Bava Kamma 55b - Fermer l'enclos : garde réduite, évaluation du dégât, quatre cas remis au Ciel

Bava_Kamma 55b

Sougya : Le daf ouvre le chapitre Ha-kones. La michna fixe quand le propriétaire d'un troupeau enferme dans un enclos est quitte ou responsable si la bête sort et cause un dommage, puis comment on évalue un dégât de dent dans un jardin : un beit se'a du champ, et non la plate-bande seule.

La guemara définit la fermeture convenable comme une porte qui tient face à un vent habituel, soit une garde réduite (shemira pehuta). Elle demande quel tanna admet cette garde pour un mu'ad : Rabbi Yehouda, ou même Rabbi Meir, parce que la Torah a allégé la garde de la fosse, du feu, de la dent et du pied.

Une baraita de Rabbi Yehochoua ouvre ensuite quatre cas où l'on est quitte devant les hommes et responsable devant le Ciel.

Michna : le troupeau sort de l'enclos Ferme devant le troupeau Ke-raouy : porte qui tient au vent habituel, puis elle sort : patour Pas ke-raouy elle sort et endommage : hayav Brèche de nuit ou listim percent : patour Les listim la font sortir les listim sont hayav Soleil, ou 'herech, shote, katan : hayav Remise à un berger le berger entre à sa place Tombe au jardin (ones) paie le profit, pas le dégât entier Descend d'elle-même et endommage : paie le dégât Évaluation : un beit se'a du champ, valeur avant et après R. Chimon : fruits mûrs, se'a pour se'a Ke-raouy = shemira pehuta (garde réduite). La bête est mu'ad dès l'origine pour la dent (shen) et le pied (regel).
La michna : fermeture convenable, brèche, négligence, berger, et évaluation du dégât au jardin.
Quelle garde pour le mu'ad ? Trois tannaim (michna 45b) Rabbi Meir Rabbi Yehouda Rabbi Eliezer Attache ou ferme ke-raouy, puis il sort : tam et mu'ad : hayav Il faut une shemira me'ula Tam : hayav Mu'ad : patour Verset : vélo yishmerenu et celui-ci est gardé Aucune garde ne suffit au mu'ad, sauf le couteau Il diverge des deux autres Notre michna (dent et pied du troupeau) R. Mani bar Patich : c'est Rabbi Yehouda, la shemira pehuta suffit au mu'ad. Réponse : même Rabbi Meir. La Torah a allégé bor, ech, shen, regel. Bor s'il a couvert : patour Ech comme celui qui allume Shen comme u-vi'er Regel comme ve-shilah
Meir, Yehouda et Eliezer sur la garde du mu'ad, puis les quatre domaines où la Torah allège la garde.
Rabbi Yehochoua : quatre cas Patour selon le droit des hommes (dinei adam) Hayav selon le droit du Ciel (dinei chamayim) Perce une clôture devant la bête la bête s'enfuit Couche la moisson vers l'incendie le feu y prend Salarié de faux témoins edei sheker Connaît un témoignage, se tait ne témoigne pas Rachi : il tient que le gerama (cause indirecte) en dommages est patour devant les hommes.
Les quatre cas de Rabbi Yehochoua : quitte devant les hommes, responsable devant le Ciel.
1
מַתְנִי׳ הַכּוֹנֵס צֹאן לַדִּיר, וְנָעַל בְּפָנֶיהָ כָּרָאוּי, וְיָצְאָה וְהִזִּיקָה – פָּטוּר. לֹא נָעַל בְּפָנֶיהָ כָּרָאוּי, וְיָצְאָה וְהִזִּיקָה – חַיָּיב.

Michna. Celui qui enferme un troupeau (tson) dans un enclos (dir), et ferme devant lui de manière convenable (ke-raouy), et il sort et cause un dommage : il est quitte (patour).

S'il n'a pas fermé devant lui de manière convenable, et il sort et cause un dommage : il est responsable (hayav).

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' הַכּוֹנֵס פָּטוּר דְּהָא נַטְרֵהּ וּמַאי הָוֵי לֵיהּ לְמֶעְבַּד:
Celui qui enferme, il est quitte : car il a gardé, et que pouvait-il faire encore ?
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנִי' הַכּוֹנֵס צֹאן לַדִּיר זֶה הָיָה רָאוּי לִשְׁנוֹת לְעֵיל בַּהֲדֵי מִילֵּי דְּשׁוֹר דְּלָא הָיָה לוֹ לְהַפְסִיק בְּמִילֵּי דִּבּוּר אֶלָּא אַגַּב דִּתְנָא נָפַל לְבוֹר וְהִבְאִישׁ מֵימָיו תְּנָא בָּתְרֵיהּ מִילֵּי דִּבּוּר א"נ מִילֵּי דִּבּוּר רָאוּי לְשַׁנּוֹת תְּחִילָּה קֹודֶם שֶׁיִּשְׁנֶה דִּינֵי שְׁמִירָה וְגַם דִּינֵי אֵשׁ הָיָה רָאוּי לִשְׁנוֹת תְּחִילָּה אֶלָּא אַגַּב דִּתְנַן כִּסָּהוּ כָּרָאוּי בַּבּוֹר דְּהֻוצְרַךְ לְהַזְכִּיר דִּין פּוֹתֵחַ וְכוֹרֶה שֶׁבּוֹ דִּבֵּר הַכָּתוּב תְּנָא נָמֵי הַךְ דְּנָעַל בְּפָנֶיהָ כָּרָאוּי:
Celui qui enferme un troupeau dans un enclos : ceci aurait dû être enseigné plus haut, avec les lois du bœuf, et il n'aurait pas dû interrompre par les lois de la fosse (bor). Mais puisque le tanna a enseigné [le cas où la bête] est tombée dans une fosse et en a gâté l'eau, il a enseigné ensuite les lois de la fosse. Autre explication : les lois de la fosse auraient dû être enseignées d'abord, avant les lois de la garde, et les lois du feu aussi auraient dû être enseignées d'abord. Mais puisque nous avons enseigné ' il l'a couvert de manière convenable ' à propos de la fosse, où il fallait mentionner la loi de celui qui ouvre (poteah) et de celui qui creuse (koreh), dont parle le verset, il a aussi enseigné celle-ci : il a fermé devant elle de manière convenable.
💡 Explication

La michna ouvre le chapitre sur la garde du troupeau. Deux issues : fermeture ke-raouy, le propriétaire est patour ; fermeture insuffisante, il est hayav. Le dommage vise ici est celui de la dent (shen) et du pied (regel).

Rachi ramène l'exemption à un fait simple : il a gardé. Tossefot expliquent l'ordre du traité : cette michna voisine les lois du bœuf ; elle arrive ici parce que la michna de la fosse a déjà parlé d'une couverture convenable, et le tanna enchaîne la fermeture convenable de l'enclos.

2
נִפְרְצָה בַּלַּיְלָה אוֹ שֶׁפְּרָצוּהָ לִסְטִים, וְיָצְאָה וְהִזִּיקָה – פָּטוּר. הוֹצִיאוּהָ לִסְטִים – לִסְטִים חַיָּיבִין.

Si [la clôture] a été percée de nuit, ou si des brigands (listim) l'ont percée, et il sort et cause un dommage : il est quitte. Si les brigands l'ont fait sortir : les brigands sont responsables.

🗂️ Tossefot (2)
נִפְרְצָה בַּלַּיְלָה אע"פ דִּתְנָא נָעַל בְּפָנֶיהָ כָּרָאוּי פָּטוּר אִצְטְרִיךְ לְמִתְנֵי נִפְרְצָה בַּלַּיְלָה פָּטוּר כִּדְדָיֵיק בפ"ק (דַּף יד.) הָא בַּיּוֹם חַיָּיב דְּקָלָא אִית לֵיהּ לְמִילְּתָא וּמִסְּתָמָא יָדַע שֶׁנִּפְרְצָה אִי נָמֵי בַּלַּיְלָה אֲפִילּוּ נוֹדַע לוֹ שֶׁנִּפְרְצָה וְיָצְתָה הַבְּהֵמָה אֵין לוֹ לִטְרֹוחַ יוֹתֵר מִדַּאי לְחַזֵּר אַחֲרֶיהָ בַּאֲפֵילָה:
Elle a été percée de nuit : bien que le tanna ait déjà enseigné que, s'il a fermé devant elle de manière convenable, il est quitte, il fallait enseigner que, si elle a été percée de nuit, il est quitte. On le précise au premier chapitre (14a) : de jour, il est responsable, car la chose a un bruit, et l'on présume qu'il a su que la clôture était percée. Autre explication : de nuit, même s'il a appris qu'elle était percée et que la bête était sortie, il n'a pas à se donner une peine excessive pour la rechercher dans l'obscurité.
אוֹ שֶׁפְּרָצוּהָ לִסְטִים וְאִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דַּאֲפִילּוּ הַלִּסְטִים פְּטוּרִים כְּשֶׁלֹּא הוֹצִיאוּהָ:
Ou si des brigands l'ont percée : et il fallait nous apprendre que même les brigands sont quittes lorsqu'ils ne l'ont pas fait sortir.
💡 Explication

Deux brèches laissent le propriétaire patour : la nuit, et les listim qui percent sans faire sortir la bête. S'ils la font sortir eux-mêmes, la responsabilité passe sur eux.

Tossefot tirent de là de 14a : de jour, le bruit de la brèche fait présumer qu'il sait, et il reste tenu. De nuit, même informé, il n'a pas à poursuivre la bête dans le noir. La seconde glose ajoute que les brigands eux-mêmes sont quittes tant qu'ils n'ont fait que percer.

3
הִנִּיחָהּ בַּחַמָּה, אוֹ שֶׁמְּסָרָהּ לְחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן, וְיָצְאָה וְהִזִּיקָה – חַיָּיב.

S'il l'a laissé au soleil, ou s'il l'a remise à un sourd ('herech), un insensé (shote) ou un mineur (katan), et elle sort et cause un dommage : il est responsable.

📜 Rachi (1)
הִנִּיחָהּ בַּחַמָּה מְצַעֲרָא לָהּ שִׁמְשָׁא וְלָא סַגִּי לֵיהּ בִּנְעִילָה כָּרָאוּי דְּמוֹקְמִינַן בַּגְּמָרָא דְּהַיְינוּ דֶּלֶת שֶׁיְּכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה:
Il l'a laissé au soleil : le soleil la fait souffrir, et une fermeture convenable ne lui suffit pas. La guemara établit que cette fermeture est une porte capable de tenir face à un vent habituel (ruah metsuya).
💡 Explication

Deux négligences rendent le propriétaire hayav même s'il a fermé. Au soleil, la chaleur pousse la bête à forcer la porte : la garde réduite ne tient plus. Remise à un 'herech, un shote ou un katan, la garde est confiée à quelqu'un qui ne peut pas l'assurer.

4
מְסָרָהּ לְרוֹעֶה – נִכְנַס הָרוֹעֶה תַּחְתָּיו.

S'il l'a remise à un berger (ro'eh) : le berger entre à sa place.

📜 Rachi (1)
נִכְנַס הָרוֹעֶה תַּחְתָּיו לְהִתְחַייֵּב בִּנְזָקִין:
Le berger entre à sa place : pour être tenu des dommages.
💡 Explication

Le berger devient le gardien. La responsabilité du dommage passe du propriétaire à lui.

5
נָפְלָה לַגִּינָּה וְנֶהֱנֵית – מְשַׁלֶּמֶת מַה שֶׁנֶּהֱנֵית. יָרְדָה כְּדַרְכָּהּ וְהִזִּיקָה – מְשַׁלֶּמֶת מַה שֶּׁהִזִּיקָה. כֵּיצַד מְשַׁלֶּמֶת מַה שֶּׁהִזִּיקָה? שָׁמִין בֵּית סְאָה בְּאוֹתָהּ שָׂדֶה – כַּמָּה הָיְתָה יָפָה, וְכַמָּה הִיא יָפָה.

Si elle est tombée dans un jardin (gina) et qu'elle en a profité : elle paie ce dont elle a profité. Si elle est descendue à sa manière habituelle (ke-darkah) et a cause un dommage : elle paie ce qu'elle a endommagé.

Comment paie-t-elle ce qu'elle a endommagé ? On évalue un beit se'a dans ce champ : combien elle valait, et combien elle vaut.

📜 Rachi (3)
נָפְלָה לַגִּינָּה בְּאֹונֶס מִגַּג בַּעְלָהּ הַסָּמוּךְ לְגִינַּת חֲבֵירוֹ אוֹ שֶׁהָיְתָה רה"ר גָּבוֹהַּ מִן הַגִּינָּה וְנָפְלָה:
Elle est tombée dans un jardin : par accident (ones), du toit de son propriétaire voisin du jardin de son prochain, ou bien le domaine public était plus haut que le jardin et elle est tombée.
מַה שֶׁנֶּהֱנֵית לְפִי הֲנָאָתָהּ וְלֹא לְפִי הַזִּיקָּה:
Ce dont elle a profité : selon son profit, et non selon son dommage.
שָׁמִין בֵּית סְאָה בְּאוֹתָהּ שָׂדֶה אֵין שָׁמִין אֶת הָעֲרוּגָה לְבַדָּהּ מִפְּנֵי שֶׁמַּפְסִיד מַזִּיק שֶׁשָּׁמִין אוֹתָהּ בְּכָל שָׁוְוייָהּ וְרַחֲמָנָא אָמַר וּבִעֵר בַּשָּׂדֶה אַחֵר וְדָרְשִׁינַן בגמ' מְלַמֵּד שֶׁשָּׁמִין אוֹתוֹ עַל גַּב שָׂדֶה אַחֶרֶת אֶלָּא שָׁמִין בֵּית סְאָה בְּאוֹתָהּ שָׂדֶה כַּמָּה הָיְתָה יָפָה קֹודֶם שֶׁנֶּאֶכְלָה מִמֶּנָּה הָעֲרוּגָה הַזֹּאת וְכַמָּה הִיא יָפָה עַכְשָׁיו וְהַשְׁתָּא לֹא מְשַׁלֵּם כּוּלְּהוּ דָּמֶיהָ דָּמֵי שֶׁלּוֹקֵחַ בֵּית סְאָה כְּשֶׁהִיא בִּתְבוּאָתָהּ אֵינוֹ מְזַלְזֵל בָּהּ בִּשְׁבִיל הֶפְסֵד עֲרוּגָה אַחַת כִּי אִם דָּבָר מוּעָט:
On évalue un beit se'a dans ce champ : on n'évalue pas la plate-bande (aruga) seule, parce que cela lèse le mazik, puisqu'on l'évaluerait à toute sa valeur. Or le Miséricordieux a dit ' u-vi'er be-sadeh aher ', et nous expliquons dans la guemara : cela enseigne qu'on l'évalue sur le fond d'un autre champ. On évalue donc un beit se'a dans ce champ : combien il valait avant que cette plate-bande en ait été mangée, et combien il vaut maintenant. Dès lors il ne paie pas toute sa valeur, car celui qui achète un beit se'a encore couvert de sa récolte ne le déprécie, pour la perte d'une seule plate-bande, que de peu.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁמִין בֵּית סְאָה בְּאוֹתָהּ שָׂדֶה פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס (בְּרֵישׁ פִּירְקִין) שֶׁאִם אָכְלָה עֲרוּגָה אַחַת שָׁמִין אוֹתָהּ אַגַּב בֵּית סְאָה כַּמָּה הָיְתָה יָפָה קֹודֶם שֶׁאָכְלָה מִמֶּנָּה וְכַמָּה הִיא יָפָה עַכְשָׁיו וְקָשֶׁה לר"י דְּאִי אַבֵּית סְאָה קָאֵי ה"ל לְמֵימַר כַּמָּה הָיָה יָפֶה וְכַמָּה הוּא יָפֶה בִּלְשׁוֹן זָכָר וְעוֹד דְּקָבָעֵי בגמ' הֵיכִי שָׁיְימִינַן הֲלֹא פֵּירְשָׁה יָפֶה מִשְׁנָתֵינוּ שֶׁשָּׁמִין עֲרוּגָה בְּבֵית סְאָה וּמַה שפ"ה בגמ' הֵיכִי שָׁיְימִינַן דְּבֵית סְאָה בְּאַנְפֵּי נַפְשָׁהּ לָא שָׁייְמִינַן דְּמַכְחִישִׁין לֵיהּ לַמַּזִּיק דְּקָרַחַת עֲרוּגָה שֶׁל קַב אוֹ קַבַּייִם חֲשׁוּבָה לְפִי דָּמָיו אֶלָּא שָׁמִין ס' סְאִין וְרוֹאִין כַּמָּה דָּמִים מַגִּיעִים לְבֵית סְאָה וְחוֹזְרִין וְשָׁמִין כַּמָּה נִפְחֲתָה בִּשְׁבִיל הָעֲרוּגָה וְקָשֶׁה דְּהֵיכָן מָצִינוּ שְׁתֵּי שׁוּמוֹת הַלָּלוּ דְּבִקְרָא לָא כְּתִיב אֶלָּא בְּשָׂדֶה אַחֵר שֶׁשָּׁמִין מַה שֶׁהִזִּיק אַגַּב שָׂדֶה אַחֶרֶת וּמִן הַמִּשְׁנָה לָא מִשְׁתְּמַע כְּלָל וְעוֹד דְּלָמֶ"ד בגמ' קלח בְּשִׁשִּׁים קְלָחִים כְּלוֹמַר בְּשִׁשִּׁים שִׁיעוּרִים כְּמוֹתוֹ אַמַּאי נְקַט בְּמַתְנִיתִין בֵּית סְאָה וְעוֹד קָשֶׁה דְּפָרִיךְ בַּגְּמָרָא אַכּוּלְּהוּ אָמוֹרָאֵי מֵהָא דְּתַנְיָא אָכְלָה קַב אוֹ קַבַּייִם רוֹאִין אוֹתָהּ כְּאִלּוּ הִיא עֲרוּגָה קְטַנָּה וּמְשַׁעֲרִין אוֹתָהּ מַאי לָאו בִּפְנֵי עַצְמָהּ תִּקְשֵׁי לֵיהּ. מִמַּתְנִי' דְּקָתָנֵי שֶׁמְּשַׁעֲרִינַן אוֹתָהּ בְּבֵית סְאָה וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּשָׁמִין בֵּית סְאָה דְּקָתָנֵי הַיְינוּ בֵּית סְאָה הַנֶּאֱכָל שָׁמִין בְּאוֹתָהּ שָׂדֶה כִּדְקָתָנֵי סֵיפָא בְּמִילְּתָא דר"ש אִם סְאָה סְאָה אִם סָאתַיִם סָאתַיִם וּלְפִי שֶׁלֹּא פִּי' מִשְׁנָתֵינוּ בְּכַמָּה שָׁמִין אוֹתָהּ אֶלָּא שֶׁבְּאוֹתָהּ שָׂדֶה שָׁמִין אוֹתָהּ מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא הֵיכִי שָׁייְמִינַן וּמְפָרֵשׁ ר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא סְאָה בְּשִׁשִּׁים סְאִין בֵּין אֲכָלָהּ פָּחוֹת בֵּין אֲכָלָהּ יוֹתֵר לְעוֹלָם שָׁמִין סְאָה בְּשִׁשִּׁים וּמְשַׁלֵּם לְפִי הַחֶשְׁבּוֹן חִזְקִיָּה אוֹמֵר קֶלַח בְּשִׁשִּׁים קְלָחִים כְּלוֹמַר לְעוֹלָם מַה שֶׁאָכְלָה בְּשִׁשִּׁים שִׁיעוּרִין כְּמוֹתָן ר' יַנַּאי אוֹמֵר תַּרְקַב בְּשִׁשִּׁים תַּרְקַבִּין וּבֵין אָכְלָה פָּחוֹת אוֹ יוֹתֵר מְשַׁלֵּם לְפִי חֶשְׁבּוֹן וְלֵר' יַנַּאי מַשְׁבִּיחַ יוֹתֵר מַזִּיק מֵלֶר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא דְּקָרַחַת תַּרְקַב אֵינָהּ נִיכֶּרֶת בִּשְׁלֹשִׁים סְאִין כְּמוֹ קָרַחַת סְאָה בָּס' סְאִין כִּדְאָמַר רַב פָּפָּא דְּאֵין שָׁמִין כּוֹר בָּס' כּוֹרִים מִפְּנֵי שֶׁפּוֹגֵם מַזִּיק ואע"ג דְּקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין בֵּית סְאָה בְּאוֹתָהּ שָׂדֶה לְרַבִּי יַנַּאי לֹא לְשִׁיעוּרָא נָקְטִינַן שֶׁאֵין מְשַׁעֲרִין בּוֹ כְּלָל אֶלָּא בְּתַרְקַב מְשַׁעֲרִין וְנִרְאֶה לר"י דְּכִי מְשַׁעֲרִין לְמַר בְּתַרְקַב וּלְמַר בִּסְאָה לָאו בְּבֵית סְאָה זֶרַע קָאָמַר דְּהָוֵי נ' עַל נ' דְּאֵין דּוֹמֶה שֶׁדִּבְּרָה מִשְׁנָתֵינוּ בָּזֶה דְּבִבְהֵמָה אַחַת אַייְרֵי וּמָתַי אָכְלָה כָּל זֶה אֶלָּא בִּסְאָה פֵּירוֹת קָאָמַר דִּמְשַׁעֲרִין כִּדְקָתָנֵי אִם סְאָה סְאָה וְאֵין לִתְמֹוהַּ עַל לְשׁוֹן בֵּית סְאָה דְּקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין דְּכֵיוָן שֶׁהַפֵּירוֹת מְחֻובָּרִין לַקַּרְקַע שַׁייָּךְ שַׁפִּיר לִקְרוֹת לִסְאָה פֵּירוֹת הַנֶּאֱכָל בֵּית סְאָה וְהָא דְּפָרִיךְ בַּגְּמָרָא אַבָּרַיְיתָא הַאי וְלֹא בֵּית כֹּור וְלֹא כֹּור מִבְּעֵי לֵיהּ הַייְנוּ מִשּׁוּם דִּבְרֵישָׁא קָתָנֵי קַב וּבְסֵיפָא בֵּית כּוֹר וּמִיהוּ אִי הֲוָה מְפָרְשִׁינַן דִּבְבֵית סְאָה זֶרַע קָאָמַר כְּגוֹן נ' עַל נ' הָוֵי נִיחָא טְפֵי אע"ג דְּבַגְּמָרָא נְקַט לְכוּלְּהוּ בְּלֹא בֵּית כִּדְקָאָמַר סְאָה תַּרְקַב קַב וְכוֹר אֵין לְהַקְפִּיד דְּלִפְעָמִים קָרֵי נָמֵי לְבֵית כּוֹר זֶרַע כּוֹר סְתָם כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּפֶרֶק הַמְקַבֵּל (בּ"מ דַּף קה:) נוֹתֵן אַרְבָּעָה קַבִּין לְכוֹר וּמַסִּיק דְּאַרְבָּעָה קַבִּין לְכוֹר זֶרַע קָאָמַר:
On évalue un beit se'a dans ce champ. Explication du Kountres (Rachi), au début de notre chapitre : si elle a mangé une plate-bande, on l'évalue avec un beit se'a, combien il valait avant qu'elle en ait mangé et combien il vaut maintenant. C'est difficile pour le Ri : si cela porte sur le beit se'a, il aurait fallu dire ' combien il valait ' et ' combien il vaut ', au masculin. De plus, la guemara demande comment on évalue, alors que notre michna l'a déjà bien dit : on évalue la plate-bande dans un beit se'a. Et ce que Rachi explique dans la guemara sur ' comment évalue-t-on ' : on n'évalue pas un beit se'a à part, car on affaiblirait le mazik, une clairière (korhat) d'une plate-bande d'un kav ou de deux kav étant importante selon son prix ; on évalue plutôt soixante se'a, on voit quelle somme revient à un beit se'a, puis on évalue de combien elle a baissé à cause de la plate-bande. C'est difficile : où trouvons-nous ces deux évaluations ? Dans le verset il n'est écrit que ' dans le champ d'autrui ', c'est-à-dire qu'on évalue ce qu'elle a endommagé avec un autre champ, et la michna ne le laisse pas entendre du tout. De plus, selon celui qui dit dans la guemara ' une tige parmi soixante tiges ', c'est-à-dire parmi soixante mesures semblables à elle, pourquoi la michna parle-t-elle d'un beit se'a ? Et encore : la guemara objecte à tous les amoraim à partir de la baraita ' elle a mangé un kav ou deux kav, on la regarde comme une petite plate-bande et on l'estime : est-ce à dire, à part ? '. Il aurait dû objecter à partir de notre michna, qui enseigne qu'on l'estime dans un beit se'a. Il paraît juste d'expliquer que ' on évalue un beit se'a ' désigne le beit se'a mangé, que l'on évalue dans ce champ, comme l'enseigne la fin dans les paroles de Rabbi Chimon : si un se'a, un se'a ; si deux se'a, deux se'a. Et puisque notre michna n'a pas dit selon quelle mesure on l'évalue, si ce n'est qu'on l'évalue dans ce champ, la guemara explique comment on évalue. Rabbi Yossi bar Hanina explique : un se'a parmi soixante se'a ; qu'elle ait mangé moins ou davantage, on évalue toujours un se'a parmi soixante, et il paie au prorata. Hizkiya dit : une tige parmi soixante tiges, c'est-à-dire toujours ce qu'elle a mangé, parmi soixante mesures semblables. Rabbi Yannai dit : un tarkav parmi soixante tarkav, et qu'elle ait mangé moins ou davantage, il paie au prorata. Selon Rabbi Yannai, le mazik est mieux traité que selon Rabbi Yossi bar Hanina, car une clairière d'un tarkav ne se voit pas dans trente se'a comme une clairière d'un se'a dans soixante se'a, ainsi que Rav Pappa l'a dit : on n'évalue pas un kor parmi soixante kor, parce que cela lèse le mazik. Et bien que la michna enseigne ' un beit se'a dans ce champ ', selon Rabbi Yannai on ne le prend pas comme la mesure : on n'estime pas du tout par lui, on estime par le tarkav. Il paraît au Ri que, quand on estime pour l'un par le tarkav et pour l'autre par le se'a, il ne s'agit pas d'un beit se'a de semence, qui fait cinquante sur cinquante : il n'est pas vraisemblable que notre michna ait parlé de cela, car elle traite d'une seule bête, et quand aurait-elle mangé tout cela ? Il s'agit d'un se'a de fruits que l'on estime, comme il est enseigné : si un se'a, un se'a. Et il n'y a pas lieu de s'étonner de l'expression ' beit se'a ' de la michna : puisque les fruits sont attachés au sol, on peut appeler beit se'a un se'a de fruits mangés. Et ce que la guemara objecte à la baraita, ' ceci, il aurait fallu [dire] : et non un beit kor, ou bien : et non un kor ', vient de ce que le début enseigne kav et la fin beit kor. Toutefois, si nous expliquions qu'il s'agit d'un beit se'a de semence, par exemple cinquante sur cinquante, cela irait mieux, même si dans la guemara il cite tous les cas sans ' beit ', comme il dit se'a, tarkav, kav et kor. Il n'y a pas à être pointilleux : parfois on appelle aussi un beit kor de semence simplement un kor, comme nous trouvons au chapitre Ha-mekabel (Bava Metsia 105b) : il donne quatre kav pour un kor, et l'on conclut qu'il s'agit de quatre kav pour un kor de semence.
💡 Explication

Deux arrivées au jardin, deux paiements. Tombée par ones : elle paie le profit (hana'a). Descente normale : elle paie le dégât.

L'évaluation du dégât prend un beit se'a du champ, valeur d'avant et valeur d'après. Rachi : la plate-bande seule ferait payer toute sa valeur ; le verset u-vi'er be-sadeh aher demande une évaluation sur un champ plus large, et l'écart reste faible.

Tossefot, au nom du Ri, lisent autrement : le beit se'a désigne la quantité mangée, évaluée dans ce champ. La mesure exacte (se'a parmi soixante, tige parmi soixante, tarkav parmi soixante) est celle des amoraim, plus loin dans la guemara. Pour le Ri, il s'agit d'un se'a de fruits, une seule bête ne mangeant pas un carré de cinquante sur cinquante de semence.

🖼️ Schéma
Comment paie-t-elle ce qu'elle a endommagé ? Plate-bande seule On prend toute sa valeur Le mazik paie trop Le verset : u-vi'er be-sadeh aher Beit se'a du champ Valeur du champ avant moins valeur après L'écart d'une plate-bande reste faible Tombée (ones) : elle paie le profit. Descente normale : elle paie le dégât. R. Chimon : fruits achevés, on paie se'a pour se'a, sans cette évaluation.
Plate-bande seule ou beit se'a du champ : l'écart d'évaluation, et la règle de Rabbi Chimon pour les fruits mûrs.
6
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אָכְלָה פֵּירוֹת גְּמוּרִים – מְשַׁלֶּמֶת פֵּירוֹת גְּמוּרִים. אִם סְאָה – סְאָה, אִם סָאתַיִם – סָאתַיִם.

Rabbi Chimon dit : si elle a mangé des fruits achevés (perot gemourim), elle paie des fruits achevés. S'il y a un se'a, un se'a ; s'il y a deux se'a, deux se'a.

📜 Rachi (2)
ר"ש אוֹמֵר אָכְלָה פֵּירוֹת גְּמוּרִין שֶׁכְּבָר בִּישְּׁלוּ כָּל צָרְכָן:
Rabbi Chimon dit : si elle a mangé des fruits achevés : qui ont déjà mûri tout ce qu'il fallait.
מְשַׁלֶּמֶת כָּל הַהֶיזֵּק וְהֵיכָא שָׁייְמִינַן אַגַּב שָׂדֶה הֵיכָא דַּעֲדַיִין לֹא נִגְמְרוּ:
Elle paie : tout le dommage. Et où évalue-t-on avec le champ ? Là où ils ne sont pas encore achevés.
💡 Explication

Rabbi Chimon réserve l'évaluation sur le champ aux fruits encore verts. Dès fruits achevés, on paie leur mesure : se'a pour se'a, deux se'a pour deux se'a.

7
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: אֵיזֶהוּ ״כָּרָאוּי״, וְאֵיזֶהוּ ״שֶׁלֹּא כָּרָאוּי״? דֶּלֶת שֶׁיְּכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה – זֶהוּ כָּרָאוּי. שֶׁאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה – זֶהוּ שֶׁלֹּא כָּרָאוּי.

Guemara. Les Sages ont enseigné : qu'est-ce que ' de manière convenable ' (ke-raouy), et qu'est-ce que ' de manière non convenable ' ?

Une porte capable de tenir face à un vent habituel (ruah metsuya) : voilà le convenable. Une porte incapable de tenir face à un vent habituel : voilà le non convenable.

💡 Explication

La baraita fixe le critère. Ke-raouy : la porte résiste à un vent habituel. En dessous, la fermeture est insuffisante et le propriétaire est hayav. Cette porte qui tient au vent habituel est la shemira pehuta de la suite.

🖼️ Schéma
Ke-raouy : la porte et le vent Tient au vent habituel ke-raouy, patour Ne tient pas au vent habituel pas ke-raouy, hayav Vent inhabituel renverse la porte au-delà de l'exigence Cette fermeture est la shemira pehuta dont parle la suite de la guemara.
Le vent habituel décide si la fermeture est convenable.
8
אָמַר רַבִּי מַנִּי בַּר פַּטִּישׁ: מַאן תַּנָּא מוּעָד דְּסַגִּי לֵיהּ בִּשְׁמִירָה פְּחוּתָה – רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דִּתְנַן: קְשָׁרוֹ בְּעָלָיו בְּמוֹסֵירָה, וְנָעַל לְפָנָיו כָּרָאוּי, וְיָצָא וְהִזִּיק – אֶחָד תָּם וְאֶחָד מוּעָד, חַיָּיב; דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.

Rabbi Mani bar Patich a dit : quel est le tanna [selon qui], pour un mu'ad, une garde réduite (shemira pehuta) suffit ? C'est Rabbi Yehouda.

Car nous avons appris : son propriétaire l'a attaché avec une longe (mosera), et a fermé devant lui de manière convenable, et il est sorti et a cause un dommage : qu'il soit tam ou mu'ad, il est responsable ; paroles de Rabbi Meir.

📜 Rachi (2)
גמ' מַאן תְּנָא מוּעָד בִּשְׁמִירָה פְּחוּתָה סַגִּי לֵיהּ מַנִּי מַתְנֵי' דְּאָמַר צֹאן שֶׁהִזִּיקָה בְּשֵׁן וְרֶגֶל הוּא דְּהַיְינוּ מוּעָד בִּתְחִילָּתוֹ סַגִּי לָהּ בִּנְעִילָה כָּרָאוּי דְּהַיְינוּ שְׁמִירָה פְּחוּתָה כִּדְאוֹקֵימְנָא שֶׁיְּכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה וְאִי אָתֵי רוּחַ שֶׁאֵין מְצוּיָה לָא קָאֵי:
Quel est le tanna selon qui, pour un mu'ad, une garde réduite suffit : qui est l'auteur de notre michna, qui dit que le troupeau ayant causé un dommage par la dent et le pied, c'est-à-dire un mu'ad dès l'origine, a suffisance d'une fermeture convenable, soit une garde réduite, comme nous l'avons établi : [une porte] capable de tenir face à un vent habituel, et si vient un vent qui n'est pas habituel, elle ne tient pas.
קְשָׁרוֹ בְּעָלָיו לַשּׁוֹר: וְנָעַל בְּפָנָיו כָּרָאוּי גָּרְסִי':
Son propriétaire l'a attaché : le bœuf. Et nous avons là leçon : et il a fermé devant lui de manière convenable.
🗂️ Tossefot (2)
מַאן תְּנָא מוּעָד בִּשְׁמִירָה פְּחוּתָה סַגִּי לֵיהּ לָא בָּעֵי לְמֵימַר דְּמַתְנִי' בֵּין בְּתָם בֵּין בְּמוּעָד וכדר"א בֶּן יַעֲקֹב בְּפֶרֶק ד' וָהּ' (לְעֵיל בָּבָא קַמָּא דַּף מה:) דְּמַשְׁמַע לֵיהּ דְּמַתְנִי' בְּמוּעָד לְחוּדֵיהּ אַיְירֵי מִדִּנְקַט צֹאן דְּאֵין רְגִילוּת לִהְיוֹת בָּהֶן קֶרֶן אֶלָּא שֵׁן וְרֶגֶל שֶׁאֵין רְגִילוּת שֶׁיִּתְכַּוְּונוּ לְהַזִּיק דְּהָכִי דִּייֵּק בְּסָמוּךְ וס"ל לַגְּמָרָא הַשְׁתָּא דְּמוּעָד דֶּשֶׁן וְרֶגֶל כְּמוּעָד דְּקֶרֶן וּלְהָכֵי קָאָמַר ר"י הִיא דלר"מ כִּי הֵיכִי דְּבָעֵי שְׁמִירָה מְעֻולָּה בְּמוּעָד דְּקֶרֶן ה"נ בָּעֵי בְּשֵׁן וְרֶגֶל אע"ג דִּבְקֶרֶן קְרָאֵי כְּתִיב נִלְמוֹד סָתוּם מִן הַמְפֹורָשׁ וְעוֹד דְּכוּלְּהוּ נְזָקִין כְּתִיב בָּתַר קֶרֶן וְקַיְימָא אַהַהוּא דִּין שְׁמִירָה הַמְפֹורָשׁ בָּהּ:
Quel est le tanna selon qui, pour un mu'ad, une garde réduite suffit. Il ne veut pas dire que notre michna [parle] à la fois du tam et du mu'ad, et selon Rabbi Eliezer ben Yaakov au chapitre ' quatre et cinq ' (plus haut, Bava Kamma 45b). Car il lui semble que notre michna ne traite que du mu'ad, puisqu'elle parle d'un troupeau, où la corne (keren) n'est pas habituelle, seulement la dent et le pied, qui n'ont pas l'habitude de viser le dommage, comme il le précise juste après. Et la guemara tient pour l'instant que le mu'ad de la dent et du pied est comme le mu'ad de la corne. C'est pourquoi il dit que c'est Rabbi Yehouda : car selon Rabbi Meir, de même qu'il exige une garde excellente (shemira me'ula) pour le mu'ad de la corne, de même il l'exige pour la dent et le pied. Bien que les versets soient écrits à propos de la corne, on apprend le non précisé à partir du précisé. De plus, tous les dommages sont écrits après la corne, et ils reposent sur cette loi de garde qui y est explicitée.
רַבִּי יְהוּדָה הִיא קְצָת תֵּימַהּ דר"י דְּרֵישׁ לְעֵיל (בָּבָא קַמָּא דַּף מה:) וְלֹא יִשְׁמְרֶנּוּ לָזֶה וְלֹא לְאַחֵר:
C'est Rabbi Yehouda : c'est un peu étonnant, car Rabbi Yehouda a expliqué plus haut (Bava Kamma 45b) ' et son propriétaire ne le gardera pas ' : celui-ci, et non un autre.
💡 Explication

Dent et pied sont mu'ad dès l'origine. La michna les dispense par une simple fermeture convenable. Rabbi Mani bar Patich y reconnaît Rabbi Yehouda : dans la michna de 45b, lui seul tient qu'une garde réduite suffit au mu'ad. Rabbi Meir rend hayav le tam et le mu'ad même après une longe ou une fermeture convenable.

Tossefot : la michna ne vise que le mu'ad, parce qu'un troupeau n'a pas de corne habituelle. Ils assimilent alors le mu'ad de la dent à celui de la corne, et réservent la garde réduite à Rabbi Yehouda. La seconde glose signale la tension : Rabbi Yehouda explique le verset ' celui-ci, et non un autre ', ce qui limite sa règle au cas du verset.

9
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: תָּם – חַייָּב, מוּעָד – פָּטוּר; שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא יִשְׁמְרֶנּוּ בְּעָלָיו״ – וְשָׁמוֹר הוּא זֶה. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֵין לוֹ שְׁמִירָה אֶלָּא סַכִּין.

Rabbi Yehouda dit : le tam, il est responsable ; le mu'ad, il est quitte. Car il est dit : ' et son propriétaire ne le gardera pas ' (vélo yishmerenu), or celui-ci est gardé.

Rabbi Eliezer dit : il n'a de garde que le couteau (sakin).

📜 Rachi (2)
תָּם חַיָּיב דְּלָא סַגִּי לֵיהּ בִּפְחוּתָה וְטַעֲמָא דְּר' יְהוּדָה בְּפֶרֶק שׁוֹר שֶׁנָּגַח ד' וָהּ' (לְעֵיל בָּבָא קַמָּא דַּף מה:):
Le tam est responsable : car la garde réduite ne lui suffit pas. Et la raison de Rabbi Yehouda est au chapitre ' le bœuf qui a encorné quatre et cinq ' (plus haut, Bava Kamma 45b).
ר"א פְּלִיג אַתַּרְוַיְיהוּ דְּאִילּוּ ר"מ מִיהוּ בִּשְׁמִירָה מְעֻולָּה סַגִּי לֵיהּ ור"א סָבַר לֵית לֵיהּ נְטִירוּתָא לַמּוֹעֵד:
Rabbi Eliezer : il diverge des deux. Car Rabbi Meir, du moins, a suffisance d'une garde excellente ; et Rabbi Eliezer tient qu'un mu'ad n'a pas de garde.
💡 Explication

Suite de la michna citée. Rabbi Yehouda : le tam reste hayav malgré la fermeture ; le mu'ad est patour, parce que le verset vélo yishmerenu ne vise que celui qui n'a pas garde, et ici il a gardé. Rabbi Eliezer : pour le mu'ad, la seule garde est l'abattage.

10
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי מֵאִיר, שָׁאנֵי שֵׁן וְרֶגֶל – דְּהַתּוֹרָה מִיעֲטָה בִּשְׁמִירָתָן. דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: אַרְבָּעָה דְּבָרִים הַתּוֹרָה מִיעֲטָה בִּשְׁמִירָתָן, וְאֵלּוּ הֵן: בּוֹר, וְאֵשׁ, שֵׁן, וְרֶגֶל.

On peut même dire Rabbi Meir. La dent (shen) et le pied (regel) sont à part, car la Torah a allégé leur garde.

Car Rabbi Elazar a dit, et certains disent que c'est enseigné dans une baraita : quatre choses dont la Torah a allégé la garde, et les voici : la fosse (bor), le feu (ech), la dent et le pied.

🗂️ Tossefot (1)
הַתּוֹרָה מִיעֲטָה בִּשְׁמִירָתָם ואע"ג דִּלְעֵיל בפ"ב (בָּבָא קַמָּא דַּף כֹּה:) הֲוָה בָּעֵי לְמֵילַף דֶּשֶׁן וָרֶגֶל חַייָּב בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מק"ו מִקֶּרֶן וְכֵן בָּעֵי לְמֵילַף לְמִפְטַר קֶרֶן ברה"ר מִשֵּׁן וְרֶגֶל בק"ו אִי לָאו קְרָאֵי וְלָא פָּרְכִינַן שֶׁכֵּן מִיעֲטָהּ בִּשְׁמִירָתָם מִשּׁוּם דְּאֵין שַׁייָּךְ לְהַקְשׁוֹת מִשְּׁמִירָה אַתַּשְׁלוּמִין אִי נָמֵי כר"א בֶּן יַעֲקֹב דְּאָמַר אֶחָד תָּם וְאֶחָד מוּעָד סַגִּי לֵיהּ בִּשְׁמִירָה פְּחוּתָה:
La Torah a allégé leur garde. Et bien que plus haut, au chapitre 2 (Bava Kamma 25b), on ait voulu apprendre que la dent et le pied sont responsables dans le domaine public par un kal va-homer à partir de la corne, et de même qu'on ait voulu apprendre à dispenser la corne dans le domaine public à partir de la dent et du pied par un kal va-homer, si ce n'était les versets, et que nous n'objectons pas ' car elle a allégé leur garde ' : parce qu'il n'y a pas lieu d'objecter de la garde vers les paiements. Autre explication : selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui dit que pour le tam comme pour le mu'ad, une garde réduite suffit.
💡 Explication

La guemara décolle la michna de Rabbi Yehouda. Même Rabbi Meir, qui exige une garde excellente pour le mu'ad de la corne, peut enseigner cette michna : la Torah a allégé la garde de quatre domaines, bor, ech, shen, regel. On n'étend pas à la dent la sévérité de la corne.

Tossefot expliquent pourquoi, au chapitre 2, les kal va-homer entre corne et dent n'ont pas été bloqués par cet allègement : une règle de garde ne sert pas d'objection à une règle de paiement. Seconde piste : Rabbi Eliezer ben Yaakov, pour qui la garde réduite suffit au tam et au mu'ad.

11
בּוֹר – דִּכְתִיב: ״כִּי יִפְתַּח אִישׁ בּוֹר אוֹ כִּי יִכְרֶה אִישׁ בֹּר, וְלֹא יְכַסֶּנּוּ״, הָא כִּסָּהוּ – פָּטוּר.

La fosse : car il est écrit : ' si un homme ouvre une fosse, ou si un homme creuse une fosse, et qu'il ne la couvre pas ', donc s'il l'a couverte, il est quitte.

📜 Rachi (1)
הָא כִּסָּהוּ אַפֵּי' פֻּורְתָּא וְלָא בָּעֵי עַד דְּטָאֵים לֵיהּ בְּעַפְרָא:
Donc s'il l'a couverte : même un peu, et l'on n'exige pas qu'il la comble de terre.
🗂️ Tossefot (1)
הָא כִּסָּהוּ פָּטוּר וְא"ת וְדִלְמָא בְּכִסּוּי מְעֻולָּה הַרְבֵּה קָאָמַר וכ"ת לָמָּה לִי קְרָא דסד"א עַד דְּטָאֵים לֵיהּ כִּדְאָמַר לְעֵיל (בָּבָא קַמָּא דַּף נ.) וְי"ל דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּכִסּוּי מְעֻולָּה כְּטָאֵים לֵיהּ חֲשִׁיב אִי נָמֵי הִשְׁוָה הַכָּתוּב הַכּוֹרֶה לַפּוֹתֵחַ וּפוֹתֵחַ שֶׁמְּצָאוֹ מְכֻוסֶּה בְּכִיסּוּי כְּעֵין שְׁמִירָה פְּחוּתָה מִסְּתָמָא לֹא הֶחְמִירָה עָלָיו לְכַסּוֹתוֹ בְּכִיסּוּי מְעֻולָּה יוֹתֵר מִן הָרִאשׁוֹן וְלֹא אָמַר הַכָּתוּב לֹא יְכַסֶּנּוּ אֶלָּא בְּכִסּוּי הָרִאשׁוֹן וְאַפּוֹתֵחַ וְאַכּוֹרֶה קָאֵי בְּשָׁוֶה וּבַקּוּנְטְרֵס מַשְׁמַע דְּכָל כִּיסּוּי עַד דְּטָאֵים לֵיהּ חֲשִׁיב כִּשְׁמִירָה פְּחוּתָה:
Donc s'il l'a couverte, il est quitte. Et si tu dis : peut-être parle-t-il d'une couverture excellente, très forte ? Et si tu dis : pourquoi le verset ? Car on aurait pu penser [qu'il n'est quitte] que lorsqu'il la comble, comme il est dit plus haut (Bava Kamma 50a). On peut répondre : il est évident pour lui qu'une couverture excellente compte comme un comblement. Autre réponse : le verset a rendu égaux celui qui creuse et celui qui ouvre ; et celui qui ouvre, qui l'a trouvée couverte d'une couverture du genre de la garde réduite, la Torah n'a vraisemblablement pas été plus sévère avec lui pour qu'il la couvre d'une couverture excellente, au-delà de la première. Et le verset n'a dit ' et il ne la couvrira pas ' qu'à propos de la première couverture, et cela vise également celui qui ouvre et celui qui creuse. Et dans le Kountres il ressort que toute couverture, tant qu'il ne l'a pas comblée, compte comme une garde réduite.
💡 Explication

Premier des quatre. Le verset de la fosse ne rend hayav que celui qui ne couvre pas. L'inférence : s'il a couvert, il est patour. Rachi : un peu de couverture suffit, sans combler de terre. C'est le modèle de la garde réduite.

Tossefot écartent la lecture où le verset n'exonérerait qu'une couverture excellente : celle-ci équivaut déjà au comblement. Leur seconde réponse aligne celui qui creuse sur celui qui ouvre : on ne lui impose pas mieux que la couverture déjà en place.

12
אֵשׁ – דִּכְתִיב: ״שַׁלֵּם יְשַׁלֵּם הַמַּבְעִר אֶת הַבְּעֵרָה״ – עַד דְּעָבֵיד כְּעֵין מַבְעִיר.

Le feu : car il est écrit : ' celui qui a allumé l'incendie payera pleinement ', jusqu'à ce qu'il agisse à la manière de celui qui allume.

📜 Rachi (1)
כְּעֵין מַבְעִיר בִּפְשִׁיעָה:
À la manière de celui qui allume : par négligence (peshi'a).
💡 Explication

Pour le feu, le verset ' celui qui a allumé ' limite la responsabilité à un acte proche de l'allumage. Rachi : cela veut dire une peshi'a, une négligence. Une garde ordinaire, en deçà de cette négligence, suffit à rendre patour.

13
שֵׁן – דִּכְתִיב: ״וּבִעֵר בַּשָּׂדֶה אַחֵר״ – עַד דַּעֲבִיד כְּעֵין ״וּבִעֵר״.

La dent : car il est écrit : ' et il consomme dans le champ d'autrui ' (u-vi'er), jusqu'à ce qu'il agisse à la manière de ' et il consomme '.

📜 Rachi (1)
כְּעֵין וּבִעֵר כְּעֵין שֶׁיַּאֲכִילֶנָּה לִבְהֶמְתּוֹ בְּיָדַיִם כְּלוֹמַר בִּפְשִׁיעָה:
À la manière de u-vi'er : à la manière de celui qui la fait manger à sa bête de ses mains, c'est-à-dire par négligence.
🗂️ Tossefot (1)
עַד דְּעָבֵיד כְּעֵין וּבִיעֵר אַף עַל גַּב דִּבְרֵישׁ מְכִילְתִּין (דַּף נ.) דָּרְשִׁינַן מִינֵּיהּ אָזְלָא מִמֵּילָא מ"מ ו"ל מִדְּלָא כְּתִיב וּבִעֲרָה ש"מ אַדְּאָדָם נָמֵי קָאֵי:
Jusqu'à ce qu'il agisse à la manière de u-vi'er : bien qu'au début du traité (folio 50) nous expliquions de là que [la bête] va d'elle-même, on peut néanmoins dire : puisqu'il n'est pas écrit ' u-va'ara ', on apprend que cela vise aussi l'homme.
💡 Explication

Pour la dent, le mot u-vi'er fixe le seuil : une conduite semblable au fait de faire paître, soit une négligence. Rachi la compare à nourrir la bête de ses mains.

Tossefot tiennent ensemble deux lectures du mot. Au début du traité, u-vi'er dit que la bête va d'elle-même. Ici, la forme du verbe, qui n'est pas le féminin u-va'ara, vise aussi l'acte de l'homme.

14
רֶגֶל – דִּכְתִיב: ״וְשִׁלַּח״ – עַד דְּעָבֵיד כְּעֵין וְשִׁלַּח.

Le pied : car il est écrit : ' et il envoie ' (ve-shilah), jusqu'à ce qu'il agisse à la manière de ' et il envoie '.

💡 Explication

Même seuil pour le pied. Le mot ve-shilah exige un acte semblable au fait d'envoyer la bête. En deçà, le propriétaire est patour.

15
וְתַנְיָא: ״וְשִׁלַּח״ – זֶה הָרֶגֶל, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״מְשַׁלְּחֵי רֶגֶל הַשּׁוֹר וְהַחֲמוֹר״. ״וּבִעֵר״ – זֶה הַשֵּׁן, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״כַּאֲשֶׁר יְבַעֵר הַגָּלָל עַד תֻּמּוֹ״.

Et il est enseigné : ' et il envoie ' (ve-shilah), c'est le pied ; et de même il dit : ' ceux qui envoient le pied du bœuf et de l'âne '. ' Et il consomme ' (u-vi'er), c'est la dent ; et de même il dit : ' comme on consume le fumier jusqu'à sa fin '.

💡 Explication

La baraita fixe le vocabulaire. Ve-shilah est le pied, appuyé sur Yechaya 32, 20, ' ceux qui envoient le pied du bœuf et de l'âne '. U-vi'er est la dent, appuyé sur Melakhim I 14, 10, où le verbe ba'ar dit une consommation jusqu'au bout.

16
טַעְמָא דַּעֲבִיד כְּעֵין ״וְשִׁלַּח״ ״וּבִעֵר״, הָא לָא עֲבִיד – לָא.

La raison est qu'il a agi à la manière de ' et il envoie ' et de ' et il consomme ' ; donc s'il n'a pas agi ainsi, non.

💡 Explication

L'inférence ferme les quatre cas. La responsabilité tient à une conduite semblable à ve-shilah ou à u-vi'er. Sans cette conduite, il est patour, et la garde réduite suffit.

17
אָמַר רַבָּה: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דְּקָתָנֵי ״צֹאן״ – מִכְּדֵי בְּשׁוֹר קָא עָסְקִינַן וְאָתֵי, נִיתְנֵי ״שׁוֹר״! מַאי שְׁנָא דְּקָתָנֵי ״צֹאן״? לָאו מִשּׁוּם דְּהַתּוֹרָה מִיעֲטָה בִּשְׁמִירָתָן?

Rabba a dit : notre michna aussi est précise, puisqu'elle enseigne ' un troupeau ' (tson). Puisque nous traitons du bœuf et que nous en venons, qu'elle enseigne ' un bœuf ' !

Qu'a de particulier le fait qu'elle enseigne ' un troupeau ' ? N'est-ce pas parce que la Torah a allégé leur garde ?

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' נָמֵי דַּיְקָא דְּטַעְמָא מִשּׁוּם דְּהַתּוֹרָה מִיעֲטָה אֲבָל בְּקֶרֶן מוּעֶדֶת לָאו כר"י ס"ל:
La michna aussi est précise : la raison est que la Torah a allégé [la garde] ; mais pour une corne de mu'ad, il ne tient pas comme Rabbi Yehouda.
מִדְּקָתָנֵי צֹאן דְּאֵין הִזִּיקָה אֶלָּא בְּשֵׁן וְרֶגֶל:
Du fait qu'elle enseigne un troupeau : car son dommage n'est que par la dent et le pied.
עָסְקִינַן וְאָתֵי כּוּלְּהוּ פִּירְקֵי עַד הַשְׁתָּא:
Nous traitons et nous en venons : tous les chapitres jusqu'à maintenant.
💡 Explication

Rabba lit le mot tson comme un indice. Les chapitres précédents parlent du bœuf. Ici la michna dit ' troupeau ', dont le dommage est la dent et le pied. Il en tire que la Torah a allégé leur garde, et que, pour la corne du mu'ad, la michna ne suit pas Rabbi Yehouda.

18
לָאו; מִשּׁוּם דְּכָאן קֶרֶן לָא כְּתִיבָא בַּהּ, שֵׁן וָרֶגֶל הוּא דִּכְתִיב בֵּיהּ; וְקָא מַשְׁמַע לַן דְּשֵׁן וָרֶגֶל – דְּמוּעָדִין הוּא. שְׁמַע מִינָּה.

Non. C'est parce qu'ici la corne n'y est pas écrite ; la dent et le pied sont ce qui y est écrit.

Et cela nous apprend que la dent et le pied sont du [statut] des mu'adim. On l'apprend de là.

💡 Explication

La guemara refuse le diyuk de Rabba. Le mot ' troupeau ' vient de ce que, dans ce verset, la corne n'est pas écrite : seuls la dent et le pied le sont. La michna enseigne que dent et pied ont le statut de mu'ad. Chema mina : on retient cette lecture.

19
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: אַרְבָּעָה דְּבָרִים הָעוֹשֶׂה אוֹתָן פָּטוּר מִדִּינֵי אָדָם, וְחַיָּיב בְּדִינֵי שָׁמַיִם. וְאֵלּוּ הֵן: הַפּוֹרֵץ גָּדֵר בִּפְנֵי בֶּהֱמַת חֲבֵירוֹ, וְהַכּוֹפֵף קָמָתוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ בִּפְנֵי הַדְּלֵיקָה, וְהַשּׂוֹכֵר עֵדֵי שֶׁקֶר לְהָעִיד, וְהַיּוֹדֵעַ עֵדוּת לַחֲבֵירוֹ וְאֵינוֹ מֵעִיד לוֹ.

Il est enseigné : Rabbi Yehochoua a dit : quatre choses, celui qui les fait est quitte selon le droit des hommes (dinei adam), et responsable selon le droit du Ciel (dinei chamayim). Les voici : celui qui perce une clôture devant la bête de son prochain ; celui qui couche la moisson (kama) de son prochain face à l'incendie ; celui qui salarie de faux témoins (edei sheker) pour témoigner ; et celui qui connaît un témoignage pour son prochain et ne témoigne pas pour lui.

📜 Rachi (3)
פָּטוּר מִדִּינֵי אָדָם קָסָבַר גְּרָמָא בִּנְזָקִין פָּטוּר:
Quitte selon le droit des hommes : il tient que le gerama (cause indirecte) en dommages est quitte.
הַפּוֹרֵץ גָּדֵר וְיִצְּאַתָּה הַבְּהֵמָה וּבָרְחָה:
Celui qui perce une clôture : et la bête est sortie et s'est enfuie.
הַכּוֹפֵף קָמָתוֹ לְצַד הַדְּלֵיקָה כְּדֵי שֶׁתִּבְעַר בָּהּ הָאֵשׁ:
Celui qui couche sa moisson : du côté de l'incendie, pour que le feu y prenne.
💡 Explication

Nouvelle baraita. Quatre actes laissent l'auteur patour devant un tribunal d'hommes et hayav devant le Ciel. Rachi range les deux premiers sous le gerama : la clôture percée laisse fuir la bête ; la moisson couchée est poussée vers le feu. Les deux derniers portent sur le témoignage : faux témoins salariés, ou témoignage tué.

20
אָמַר מָר: הַפּוֹרֵץ גָּדֵר בִּפְנֵי בֶּהֱמַת חֲבֵירוֹ. הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא בְּכֹותֶל בָּרִיא – בְּדִינֵי אָדָם נָמֵי נִיחַייַּב! אֶלָּא

Le maître a dit : celui qui perce une clôture devant la bête de son prochain. De quel cas s'agit-il ?

Si tu dis : un mur solide (kotel bari), selon le droit des hommes aussi il devrait être responsable ! Plutôt

📜 Rachi (1)
אִי בְּכֹותֶל בָּרִיא בְּדִינֵי אָדָם נָמֵי נִיחַיַּיב מִיהָא אַכֹּותֶל דְּהָא בְּיָדַיִם עֲבַד וְאַבְּהֵמָה לֵיכָּא לְמֵימַר דִּמְחַיֵּיב דְּהָא תְּנַן פְּרָצוּהָ לִסְטִים פָּטוּר:
Si c'est un mur solide, selon le droit des hommes aussi il devrait être responsable : du moins pour le mur, car il a agi de ses mains. Et pour la bête, on ne peut pas dire qu'il soit responsable, car nous avons appris : si des brigands l'ont percée, il est quitte.
🗂️ Tossefot (1)
אִילֵּימָא בְּכֹותֶל בָּרִיא בְּדִינֵי אָדָם נָמֵי לִיחַיַּיב פִּי' אַכֹּותֶל דְּאַבְּהֵמָה וַדַּאי לָא מִיחַייַּב בִּפְרִיצַת גָּדֵר בְּעָלְמָא דְּאֵין זֶה אֶלָּא גְּרָמָא בְּעָלְמָא וי"ס שֶׁכָּתוּב בָּהֶן בְּהֶדְיָא אַכֹּותֶל וא"ת נְהִי דְּחַיָּיב אַכֹּותֶל נֵימָא דְּפָטוּר מִדִּינֵי אָדָם קָאֵי אַבְּהֵמָה וי"ל דְּלָא שַׁייָּךְ לְמִתְנֵי פָּטוּר מִדִּינֵי אָדָם אִם הָיָה שׁוּם חִיּוּב אוֹ בִּבְהֵמָה אוֹ בַּכֹּותֶל אֲבָל כְּשֶׁמְּתָרֵץ בְּכֹותֶל רָעוּעַ אע"ג דְּאֵין דּוֹמֶה שֶׁיִּתְחַיֵּיב בְּדִינֵי שָׁמַיִם עַל הַכֹּותֶל שֶׁהוּא רָעוּעַ כָּל כָּךְ שֶׁיִּפֹּול בְּרוּחַ מְצוּיָה אוֹ אֲפִילּוּ בְּרוּחַ שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה מ"מ שַׁיָּיךְ לְמִתְנֵי חַייָּב בְּדִינֵי שָׁמַיִם כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ דָּבָר שֶׁהוּא חַייָּב בּוֹ כְּגוֹן הַבְּהֵמָה וְהַשְׁתָּא א"ש דִּנְקַט בִּפְנֵי בֶּהֱמַת חֲבֵירוֹ וְלָא נְקַט הַפּוֹרֵץ גָּדֵר שֶׁל חֲבֵירוֹ דְּאַכֹּותֶל לָא מִיחַייַּב כִּדְפָרֵישִׁית וְהָא דְּקָאָמַר לְקַמָּן מַהוּ דְתֵימָא דְּכֵיוָן דִּלְמִסְתַּר קָאֵי מַאי קָעֲבִיד מַשְׁמַע דְּחַיָּיב בִּידֵי שָׁמַיִם קָאֵי נָמֵי אַכֹּותֶל י"ל דה"ק כֵּיוָן דִּלְמִסְתַּר קָאֵי שֶׁהַבְּעָלִים מְצֻוִּוין לְסָותְרוֹ שֶׁלֹּא יִפֹּול עַל בְּנֵי אָדָם ס"ד דְּכֹל הַקּוֹדֵם בַּמִּצְוָה זָכָה וְאֵין לָזֶה לְהַנִּיחַ מִלִּסְתֹּור בִּשְׁבִיל בֶּהֱמַת חֲבֵירוֹ וּבְדִינֵי שָׁמַיִם נָמֵי לָא לִיחַייַּב קמ"ל אִי נָמֵי כְּלוֹמַר לְמִסְתַּר וּלְמִיפַּל קָאֵי [וְעִי' תּוֹס' סַנְהֶדְרִין עז. ד"ה בִּנְזָקִין]
Si tu dis : un mur solide, selon le droit des hommes aussi il devrait être responsable. Explication : pour le mur. Pour la bête, il n'est certes pas responsable d'une simple percée de clôture, car ce n'est qu'un gerama. Et il y a des livres où il est écrit explicitement ' pour le mur '. Et si tu dis : soit, il est responsable pour le mur ; disons que ' quitte selon le droit des hommes ' porte sur la bête. On peut répondre : il ne convient pas d'enseigner ' quitte selon le droit des hommes ' s'il y avait une responsabilité quelconque, que ce soit pour la bête ou pour le mur. Mais lorsqu'il répond par un mur branlant, bien qu'il ne semble pas qu'il soit responsable selon le droit du Ciel pour le mur, si branlant qu'il tomberait par un vent habituel ou même par un vent qui n'est pas habituel, il convient néanmoins d'enseigner ' responsable selon le droit du Ciel ', puisqu'il y a une chose pour laquelle il est responsable, par exemple la bête. Et maintenant cela va : il a dit ' devant la bête de son prochain ', et il n'a pas dit ' celui qui perce la clôture de son prochain ', car pour le mur il n'est pas responsable, comme je l'ai expliqué. Et ce qu'il dit plus loin : ' que dirais-tu ? Puisqu'il est destiné à être démoli, qu'a-t-il fait ? ', ce qui implique que ' responsable devant le Ciel ' porte aussi sur le mur : on peut répondre que voici le sens : puisqu'il est destiné à être démoli, les propriétaires étant tenus de le démolir pour qu'il ne tombe pas sur les gens, on aurait pensé que le premier dans une mitsva l'emporte, et que celui-ci n'a pas à renoncer à démolir à cause de la bête de son prochain, et que selon le droit du Ciel non plus il ne serait pas responsable ; cela nous l'apprend. Autre explication : cela veut dire qu'il est destiné à être démoli et à tomber. Voir Tossefot Sanhédrin 77a, d.h. be-nezikin.
💡 Explication

La guemara ouvre le premier cas. Un mur solide est un acte de la main : on serait hayav devant les hommes, au moins pour le mur. Rachi écarte la bête : la michna a déjà dit que si des brigands percent, on est patour. Le segment s'arrête sur ela ; la réponse, le mur branlant, est au daf suivant.

Tossefot précisent que ' patour devant les hommes ' ne se dit pas s'il reste une responsabilité, mur ou bête. Sur un mur branlant, la responsabilité devant le Ciel vise la bête. Ils relient aussi la formule ' devant la bête ' au fait que le mur lui-même n'est pas l'objet de la dette.

🖼️ Schéma
Celui qui perce la clôture : de quel mur s'agit-il ? Mur solide (kotel bari) Acte de la main : hayav au moins pour le mur, dinei adam La guemara dit : plutôt... La phrase s'arrête sur ela La suite est au daf 56a
Un mur solide rendrait hayav devant les hommes, au moins pour le mur. La phrase continue au daf suivant.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).