Berakhot 19a — Parler après le mort et l'honneur du talmid hakham : les vingt-quatre lieux de nidouy, puis le retour à la michna sur le convoi funèbre et la lecture du Chema

Berakhot 19a

Sougya : Le folio ouvre sur la question laissée en suspens : les morts savent-ils ce que l'on dit d'eux ? Rabbi Yitshak enseigne que parler après le mort revient à parler après la pierre, et la guemara propose deux lectures de cette formule, puis l'éprouve par le fait rapporté par Rav Papa sur celui qui parla après Mar Chmouel.

La réponse déplace la question : le talmid 'hakham fait exception, car Hachem exige lui-même son honneur. De là, la guemara passe à l'honneur du maître et rapporte l'enseignement de Rabbi Yehochoua ben Levi : en vingt-quatre endroits le beit din met en nidouy pour l'honneur du maître, et tous se trouvent dans la michna.

Rabbi Elazar cherche et n'en trouve que trois — le mépris de la netilat yadayim, la parole après le lit des talmidei hakhamim, et l'arrogance envers le Ciel. La guemara propose deux autres cas, celui de Todos de Rome et celui du four de Akhnai, et les écarte l'un après l'autre ; le désaccord se résout par une différence de méthode : Rabbi Yehochoua ben Levi rapproche une chose d'une autre, Rabbi Elazar s'en tient à ce qui est dit.

Le folio revient enfin à la michna du chapitre : les porteurs de la civière et leurs remplaçants, ceux qui s'occupent du hesped selon que le mort est étendu devant eux ou non, la formule de tsidouk hadin que Abaye écarte au nom de la règle qui interdit d'ouvrir la bouche au satan, et la mesure du temps dont on dispose au retour du cimetière avant d'atteindre la rangée.

Les morts savent-ils ce que l'on dit d'eux ? Rabbi Yitshak : qui parle après le mort, c'est comme s'il parlait après la pierre. Première lecture Ils ne savent pas : la parole ne les atteint pas. La pierre n'entend rien. Seconde lecture Ils savent, et cela ne leur importe pas. La pierre entend et reste indifférente. Objection de Rav Papa : un homme parla après Mar Chmouel, un roseau tomba du toit et lui fendit la boîte du cerveau. Le mort a donc bien réagi. Réponse : le talmid 'hakham est un cas à part. La sanction ne prouve rien sur la conscience du mort : c'est Hachem qui réclame son honneur.
Les deux lectures de la formule de Rabbi Yitshak restent debout : l'incident de Mar Chmouel s'explique par le statut du sage, non par ce que le mort perçoit.
Vingt-quatre lieux de nidouy pour l'honneur du maître Rabbi Elazar cherche dans la michna et en trouve trois Netilat yadayim Elazar ben Hanokh a mis en doute le lavage des mains institué par les Sages. Nidouy, et une pierre posée sur son cercueil. Parole après le lit Akavia ben Mahalalel a dit de Chemaya et Avtalion, déjà morts, qu'ils avaient fait boire un simulacre. Nidouy. Arrogance envers le Ciel Honi HaMeaguel a imposé ses conditions pour la pluie. Nidouy mérité, non prononcé à cause de son rang. Deux cas proposés, puis écartés Todos de Rome Chevreaux rôtis entiers la nuit de Pessa'h. Écarte : la source est une baraita, non la michna. Le four de Akhnai Rabbi Eliezer purifie, les Sages déclarent impur. Écarte : la michna tait le nidouy, la baraita seule le dit. Rabbi Yehochoua ben Levi rapproche une chose d'une autre : partout où la michna montre une opposition violente ou une parole dure envers un plus grand, il compte un nidouy. Rabbi Elazar ne procède pas ainsi.
Le compte de vingt-quatre dépend d'une méthode de lecture : ce que Rabbi Yehochoua ben Levi déduit d'un ton de michna, Rabbi Elazar exige de le lire en toutes lettres.
Le convoi funèbre et la lecture du Chema 1. Autour de la civière La civière a besoin d'eux Porteurs, remplaçants, remplaçants des remplaçants, devant ou derrière. Exempts du Chema. La civière n'a pas besoin d'eux Ils accompagnent sans porter ni relayer personne. Tenus au Chema. 2. Pendant le hesped Le mort est étendu devant eux On se retire un par un, à l'écart, et l'on y lit le Chema. Loeg larash : rien devant le mort. Le mort n'est pas devant eux Eux lisent et prient sur place. L'endeuillé reste assis en silence, puis debout il justifie le jugement. 3. Au retour de l'enterrement Avant d'atteindre la rangée Assez de temps pour commencer et achever un chapitre ou même un seul verset : qu'ils commencent. Une fois dans la rangée Les rangs intérieurs, qui voient l'endeuillé, sont exempts ; les rangs extérieurs sont tenus.
La michna gradue l'exemption selon l'utilité réelle de la présence : porter, consoler, ou seulement suivre.
1
וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּלָא יָדְעִי, כִּי אֲמַר לְהוּ מַאי הָוֵי? אֶלָּא מַאי — דְּיָדְעִי? לָמָּה לֵיהּ לְמֵימַר לְהוּ?! לְאַחְזוֹקֵי לֵיהּ טֵיבוּתָא לְמֹשֶׁה.

Et si tu venais à penser qu'ils ne savent pas, lorsqu'il le leur dit, qu'importe ? Alors quoi, diras-tu qu'ils savent ?

Pourquoi lui faut-il donc le leur dire ? — Pour qu'ils sachent gré à Moche.

📜 Rachi (1)
וְאִי ס"ד דְּלָא יָדְעִי אֵין מְבִינִין כְּלוּם אֶלָּא צַעֲרָא דְּגוּפָא:
Ils ne comprennent rien, sinon la souffrance du corps.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְאַחְזוֹקֵי לֵיהּ טֵיבוּתָא לְמֹשֶׁה. לְאַחְזוֹקֵי לֵיהּ טֵיבוּתָא לְמֹשֶׁה. קַשָּׁא וַהֲלֹא הקב"ה קִייֵּם שְׁבוּעָתוֹ וְנָתַן, וְלָמָּה יַחֲזִיקוּ טֵיבוּתָא לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וּמַה דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי חַמְרָא לְמֵאַרְיֵה וְטֵיבוּתָא לְשָׁקְיֵיהּ, זֶה לֹא שַׁייָּךְ לְמֵימַר הָכָא, דְּהָעוֹלָם כָּךְ אוֹמְרִים אֲבָל אֵין שׁוּרַת הַדִּין מְחַייֶּבֶת כָּךְ וְכָאן מַשְׁמַע דְּשׁוּרַת הַדִּין כָּךְ הוּא. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הקב"ה נִשְׁבַּע לִיתֵּן הָאָרֶץ אַחַר שֶׁיַּעַבְרוּ ת' שָׁנָה, וְהֵם יָצְאוּ ברד"ו, וְאֶחָד מִן הַטְּעָמִים לִיצִיאָתָם קֹודֶם הַזְּמַן הוּא בִּזְכוּתוֹ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וּלְכָךְ יַחְזִיקוּ לוֹ טוֹבָה.
« Pour qu'ils sachent gré à Moche. » Difficulté : c'est le Saint béni soit-Il qui a tenu son serment et donné la terre ; pourquoi sauraient-ils gré à Moche ? Et le dicton des gens, « le vin au maître et la reconnaissance à l'échanson », ne s'applique pas ici : le monde parle ainsi, mais la stricte justice ne l'exige pas, alors qu'ici il ressort que la stricte justice l'exige. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Saint béni soit-Il avait juré de donner la terre au terme de quatre cents ans, et ils sortirent au bout de RD"OU (deux cent dix ans) ; l'une des raisons de cette sortie avant le terme tient au mérite de Moche notre maître, la paix soit sur lui, et c'est pour cela qu'ils lui savent gré.
💡 Explication

La guemara achève la discussion ouverte plus haut sur ce que perçoivent les morts. L'enjeu est un dilemme : si les patriarches ne savent rien, l'annonce qu'on leur porte est inutile ; s'ils savent déjà, l'annonce est superflue. La réponse maintient qu'ils savent, et donne à l'annonce une autre fonction que l'information : elle sert à rattacher un mérite à Moche, pour qu'ils lui en sachent gré.

2
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל הַמְסַפֵּר אַחֲרֵי הַמֵּת, כְּאִלּוּ מְסַפֵּר אַחֲרֵי הָאֶבֶן. אִיכָּא דְאָמְרִי דְּלָא יָדְעִי, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי דְּיָדְעִי וְלָא אִיכְפַּת לְהוּ.

Rabbi Yitshak a dit : quiconque parle après le mort, c'est comme s'il parlait après la pierre. Certains disent : parce qu'ils ne savent pas ; et certains disent : parce qu'ils savent, mais que cela ne leur importe pas.

📜 Rachi (1)
הַמִּסְפָּר אַחַר הַמֵּת בִּגְנוּתוֹ שֶׁל מֵת אַחַר מִיתָתוֹ:
Qui en dit du mal après sa mort.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִיכָּא דְאָמְרִי דְּלָא יָדְעִי, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: דְּיָדְעִי וְלָא אִכְפַּת לְהוּ. הִנֵּה מַה שֶׁאָמְרוּ בְּיוֹמָא (דַּף כב:) דְּאָמַר רַב נַחְמָן דִּילְמָא כְּבֶן שָׁנָה שֶׁמְּלֻוכְלָךְ בְּטִיט וְצוֹאָה, וְאַחְוִיאוּ לֵיהּ לָרָ"ן סְיוּטָא בְּחֶלְמֵיהּ וְכוּ', עַייֵּן שָׁם, בְּהָא נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר כְּתֵירוּץ הַשַּׁ"ס כָּאן, דקב"ה תָּבְעִי בִּיקָרֵיהּ, וְלָכֵן הֶרְאוּ לוֹ סְיוּטָא, בְּרַם הָא קַשְׁיָא לְרַבִּי יִצְחָק מִמַּה שֶׁאָמְרוּ בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף קב:), רַב אָשֵׁי אוֹקֵי אַשְּׁלֹשָׁה מְלָכִים, אֲמַר לִמְחַר נִפְתַּח בְּחַבְרִין אֲתָא מְנַשֶּׁה אִתְחֲזִי לֵיהּ בְּחֶלְמֵיהּ, אָמַר חֲבֵרָךְ וַחֲבֵרֵי דַּאֲבוּךְ קָרֵית לַן, מֵהֵיכָא בָּעֵית לְמִשְׁרֵי הַמּוֹצִיא וְכוּ' יְעַייֵּן שָׁם, נִמְצָא הַמֵּתִים יָדְעִי, וְגַם אִכְפַּת לְהוּ וְקָפְדִי, וְהַשְׁתָּא בֵּין לָמֶ"ד רִאשׁוֹן, בֵּין לָמֶ"ד שֵׁנִי תִּיקְשֵׁי לֵר' יִצְחָק, אֵיךְ אָמַר כְּאִלּוּ מְסַפֵּר אַחֲרֵי הָאֶבֶן? גַּם עוֹד קַשְׁיָא לִי מִמַּה שֶׁאָמְרוּ בְּיַלְקוּט נְבִיאִים מְלָכִים (א' טו, ל) בַּפָּסוּק וַיַּעַשׂ אַחְאָב אֶת הָאֲשֵׁרָה, ר' לֵוִי עָבַר דְּרֵישׁ הַדִּין קָרַיָּיא שִׁיתָּא יַרְחִין לִגְנַאי, רַק לֹא הָיָה כְאַחְאָב אֲתָא לְגַבֵּיהּ בָּלִילָא, אָמַר לוֹ מֶה חָטָאתִי לָךְ וּמַה סְרַחִית לָךְ, אִית לָךְ רֵישָׁא דִּפְסוּקָא, וְאֵין לָךְ סֵיפֵיהּ, (שָׁם בָּא, כה) אֲשֶׁר הֵסַתָּה אֹתוֹ אִיזֶבֶל אִשְׁתּוֹ, דְּרֵישׁ עוֹד שִׁיתָּא יַרְחִין לְשֶׁבַח, רַק לֹא הָיָה כְאַחְאָב אֲשֶׁר הֵסַתָּה אֹתוֹ אִיזֶבֶל אִשְׁתּוֹ, נִמְצָא אֲפִילּוּ אַחְאָב שֶׁעָשָׂה הָרַע וְנִמְנֶה בִּכְלַל מְלָכִים שֶׁאֵין לָהֶם חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא, אֲפִילּוּ הָכֵי יָדַע וְהִקְפִּיד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמַר לָךְ ר"י לְעוֹלָם מְנַשֶּׁה לָא קְפִיד, אֶלָּא מִן הַשָּׁמַיִם הִקְפִּידוּ עַל כְּבוֹדוֹ, כִּי מְנַשֶּׁה עָשָׂה תְּשׁוּבָה וְהֶרְאוּ לר"א בְּמַרְאֵה הַחֲלוֹם כְּאִלּוּ מְנַשֶּׁה בְּעַצְמוֹ בָּא אֶצְלוֹ וְדִבֵּר עִמּוֹ כָּךְ, וְכֵן בְּאַחְאָב מֵאַחַר כִּי הַנָּבִיא סִיֵּים וְכָתַב אֲשֶׁר הֵסַתָּה אֹותוֹ אִיזֶבֶל אִשְׁתּוֹ ברוה"ק, נִמְצָא רְצוֹן הקב"ה הָיָה בְּסִיּוּם זֶה לִתְלוֹת סֵרָחוֹנוֹ בְּאִיזֶבֶל, וּלְכָךְ קָפֵיד רַחֲמָנָא עַל ר' לֵוִי שֶׁהָיָה דּוֹרֵשׁ תְּחִלַּת הַפָּסוּק בִּלְבַד, וְאֵינוֹ תּוֹלֶה סֵרָחוֹנוֹ בְּאִיזֶבֶל, וְהֶרְאוּ לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם בְּמַרְאֵה הַחֲלוֹם כְּאִלּוּ אַחְאָב בְּעַצְמוֹ בָּא אֶצְלוֹ וּמְדַבֵּר עִמּוֹ כָּךְ. וְהָשְׁתָּא יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בָּזֶה עוֹד קֻושְׁיָא אַחֶרֶת, שֶׁהִקְשֵׁיתִי מִן הַגְּמָרָא דְּיוֹמָא (דַּף קג:) בְּעֻובְדָּא דְּרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי דְּנִתְאָרְחוּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֵצֶל אֶחָד שֶׁשְּׁמוֹ כִּידוֹר, וְר' מֵאִיר בְּדִיק בִּשְׁמָא וְלֹא הִפְקִיד כִּיסוֹ אֶצְלוֹ, וְהָלַךְ וְהִטְמִינוּ בְּבֵית הַקְּבָרוֹת וְנִזְדַּמֵּן זֶה בְּקֶבֶר אָבִיו שֶׁל אוֹתוֹ הָאִישׁ, וּבָא אֵצֶל בְּנוֹ בַּחֲלוֹם בְּלֵיל שַׁבָּת וְהִגִּיד לוֹ, שֶׁיֵּשׁ כִּיס מָמוֹן בְּקִבְרוֹ שֶׁיָּבֹא וְיִקָּחֵהוּ, עַיֵּין שָׁם, נִמְצָא דְּיָדַע וְהִרְגִּישׁ, הִנֵּה גַּם בָּזֶה יֵשׁ לוֹמַר עַל דֶּרֶךְ הָאָמוּר, דִּלְעוֹלָם אָבִיו שֶׁל אוֹתוֹ הָאִישׁ נַעֲשָׂה עָפָר וְלֹא יָדַע וְלֹא הִרְגִּישׁ, אַךְ הַשָּׂטָן נִדְמֶה בַּחֲלוֹם אוֹתוֹ הָאִישׁ בִּדְמוּת אָבִיו וְדִבֵּר עִמּוֹ כָּךְ.
« Certains disent qu'ils ne savent pas, et certains disent qu'ils savent mais que cela ne leur importe pas. » Ce que l'on rapporte dans Yoma (22b), que Rav Nahman dit de Chaoul « peut-être était-il comme un enfant d'un an souillé de boue et d'ordures », et qu'on montra à Rav Nahman un cauchemar en songe — là aussi on peut répondre comme le Talmud répond ici : c'est le Saint béni soit-Il qui réclame son honneur, et c'est pour cela qu'on lui montra ce cauchemar. Mais voici une difficulté contre Rabbi Yitshak, d'après Sanhédrin (102b) : Rav Achi avait arrêté son cours sur les trois rois et dit « demain nous commencerons par nos collègues » ; Menache lui apparut en songe et lui dit « tu nous appelles ton collègue et le collègue de ton père ? par où faut-il rompre le pain pour la bénédiction HaMotsi ? ». Il ressort de là que les morts savent, que cela leur importe et qu'ils s'en offusquent ; dès lors, selon le premier avis comme selon le second, on peut objecter à Rabbi Yitshak : comment a-t-il pu dire « comme s'il parlait après la pierre » ? Autre difficulté, d'après le Yalkout sur les Prophètes, Rois, au verset « Ahav fit l'acherah » (I Rois 16) : Rabbi Levi expliqua ce verset six mois durant en blâme, sur les mots « seulement il n'y eut personne comme Ahav » ; Ahav vint à lui la nuit et lui dit : « en quoi ai-je fauté contre toi, en quoi t'ai-je offensé ? tu retiens le début du verset et tu en laisses la fin — que Izevel sa femme incitait » (I Rois 21,25) ; il l'expliqua alors six mois durant en louange, « seulement il n'y eut personne comme Ahav, que Izevel sa femme incitait ». Il ressort donc que même Ahav, qui fit le mal et fut compté parmi les rois qui n'ont pas de part au monde à venir, savait pourtant et s'en offusquait. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yitshak te répondrait : en vérité Menache ne s'est pas offusqué, mais c'est du Ciel qu'on s'est offusqué pour son honneur, car Menache avait fait techouva, et l'on montra à Rav Achi, dans la vision du songe, comme si Menache lui-même venait à lui et lui parlait ainsi. De même pour Ahav : puisque le prophète a conclu et écrit « que Izevel sa femme incitait » par le roua'h hakodech, la volonté du Saint béni soit-Il tenait dans cette conclusion, qui rattache sa faute à Izevel ; c'est pourquoi le Miséricordieux s'est offusqué contre Rabbi Levi, qui n'expliquait que le début du verset sans rattacher sa faute à Izevel, et l'on lui montra du Ciel, dans la vision du songe, comme si Ahav lui-même venait à lui et lui parlait ainsi. Reste encore une autre difficulté, que j'ai posée à partir de la guemara de Yoma (83b), dans l'histoire de Rabbi Meir, Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi qui logèrent la veille de Chabbat chez un homme nommé Kidor : Rabbi Meir examina son nom et ne lui confia pas sa bourse ; il alla la cacher au cimetière et elle se trouva placée dans la tombe du père de cet homme, lequel vint à son fils en songe la nuit de Chabbat et lui dit qu'il y avait une bourse d'argent dans sa tombe, qu'il vienne la prendre. Il ressort de là qu'il savait et sentait. Là aussi on peut dire de la même manière : en vérité le père de cet homme était devenu poussière, il ne savait ni ne sentait, mais le satan prit dans le songe de cet homme la figure de son père et lui parla ainsi.
💡 Explication

La formule de Rabbi Yitshak vise celui qui dit du mal d'un défunt. L'image de la pierre reste ambiguë, et la guemara enregistre les deux lectures possibles : ou bien la pierre ne perçoit rien, ou bien elle perçoit et demeure indifférente. Les deux lectures conduisent au même résultat pratique — la parole ne blesse pas son objet — mais elles reposent sur des conceptions opposées de l'état des morts.

3
אֵינִי?! וְהָא אָמַר רַב פָּפָּא: חַד אִישְׁתַּעִי מִילְּתָא בָּתְרֵיהּ דְּמָר שְׁמוּאֵל וּנְפַל קַנְיָא מִטְּלָלָא וּבְזַעָא לְאַרְנְקָא דְמוֹחֵיהּ!

Est-ce bien ainsi ? Or Rav Papa a dit : quelqu'un tint des propos après Mar Chmouel, et un roseau tomba du toit et lui fendit la boîte du cerveau !

📜 Rachi (3)
קָנְיָא מִטְּלָלָא קָנֶה גָּדוֹל וְכָבֵד נָפַל מִן הַגַּג:
Un roseau grand et lourd tomba du toit.
טְלָלָא גַּג:
Le toit.
אַרְנְקָא דְּמוֹחֵיהּ כִּיס שֶׁהַמֹּוחַ מֻונָּח בּוֹ:
La bourse dans laquelle repose le cerveau.
🪔 Ben Yehoyada (1)
חַד אִשְׁתַּעִי מִלְּתָא בָּתְרֵיהּ דְּמָר שְׁמוּאֵל, וּנְפַל קַנְיָא מִטְּלָלָא וּבְזַעָא לְאַרְנְקָא דְמוֹחֵיהּ. נִרְאֶה לִי לְהוֹרוֹת שֶׁנֶּעֱנַשׁ בִּשְׁבִיל כְּבוֹד הַתּוֹרָה שֶׁנִּמְשְׁלָה לְקָנֶה, לְכָךְ אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרָכוֹת נו:) 'הָרוֹאֶה קָנֶה בַּחֲלוֹם יְצַפֶּה לַחָכְמָה', שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי ד, ה) קְנֵה חָכְמָה קְנֵה בִינָה, גַּם נָפַל מִטְּלָלָא כִּי הַצַּדִּיק מֵגֵין עַל הָעוֹלָם כְּגַג הַמֵּגֵין עַל הַבַּיִת, וְנִקְרַע קְרוּם שֶׁל מוֹחַ, מִפְּנֵי כִּי דִּבֵּר עַל הֶחָכָם שֶׁקָּנָה חָכְמָה, וּמִשְׁכַּן הַחָכְמָה בַּמּוֹחַ, כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בִּפְתִיחַת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב מוֹחָא חָכְמָה.
« Quelqu'un tint des propos après Mar Chmouel, et un roseau tomba du toit et lui fendit la boîte du cerveau. » Il me semble que cela indique qu'il fut puni pour l'honneur de la Torah, qui est comparée au roseau (kaneh) ; c'est pourquoi nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Berakhot 56b) : « celui qui voit un roseau en songe, qu'il espère la sagesse », car il est dit (Michle 4,5) « acquiers (keneh) la sagesse, acquiers l'intelligence ». De plus, le roseau tomba du toit, car le juste protège le monde comme le toit protège la maison. Et c'est la membrane du cerveau qui se déchira, parce qu'il avait parlé contre le sage qui avait acquis la sagesse, et que la demeure de la sagesse est dans le cerveau, comme il est écrit dans la Petiha d'Eliyahou, de mémoire bénie : « moha, 'hokhma » — le cerveau, la sagesse.
💡 Explication

La guemara éprouve la formule de Rabbi Yitshak par un fait. Si parler après le mort revient à parler après la pierre, la sanction immédiate qui frappa cet homme demeure inexplicable. L'argument suppose que le châtiment mesure la gravité de l'atteinte, et donc que le mort en a été atteint.

4
שָׁאנֵי צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן, דְּקֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא תָּבַע בִּיקָרֵיהּ.

Le talmid 'hakham est différent, car le Saint béni soit-Il réclame son honneur.

💡 Explication

La réponse dissocie deux questions. Le châtiment qui frappa cet homme ne renseigne pas sur ce que perçoit le défunt : il tient au statut du sage, dont l'honneur est réclamé par Hachem lui-même. La formule de Rabbi Yitshak reste donc valable pour le mort ordinaire, et les deux lectures qu'en donne la guemara tiennent toujours.

5
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל הַמְסַפֵּר אַחַר מִטָּתָן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים נוֹפֵל בְּגֵיהִנָּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהַמַּטִּים עֲקַלְקַלּוֹתָם יוֹלִיכֵם ה׳ אֶת פֹּועֲלֵי הָאָוֶן שָׁלוֹם עַל יִשְׂרָאֵל״. אֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁשָּׁלוֹם עַל יִשְׂרָאֵל, ״יוֹלִיכֵם ה׳ אֶת פֹּועֲלֵי הָאָוֶן״.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : quiconque parle après le lit funèbre des talmidei hakhamim tombe dans le Guehinom, ainsi qu'il est dit : « Et ceux qui devient vers leurs voies tortueuses, Hachem les emmènera avec les artisans du mal ; paix sur Israël » (Tehilim 125,5). Même à l'heure où il y a paix sur Israël, « Hachem les emmènera avec les artisans du mal ».

📜 Rachi (2)
וְהַמַּטִּים עֲקַלְקַלּוֹתָם לְעֵיל מִינֵּיהּ כְּתִיב הֵטִיבָה ה' לַטּוֹבִים וּסְמִיךְ לֵיהּ וְהַמַּטִּים עֲקַלְקַלּוֹתָם וְהַמַּכְרִיעִים אֶת חוֹבוֹתָם יוֹתֵר עַל זְכֻיוֹתָם לְהַטּוֹתָם לְכַף חוֹבָה:
Plus haut, il est écrit « Fais du bien, Hachem, aux bons », et à côté « et ceux qui devient vers leurs voies tortueuses » : ceux dont les dettes l'emportent sur les mérites, de sorte qu'on les fait pencher du côté de la culpabilité.
יוֹלִיכֵם ה' אֶת פֹּועֲלֵי הָאָוֶן לְגֵיהִנָּם:
Vers le Guehinom.
🗂️ Tossefot (1)
אַפֵּי' בְּשָׁעָה שֶׁשָּׁלוֹם עַל יִשְׂרָאֵל וְהַייְנוּ לְאַחַר מִיתָתוֹ דְּלָא אָתוּ לְאִנְּצוֹיֵי בַּהֲדֵי הַמְסַפְּרִים בִּגְנוּתָם מֵהָכָא מַשְׁמַע דְּאַיְירֵי לְאַחַר מִיתָה:
Et il s'agit d'après sa mort, puisqu'ils ne peuvent plus venir se quereller avec ceux qui parlent en leur blâme ; d'ici il ressort qu'il est question d'après la mort.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲפִלּוּ בְּשָׁעָה שֶׁשָּׁלוֹם עַל יִשְׂרָאֵל, יוֹלִיכֵם ה' אֶת פֹּעֲלֵי הָאָוֶן. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יָדוּעַ שֶׁזְּכִיּוֹת כָּל הָעוֹלָם נִתָּנִים בְּכַף אַחַת וְהָעֲוֹנֹות שֶׁל כֻּולָּם בְּכַף שֵׁנִית, וְאִם יִהְיֶה רֹוב זְכִיּוֹת אָז הוּא שָׁלוֹם עַל יִשְׂרָאֵל, כִּי נִדּוֹנִים עַל הָרֹוב, וְאִם לְהֵפֶךְ אָז יִהְיֶה לְהֵפֶךְ חָס וְחָלִילָה, וְאֵלּוּ הַמְסַפְּרִים אַחַר מִטָּתָן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, כָּל כָּךְ שֶׁנּוֹאִין הֵם לִפְנֵי הקב"ה שֶׁאֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁשָּׁלוֹם עַל יִשְׂרָאֵל מֵחֲמַת כִּי הַנִּכְתָּבִים בְּסֵפֶר זְכִיּוֹת הֵם רֹוב מֵאוֹתָם הַנִּכְתָּבִים בְּסֵפֶר הַחוֹבוֹת, עִם כָּל זֶה יְסַלֵּק אֶת אֵלּוּ שֶׁהָיוּ נִכְתָּבִים בְּסֵפֶר זְכִיּוֹת, וְיוֹלִיכֵם אֶת פּוֹעֲלֵי אָוֶן הַנִּכְתָּבִים בְּסֵפֶר הַחוֹבוֹת, וְאַף עַל פִּי שֶׁיַּגִּיעַ פְּסֵידָא רַבָּה מִזֶּה לְיִשְׂרָאֵל, שֶׁאָז יִמְעֲטוּ הַנִּכְתָּבִים בְּסֵפֶר זְכִיּוֹת וְאֵין שָׁלוֹם חָס וְחָלִילָה:
« Même à l'heure où il y a paix sur Israël, Hachem les emmènera avec les artisans du mal. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que les mérites du monde entier sont placés sur un plateau et les fautes de tous sur un second ; si les mérites l'emportent, alors il y a paix sur Israël, car on juge selon la majorité, et dans le cas contraire il en va à l'inverse, à D.ieu ne plaise. Or ceux qui parlent après le lit funèbre des talmidei hakhamim sont si haïs devant le Saint béni soit-Il que, même à l'heure où il y a paix sur Israël parce que les inscrits au livre des mérites sont plus nombreux que les inscrits au livre des dettes, Il retire malgré tout ceux-là du livre des mérites et les emmène avec les artisans du mal inscrits au livre des dettes, et cela bien qu'il en résulte une grande perte pour Israël, puisque les inscrits au livre des mérites diminuent alors et que la paix s'en va, à D.ieu ne plaise.
כָּל הַמְסַפֵּר אַחַר מִטָּתָן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, נוֹפֵל בְּגֵיהִנֹּום. נִרְאֶה לִי בס"ד מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, שֶׁהַתּוֹרָה נִמְשְׁלָה לְאֵשׁ, וְנִמְשְׁלָה לְמַיִם, וְגֵיהִנָּם חֶצְיָהּ אֵשׁ, וְחֶצְיָהּ מַיִם, וְהָרְשָׁעִים נִדּוֹנִים בָּהּ חֲצִי שָׁנָה בָּאֵשׁ, וַחֲצִי שָׁנָה בְּמַיִם כַּנִּזְכָּר בְּדִבְרֵי חֲכָמֵינוּ זַ"ל, לְכָךְ הַמְסַפֵּר אַחֲרֵי מִטָּתָן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה שֶׁהִיא אֵשׁ וּמַיִם יִפֹּול בְּגֵיהִנָּם. אִי נָמֵי דְּאִיתָא בְּאוֹתִיּוֹת דְּרַבִּי עֲקִיבָה גֵּיהִנָּם נִשְׁלְמָה בְּאַרְבָּעִים יוֹם, וּמְהַלֵּךְ שֶׁלָּהּ מ' יוֹם, וְלָכֵן לִכְבוֹד הַתּוֹרָה שֶׁנִּתְּנָה בְּאַרְבָּעִים יוֹם יִפֹּול בְּגֵיהִנָּם, שֶׁנִּשְׁלְמָה בְּאַרְבָּעִים, וּמַהֲלָכָהּ אַרְבָּעִים.
« Quiconque parle après le lit funèbre des talmidei hakhamim tombe dans le Guehinom. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est mesure pour mesure : la Torah est comparée au feu et elle est comparée à l'eau, et le Guehinom est pour moitié feu et pour moitié eau, les impies y étant jugés six mois dans le feu et six mois dans l'eau, comme le rapportent nos maîtres de mémoire bénie ; c'est pourquoi celui qui parle après le lit funèbre des talmidei hakhamim, qui s'occupent de la Torah qui est feu et eau, tombera dans le Guehinom. Ou encore, d'après ce qui figure dans les Otiot de Rabbi Akiva, le Guehinom fut achevé en quarante jours et son parcours est de quarante jours ; c'est pourquoi, pour l'honneur de la Torah qui fut donnée en quarante jours, il tombera dans le Guehinom, achevé en quarante et dont le parcours est de quarante.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַחֲבָה אָמַר רַב יְהוּדָה כָּל הָרוֹאֶה אֶת הַמֵּת וְאֵינוֹ מְלַוֵּהוּ עוֹבֵר מִשּׁוּם לֹועֵג לָרָשׁ חֵרֵף עֹושֵׂהוּ. וְאִם מַלְוֵהוּ מַה שְּׂכָרוֹ אָמַר רַב אַסִּי עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר מַלְוֵה ה' חוֹנֵן דָּל וּלְפָחוֹת יַלְוֶנּוּ ד' אַמּוֹת: אָמַר רִיבָּ"ל כָּל הַמְסַפֵּר אַחַר מִטָּתָן שֶׁל ת"ח נוֹפֵל בְּגֵיהִנָּם שֶׁנֶּאֱמַר וְהַמַּטִּים עֲקַלְקַלּוֹתָם יוֹלִיכֵם ה' אֶת פֹּועֲלֵי הָאָוֶן. לְפִי שֶׁהֵם בַּחֲזָקָה שֶׁעָשׂוּ תְּשׁוּבָה כִּדְאָמְרִינַן אִם רָאִיתָ ת"ח שֶׁעָבַר עֲבֵירָה בַּלַּיְלָה אַל תְּהַרְהֵר אַחֲרָיו בַּיּוֹם:
Rehava a dit au nom de Rav Yehouda : quiconque voit passer le mort et ne l'accompagne pas transgresse « qui se moque du pauvre outrage son Créateur » ; et s'il l'accompagne, quelle est sa récompense ? Rav Assi a dit : de lui l'Écriture dit « qui gratifie le pauvre prête à Hachem ». Et au moins qu'il l'accompagne sur quatre coudées. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : quiconque parle après le lit funèbre des talmidei hakhamim tombe dans le Guehinom, ainsi qu'il est dit « et ceux qui devient vers leurs voies tortueuses, Hachem les emmènera avec les artisans du mal » — parce qu'ils sont présumés avoir fait techouva, comme nous disons : si tu as vu un talmid 'hakham commettre une faute la nuit, ne le soupçonne pas le jour.
💡 Explication

Le verset se lit d'ordinaire en deux parties : les dévoyés sont emmenés, et la paix vient sur Israël. Rabbi Yehochoua ben Levi lit la fin du verset comme la condition de son début : même quand la paix règne sur Israël, ceux-là sont emmenés. La règle vise celui qui dénigre le sage après sa mort, au moment où l'intéressé ne peut plus répondre.

6
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: אִם רָאִיתָ תַּלְמִיד חָכָם שֶׁעָבַר עֲבֵירָה בַּלַּיְלָה — אַל תְּהַרְהֵר אַחֲרָיו בַּיּוֹם, שֶׁמָּא עָשָׂה תְּשׁוּבָה. ״שֶׁמָּא״ סָלְקָא דַעְתָּךְ? אֶלָּא וַדַּאי עָשָׂה תְּשׁוּבָה. וְהָנֵי מִילֵּי — בִּדְבָרִים שֶׁבְּגוּפוֹ. אֲבָל בְּמָמוֹנָא — עַד דְּמַהְדַּר לְמָרֵיהּ.

On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : si tu as vu un talmid 'hakham commettre une faute la nuit, ne le soupçonne pas le jour, peut-être a-t-il fait techouva. « Peut-être » te viendrait-il à l'esprit ?

Assurément il a fait techouva. Et ces paroles valent pour les choses qui touchent à son corps ; mais pour l'argent, jusqu'à ce qu'il rende à son propriétaire.

💡 Explication

La guemara corrige le mot chema (peut-être) : la présomption qui protège le sage a valeur de certitude, et non de simple doute. La restriction qui suit trace la limite de cette présomption : elle porte sur les fautes qui n'engagent que lui, les devarim che-be-goufo. Dès qu'un tiers est lésé dans ses biens, la techouva reste incomplète tant que la restitution n'a pas eu lieu, et la présomption ne peut donc pas jouer.

🖼️ Schéma
Tu as vu un talmid 'hakham commettre une faute la nuit Présomption : il a fait techouva. Le mot chema (peut-être) se lit comme une certitude, non comme un doute. Devarim che-be-goufo Une faute qui n'engage que lui-même. La techouva dépend de lui seul, et il est réputé l'avoir faite. Le jour venu : aucun soupçon. Mamona Une faute qui lèse le bien d'autrui. La techouva exige un acte visible : la restitution au propriétaire. Tant qu'il n'a pas rendu : pas de présomption.
La présomption de techouva couvre ce que le sage peut réparer seul ; elle s'arrête là où la réparation passe par un tiers.
7
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: בְּעֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה מְקוֹמוֹת בֵּית דִּין מְנַדִּין עַל כְּבוֹד הָרַב, וְכֻולָּן שָׁנִינוּ בְּמִשְׁנָתֵנוּ. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אֶלְעָזָר: הֵיכָא? אֲמַר לֵיהּ: לְכִי תִּשְׁכַּח.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : en vingt-quatre endroits, le beit din met en nidouy pour l'honneur du maître, et nous les avons tous appris dans notre michna. Rabbi Elazar lui dit : où donc ?

Il lui répondit : quand tu chercheras, tu trouveras.

📜 Rachi (1)
בכ"ד מְקוֹמוֹת הַשְׁתָּא מַשְׁמַע מָצִינוּ שֶׁנִּדּוּ חֲכָמִים בְּנֵי אָדָם בכ"ד מְקוֹמוֹת לִכְבוֹד הָרַב לְפִי שֶׁלֹּא נָשְׂאוּ כָּבוֹד לְרַבָּם:
Pour l'instant on comprend : nous trouvons que les Sages ont mis des gens en nidouy en vingt-quatre endroits, pour l'honneur du maître, parce qu'ils n'avaient pas porté honneur à leur maître.
💡 Explication

Le nidouy est la mise à l'écart prononcée par le tribunal. L'affirmation de Rabbi Yehochoua ben Levi porte deux exigences à la fois : le nombre de vingt-quatre, et le fait que tous ces cas se lisent dans la michna, à l'exclusion des baraitot. Sa réponse à Rabbi Elazar renvoie à la recherche plutôt qu'à une liste, ce qui annonce la difficulté de la suite.

8
נְפַק דַּק, וְאַשְׁכַּח תְּלָת: הַמְזַלְזֵל בִּנְטִילַת יָדַיִם, וְהַמְסַפֵּר אַחַר מִטָּתָן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, וְהַמֵּגִיס דַּעְתּוֹ כְּלַפֵּי מַעְלָה.

Il sortit, examina, et en trouva trois : celui qui traite avec légèreté la netilat yadayim, celui qui parle après le lit funèbre des talmidei hakhamim, et celui qui enfle son cœur envers le Ciel.

🪔 Ben Yehoyada (1)
נְפַק, דָּק וְאַשְׁכַּח תְּלָתָא: וְהַמְזַלְזֵל בִּנְטִילַת יָדַיִם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁהִקְדִּים מְזַלְזֵל בִּנְטִילַת יָדַיִם מִשּׁוּם דַּחֲמִירָא, שֶׁהָעוֹבֵר עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים חַיָּיב מִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם וְגַם יֵשׁ בָּזֶה זִלְזוּל חֲכָמִים שֶׁתִּיקְּנוּ מִצְוָה זוֹ, וְהוּא מֵעֵין עֲוֹן הַמְסַפֵּר אַחֲרֵי מִטָּתָן, וְהָא דְּנָקֵיט מֵגִיס דַּעְתּוֹ בָּאַחֲרוֹנָה, אַף עַל גַּב דְּסֵדֶר מוֹעֵד הוּא קֹודֶם סֵדֶר נְזִיקִין שֶׁשָּׁם מַסֶּכֶת עֵדֻיוֹת, וְגַם גּוּף הַמַּעֲשֶׂה דָּחֳונֵי הַמְעַגֵּל קָדִים בִּזְמַן לְהָנָךְ, נִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דְּאֵין דָּבָר זֶה נִכְנָס בִּכְלַל הכ"ד דְּבָרִים בְּשׁוֹפִי אֶלָּא בְּדֹוחַק, יַעַן כִּי ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר עַל כְּבוֹד הָרַב, וְזֶה הָעִנְיָן הוּא כְּבוֹד שָׁמַיִם, אֶלָּא דְּדָמְיָא קְצָת, לְכָךְ נָקֵיט לָהּ בָּאַחֲרוֹנָה.
« Il sortit, examina, et en trouva trois : celui qui traite avec légèreté la netilat yadayim. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il place en tête celui qui traite avec légèreté la netilat yadayim parce que le cas est grave : celui qui transgresse les paroles des Sages est passible de mort par le Ciel, et il y a là de surcroît un mépris des Sages qui ont institué cette mitsva, ce qui relève de la même veine que la faute de celui qui parle après le lit funèbre. Et s'il place en dernier celui qui enfle son cœur, bien que le seder Moed précède le seder Nezikin où se trouve la massekhet Edouyot, et bien que le fait même de Honi HaMeaguel soit antérieur dans le temps aux autres, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que cette affaire n'entre dans les vingt-quatre qu'à grand-peine : Rabbi Yehochoua ben Levi a parlé de l'honneur du maître, alors que le cas relève de l'honneur du Ciel, auquel il ressemble seulement ; c'est pourquoi il le place en dernier.
💡 Explication

Rabbi Elazar prend l'affirmation au pied de la lettre et cherche dans la michna les cas où le nidouy est expressément mentionné. Il en relève trois, que la guemara va documenter un par un. Le troisième, l'arrogance envers le Ciel, s'écarte déjà du cadre annoncé, puisqu'il touche à l'honneur du Ciel plutôt qu'à celui du maître.

9
״הַמְסַפֵּר אַחַר מִטָּתָן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים״ מַאי הִיא? — דִּתְנַן: הוּא הָיָה אוֹמֵר: אֵין מַשְׁקִין לֹא אֶת הַגִּיּוֹרֶת, וְלֹא אֶת הַמְשֻׁוחְרֶרֶת. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מַשְׁקִין. וְאָמְרוּ לוֹ: מַעֲשֶׂה בְּכַרְכֻּמִּית, שִׁפְחָה מְשֻׁוחְרֶרֶת בִּירוּשָׁלַיִם וְהִשְׁקוּהָ שְׁמַעְיָה וְאַבְטַלְיוֹן! וְאָמַר לָהֶם: דֻּוגְמָא הִשְׁקוּהָ — וְנִדּוּהוּ וּמֵת בְּנִדּוּיוֹ, וְסָקְלוּ בֵּית דִּין אֶת אֲרוֹנוֹ.

« Celui qui parle après le lit funèbre des talmidei hakhamim », quel en est le cas ? Comme nous avons appris : lui disait — on ne fait boire ni la convertie ni l'affranchie.

Et les Sages disent : on leur fait boire. Ils lui dirent : il y eut le fait de Karkemit, servante affranchie à Jérusalem, et Chemaya et Avtalion lui firent boire !

Il leur répondit : c'est un simulacre (dougma) qu'ils lui ont fait boire. On le mit en nidouy, il mourut dans son nidouy, et le beit din lapida son cercueil.

📜 Rachi (5)
הוּא הָיָה אוֹמֵר עֲקַבְיָא בֶּן מַהֲלַלְאֵל בְּמַסֶּכֶת עִדִּיּוֹת:
Akavia ben Mahalalel, dans la massekhet Edouyot.
אֵין מַשְׁקִין אִם קִינֵּא לָהּ בַּעְלָהּ וְנִסְתְּרָה:
Si son mari l'a mise en garde et qu'elle s'est isolée.
לֹא אֶת הַגִּיּוֹרֶת דִּבְנֵי יִשְׂרָאֵל אֱמֹור בַּפָּרָשָׁה (בַּמִּדְבָּר ה) פְּרָט לְאֵשֶׁת גֵּר וְעֶבֶד מְשֻׁוחְרָר:
Car « les enfants d'Israël » est dit dans la paracha (Bamidbar 5), à l'exclusion de la femme d'un converti et d'un esclave affranchi.
בְּכַרְכֻּמִּית כָּךְ שְׁמָהּ אוֹ עַל שֵׁם מְקוֹמָהּ:
Tel était son nom, ou bien c'est le nom de son lieu.
דֻּוגְמָא הִשְׁקוּהָ עַל שֶׁהָיוּ דּוֹמִים לָהֶם הֵם הִשְׁקוּהָ שֶׁהָיוּ שְׁמַעְיָה וְאַבְטַלְיוֹן מִבְּנֵי בָנָיו שֶׁל סַנְחֵרִיב כִּדְאָמְרִינַן בְּגִיטִּין בְּפֶרֶק הַנִּזָּקִין (גִּיטִּין דַּף נז:):
Parce qu'ils lui ressemblaient, ce sont eux qui la firent boire, car Chemaya et Avtalion étaient des descendants de Sanheriv, comme nous disons dans Guittin, au chapitre HaNizakin (57b).
🗂️ Tossefot (1)
דֻּוגְמָא הִשְׁקוּהָ פרש"י לְפִי שֶׁהָיְתָה גִּיּוֹרֶת כְּמוֹתָם שֶׁהָיוּ גֵּרִים וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּמוֹעֵד קָטָן (פ"ג) מַהוּ דֻּוגְמָא דִּכְווָת'. בֶּעָרוּךְ פֵּירֵשׁ דֻּוגְמָא הִשְׁקוּהָ מֵי צֶבַע אֲבָל לֹא הָיוּ מִרְיָם מַמָּשׁ וְלֹא מָחֲקוּ הַתּוֹרָה עָלֶיהָ אֶלָּא לְיִרְאָה אוֹתָהּ:
Rachi explique : parce qu'elle était convertie comme eux, qui étaient des convertis ; et il en ressort de même du Yerouchalmi de Moed Katan (ch. 3) : « qu'est-ce que dougma ? — semblable à eux ». Le Aroukh explique « dougma hichkouha » : de l'eau colorée, sans qu'il s'agisse de vraies eaux amères, et l'on n'effaça pas la Torah pour elle ; il s'agissait seulement de lui faire peur.
💡 Explication

La michna d'Edouyot rapporte une controverse sur les eaux amères de la sota : Akavia ben Mahalalel les refuse à la convertie et à l'affranchie, les Sages les leur appliquent. Devant le précédent de Chemaya et Avtalion, Akavia répond que ces deux maîtres, eux-mêmes issus de convertis, avaient administré un simulacre. La réponse vise deux sages déjà morts, ce qui fait de ce cas la source du nidouy pour parole après le lit funèbre.

10
״וְהַמְזַלְזֵל בִּנְטִילַת יָדַיִם״ מַאי הִיא? — דִּתְנַן, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: חַס וְשָׁלוֹם שֶׁעֲקַבְיָא בֶּן מַהֲלַלְאֵל נִתְנַדָּה, שֶׁאֵין עֲזָרָה נִנְעֶלֶת עַל כָּל אָדָם בְּיִשְׂרָאֵל בְּחָכְמָה וּבְטָהֳרָה וּבְיִרְאַת חֵטְא כַּעֲקַבְיָא בֶּן מַהֲלַלְאֵל. אֶלָּא אֶת מִי נִדּוּ? — אֶת אֶלְעָזָר בֶּן חֲנוֹךְ שֶׁפִּקְפֵּק בִּנְטִילַת יָדַיִם. וּכְשֶׁמֵּת, שָׁלְחוּ בֵּית דִּין וְהִנִּיחוּ אֶבֶן גְּדוֹלָה עַל אֲרוֹנוֹ, לְלַמֶּדְךָ שֶׁכָּל הַמִּתְנַדֶּה וּמֵת בְּנִדּוּיוֹ — בֵּית דִּין סוֹקְלִין אֶת אֲרוֹנוֹ.

« Et celui qui traite avec légèreté la netilat yadayim », quel en est le cas ? Comme nous avons appris : Rabbi Yehouda a dit — à D.ieu ne plaise qu'Akavia ben Mahalalel ait été mis en nidouy, car la azara ne se ferme sur aucun homme en Israël qui l'égale en sagesse, en pureté et en crainte de la faute.

Qui donc a-t-on mis en nidouy ? Elazar ben Hanokh, qui a jeté le doute sur la netilat yadayim.

Et lorsqu'il mourut, le beit din envoya et l'on posa une grande pierre sur son cercueil, pour t'enseigner que quiconque est mis en nidouy et meurt dans son nidouy, le beit din lapide son cercueil.

📜 Rachi (4)
ר' יְהוּדָה פְּלִיג אַדִּלְעֵיל דְּקָתָנֵי שֶׁנִּדּוּ אֶת עֲקַבְיָא:
Il diverge de ce qui précède, où il est enseigné qu'on a mis Akavia en nidouy.
שֶׁאֵין עֲזָרָה נִנְעֶלֶת בְּפֶרֶק ה' דִּפְסָחִים (דַּף סד:) שֶׁהָיוּ שַׁעֲרֵי הָעֲזָרָה נִנְעָלִים כְּשֶׁשּׁוֹחֲטִין פְּסָחִים שֶׁל כָּל כַּת וְכַת שֶׁהַפֶּסַח נִשְׁחָט בַּג' כִּתּוֹת:
Au chapitre cinq de Pessahim (64b) : les portes de la azara se fermaient quand on égorgeait les pessahim de chaque groupe, car le pessa'h est égorgé en trois groupes.
עַל כָּל אָדָם בְּיִשְׂרָאֵל כְּלוֹמַר כְּשֶׁהָיְתָה נִנְעֶלֶת עֲלֵיהֶם וְהַייְנוּ כְּשֶׁנִּתְמַלְּאָה פֶּה לָפֶה לֹא הָיָה בְּכֻולָּם אָדָם חָשׁוּב בְּחָכְמָה וְיִרְאַת חֵטְא כַּעֲקַבְיָא:
C'est-à-dire : quand elle se fermait sur eux, autrement dit quand elle était pleine à ras bord, il n'y avait dans toute cette foule aucun homme aussi important en sagesse et en crainte de la faute qu'Akavia.
אֶלְעָזָר בֶּן חֲנוֹךְ שֶׁפִּקְפֵּק זִילְזֵל וְהַייְנוּ נָמֵי לִכְבוֹד הָרַב שֶׁעָבַר ע"פ הַגּוֹזְרִים עַל הַיָּדַיִם:
Il a méprisé ; et cela relève aussi de l'honneur du maître, car il a transgressé la parole de ceux qui ont décrété sur les mains.
💡 Explication

Rabbi Yehouda conteste le récit précédent. L'argument tient à la stature d'Akavia : lorsque la azara se remplissait au point qu'on en fermait les portes, lors de l'égorgement du pessa'h par groupes, nul parmi cette foule ne l'égalait. Le nidouy visait un autre homme, Elazar ben Hanokh, et pour un autre motif. La pierre posée sur le cercueil vaut lapidation symbolique de celui qui meurt sous le ban.

🖼️ Schéma
Une même michna d'Edouyot, deux récits du nidouy Premier récit Mis en nidouy : Akavia ben Mahalalel. Motif : avoir dit de Chemaya et Avtalion, déjà morts, qu'ils avaient fait boire un simulacre. Source : parole après le lit funèbre. Rabbi Yehouda Mis en nidouy : Elazar ben Hanokh. Motif : avoir jeté le doute sur la netilat yadayim instituée par les Sages. Source : mépris de la netilat yadayim. Point commun aux deux récits Qui meurt dans son nidouy, le beit din lapide son cercueil : une grande pierre y est posée.
Les deux récits de la michna fournissent chacun un des trois cas relevés par Rabbi Elazar.
11
״הַמֵּגִיס דַּעְתּוֹ כְּלַפֵּי מַעְלָה״ מַאי הִיא? — דִּתְנַן, שָׁלַח לוֹ שִׁמְעוֹן בֶּן שֶׁטַח לְחוֹנִי הַמְעַגֵּל: צָרִיךְ אַתָּה לְהִתְנַדּוֹת, וְאִלְמָלֵא חוֹנִי אַתָּה גּוֹזְרַנִי עָלֶיךָ נִדּוּי, אֲבָל מָה אֶעֱשֶׂה שֶׁאַתָּה מִתְחַטֵּא לִפְנֵי הַמָּקוֹם וְעוֹשֶׂה לְךָ רְצוֹנְךָ, כְּבֵן שֶׁמִּתְחַטֵּא לִפְנֵי אָבִיו וְעוֹשֶׂה לוֹ רְצוֹנוֹ. וְעָלֶיךָ הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״יִשְׂמַח אָבִיךָ וְאִמֶּךָ וְתָגֵל יוֹלַדְתֶּךָ״.

« Celui qui enfle son cœur envers le Ciel », quel en est le cas ? Comme nous avons appris : Chimon ben Chatah envoya dire à Honi HaMeaguel — tu mériterais d'être mis en nidouy, et si tu n'étais Honi, je décréterais sur toi le nidouy ; mais que puis-je faire, puisque tu te fais cajoler devant l'Omniprésent et qu'Il accomplit ta volonté, comme un fils qui se fait cajoler devant son père et dont le père accomplit la volonté.

Et de toi l'Écriture dit : « Que ton père et ta mère se réjouissent, et qu'exulte celle qui t'a enfanté » (Michle 23,25).

📜 Rachi (3)
אִלְמָלֵא חוֹנִי אַתָּה שֶׁיֵּצֵא שִׁמְךָ בִּגְדֻולָּה וּבַחֲשִׁיבוּת:
Car ton nom s'est répandu en grandeur et en importance.
צָרִיךְ אַתָּה לְהִתְנַדּוֹת לְפִי שֶׁהִטְרִיחַ לִפְנֵי הַמָּקוֹם עַל עֵסֶק גְּשָׁמִים לֹא כָּךְ שָׁאַלְתִּי כַּמָּה פְּעָמִים וּכְבוֹד הַמָּקוֹם כְּבוֹד הָרַב הוּא:
Parce qu'il a importuné l'Omniprésent au sujet des pluies, en disant plusieurs fois « telle n'était pas ma demande » ; or l'honneur de l'Omniprésent est comme l'honneur du maître.
מִתְחַטֵּא לְשׁוֹן חוֹטֵא נָקֵל בְּלִבּוֹ לַחֲטוֹא לְאָבִיו וּלְהַטְרִיחוֹ עַל תַּאֲוָתוֹ:
Terme apparenté à hôte (fauter) : il lui est léger, dans son cœur, de fauter envers son père et de l'importuner pour son désir.
💡 Explication

Honi avait tracé un cercle et refusé d'en sortir avant la pluie, puis avait renvoyé les premières pluies comme insuffisantes. Chimon ben Chatah y voit une mise en demeure du Ciel qui justifierait le nidouy. Le verbe mithate, que Rachi rattache à la racine de la faute, décrit l'aisance du fils qui importune son père sans crainte. Le nidouy reste sans effet à cause du rang de Honi et de l'exaucement dont il bénéficie.

12
וְתוּ לֵיכָּא? וְהָא אִיכָּא דְּתָנֵי רַב יוֹסֵף: תּוֹדוֹס אִישׁ רוֹמִי הִנְהִיג אֶת בְּנֵי רוֹמִי לְהַאֲכִילָן גְּדָיִים מְקֻולָּסִין בְּלֵילֵי פְּסָחִים. שְׁלַח לֵיהּ שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח: אִלְמָלֵא תּוֹדוֹס אַתָּה, גּוֹזְרַנִי עָלֶיךָ נִדּוּי, שֶׁאַתָּה מַאֲכִיל אֶת יִשְׂרָאֵל קָדָשִׁים בַּחוּץ.

Et n'y en a-t-il pas davantage ? Or il y a ce qu'enseigne Rav Yossef : Todos, l'homme de Rome, instaura pour les gens de Rome de leur faire manger des chevreaux mekoulassim les nuits de Pessa'h.

Chimon ben Chatah lui envoya dire : si tu n'étais Todos, je décréterais sur toi le nidouy, car tu fais manger à Israël des kodachim au-dehors.

📜 Rachi (3)
מְקֻולָּסִים צְלוּיִים כְּשֶׁהֵן שְׁלֵמִין וְתוֹלִין כַּרְעֵיהֶן וְקַרְסֻולֵּיהֶן וְקִרְבֵיהֶם סְבִיבוֹתָן בִּשְׁפוּד וְעַל שֵׁם כָּךְ קוֹרֵהוּ מְקֻולָּס שֶׁהוּא לְשׁוֹן מְזֻוייָּן כְּדִמְתַרְגֵּם וְכוֹבַע נְחֹושֶׁת עַל רֹאשׁוֹ (שְׁמוּאֵל א י״ז:ה׳) וְקוֹלְסָא דִּנְחָשָׁא:
Rôtis entiers : on suspend leurs pattes, leurs jarrets et leurs entrailles autour d'eux sur la broche, et c'est pour cela qu'on l'appelle mekoulas, terme qui signifie armé, comme le Targoum de « et un casque de cuivre sur sa tête » (I Chmouel 17,5) : « ve-koulsa dinhacha ».
בְּלֵילֵי פְּסָחִים זֵכֶר לְפֶסַח שֶׁצּוֹלֵהוּ שָׁלֵם שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ עַל כְּרָעָיו וְעַל קִרְבּוֹ (שְׁמוֹת י״ב:ט׳) כְּלוֹמַר עִם כְּרָעָיו וְעִם קִרְבּוֹ:
En souvenir du pessa'h, que l'on rôtit entier, puisqu'il est dit à son sujet « sur ses pattes et sur ses entrailles » (Chemot 12,9), c'est-à-dire avec ses pattes et avec ses entrailles.
גּוֹזְרַנִי עָלֶיךָ נִדּוּי וְהַייְנוּ נָמֵי לִכְבוֹד הָרַב שֶׁאָסְרוּ חֲכָמִים אֶת הַדָּבָר לְפִי שֶׁהוּא קָרוֹב לְהַאֲכִיל אֶת יִשְׂרָאֵל קָדָשִׁים בַּחוּץ שֶׁהָרוֹאֶה סָבוּר שֶׁהִקְדִּישׁוֹ לְשֵׁם פֶּסַח:
Et cela relève aussi de l'honneur du maître, car les Sages ont interdit la chose parce qu'elle est proche de faire manger à Israël des kodachim au-dehors : celui qui voit pense qu'il l'a consacrée au titre de pessa'h.
💡 Explication

Le chevreau mekoulas est rôti entier, pattes et entrailles suspendues autour de lui sur la broche, à l'image du korban pessa'h. Hors du Temple, cette manière de faire donne à penser que la bête à été consacrée, et celui qui la voit croit voir manger des kodachim en dehors du lieu prescrit. Le cas ressemble aux trois précédents, puisqu'il implique le mépris d'une interdiction rabbinique.

13
״בְּמִשְׁנָתֵנוּ״ קָאָמְרִינַן. וְהָא, בָּרַיְיתָא הִיא.

« Dans notre michna », avons-nous dit ; or ceci est une baraita.

💡 Explication

Rabbi Yehochoua ben Levi avait posé deux conditions : vingt-quatre cas, et tous dans la michna. Le cas de Todos provient d'une baraita enseignée par Rav Yossef, ce qui suffit à l'écarter du compte sans rien retirer à sa valeur halakhique.

14
וּבְמַתְנִיתִין לֵיכָּא? וְהָא אִיכָּא הָא דִתְנַן: חֲתָכוֹ חֻולְיוֹת וְנָתַן חוֹל בֵּין חֻולְיָא לְחֻולְיָא — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְטַהֵר, וַחֲכָמִים מְטַמְּאִים. וְזֶהוּ תַּנּוּרוֹ שֶׁל עַכְנַאי.

Et dans la michna, n'y en a-t-il pas ? Or il y a ce que nous avons appris : s'il l'a coupé en anneaux et a mis du sable entre chaque anneau, Rabbi Eliezer déclare pur et les Sages déclarent impur ; et c'est cela le four de Akhnai.

📜 Rachi (2)
חֲתָכוֹ חֻולְיוֹת תַּנּוּר שֶׁל חֶרֶס שֶׁהוּא עָשׂוּי כִּכְלִי וּמְטַלְטֵל וּתְחִלַּת בְּרִייָּתוֹ מִן הַטִּיט וּמְצָרְפוֹ בַּכִּבְשָׁן כִּשְׁאָר קְדֵרוֹת וְאִם נִטְמָא הִצְרִיכוֹ הַכָּתוּב נְתִיצָה וְאִם נְתָצוֹ בְּעִנְיָן זֶה שֶׁחֲתָכוֹ סָבִיב סָבִיב כְּחֻולְיוֹת עֲגֻולּוֹת וְחָזַר וְחִיבְּרוֹ בְּטִיט שֶׁל חוֹל בֵּין חֻולְיָא לְחֻולְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְטַהֵר עוֹלָמִית שֶׁאֵינוֹ עוֹד כִּכְלִי חֶרֶס שֶׁלֹּא נִשְׂרַף בַּכִּבְשָׁן וַחֲכָמִים מְטַמְּאִין:
Un four de terre cuite, fait comme un ustensile et transportable, dont la fabrication part de l'argile qu'on cuit au four comme les autres marmites. S'il a contracté l'impureté, l'Écriture a exigé sa démolition ; et s'il l'a démoli de cette manière, en le coupant tout autour en anneaux ronds, puis l'a réassemblé avec de l'argile de sable entre chaque anneau — Rabbi Eliezer le déclare pur à jamais, car il n'est plus comme un ustensile de terre, n'ayant pas été cuit au four ; et les Sages le déclarent impur.
כְּעַכְנַאי כְּנָחָשׁ זֶה שֶׁכּוֹרֵךְ עַצְמוֹ בַּעֲגֻולָּה:
Comme ce serpent qui s'enroule sur lui-même en cercle.
💡 Explication

Un four de terre qui a contracté l'impureté doit être démoli pour la perdre. La question porte sur une démolition partielle : coupé en anneaux horizontaux puis réassemblé avec du sable entre les anneaux, le four est-il un objet nouveau ou le même objet réparé ? Rabbi Eliezer le tient pour un assemblage de fragments, donc tahor définitivement ; les Sages considèrent qu'il sert toujours de four et reste tame.

🖼️ Schéma
Le four de Akhnai : un objet ou un tas de fragments ? anneau de terre cuite couche de sable le four garde sa forme et son usage Rabbi Eliezer : tahor Le sable interrompt la matière : ce sont des tessons juxtaposés, et un tesson de terre ne reçoit plus l'impureté. Les Sages : tame L'ustensile continue de servir de four : la découpe ne l'a pas défait, elle l'a seulement traversé. Akhnai, le serpent : les halakhot enroulèrent Rabbi Eliezer comme un serpent enroule sa proie, et l'on déclara le four impur.
La question porte sur l'identité de l'objet après découpe : matière interrompue pour Rabbi Eliezer, fonction maintenue pour les Sages.
15
מַאי ״עַכְנַאי״? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מְלַמֵּד שֶׁהִקִּיפוּהוּ הֲלָכוֹת כְּעַכְנַאי זֶה, וְטִמְּאוּהוּ.

Que signifie « akhnai » ? Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : cela enseigne qu'ils l'entourèrent de halakhot comme ce serpent, et le déclarèrent impur.

💡 Explication

Le nom du four ne vient pas de sa forme annelée mais du déroulement de la discussion : les Sages cernèrent Rabbi Eliezer d'arguments successifs jusqu'à emporter la décision. Le mot akhna désigne le serpent qui s'enroule autour de sa proie.

16
וְתַנְיָא: אוֹתוֹ הַיּוֹם הֵבִיאוּ כָּל טְהָרוֹת שֶׁטִּיהֵר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּשְׂרָפוּם לְפָנָיו, וּלְבַסּוֹף בֵּרְכוּהוּ.

Et il a été enseigné : ce jour-là, ils apportèrent toutes les taharot que Rabbi Eliezer avait déclarées pures et les brûlèrent devant lui, et à la fin ils le « bénirent ».

📜 Rachi (2)
כָּל טְהָרוֹת שֶׁנַּעֲשׂוּ בְּתַנּוּר זֶה אוֹ שֶׁנָּגְעוּ בַּאֲוִירוֹ וְהָיָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְטַהֲרָן וְהֵם שְׂרָפוּם:
Celles qui avaient été faites dans ce four ou qui avaient touché son espace, et que Rabbi Eliezer déclarait pures ; eux les brûlèrent.
וּבֵרְכוּהוּ לְפִי שֶׁהַרְבֵּה מְאֹד לַחֲלֹוק בְּדָבָר זֶה כִּדְאָמְרִינַן בְּבָבָא מְצִיעָא בְּפֶרֶק הַזָּהָב (בָּבָא מְצִיעָא דַּף נט:):
Parce qu'il a beaucoup contesté sur cette question, comme nous disons dans Bava Metsia, au chapitre HaZahav (59b).
💡 Explication

Le verbe berakh s'emploie ici par euphémisme pour dire le nidouy. Le récit complet figure dans Bava Metsia 59b. La guemara le rapporte comme un quatrième candidat au compte des vingt-quatre.

17
אֲפִילּוּ הָכֵי, נִדּוּי בְּמַתְנִיתִין לָא תְּנַן. אֶלָּא ״בְּעֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה מְקוֹמוֹת״ הֵיכָא מַשְׁכַּחַת לָהּ? רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מְדַמֵּה מִילְּתָא לְמִילְּתָא, וְרַבִּי אֶלְעָזָר לָא מְדַמֵּה מִילְּתָא לְמִילְּתָא.

Même ainsi, le nidouy, nous ne l'avons pas appris dans la michna. Alors, ces vingt-quatre endroits, où les trouves-tu ?

Rabbi Yehochoua ben Levi rapproche une chose d'une autre, et Rabbi Elazar ne rapproche pas une chose d'une autre.

📜 Rachi (2)
נִדּוּי בְּמָתְנֵי' לָא תְּנַן הָא דְּבֵרְכוּהוּ בַּבָּרַייְתָא הוּא דְּתָנֵי לָהּ:
Ce « ils le bénirent » est enseigné dans une baraita.
מְדַמֶּה מִילְּתָא לְמִילְּתָא כָּל מָקוֹם שֶׁרָאָה בְּמַתְנִיתִין שֶׁנֶּחֱלַק הַיָּחִיד עַל הָרַבִּים מַחֲלֹוקֶת גְּדוֹלָה אוֹ אֶחָד מִן הַחֲכָמִים שֶׁמְּדַבֵּר קָשֶׁה כְּנֶגֶד גָּדוֹל הֵימֶנּוּ אוֹמֵר רָאוּי הָיָה כָּאן נִדּוּי:
Partout où il voyait dans la michna un individu s'opposer à la majorité par une grande controverse, ou l'un des Sages parler durement contre plus grand que lui, il disait : il y avait lieu ici à un nidouy.
💡 Explication

La michna de Kelim rapporte la controverse sur le four sans mentionner le nidouy, qui n'est enseigné que dans la baraita. La guemara conclut sur une différence de méthode : medame milta le-milta désigne la lecture qui infère le nidouy partout où la michna laisse voir une opposition violente ou une parole dure adressée à un plus grand. Rabbi Elazar s'en tient aux cas où le nidouy est nommé, et n'en trouve donc que trois.

18
נוֹשְׂאֵי הַמִּטָּה וְחִלּוּפֵיהֶן. תָּנוּ רַבָּנַן אֵין מוֹצִיאִין אֶת הַמֵּת סָמוּךְ לִקְרִיאַת שְׁמַע. וְאִם הִתְחִילוּ — אֵין מַפְסִיקִין. אֵינִי?! וְהָא רַב יוֹסֵף אַפְּקוּהוּ סָמוּךְ לִקְרִיאַת שְׁמַע! אָדָם חָשׁוּב שָׁאנֵי.

« Les porteurs de la civière et leurs remplaçants. » Nos maîtres ont enseigné : on ne sort pas le mort à proximité de la lecture du Chema ; et s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas. Est-ce bien ainsi ?

Or Rav Yossef, on l'a sorti à proximité de la lecture du Chema ! — Un homme important est un cas à part.

📜 Rachi (2)
אֵין מוֹצִיאִין אֶת הַמֵּת לְקָבְרוֹ:
Pour l'enterrer.
סָמוּךְ לִקְרִיאַת שְׁמַע לְפִי שֶׁמִּתְבַּטְּלִין מִן הַקְּרִיאָה:
Parce qu'ils se trouvent empêchés de la lecture.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' נוֹשְׂאֵי הַמִּטָּה וְחִילּוּפֵיהֶן וְחִילּוּפֵי חִילּוּפֵיהֶן אֶת שֶׁלִּפְנֵי הַמִּטָּה וְאֶת שֶׁלְּאַחַר הַמִּטָּה אֶת שֶׁהַמִּטָּה צֹורֶךְ בָּהֶן פְּטוּרִין. שֶׁאֵין הַמִּטָּה צֹורֶךְ בָּהֶן חַייָּבִין. וְאֵלּוּ וְאֵלּוּ פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה אֲבָל לֹא מִן הַתְּפִילִּין וּמִן הק"ש:
Michna : les porteurs de la civière, leurs remplaçants, et les remplaçants de leurs remplaçants, ceux qui sont devant la civière et ceux qui sont derrière la civière — ceux dont la civière a besoin sont exempts, ceux dont la civière n'a pas besoin sont tenus ; et les uns et les autres sont exempts de la tefila, mais non des tefilin ni de la lecture du Chema.
💡 Explication

La guemara revient à la michna du chapitre. La règle protège la lecture du Chema : engager un convoi juste avant l'heure ferait manquer la lecture à tous ceux que la civière occupe. L'exception de l'adam hachouv tient à la foule qui vient l'accompagner : on ne repousse pas sa sortie, car l'honneur du sage l'emporte ici.

19
שֶׁלִּפְנֵי הַמִּטָּה וְשֶׁלְּאַחַר הַמִּטָּה. תָּנוּ רַבָּנַן: הָעוֹסְקִים בְּהֶסְפֵּד, בִּזְמַן שֶׁהַמֵּת מוּטָל לִפְנֵיהֶם נִשְׁמָטִין אֶחָד אֶחָד וְקוֹרִין. אֵין הַמֵּת מוּטָל לִפְנֵיהֶם, הֵן יוֹשְׁבִין וְקוֹרִין, וְהוּא יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם. הֵם עוֹמְדִים וּמִתְפַּלְּלִין, וְהוּא עוֹמֵד וּמַצְדִּיק עָלָיו אֶת הַדִּין, וְאוֹמֵר: ״רִבּוֹן הָעוֹלָמִים, הַרְבֵּה חָטָאתִי לְפָנֶיךָ, וְלֹא נִפְרַעְתָּ מִמֶּנִּי אֶחָד מִנִּי אֶלֶף, יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתִּגְדֹּור פִּרְצוֹתֵינוּ וּפִרְצוֹת כָּל עַמְּךָ בֵּית יִשְׂרָאֵל בְּרַחֲמִים״.

« Ceux qui sont devant la civière et ceux qui sont derrière la civière. » Nos maîtres ont enseigné : ceux qui s'occupent du hesped, lorsque le mort est étendu devant eux, se retirent un par un et lisent. Si le mort n'est pas étendu devant eux, eux s'assoient et lisent, et lui reste assis en silence ; eux se tiennent debout et prient, et lui se tient debout et justifie sur lui le jugement, en disant : « Maître des mondes, j'ai beaucoup fauté devant Toi, et Tu n'as pas exigé de moi un seul sur mille ; qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de refermer nos brèches et les brèches de tout Ton peuple, la maison d'Israël, avec miséricorde. »

📜 Rachi (2)
אֵין הַמֵּת מוּטָל לִפְנֵיהֶם שֶׁהַמֵּת בְּבַיִת אַחֵר וְהֵם מַסְפִּידִין אוֹתוֹ כָּאן וְיֵשׁ מְפָרְשִׁין שֶׁנָּתוּן לְצַד אַחֵר:
Que le mort se trouve dans une autre maison et qu'ils le pleurent ici ; et certains expliquent qu'il est placé d'un autre côté.
וְהוּא יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם הָאָבֵל:
L'endeuillé.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מֻוטָּל לְפָנָיו אִין אֵינוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו לָא וּרְמִינְהוּ מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו אוֹכֵל בְּבַיִת אַחֵר. וְאִם אֵין לוֹ בַּיִת אַחֵר אוֹכֵל בְּבֵית חֲבֵרוֹ. וְאִם אֵין בַּיִת לַחֲבֵרוֹ עוֹשֶׂה מְחִיצָּה וְאוֹכֵל. אֵין לוֹ דָּבָר שֶׁיַּעֲשֶׂה מְחִיצָּה מַחֲזִיר פָּנָיו וְאוֹכֵל. וְאֵינוֹ מֵיסֵב וְאוֹכֵל. וְאֵינוֹ אוֹכֵל בָּשָׂר וְאֵינוֹ שׁוֹתֶה יַיִן וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ וְאֵינוֹ מְזַמֵּן וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו וְאֵין מְזַמְּנִין עָלָיו. וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ פִּי' בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא. וְאֵינוֹ מְזֻמָּן לְבָרֵךְ ברה"מ. וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו דְּלָא תֵּימָא הוּא דְּאֵינוֹ מְבָרֵךְ אֲבָל אֲחֵרִים אוֹכְלִין עִמּוֹ וִיבָרְכוּ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא וִיזַמְּנוּ וְיֵצֵא הוּא בִּשְׁמִיעָה קָא מַשְׁמָע לַן דְּלָא צָרִיךְ. רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ אֵין צָרִיךְ שֶׁיְּבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא מַשְׁמַע שֶׁאִם רָצָה לְבָרֵךְ הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ. וְלֹא מַשְׁמַע כֵּן בִּשְׁמַעְתִּין דְּקָאָמַר דְּהָכָא חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת נָמֵי אָסוּר מִכְּלָל שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְבָרֵךְ. וי"א הָא דְּמַשְׁמַע דְּאָסוּר לְבָרֵךְ הַיְינוּ כְּשֶׁצָּרִיךְ לַעֲסֹוק בְּצֹורֶךְ מִצָּרְכֵי הַמֵּת אֲבָל אִם כְּבָר עָסַק אוֹ אִם יֵשׁ עוֹסְקִין אֲחֵרִים יָכוֹל לְבָרֵךְ. וּבִירוּשַׁלְמִי לֹא מַשְׁמַע כֵּן דְּגָרְסִינַן הָתָם אֵינוֹ אוֹכֵל כָּל צָרְכּוֹ וְאֵינוֹ אוֹכֵל בָּשָׂר וְאֵינוֹ שׁוֹתֶה יַיִן וְלֹא מְבָרֵךְ. וְאִם בֵּירֵךְ אֵין עוֹנִים אַחֲרָיו אָמֵן. וַאֲחֵרִים שֶׁבֵּרְכוּ אֵין עוֹנֶה אַחֲרֵיהֶם אָמֵן. וּבַעֲנִיַּית אָמֵן אֵינוֹ מִתְבַּטֵּל מֵעֵסֶק הַמֵּת אַפֵּ"ה אָסוּר. וְעוֹד אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף יט) אֵין הַמֵּת מֻוטָּל לְפָנָיו הֵם יוֹשְׁבִין וְקוֹרִין וְהוּא יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם הֵם עוֹמְדִים וּמִתְפַּלְּלִים וְהוּא עוֹמֵד וּמַצְדִּיק עָלָיו אֶת הַדִּין וְאֵינוֹ עוֹסֵק בְּצָרְכֵי הַמֵּת מִדְּקָאָמַר יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם וְהָיָה יָכוֹל לְכַוֵּין בְּפָסוּק רִאשׁוֹן. הִלְכָּךְ נִרְאֶה שֶׁאָסוּר לְהִתְפַּלֵּל כָּל מִי שֶׁמֻּוטָּל עָלָיו הָאֲבֵלוּת. וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּגָרְסִי' הָתָם תַּנְיָא אִם רָצָה לְהַחְמִיר עַל עַצְמוֹ אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ. לָמָּה מִפְּנֵי כְּבוֹדוֹ שֶׁל מֵת. אוֹ מִשּׁוּם שֶׁאֵין לוֹ מִי שֶׁיִּשָּׂא מַשָּׂאוֹ. מַאי נָפֵיק מִבֵּינַייְהוּ. כְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ מִי שֶׁיִּשָּׂא מַשָּׂאוֹ אִי תֵימָא מִפְּנֵי כְּבוֹדוֹ שֶׁל מֵת אָסוּר. וְאִי תֵּימָא מִפְּנֵי שֶׁאֵין לוֹ מִי שֶׁיִּשָּׂא מַשָּׂאוֹ הֲרֵי יֵשׁ לוֹ מִי שֶׁיִּשָּׂא מַשָּׂאוֹ וְהָתַנְיָא פָּטוּר מִנְּטִילַת לוּלָב תִּפָּתֵר בְּחוֹל וְהָתַנְיָא פָּטוּר מִתְּקִיעַת שׁוֹפָר אִית לָךְ לְמֵימַר בְּחוֹל וְלֹא בי"ט. א"ר חֲנִינָא מִכֵּיוָן שֶׁהוּא זָקוּק לוֹ לְהַחְשִׁיךְ לְהָבִיא לוֹ אָרוֹן וְתַכְרִיכִין כְּמוֹ דְּתָנֵינַן תַּמָּן שַׁבָּת ד' קנא. מַחְשִׁיכִין עַל הַתְּחוּם כו' לְהָבִיא לוֹ אָרוֹן וְתַכְרִיכִין כְּמִי שֶׁהוּא נוֹשֵׂא מַשָּׂאוֹ דָּמֵי וְלָאו דִּסְבִירָא לֵיהּ לַיְּרוּשַׁלְמִי דַּאֲנִינוּת נוֹהֵג בְּשַׁבָּת דְּהָא בִּירֻושַּׁל' הוּא דְּקָתָנֵי בד"א בְּחוֹל אֲבָל בְּשַׁבָּת מֵיסֵב וְאוֹכֵל כָּל צָרְכּוֹ וְכוּ'. אֶלָּא מַיְיתֵי רְאָיָה מִבְּשַׁבָּת קַל וָחֹומֶר לי"ט שֶׁמֻּותָּר לְהִתְעַסֵּק בּוֹ בְּדִבּוּר וְלַעֲבֹור עָלָיו מִשּׁוּם שְׁבוּת הִלְכָּךְ בי"ט שֶׁמֻּותָּר לְקָובְרוֹ ע"י עֲמָמִין וְגַם הוּא יָכוֹל לְהִתְעַסֵּק עִמָּהֶם וּלְהַחֲשִׁיךְ עַל הַתְּחוּם נוֹשֵׂא מַשָּׂאוֹ קָרֵינַן בֵּיהּ וְכָל דִּין אֲנִינוּת נוֹהֵג בּוֹ. אֲבָל בְּשַׁבָּת כֵּיוָן שֶׁאֵין קוֹבְרִין אוֹתוֹ בְּשַׁבָּת אע"פ שֶׁמֻּותָּר לְהַחְשִׁיךְ עָלָיו אֵין נוֹהֵג בּוֹ אֲנִינוּת. וי"א דְּבֵין בְּשַׁבָּת וי"ט אֵין נוֹהֵג בָּהֶן אֲנִינוּת אֶלָּא סָמוּךְ לָעֶרֶב דְּיָכוֹל לְהַחְשִׁיךְ עַל הַתְּחוּם וְהָא דְּפָטוּר מִתְּקִיעַת שׁוֹפָר אַייְרֵי שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ שׁוֹפָר בַּבֹּקֶר וְנִזְדַּמֵּן לוֹ בְּעֶרֶב. וְכֵן אָמְרוּ עַל הָרַמְבַּ"ם זַ"ל שֶׁהָיוּ מֵתִים בָּנָיו שֶׁהָיָה מֵתוֹ מוּטָל לְפָנָיו בְּיוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל ר"ה וְצִוָּה שֶׁיִּתְקְעוּ לְפָנָיו שׁוֹפָר לְהוֹצִיאוֹ יְדֵי חוֹבָה:
Guemara : « étendu devant lui » — oui ; « qui n'est pas étendu devant lui » — non. Et l'on objecte : celui dont le mort est étendu devant lui mange dans une autre maison ; s'il n'a pas d'autre maison, il mange dans la maison de son compagnon ; s'il n'y a pas de maison chez son compagnon, il fait une cloison et mange ; s'il n'a pas de quoi faire une cloison, il détourne son visage et mange ; il ne mange pas accoudé, il ne mange pas de viande et ne boit pas de vin, il ne récite pas la bénédiction et ne fait pas le zimoun, on ne récite pas la bénédiction pour lui et on ne le compte pas au zimoun. « Il ne récite pas la bénédiction » : explication — la bénédiction HaMotsi. « Il ne fait pas le zimoun » : pour réciter le birkat hamazon. « On ne récite pas la bénédiction pour lui » : pour que tu ne dises pas que lui seul ne récite pas la bénédiction, mais que d'autres mangent avec lui, récitent HaMotsi, font le zimoun et qu'il s'acquitte par l'écoute ; cela nous enseigne qu'il n'en a pas besoin. Rachi a expliqué : il n'a pas besoin de réciter HaMotsi, ce qui laisse entendre que s'il voulait bénir il en aurait le droit. Or cela ne ressort pas de notre sougya, où il est dit qu'ici, même au-delà de quatre coudées, c'est également interdit, d'où il ressort qu'il ne peut pas bénir. Et certains disent que ce dont il ressort qu'il est interdit de bénir vise le cas où il doit s'occuper des besoins du mort ; mais s'il s'en est déjà occupé, ou si d'autres s'en occupent, il peut bénir. Or dans le Yerouchalmi cela ne ressort pas ainsi, car nous y lisons : il ne mange pas tout son content, il ne mange pas de viande et ne boit pas de vin, et il ne bénit pas ; et s'il a béni, on ne répond pas amen après lui ; et si d'autres ont béni, il ne répond pas amen après eux. Or en répondant amen il ne s'annule pas de l'occupation du mort, et pourtant c'est interdit. Nous disons encore plus loin dans notre chapitre (Berakhot 19) : si le mort n'est pas étendu devant lui, eux s'assoient et lisent, et lui reste assis en silence ; eux se tiennent debout et prient, et lui se tient debout et justifie sur lui le jugement — alors qu'il ne s'occupe pas des besoins du mort, puisqu'il est dit qu'il reste assis en silence et qu'il aurait pu diriger son intention sur le premier verset. Il apparaît donc qu'il est interdit de prier à quiconque l'avelout incombe. Et il en ressort de même du Yerouchalmi de notre chapitre, où nous lisons : il a été enseigné que s'il veut se montrer rigoureux avec lui-même, on ne l'écoute pas ; pourquoi ? à cause de l'honneur du mort, ou parce qu'il n'a personne pour porter sa charge ? quelle différence entre les deux ? lorsqu'il a quelqu'un pour porter sa charge : si tu dis à cause de l'honneur du mort, c'est interdit ; si tu dis parce qu'il n'a personne pour porter sa charge, or il a quelqu'un pour porter sa charge. Et il a été enseigné qu'il est exempt de la netilat loulav — on l'établira en semaine. Et il a été enseigné qu'il est exempt de la sonnerie du chofar — peux-tu dire en semaine et non un jour de fête ? Rabbi Hanina a dit : dès lors qu'il lui incombe d'attendre la tombée de la nuit pour lui apporter un cercueil et des linceuls, comme nous avons appris là-bas (Chabbat 151a) « on attend la tombée de la nuit à la limite du tehoum pour lui apporter un cercueil et des linceuls », il est comme celui qui porte sa charge. Et le Yerouchalmi ne tient pas que l'aninout s'applique le Chabbat, car c'est dans le Yerouchalmi même qu'il est enseigné : en quoi cela vaut-il ? en semaine ; mais le Chabbat il s'accoude et mange tout son content, etc. Il en tire plutôt une preuve à partir du Chabbat, à fortiori (kal va-homer) pour le jour de fête, où il est permis de s'occuper de lui par la parole et de transgresser à son sujet un chevout (interdit rabbinique du repos). Par conséquent, un jour de fête, où il est permis de l'enterrer par des non-Juifs, ou lui-même peut s'en occuper avec eux et attendre la tombée de la nuit à la limite du tehoum, on lit à son sujet « il porte sa charge », et toutes les règles de l'aninout s'appliquent à lui. Mais le Chabbat, puisqu'on ne l'enterre pas le Chabbat, bien qu'il soit permis d'attendre pour lui la tombée de la nuit, l'aninout ne s'applique pas à lui. Et certains disent que ni le Chabbat ni le jour de fête l'aninout ne s'applique, sauf aux abords du soir, où il peut attendre la tombée de la nuit à la limite du tehoum ; et ce dont il est dit qu'il est exempt de la sonnerie du chofar traite du cas où il n'avait pas de chofar le matin et où il s'en est trouvé un le soir. Et l'on a rapporté du Rambam, de mémoire bénie, dont les fils mouraient, que son mort était étendu devant lui le premier jour de Roch Hachana et qu'il ordonna que l'on sonne du chofar devant lui pour l'acquitter de son obligation.
💡 Explication

La distinction entre le mort présent et le mort absent commande tout le passage : devant le défunt joue le principe de loeg larash, qui interdit d'accomplir sous ses yeux ce qu'il ne peut plus accomplir ; on s'écarte donc pour lire. Hors de sa présence, la lecture se fait sur place, mais l'endeuillé en reste exempt : il se tait pendant le Chema et, pendant la tefila, prononce le tsidouk hadin, la reconnaissance de la justice du jugement.

20
אָמַר אַבַּיֵּי: לָא מִבְּעֵי לֵיהּ לְאִינָשׁ לְמֵימַר הָכִי, דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, וְכֵן תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי: לְעוֹלָם אַל יִפְתַּח אָדָם פִּיו לַשָּׂטָן.

Abaye a dit : il ne convient pas qu'un homme parle ainsi, car Rabbi Chimon ben Lakich a dit, et de même on a enseigné au nom de Rabbi Yossi : jamais un homme n'ouvre sa bouche au satan.

📜 Rachi (1)
לְמֵימַר הָכִי לֹא נִפְרַעַת מִמֶּנִּי דְּמַשְׁמַע הִפָּרַע:
« Tu n'as pas exigé de moi » — ce qui laisse entendre : exige donc.
💡 Explication

La formule du tsidouk hadin comporte les mots « Tu n'as pas exigé de moi un seul sur mille ». Abaye les écarte : ainsi formulée, la phrase souligne qu'une dette reste ouverte et invite le recouvrement. La règle générale s'énonce al yiftah adam piv la-satan — que l'homme n'ouvre pas sa bouche au satan, autrement dit qu'il se garde d'évoquer lui-même le malheur.

🖼️ Schéma
Ouvrir la bouche au satan : la preuve par Yechayahou 1 Ce que le peuple dit (v. 9) Peu s'en est fallu que nous fussions comme Sedom, que nous ressemblions à Amora. Ce que le prophète leur répond (v. 10) Écoutez la parole de Hachem, chefs de Sedom ; prêtez l'oreille, peuple d'Amora. Le mot lancé en comparaison leur revient en qualification : la bouche a fourni le terme du reproche.
La comparaison prononcée par le peuple devient le nom que le prophète lui donne : d'où la règle de Abaye.
21
וְאָמַר רַב יוֹסֵף: מַאי קְרָאָהּ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּמְעַט כִּסְדוֹם הָיִינוּ״, מַאי אַהְדַּר לְהוּ נָבִיא — ״שִׁמְעוּ דְבַר ה׳ קְצִינֵי סְדֹום״.

Et Rav Yossef a dit : quel en est le verset ? Il est dit « Peu s'en est fallu que nous fussions comme Sedom » (Yechayahou 1,9) ; que leur répondit le prophète ?

« Écoutez la parole de Hachem, chefs de Sedom » (Yechayahou 1,10).

💡 Explication

Rav Yossef fournit l'appui scripturaire de la règle. Le peuple emploie Sedom comme une comparaison atténuée ; le prophète reprend le mot et en fait leur titre. La séquence des deux versets sert de démonstration : la parole prononcée a fourni la matière de la sentence.

22
קָבְרוּ אֶת הַמֵּת וְחָזְרוּ וְכוּ׳. אִם יְכוֹלִים לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ אִין, אֲבָל פֶּרֶק אֶחָד אוֹ פָּסוּק אֶחָד — לֹא. וּרְמִינְהוּ: קָבְרוּ אֶת הַמֵּת וְחָזְרוּ, אִם יְכוֹלִין לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור אֲפִילּוּ פֶּרֶק אֶחָד אוֹ פָּסוּק אֶחָד!

« Ils ont enterré le mort et sont revenus, etc. » S'ils peuvent commencer et achever tout [le Chema], oui ; mais un seul chapitre ou un seul verset, non. Et l'on objecte : « Ils ont enterré le mort et sont revenus : s'ils peuvent commencer et achever même un seul chapitre ou un seul verset [ils commencent] ! »

⚖️ Rosh (2)
מַתְנֵי' קָבְרוּ אֶת הַמֵּת וְחָזְרוּ אִם יְכוֹלִין לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעוּ לַשּׁוּרָה יַתְחִילוּ וְאִם לָאו לֹא יַתְחִילוּ. הָעוֹמְדִים בַּשּׁוּרָה הַפְּנִימִים פְּטוּרִים וְהַחִיצוֹנִים חַיָּיבִין: יְרוּשַׁלְמִי. כָּל הָעוֹסְקִין בְּהֶסְפֵּד פְּטוּרִין מִן הק"ש גִּירְסַת הַיְרוּשַׁלְמִי מַפְסִיקִין לק"ש וְאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה. מַעֲשֶׂה הָיָה וְהִפְסִיקוּ רַבּוֹתֵינוּ לק"ש וְלִתְפִלָּה וְהָתַנְיָא אִם יְכוֹלִין לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור וְכוּ'. מַתְנִיתָא בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן הָא דְּתָנֵי תַּנָּא בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי:
Michna : ils ont enterré le mort et sont revenus ; s'ils peuvent commencer et achever avant d'atteindre la rangée, qu'ils commencent, et sinon, qu'ils ne commencent pas. Ceux qui se tiennent dans la rangée : les rangs intérieurs sont exempts et les rangs extérieurs sont tenus. Yerouchalmi : tous ceux qui s'occupent du hesped sont exempts de la lecture du Chema. Version du Yerouchalmi : on interrompt pour le Chema et l'on n'interrompt pas pour la tefila. Il y eut un fait, et nos maîtres interrompirent pour le Chema et pour la tefila. Or il a été enseigné « s'ils peuvent commencer et achever, etc. » : notre michna traite du premier jour, et ce qu'enseigne le tana traite du second jour.
תְּנָא אִם יְכוֹלִין לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור אַפֵּי' פֶּרֶק אֶחָד אוֹ פָּסוּק אֶחָד יַתְחִילוּ וְאִם לָאו לֹא יַתְחִילוּ: הָעוֹמְדִים בְּשׁוּרָה. ת"ר הַשּׁוּרָה הָרוֹאֶה אֶת הִפְנִימָה פְּטוּרָה. שֶׁאֵינָהּ רוֹאָה אֶת הִפְנִימָה חַיֶּיבֶת. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הַבָּאִים מֵחֲמַת הָאָבֵל פְּטוּרִין. מֵחֲמַת עַצְמָן וְלֹא מֵחֲמַת כָּבוֹד חַיָּיבִין:
Il a été enseigné : s'ils peuvent commencer et achever même un seul chapitre ou un seul verset, qu'ils commencent, et sinon, qu'ils ne commencent pas. « Ceux qui se tiennent dans la rangée » : nos maîtres ont enseigné que la rangée qui voit la rangée intérieure est exempte, et que celle qui ne voit pas la rangée intérieure est tenue. Rabbi Yehouda dit : ceux qui viennent à cause de l'endeuillé sont exempts ; ceux qui viennent pour eux-mêmes et non par honneur sont tenus.
💡 Explication

La michna parle de commencer et d'achever avant d'atteindre la chourah, la rangée que forment les consolateurs. La guemara en tire d'abord une lecture stricte : il faut le temps de la lecture entière. La baraita se contente d'un chapitre ou d'un verset, d'où la contradiction.

23
הָכִי נָמֵי קָאָמַר: אִם יְכוֹלִין לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור אֲפִילּוּ פֶּרֶק אֶחָד אוֹ אֲפִילּוּ פָּסוּק אֶחָד עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעוּ לַשּׁוּרָה — יַתְחִילוּ, וְאִם לָאו — לֹא יַתְחִילוּ.

C'est aussi ce qu'a dit [le tana de la michna] : s'ils peuvent commencer et achever même un seul chapitre ou même un seul verset avant d'atteindre la rangée, qu'ils commencent ; et sinon, qu'ils ne commencent pas.

💡 Explication

La guemara résout la contradiction en relisant la michna à la lumière de la baraita : le mot « achever » porte sur l'unité que l'on entreprend, et non sur la lecture entière. Un chapitre ou un verset suffit donc, pourvu qu'on ait le temps de le mener à son terme avant d'atteindre la rangée.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).