre ou cinq dinars, pour un voile. Rachi : le mari ne tient pas à cette dépense. Dès qu'on demande de cacher, l'interdit revient.

19
גַּבָּאֵי צְדָקָה לוֹקְחִין מֵהֶן דָּבָר מוּעָט, אֲבָל לֹא דָּבָר מְרֻובֶּה.

Les collecteurs de tsedaka reçoivent d'elles une chose de peu. Une chose de beaucoup : non.

💡 Explication

Le don à la tsedaka suit la même mesure. Une petite somme peut partir sans qu'on craigne l'absence de permission. Une grosse somme reste suspendue à l'accord du mari.

20
וְהַבַּדָּדִין – לוֹקְחִין מֵהֶן זֵתִים בְּמִידָּה, וְשֶׁמֶן בְּמִידָּה. אֲבָל לֹא זֵיתִים בְּמוּעָט וְשֶׁמֶן בְּמוּעָט. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לוֹקְחִין מִנָּשִׁים זֵיתִים בְּמוּעָט בַּגָּלִיל הָעֶלְיוֹן, שֶׁפְּעָמִים אָדָם בּוֹשׁ לִמְכּוֹר עַל פֶּתַח בֵּיתוֹ, וְנוֹתֵן לְאִשְׁתּוֹ וּמוֹכֶרֶת.

Et les pressoirs (baddadin) : on achète d'elles des olives en mesure, et de l'huile en mesure. Les olives en petite quantité, et l'huile en petite quantité : non.

Rabban Shimon ben Gamliel dit : on achète aux femmes des olives en petite quantité en haute Galilée, car parfois un homme a honte de vendre à la porte de sa maison, il donne à sa femme, et elle vend.

📜 Rachi (2)
וְהַבַּדָּדִין בַּעֲלֵי בֵּית הַבַּד שֶׁתַּגָּרִין הֵן בְּשֶׁמֶן לוֹקְחִין מִן נְשֵׁיהֶם זֵיתִים וְשֶׁמֶן בְּמִדָּה כְּלוֹמַר דֶּרֶךְ מְכִירָה בְּפַרְהֶסְיָא וְדָבָר מְרֻובֶּה דְּאֵין יְכוֹלָה לִגְנֹוב כָּל זֹאת וְלַעֲשׂוֹת בְּצִינְעָא אֲבָל לֹא בְּמוּעָט דִּגְנָבַתּוּ וִיכוֹלָה לַעֲשׂוֹת בְּצִינְעָא וְלֹא יַרְגִּישׁ בַּעְלָהּ ל"א בְּמוּעָט בְּמַעֲטָן שֶׁנְּטָלָתַן מִן הַמַּעֲטָן וְאֵין דֶּרֶךְ לְמָוכְרָן כָּךְ:
Et les baddadin : les maîtres du pressoir (beit ha-bad), qui sont marchands d'huile. On achète à leurs femmes des olives et de l'huile en mesure, c'est-à-dire à la manière d'une vente publique, et une chose abondante, car elle ne peut voler tout cela ni le faire en cachette. En petite quantité : elle l'a volé, elle peut le faire en cachette, et son mari ne s'en apercevra pas. Autre version : en petite quantité, dans le maatan, ce qu'elle a pris du panier d'olives, et on n'a pas coutume de les vendre ainsi.
בַּגָּלִיל הָעֶלְיוֹן שֶׁהַשֶּׁמֶן שָׁם בְּיֹוקֶר וּמַקְפִּיד עַל דָּבָר מוּעָט:
En haute Galilée : car l'huile y est chère, et il regarde de près une petite chose.
💡 Explication

Les baddadin tiennent le pressoir et commercent l'huile. Le pronom est féminin : on achète à leurs femmes, comme le glose Rachi. La mida est une vente publique, en quantité. Une petite quantité se dérobe. Autre lecture : be-muat se lit be-maatan, le panier ou la cuve d'olives, façon de vendre qui n'est pas la coutume.

Rabban Shimon ben Gamliel ouvre les petites quantités d'olives en haute Galilée. L'homme a honte de vendre à sa porte, et charge sa femme. Rachi ajoute : l'huile y est chère, il remarque un manque même faible.

🖼️ Schéma
Olives et huile : mesure, petite quantité, haute Galilée En mesure Vente publique. Quantité abondante. Elle ne peut voler tout cela en cachette. Petite quantité Elle peut le cacher. Le mari ne voit rien. Autre lecture de Rachi : pris dans le maatan. Haute Galilée Rabban Shimon ben Gamliel. Peu d'olives, aux femmes. Honte de vendre à sa porte. L'huile y est chère.
Mesure : permis. Petite quantité : interdit. Haute Galilée : les femmes vendent le peu d'olives.
21
רָבִינָא אִיקְּלַע לְבֵי מָחוֹזָא, אֲתוֹ נְשֵׁי דְּבֵי מָחוֹזָא רְמוֹ קַמֵּיהּ כַּבְלֵי וְשֵׁירֵי, קַבֵּיל מִינַּייְהוּ. אֲמַר לֵיהּ רַבָּה תּוֹסְפָאָה לְרָבִינָא, וְהָתַנְיָא: גַּבָּאֵי צְדָקָה מְקַבְּלִין מֵהֶן דָּבָר מוּעָט, אֲבָל לֹא דָּבָר מְרֻובֶּה! אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי, לִבְנֵי מָחוֹזָא דָּבָר מוּעָט נִינְהוּ.

Ravina arriva à Bei Mehoza. Les femmes de Bei Mehoza vinrent et jetèrent devant lui des chaînes et des bracelets.

Il les accepta d'elles. Rabba Tosfaa dit à Ravina : or on a enseigné : les collecteurs de tsedaka reçoivent d'elles une chose de peu, et non une chose de beaucoup.

Il lui dit : celles-ci, pour les gens de Mehoza, sont une chose de peu.

📜 Rachi (4)
רָבִינָא גַּבַּאי צְדָקָה הָיָה:
Ravina : il était collecteur de tsedaka.
כַּבְלֵי שַׁרְשְׁרוֹת זָהָב:
Kavlei : des chaînes d'or.
וּשְׁיָרֵי צְמִידִין:
Et shirei : des bracelets.
לִבְנֵי מָחוֹזָא עֲשִׁירִים הֵם:
Pour les gens de Mehoza : ils sont riches.
💡 Explication

Ravina, collecteur, reçoit des chaînes d'or et des bracelets. Rabba Tosfaa objecte la baraita : une chose de beaucoup est refusée. Ravina répond par le lieu. À Mehoza, ces bijoux sont un davar muat, une chose de peu, parce que les gens y sont riches. La mesure du peu et du beaucoup suit la fortune du lieu.

22
מַתְנִי׳ מוֹכִין שֶׁהַכּוֹבֵס מוֹצִיא – הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁלּוֹ, וְהַסּוֹרֵק מוֹצִיא – הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת. כּוֹבֵס נוֹטֵל שְׁלֹשָׁה חוּטִין – וְהֵן שֶׁלּוֹ, יָתֵר מִכֵּן – הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת. אִם הָיָה שָׁחוֹר עַל גַּבֵּי הַלָּבָן – נוֹטֵל אֶת הַכֹּל וְהֵן שֶׁלּוֹ.

Michna. Les bourres que le laveur retire, les voici à lui.

Celles que le cardeur retire, les voici au propriétaire. Le laveur prend trois fils, et ils sont à lui.

Davantage : les voici au propriétaire. S'il y avait du noir sur du blanc, il prend le tout, et c'est à lui.

📜 Rachi (6)
מַתְנֵי' הַכּוֹבֵס מוֹצִיא מִבֶּגֶד צֶמֶר דָּבָר מוּעָט עַל יְדֵי שְׁטִיפָה וְאֵין הבע"ה מַקְפִּיד וּמִן הַדִּין הֵן שֶׁלּוֹ וְהַמַּקְפִּיד לָא הָוֵי קְפִידָא:
Michna. Le laveur retire : d'un vêtement de laine, une petite chose, par le lavage. Le propriétaire n'y regarde pas de près. De droit, elles sont à lui. Et celui qui y tient, son exigence ne compte pas.
שֶׁהַסּוֹרֵק מוֹצִיא ע"י הַקּוֹצִים שֶׁקּוֹרִין קרדונ"ש:
Ce que le cardeur retire : au moyen des cardes, qu'on appelle cardons.
סוֹרֵק פילונ"ש כָּךְ שֵׁם הָאֻומָּנוּת עַל שֵׁם שֶׁהוּא סוֹרְקוֹ בַּקּוֹצִים כְּעֵין מַסְרֵק:
Sorek : peigneur. Tel est le nom du métier, parce qu'il carde avec des épines, à la façon d'un peigne.
שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת שֶׁדָּבָר חָשׁוּב הוּא וְלָא מֵחֵיל:
Au propriétaire : car c'est une chose de valeur, et il n'y renonce pas.
הַכּוֹבֵס נוֹטֵל ג' חוּטִין דֶּרֶךְ אוֹרְגֵי בִּגְדֵי צֶמֶר לֶאֱרֹוג שְׁלֹשָׁה חוּטִין מִמִּין אַחֵר בְּסוֹף הַבֶּגֶד וְהַכּוֹבֵס נוֹטְלָן וּמַשְׁוֶה הַבֶּגֶד וּמְיַיפֵּהוּ:
Le laveur prend trois fils : la manière des tisserands de vêtements de laine est de tisser trois fils d'une autre sorte au bout du vêtement. Le laveur les prend, il égalise le vêtement et l'embellit.
וְאִם הָיָה הַחוּט שָׁחוֹר שֶׁאֲרָגוֹ בְּבֶגֶד לָבָן רַשַּׁאי לִיטֹּול הַכֹּל לְפִי שֶׁהַשָּׁחוֹר מְגַנֶּה אֶת הַלָּבָן:
Et si le fil était noir : qu'on a tissé dans un vêtement blanc. Il a le droit de tout prendre, car le noir enlaidit le blanc.
💡 Explication

Michna nouvelle. Les mokhin, bourres arrachées au lavage, sont au koves : peu de chose, le maître y renonce. Ce que le sorek retire avec les cardes est au maître : c'est une quantité à laquelle il ne fait pas mehila.

Les trois fils du bord sont tissés d'une autre sorte. Le laveur les ôte, il égalise et embellit. Au-delà de trois, le fil reste au maître. Fil noir sur blanc : le noir enlaidit, le laveur prend tout.

23
הַחַייָּט שֶׁשִּׁייֵּר אֶת הַחוּט כְּדֵי לִתְפֹּור בּוֹ, וּמַטְלֵית שֶׁהִיא שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ – הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת. מַה שֶּׁהֶחָרָשׁ מוֹצִיא בַמַּעֲצָד – הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁלּוֹ, וּבְכַשִּׁיל – שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת. וְאִם הָיָה עוֹשֶׂה אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת – אַף הַנְּסָרִים שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת.

Le tailleur qui a laissé du fil de quoi coudre avec, et une pièce d'étoffe de trois sur trois, les voici au propriétaire. Ce que le charpentier retire avec l'herminette (maatsad), le voici à lui.

Avec la hache (kashil), c'est au propriétaire. Et s'il travaillait chez le propriétaire, même les planches sont au propriétaire.

📜 Rachi (6)
הַחַייָּט שֶׁשִּׁייֵּר מִן הַחוּט כְּדֵי לִתְפֹּור בּוֹ וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ שִׁיעוּר תְּפִירָה:
Le tailleur qui a laissé du fil de quoi coudre avec : et dans la Gemara on explique la mesure de la couture.
ה"ג וּמַטְלִית שֶׁהוּא ג' עַל ג' חַייָּט שֶׁהִשְׁוָה אֶת תְּפִירָתוֹ וְקִיצַּע הֵימֶנָּה מַטְלִית קְטַנָּה שָׁלשׁ אֶצְבָּעוֹת עַל שָׁלשׁ אֶצְבָּעוֹת הֲרֵי אֵלּוּ שֶׁל בעה"ב:
Voici la version : et une pièce qui est de trois sur trois. Un tailleur qui a égalise sa couture et en a coupé une petite pièce de trois doigts sur trois doigts, les voici au propriétaire.
מַעֲצָד דילדיי"ר בְּלַעַ"ז קְטַנָּה וּמַחֲלִיק בָּהּ אֶת הַנְּסָרִים וּשְׁפָאִין שֶׁהוּא מִשָּׁוֶה דַּקִּין הֵן טנב"ש בְּלַעַ"ז:
Maatsad : doloire, en langue étrangère, petite. Il lisse avec elle les planches. Les copeaux qu'il égalise sont fins : tenves, en langue étrangère.
בְּכַשִּׁיל קַרְדֹּום וּמַפִּיל שְׁפָאִין גַּסִּין:
Avec le kashil : une hache (kardom). Il fait tomber des copeaux gros.
אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת שָׂכִיר יוֹם:
Chez le propriétaire : un salarié à la journée.
נְסֹורֶת אַפֵּי' דַּק דַּק הַיּוֹצֵא מִתַּחַת הַמַּקְדֵּחַ שֶׁהִיא דַּק מְאֹד שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת וְרֵישָׁא בְּקַבְּלָן שֶׁקִּיבֵּל לִבְנוֹת הַבַּיִת בְּדָמִים קְצוּבִים: גְּמ'
La sciure : même la plus fine, qui sort sous le foret, et qui est très fine, est au propriétaire. Et le début vise un entrepreneur, qui a pris en charge de bâtir la maison pour un prix fixe. Gemara.
💡 Explication

Le fil encore bon à coudre, et la matlit de trois doigts sur trois, restent au maître. Rachi renvoie à la Gemara pour la mesure du fil. La pièce vient de la coupe qui égalise la couture.

L'herminette ne lève que des copeaux fins : à l'artisan. La hache lève des copeaux gros : au maître. S'il est sakhir yom chez le maître, Rachi lit les nessarim comme sciure, même la plus fine sous le foret, et elle est au maître. Le début de la michna, copeaux de l'herminette à l'artisan, vise le kablan, payé à prix fixe.

🖼️ Schéma
Charpentier : outil, et lieu du travail Herminette Maatsad, doloire. Copeaux fins. À l'artisan. Cas du kablan. Hache Kashil, kardom. Copeaux gros. Au propriétaire. Il n'y renonce pas. Chez le maître Salarié à la journée. Même la sciure sous le foret. Tout est à lui.
Herminette : copeaux fins, à l'artisan kablan. Hache : copeaux gros, au maître. Journalier : même la sciure.
24
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: לוֹקְחִין מוֹכִין מִן הַכּוֹבֵס, מִפְּנֵי שֶׁהֵן שֶׁלּוֹ. הַכּוֹבֵס נוֹטֵל שְׁנֵי חוּטִין הָעֶלְיוֹנִים – וְהֵן שֶׁלּוֹ.

Gemara. Les Sages ont enseigné : on achète des bourres au laveur, parce qu'elles sont à lui.

Le laveur prend les deux fils du haut, et ils sont à lui.

💡 Explication

La baraita confirme les mokhin : on les achète au laveur, elles sont à lui. Elle dit ensuite : les deux fils du haut. La michna avait dit trois fils. La page s'arrête sur ces deux chiffres, posés l'un à côté de l'autre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).