Berakhot 19b — La dignité humaine (kevod ha-beriyot) face aux interdits de la Tora : jusqu'où peut-elle les repousser ?

Berakhot 19b

Sougya : Le folio quitte le détail des rangées de consolateurs pour ouvrir la sougya la plus générale du chapitre : quel poids a la dignité humaine lorsqu'elle se heurte à un interdit ? Le point de départ est la règle de Rav : celui qui découvre du kilayim dans son vêtement l'ôte sur-le-champ, même au milieu de la place publique, car « il n'est ni sagesse, ni intelligence, ni conseil face à ה' ».

De cette règle la guemara tire un principe maximaliste : là où il y a profanation du Nom, on ne fait aucun honneur à personne. Quatre sources viennent alors l'attaquer, et chacune reçoit sa réponse : le chemin impur emprunté par égard pour l'endeuillé (répondu par le beit ha-pras, impureté rabbinique) ; les kohanim qui sautaient par-dessus les cercueils pour saluer les rois (répondu par le tefah de vide, qui ramène l'affaire au rabbinique) ; la baraita « grande est la dignité humaine, car elle repousse un interdit de la Tora » (répondue par Rav Kahana : l'interdit visé est « tu ne t'écarteras pas », socle de tout le rabbinique) ; et l'objet perdu qu'un ancien peut ignorer (répondu par un verset propre, dont on ne tire rien puisqu'on n'apprend pas l'interdit à partir de l'argent).

Le folio se clôt sur la derasha des proches du nazir, qui montre la limite : devant l'obligation du pessa'h et de la mila, l'égard dû au proche mort ne l'emporte pas.

Principe de Rav : là où il y a hilloul Hachem, on ne fait honneur à personne Source apportée contre le principe Réponse de la guemara 1. Les deux chemins au retour de l'enterrement on suit l'endeuillé sur le chemin impur, par égard pour lui segments 2 à 4 Beit ha-pras : impureté rabbinique les Sages renoncent à leur propre décret, la Tora reste hors de cause 2. Sauter par-dessus les cercueils des kohanim le font pour saluer les rois segments 5 à 7 Un tefah de vide fait écran seul un décret des Sages restait, et pour les rois ils ne l'ont pas posé 3. Grande est la dignité humaine elle repousse un lav de la Tora, dit la baraita segments 8 à 10 Le lav visé est lo tassour socle biblique du rabbinique : seul le rabbinique cède 4. Ve-hitalamta : l'objet perdu l'ancien peut l'ignorer si cela messied à son rang segments 11 à 13 Un verset propre l'autorise et l'on n'apprend pas l'interdit à partir de l'argent 5. La limite, montrée par la derasha du nazir (segments 14 à 16) celui qui va égorger son pessa'h et circoncire son fils ne se rend pas impur pour son proche mort : devant une mitsva dont l'omission entraîne le karet, l'égard dû au proche cède
Architecture du folio : un principe, quatre attaques, quatre réponses, une limite.
La dignité humaine repousse-t-elle cet interdit ? Interdit rabbinique beit ha-pras, décret sur les cercueils, pierres du Chabbat OUI, elle le repousse Lo tassour verset biblique qui porte tout l'édifice rabbinique OUI, par ce biais seul Interdit biblique propre kilayim, impureté du kohen, omission du pessa'h NON Exception écrite : ve-hitalamta, l'objet perdu un verset dispense l'ancien de le rapporter, mais on n'en tire aucune règle générale Motif du refus : issoura mi-mamona lo yalfinan une règle d'interdit se déduit seulement du domaine des interdits, non du domaine de l'argent
Arbre de décision : le champ exact où la dignité humaine fait céder la règle.
Le tefah de vide dans le cercueil (coupe verticale) Avec un tefah de vide couvercle 1 tefah le mort le toit fait écran (hotsets) rien au-dessus ne devient impur selon la Tora : on peut passer au-dessus Sans tefah de vide le mort touma retsoutsa : l'impureté est comprimée, elle perce et monte à la verticale selon la Tora : passer au-dessus rend impur La plupart des cercueils ont ce tefah ; les Sages ont néanmoins décrété sur eux à cause des autres. Pour l'honneur des rois, ils n'ont pas étendu leur décret.
Pourquoi les kohanim pouvaient sauter par-dessus les cercueils : le tefah de vide ramène l'affaire au rabbinique.
1
הָעוֹמְדִים בַּשּׁוּרָה וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: שׁוּרָה הָרוֹאָה פְּנִימָה — פְּטוּרָה, וְשֶׁאֵינָהּ רוֹאָה פְּנִימָה — חַייֶּבֶת. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַבָּאִים מֵחֲמַת הָאָבֵל — פְּטוּרִין, מֵחֲמַת עַצְמָן — חַיָּיבִין.

« Ceux qui se tiennent dans la rangée », etc. Nos maîtres ont enseigné : la rangée qui voit l'intérieur est dispensée, et celle qui ne voit pas l'intérieur est tenue.

Rabbi Yehouda dit : ceux qui viennent à cause de l'endeuillé sont dispensés, ceux qui viennent pour eux-mêmes sont tenus.

📜 Rachi (2)
הָרוֹאָה פְּנִימָה אֶת חֲלַל הַהֶקֵּף אֲחוֹרֵי שׁוּרָה הַפְּנִימִית וְהָאָבֵל יוֹשֵׁב שָׁם:
Qui voit l'intérieur — l'espace vide entouré par les rangées, derrière la rangée intérieure, là où l'endeuillé est assis.
מֵחֲמַת עַצְמָן וְלֹא מֵחֲמַת כָּבוֹד שֶׁלֹּא בָּאוּ לְנַחֵם אֶלָּא לִרְאוֹת אֶת הַמְאֹורָע:
Pour eux-mêmes — sans égard pour l'honneur de l'endeuillé : ils sont venus voir l'événement plutôt que consoler.
⚖️ Rosh (1)
תְּנָא אִם יְכוֹלִין לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור אַפֵּי' פֶּרֶק אֶחָד אוֹ פָּסוּק אֶחָד יַתְחִילוּ וְאִם לָאו לֹא יַתְחִילוּ: הָעוֹמְדִים בְּשׁוּרָה. ת"ר הַשּׁוּרָה הָרוֹאֶה אֶת הִפְנִימָה פְּטוּרָה. שֶׁאֵינָהּ רוֹאָה אֶת הִפְנִימָה חַיֶּיבֶת. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הַבָּאִים מֵחֲמַת הָאָבֵל פְּטוּרִין. מֵחֲמַת עַצְמָן וְלֹא מֵחֲמַת כָּבוֹד חַיָּיבִין:
Il a été enseigné : s'ils peuvent commencer et achever ne serait-ce qu'un chapitre ou un verset, qu'ils commencent ; sinon, qu'ils ne commencent pas. « Ceux qui se tiennent dans la rangée. » Nos maîtres ont enseigné : la rangée qui voit l'intérieur est dispensée ; celle qui ne voit pas l'intérieur est tenue. Rabbi Yehouda dit : ceux qui viennent à cause de l'endeuillé sont dispensés ; ceux qui viennent pour eux-mêmes et sans égard pour l'honneur sont tenus.
💡 Explication

La michna avait distingué, parmi les consolateurs alignés en chourot (rangées) devant l'endeuillé, ceux qui sont dispensés du Chema et ceux qui y restent tenus. La baraita donne le critère matériel : la rangée dont on voit l'intérieur, c'est-à-dire celle qui donne sur l'espace où l'endeuillé est assis, participe réellement à la consolation et se trouve dispensée ; celle qui reste derrière, sans vue sur l'endeuillé, demeure tenue.

Rabbi Yehouda déplace le critère de la position vers l'intention : ce qui compte est de savoir si l'on est venu à cause de l'endeuillé ou par curiosité. Rachi le précise crûment : celui qui vient voir l'événement accomplit sa propre affaire et doit lire le Chema.

🖼️ Schéma
Les rangées de consolateurs autour de l'endeuillé rangée extérieure : elle ne voit pas l'intérieur — tenue au Chema rangée intérieure : elle voit l'intérieur — dispensée avel l'endeuillé, assis dans l'espace vide Rabbi Yehouda change de critère : l'intention remplace la position venu à cause de l'endeuillé => dispensé venu pour soi, pour voir l'événement => tenu au Chema
Position dans les rangées selon la baraita, intention selon Rabbi Yehouda.
2
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: הַמּוֹצֵא כִּלְאַיִם בְּבִגְדוֹ — פּוֹשְׁטָן אֲפִילּוּ בַּשּׁוּק. מַאי טַעְמָא: ״אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״, כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ חִלּוּל הַשֵּׁם אֵין חוֹלְקִין כָּבוֹד לָרַב.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : celui qui trouve du kilayim (mélange interdit de laine et de lin) dans son vêtement l'ôte, même sur la place publique. Quelle en est la raison ?

« Il n'est ni sagesse, ni intelligence, ni conseil face à ה' » (Michle 21, 30) : partout où il y a profanation du Nom, on ne fait pas honneur au maître.

📜 Rachi (1)
אֵין חָכְמָה חֲשׁוּבָה נֶגֶד ה':
Point de sagesse — aucune sagesse n'a de poids face à ה'.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב הַמּוֹצֵא כִּלְאַיִם בְּבִגְדוֹ פּוֹשְׁטוֹ וְאַפֵּי' בַּשּׁוּק שנא' אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה' כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ חִלּוּל ה' אֵין חוֹלְקִין כָּבוֹד לָרַב. יְרוּשַׁלְמִי תָּנֵי אֵין מְדַקְדְּקִין בְּמֵת וְלֹא בְּכִלְאַיִם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ. ר' יוֹסֵי הֲוָה יָתֵיב וּמַתְנֵי הֲוָה תַּמָּן מִיתָא. מַאן דְּנָפֵיק לֵיהּ לָא אֲמַר לֵיהּ כְּלוּם מַאן דְּיָתֵיב לֵיהּ לָא אֲמַר לֵיהּ כְּלוּם. ר' אַמִּי הֲוָה יָתֵיב וּמַתְנֵי אָמַר חַד לְחַבְרֵיהּ אַתְּ לָבוּשׁ כִּלְאַיִם אֲמַר לֵיהּ ר' אַמִּי שְׁלַח מִנֵּיךְ וְהַב לֵיהּ:
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : celui qui trouve du kilayim dans son vêtement l'ôte, même sur la place publique, car il est dit : « il n'est ni sagesse, ni intelligence, ni conseil face à ה' » — partout où il y a profanation du Nom, on ne fait pas honneur au maître. Talmud de Jérusalem : il a été enseigné qu'on évite de se montrer pointilleux, dans la maison d'étude, au sujet d'un mort comme au sujet du kilayim. Rabbi Yossi était assis et enseignait ; il y avait là un mort. À celui qui sortait pour s'en occuper il ne disait rien, et à celui qui restait assis il ne disait rien. Rabbi Ami était assis et enseignait ; l'un dit à son compagnon : tu portes du kilayim. Rabbi Ami lui dit : ôte tes vêtements et donne-les-lui.
💡 Explication

La guemara passe du cas particulier des consolateurs à la question générale du folio. Le cas test choisi est le kilayim : un homme découvre en pleine rue que son vêtement contient un mélange interdit de laine et de lin. Le retirer sur place l'expose à se retrouver dévêtu devant tous ; attendre d'être rentré le maintient quelques minutes dans la transgression. Rav tranche pour le retrait immédiat.

Le verset de Michle sert de fondement : aucune considération, si haute soit-elle, ne se dresse face à ה'. La guemara en tire une formule très large — là où il y a hilloul Hachem (profanation du Nom), on ne fait pas honneur au maître — qui, entendue sans réserve, écrase toute prise en compte de la dignité. Les quatre objections qui suivent en éprouvent la portée.

3
מֵתִיבִי: קָבְרוּ אֶת הַמֵּת וְחָזְרוּ, וְלִפְנֵיהֶם שְׁתֵּי דְרָכִים, אַחַת טְהוֹרָה וְאַחַת טְמֵאָה, בָּא בִּטְהוֹרָה — בָּאִין עִמּוֹ בִּטְהוֹרָה, בָּא בִּטְמֵאָה — בָּאִין עִמּוֹ בַּטְּמֵאָה מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ. אַמַּאי? לֵימָא ״אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה לְנֶגֶד ה׳״!

On objecte : ils ont enterré le mort et sont revenus, et devant eux se trouvent deux chemins, l'un pur et l'autre impur. S'il vient par le chemin pur, ils viennent avec lui par le pur ; s'il vient par le chemin impur, ils viennent avec lui par l'impur, par égard pour son honneur.

Pourquoi donc ? Que l'on dise : « il n'est ni sagesse, ni intelligence face à ה' » !

📜 Rachi (2)
אַחַת טְמֵאָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ קֶבֶר:
L'un impur — parce qu'il s'y trouve une tombe.
בָּא בִּטְהוֹרָה הָאָבֵל:
S'il vient par le chemin pur — l'endeuillé.
💡 Explication

Première attaque. Une baraita décrit le retour du cimetière : le cortège suit l'endeuillé sur le chemin qu'il choisit, même lorsque ce chemin est impur. Parmi les accompagnateurs peuvent se trouver des kohanim, pour qui l'impureté est un interdit. La raison donnée par la baraita est explicitement l'égard dû à l'endeuillé.

Si la dignité humaine n'avait aucun poids, cette conduite serait inexplicable. La question est donc directe : pourquoi ne pas appliquer ici le verset de Rav ?

4
תַּרְגְּמַהּ רַבִּי אַבָּא בְּבֵית הַפְּרָס דְּרַבָּנַן.

Rabbi Abba l'a expliqué : il s'agit d'un beit ha-pras d'ordre rabbinique.

📜 Rachi (1)
בְּבֵית הַפְּרָס דְּלָא מְטַמֵּא אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וְהוּא שָׂדֶה שֶׁנֶּחֱרַשׁ בּוֹ קֶבֶר וְחָשׁוּ חֲכָמִים שֶׁמָּא דִּלְדְּלוּ כְּלֵי הַמַּחֲרִישָׁה אֶת הָעֲצָמוֹת וְהַדּוֹרֵס עֲלֵיהֶן מְסִיטָן וְעֶצֶם כִּשְׂעוֹרָה מְטַמֵּא בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא וְלֹא בְּאֹהֶל וְכֵיוָן דְּמִדְּרַבָּנָן הוּא דְּאָסוּר רַבָּנָן הוּא דְּאַחֲלוּהּ לִיקָרַיְיהוּ גַּבֵּי אָבֵל:
Dans un beit ha-pras — qui ne rend impur que par ordre rabbinique. C'est un champ dans lequel une tombe a été labourée ; les Sages ont craint que les outils de la charrue n'aient dispersé les ossements, et celui qui marche dessus les déplace. Or un os de la taille d'un grain d'orge rend impur par contact et par portage, mais non sous un même toit (ohel). Puisque l'interdit est d'ordre rabbinique, ce sont les Sages qui ont renoncé à leur propre honneur en faveur de l'endeuillé.
💡 Explication

La réponse tient en un mot : le chemin dit impur ne l'est que par décret rabbinique. Un beit ha-pras est un champ où une tombe a été retournée par la charrue ; les Sages ont craint la dispersion d'ossements, sans qu'aucune impureté biblique soit établie.

La logique de Rachi est décisive pour tout le folio : la où la règle vient des Sages, ce sont eux qui peuvent y renoncer, et ils l'ont fait au profit de l'endeuillé. Le principe de Rav, qui vise l'interdit biblique du kilayim, reste intact.

5
דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מְנַפֵּחַ אָדָם בֵּית הַפְּרָס וְהוֹלֵךְ. וְאָמַר רַב יְהוּדָה בַּר אָשֵׁי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: בֵּית הַפְּרָס שֶׁנַּדֵּשׁ — טָהוֹר.

Car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on souffle la poussière devant soi dans un beit ha-pras et l'on avance. Et Rav Yehouda bar Achi a dit au nom de Rav : un beit ha-pras qui a été piétiné est pur.

📜 Rachi (2)
מְנַפֵּחַ אָדָם לְפָנָיו שֶׁאִם הֵי' שֵׁם עֶצֶם יִרְאֶנּוּ דְּאִי דְּאוֹרָיְיתָא הוּא לֹא הָוֵינַן מְזַלְזְלִינַן בֵּיהּ כֻּולֵּי הַאי לְמִיסְמַךְ אַנְּפִיחָה וְהַךְ בְּדִיקָה לְעוֹשֶׂה פֶּסַח אִישְׁתְּרִי וְלֹא לְאוֹכְלֵי תְּרוּמָה כִּדְאָמְרִינַן בְּחֹומֶר בַּקֹּדֶשׁ (חֲגִיגָה דַּף כֹּה:):
On souffle — devant soi, de sorte que s'il y avait là un os, il le verrait. Si l'impureté était d'ordre biblique, nous ne la traiterions pas avec autant de légèreté au point de nous fier à un souffle. Cet examen a été autorisé à celui qui offre le sacrifice pascal, et non à ceux qui mangent de la terouma, comme nous le disons au chapitre Homer ba-kodech (Haguiga 25b).
שֶׁנַּדֵּשׁ בָּרְגָלִים:
Qui a été piétiné — par les pieds.
💡 Explication

Deux enseignements confirment le statut rabbinique du beit ha-pras. Souffler la poussière devant soi pour déceler un éventuel ossement serait inconcevable face à une impureté biblique : c'est un examen sommaire, admis seulement pour une rigueur d'origine rabbinique. De même, un champ dont le passage répété a tassé la terre redevient pur.

Rachi ajoute une nuance de degré à l'intérieur même du rabbinique : ce souffle a été permis à celui qui doit offrir le pessa'h, dont l'omission entraîne le karet, et refusé à qui veut seulement manger de la terouma.

🖼️ Schéma
Beit ha-pras : un champ où une tombe a été labourée crainte des Sages : la charrue a pu disperser des ossements un os de la taille d'un grain d'orge rend impur par contact et par portage, non par ohel Indice 1 on souffle la poussière devant soi et l'on avance Chmouel Indice 2 un champ piétiné redevient pur Rav Conclusion : impureté rabbinique
Les deux allègements qui prouvent le caractère rabbinique du beit ha-pras.
6
תָּא שְׁמַע דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק: מְדַלְּגִין הָיִינוּ עַל גַּבֵּי אֲרוֹנוֹת שֶׁל מֵתִים, לִקְרַאת מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל. וְלֹא לִקְרַאת מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל בִּלְבַד אָמְרוּ אֶלָּא אֲפִילּוּ לִקְרַאת מַלְכֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם, שֶׁאִם יִזְכֶּה, יַבְחִין בֵּין מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל לְמַלְכֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם. אַמַּאי? לֵימָא ״אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״!

Viens et entends, car Rabbi Elazar bar Tsadok a dit : nous sautions par-dessus les cercueils des morts à la rencontre des rois d'Israël. Et ils n'ont pas dit cela seulement à la rencontre des rois d'Israël, mais même à la rencontre des rois des nations du monde, afin que, s'il en est digne, il puisse distinguer entre les rois d'Israël et les rois des nations du monde.

Pourquoi donc ? Que l'on dise : « il n'est ni sagesse, ni intelligence, ni conseil face à ה' » !

📜 Rachi (2)
מְדַלְּגִין מֵאָרוֹן לָאָרוֹן:
Nous sautions — d'un cercueil à l'autre.
לִקְרַאת מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל הֲרֵי לִכְבוֹד הַבְּרִיּוֹת עוֹבְרִים עַל נֶפֶשׁ לֹא יִטַּמָּא (וַיִּקְרָא כ״א:א׳) דְּהָא ר' אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק כֹּהֵן הֲוָה כִּדְאָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת (דַּף לו.):
À la rencontre des rois d'Israël — voici donc que, pour la dignité humaine, on transgresse « il ne se rendra pas impur pour une âme » (Vayikra 21, 1), car Rabbi Elazar bar Tsadok était kohen, comme nous le disons dans Bekhorot 36a.
🗂️ Tossefot (1)
מְדַלְּגִין הָיִינוּ עַל גַּבֵּי אֲרוֹנוֹת תֵּימַהּ לְפֵ"ה דְּפִי' גּוֹלֵל כִּיסּוּי שֶׁל אָרוֹן דְּתָנֵי' כָּל אֲשֶׁר יִגַּע עַל פְּנֵי הַשָּׂדֶה לְרַבּוֹת גּוֹלֵל וְדוֹפֵק וא"כ גַּם הַגּוֹלֵל מְטַמֵּא בְּאֹהֶל וְהֵיאַךְ הָיוּ מְדַלְּגִין עָלָיו וי"ל דְּלָא קָשֶׁה דְּהָא תָּנֵי' בִּשְׂמָחוֹת (פ"ד הֲלָכָה כא) כָּל טֻומְאָה שֶׁאֵין הַנָּזִיר מְגַלֵּחַ עָלֶיהָ אֵין כֹּהֵן מֻוזְהָר עָלֶיהָ וְגוֹלֵל וְדוֹפֵק אֵין נָזִיר מְגַלֵּחַ עֲלֵיהֶן כְּדִתְנַן בְּמַס' נָזִיר פֶּרֶק כֹּהֵן גָּדוֹל (נָזִיר דַּף נד.) וְהָיָה אוֹמֵר ר"ת דִּלְיָתִי' לְהָנֵי כְּלָלֵי דְּהָא אָמַר הָתָם רְבִיעִית דָּם אֵין הַנָּזִיר מְגַלֵּחַ עָלָיו עַד שֶׁיְּהֵא חֲצִי לוֹג וַאֲפִילּוּ הָכֵי כֹּהֵן מֻוזְהָר עָלָיו כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף עב.) דִּרְבִיעִית דָּם הַבָּא מב' מֵתִים טָמֵא וּמַפְּקִינַן לֵיהּ מֵעַל כָּל נַפְשֹׁות מֵת לֹא יָבֹא וְי"ל דְּהָתָם מִכָּל מָקוֹם הָוֵי שֵׁם טֻומְאָה שֶׁהַנָּזִיר מְגַלֵּחַ עָלֶיהָ אֲבָל גּוֹלֵל וְדוֹפֵק אֵינוֹ כְּלָל בְּנָזִיר וּלְכָךְ אֵין כֹּהֵן מֻוזְהָר עָלָיו אִי נָמֵי הָא בָּרַייְתָא סָבְרָה כִּזְקֵנִים הָרִאשׁוֹנִים [נָזִיר נג.] שֶׁהָיוּ אוֹמְרֵי' רְבִיעִית דָּם גַּם בְּתִגְלַחַת נָזִיר וּמִיהוּ תֵּימָא אַמַּאי אֵין הַמֵּת מְטַמֵּא בְּאֹהֶל כֵּיוָן שֶׁהַכִּסּוּי עַצְמוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה דְּכָל דָּבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה אֵינוֹ חוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה אִם כֵּן מְטַמֵּא בְּאֹהֶל וי"ל דְּאֵין מְטַמֵּא אֶלָּא צַד חִיצוֹן שֶׁבּוֹ אֲבָל צַד פְּנִימִי טָהוֹר כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת אֹהָלוֹת בפט"ו (מִשְׁנָה ט) חָבִית שֶׁהִיא מְלֵאָה מַשְׁקִין טְהוֹרִים וּמֻוקֶּפֶת צָמִיד פָּתִיל וַעֲשָׂאָהּ גּוֹלֵל לְקֶבֶר הַנּוֹגֵעַ בָּהּ מְטַמֵּא טֻומְאַת שִׁבְעָה וְהֶחָבִית וְהַמַּשְׁקִין טְהוֹרִין לְפִי שֶׁצַּד פְּנִימִי כֻּולּוֹ טָהוֹר וּמִיהוּ תֵּימַהּ לְפֵ"ה דְּפֵירֵשׁ בפ"ק דְּעֵרוּבִין (דַּף טו) גַּבֵּי אֵין עוֹשִׂין מִבַּעֲלֵי חַיִּים גּוֹלֵל וְדוֹפֵק לְקֶבֶר וְאִי גּוֹלֵל הַיְינוּ כִּסּוּי הָאָרוֹן וְכִי עוֹשִׂין מִבַּעֲלֵי חַיִּים כִּסּוּי לָאָרוֹן ע"כ פר"ת דְּגוֹלֵל הַיְינוּ מַצֵּבָה וְכֵן דֶּרֶךְ בְּנֵי אָדָם לִיתֵּן בְּהֵמָה עַל הַקֶּבֶר לְסִימָן עַד שֶׁיִּתְּנוּ עָלָיו מַצֵּבָה:
« Nous sautions par-dessus les cercueils » — difficulté selon l'explication de Rachi, qui explique que le golel est le couvercle du cercueil. Car il a été enseigné : « quiconque touche, à la surface du champ » vient inclure le golel et le dofek ; s'il en est ainsi, le golel lui aussi rend impur sous un même toit, et comment sautaient-ils par-dessus lui ? On peut répondre qu'il n'y a pas de difficulté, car il a été enseigné dans le traité Semahot (ch. 4, halakha 21) : toute impureté pour laquelle le nazir ne se rase pas, le kohen n'en est pas averti ; or pour le golel et le dofek le nazir ne se rase pas, comme l'enseigne la michna du traité Nazir, chapitre Kohen Gadol (Nazir 54a). Rabbenou Tam disait que ces règles générales ne tiennent pas, car il est dit là-bas qu'un revi'it de sang, le nazir ne se rase pas dessus tant qu'il n'y a pas un demi-log, et pourtant le kohen en est averti, comme nous le disons au chapitre Behema ha-maksha (Houlin 72a) : un revi'it de sang provenant de deux morts est impur, et nous le déduisons de « sur aucune âme morte il ne viendra ». On peut répondre que là-bas il s'agit malgré tout d'une catégorie d'impureté pour laquelle le nazir se rase, tandis que le golel et le dofek n'existent aucunement chez le nazir, et c'est pourquoi le kohen n'en est pas averti. Ou encore, cette baraita suit l'avis des premiers Anciens (Nazir 53a), qui disaient qu'un revi'it de sang vaut aussi pour le rasage du nazir. Autre difficulté : pourquoi le mort ne rend-il pas impur sous un même toit, puisque le couvercle lui-même est susceptible de recevoir l'impureté, et que tout objet susceptible de recevoir l'impureté ne fait pas écran devant elle ? Il devrait donc rendre impur sous un même toit. On peut répondre que seule sa face extérieure devient impure, tandis que sa face intérieure reste pure, comme l'enseigne la michna du traité Ohalot, chapitre 15 (michna 9) : une jarre pleine de liquides purs, fermée hermétiquement, dont on a fait le golel d'une tombe — celui qui la touche contracte une impureté de sept jours, et la jarre comme les liquides restent purs, parce que toute sa face intérieure est pure. Difficulté encore selon l'explication de Rachi, qui explique au premier chapitre de Erouvin (15a), à propos de « on ne fait pas d'un être vivant un golel ou un dofek pour une tombe » : si le golel est le couvercle du cercueil, fait-on d'un être vivant le couvercle d'un cercueil ? C'est pourquoi Rabbenou Tam a expliqué que le golel est la stèle ; et telle est la manière des gens, de poser un animal sur la tombe comme signe jusqu'à ce qu'on y pose une stèle.
💡 Explication

Deuxième attaque, plus lourde que la première : Rabbi Elazar bar Tsadok était kohen, et l'interdit de se rendre impur au contact d'un mort est biblique. Il témoigne pourtant que lui et ses collègues franchissaient des cercueils pour aller saluer un roi.

La baraita étend même la règle aux rois des nations : celui qui aura le mérite de voir la délivrance doit pouvoir mesurer l'écart entre les rois d'Israël et les autres, ce qui suppose d'avoir vu les deux. La question redevient donc celle du folio : la dignité d'un roi suffit-elle à faire céder un interdit de la Tora ?

7
כִּדְרָבָא. דְּאָמַר רָבָא: דְּבַר תּוֹרָה, אֹהֶל, כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חָלָל טֶפַח — חוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה. וְשֶׁאֵין בּוֹ חָלָל טֶפַח — אֵינוֹ חוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה.

Comme l'a dit Rava. Car Rava a dit : selon la Tora, un ohel (couverture) qui comporte un espace vide d'un tefah fait écran devant l'impureté ; et celui qui ne comporte pas un espace vide d'un tefah ne fait pas écran devant l'impureté.

📜 Rachi (2)
דְּבַר תּוֹרָה הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי:
Selon la Tora — une halakha transmise à Moche au Sinaï.
אֵינוֹ חוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה דְּנִקְרֵאת טוֹמֵא' רְצוּצָה וּבוֹקַעַת וְעוֹלָה:
Ne fait pas écran devant l'impureté — car elle est appelée touma retsoutsa (impureté comprimée) : elle perce et monte.
💡 Explication

Rava fournit la clef. La transmission du Sinaï fixe une mesure : un espace vide d'un tefah (largeur de main) entre le mort et ce qui le recouvre transforme cette couverture en ohel, et un ohel arrête l'impureté. Sans ce vide, l'impureté est dite retsoutsa, comprimée : elle perce la couverture et monte à la verticale.

Le débat quitte alors le terrain de la dignité pour celui de la mesure. Reste à savoir dans quel état sont les cercueils que les kohanim enjambaient.

🖼️ Schéma
La règle de Rava, transmise du Sinaï espace vide au moins 1 tefah tefah hotsets : la couverture fait écran l'impureté reste dessous espace vide inférieur à 1 tefah touma retsoutsa : elle perce et monte ce qui passe au-dessus devient impur
Un tefah de vide suffit à faire d'une couverture un ohel qui arrête l'impureté.
8
וְרוֹב אֲרוֹנוֹת יֵשׁ בָּהֶן חָלָל טֶפַח. וְגָזְרוּ עַל שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם שֶׁאֵין בָּהֶן. וּמִשּׁוּם כְּבוֹד מְלָכִים לָא גְזַרוּ בְּהוּ רַבָּנָן.

Or la plupart des cercueils comportent un espace vide d'un tefah. Les Sages ont décrété sur ceux qui en comportent à cause de ceux qui n'en comportent pas.

Et par égard pour l'honneur des rois, les Sages n'ont pas décrété à leur sujet.

🗂️ Tossefot (1)
רֹוב אֲרוֹנוֹת יֵשׁ לָהֶם חָלָל טֶפַח וצ"ל שֶׁרֹאשׁ הָאָרוֹן פָּתוּחַ שֶׁאִם הָיָה סָתוּם אַדְּרַבָּה כִּי יֵשׁ בּוֹ פּוֹתֵחַ טֶפַח מְטַמֵּא וַאֲפִילּוּ בַּצַּד הָרֵיקָן שֶׁבּוֹ כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת אֹהָלוֹת בפ"ז (מ"א) נֶפֶשׁ אֲטוּמָה הַנּוֹגֵעַ בָּהּ מִן הַצְּדָדִין טָהוֹר פִּי' בַּצַּד הָרֵיקָן מִפְּנֵי שֶׁטֻּומְאָה בּוֹקַעַת וְעוֹלָה בּוֹקַעַת וְיוֹרֶדֶת וְאִם הָיָה מְקוֹם הַטֻּומְאָה טֶפַח ע"ט עַל רוּם טֶפַח הַנּוֹגֵעַ בָּהּ מִכָּל מָקוֹם טָמֵא מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּקֶבֶר סָתוּם אַלְמָא בְּקֶבֶר סָתוּם אֵינוֹ מְטַמֵּא כָּל סְבִיבָיו אֶלָּא כְּשֶׁיֵּשׁ עָלָיו טֶפַח אֲבָל בְּטֻומְאָה רְצוּצָה אֵינוֹ מְטַמֵּא אֶלָּא כְּנֶגֶד הַטֻּומְאָה וְלֹא מִצַּד הָרֵיקָן וּבְפֶרֶק הַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (ב"ב דַּף ק:) יֵשׁ לְהַאֲרִיךְ:
« La plupart des cercueils comportent un espace vide d'un tefah » — il faut dire que l'extrémité du cercueil est ouverte, car s'il était fermé, ce serait l'inverse : dès lors qu'il comporte une ouverture d'un tefah, il rend impur même du côté vide, comme nous le disons au traité Ohalot, chapitre 7 (michna 1) : un monument funéraire hermétique, celui qui le touche par les côtés reste pur — c'est-à-dire du côté vide, parce que l'impureté perce et monte, perce et descend. Et si l'emplacement de l'impureté mesurait un tefah sur un tefah sur une hauteur d'un tefah, celui qui le touche de quelque côté que ce soit est impur, parce qu'il est comme une tombe fermée. Il ressort qu'une tombe fermée ne rend impur tout ce qui l'entoure que lorsqu'il y a au-dessus d'elle un tefah, tandis que pour une impureté comprimée elle ne rend impur qu'à l'aplomb de l'impureté, et non du côté vide. Au chapitre Ha-mokher perot (Baba Batra 100b) il y a lieu de développer.
💡 Explication

La réponse s'achève en trois temps. Selon la Tora, la plupart des cercueils font écran, puisqu'ils comportent le tefah requis ; les kohanim qui les enjambaient ne transgressaient donc rien de biblique. Les Sages ont ensuite posé un décret uniforme sur tous les cercueils, y compris ceux qui font écran, pour éviter la confusion avec les rares cercueils sans vide.

Une seule règle restait donc en jeu, un décret rabbinique, et les Sages en ont limité eux-mêmes la portée : ils ne l'ont pas étendu au cas de l'honneur royal. La deuxième objection se résout exactement comme la première.

9
תָּא שְׁמַע: גָּדוֹל כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת שֶׁדּוֹחֶה [אֶת] לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁבַּתּוֹרָה.

Viens et entends : grande est la dignité humaine (kevod ha-beriyot), car elle repousse un interdit de la Tora.

📜 Rachi (1)
אֶת לֹא תַעֲשֶׂה קס"ד כָּל ל"ת קָאָמַר:
Un interdit — on pense d'abord qu'il parle de tout interdit.
💡 Explication

Troisième attaque, et la plus frontale : une baraita énonce en toutes lettres que la dignité humaine repousse un lav (interdit) de la Tora. Rachi signale que la première lecture, celle qui rend l'objection percutante, comprend « un interdit » comme n'importe quel interdit biblique.

10
וְאַמַּאי? לֵימָא ״אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״! תַּרְגְּמַהּ רַב בַּר שְׁבָא קַמֵּיהּ דְּרַב כָּהֲנָא בְּלָאו ד״לא תָּסוּר״. אֱחִיכוּ עָלֶיהָ, לָאו ד״לא תָּסוּר״ דְּאוֹרָייְתָא הִיא?!

Et pourquoi ? Que l'on dise : « il n'est ni sagesse, ni intelligence, ni conseil face à ה' » !

Rav bar Chabba l'a expliqué devant Rav Kahana : il s'agit de l'interdit de « tu ne t'écarteras pas » (Devarim 17, 11). Ils rirent de lui : l'interdit de « tu ne t'écarteras pas » est bien d'ordre biblique !

📜 Rachi (1)
בְּלָאו דְּלָא תָּסוּר וְגוֹ'. אֲחַיְכוּ עָלֶיהָ אִינְהוּ סָבוּר דְּאַפֵּי' אָמְרוּ לוֹ דְּבַר תּוֹרָה וְהוּא עוֹמֵד בִּפְנֵי הַכָּבוֹד יַעֲבֹור עָלָיו וְהָא הַאי נָמֵי דְּאוֹרָיְיתָא הוּא:
De l'interdit de « tu ne t'écarteras pas », etc. Ils rirent de lui — ils comprenaient qu'il voulait dire que, même si on lui avait énoncé une parole de la Tora et qu'il se trouve devant une question de dignité, il la transgresserait ; or celui-ci aussi est d'ordre biblique.
💡 Explication

Rav bar Chabba propose une lecture étroite : l'interdit dont parle la baraita est lo tassour, « tu ne t'écarteras pas de ce qu'ils te diront », le verset qui commande d'obéir aux Sages. Sa réponse est accueillie par des rires, car ce verset figure dans la Tora comme les autres, et l'objection semble intacte.

Rachi explique le malentendu : ceux qui rient ont entendu que Rav bar Chabba autorisait à transgresser une parole de la Tora même énoncée explicitement, ce qui ne résout rien.

11
אָמַר רַב כָּהֲנָא: גַּבְרָא רַבָּה אָמַר מִילְּתָא, לָא תְּחַיְּכוּ עָלֶיהָ. כָּל מִילֵּי דְּרַבָּנַן אַסְמְכִינְהוּ עַל לָאו ד״לא תָּסוּר״, וּמִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שְׁרוֹ רַבָּנַן.

Rav Kahana dit : un grand homme a énoncé une parole, ne riez pas de lui. Toutes les paroles des Sages, ils les ont appuyées sur l'interdit de « tu ne t'écarteras pas » ; et par égard pour la dignité de la créature, les Sages ont permis de les suspendre.

📜 Rachi (1)
כָּל מִילֵּי דְּרַבָּנָן וְכוּ' וְהָכִי קָאָמַר לְהוּ דָּבָר שֶׁהוּא מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים נִדְחֶה מִפְּנֵי כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת וְקָרֵי לֵיהּ ל"ת מִשּׁוּם דִּכְתִיב לֹא תָּסוּר. וּדְקָא קַשְׁיָא לְכוּ דְּאוֹרָיְיתָא הוּא. רַבָּנָן אַחַלְוָה לִיקָרַיְיהוּ לַעֲבֹור עַל דִּבְרֵיהֶם הֵיכָא דְּאִיכָּא כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת כְּגוֹן לְטַלְטֵל בְּשַׁבָּת אֲבָנִים שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא לְקִנּוּחַ (שַׁבָּת דַּף פא:) אוֹ מִי שֶׁנִּפְסְקָה צִיצִית טַלִּיתוֹ בְּכַרְמְלִית לֹא הִצְרִיכוּ לְהַנִּיחַ טַלִּיתוֹ שָׁם וְלִיכָּנֵס לְבֵיתוֹ עָרֹום (מְנָחוֹת דַּף לח.):
Toutes les paroles des Sages, etc. — voici ce qu'il leur dit : une chose qui relève des paroles des Scribes est repoussée devant la dignité humaine, et il l'appelle « interdit » parce qu'il est écrit « tu ne t'écarteras pas ». Quant à votre objection, qu'il s'agit d'un ordre biblique : les Sages ont renoncé à leur propre honneur, permettant de transgresser leurs paroles là où il y a une question de dignité humaine — par exemple déplacer le Chabbat des pierres destinées aux lieux d'aisances pour s'essuyer (Chabbat 81b), ou celui dont les tsitsit de son talith se sont rompus dans un karmelit : on ne lui a pas imposé de laisser là son talith et d'entrer nu chez lui (Menahot 38a).
💡 Explication

Rav Kahana défend l'auteur de la réponse et en donne la mécanique. Tout l'édifice rabbinique repose sur lo tassour : chaque décret des Sages tire de ce verset sa force obligatoire. Quand la dignité humaine fait céder un décret rabbinique, elle fait donc céder, formellement, un interdit écrit dans la Tora — ce que disait la baraita, tout en laissant intact chaque interdit biblique propre.

Le levier est celui du folio depuis le début : les Sages ont le pouvoir de renoncer à leur propre autorité, et ils l'ont exercé. Rachi en donne deux applications concrètes, le déplacement de pierres le Chabbat et le talith dont les tsitsit se sont rompus en chemin.

🖼️ Schéma
Comment un décret rabbinique compte comme un lav de la Tora Lo tassour (Devarim 17, 11) — verset de la Tora toutes les paroles des Sages y sont appuyées devant la dignité humaine, les Sages renoncent à leur autorité le décret cède, et lo tassour cède avec lui pierres déplacées le Chabbat (Chabbat 81b) talith aux tsitsit rompus (Menahot 38a)
La réponse de Rav Kahana : la dignité humaine atteint le verset par le détour du rabbinique.
12
תָּא שְׁמַע: ״וְהִתְעַלַּמְתָּ מֵהֶם״ — פְּעָמִים שֶׁאַתָּה מִתְעַלֵּם מֵהֶם, וּפְעָמִים שֶׁאֵין אַתָּה מִתְעַלֵּם מֵהֶם.

Viens et entends : « et tu te déroberais à eux » (Devarim 22, 1) — il y a des cas où tu te dérobes à eux, et des cas où tu ne te dérobes pas à eux.

💡 Explication

Quatrième attaque, tirée des lois de l'objet perdu. Le verset ordonne de rapporter la bête égarée de son prochain et interdit de s'en détourner. La baraita relève que le terme ve-hitalamta, « et tu te déroberais », est superflu dans la formulation et vient donc ménager des cas où l'on a le droit de se détourner.

13
הָא כֵיצַד? אִם הָיָה כֹּהֵן, וְהִיא בְּבֵית הַקְּבָרוֹת, אוֹ הָיָה זָקֵן וְאֵינָהּ לְפִי כְּבוֹדוֹ, אוֹ שֶׁהָיְתָה מְלַאכְתּוֹ מְרֻובָּה מִשֶּׁל חֲבֵרוֹ, לְכָךְ נֶאֱמַר ״וְהִתְעַלַּמְתָּ״. אַמַּאי, לֵימָא ״אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״!

Comment cela ? S'il était kohen et qu'elle se trouve dans un cimetière ; ou s'il était un ancien et que cela ne convient pas à sa dignité ; ou si son propre travail valait plus que celui de son compagnon — c'est pour cela qu'il est dit « et tu te déroberais ».

Pourquoi donc ? Que l'on dise : « il n'est ni sagesse, ni intelligence, ni conseil face à ה' » !

📜 Rachi (3)
וְהִיא בְּבֵית הַקְּבָרוֹת הָאֲבֵדָה:
Et qu'elle se trouve dans un cimetière — la chose perdue.
וְאֵינָהּ לְפִי כְּבוֹדוֹ אֵין הָאֲבֵדָה חֲשׁוּבָה לְפִי כְּבוֹדוֹ לַהֲשִׁיבָהּ:
Et que cela ne convient pas à sa dignité — la chose perdue n'a pas assez d'importance, eu égard à sa dignité, pour qu'il aille la rapporter.
אוֹ שֶׁהָיְתָה מְלַאכְתּוֹ מְרֻובָּה שֶׁדְּמֵי בִּטּוּל מְלַאכְתּוֹ לִרְדֹּוף אַחֲרֶיהָ יְתֵרִים עַל דְּמֵי הָאֲבֵדָה וְלֹא יִרְצוּ הַבְּעָלִים לְהָשִׁיב לוֹ יוֹתֵר מִמַּה שֶׁמֵּשִׁיב לָהֶם וְנִמְצָא הוּא מַפְסִיד:
Ou si son travail valait plus — le prix de l'interruption de son travail, pour courir après elle, dépasse la valeur de la chose perdue ; et les propriétaires ne voudront pas lui rendre plus que ce qu'il leur rend, de sorte qu'il se retrouve perdant.
💡 Explication

Trois exemptions sont énumérées, dont la deuxième intéresse directement le folio : un ancien peut se détourner d'un objet perdu de peu de valeur, parce que le ramasser messierait à son rang. Voici donc un cas où la dignité d'un homme fait céder une obligation de la Tora, et l'objection se pose comme les précédentes.

La troisième exemption relève d'un autre ordre : le sauveteur doit être préservé d'une perte financière, puisque la loi ne lui garantit pas le remboursement de son temps.

14
שָׁאנֵי הָתָם, דִּכְתִיב ״וְהִתְעַלַּמְתָּ מֵהֶם״. וְלִיגְמַר מִינָּהּ? אִיסּוּרָא מִמָּמוֹנָא לָא יָלְפִינַן.

Là-bas c'est différent, car il est écrit « et tu te déroberais à eux ». Et que l'on apprenne de là !

Nous n'apprenons pas l'interdit à partir de l'argent.

📜 Rachi (2)
וְנִגְמַר מִינָּהּ לְגַבֵּי כִּלְאַיִם דַּאֲמָרָן פּוֹשְׁטָן אֲפִילּוּ בַּשּׁוּק:
Et que l'on apprenne de là — à propos du kilayim, dont nous avons dit qu'il l'ôte même sur la place publique.
מָמוֹנָא קַל מֵאִיסּוּרָא:
L'argent — plus léger que l'interdit.
💡 Explication

La réponse vient en deux mouvements. D'abord, ce cas repose sur un verset qui l'autorise expressément, et rien ne s'en déduit pour les autres domaines. La guemara insiste : puisqu'un cas existe, généralisons-le au kilayim de Rav.

Le refus est motivé par une règle de méthode : issoura mi-mamona lo yalfinan, on ne transpose pas au domaine des interdits une règle tirée du domaine monétaire. Rachi en donne la raison : l'argent est plus léger que l'interdit, et la Tora peut y céder sans que cela engage le reste.

🖼️ Schéma
Pourquoi l'objet perdu ne fonde aucune règle générale Domaine de l'argent (mamona) restitution d'un objet perdu l'ancien peut s'en détourner Domaine de l'interdit (issoura) kilayim porte sur soi il l'ôte même sur la place publique Issoura mi-mamona lo yalfinan l'argent est plus léger que l'interdit : le verset ve-hitalamta reste circonscrit à son domaine
Le verset de l'objet perdu autorise une exemption, sans fonder de principe transposable.
15
תָּא שְׁמַע.

Viens et entends.

💡 Explication

Formule d'introduction de la dernière source du folio. Elle ouvre la derasha sur les proches du nazir : la Tora écrit d'abord « il ne viendra pas sur une âme morte » (Bamidbar 6, 6), puis énumère le père, la mère, le frère et la sœur (6, 7) ; cette énumération redondante est exploitée terme par terme par les Sages.

16
״וְלַאֲחֹתוֹ״ מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? הֲרֵי שֶׁהָיָה הוֹלֵךְ לִשְׁחוֹט אֶת פִּסְחוֹ, וְלָמוּל אֶת בְּנוֹ, וְשָׁמַע שֶׁמֵּת לוֹ מֵת, יָכוֹל יַחְזֹור וִיטַמֵּא? — אָמַרְתָּ: לֹא יִטַּמָּא.

« Et pour sa sœur » — qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Voici celui qui allait égorger son sacrifice pascal et circoncire son fils, et qui apprit qu'un de ses proches était mort : j'aurais pu penser qu'il revienne et se rende impur ; tu as dit : il ne se rendra pas impur.

📜 Rachi (3)
וְלַאֲחוֹתוֹ מַה תַּלְמוּד לוֹמַר בְּנָזִיר כְּתִיב כָּל יְמֵי הַזִּירוֹ לַה' עַל נֶפֶשׁ מֵת לֹא יָבֹא וּסְמִיךְ לֵיהּ לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ לְאָחִיו וּלְאַחֹותוֹ לֹא יִטַּמָּא לָהֶם דְּהָא כּוּלְּהוּ בִּכְלַל עַל נֶפֶשׁ מֵת לֹא יָבֹא הָיוּ וְלָמָּה יָצְאוּ לְאָבִיו פְּרָט לְמֵת מִצְוָה לְאִמּוֹ מַה תַּלְמוּד לוֹמַר מִשּׁוּם מֵת מִצְוָה לָא אִיצְטְרִיךְ דְּמִלְאָבִיו נָפְקָא וְדָרְשִׁי לֵיהּ בְּסִפְרֵי לִלְמֹוד שֶׁאִם הָיָה נָזִיר זֶה כֹּהֵן דְּהָווּ עָלֶיהָ שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת אַף הוּא לְאִמּוֹ הוּא דְּלָא יִטַּמָּא אֲבָל מִטַּמֵּא הוּא לְמֵת מִצְוָה לְאָחִיו מַה תַּלְמוּד לוֹמַר הֲרֵי שֶׁהָיָה כ"ג וְהוּא נָזִיר אַף הוּא לְאָחִיו לֹא יִטַּמָּא אֲבָל מִטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה וְלַאֲחוֹתוֹ מַה תַּלְמוּד לוֹמַר אִם אֵינוֹ עִנְיָן לָזֶה תְּנֵהוּ עִנְיָן לְמִי שֶׁהוֹלֵךְ לִשְׁחֹוט אֶת פִּסְחוֹ וְלָמוּל אֶת בְּנוֹ שֶׁמִּטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה:
« Et pour sa sœur », qu'est-ce que le verset vient enseigner ? — au sujet du nazir il est écrit « tous les jours de son naziréat pour ה', il ne viendra pas sur une âme morte », et il lui est juxtaposé « pour son père, pour sa mère, pour son frère et pour sa sœur, il ne se rendra pas impur pour eux » ; or tous étaient déjà compris dans « il ne viendra pas sur une âme morte ». Pourquoi donc sont-ils sortis du général ? « Pour son père » : pour exclure le met mitsva (mort dont nul ne s'occupe). « Pour sa mère », qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Pour le met mitsva ce n'était pas nécessaire, puisque cela se déduit de « pour son père » ; on l'expose dans le Sifri pour enseigner que si ce nazir était kohen, de sorte que deux saintetés reposent sur lui, lui aussi ne se rend pas impur pour sa mère, mais il se rend impur pour un met mitsva. « Pour son frère », qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Voici qu'il était kohen gadol et nazir : lui aussi ne se rend pas impur pour son frère, mais il se rend impur pour un met mitsva. « Et pour sa sœur », qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Si ce n'est pas l'objet de ceci, applique-le à celui qui va égorger son sacrifice pascal et circoncire son fils, lequel se rend impur pour un met mitsva.
וְשָׁמַע שֶׁמֵּת לוֹ מֵת מִקְּרוֹבָיו יָכוֹל יִטַּמָּא לָהֶם:
Et qu'il apprit qu'un mort lui était advenu — parmi ses proches ; j'aurais pu penser qu'il se rende impur pour eux.
אָמַרְתָּ לֹא יִטַּמָּא הוֹאִיל וְעוֹנַת שְׁחִיטַת הַפֶּסַח הִיא וְחָלָה עָלָיו חוֹבַת הַפֶּסַח שֶׁהוּא בְּכָרֵת אִם יִטַּמָּא בָּטֵל מִלַּעֲשׂוֹת פֶּסַח וְלָמוּל אֶת בְּנוֹ נָמֵי מִצְוַת כָּרֵת הִיא. וְאִית דְּאָמְרִי בְּעַרְבֵי פְּסָחִים נָמֵי קָאָמַר דְּמִילַת זְכָרָיו מְעַכֵּב הַפֶּסַח:
Tu as dit : il ne se rendra pas impur — puisque c'est le temps de l'égorgement du sacrifice pascal et que l'obligation du pessa'h, dont l'omission entraîne le karet, est tombée sur lui : s'il se rend impur, il sera empêché de faire le pessa'h. Et circoncire son fils est également une mitsva dont l'omission entraîne le karet. Certains disent qu'il parle aussi de la veille de Pessa'h, car la circoncision de ses mâles conditionne le sacrifice pascal.
🗂️ Tossefot (2)
וְלַאֲחוֹתוֹ מַה ת"ל גַּבֵּי נָזִיר כְּתִיב עַל (כָּל נְפָשׁוֹת) [נֶפֶשׁ] מֵת לֹא יָבֹא וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ לְאָחִיו וּלְאַחֹותוֹ לֹא יִטַּמָּא וְכוּלְּהוּ יַתִּירֵי נִינְהוּ דְּמִנֶּפֶשׁ מֵת נָפְקָא וְדָרְשִׁינַן לְאָבִיו מַה תַּלְמוּד לוֹמַר לְגוּפֵיהּ לָא אִיצְטְרִיךְ דְּהָא מִנֶּפֶשׁ מֵת נָפְקָא כּוּלְּהוּ וְלֹא בָּא אֶלָּא לְהוֹצִיא מֵת מִצְוָה שֶׁמֻּותָּר לִטָּמֵא בּוֹ לְאִמּוֹ מַה תַּלְמוּד לוֹמַר לְגוּפֵיהּ לָא אִיצְטְרִיךְ וּלְהַתִּיר מֵת מִצְוָה דְּמִלְאָבִיו נָפְקָא אֶלָּא לְהָבִיא שֶׁאִם הָיָה נָזִיר וְכֹהֵן שֶׁיֵּשׁ עָלָיו שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת אֵין הַכָּתוּב מַזְהִירוֹ מִלְּטַמֵּא אֶלָּא לְאִמּוֹ אֲבָל מִטַּמֵּא הוּא לְמֵת מִצְוָה לְאָחִיו מַה תַּלְמוּד לוֹמַר שֶׁאִם הָיָה כֹּהֵן גָּדוֹל וְנָזִיר דִּקְדֻושָּׁתוֹ חָמוּר דְּגַם בְּלֹא נְזִירוּת אָסוּר לִטָּמֵא לִקְרוֹבָיו אעפ"כ לְאָחִיו הוּא דְּאֵינוֹ מִטַּמֵּא אֲבָל מִטַּמֵּא הוּא לְמֵת מִצְוָה וְאִם אֵינוֹ עִנְיָן לְנָזִיר גְּרֵידָא וְלֹא לְכֹהֵן הֶדְיוֹט נָזִיר תְּנֵהוּ עִנְיָן לכ"ג נָזִיר וְלַאֲחוֹתוֹ מַה תַּלְמוּד לוֹמַר הֲרֵי שֶׁאִם הָיָה כ"ג וְנָזִיר וְהָלַךְ לִשְׁחוֹט פִּסְחוֹ וְלָמוּל אֶת בְּנוֹ דְּאִיכָּא מִצְוֹת טוּבָא אַפֵּ"ה לַאֲחוֹתוֹ הוּא דְּאֵינוֹ מִטַּמֵּא אֲבָל מִטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה:
« Et pour sa sœur », qu'est-ce que le verset vient enseigner ? — au sujet du nazir il est écrit « sur une âme morte il ne viendra pas », et il est écrit après cela « pour son père, pour sa mère, pour son frère et pour sa sœur, il ne se rendra pas impur » ; tous ces termes sont superflus, puisqu'ils se déduisent de « âme morte ». Nous exposons : « pour son père », qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Pour lui-même ce n'était pas nécessaire, puisque tous se déduisent de « âme morte » ; il vient seulement exclure le met mitsva, pour lequel il est permis de se rendre impur. « Pour sa mère », qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Pour lui-même ce n'était pas nécessaire, ni pour permettre le met mitsva, qui se déduit de « pour son père » ; mais pour inclure le cas où il était nazir et kohen, sur qui reposent deux saintetés : le verset ne l'avertit de ne pas se rendre impur que pour sa mère, mais il se rend impur pour un met mitsva. « Pour son frère », qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Le cas où il était kohen gadol et nazir, dont la sainteté est plus lourde, puisque même sans naziréat il lui est interdit de se rendre impur pour ses proches ; malgré cela, pour son frère il ne se rend pas impur, mais il se rend impur pour un met mitsva. Et si ce n'est pas l'objet du nazir seul ni du kohen ordinaire nazir, applique-le au kohen gadol nazir. « Et pour sa sœur », qu'est-ce que le verset vient enseigner ? Le cas où il était kohen gadol et nazir et qu'il allait égorger son pessa'h et circoncire son fils, de sorte qu'il y a là de nombreuses mitsvot ; malgré cela, pour sa sœur il ne se rend pas impur, mais il se rend impur pour un met mitsva.
אָמַרְתָּ לֹא יִטַּמָּא מִפְּנֵי שֶׁקָּאֵי עַל אָדָם שֶׁהוּא נָזִיר וְכֹהֵן גָּדוֹל וְעוֹשֶׂה פֶּסַח מַשְׁמַע דְּעוֹשֶׂה פֶּסַח גְּרֵידָא רַשַּׁאי לִטָּמֵא לִקְרוֹבִים וְתֵימַהּ דְּבִזְבָחִים (פי"ב דַּף ק.) גַּבֵּי מַעֲשֶׂה דְּיוֹסֵף הַכֹּהֵן שֶׁמֵּתָה אִשְׁתּוֹ בְּעֶרֶב פֶּסַח וְטִמְּאוּהוּ אֶחָיו בע"כ וּפָרִיךְ מֵהָא בָּרַיְיתָא דְּהָכָא דְּקָאָמַר לֹא יִטַּמָּא וּמַאי פָּרִיךְ דִּילְמָא שָׁאנֵי הָכָא דְּמַיְירֵי דְּכָל קְדֻושּׁוֹת הָאֵלּוּ בּוֹ כִּדְפָרֵישִׁי' אֲבָל עוֹשֶׂה פִּסְחוֹ גְּרֵידָא אֵימָא רַשַּׁאי לְטַמֵּא עַל כֵּן נִרְאֶה לְפָרֵשׁ אָמַרְתָּ לֹא יִטַּמָּא אַפֵּי' עוֹשֶׂה פִּסְחוֹ גְּרֵידָא וא"ת מֵהֵיכָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ אָמַרְתָּ לֹא יִטַּמָּא וי"ל כדפירש"י דְּלָא אָתֵי עֲשֵׂה שֶׁאֵין בּוֹ כָּרֵת כְּטֻומְאַת קְרוֹבִים וְיִדְחֶה עֲשֵׂה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כָּרֵת כְּגוֹן עוֹשֶׂה פֶּסַח וְגַם מִילָה שַׁייָּךְ בָּהּ כָּרֵת וא"ת הָתָם דְּפָרֵיךְ עַל מַעֲשֶׂה דְּיוֹסֵף הַכֹּהֵן מנ"ל [לְתַלְמוּדָא] דְּהָכָא מַיְירֵי בְּעוֹשֶׂה פִּסְחוֹ לְחוּד וי"ל מִדְּלָא כָּייֵל גַּבֵּי עוֹשֶׂה פִּסְחוֹ כְּמוֹ גַּבֵּי אֲחֵרִים מִי שֶׁהָיָה נָזִיר וְכֹהֵן הֶדְיוֹט דְּמֵעִיקָּרָא נְקַט נָזִיר לְחוּד וְאַחַ"כּ נָזִיר וְכֹהֵן הֶדְיוֹט וְכוּ' וא"ת מְנָא לֵיהּ (לְתַלְמוּדָא) דְּהַאי קְרָא בְּעוֹשֶׂה פִּסְחוֹ וְלָמוּל אֶת בְּנוֹ הָא קְרָא כְּתִיב בְּנָזִיר וי"ל אִם אֵינוֹ עִנְיָן בְּנָזִיר דְּהָא כְּתִיבִי פְּסוּקִים אֲחֵרִים דִּמְטַמֵּא בְּמֵת מִצְוָה תְּנֵהוּ עִנְיָן לְהוֹלֵךְ לִשְׁחוֹט פִּסְחוֹ וְכוּ'. וְהַשַּׂר מִקּוּצִי מְיַישֵּׁב פירש"י דְּמַייְרֵי הָכָא דְּיֵשׁ בּוֹ כָּל הַקְּדֻושּׁוֹת הַלָּלוּ כו' ומ"מ פָּרִיךְ הָתָם גַּבֵּי יוֹסֵף הַכֹּהֵן דע"כ אַף בְּעוֹשֶׂה פֶּסַח גְּרֵידָא אֵינוֹ רַשַּׁאי לְטַמֵּא דְּאִי ס"ד עוֹשֶׂה פֶּסַח מִטַּמֵּא לִקְרוֹבִים. וְלַאֲחוֹתוֹ לָמָּה לִי לְמֵימַר דְּמִטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה כֵּיוָן דְּמִטַּמֵּא לִקְרוֹבִים אַלְמָא עוֹשֶׂה פִּסְחוֹ אֵינוֹ מַעֲלֶה עָלָיו שׁוּם חוּמְרָא טְפֵי א"כ פְּשִׁיטָא דְּמִטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה וְכִי תֵּימָא מִכָּל מָקוֹם צָרִיךְ קְרָא דְּמִטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ ג' קְדֻושּׁוֹת נָזִיר וְכֹהֵן וְעוֹשֶׂה פֶּסַח וּלְעוֹלָם אֵימָא לָךְ דְּעוֹשֶׂה פֶּסַח גְּרֵידָא מִטַּמֵּא לִקְרוֹבִים לָא הִיא דְּהָא כְּבָר שָׁמְעִינַן מִלְּאָבִיו וּלְאִמּוֹ וּלְאָחִיו דְּנָזִיר וכ"ג לָא מְהַנֵּי מִידִי לְמֵת מִצְוָה א"כ ע"כ קְרָאֵי לָא אִצְטְרִיכוּ אֶלָּא לְמַעְלָה דְּפֶסַח וְלָמָּה לִי פְּשִׁיטָא דְּאִי מִטַּמֵּא לִקְרוֹבִים כ"ש לְמֵת מִצְוָה ואע"ג דְּאִצְטְרִיךְ קְרָא דִּלְאִמּוֹ לְכֹהֵן הֶדְיוֹט וְנָזִיר דְּמִטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה אע"ג דְּכָתַב קְרָא דְּמִטַּמֵּא לִקְרוֹבִים וְאִצְטְרִיךְ קְרָא שֶׁהֵן ב' קְדֻושּׁוֹת אע"ג דְּשָׁמְעִינַן כְּבָר דְּמַעֲלֶה דְּנָזִיר לָא מְהַנֵּי מִידִי לְמֵת מִצְוָה מִלְּאָבִיו ה"מ כֹּהֵן דִּקְדֻושָּׁתוֹ קְדֻושַּׁת עוֹלָם וּמִשּׁוּם הָכֵי יֵשׁ לָנוּ לוֹמַר כִּי יֵשׁ לוֹ שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת דִּטְפֵי קְדֻושָּׁה וּלְכָךְ אִצְטְרִיךְ קְרָא אֲבָל עוֹשֶׂה פֶּסַח שֶׁקְּדֻושָּׁתוֹ לְפִי שָׁעָה אִם אַתָּה מַתִּיר לוֹ לִקְרוֹבִים ה"ה לְמֵת מִצְוָה מכ"ש דְּמַאי חָזֵית לִיתֵּן לוֹ קְדֻושָּׁה טְפֵי גַּבֵּי מֵת מִצְוָה יוֹתֵר מִן הַקְּרוֹבִים. א"נ יֵשׁ לְפָרֵשׁ בְּקֹוצֶר הַבָּרַייְתָא מִדְּתַנְיָא גְּרֵידָא עַל יִשְׂרָאֵל נָזִיר וְאַחַ"כּ נָזִיר וְכֹהֵן הֶדְיוֹט וְאַחַ"כּ נָזִיר וכ"ג וא"כ מִסְּבָרָא יֵשׁ לָנוּ לוֹמַר (כִּי יֵשׁ) דְּאֵינוֹ מִטַּמֵּא לִקְרוֹבִים כְּמוֹ נָזִיר וְכֻלְּהוּ אִינָךְ וְדוֹק מֵעַצְמְךָ:
« Tu as dit : il ne se rendra pas impur » — parce que cela porte sur un homme qui est nazir, kohen gadol et qui accomplit le pessa'h ; il en ressort que celui qui accomplit seulement le pessa'h aurait le droit de se rendre impur pour ses proches. Difficulté : dans Zevahim (ch. 12, 100a), à propos de l'histoire de Yossef le kohen, dont la femme mourut la veille de Pessa'h et que ses frères rendirent impur contre son gré, on objecte à partir de cette baraita, qui dit « il ne se rendra pas impur » ; quelle est l'objection ? Peut-être qu'ici c'est différent, puisqu'il s'agit d'un homme sur qui reposent toutes ces saintetés, comme nous l'avons expliqué, tandis que celui qui accomplit seulement son pessa'h aurait le droit de se rendre impur. Il paraît donc préférable d'expliquer « tu as dit : il ne se rendra pas impur » même pour celui qui accomplit seulement son pessa'h. Et si tu demandes : d'où lui est-il évident qu'il ne se rendra pas impur ? On peut répondre comme l'a expliqué Rachi : une mitsva positive sans karet, telle que l'impureté pour les proches, ne vient pas repousser une mitsva positive comportant le karet, comme le pessa'h ; et la circoncision aussi comporte le karet. Et si tu demandes : là-bas, quand on objecte à partir de l'histoire de Yossef le kohen, d'où le Talmud sait-il qu'ici il s'agit de celui qui accomplit son pessa'h seul ? On peut répondre : puisqu'il n'a pas groupe, à propos de celui qui accomplit son pessa'h, comme il l'a fait pour les autres — celui qui était nazir et kohen ordinaire — car au début il a pris le nazir seul, puis le nazir et kohen ordinaire, etc. Et si tu demandes : d'où le Talmud sait-il que ce verset porte sur celui qui va égorger son pessa'h et circoncire son fils, alors que le verset est écrit au sujet du nazir ? On peut répondre : si ce n'est pas l'objet du nazir, puisque d'autres versets enseignent déjà qu'il se rend impur pour un met mitsva, applique-le à celui qui va égorger son pessa'h, etc. Le Sar de Coucy maintient l'explication de Rachi, selon laquelle il s'agit ici d'un homme sur qui reposent toutes ces saintetés ; et malgré cela on objecte là-bas, au sujet de Yossef le kohen, car nécessairement, même celui qui accomplit seulement le pessa'h n'a pas le droit de se rendre impur. En effet, si tu pensais que celui qui accomplit le pessa'h se rend impur pour ses proches, à quoi bon « et pour sa sœur » pour dire qu'il se rend impur pour un met mitsva, puisqu'il se rend déjà impur pour ses proches ? Il en ressortirait que le fait d'accomplir le pessa'h ne lui ajoute aucune rigueur supplémentaire, et il serait alors évident qu'il se rend impur pour un met mitsva. Et si tu dis qu'il faut malgré tout un verset pour enseigner qu'il se rend impur pour un met mitsva, parce que trois saintetés reposent sur lui — nazir, kohen et accomplissant le pessa'h — et qu'en vérité celui qui accomplit seulement le pessa'h se rendrait impur pour ses proches : il n'en est rien, car nous avons déjà appris de « pour son père », « pour sa mère » et « pour son frère » que le naziréat et le rang de kohen gadol n'ajoutent rien à l'égard du met mitsva ; les versets ne sont donc nécessaires que pour le degré supplémentaire du pessa'h, et pourquoi le seraient-ils, puisqu'il est évident que s'il se rend impur pour ses proches, à plus forte raison pour un met mitsva ? Et bien qu'un verset ait été nécessaire — « pour sa mère » — pour le kohen ordinaire nazir, enseignant qu'il se rend impur pour un met mitsva alors même que le verset enseigne déjà qu'il se rend impur pour ses proches, et qu'un verset ait été nécessaire pour le cas des deux saintetés, alors que nous savions déjà de « pour son père » que le degré du nazir n'ajoute rien à l'égard du met mitsva : cela ne vaut que pour le kohen, dont la sainteté est une sainteté permanente ; c'est pourquoi nous avons lieu de dire que, ayant deux saintetés, sa sainteté est accrue, et un verset était nécessaire. Mais celui qui accomplit le pessa'h, dont la sainteté n'est que temporaire — si tu lui permets de se rendre impur pour ses proches, il en va de même à plus forte raison pour un met mitsva, car pourquoi lui accorder une sainteté accrue à l'égard du met mitsva plus qu'à l'égard de ses proches ? Autre explication, en bref : de ce qui a été enseigné, on prend d'abord l'Israël nazir seul, puis le nazir et kohen ordinaire, puis le nazir et kohen gadol ; il y a donc lieu de dire par raisonnement qu'il ne se rend pas impur pour ses proches, comme le nazir et tous les autres. Examine cela par toi-même.
💡 Explication

La derasha lit chacun des quatre proches énumérés par le verset comme un degré de sainteté supplémentaire : le nazir seul, le nazir kohen, le nazir kohen gadol, et enfin celui qui va accomplir le pessa'h et la mila. À chaque étage, la même conclusion : il ne se rend pas impur pour son proche, mais il se rend impur pour un met mitsva, un mort dont nul autre ne s'occupe.

Le dernier étage est celui qui intéresse le folio. Rachi en donne la raison : le pessa'h et la mila sont des mitsvot dont l'omission entraîne le karet ; l'obligation de se rendre impur pour un proche, dépourvue de karet, leur cède le pas. La dignité du mort trouve ici sa limite.

🖼️ Schéma
Les quatre proches du nazir, lus comme quatre degrés de sainteté pour son père nazir seul exclut le met mitsva pour sa mère nazir et kohen deux saintetés pour son frère nazir et kohen gadol sainteté plus lourde pour sa sœur il va faire le pessa'h et circoncire son fils À chaque étage : il ne se rend pas impur pour son proche motif : pessa'h et mila comportent le karet, l'impureté pour le proche en est dépourvue À chaque étage aussi : il se rend impur pour un met mitsva le mort dont nul ne s'occupe garde son droit, quel que soit le degré de sainteté
L'échelle des saintetés du nazir : la limite de l'égard dû au proche, et le droit constant du met mitsva.
17
יָכוֹל: כְּשֵׁם שֶׁאֵינוֹ מִטַּמֵּא לָהֶם כָּךְ אֵינוֹ מִטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה — תַּלְמוּד לוֹמַר ״וְלַאֲחוֹתוֹ״ — לַאֲחוֹתוֹ הוּא דְּאֵינוֹ מִטַּמֵּא,

J'aurais pu penser : de même qu'il ne se rend pas impur pour eux, de même il ne se rend pas impur pour un met mitsva ; le verset dit « et pour sa sœur » — c'est pour sa sœur qu'il ne se rend pas impur,

💡 Explication

Dernier temps de la derasha, laissé en suspens à la fin du folio : le verset limite l'interdit au cas de la sœur, dont d'autres peuvent assurer la sépulture. La suite, au folio suivant, conclura qu'il se rend impur pour un met mitsva, et c'est de là que la guemara tirera la portée réelle de la dignité humaine.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).