Berakhot 20a — La dignité de la personne face à l'interdit, puis la mesirout nefech des générations anciennes et le mauvais œil qui n'a pas prise sur la semence de Yossef

Berakhot 20a

Sougya : Le folio achève la sougya du kevod habriyot, la dignité de la personne. Le nazir et le cohen se rendent impurs pour un met mitsva : la dignité du mort semble donc repousser un interdit explicite de la Torah.

La guemara écarte la généralisation par deux étapes — le verset « et pour sa sœur » fait de ce cas une exception écrite, et la règle ne vaut que pour un « reste assis et n'agis pas », jamais pour un déracinement accompli par les mains. Vient ensuite la question de Rav Papa à Abaye : pourquoi les miracles se produisaient-ils pour les anciens et non pour nous, qui étudions davantage ?

La réponse d'Abaye déplace le critère de l'étude vers le don de soi pour la sanctification du Nom, illustré par Rav Ada bar Ahava et la femme au vêtement de kilayim, puis par Rav Guidel et Rabbi Yo'hanan aux portes du bain rituel. De là, trois explications sur l'immunité de la descendance de Yossef au mauvais œil : la lecture « olei ayin », l'image des poissons que l'eau recouvre, et l'œil qui n'a pas voulu se repaître de ce qui ne lui appartenait pas.

Le folio s'ouvre enfin sur la michna : femmes, esclaves et mineurs sont exempts de la lecture du Chema.

Quand la dignité de la personne repousse-t-elle un interdit de la Torah ? Règle de départ : "il n'y a ni sagesse, ni discernement, ni conseil face à Hachem" — la dignité ne prime pas. Chev ve-al taasse (reste assis) L'homme ne fait rien ; la mitsva se trouve écartée d'elle-même. Ex. Rachi : chofar et loulav un Chabbat, drap de lin dispense de tsitsit. Koum asse (déracinement par les mains) L'homme accomplit lui-même l'acte interdit. Ex. revêtir du kilayim, se rendre impur pour un met mitsva. La dignité ne suffit pas. La dignité repousse l'interdit Il faut un verset spécial Le met mitsva : cas écrit, non généralisable "Et pour sa sœur" (Nombres 6,7) : le verset lui-même excepte le met mitsva de l'interdit d'impureté. Rachi : l'interdit d'impureté n'a jamais été écrit sur le met mitsva, comme il ne l'a pas été sur les proches.
La dignité de la personne repousse un interdit lorsque l'homme reste passif ; le met mitzva du nazir et du cohen relève d'une exception écrite dans le verset et ne fonde donc aucune règle générale.
Pourquoi les miracles arrivaient-ils aux anciens et non à nous ? Rav Papa : le critère serait l'étude Du temps de Rav Yehouda on n'étudiait que Nezikin ; nous étudions les six ordres. Rav Yehouda peinait sur une michna d'Oukatsin ; nous la savons sous treize faces. Et pourtant : lui ôtait un soulier, la pluie venait. Abaye : le critère est le don de soi Les premiers livraient leur vie pour la sanctification du Nom ; nous ne la livrons pas. L'étude mesure le savoir ; le miracle répond à autre chose. Ben Yehoyada : un miracle prélève sur les mérites. Les trois récits qui illustrent la réponse 1. Rav Ada bar Ahava déchire au marché un vêtement de kilayim, s'expose à 400 zouz d'amende. 2. Rav Guidel s'assied aux portes du bain rituel et enseigne l'immersion : "comme des oies blanches". 3. Rabbi Yo'hanan s'y assied pour que les femmes le voient : il ne craint pas le mauvais œil.
Rav Papa mesure les générations à leur étude ; Abaye répond que le miracle répond au don de soi, et la guemara aligne trois récits où un sage accepte l'humiliation ou le danger pour la sanctification du Nom.
Trois raisons pour lesquelles le mauvais œil n'a pas prise sur la semence de Yossef 1. Rabbi Abahou "Ben porat Yossef, ben porat alei ayin" (Bereshit 49,22). Ne lis pas alei ayin mais olei ayin : au-dessus de l'œil. 2. R. Yossi b. R. Hanina "Ve-yidgou la-rov be-kerev haarets" (Bereshit 48,16). Les poissons : l'eau les recouvre, l'œil ne les atteint pas. 3. Ve-i baet eima L'œil de Yossef n'a pas voulu se repaître de ce qui ne lui appartenait pas (Rachi : la femme de son maître) ; donc l'œil n'a pas prise sur lui. Les deux premières raisons partent d'un verset et valent pour toute la descendance de Yossef. La troisième part de sa conduite : la mesure est celle de l'œil qui s'est retenu.
La guemara donne trois fondements à la même immunité : deux tirés de versets de la bénédiction de Yaakov, un tiré de la retenue de Yossef lui-même.
1
אֲבָל מִטַּמֵּא הוּא לְמֵת מִצְוָה. אַמַּאי, לֵימָא: ״אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״!

« Mais il se rend impur pour un met mitsva (un mort qu'aucun proche n'enterre). » Pourquoi ? Disons plutôt : « Il n'y a ni sagesse, ni discernement, ni conseil face à Hachem » !

📜 Rachi (1)
אֲבָל מִטַּמֵּא הוּא לְמֵת מִצְוָה וְהוּא כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת וְדוֹחֶה דְּבַר תּוֹרָה:
Or c'est là le kevod habriyot, la dignité de la personne, et il repousse une parole de Torah.
💡 Explication

La guemara poursuit sa série de questions sur le kevod habriyot, la dignité de la personne. La michna enseigne que le nazir et le cohen, à qui la Torah interdit de se rendre impurs même pour leurs proches, se rendent pourtant impurs pour un met mitsva — un mort abandonné que personne d'autre n'enterrera.

L'objection est constante dans toute la sougya : ce report se justifie par la dignité du mort, or le verset de Michlei (21,30) pose qu'aucune considération humaine ne tient face à un interdit explicite de la Torah. La dignité devrait donc céder ici comme ailleurs.

2
שָׁאנֵי הָתָם, דִּכְתִיב ״וְלַאֲחוֹתוֹ״.

Là-bas c'est différent, car il est écrit : « et pour sa sœur ».

💡 Explication

Le verset du nazir dit : « Il ne se rendra pas impur pour son père, pour sa mère, pour son frère et pour sa sœur, à leur mort » (Nombres 6,7). Le mot « et pour sa sœur » est superflu au sens strict ; les Sages le lisent comme une restriction : pour sa sœur il ne se rend pas impur, mais il se rend impur pour un met mitsva.

L'exception ne repose donc pas sur un raisonnement de dignité, mais sur une écriture explicite. La réponse retire au cas sa valeur d'argument général.

3
וְלִיגְמַר מִינָּהּ! שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה שָׁאנֵי.

Et que l'on apprenne de là ! [Réponse :] « Reste assis et n'agis pas » (chev ve-al taasse) est différent.

📜 Rachi (1)
שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה שָׁאנֵי דְּבָרִים רַבִּים הִתִּירוּ לַעֲקֹור דְּבַר תּוֹרָה מִפְּנֵי סְייָג וּמִפְּנֵי כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת הֵיכָא דְּאֵינוֹ עוֹקֵר דָּבָר בְּמַעֲשֵׂה יָדַיִם אֶלָּא יוֹשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ וּדְבַר תּוֹרָה נֶעֱקַר מֵאֵלָיו כְּגוֹן תְּקִיעַת שׁוֹפָר וְלוּלָב בְּשַׁבָּת וְסָדִין בְּצִיצִית וְדִכְוָותַייְהוּ טוּבָא בִּיבָמוֹת (דַּף צ:) אֲבָל מְעַקַּר בְּיָדַיִם לֹא וְהַלּוֹבֵשׁ כִּלְאַיִם עוֹקְרוֹ בְּמַעֲשֶׂה מַמָּשׁ שֶׁהוּא לוֹבְשׁוֹ וְטֻומְאַת גּוּפֵי' שֶׁהֻותְּרָה לְכֹהֵן וּלְנָזִיר לִיטָּמֵא לְמֵת מִצְוָה דְּקָא מְעַקַּר בְּיָדַיִם מִפְּנֵי כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת דְּלָאו שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה הוּא הַיְינוּ טַעְמָא דְּלָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ דְּהָתָם לָאו כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת הוּא דְּדָחֵי לֹא תַעֲשֶׂה דִּידֵהּ דְּמֵעִיקָּרָא כְּשֶׁנִּכְתַּב ל"ת דְּטֻומְאָה לֹא עַל מֵת מִצְוָה נִכְתַּב כְּשֵׁם שֶׁלֹּא נִכְתַּב עַל הַקְּרוֹבִים אֲבָל הֲשָׁבַת אֲבֵדָה וּפֶסַח לְכָל יִשְׂרָאֵל נֶאֱמַר וְאֵצֶל כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת נָתְנוּ לִדְחוֹת ע"כ הַיְינוּ דִּדְחִייָּתָן אֵינָהּ בְּיָדַיִם אֶלָּא בִּישִׁיבָתוֹ תִּדְחֶה הַמִּצְוָה אֲבָל כִּלְאַיִם דִּבְמַעֲשֵׂה יָדָיו יִדָּחֶה הִזְהִיר בְּאַזְהָרָתוֹ:
Dans beaucoup de cas on a permis de déraciner une parole de Torah, au nom d'une clôture (seyag) ou au nom de la dignité de la personne, là où l'on ne déracine rien par un acte des mains, mais où l'on reste assis à sa place et où la parole de Torah se trouve déracinée d'elle-même : ainsi la sonnerie du chofar et le loulav un jour de Chabbat, le drap de lin dispense de tsitsit, et beaucoup de cas semblables dans Yevamot (90b). Mais déraciner par les mains, non ; or celui qui revêt du kilayim (mélange de laine et de lin) le déracine par un acte véritable, puisqu'il le revêt. Quant à l'impureté de son corps, permise au cohen et au nazir pour se rendre impurs à un met mitsva, il y a bien là un déracinement par les mains au nom de la dignité de la personne, et ce cas ne relève pas du chev ve-al taasse. Voici la raison pour laquelle on n'en tire pas de règle générale : là-bas, ce n'est pas la dignité de la personne qui repousse l'interdit, car dès l'origine, lorsque fut écrit l'interdit de l'impureté, il ne fut pas écrit à propos du met mitsva, de même qu'il ne fut pas écrit à propos des proches. Mais la restitution d'un objet perdu et le sacrifice pascal ont été dits à tout Israël, et c'est au titre de la dignité de la personne qu'on les a livrés au report ; leur report ne se fait donc pas par les mains, mais c'est en restant assis que la mitsva se trouve écartée. Pour le kilayim, en revanche, où il faudrait écarter l'interdit par l'acte de ses mains, Celui qui met en garde a maintenu sa mise en garde.
🗂️ Tossefot (1)
שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה שָׁאנֵי וא"ת נָזִיר וכ"ג קוּם עֲשֵׂה הוּא דְּיִטַּמָּא לְמֵת וְתֵירֵץ רַשִׁ"י דִּקְרָא גַּלִּי לָן דְּלָאו דְּלָא יִטַּמָּא לֹא נֶאֱמַר גַּבֵּי מֵת מִצְוָה וְלָא נְהִירָא דְּא"כ כָּל מָקוֹם דְּאָמְרִי' שֶׁעָשָׂה דּוֹחֶה ל"ת לְקֶרִי שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה וְכוּ' וְהֵיאַךְ קָרֵי לֵיהּ דְּחִייָּה אֵימָא שֶׁאֵינוֹ דְּחִייָּה דְּהָתָם לֹא נֶאֱמַר הַלָּאו וְעוֹד דְּהָא מִילָה וְתָמִיד וּפֶסַח דְּדָחוּ שַׁבָּת כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף סט:) אַלְמָא מִקְּרֵי שַׁפִּיר דְּחִיָּיה. אֶלָּא נִרְאֶה דְּמִנָּזִיר לָא גָּמְרִינַן דְּמַה לְנָזִיר שֶׁכֵּן יֶשְׁנוֹ בִּשְׁאֵלָה וְכֵן מִכֹּהֵן מַה לְכֹהֵן שֶׁכֵּן לָאו שֶׁאֵינוֹ שָׁוֶה בַּכֹּל:
Et si tu objectes : pour le nazir et le cohen gadol, se rendre impur au mort est un « lève-toi et agis » ! Rachi a répondu que le verset nous a révélé que l'interdit « il ne se rendra pas impur » n'a pas été énoncé à propos du met mitsva. Cela ne paraît pas juste, car alors, partout où l'on dit qu'un assé (commandement positif) repousse un lo taassé (interdit), il faudrait appeler cela un « reste assis et n'agis pas », etc. ; et comment appellerait-on encore cela un report ? Dis plutôt qu'il n'y a là aucun report, puisque la-bas l'interdit n'a pas été énoncé. En outre, la circoncision, le sacrifice quotidien et le sacrifice pascal repoussent le Chabbat, comme nous le disons au chapitre Elou devarim (Pessahim 69b) : on appelle donc bien cela un report. Il semble plutôt que du nazir on ne puisse rien apprendre, car qu'y a-t-il de particulier au nazir ? Son vœu peut être défait par une demande (chééla). De même pour le cohen : qu'y a-t-il de particulier au cohen ? Son interdit n'est pas égal pour tous.
💡 Explication

Objection : puisque le verset révèle qu'ici la dignité l'emporte sur un interdit, tirons-en un principe général — la dignité repousserait tout interdit de la Torah.

La guemara écarte cette dérivation en distinguant deux situations. Dans un chev ve-al taasse, l'homme reste passif et la mitsva se trouve écartée d'elle-même ; c'est la seule configuration où les Sages ont admis que la dignité prime. Se rendre impur pour un met mitsva, en revanche, relève d'un koum asse : l'homme accomplit lui-même l'acte interdit. Ce cas vaut uniquement parce que le verset l'a excepté, et il ne fonde aucune règle.

Rachi ajoute la raison de fond : l'interdit d'impureté n'a jamais visé le met mitsva, de même qu'il ne visait pas les proches. Restituer un objet perdu ou apporter le sacrifice pascal, en revanche, ont été dits à tout Israël, et c'est là que la dignité intervient — mais par la seule passivité.

🖼️ Schéma
La ligne de partage tracée par la guemara Chev ve-al taasse Ne pas sonner du chofar un Chabbat Ne pas prendre le loulav un Chabbat Drap de lin porté sans tsitsit L'homme reste immobile ; la mitsva tombe d'elle-même. La dignité peut l'emporter. Koum asse (acte des mains) Revêtir un vêtement de kilayim Se rendre impur au met mitsva L'homme accomplit lui-même l'acte interdit. Il faut un verset qui excepte. D'où : pas de règle générale à tirer d'ici.
Le critère n'est pas la gravité de l'interdit, mais la part que prennent les mains de l'homme dans son report.
4
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: מַאי שְׁנָא רִאשׁוֹנִים דְּאִתְרְחִישׁ לְהוּ נִיסָּא, וּמַאי שְׁנָא אֲנַן דְּלָא מִתְרְחִישׁ לַן נִיסָּא? אִי מִשּׁוּם תַּנּוֹיֵי, בִּשְׁנֵי דְּרַב יְהוּדָה כֻּולֵּי תַּנּוֹיֵי בִּנְזִיקִין הֲוָה, וַאֲנַן קָא מַתְנִינַן שִׁיתָּא סִדְרֵי. וְכִי הֲוָה מָטֵי רַב יְהוּדָה בְּעֻוקְצִין, הָאִשָּׁה שֶׁכּוֹבֶשֶׁת יָרָק בִּקְדֵרָה, וְאָמְרִי לַהּ זֵיתִים שֶׁכְּבָשָׁן בְּטַרְפֵיהֶן טְהוֹרִים, אָמַר: הֲוָיוֹת דְּרַב וּשְׁמוּאֵל קָא חָזֵינָא הָכָא. וַאֲנַן קָא מַתְנֵינַן בְּעֻוקְצִין תְּלֵיסַר מְתִיבָתָא, וְאִילּוּ רַב יְהוּדָה כִּי הֲוָה שָׁלֵיף חַד מְסָאנֵיהּ, אָתֵי מִטְרָא, וַאֲנַן קָא מְצַעֲרִינַן נַפְשִׁין וּמִצְוָח קָא צָוְחִינַן, וְלֵית דְּמַשְׁגַּח בֵּן.

Rav Papa dit à Abaye : qu'ont donc de particulier les premières générations, pour qu'un miracle se produise en leur faveur, et qu'avons-nous de particulier, nous, pour qu'aucun miracle ne se produise en notre faveur ? Si c'est à cause de l'étude — du temps de Rav Yehouda, toute l'étude portait sur l'ordre de Nezikin, tandis que nous, nous étudions les six ordres !

Et lorsque Rav Yehouda parvenait, dans Oukatsin, à « la femme qui fait mariner un légume dans une marmite » — d'autres rapportent : à « les olives que l'on a marinées avec leurs feuilles sont pures » — il disait : ce sont les difficultés de Rav et de Chmouel que je vois ici. Et nous, nous étudions Oukatsin sous treize faces !

Et pourtant, quand Rav Yehouda ôtait l'un de ses souliers, la pluie venait ; tandis que nous, nous nous affligeons et nous crions, et nul n'y prête attention.

📜 Rachi (5)
בִּנְזִיקִין הֲוָה לֹא הָיוּ גְּדוֹלִים בְּכָל גְּמָרָא שֶׁל ד' סְדָרִים אֶלָּא בִּתְלָתָא בָּבֵי שֶׁלָּנוּ וְהַאי מִילְּתָא נְקַט הָכָא מִשּׁוּם דְּמַייְרֵי שֶׁמּוֹסְרִין נַפְשָׁם עַל קְדֻושַּׁת הַשֵּׁם וְעַד הַשְׁתָּא אַייְרֵי נָמֵי בְּמִי שֶׁמְּבַזֶּה עַצְמוֹ עַל קְדֻושַּׁת הַשֵּׁם לִפְשֹׁוט כִּלְאַיִם בַּשּׁוּק:
Ils n'étaient pas savants dans toute la guemara des quatre ordres, mais seulement dans nos trois bavot. Et l'on rapporte ce propos ici parce qu'il est question de gens qui livrent leur vie pour la sanctification du Nom, et parce que jusqu'ici il était question aussi de celui qui s'avilit pour la sanctification du Nom, en arrachant au marché un vêtement de kilayim.
הָאִשָּׁה שֶׁכּוֹבֶשֶׁת יָרָק אוֹ זֵיתִים שֶׁכְּבָשָׁן בְּטַרְפֵיהֶן מִשְׁנָה הִיא בְּמַס' עֻוקְצִין:
C'est une michna dans le traité Oukatsin.
טְהוֹרִים שֶׁמּוֹסְקִין זֵיתִים עִם הֶעָלִין כְּדֵי לְאָחְזָן בָּהֶן דְּהָווּ לְהוּ עָלִין יָד לְזֵיתִים לְהָבִיא לָהֶם טֻומְאָה כִּדְאָמְרִינַן בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (דַּף קיח.) שֶׁהַיָּד מֵבִיא טֻומְאָה עַל הָאֹוכֶל וְאִם כְּבָשָׁן בְּטַרְפֵיהֶן בְּחֹומֶץ בָּטְלָה תּוֹרַת יָד מִן הֶעָלִין לְפִי שֶׁהַכְּבִישָׁה מְרַקַּבְתָּן וּמְרַכַּכְתָּן וְאֵינָן רָאוְיָן שׁוּב לֶאֱחֹוז בָּהֶן:
Pures : car on cueille les olives avec leurs feuilles afin de les tenir par elles ; les feuilles sont donc un yad (une prise) pour les olives, qui leur transmet l'impureté, comme nous le disons au chapitre Haor veharotev (118a) : le yad transmet l'impureté à l'aliment. Mais s'il les a marinées avec leurs feuilles dans du vinaigre, le statut de yad est aboli pour les feuilles, car la marinade les fait pourrir et les amollit, si bien qu'elles ne conviennent plus pour tenir les olives.
הֲוָיוֹת דְּרַב וּשְׁמוּאֵל קָא חָזֵינָא הָכָא כְּלוֹמַר טַעַם הַמִּשְׁנָיוֹת הַלָּלוּ קָשֶׁה עָלַי כְּכָל הַקֻּושְׁיוֹת שֶׁהָיוּ שְׁנֵי רַבּוֹתַי מִתְקַשִּׁין בָּהֶן בְּכָל הגמ':
Ce sont les difficultés de Rav et de Chmouel que je vois ici : c'est-à-dire que la raison de ces michnayot m'est aussi difficile que toutes les difficultés sur lesquelles mes deux maîtres peinaient dans toute la guemara.
בִּתְלֵיסַר מְתִיבְתָּא בי"ג פָּנִים יֵשׁ בֵּינֵינוּ מִשְׁנָה וּבָרַיְיתָא שֶׁל שִׁשָּׁה סְדָרִים וּמַסֶּכֶת עֻוקְצִין גַּם הִיא בי"ג פָּנִים כְּגוֹן מִשְׁנַת רַבִּי וְר' חַייָּא וּמִשְׁנַת בַּר קַפָּרָא וְלֵוִי וְתַנָּא דְּבֵי שְׁמוּאֵל וְהָכִי אָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת נְדָרִים (דַּף מא.) רַבִּי מַתְנֵי הִלְכְתָא בי"ג פָּנִים:
Sous treize faces : nous possédons entre nous la michna et la baraita des six ordres sous treize faces, et le traité Oukatsin lui aussi sous treize faces — par exemple la michna de Rabbi et celle de Rabbi Hiya, la michna de Bar Kapara et de Levi, et celle du tana de l'école de Chmouel. Ainsi disons-nous dans le traité Nedarim (41a) : Rabbi enseignait la halakha sous treize faces.
🗂️ Tossefot (2)
זֵיתִים שֶׁכְּבָשָׁן בְּטַרְפֵיהֶן טְהוֹרִים פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס כֵּיוָן דִּכְבָשָׁן בִּקְדֵרָה בְּטֵלִים מִתּוֹרַת יָד לְהָבִיא טֻומְאָה וְלָא נְהִירָא דְּא"כ מַאי הַאי דְּקָאָמַר עָלֶה שֶׁלֹּא נִכְבְּשׁוּ אֶלָּא לְמַרְאֶה מַה נְתִינַת טַעַם יֵשׁ דְּבַטְּלִינְהוּ מִתּוֹרַת יָד לְכָךְ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דִּטְהוֹרִים מִשּׁוּם דְּאוֹתָן עָלִין לָא חֲשִׁיבִי אֹוכֶל שֶׁאֵינָן רְאוּיִין לַאֲכִילָה אֶלָּא ע"י אוֹתָהּ כְּבִישָׁה בִּקְדֵרָה שֶׁלֹּא נִכְבְּשׁוּ אֶלָּא לְמַרְאֶה כְּלוֹמַר מַה שֶׁכָּבַשׁ הֶעָלִין עִמָּהֶן לֹא כְּבָשָׁן אֶלָּא לְהַרְאוֹת שֶׁהַזֵּיתִים נָאִים וַחֲדָשִׁים וּמִשּׁוּם הָכִי טְהוֹרִים. אֲבָל כְּבָשָׁן לִהְיוֹת רְאוּיִין לַאֲכִילָה מִשָּׁעָה שֶׁיְּהוּ מְתֻוקָּנִין לִרְאִייַּת אֲכִילָה טְמֵאִים:
Le Kountras (Rachi) a expliqué que, dès lors qu'il les a marinées dans une marmite, les feuilles perdent le statut de yad pour transmettre l'impureté. Cela ne paraît pas juste, car s'il en allait ainsi, que signifierait ce qui est dit à ce sujet : « elles n'ont été marinées que pour l'apparence » ? Quelle raison y aurait-il là d'annuler leur statut de yad ? Il semble donc qu'il faille expliquer qu'elles sont pures parce que ces feuilles ne comptent pas comme aliment, n'étant propres à la consommation que par cette marinade dans la marmite ; et « elles n'ont été marinées que pour l'apparence » signifie que, s'il a mariné les feuilles avec les olives, ce fut seulement pour montrer que les olives sont belles et fraîches, et c'est pourquoi elles sont pures. Mais s'il les a marinées pour qu'elles deviennent propres à la consommation, elles sont impures dès l'instant où elles sont prêtes à être tenues pour nourriture.
תְּלֵיסַר מְתִיבְתָּא יֵשׁ מְפָרְשִׁין תְּלֵיסַר יְשִׁיבוֹת יֵשׁ בָּנוּ שֶׁבְּקִיאִים וּתְלֵיסַר לָאו דַּוְקָא אֶלָּא לָשׁוֹן הָרָגִיל בגמ' כְּמוֹ תְּלֵיסַר (חֻולִּין מד:) זוּזֵי פְּשִׁיטֵי וְרַשִׁ"י פִּי' בע"א:
Treize faces : certains expliquent qu'il y a parmi nous treize maisons d'étude qui sont expertes ; et « treize » ne se prend pas au pied de la lettre, c'est une expression courante dans la guemara, comme « treize zouz de petite monnaie » (Houlin 44b). Rachi a expliqué autrement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וַאֲנַן קָא מְצַעֲרִינַן נַפְשִׁין וּמִצְווָח קָא צָוְחִינַן וְלֵית דְּמַשְׁגַּח בַּן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מְצַעֲרִינַן נַפְשִׁין וְצָוְוחִינַן, וְלָמָּה כֶּפֶל הַלָּשׁוֹן, וְנִרְאֶה לִי בס"ד מְצַעֲרִינַן נַפְשִׁין בְּתַעֲנִית, וּמִצְוָוח בִּסְלִיחוֹת וַעֲנֵנוּ בְּשַׁחֲרִית, וְצָווְחִינַן בִּסְלִיחוֹת, וַעֲנֵנוּ בִּתְפִלַּת מִנְחָה.
« Et nous, nous nous affligeons et nous crions, et nul n'y prête attention. » Il y a lieu de demander : il aurait suffi de dire « nous nous affligeons et nous crions » ; pourquoi ce redoublement de l'expression ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « nous nous affligeons » vise le jeûne ; « et nous crions » vise les seli'hot et le Anenou de cha'harit ; et « nous crions » une seconde fois vise les seli'hot et le Anenou de la tefila de min'ha.
💡 Explication

La guemara passe à une seconde question de la même famille : la relation entre l'homme et ce que le Ciel lui accorde. Rav Papa constate un écart et propose un critère — l'étude. Son argument se veut imparable : nous savons plus que les anciens, en quantité comme en profondeur.

Les deux exemples mesurent cet écart. Rav Yehouda peinait sur une michna de Oukatsin, le traité qui détermine dans quelle mesure les tiges et les feuilles comptent comme partie de l'aliment pour l'impureté ; il disait de cette seule michna qu'elle lui coûtait autant que toutes les difficultés de ses maîtres. Nous, dit Rav Papa, la possédons sous treize faces — treize versions ou recensions de l'enseignement.

La fin du propos renverse la mesure : celui qui savait moins obtenait la pluie d'un geste, et ceux qui savent plus jeûnent sans réponse. Le critère de l'étude ne rend donc pas compte du phénomène, et c'est ce qui ouvre la réponse d'Abaye.

🖼️ Schéma
L'argument de Rav Papa, terme à terme Génération de Rav Yehouda Étude limitée à l'ordre de Nezikin Notre génération Les six ordres entiers Une michna d'Oukatsin lui coûtait autant que les difficultés de ses maîtres Nous savons Oukatsin sous treize faces Il ôte un soulier : la pluie tombe Nous jeûnons et crions : rien > > <
Les deux premières lignes donnent l'avantage à notre génération, la troisième le retire : l'étude ne peut donc pas être le critère du miracle.
5
אֲמַר לֵיהּ: קַמָּאֵי הֲווֹ קָא מָסְרִי נַפְשַׁיְיהוּ אַקְּדֻושַּׁת הַשֵּׁם, אֲנַן לָא מָסְרִינַן נָפְשִׁין אַקְּדֻושַּׁת הַשֵּׁם. כִּי הָא דְּרַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה חַזְייַהּ לְהַהִיא כּוּתִית דַּהֲוָת לְבִישָׁא כַּרְבַּלְתָּא בְּשׁוּקָא. סְבַר דְּבַת יִשְׂרָאֵל הִיא, קָם קַרְעֵיהּ מִינָּהּ. אִגַּלַּאי מִילְּתָא דְּכוּתִית הִיא. שַׁייְּמוּהָ בְּאַרְבַּע מְאָה זוּזִי. אֲמַר לָהּ: מַה שִׁמְךָ? אָמְרָה לֵיהּ: מָתוּן. אֲמַר לָהּ, מָתוּן — מָתוּן אַרְבַּע מְאָה זוּזֵי שַׁוְיָא.

[Abaye] lui dit : les premiers livraient leur vie pour la sanctification du Nom ; nous, nous ne livrons pas notre vie pour la sanctification du Nom. Ainsi de ce fait rapporté sur Rav Ada bar Ahava : il vit au marché une non-Juive vêtue d'une karbalta (un vêtement de prix).

Pensant qu'elle était une fille d'Israël, il se leva et le lui déchira. Il apparut alors qu'elle était non-juive.

On évalua [le dommage] à quatre cents zouz. Il lui dit : quel est ton nom ?

Elle lui répondit : Matoun. Il lui dit : Matoun — matoun vaut quatre cents zouz.

📜 Rachi (3)
כַּרְבַּלְתָּא שֵׁם לְבוּשׁ חָשׁוּב כְּמוֹ פַּטְּשֵׁיהוֹן וְכַרְבַּלְתְּהוֹן (דָּנִיֵּאל ג):
Karbalta : nom d'un vêtement de prix, comme dans « leurs tuniques et leurs karbelathon » (Daniel 3).
מָתוּן מָתוּן לְשׁוֹן מָאתָן:
Matoun matoun : c'est le terme qui désigne deux cents.
ד' מֵאוֹת ב' פְּעָמִים ב' מֵאוֹת כְּלוֹמַר הַשֵּׁם גָּרַם לִי. לָשׁוֹן אַחֵר מָתוּן מָתוּן לְשׁוֹן הַמְתָּנָה אִם הִמְתַּנְתִּי הָיִיתִי מִשְׂתַּכֵּר ד' מֵאוֹת זוּז:
Quatre cents : deux fois deux cents, c'est-à-dire que son nom en a été pour moi la cause. Autre explication : matoun matoun est un terme d'attente — si j'avais attendu, j'aurais épargné quatre cents zouz.
🪔 Ben Yehoyada (3)
קַמָּאֵי הֲווֹ קָא מָסְרִי נַפְשַׁיְהוּ אַקְּדֻשַּׁת הַשֵּׁם. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁאֵין הקב"ה עוֹשֶׂה נֵס אֶלָּא לְהַמּוֹסְרִים נַפְשָׁם , כִּי יָדוּעַ אִם עוֹשִׂין לָאָדָם נֵס מְנַכִּים מִזְּכִיּוֹתָיו, וְלָכֵן אִם מָסַר עַצְמוֹ עַל קִידּוּשׁ הַשֵּׁם, זֶה יוֹרֶה שֶׁאֵין עוֹלָם הַזֶּה חֲשׁוּבָה בְּעֵינָיו כְּלוּם, וְגַם חַיָּיו בָּעוֹלָם הַזֶּה אֵין בְּעֵינָיו כְּלוּם כְּנֶגֶד מִצְוָתוֹ יִתְבָּרֵךְ, לָכֵן בְּדִין הוּא שֶׁלֹּא יְנַכֶּה לוֹ הקב"ה מִזְּכִיּוֹתָיו בִּשְׁבִיל טוֹבָה שֶׁעָשָׂה לוֹ בַּנֵּס בָּעוֹלָם הַזֶּה, וּכְמוֹ הַמָּשָׁל שֶׁהֵבִיא בְּסֵפֶר אֹהֶל יַעֲקֹב בְּפָרָשַׁת פִּינְחָס, עַל מַאֲמָר בְּדִין הוּא שֶׁיִּטֹּול שְׂכָרוֹ, לְבֶן בַּיִת שֶׁהָיָה מְשַׁמֵּשׁ אֵצֶל עָשִׁיר אֶחָד בַּחֲנוּת וְכוּ', עַיֵּין שָׁם, וּמֵאַחַר שֶׁשּׁוּרַת הַדִּין מְחַייֶּבֶת שֶׁלֹּא יַפְסִידוּ בַּעֲבוּר טוֹבַת הַנֵּס מִשְּׂכַר עוֹלָם הַבָּא, לְכָךְ יַעֲשֶׂה לָהֶם נִסִּים, מַה שֶׁאֵין כֵּן אוֹתָם דְּלָא מָסְרִי נַפְשַׁיְיהוּ אֵין לָהֶם בֵּירוּר זֶה, וְאִם יַעֲשֶׂה לָהֶם נֵס יַפְסִידוּ מִשְּׂכַר עוֹלָם הַבָּא, דִּמְנַכִּין לָהֶם מִזְּכֵיוֹתָם, לְכָךְ לֹא יַעֲשֶׂה לָהֶם כְּדֵי שֶׁלֹּא יַפְסִידוּ. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַמּוֹסֵר עַצְמוֹ עַל קִידּוּשׁ הַשֵּׁם הֲרֵי זֶה מְיַחֵד כָּל ד' אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה ב"ה, לְכָךְ יַעֲשֶׂה לָהֶם נֵס שֶׁהוּא נַעֲשָׂה עַל יְדֵי אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה כַּנּוֹדָע, וְאוֹתָם שֶׁאֵין לָהֶם יִחוּד הַזֶּה שֶׁל הַשֵּׁם, יִתְנַהֵג עִמָּהֶם בְּדֶרֶךְ הַטֶּבַע שֶׁהוּא מִסְפַּר שֵׁם אֱ-לֹהִים, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (תְּהִילִּים ס' ו') נָתַתָּה לִּירֵאֶיךָ נֵּס לְהִתְנוֹסֵס מִפְּנֵי קֹשֶׁט סֶלָה, קַשֵּׁט רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ק דַּוְשָׁתֶךָ ש מָךְ ט וּבִ:
« Les premiers livraient leur vie pour la sanctification du Nom. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Saint béni soit-Il n'accomplit de miracle que pour ceux qui livrent leur vie. Car on sait que, lorsqu'un miracle est accompli pour un homme, on prélève sur ses mérites. Aussi, celui qui s'est livré pour la sanctification du Nom montre par là que ce monde-ci ne compte pour rien à ses yeux, et que sa propre vie en ce monde ne compte pour rien face au commandement du Béni soit-Il ; il est donc conforme au droit que le Saint béni soit-Il ne prélève pas sur ses mérites en échange du bien que le miracle lui a fait en ce monde. Ainsi de la parabole rapportée dans le livre Ohel Yaakov sur la paracha Pin'has, à propos de la formule « il est conforme au droit qu'il reçoive son salaire », au sujet d'un serviteur qui servait chez un homme riche dans sa boutique, etc. ; vois-y. Et puisque la rigueur du droit exige qu'ils ne perdent rien de leur récompense du monde à venir en raison du bienfait du miracle, c'est pourquoi des miracles sont accomplis pour eux. Il en va autrement de ceux qui ne livrent pas leur vie : ils n'ont pas cette clarté, et si un miracle était accompli pour eux, ils perdraient de la récompense du monde à venir, puisqu'on prelevrait sur leurs mérites ; on n'en accomplit donc pas pour eux, afin qu'ils n'y perdent pas. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui se livre pour la sanctification du Nom unifie par là les quatre lettres du Nom de Havaya, béni soit-Il ; c'est pourquoi un miracle est accompli pour lui, lequel se fait par les lettres de ce Nom, comme on le sait. Et pour ceux qui n'ont pas cette unification du Nom, on se conduit avec eux selon la voie de la nature, dont le compte numérique est celui du Nom Elokim. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, le verset (Tehilim 60,6) : « Tu as donné à ceux qui Te craignent une bannière (nés) pour qu'ils s'élèvent, en raison du kochet, sela » — kochet formant les initiales de Kedouchatekha Chimkha Tov, Ta sainteté, Ton Nom, est bon.
חַזְייֵהּ לְהַהִיא כּוּתִית דַּהֲוָת לְבִישַׁת כַּרְבַּלְתָּא בְּשׁוּקָא. סְבַר דְּבַת יִשְׂרָאֵל הִיא. קָם קַרְעֵיהּ מִינָּהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מְנָא לֵיהּ דְּמָסַר נַפְשֵׁיהּ כֵּיוָן דְּסָבַר דְּבַת יִשְׂרָאֵל הִיא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אַף עַל גַּב דְּסָבַר כָּךְ מִכָּל מָקוֹם לֹא נִתְבָּרֵר זֶה אֶצְלוֹ, וְעַל כָּל פָּנִים הָיָה לוֹ לָחוּשׁ לְמִיעוּטָא אוּלַי נָכְרִית הִיא, אֶלָּא וַדַּאי כָּךְ אָמַר אוֹתוֹ צַדִּיק מִמַּה נַפְשָׁךְ, אִם הִיא יִשְׂרְאֵלִית טוֹב אֲנִי עוֹשֶׂה, וְאִם הִיא נָכְרִית וְעַל זֶה יִתְחַייֵּב מָמוֹן, אוֹ יִסּוּרִין שֶׁל סַכָּנָה, כְּשֶׁהִיא מִן נְשֵׁי הַשָּׂרִים אַרְוִיחַ בָּזֶה שֶׁיִּתְקַדֵּשׁ שֵׁם שָׁמַיִם עַל יְדֵי, כִּי הַשּׁוֹמְעִין יֹאמְרוּ כַּמָּה חֲרֵדִין יִשְׂרָאֵל עַל מִצְוֹת שֶׁלָּהֶם, שֶׁזֶּה הֶחָכָם נִתְקַנֵּא וְהֵבִיא עַצְמוֹ לִידֵי סַכָּנָה, וְלֹא חָשׁ שֶׁמָּא הִיא נָכְרִית, וְשֶׁמָּא הִיא מִנְּשֵׁי הַשָּׂרִים שֶׁיִּתְחַיֵּיב בָּהּ עֹונֶשׁ גָּדוֹל וְעָצוּם, וְנִמְצָא אֲנַחְנוּ לְמֵידִין שֶׁמָּסַר עַצְמוֹ עַל קִידּוּשׁ הַשֵּׁם.
« Il vit une non-Juive vêtue d'une karbalta au marché ; pensant qu'elle était une fille d'Israël, il se leva et le lui déchira. » Il y a lieu de demander : d'où sait-on qu'il a livré sa vie, puisqu'il pensait qu'elle était une fille d'Israël ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que même s'il le pensait, la chose ne lui était pas établie avec certitude, et il devait en tout état de cause tenir compte de la minorité des cas — peut-être était-elle non-juive. Assurément ce juste s'est donc dit ceci, quoi qu'il en soit : si elle est juive, je fais bien ; et si elle est non-juive, de sorte que j'en sois redevable d'une somme d'argent ou de souffrances dangereuses, s'il s'agit des femmes de dignitaires, j'y gagnerai que le Nom du Ciel soit sanctifié par moi, car ceux qui l'entendront diront : combien Israël tremble pour ses commandements, puisque ce sage s'est enflammé de zèle et s'est exposé au danger, sans craindre qu'elle fut peut-être non-juive, et peut-être du nombre des femmes de dignitaires, ce qui l'exposerait à un châtiment grand et redoutable. Nous apprenons donc qu'il a livré sa vie pour la sanctification du Nom.
מָתוּן מָתוּן, אַרְבַּע מְאָה זוּזֵי שַׁוְיָא. פֵּירוּשׁ בִּתְמִיהַּ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁכָּפַל שְׁמָהּ, לוֹמַר לָא מִבָּעֲיָא שֶׁאַתְּ בְּעַצְמְךָ אֵינָהּ שָׁוָה ת' זוּז, אֶלָּא אֲפִילּוּ אִם אַתְּ כְּפוּלָה בִּשְׁתֵּי נָשִׁים שֶׁיֵּשׁ כָּאן מָתוּן מָתוּן, אֲפִילּוּ הָכֵי ת' זוּז שַׁוְיָא בִּתְמִיהַּ. אוֹ יוּבָן בס"ד כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ מַלְכוּת בִּקְדֻושָּׁה, כֵּן יֵשׁ מַלְכוּת בַּקְּלִיפָּה, זֶה לְעֻומַּת זֶה, וְלָזֶה שֶׁהִיא בַּקְּלִיפָּה קוֹרֵא אוֹתָהּ מָתוּן, כִּי הַחֶשְׁבּוֹן שָׁוֶה, וְהוּא אַחַר שֶׁמָּסַר עַצְמוֹ עַל קִידּוּשׁ הַשֵּׁם, הֵמִית מַלְכוּת דִּקְלִיפָּה שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם, וְלָזֶה אָמַר מָתוּן מָתוּן , פֵּירוּשׁ מָתוּן מָתוּן הָא' הִיא רְצוֹנוֹ לוֹמַר מִיתָה, וְתֵיבַת מָתוּן הַב' הִיא מַלְכוּת דִּקְלִיפָּה, וְזֶהוּ מָתוּן מָתוּן רְצוֹנוֹ לוֹמַר, מַה שֶׁנַּעֲשָׂה יוֹם זֶה מִיתָה לְמִתּוּן הִיא מַלְכוּת דִּקְלִיפָּה, הִנֵּה בְּוַדַּאי דָּבָר זֶה יָקָר הוּא וְאַרְבַּע מֵאָה זוּזֵי שַׁוְיָא, וְלֹא עַל חִנָּם נָתַתִּי הַמָּעוֹת שֶׁל ת' זוּז. אִי נָמֵי הָכִי קָאָמַר שֵׁם שֶׁלָּהּ מוֹרֶה שֶׁאֶתֵּן לָהּ אַרְבַּע מְאָה, כִּי מָתוּן אוֹתִיּוֹת מָנוּ ת', רְצוֹנוֹ לוֹמַר מַנּוּ ת' זוּזֵי לָהּ, וְזֶהוּ מָתוּן מָתוּן כְּלוֹמַר, מַנּוּ ת' לַמִּתּוּן, יַעַן כִּי הִיא ת' זוּזֵי שַׁוְיָא.
« Matoun matoun, cela vaut-il quatre cents zouz ? » — dit sur le ton de l'étonnement. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il a redoublé son nom, c'est pour dire : non seulement toi-même ne vaux pas quatre cents zouz, mais même si tu étais doublée en deux femmes, de sorte qu'il y ait ici « matoun matoun », même ainsi, cela vaudrait-il quatre cents zouz ? Ou bien cela se comprend, avec l'aide du Ciel, ainsi : de même qu'il existe une Malkhout du côté de la sainteté, ainsi existe-t-il une Malkhout du côté de la kelipa (l'écorce), l'une en face de l'autre ; et celle qui relève de la kelipa, il l'appelle matoun, car le compte est le même. Après qu'il eut livré sa vie pour la sanctification du Nom, il fit mourir en ce jour la Malkhout de la kelipa. C'est pourquoi il dit « matoun matoun » : le premier matoun désigne mita, la mort, et le second mot matoun désigne la Malkhout de la kelipa. « Matoun matoun » veut donc dire : ce qui s'est fait en ce jour, c'est une mort pour matoun, qui est la Malkhout de la kelipa ; assurément cela est précieux et vaut quatre cents zouz, et ce n'est pas en vain que j'ai donné la somme de quatre cents zouz. Ou encore il dit ceci : son nom même indique que je dois lui donner quatre cents, car matoun se compose des lettres de manou tav — comptez quatre cents ; c'est-à-dire : comptez-lui quatre cents zouz. Et « matoun matoun » veut dire : comptez quatre cents à Matoun, puisqu'elle vaut quatre cents zouz.
💡 Explication

Abaye déplace le critère. Ce qui distinguait les premières générations tenait à leur disposition à payer de leur personne pour l'honneur du Ciel, la mesirout nefech al kidouch Hachem.

Le récit l'illustre. Rav Ada voit au marché une femme portant un vêtement de kilayim — ainsi Rachi, qui parle plus haut de « celui qui arrache au marché un vêtement de kilayim » ; il la croit juive et lui arrache le vêtement en public. La femme se révèle non-juive, et il doit quatre cents zouz pour l'humiliation causée.

Sa dernière parole joue sur le nom de la femme. Rachi donne deux lectures : matoun vaut deux cents en araméen, donc le nom redoublé fait quatre cents — son nom même annonçait la somme ; ou bien matoun signifie l'attente, et Rav Ada se dit que la patience lui aurait épargné quatre cents zouz.

6
רַב גִּידֵּל הֲוָה רְגִיל דַּהֲוָה קָא אָזֵיל וְיָתֵיב אַשַּׁעֲרֵי דִטְבִילָה. אֲמַר לְהוּ: הָכִי טְבִילוּ וְהָכִי טְבִילוּ. אָמְרִי לֵיהּ רַבָּנַן לָא קָא מִסְתְּפֵי מָר מִיֵּצֶר הָרָע? אֲמַר לְהוּ: דָּמְיָין בְּאַפַּאי כִּי קָאקֵי חִיוָּרֵי.

Rav Guidel avait coutume d'aller s'asseoir aux portes du lieu d'immersion. Il leur disait : immergez-vous de cette manière, et immergez-vous de cette manière.

Les Sages lui dirent : le maître ne craint-il pas le mauvais penchant ? Il leur répondit : elles m'apparaissent comme des oies blanches.

📜 Rachi (1)
כִּי קָאקֵי חִיוְרֵי אֲווָזִים לְבָנִים:
Comme des oies blanches.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב גִּידֵּל, הֲוָה רְגִיל דַּהֲוָה קָא אָזֵיל וְיָתֵיב בְּשַׁעֲרֵי טְבִילָה. מַקְשִׁים, וַהֲלֹא רַבִּי יוֹחָנָן קָדִים לְרַב גִּידֵּל וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּרֵישָׁא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַב גִּידֵּל הָיָה בְּבָבֶל שֶׁשָּׁם סִידְּרוּ תַּלְמוּד בַּבְלִי, וּמַה שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה הֵמָּה רָאוּ בְּעֵינֵיהֶם, אֲבָל עֻובְדָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן נוֹדְעָה לָהֶם עַל יְדֵי אוֹרְחֵי וּפִרְחֵי, לְכָךְ הִזְכִּירוּ מַעֲשֶׂה דְּרַב גִּידֵּל בְּרֵישָׁא, וּמַה שֶׁאָמַר קָאקֵי חִוָּורֵי, הָא דְּהֻוצְרַךְ לוֹמַר חִוָּורֵי וְלָא נָקֵיט קָאקֵי בִּסְתָם, נִרְאֶה לִי כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר אֲפִילּוּ הַיָּפִים שֶׁבָּהֶם אֵין הַיֹּופִי וְהַלֹּובֶן שֶׁבִּבְשָׂרָם פּוֹעֵל אֶצְלִי הִרְהוּר רַע, אֶלָּא נִדְמֶה בְּעֵינַי כְּיֹופִי וְלֹובֶן שֶׁיֵּשׁ בְּאַוָּוזִים.
« Rav Guidel avait coutume d'aller s'asseoir aux portes du lieu d'immersion. » On objecte : Rabbi Yo'hanan est antérieur à Rav Guidel, il aurait fallu le mentionner en premier. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rav Guidel était à Babel, où fut ordonné le Talmud de Babel : ce qu'il faisait, ils l'ont vu de leurs yeux, tandis que le fait rapporté de Rabbi Yo'hanan leur est parvenu par des voyageurs de passage ; c'est pourquoi ils ont mentionné le fait de Rav Guidel en premier. Quant à ce qu'il a dit, « des oies blanches » : s'il a eu besoin de préciser « blanches » au lieu de dire simplement « des oies », il me semble qu'il veut dire ceci — même les plus belles d'entre elles, la beauté et la blancheur de leur chair ne produisent en moi aucune pensée mauvaise ; elles m'apparaissent comme la beauté et la blancheur qu'il y a chez des oies.
💡 Explication

Deuxième récit de la série. Rav Guidel se tenait à l'entrée du mikvé des femmes pour leur enseigner la manière correcte de s'immerger, une posture qui l'exposait au soupçon comme à l'épreuve.

Sa réponse indique un état intérieur acquis : ce qu'il voyait ne produisait en lui aucune pensée. Le Ben Yehoyada précise que le mot « blanches » vise justement les plus belles — même la beauté ne l'atteignait pas.

7
רַבִּי יוֹחָנָן הֲוָה רְגִיל דַּהֲוָה קָא אָזֵיל וְיָתֵיב אַשַּׁעֲרֵי דִטְבִילָה. אָמַר: כִּי סָלְקָן בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל וְאָתְיָין מִטְּבִילָה, מִסְתַּכְּלָן בֵּי, וְנֶהֱוֵי לְהוּ זַרְעָא דְּשַׁפִּירֵי כְּווָתִי. אָמְרִי לֵיהּ רַבָּנָן: לָא קָא מִסְתְּפֵי מָר מֵעֵינָא בִּישָׁא? אֲמַר לְהוּ: אֲנָא מִזַּרְעָא דְּיוֹסֵף קָא אָתֵינָא, דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא בִּישָׁא, דִּכְתִיב ״בֵּן פֹּורָת יוֹסֵף בֵּן פֹּורָת עֲלֵי עָיִן״, וְאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: אַל תִּקְרֵי ״עֲלֵי עַיִן״, אֶלָּא ״עוֹלֵי עַיִן״.

Rabbi Yo'hanan avait coutume d'aller s'asseoir aux portes du lieu d'immersion. Il disait : lorsque les filles d'Israël remontent et sortent de l'immersion, elles me regardent, et elles auront une descendance aussi belle que moi.

Les Sages lui dirent : le maître ne craint-il pas le mauvais œil ? Il leur répondit : je viens de la semence de Yossef, sur laquelle le mauvais œil n'a pas de prise, car il est écrit : « Yossef est un rameau fécond, un rameau fécond alei ayin (près de la source) » ; et Rabbi Abahou a dit : ne lis pas « alei ayin » mais « olei ayin » (qui s'élèvent au-dessus de l'œil).

📜 Rachi (2)
ר' יוֹחָנָן אָדָם יְפֵה תֹּואַר הָיָה דְּאָמְרִי' בְּהַשּׂוֹכֵר אֶת הַפּוֹעֲלִים (דַּף פד.) שֻׁופְרֵיהּ דְּר' אַבָּהוּ מֵעֵין שֻׁופְרֵיהּ וְכוּ':
Rabbi Yo'hanan : c'était un homme d'une grande beauté, car nous disons au chapitre Hasokher et hapoalim (84a) : la beauté de Rabbi Abahou était un reflet de la beauté de [Rabbi Yo'hanan], etc.
עוֹלֵי עַיִן מְסֻולָּקִין מִן הָעַיִן שֶׁאֵינָהּ שׁוֹלֶטֶת בָּהֶן:
Olei ayin : soustraits à l'œil, qui n'a pas de prise sur eux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָא קָא מִסְתְּפֵי מָר מֵעֵינָא בִּישָׁא? הָא דְּלָא אָמְרוּ מֵיצֵר הָרַע כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְרַב גִּידֵּל, הַתֵּירוּץ הוּא פָּשׁוּט כְּמוֹ שֶׁתֵּרְצוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל, דר"ג הָיָה מְדַבֵּר עִמָּהֶם בְּעִסְקֵי טְבִילָה וּלְכָךְ יֵשׁ חֲשַׁשׁ יֵצֶר הָרַע, אֲבָל רַבִּי יוֹחָנָן לֹא הָיָה מְדַבֵּר עִמָּהֶם וְלֹא הָיָה צָרִיךְ לִרְאוֹתָם, וְרַק רוֹצֶה שֶׁהֵם יִרְאוּ אוֹתוֹ, וּלְעוֹלָם הוּא הָיוּ עֵינָיו כְּבוּשִׁים בָּאָרֶץ, וְעוֹסֵק בְּתוֹרָתוֹ, וְזֶה הוּא תֵּירוּץ פָּשׁוּט, וּדְלֹא כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרִי"ף זַ"ל. מִיהוּ נִרְאֶה לִי בס"ד עוֹד, דְּרַבִּי יוֹחָנָן חַי שָׁנִים רַבִּים יֵשׁ אוֹמְרִים יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ מֵאוֹת שָׁנָה, וְיֵשׁ אוֹמְרִים יוֹתֵר מִן ת' מֵאוֹת, וְאֶפְשָׁר הָיָה עוֹשֶׂה זֶה בִּזְמַן שֶׁהָיָה מֻופְלָג בִּזְקֵנָה מְאֹד, וּלְכָךְ לָא הֲוָה מִסְתְּפֵי מִיֵּצֶר הָרַע. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יוֹחָנָן הָיָה רֹאשׁ יְשִׁיבָה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, וְכֻולְּהוּ רַבָּנָן שֶׁבִּמְקוֹמוֹ חֲשִׁיבִי תַּלְמִידִים שֶׁלּוֹ, לְכָךְ אֵינוֹ מִשּׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁיֹּאמְרוּ לְרַבָּם כָּךְ, אֲבָל רַב גִּידֵּל, חֲבֵירָיו אָמְרוּ לוֹ כֵּן.
« Le maître ne craint-il pas le mauvais œil ? » S'ils n'ont pas parlé du mauvais penchant, comme ils l'avaient fait avec Rav Guidel, la réponse est simple, ainsi que l'ont résolu les commentateurs de mémoire bénie : Rav Guidel leur parlait des questions de l'immersion, d'où un risque de mauvais penchant ; Rabbi Yo'hanan, lui, ne leur parlait pas et n'avait pas besoin de les voir — il voulait seulement qu'elles le voient, et il gardait constamment les yeux baissés vers le sol, occupé de sa Torah. Voilà une réponse simple, autre que celle qu'a écrite le Rif de mémoire bénie. Il me semble toutefois encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yo'hanan vécut de nombreuses années — certains disent plus de trois cents ans, d'autres plus de quatre cents — et il est possible qu'il ait agi ainsi à un âge très avancé, de sorte qu'il ne craignait pas le mauvais penchant. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yo'hanan était chef de yechiva en terre d'Israël, et que tous les maîtres de son lieu étaient tenus pour ses élèves ; il n'entrait donc pas dans les usages du derekh erets qu'ils parlent ainsi à leur maître, tandis qu'à Rav Guidel ce sont ses compagnons qui parlèrent ainsi.
💡 Explication

Troisième récit. Rabbi Yo'hanan, dont la beauté était proverbiale — Rachi renvoie à Bava Metsia 84a —, se tenait au même endroit pour une raison différente : il voulait que les femmes sortant du bain le regardent, afin que leurs enfants lui ressemblent.

L'objection des Sages porte cette fois sur le ayin hara, le mauvais œil, que s'attire celui qui s'expose ainsi aux regards. Sa réponse invoque son ascendance : il descend de Yossef, et Rabbi Abahou lit le verset de la bénédiction de Yaakov en changeant la vocalisation — olei ayin au lieu de alei ayin. Rachi glose : soustraits à l'œil, qui n'a pas de prise sur eux.

8
רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא אָמַר מֵהָכָא: ״וְיִדְגּוּ לָרֹב בְּקֶרֶב הָאָרֶץ״, מַה דָּגִים שֶׁבַּיָּם מַיִם מְכַסִּין עֲלֵיהֶם וְאֵין עַיִן הָרָע שׁוֹלֶטֶת בָּהֶם, אַף זַרְעוֹ שֶׁל יוֹסֵף אֵין עַיִן הָרָע שׁוֹלֶטֶת בָּהֶם.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina l'établit d'ici : « et qu'ils se multiplient (ve-yidgou) en abondance au sein de la terre ». De même que les poissons de la mer, que les eaux recouvrent, et sur lesquels le mauvais œil n'a pas de prise, ainsi la semence de Yossef, sur laquelle le mauvais œil n'a pas de prise.

💡 Explication

Une seconde source pour la même immunité, tirée de la bénédiction de Yaakov à Efrayim et Menaché (Bereshit 48,16). Le verbe ve-yidgou est rapproché de dag, le poisson.

L'image porte le raisonnement : ce qui protège le poisson tient à ce que l'eau le dérobe au regard. La bénédiction range donc la descendance de Yossef du côté de ce qui échappe à l'œil.

9
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: עַיִן שֶׁלֹּא רָצְתָה לִזּוֹן מִמַּה שֶּׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ — אֵין עַיִן הָרָע שׁוֹלֶטֶת בּוֹ.

Et si tu veux, dis plutôt : l'œil qui n'a pas voulu se repaître de ce qui ne lui appartenait pas — le mauvais œil n'a pas de prise sur lui.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא רָצְתָה לָזוּן לֵיהָנוֹת מֵאֵשֶׁת אֲדוֹנָיו:
Qui n'a pas voulu se repaître : tirer profit de la femme de son maître.
💡 Explication

Troisième explication, d'un tout autre ordre. Les deux précédentes partaient d'un verset ; celle-ci part de la conduite de Yossef face à la femme de Potifar, selon la glose de Rachi.

La mesure répond à la mesure : l'œil qui s'est retenu devient un œil sur lequel on n'a pas prise. Cette lecture attache l'immunité à un acte, la où les deux premières l'attachent à une bénédiction reçue.

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מַתְנֵי׳ נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִין מִקְּרִיאַת שְׁמַע

MICHNA. Les femmes, les esclaves et les mineurs sont exempts de la lecture du Chema.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִים מק"ש שֶׁהִיא מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא וקי"ל בְּקִדּוּשִׁין (דַּף כט.) דְּנָשִׁים פְּטוּרוֹת מִדְּאוֹרַיְיתָּא וּתְפִילִּין נָמֵי מ"ע שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא דְּסָבַר לַיְלָה וְשַׁבָּת לָאו זְמַן תְּפִילִּין נִינְהוּ:
Car c'est un commandement positif conditionné par le temps, et nous tenons pour établi dans Kidouchin (29a) que les femmes en sont exemptes de par la Torah. Les tefilin également sont un commandement positif conditionné par le temps, car [le tana] tient que la nuit et le Chabbat ne sont pas un temps de tefilin.
קְטַנִּים אַפֵּי' קָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִנּוּךְ לֹא הֵטִילוּ עַל אָבִיו לְחַנְּכוֹ בק"ש לְפִי שֶׁאֵינוֹ מָצוּי תָּמִיד כְּשֶׁמַּגִּיעַ זְמַן ק"ש:
Les mineurs : même un mineur parvenu à l'âge de l'éducation (hinoukh) — on n'a pas imposé à son père de l'éduquer à la lecture du Chema, parce qu'il ne se trouve pas toujours [auprès de lui] au moment où arrive l'heure du Chema.
🗂️ Tossefot (1)
וּקְטַנִּים פְּטוּרִין מק"ש פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס קָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִנּוּךְ וְלָא נְהִירָא דְּהָא פ' לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף מב.) אָמְרִי' קָטָן הַיּוֹדֵעַ לִשְׁמוֹר תְּפִילִּין אָבִיו חַייָּב לִקְנוֹת לוֹ תְּפִילִּין אַלְמָא כְּשֶׁהִגִּיעַ לְחִנּוּךְ דְּשָׁיְיכִי בֵּיהּ תְּפִילִּין חַיָּיב בִּתְפִילִּין ובק"ש נָמֵי יֵשׁ לְחַייְּבוֹ יוֹתֵר מִסְּתָמָא מִדְּאַשְׁכְּחַן הָתָם קָטָן הַיּוֹדֵעַ לְדַבֵּר אָבִיו מְלַמְּדוֹ תּוֹרָה וּפָסוּק רִאשׁוֹן שֶׁל ק"ש וְנִרְאֶה לר"ת דְּמַיְירֵי בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִנּוּךְ וּמִיהוּ סֵיפָא דְּקָתָנֵי וְחַיָּיבִין בִּתְפִלָּה הָיָה ר"י ר"ל דְּמַייְרֵי בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִנּוּךְ דְּאִי לֹא הִגִּיעַ לָא הָווּ לְהוּ לְחַייְּבוֹ בִּתְפִלָּה וְלָא נְהִירָא דְּאִם כֵּן לָא הָווּ לְהוּ קְטַנִּים דֻּומְיָא דְּנָשִׁים וַעֲבָדִים שֶׁפְּטוּרִים בְּכָל עִנְיָן וּקְטַנִּים אֵינָם פְּטוּרִים אֶלָּא בְּשֶׁלֹּא הִגִּיעַ וְאֵין יוֹדֵעַ לִשְׁמוֹר תְּפֵילָיו וּפִי' ר"ת דְּוַדַּאי אַייְרֵי הַכֹּל בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִנּוּךְ וְחַייָּבִין דְּסֵיפָא קָאֵי אֲנָשִׁים וַעֲבָדִים לְחוּד אֲבָל קְטַנִּים פְּטוּרִים מִכֹּל וָכֹל כֵּיוָן דְּלָא הִגִּיעַ לְחִנּוּךְ וא"ת א"כ אַמַּאי תְּנָא קְטַנִּים בַּהֲדֵי נָשִׁים וַעֲבָדִים כֵּיוָן דְּאֵין שָׁוִין כִּדְפָרֵישִׁית וי"ל דְּכֵן דֶּרֶךְ הַתַּנָּא לִשְׁנוֹת יַחַד נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים שֶׁלֹּא הִגִּיעוּ לְחִנּוּךְ כְּמוֹ נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִים מִסֻּוכָּה (סֻוכָּה דַּף כֹּח.):
« Et les mineurs sont exempts de la lecture du Chema » : le Kountras (Rachi) a expliqué qu'il s'agit d'un mineur parvenu à l'âge de l'éducation. Cela ne paraît pas juste, car au chapitre Loulav hagazoul (Souka 42a) nous disons : un mineur qui sait garder ses tefilin, son père est tenu de lui acheter des tefilin. Il apparaît donc que, dès lors qu'il est parvenu à l'âge de l'éducation et que les tefilin le concernent, il y est tenu ; et pour la lecture du Chema aussi, il y aurait lieu de l'y obliger à plus forte raison, puisque nous trouvons là-bas : un mineur qui sait parler, son père lui enseigne la Torah et le premier verset du Chema. Il semble donc à Rabbenou Tam que la michna traite d'un mineur qui n'est pas parvenu à l'âge de l'éducation. Toutefois, sur la fin de la michna, qui enseigne « et ils sont tenus à la tefila », le Ri voulait dire qu'il s'agit d'un mineur parvenu à l'âge de l'éducation, car s'il n'y était pas parvenu on n'aurait pas eu à l'obliger à la tefila. Cela ne paraît pas juste : car alors les mineurs ne seraient plus semblables aux femmes et aux esclaves, qui sont exempts en toute manière, tandis que les mineurs ne seraient exempts que lorsqu'ils ne sont pas parvenus à l'âge de l'éducation et ne savent pas garder leurs tefilin. Rabbenou Tam a donc expliqué que tout le passage traite assurément d'un mineur qui n'est pas parvenu à l'âge de l'éducation, et que le « ils sont tenus » de la fin porte sur les femmes et les esclaves seuls, tandis que les mineurs sont exempts de tout, puisqu'ils ne sont pas parvenus à l'âge de l'éducation. Et si tu objectes : pourquoi alors le tana enseigne-t-il les mineurs avec les femmes et les esclaves, puisqu'ils ne sont pas semblables, comme nous l'avons expliqué ? On peut répondre que telle est la manière du tana d'enseigner ensemble les femmes, les esclaves et les mineurs non parvenus à l'âge de l'éducation, comme dans « les femmes, les esclaves et les mineurs sont exempts de la souka » (Souka 28a).
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִין מק"ש וּמִן הַתְּפִילִּין וְחַייָּבִין בִּתְפִלָּה וּבִמְזוּזָה וּבְבִרְכַּת הַמָּזוֹן. פירש"י בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִנּוּךְ. ומ"מ פָּטוּר הוּא מק"ש לְפִי שֶׁאֵינוֹ מָצוּי אֵצֶל אָבִיו בְּעֵת ק"ש וּמִתְּפִילִּין שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִשְׁמוֹר גּוּפוֹ. וְלָא נְהִירָא לר"ת זַ"ל דְּהָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף מב.) קָטָן הַיּוֹדֵעַ לִשְׁמוֹר תְּפִילִּין אָבִיו לוֹקֵחַ לוֹ תְּפִילִּין וְהַייְנוּ חִנּוּךְ דִּידֵיהּ. אַלְמָא כְּשֶׁהִגִּיעַ לְחִנּוּךְ חַיָּיב בִּתְפִילִּין. וְכֵן בק"ש אָמְרִינַן קָטָן הַיּוֹדֵעַ לְדַבֵּר אָבִיו מְלַמְּדוֹ תּוֹרָה וק"ש. וּמְפָרֵשׁ מַאי ק"ש פָּסוּק רִאשׁוֹן שֶׁל ק"ש. וּסְבִירָא לֵיהּ לר"ת דִּבְלֹא הִגִּיעַ לְחִנּוּךְ אַיְירֵי וְחַייָּבִין דְּסֵיפָא קָאֵי אֲנָשִׁים וַעֲבָדִים לְחוּד. אֲבָל קְטַנִּים פְּטוּרִין מִן הַכֹּל כֵּיוָן שֶׁלֹּא הִגִּיעוּ לְחִנּוּךְ וְדֶרֶךְ הַתַּנָּא לִשְׁנוֹת נָשִׁים עֲבָדִים וּקְטַנִּים שֶׁלֹּא הִגִּיעוּ לְחִנּוּךְ לְעִנְיַן פָּטוּר. וְגַבֵּי סֻוכָּה נָמֵי תְּנַן הָכִי:
Michna : « Les femmes, les esclaves et les mineurs sont exempts de la lecture du Chema et des tefilin, et ils sont tenus à la tefila, à la mezouza et au birkat hamazon. » Rachi a expliqué qu'il s'agit d'un mineur parvenu à l'âge de l'éducation ; il est néanmoins exempt de la lecture du Chema parce qu'il ne se trouve pas auprès de son père à l'heure du Chema, et exempt des tefilin parce qu'il ne sait pas garder son corps. Cela ne paraît pas juste à Rabbenou Tam de mémoire bénie, car nous disons au chapitre Loulav hagazoul (Souka 42a) : un mineur qui sait garder ses tefilin, son père lui achète des tefilin — et c'est là son hinoukh. Il apparaît donc que, parvenu à l'âge de l'éducation, il est tenu aux tefilin ; et pour la lecture du Chema de même, nous disons : un mineur qui sait parler, son père lui enseigne la Torah et le Chema, et l'on explique que « le Chema » désigne le premier verset du Chema. Rabbenou Tam tient donc que la michna traite d'un mineur qui n'est pas parvenu à l'âge de l'éducation, et que le « ils sont tenus » de la fin porte sur les femmes et les esclaves seuls, tandis que les mineurs sont exempts de tout, puisqu'ils ne sont pas parvenus à l'âge de l'éducation ; et telle est la manière du tana d'enseigner ensemble les femmes, les esclaves et les mineurs non parvenus à l'éducation quant à l'exemption. Ainsi avons-nous appris également à propos de la souka.
💡 Explication

Ouverture de la michna qui portera le débat des pages suivantes. L'exemption des femmes se fonde, selon Rachi, sur la règle générale : la lecture du Chema est une mitsvat assé chehazman gerama, un commandement positif conditionné par le temps, dont les femmes sont dispensées de par la Torah (Kidouchin 29a).

Le cas des mineurs ouvre une divergence importante. Rachi lit la michna comme parlant même d'un enfant parvenu à l'âge du hinoukh, l'éducation : on n'a pas imposé au père de l'y former, parce que l'enfant ne se trouve pas nécessairement auprès de lui à l'heure du Chema. Rabbenou Tam objecte à partir de Souka 42a — l'enfant qui sait garder ses tefilin y est tenu, et celui qui sait parler apprend le premier verset du Chema — et conclut que la michna traite d'un enfant qui n'est pas encore parvenu au hinoukh. Le Roch rapporte le même débat.

🖼️ Schéma
Le mineur de la michna : Rachi contre Rabbenou Tam Rachi Il s'agit d'un mineur déjà parvenu à l'âge du hinoukh. Exempt du Chema : il n'est pas auprès de son père à cette heure. La fin de la michna vise donc aussi les mineurs. Rabbenou Tam Il s'agit d'un mineur non encore parvenu au hinoukh. Preuve : Souka 42a — qui sait garder ses tefilin y est tenu. La fin de la michna vise les femmes et les esclaves seuls.
La nafka mina porte sur la portée du mot 'tenus' dans la suite de la michna : les mineurs y sont-ils inclus ou non.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).