Berakhot 18b — Les justes appelés vivants dans leur mort, les méchants appelés morts de leur vivant ; et la grande question : les morts savent-ils ce qui se passe chez les vivants ?

Berakhot 18b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de l'exposition du verset consacré à Benayahou ben Yehoyada : « fils d'un homme vivant » signifie que le juste est appelé vivant jusque dans sa mort, et les autres membres du verset sont lus comme l'éloge d'un maître qui rassembla des ouvriers pour la Tora et ne laissa pas son pareil. Par contraste, le verset « les morts ne savent rien » est rapporté aux méchants, qui portent déjà le nom de morts de leur vivant.

De là naît la sougya centrale du folio : les morts ont-ils connaissance de ce qui se passe ici-bas ? Les fils de Rabbi Hiyya, qui ont oublié leur étude, opposent deux versets du livre de Job, et l'on répond d'abord par une distinction : le mort connaît sa propre souffrance, il ignore celle d'autrui.

Trois récits viennent alors ébranler cette réponse — les deux esprits entendus par un hassid au cimetière, l'hôtesse de Zeiri interrogée sur ses dépôts, et le père de Chmouel retrouvé dans la hatsar mavet — et chacun reçoit une réfutation. Le folio se clôt sur la rétractation de Rabbi Yonatan : le verset « lemor » de Deutéronome 34 prouve que les morts se parlent entre eux.

Les morts savent-ils ce qui se passe chez les vivants ? Iyov 14, 21 : ses fils sont honorés et il ne sait pas => le mort ne sait rien Iyov 14, 22 : sa chair sur lui souffre => le mort sent et sait Réponse : tsaara didhou / tsaara de-aharini le mort connaît sa propre souffrance, il ignore celle d'autrui trois récits attaquent cette réponse, chacun reçoit sa réfutation 1. Les deux esprits le hassid au cimetière, veille de RH 2. L'hôtesse de Zeiri elle sait où sont les zouzim et qui vient 3. Le père de Chmouel il pleure et rit, il sait ce qui vient dilma : un autre est mort et il est allé le leur dire dilma : Douma devance et leur annonce qui arrive demain Chmouel est différent on annonce d'avance : faites place Rabbi Yonatan se rétracte Devarim 34, 4 : lemor -- va le dire aux patriarches => les morts se parlent entre eux
Le fil de la sougya : deux versets de Job, une distinction, trois récits, trois réfutations, et la rétractation finale de Rabbi Yonatan.
L'inversion du vocabulaire : haï et met Le juste : haï (vivant) Benayahou ben Yehoyada II Chemouel 23, 20 ben ich haï : fils d'un homme vivant même dans sa mort il est appelé vivant rav pealim : il rassembla des ouvriers pour la Tora chnei ariel Moav : il ne laissa pas son pareil, ni au premier ni au second Temple Le méchant : met (mort) Kohelet 9, 5 : les morts ne savent rien lu des rechaim Ye'hezkel 21, 30 : halal racha dit de Tsidkiyahou encore vivant Devarim 17, 6 : youmat ha-met on met à mort le mort -- mais il est vivant ! réponse : mort dès le départ le nom que porte l'homme dépend de ce qu'il fait, non de son état biologique
Les deux versants du vocabulaire : le juste garde le nom de vivant après sa mort, le méchant porte le nom de mort de son vivant.
1
״בֶּן אִישׁ חַי״: אַטּוּ כֻּולֵּי עָלְמָא בְּנֵי מֵתֵי נִינְהוּ? אֶלָּא: ״בֶּן אִישׁ חַי״ — שֶׁאֲפִילּוּ בְּמִיתָתוֹ קָרוּי חַי. ״רַב פְּעָלִים מִקַּבְצְאֵל״ — שֶׁרִיבָּה וְקִבֵּץ פּוֹעֲלִים לַתּוֹרָה. ״וְהוּא הִכָּה אֵת שְׁנֵי אֲרִאֵל מוֹאָב״ — שֶׁלֹּא הִנִּיחַ כְּמוֹתוֹ לֹא בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן וְלֹא בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי.

« Fils d'un homme vivant » (II Chemouel 23, 20) : est-ce à dire que tout le monde serait fils de morts ? Mais plutôt : « fils d'un homme vivant » — que même dans sa mort il est appelé vivant.

« Riche en œuvres, de Kabtséel » — qu'il a multiplié et rassemblé des ouvriers pour la Tora. « Et c'est lui qui frappa les deux Ariel de Moav » — qu'il n'a pas laissé son pareil, ni sous le premier Temple ni sous le second.

🗂️ Tossefot (1)
בֶּן אִישׁ חַי אַטּוּ כֻּולֵּי עָלְמָא בִּסְפָרִים מְדֻויָּקִים כְּתִיב חַי וְקָרֵינַן חַיִל וּמִן הַכְּתִיב דִּיֵּיק הָכִי שֶׁלֹּא כְּתִיב חַיִל אֶלָּא חַי:
Dans les livres précis, il est écrit haï et on lit hayil ; c'est du mot écrit que la Guemara tire son inférence, puisqu'il n'est pas écrit hayil mais haï.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"רַב פְּעָלִים מִקַּבְצְאֵל" שֶׁרִבָּה וְקִבֵּץ פְּעָלִים לַתּוֹרָה. נִרְאֶה לִי הַרְבֵּה תַּלְמִידִים הֲגוּנִים שֶׁהֵם בַּעֲלֵי מַעֲשֶׂה, וְלֹא חֲכָמִים בִּלְבַד שֶׁיָּפֶה דּוֹרְשִׁים, וְאֵין יָפֶה מְקַיְּימִים. אִי נָמֵי פּוֹעֲלִים 'פּוֹעֵל יָם', כְּלוֹמַר פְּעֻולָּה שֶׁל הַיָּם, שֶׁאֵינוֹ יוֹצֵא חוּץ מִן הַגְּבוּל שֶׁלּוֹ, דִּכְתִיב (יִרְמְיָהוּ ה, כב) אֲשֶׁר שַׂמְתִּי חוֹל גְּבוּל לַיָּם חָק עוֹלָם וְלֹא יַעַבְרֶנְהוּ, וְכֵן הַתַּלְמִיד חָכָם אַף עַל פִּי שֶׁיְּחַכֵּם הַרְבֵּה, צָרִיךְ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא יָצָא חוּץ מִן הַשּׁוּרָה וְהַגְּבוּל שֶׁל דֶּרֶךְ אֶרֶץ , וּמַה שֶׁנִּקְרָא בֶּן אִישׁ חַי טְפֵי מִצַּדִּיקִים אֲחֵרִים, כְּבָר פֵּירֵשׁ סוֹדָן שֶׁל דְּבָרִים רַבֵּינוּ הַגָּדוֹל בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ הַנִּדְפָּס (דַּף כ"ו) יְעַייֵּן שָׁם, וּמַה שֶׁאָמְרוּ דְּתַבַּר גְּזִיזֵי דְבַרְדָּא וּנְחַת וּטְבַל, הִנֵּה בָּזֶה הָיָה עוֹשֶׂה כַּוָּנַת ה שֶׁלֶג [333] , שֶׁהוּא מִסְפַּר שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים אָלֶ"ף [111] , וְיֵשׁ בָּזֶה בַּמֶּה שֶׁמּוֹעִילִים לְכַמָּה דְּבָרִים, וְכַנִּזְכָּר בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, וְכֵן בְּסֵפֶר נְהַר שָׁלוֹם לְרַבֵּינוּ הָרָשָׁ"שׁ זַ"ל.
« Riche en œuvres, de Kabtséel » — qu'il a multiplié et rassemblé des ouvriers pour la Tora. Il me semble : de nombreux disciples dignes, qui sont des hommes d'action, et non pas seulement des sages qui exposent bien sans bien accomplir. Ou encore : pealim se lit poel yam, c'est-à-dire l'œuvre de la mer, laquelle ne sort pas de sa limite, comme il est écrit (Yirmiyahou 5, 22) « J'ai placé le sable pour limite à la mer, loi éternelle qu'elle ne franchira pas » ; de même le talmid 'hakham, si grande que soit sa sagesse, doit prendre garde de ne pas sortir de la ligne et de la limite du derekh erets. Quant à la raison pour laquelle il est appelé ben ich haï plus que les autres justes, notre grand maître en a déjà exposé le sod (sens caché) dans le Chaar Roua'h HaKodech imprimé (p. 26), qu'on s'y reporte. Et ce qu'ils ont dit, qu'il brisa des blocs de grêle, descendit et s'immergea : il accomplissait par là l'intention du mot cheleg (neige) [333], qui vaut trois fois le nom alef [111] ; il y a là de quoi être utile à bien des choses, comme il est mentionné dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, et de même dans le livre Nehar Chalom de notre maître le Rachach, de mémoire bénie.
💡 Explication

Le folio poursuit l'exposition du verset qui fait l'éloge de Benayahou ben Yehoyada. Chaque membre du verset est lu comme un compliment d'ordre spirituel. La première difficulté est évidente : dire de quelqu'un qu'il est fils d'un homme vivant n'apprend rien, puisque tout homme a eu un père vivant. La Guemara en conclut que le mot porte sur autre chose : le juste garde le nom de vivant après sa mort.

Les deux autres membres sont lus de même. Rav pealim (riche en œuvres) devient « il a multiplié des ouvriers », c'est-à-dire des disciples au travail dans l'étude. Ariel désigne le Temple (Isaie 29, 1) : les « deux Ariel de Moav » sont lus comme les deux Temples, et le verset signifie alors que nul ne l'a égale durant toute cette durée.

🖼️ Schéma
II Chemouel 23, 20 -- éloge de Benayahou ben Yehoyada ben ich haï rav pealim mi-Kabtséel chnei ariel Moav même mort il est appelé vivant le juste ne quitte pas le nom de haï il rassembla des ouvriers pour la Tora ariel = le Temple (Yechayahou 29, 1) sans égal sous les deux Temples
Les trois membres du verset et la dracha attachée à chacun.
2
״וְהוּא יָרַד וְהִכָּה אֶת הָאֲרִי בְּתוֹךְ הַבּוֹר בְּיוֹם הַשָּׁלֶג״, אִיכָּא דְאָמְרִי: דִּתְבַר גְּזִיזֵי דְּבַרְדָּא, וְנַחַת וְטָבַל. אִיכָּא דְאָמְרִי: דִּתְנָא סִיפְרָא דְּבֵי רַב בְּיוֹמָא דְסִיתְוָא.

« Et c'est lui qui descendit et frappa le lion au milieu de la fosse, au jour de la neige » (II Chemouel 23, 20). Certains disent : qu'il brisa des blocs de grêle, descendit et s'immergea.

Certains disent : qu'il apprit le Sifra de la maison de Rav en un jour d'hiver.

📜 Rachi (3)
גְּזִיזֵי דְּבַרְדָּא חֲתִיכוֹת שֶׁל בָּרָד וְהַקֶּרַח שֶׁקּוֹרִין גלאנצ"א בְּלַעַ"ז וְהַיְינוּ בְּיוֹם הַשֶּׁלֶג:
Des morceaux de grêle et de glace, que l'on appelle glantsa en langue vernaculaire ; et c'est cela le jour de neige.
וְנַחַת וְטָבַל לְקִרְיוֹ כְּדֵי לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה:
Pour son keri (impureté séminale), afin de pouvoir s'occuper de Tora.
דִּתְנָא סִיפְרָא דְבֵי רַב תּוֹרַת כֹּהֲנִים:
Le Torat Kohanim.
🗂️ Tossefot (2)
בְּתוֹךְ הַבּוֹר שֶׁהוּא בְּאֶמְצַע הַסְּפָרִים:
Parce qu'il se trouve au milieu des livres.
סִיפְרָא דְּבֵי רַב מֵהָאֲרִי דְּרֵישׁ שֶׁהוּא חָמוּר שֶׁבַּסְּפָרִים:
C'est du mot « lion » qu'il tire cette lecture, car il est le plus rude des livres.
💡 Explication

Le dernier membre du verset reçoit lui aussi deux lectures figurées, l'une portant sur l'acte, l'autre sur l'étude. Selon la première, la « fosse » est un bassin d'eau pris par la glace : Benayahou brise la glace pour s'y immerger, ce qui suppose une rigueur physique extrême au service de la pureté. Rachi précise le motif de cette immersion et sa finalité : pouvoir s'occuper de Tora.

Selon la seconde, le « lion » désigne le Sifra (Torat Kohanim), le midrach halakhique sur le Lévitique, tenu pour le plus rude des livres étudiés à la maison d'étude de Rav. Tossefot ajoute que le « milieu de la fosse » convient au Lévitique, qui occupe la place centrale des cinq livres.

3
״וְהַמֵּתִים אֵינָם יוֹדְעִים מְאוּמָה״ — אֵלּוּ רְשָׁעִים, שֶׁבְּחַיֵּיהֶן קָרַוְיִין ״מֵתִים״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה חָלָל רָשָׁע נְשִׂיא יִשְׂרָאֵל״. וְאִי בָּעֵית אֵימָא, מֵהָכָא: ״עַל פִּי שְׁנַיִם עֵדִים אוֹ עַל פִּי שְׁלֹשָׁה עֵדִים יוּמַת הַמֵּת״, חַי הוּא! אֶלָּא, הַמֵּת מֵעִיקָּרָא.

« Et les morts ne savent rien » (Kohelet 9, 5) : ce sont les méchants, qui de leur vivant sont appelés morts, ainsi qu'il est dit : « Et toi, transpercé, méchant, prince d'Israël » (Ye'hezkel 21, 30). Et si tu le veux, dis-le à partir de ceci : « Sur la parole de deux témoins ou de trois témoins, le mort sera mis à mort » (Devarim 17, 6) — mais il est vivant !

Plutôt : c'est un mort dès le départ.

📜 Rachi (1)
חֲלַל רָשָׁע עַל צִדְקִיָּהוּ הוּא אוֹמֵר וַעֲדַייִן בִּימֵי יְחֶזְקֵאל חַי הָיָה וְקוֹרֵהוּ חָלָל:
C'est de Tsidkiyahou qu'il parle ; or, au temps de Ye'hezkel, il était encore vivant, et le prophète l'appelle halal (transpercé).
💡 Explication

Après le juste appelé vivant dans sa mort, la Guemara établit le versant opposé. Le verset de Kohelet, pris à la lettre, contredirait tout ce qui précède ; il est donc rapporté aux rechaim, chez qui le mot « mort » ne décrit pas un état du corps.

Deux preuves sont apportées. La première : Ye'hezkel appelle halal (transpercé, tué) le roi Tsidkiyahou de son vivant. La seconde tient à une anomalie de formulation dans le verset de la peine capitale : la Tora écrit que l'on met à mort le mort, alors que le condamné est encore en vie au moment du jugement. La Guemara en tire que sa faute le fait déjà tenir pour mort.

4
בְּנֵי רַבִּי חִייָּא נְפוּק לְקִרְיָיתָא. אִייַּקַּר לְהוּ תַּלְמוּדַייְהוּ. הֲווֹ קָא מִצַּעֲרִי לְאִדְּכוֹרֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ חַד לְחַבְרֵיהּ: יָדַע אֲבוּן בְּהַאי צַעֲרָא? אָמַר לֵיהּ אִידָךְ: מְנָא יָדַע? וְהָא כְּתִיב: ״יִכְבְּדוּ בָנָיו וְלֹא יֵדָע״.

Les fils de Rabbi Hiyya sortirent vers les villages. Leur étude leur devint lourde.

Ils se peinaient à la rappeler. L'un dit à son compagnon : notre père sait-il cette peine qui est la nôtre ?

L'autre lui répondit : d'où le saurait-il ? N'est-il pas écrit : « Ses fils sont honorés et il ne le sait pas » (Iyov 14, 21) ?

📜 Rachi (2)
לְקִרְיָתָא לְהִתְעַסֵּק בַּעֲבוֹדַת אֲחֻוזָּתָם:
Pour s'occuper du travail de leur domaine.
אִייַּקַּר תַּלְמוּדַיְיהוּ אִשְׁתְּכַח תַּלְמוּדָם מִגִּרְסָתָם. אִיַּיקַּר הֻוכְבַּד עֲלֵיהֶם מֵחֲמַת שִׁכְחָה:
Leur étude s'est effacée de leur mémoire. Ayékar : elle leur est devenue lourde à cause de l'oubli.
💡 Explication

Le récit ouvre la sougya centrale du folio. Les fils de Rabbi Hiyya quittent la maison d'étude pour surveiller les travaux de leur domaine, et l'étude qu'ils avaient acquise s'efface. Rachi explique l'araméen ayékar talmoudayéhou : elle leur est devenue lourde à force d'oubli.

Leur question porte sur le père disparu, Rabbi Hiyya. L'un d'eux répond par le verset de Job, qui affirme du mort qu'il ne sait rien de ce qui advient à ses fils. Ce verset devient l'un des deux termes de la contradiction qui va occuper tout le folio.

5
אָמַר לֵיהּ אִידָךְ: וְלֹא יָדַע? וְהָא כְּתִיב: ״אַךְ בְּשָׂרוֹ עָלָיו יִכְאָב וְנַפְשׁוֹ עָלָיו תֶּאֱבָל״. וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: קָשָׁה רִמָּה לַמֵּת כְּמַחַט בַּבָּשָׂר הַחַי!

L'autre lui répondit : et il ne saurait pas ? N'est-il pas écrit : « Seulement sa chair sur lui souffre, et son âme sur lui est en deuil » (Iyov 14, 22) ?

Et Rabbi Yits'hak a dit : la vermine est aussi dure au mort que l'aiguille dans la chair du vivant !

💡 Explication

La réplique oppose au premier verset celui qui le suit immédiatement dans le même chapitre de Job. Si le mort souffre dans sa chair et porte le deuil dans son âme, il perçoit donc quelque chose.

La parole de Rabbi Yits'hak durcit encore l'objection en donnant une mesure à cette perception : la sensation du mort est comparée à celle d'une aiguille enfoncée dans une chair vivante. La contradiction entre les deux versets est ainsi posée dans toute sa force.

6
אָמְרִי: בְּצַעֲרָא דִּידְהוּ — יָדְעִי, בְּצַעֲרָא דְּאַחַרְיַנָא — לָא יָדְעִי.

Ils dirent : leur propre peine, ils la connaissent ; la peine d'autrui, ils ne la connaissent pas.

📜 Rachi (1)
צַעֲרָא דִּידְהוּ צַעַר גּוּפָם מַמָּשׁ כְּגוֹן עֲקִיצַת הָרִימָּה:
La souffrance de leur corps proprement dit, comme la morsure du ver.
💡 Explication

La réponse concilie les deux versets par une distinction de domaine. Le verset qui attribue au mort la souffrance vise ce qui l'atteint lui-même : c'est la tsaara didhou, sa propre peine, que Rachi identifie à la sensation physique du corps. Le verset qui lui refuse la connaissance vise ce qui advient aux autres, y compris à ses fils.

Cette distinction répond exactement à la question des fils de Rabbi Hiyya : leur père ignore leur peine, précisément parce qu'elle est la leur. Le reste du folio consiste à éprouver cette réponse par trois récits.

7
וְלֹא? וְהָתַנְיָא: מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁנָּתַן דִּינָר לְעָנִי בְּעֶרֶב רֹאשׁ הַשָּׁנָה בִּשְׁנֵי בַצֹּורֶת, וְהִקְנִיטַתּוּ אִשְׁתּוֹ, וְהָלַךְ וְלָן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת. וְשָׁמַע שְׁתֵּי רוּחוֹת שֶׁמְסַפְּרוֹת זוֹ לָזוֹ. אָמְרָה חֲדָא לַחֲבֶרְתָּהּ: חִבַּרְתִּי, בּוֹאִי וְנָשׁוּט בָּעוֹלָם, וְנִשְׁמַע מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד מַה פֻּורְעָנוּת בָּא לָעוֹלָם? אָמְרָה לָהּ חֲבֶרְתָּהּ: אֵינִי יְכוֹלָה, שֶׁאֲנִי קְבוּרָה בְּמַחְצֶלֶת שֶׁל קָנִים. אֶלָּא לְכִי אַתְּ, וּמַה שֶּׁאַתְּ שׁוֹמַעַת אָמְרִי לִי. הָלְכָה הִיא וְשִׁטָּה וּבָאָה. וְאָמְרָה לָהּ חֲבֶרְתָּהּ: חִבַּרְתִּי, מַה שָּׁמַעְתְּ מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד? אָמְרָה לָהּ: שָׁמַעְתִּי שֶׁכָּל הַזּוֹרֵעַ בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה בָּרָד מַלְקֶה אוֹתוֹ. הָלַךְ הוּא וְזָרַע בִּרְבִיעָה שְׁנִיָּה. שֶׁל כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ לָקָה, שֶׁלּוֹ — לֹא לָקָה.

Et ils ne le sauraient pas ? Mais on a enseigné : une histoire au sujet d'un hassid qui donna un dinar à un pauvre la veille de Roch Hachana, dans des années de disette ; sa femme le lui reprocha, et il alla passer la nuit au cimetière.

Il entendit deux esprits qui conversaient l'un avec l'autre. L'une dit à sa compagne : ma compagne, viens, errons par le monde et entendons de derrière le pargod quel malheur vient sur le monde.

Sa compagne lui répondit : je ne peux pas, car je suis enterrée dans une natte de roseaux. Mais toi, va, et ce que tu entendras, dis-le-moi.

Elle alla, erra et revint. Sa compagne lui dit : ma compagne, qu'as-tu entendu de derrière le pargod ?

Elle lui répondit : j'ai entendu que quiconque sème à la première revia, la grêle le frappera. Il alla et sema à la seconde revia.

Celui du monde entier fut frappé, le sien ne fut pas frappé.

📜 Rachi (5)
שְׁתֵּי רוּחוֹת שֶׁל שְׁתֵּי יְלָדוֹת מֵתוֹת:
Celles de deux jeunes filles mortes.
וְנִשְׁמַע וְנֵדַע מַה גָּזְרוּ הַיּוֹם פּוּרְעָנוּת בָּעוֹלָם. שֶׁהָעוֹלָם נִדּוֹן בר"ה:
Et nous saurons quel malheur à été décrété aujourd'hui sur le monde, car le monde est jugé à Roch Hachana.
הַפַּרְגּוֹד מְחִיצָּה הַמַּבְדֶּלֶת בֵּין מְקוֹם הַשְּׁכִינָה:
Une cloison qui sépare du lieu de la Chekhina.
בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה יוֹרֶה. שָׁלֹשׁ רְבִיעִיּוֹת הֵן בְּכִירָה שְׁנִיָּה וּשְׁלִישִׁית רִאשׁוֹנָה בי"ז בְּמַרְחֶשְׁוָן שְׁנִיָּה בכ"ג שְׁלִישִׁית בר"ח כִּסְלֵיו:
La yore (première pluie). Il y a trois revi'ot : la précoce, la deuxième et la troisième — la première le 17 marheshvan, la deuxième le 23, la troisième à roch hodech kislev.
בָּרָד מַלְקֶה אוֹתוֹ שֶׁעָתִיד בָּרָד לִיפֹּול סָמוּךְ לִרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה וּמַה שֶׁנִּזְרַע כְּבָר הֻוקְשָׁה וְהַבָּרָד שׁוֹבְרוֹ וְהַנִּזְרָע בַּשְּׁנִיָּה עֲדַייִן רַךְ הוּא וְאֵינוֹ נִשְׁבָּר בִּשְׁבִיל הַבָּרָד כָּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר וְהַפִּשְׁתָּה וְהַשְּׂעוֹרָה נֻכָּתָה וְהַחִטָּה וְהַכֻּוסֶּמֶת לֹא נֻכּוּ (שְׁמוֹת ט׳:ל״ב):
Car la grêle doit tomber peu après la première revia : ce qui a déjà été semé a durci, et la grêle le brise ; ce qui a été semé à la seconde revia est encore tendre et ne se brise pas sous la grêle, selon ce qui est dit : « Le lin et l'orge furent frappés, mais le froment et l'épeautre ne le furent pas » (Chemot 9, 32).
🪔 Ben Yehoyada (3)
מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁנָּתַן דִּינָר לְעָנִי בְּעֶרֶב רֹאשׁ הַשָּׁנָה בִּשְׁנֵי בַצֹּרֶת, וְהִקְנִיטַתּוּ אִשְׁתּוֹ, וְהָלַךְ וְלָן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת. הִנֵּה בְּוַדַּאי שֶׁהָאֱמֶת יוֹרֶה דַּרְכּוֹ, שֶׁהַנָּכוֹן לְפָרֵשׁ בָּזֶה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל בְּשֵׁם הָרִיטְבָ"א זַ"ל שֶׁדָּבָר זֶה הָיָה בְּמַרְאֵה הַחֲלוֹם וְזֶה בָּרוּר וּפָשׁוּט, אַךְ הַחֲלוֹם הַזֶּה רָאָה אוֹתוֹ מִתּוֹךְ הִרְהוּרוֹ שֶׁהִרְהֵר אוֹתָהּ הַלַּיְלָה בְּעִנְיַן הַפַּרְנָסָה שֶׁל עוֹלָם הַזֶּה, וְעִנְיָן זֶה הָיָה לוֹ חוּץ מִדַּרְכּוֹ וּמִנְהָגוֹ, כִּי אוֹתוֹ שֶׁהָיָה ריב"ב אוֹ ר"י בֶּן עִילָּאֵי הָיָה דַּרְכּוֹ כָּל לַיְלָה לִישֹׁן מִתּוֹךְ הִרְהוּר דִבְרֵי תוֹרָה, וְלֹא הָיָה נוֹתֵן עַל לִבּוֹ עִנְיְנֵי עוֹלָם הַזֶּה כְּלָל, וְרַק אוֹתָהּ הַלַּיְלָה הֻקְנְטָה שֶׁהִקְנִיטַתּוּ אִשְׁתּוֹ בִּשְׁבִיל הַפַּרְנָסָה, הִיא הָיְתָה סִבָּה שֶׁהִרְהֵר בְּעִנְיַן הַפַּרְנָסָה שֶׁל עוֹלָם הַזֶּה, וְלָכֵן מוּכָח אוֹתָם הִרְהוּרִים שֶׁלּוֹ הֶרְאוּ לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם מַרְאֶה הַחֲלוֹם הַזֶּה, וְעִנְיָן זֶה שֶׁל מַרְאֶה הַחֲלוֹם רָמְזוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל בְּדִבְרֵיהֶם, בְּאָומְרָם וְהָלַךְ וְלָן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת, עוֹלָם הַזֶּה אֵצֶל אוֹתוֹ חָסִיד נֶחְשָׁב כְּבֵית הַקְּבָרוֹת , וְתָמִיד הָיָה נִזְהָר וְנִשְׁמָר לְבִלְתִּי יָשִׂים מַחְשְׁבוֹתָיו וְהִרְהוּרָיו שָׁם, שֶׁנֶּחְשָׁבִים אֶצְלוֹ הִרְהוּרִים שֶׁל עִנְיְנֵי עוֹלָם הַזֶּה כְּטֻומְאָה שֶׁל בֵּית הַקְּבָרוֹת, שֶׁהָאָדָם נִשְׁמָט וּבוֹרֵחַ מִמֶּנָּה, וְרַק אוֹתָהּ הַלַּיְלָה הַסִּיבָּה הַהִיא נִדְמֶה לוֹ לְהַנִּיחַ הִרְהוּרָיו שָׁם. וְטַעַם אַחֵר יֵשׁ בְּוַדַּאי לַחֲכָמֵינוּ זַ"ל שֶׁכִּינּוּ זֶה בְּשֵׁם בֵּית הַקְּבָרוֹת, וְלֹא אָמְרוּ רָאָה בַּחֲלוֹם, וְעַיֵּין בְּסֵפֶר הצל"ח זַ"ל מַה שֶּׁכָּתַב בָּזֶה.
« Une histoire au sujet d'un hassid qui donna un dinar à un pauvre la veille de Roch Hachana, dans des années de disette ; sa femme le lui reprocha, et il alla passer la nuit au cimetière. » Assurément la vérité montre sa voie : il convient d'expliquer ici comme l'a écrit le Maharcha, de mémoire bénie, au nom du Ritva, de mémoire bénie, que la chose se passa dans une vision de rêve, et cela est clair et simple. Mais ce rêve, il le vit à partir des pensées qu'il rumina cette nuit-là au sujet de la subsistance de ce monde, et cela lui était étranger à sa voie et à son habitude ; car celui dont il s'agit, Rabbi Yehochoua ben Levi ou Rabbi Yehouda ben Ilai, avait pour habitude de s'endormir chaque nuit sur des pensées de Tora, et ne mettait aucunement à son cœur les affaires de ce monde. Cette nuit-là seulement, le reproche que lui fit sa femme au sujet de la subsistance fut la cause qu'il pensa à la subsistance de ce monde ; ce sont donc ces pensées-là qui firent qu'on lui montra du Ciel cette vision de rêve. Et nos maîtres, de mémoire bénie, ont fait allusion à cette vision dans leurs paroles en disant « il alla passer la nuit au cimetière » : ce monde-ci était, aux yeux de ce hassid, tenu pour un cimetière, et il prenait toujours garde de n'y point poser ses pensées ni ses ruminations, les pensées des affaires de ce monde étant à ses yeux comme l'impureté d'un cimetière, dont l'homme s'écarte et s'enfuit ; cette nuit-là seulement, cette cause lui fit y laisser ses pensées. Et nos maîtres, de mémoire bénie, ont certainement une autre raison encore d'avoir désigné cela du nom de cimetière au lieu de dire qu'il vit en rêve ; voir ce qu'a écrit là-dessus le livre Tsiyoun LeNéfech Haya, de mémoire bénie.
אָמְרָה חֲדָא לַחֲבֶרְתָּהּ. אֶפְשָׁר שֶׁהִיא קָרְאָה אוֹתָהּ בְּשָׁעָה שֶׁאָמְרָה חִבַּרְתִּי פְּלָנִיתָא, וְאוֹתוֹ הַשֵּׁם הָיָה שֵׁם פִּלְאֵי שֶׁהוּא יוֹדֵעַ שֶׁל מִי הָיָה, וּמִכֹּחַ זֶה הִכִּיר אוֹתוֹ חָסִיד מִי הָיְתָה אוֹתָהּ אִשָּׁה הַקְּבוּרָה בְּמַחְצֶלֶת, וְסִפֵּר הַחֲלוֹם לְאִשְׁתּוֹ כְּמוֹ שֶׁהוּא, וְאָמַר הַשֵּׁם שֶׁלָּהּ גַּם כֵּן כַּאֲשֶׁר שָׁמַע בַּחֲלוֹם, אַךְ תַּלְמוּדָא הִשְׁמִיט הַשֵּׁם שֶׁלָּהּ, כִּי אֵין צֹורֶךְ לְהוֹדִיעֵנוּ שְׁמָהּ גַּם כֵּן, אוֹ אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא הִזְכִּירָה אוֹתָהּ בִּשְׁמָהּ, אֶלָּא אָמְרָה כְּמוֹ דְּנָקֵיט בַּשַּׁ"ס, אַךְ בְּמַרְאֵה הַחֲלוֹם נִדְמוּ לְעֵינֵי אוֹתוֹ חָסִיד אוֹתָם שְׁנֵי רוּחוֹת שֶׁהֵם מְלֻובָּשִׁים בִּדְמוּת הַגּוּף שֶׁלָּהֶם, וְהוּא הָיָה מַכִּיר אוֹתָהּ הָאִשָּׁה בְּחַיֶּיהָ וְיָדַע מִי הִיא וְהִגִּיד לְאִשְׁתּוֹ.
« L'une dit à sa compagne. » Il est possible qu'elle l'ait appelée au moment où elle dit « ma compagne unetelle », et que ce nom fut un nom singulier permettant de savoir de qui il s'agissait ; par là, ce hassid reconnut quelle était cette femme enterrée dans une natte, il raconta le rêve à sa femme tel quel et en dit aussi le nom, comme il l'avait entendu en rêve, mais le Talmoud a omis ce nom, car il n'est pas nécessaire de nous le faire connaître. Ou bien il se peut qu'elle ne l'ait pas nommée et qu'elle ait parlé comme le Talmoud le rapporte ; mais dans la vision du rêve, ces deux esprits apparurent aux yeux de ce hassid revêtus de la forme de leur corps, et il connaissait cette femme de son vivant, savait qui elle était, et le dit à sa femme.
אָמְרָה לָהּ: חִבַּרְתִּי, אֵינִי יְכוֹלָה, שֶׁאֲנִי קְבוּרָה בְּמַחְצֶלֶת שֶׁל קָנִים. כָּתַב הר"ב בש"ע אַף עַל פִּי שֶׁהַגּוּף אֵינוֹ זָז מִמְּקוֹמוֹ, יֵשׁ לְהָבִין דֻּוגְמַת מַה שֶׁמְּכֻוסֶּה הַגּוּף כֵּן נִרְאֵית הַנְּשָׁמָה, וְהַאי סֻוגְיָא סְבִירָא לֵיהּ כְּמַאן דְּאָמַר הַכֹּל נִדּוֹנִים בר"ה עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. אַךְ הַגָּאוֹן הצל"ח זַ"ל פֵּירֵשׁ כָּל זְמַן שֶׁבְּשַׂר הַגּוּף קַייָּם אֵין הַנֶּפֶשׁ יְכוֹלָה לְהִפָּרֵד מִמֶּנּוּ עַד שֶׁיִּכְלֶה בְּשַׂר הַגּוּף לְגַמְרֵי וְאָז עוֹלֶה, וּלְכָךְ מִצְוָה לִקְבֹּור בַּקַּרְקַע, כְּדֵי שֶׁיִּכְלֶה הַבָּשָׂר מְהֵרָה, וְלָכֵן הַתַּכְרִיכִין הֵם שֶׁל פִּשְׁתָּן שֶׁנִּרְקָבִים בִּמְהֵרָה וְלֹא יְעֻכְּבוּ רְקִיבַת הַגּוּף, וְזוֹ שֶׁנִּקְבְּרָה בְּמַחְצֶלֶת שֶׁל קָנִים שֶׁהָיְתָה אַמָּה עֲנִיָּה, וְלֹא הָיָה סִפּוּק בְּיָדָהּ לְהַלְּבִישָׁה תַּכְרִיכִין פִּשְׁתָּן, וְקָבְרָה אוֹתָהּ בְּעִיטּוּף מַחְצֶלֶת קָנִים, וְזֶה אֵינוֹ מִתַּרְקַב בְּנָקֵל כָּל כָּךְ, נִשְׁאַר הַגּוּף קַייָּם בִּבְשָׂרוֹ, וְלֹא הָיְתָה יְכוֹלָה לְהִפָּרֵד וְלַעֲלוֹת לְמַעְלָה, וּבְשָׁנָה שְׁנִיָּה הָיְתָה סְבוּרָה חֲבֶרְתָּהּ שֶׁבְּמֶשֶׁךְ שָׁנָה שֶׁעָבְרָה נִרְקַב הַמַּחְצֶלֶת עִם הַבָּשָׂר, וְתִהְיֶה יְכוֹלָה לַעֲלוֹת לְמַעְלָה וְלָכֵן אָמְרָה לָהּ בּוֹאִי וְנָשׁוּט, וְזוֹ הֵשִׁיבָה שֶׁעֲדַיִין לֹא נִרְקַב הַמַּחְצֶלֶת, וְלָכֵן גַּם הַבָּשָׂר לֹא נִרְקַב, וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲלוֹת עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וּפֵירוּשׁ הָרַב יָבֹא נָכוֹן לְפִי פְּשַׁט הַלָּשׁוֹן, אַךְ מַה שֶׁאָמְרוּ שֶׁהָיְתָה אִמָּהּ עֲנִיָּה לְכָךְ נִקְבְּרָה בְּמַחְצֶלֶת, זֶה דֹּוחַק, דְּלָא נִשְׁמַע כָּזֹאת, דְּאִם יָמוּת עָנִי וַדַּאי יַעֲשׂוּ לוֹ תַּכְרִיכִין מִשֶּׁל צִבּוּר, וְעוֹד אִם הָיָה כָּךְ, אִם כֵּן יָדוּעַ דָּבָר זֶה לַאֲחֵרִים שֶׁקָּבְרוּ אוֹתָהּ כָּךְ, וּמִן הַגְּמָרָא נִרְאֶה שֶׁלֹּא הָיָה יָדוּעַ דָּבָר זֶה אֲפִילּוּ לְאִמָּהּ, אֶלָּא מִכֹּחַ זֶה הַסִּפּוּר שֶׁל הֶחָסִיד, שֶׁאָז אָמְרָה אִשְׁתּוֹ לְאִמָּהּ בּוֹאִי וְאַרַאֲיָךְ בִּתְּךָ שֶׁהִיא קְבוּרַת בְּמַחְצֶלֶת, וְכֵן נָמֵי מוּכָח מִמַּה שֶׁאָמְרָה אוֹתָהּ הָרוּחַ לַחֲבֶרְתָּהּ דְּבָרִים שֶׁבֵּינִי לְבֵינְךָ, נִשְׁמְעוּ בֵּין הַחַיִּים. לָכֵן נִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְעוֹלָם הָיְתָה קְבוּרָה בְּתַכְרִיכִין כַּנָּהוּג, אַךְ יָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ רְשָׁעִים הַנִּקְרָאִים אַמְגּוּשֵׁי שֶׁדַּרְכָּם לַחְפֹּור קְבָרוֹת בַּלַּיְלָה בַּסֵּתֶר, לְהַפְשִׁיט תַּכְרִיכִין שֶׁל הַמֵּתִים לְצֹורֶךְ מַעֲשֵׂה כִּשּׁוּף כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא, וְאוּלַי שֶׁקָּרָה לָזֹאת כָּךְ שֶׁאַמְגּוּשִׁי לָקַח הַתַּכְרִיכִין, מִמֶּנָּה וְנִזְדַּמֵּן שֶׁהָיָה אֵצֶל קִבְרָהּ מַחְצֶלֶת מֻושְׁלֶכֶת שָׁם, וְכָרַךְ אוֹתָהּ בָּהּ וְהֶחֱזִירָהּ לְקָבְרָהּ.
« Elle lui dit : ma compagne, je ne peux pas, car je suis enterrée dans une natte de roseaux. » Le Rav a écrit dans le Choulhan Aroukh : bien que le corps ne bouge pas de sa place, il faut comprendre que l'âme se montre à l'image de ce dont le corps est recouvert ; et cette sougya tient l'avis de celui qui dit que tous sont jugés à Roch Hachana. Fin de ses termes. Mais le Gaon, auteur du Tsiyoun LeNéfech Haya, de mémoire bénie, a expliqué : tant que la chair du corps subsiste, l'âme ne peut s'en séparer, jusqu'à ce que la chair du corps soit entièrement consumée, et alors elle monte ; c'est pourquoi il y a un commandement d'enterrer en terre, afin que la chair se consume vite, et c'est pourquoi les linceuls sont de lin, qui pourrit vite et ne retarde pas la décomposition du corps. Or celle-ci fut enterrée dans une natte de roseaux parce que sa mère était pauvre et n'avait pas de quoi la vêtir de linceuls de lin ; elle l'enveloppa donc d'une natte de roseaux, laquelle ne se décompose pas si aisément, de sorte que le corps demeura avec sa chair et qu'elle ne put ni se séparer ni monter en haut. La seconde année, sa compagne pensait que, dans l'année écoulée, la natte s'était décomposée avec la chair et qu'elle pourrait monter en haut ; c'est pourquoi elle lui dit « viens, errons » ; celle-ci répondit que la natte n'était pas encore décomposée, donc la chair non plus, et qu'elle ne pouvait pas monter. Fin de ses termes. L'explication de ce maître s'accorde bien au sens littéral du texte ; mais ce qu'il dit, que sa mère était pauvre et que pour cela on l'enterra dans une natte, fait difficulté, car on n'a jamais entendu chose pareille : si un pauvre meurt, on lui fait certainement des linceuls sur les fonds de la communauté. En outre, s'il en avait été ainsi, la chose eût été connue des autres, qui l'avaient ensevelie de la sorte ; or il ressort de la Guemara que cela n'était connu même pas de sa mère, sinon par ce récit du hassid, puisque c'est alors que la femme du hassid dit à la mère : viens et je te montrerai ta fille, qui est enterrée dans une natte de roseaux. Cela ressort également de ce que cet esprit dit à sa compagne : les choses dites entre toi et moi ont été entendues parmi les vivants. C'est pourquoi il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle avait bel et bien été ensevelie dans des linceuls selon l'usage ; mais on sait qu'il est des mécréants appelés amgouchéï, dont la coutume est de creuser les tombes de nuit, en secret, pour dépouiller les morts de leurs linceuls en vue d'opérations de sorcellerie, comme il est mentionné dans la Guemara. Peut-être lui arriva-t-il qu'un amgouchi lui prit ses linceuls, qu'une natte se trouvât jetée là près de sa tombe, qu'il l'en enveloppât et la remît dans sa tombe.
💡 Explication

Le récit est apporté comme objection contre la distinction précédente : ces esprits savent des choses qui ne les concernent pas. Deux termes techniques le commandent. Le pargod est, selon Rachi, la cloison qui sépare du lieu de la Chekhina : ce qui s'entend derrière elle, ce sont les décrets pris à Roch Hachana. La revia désigne chacune des trois périodes de première pluie, dont Rachi donne les dates : 17, 23 marheshvan et roch hodech kislev.

La logique agricole est donnée par Rachi : la grêle tombe peu après la première revia, moment où le grain semé tôt a déjà durci et se brise, tandis que le grain semé à la seconde revia est encore tendre et plie sans rompre. Le hassid, averti, décale donc ses semailles.

Le Ben Yehoyada rappelle la lecture du Ritva et du Maharcha : la scène se passe dans une vision de rêve, et le fait même que ce hassid ait dormi sur des pensées de subsistance est présenté comme l'effet du reproche de sa femme.

🖼️ Schéma
Les trois revi ot selon Rachi, et la logique de la grêle 1re revia 17 marheshvan 2e revia 23 marheshvan 3e revia roch hodech kislev semé à la 1re revia le grain a déjà durci quand la grêle tombe ce qui est dur se brise => frappé par la grêle Chemot 9, 32 : le lin et l'orge furent frappés semé à la 2e revia le grain est encore tendre ce qui est tendre plie et ne rompt pas => épargné le hassid, averti, décale ses semailles
Le calendrier des trois revi'ot et la raison pour laquelle la grêle frappe le semis précoce.
8
לַשָּׁנָה הָאַחֶרֶת הָלַךְ וְלָן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת, וְשָׁמַע אוֹתָן שְׁתֵּי רוּחוֹת שֶׁמְסַפְּרוֹת זוֹ עִם זוֹ. אָמְרָה חֲדָא לַחֲבֶרְתָּהּ: בּוֹאִי וְנָשׁוּט בָּעוֹלָם וְנִשְׁמַע מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד מַה פֻּורְעָנוּת בָּא לָעוֹלָם. אָמְרָה לָהּ: חִבַּרְתִּי, לֹא כָּךְ אָמַרְתִּי לָךְ, אֵינִי יְכוֹלָה שֶׁאֲנִי קְבוּרָה בְּמַחְצֶלֶת שֶׁל קָנִים?! אֶלָּא לְכִי אַתְּ, וּמַה שֶּׁאַתְּ שׁוֹמַעַת בּוֹאִי וְאִמְרִי לִי. הָלְכָה וְשִׁטָּה וּבָאָה. וְאָמְרָה לָהּ חֲבֶרְתָּהּ: חִבַּרְתִּי, מַה שָּׁמַעְתְּ מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד? אָמְרָה לָהּ: שָׁמַעְתִּי שֶׁכָּל הַזּוֹרֵעַ בִּרְבִיעָה שְׁנִיָּה שִׁדָּפוֹן מַלְקֶה אוֹתוֹ. הָלַךְ וְזָרַע בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה, שֶׁל כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ נִשְׁדַּף וְשֶׁלּוֹ לֹא נִשְׁדַּף.

L'année suivante, il alla passer la nuit au cimetière, et il entendit ces deux mêmes esprits qui conversaient l'un avec l'autre. L'une dit à sa compagne : viens, errons par le monde et entendons de derrière le pargod quel malheur vient sur le monde.

Elle lui répondit : ma compagne, ne te l'ai-je pas dit ainsi, que je ne peux pas, car je suis enterrée dans une natte de roseaux ? Mais toi, va, et ce que tu entendras, viens et dis-le-moi.

Elle alla, erra et revint. Sa compagne lui dit : ma compagne, qu'as-tu entendu de derrière le pargod ?

Elle lui répondit : j'ai entendu que quiconque sème à la seconde revia, la nielle le frappera. Il alla et sema à la première revia.

Celui du monde entier fut atteint de nielle, et le sien ne le fut pas.

📜 Rachi (1)
שִׁדָּפוֹן מַלְקֶה הָרַךְ וְאֵינוֹ מְשַׁדֵּף הַקָּשֶׁה:
Elle frappe ce qui est tendre et ne flétrit pas ce qui est dur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לַשָּׁנָה הָאַחֶרֶת הָלַךְ וְלָן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת. פֵּירוּשׁ אַחַר שֶׁרָאָה שֶׁבַּשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה סִיבְּבוּ לוֹ הִרְהוּרִים אֲשֶׁר הִרְהֵר בְּעִנְייְנֵי עוֹלָם הַזֶּה לִרְאוֹת חֲלוֹם שֶׁבּוֹ הִצְלִיחַ מִצַּד הַפַּרְנָסָה, לָכֵן גַּם בְּשָׁנָה זוֹ יָשֵׁן מִתּוֹךְ הִרְהוּרִים שֶׁל פַּרְנָסָה, כְּדֵי לִרְאוֹת חֲלוֹם הַנּוֹגֵעַ לְהַרְוָוחָתוֹ.
« L'année suivante, il alla passer la nuit au cimetière. » Explication : après avoir vu que, l'année précédente, les pensées qu'il avait ruminées sur les affaires de ce monde lui avaient valu de voir un rêve par lequel il réussit du côté de la subsistance, il dormit cette année-là aussi sur des pensées de subsistance, afin de voir un rêve touchant à son gain.
💡 Explication

La seconde année renverse exactement la première. Le fléau annoncé est cette fois le chidafon (la nielle, le dessèchement du grain par le vent brûlant), et Rachi donne la loi de son action, symétrique de celle de la grêle : il frappe ce qui est tendre et laisse ce qui a durci.

Le hassid sème donc à la première revia, quand tous les autres, instruits par le désastre de l'année précédente, sèment à la seconde. Le renversement du fléau produit le même résultat : lui seul est épargné. C'est ce double succès qui va pousser sa femme à l'interroger au segment suivant.

🖼️ Schéma
Deux années, deux fléaux inverses année fléau entendu au pargod il sème à résultat 1re année grêle sur qui sème à la 1re revia 2e revia le sien épargné 2e année nielle sur qui sème à la 2e revia 1re revia le sien épargné la grêle brise ce qui a durci ; la nielle frappe ce qui est encore tendre le hassid sème chaque année à contretemps du monde, et il est seul épargné
Les deux années du récit : chaque fléau atteint l'état opposé du grain, et le hassid sème à contretemps.
9
אָמְרָה לוֹ אִשְׁתּוֹ: מִפְּנֵי מה אֶשְׁתָּקַד שֶׁל כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ לָקָה וְשֶׁלְּךָ לֹא לָקָה, וְעַכְשָׁיו שֶׁל כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ נִשְׁדַּף וְשֶׁלְּךָ לֹא נִשְׁדַּף? סָח לָהּ כָּל הַדְּבָרִים הַלָּלוּ. אָמְרוּ: לֹא הָיוּ יָמִים מוּעָטִים עַד שֶׁנָּפְלָה קְטָטָה בֵּין אִשְׁתּוֹ שֶׁל אוֹתוֹ חָסִיד וּבֵין אִמָּהּ שֶׁל אוֹתָהּ רִיבָה. אָמְרָה לָהּ: לְכִי וְאַרְאֵךְ בִּתֵּךְ שֶׁהִיא קְבוּרָה בְּמַחְצֶלֶת שֶׁל קָנִים.

Sa femme lui dit : pourquoi, l'an passé, celui du monde entier a-t-il été frappé et le tien ne l'a pas été, et maintenant celui du monde entier a été atteint de nielle et le tien ne l'a pas été ? Il lui raconta toutes ces choses.

Ils dirent : il ne se passa que peu de jours avant qu'une querelle n'éclatât entre la femme de ce hassid et la mère de cette jeune fille. Elle lui dit : viens et je te montrerai ta fille, qui est enterrée dans une natte de roseaux.

💡 Explication

Le récit se retourne. Ce qui avait été entendu au cimetière est répété à la maison, puis lancé dans une querelle. La phrase de la femme du hassid révèle à la mère une chose qu'elle ignorait : sa fille avait été ensevelie dans une natte de roseaux.

Ce détail est nécessaire à la suite. Il établit que le contenu de la conversation des esprits est passé du monde des morts au monde des vivants, ce qui va permettre à l'esprit, l'année suivante, de le savoir et de le reprocher à sa compagne.

10
לַשָּׁנָה הָאַחֶרֶת הָלַךְ וְלָן בְּבֵית הַקְּבָרוֹת וְשָׁמַע אוֹתָן רוּחוֹת שֶׁמְסַפְּרוֹת זוֹ עִם זוֹ. אָמְרָה לָהּ: חִבַּרְתִּי, בּוֹאִי וְנָשׁוּט בָּעוֹלָם וְנִשְׁמַע מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד מַה פֻּורְעָנוּת בָּא לָעוֹלָם. אָמְרָה לָהּ: חִבַּרְתִּי, הַנִּיחֵינִי, דְּבָרִים שֶׁבֵּינִי לְבֵינֵךְ כְּבָר נִשְׁמְעוּ בֵּין הַחַיִּים. אַלְמָא יָדְעִי.

L'année suivante, il alla passer la nuit au cimetière et il entendit ces mêmes esprits qui conversaient l'un avec l'autre. L'une lui dit : ma compagne, viens, errons par le monde et entendons de derrière le pargod quel malheur vient sur le monde.

Elle lui répondit : ma compagne, laisse-moi ; les choses qui furent entre toi et moi ont déjà été entendues parmi les vivants. Il apparaît donc qu'ils savent.

📜 Rachi (1)
אַלְמָא יָדְעִי דְּבָרִים הָאֲמוּרִים בֵּין הַחַיִּים:
Les choses qui se disent parmi les vivants.
💡 Explication

La troisième année achève l'objection. L'esprit refuse de sortir, en donnant pour motif que leur conversation privée est devenue publique chez les vivants. Elle sait donc ce qui se dit ici-bas, et le sait dans un domaine qui ne relève pas de sa propre souffrance.

La conclusion almah yad'ei (« il apparaît donc qu'ils savent ») formule l'objection contre la distinction du segment 5. C'est cette conclusion que la Guemara va aussitôt écarter.

11
דִּילְמָא אִינִישׁ אַחֲרִינָא שָׁכֵיב, וְאָזֵיל וַאֲמַר לְהוּ.

Peut-être une autre personne est-elle morte, et est-elle allée le leur dire.

💡 Explication

La réfutation est économique : elle n'exige aucune connaissance surnaturelle. Il suffit qu'un vivant ayant eu vent de l'affaire soit mort dans l'intervalle et l'ait rapportée en arrivant.

Le principe de cette réponse vaut pour toute la suite : chaque fois qu'un mort paraît savoir, la Guemara cherche d'abord un canal ordinaire par lequel l'information a pu lui parvenir depuis le monde des morts lui-même.

12
תָּא שְׁמַע: דִּזְעֵירִי הֲוָה מַפְקֵיד זוּזֵי גַּבֵּי אֻושְׁפִּיזְכָתֵיהּ. עַד דְּאָתֵי וְאָזֵיל לְבֵי רַב, שְׁכִיבָה. אֲזַל בָּתְרַהּ לַחֲצַר מָוֶת, אֲמַר לָהּ: זוּזֵי הֵיכָא? אָמְרָה לֵיהּ: זִיל שַׁקְלִינְהוּ מִתּוּתֵי צִנּוֹרָא דְּדַשָּׁא בְּדוּךְ פְּלָן, וְאֵימָא לָהּ לְאִימָּא, תְּשַׁדַּר לִי מַסְרְקַאי וְגֻובְתַּאי דְּכֻוחְלָא בַּהֲדֵי פְּלָנִיתָא דְּאָתְיָא לִמְחַר. אַלְמָא יָדְעִי!

Viens et entends : Zeiri déposait des zouzim chez son hôtesse. Pendant qu'il allait et venait à la maison d'étude de Rav, elle mourut.

Il alla après elle à la hatsar mavet et lui dit : où sont les zouzim ? Elle lui répondit : va les prendre sous le gond de la porte, à tel endroit ; et dis à ma mère qu'elle m'envoie mon peigne et mon tube de fard par unetelle, qui vient demain.

Il apparaît donc qu'ils savent !

📜 Rachi (6)
לַחֲצַר מָוֶת לְבֵית הַקְּבָרוֹת:
Au cimetière.
בְּצִנּוֹרָא דְּדַשָּׁא בָּחוּר מִפְתַּן הַבַּיִת שֶׁהַדֶּלֶת סוֹבֵב אוֹתוֹ:
Dans le trou du seuil de la maison, autour duquel pivote la porte.
מַסְרְקַאי מַסְרֵק שֶׁלִּי:
Mon peigne.
גֻּובְּתָּא קָנֶה וּבִשְׁבִיל שֶׁמֵּתָה יָלְדָה אָמְרָה כֵּן לְעָגְמַת נֶפֶשׁ:
Un tube ; et parce qu'elle était morte jeune fille, elle parla ainsi par chagrin.
בַּהֲדֵי פְּלָנִיתָא דְּאָתְיָא לִמְחַר לִקְבוּרָה:
Pour y être ensevelie.
אַלְמָא יָדְעִי מַה שֶּׁעוֹשִׂין שֶׁיָּדְעָה זוֹ שֶׁזּוֹ גּוֹסֶסֶת וּנְטוּיָה לָמוּת:
Ce qui se fait : celle-ci savait que celle-là agonisait et penchait vers la mort.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דזעירי, הוה מפקיד זוזי לגבי אושפזיכתיה, עד דאתא ואזיל לבי רב, שכיבא. אזל בתרה לחצר־מות. נראה ודאי האי עובדא ועובדא דזעירי, היה גם כן במראה חלום, אך אותו חסיד ראה החלום מתוך הרהורים אשר הרהר קודם שינה בעניני עולם הזה, ולכך נאמר בו לן בבית הקברות, כמו שנאמר לעיל, אבל שמואל וזעירי הם עשו שאלת חלום על ידי כונות ופסוקים הידועים להם, כדי לראות את הנפטר, ולשאל ממנו, ולכן בתרווייהו נקיט 'חצר מות', ולא אמר 'בית הקברות', כי חצר מות הוא מקום אסיפה וקבוץ רוחות המתים אשר משם יעלו למתיבתא דרקיע, ומקום אסיפתן למטה נקרא חצר מות, רצונו לומר חצר של רוחות המתים.
« Zeiri déposait des zouzim chez son hôtesse ; pendant qu'il allait et venait à la maison d'étude de Rav, elle mourut ; il alla après elle à la hatsar mavet. » Il apparaît assurément que ce fait, comme celui de Zeiri, se passa lui aussi dans une vision de rêve ; mais ce hassid vit son rêve à partir des pensées qu'il avait ruminées avant de dormir sur les affaires de ce monde, et c'est pourquoi il est dit de lui « il passa la nuit au cimetière », comme on l'a expliqué plus haut. Chmouel et Zeiri, eux, procédèrent par une cheelat halom (interrogation par le rêve) au moyen d'intentions et de versets qui leur étaient connus, afin de voir le défunt et de l'interroger ; c'est pourquoi, pour l'un comme pour l'autre, le texte emploie « hatsar mavet » au lieu de « beit ha-kevarot », car la hatsar mavet est le lieu de rassemblement et de réunion des esprits des morts, d'où ils montent vers la metivta du firmament ; et leur lieu de rassemblement ici-bas s'appelle hatsar mavet, c'est-à-dire la cour des esprits des morts.
💡 Explication

Deuxième objection, tirée d'un fait rapporté au sujet de Zeiri. Deux éléments y portent la difficulté. D'abord la morte connaît l'endroit exact du dépôt, ce que Rachi précise : le trou du seuil autour duquel pivote la porte. Ensuite, et surtout, elle sait qu'une femme déterminée mourra le lendemain.

Rachi relève aussi la note humaine du récit : la demande du peigne et du tube de fard vient de ce qu'elle est morte jeune fille, et Rachi l'explique par le chagrin. L'expression hatsar mavet (la cour de la mort) est glosée par Rachi comme le cimetière ; le Ben Yehoyada y voit le lieu de rassemblement des esprits.

13
דִּלְמָא דּוּמָה קָדֵים וּמַכְרֵיז לְהוּ.

Peut-être Douma devance-t-il et le leur annonce-t-il.

📜 Rachi (1)
דִּלְמָא דּוֹמֶה מַלְאָךְ שֶׁהוּא מְמֻונֶּה עַל הַמֵּתִים קָדִים וּמַכְרִיז לְהוּ עַכְשָׁיו יָבֹא פְּלוֹנִי אֲבָל שְׁאָר דִּבְרֵי הַחַיִּים אֵינָם יוֹדְעִים:
Douma : un ange préposé aux morts, il devance et leur annonce qu'un tel va venir maintenant ; mais les autres choses des vivants, ils ne les savent pas.
💡 Explication

La réfutation reprend le principe du segment 10 en le portant sur le savoir surnaturel. Rachi identifie Douma comme l'ange préposé aux morts : il annonce à l'avance qu'un tel va arriver.

La portée de cette réponse est étroite, et Rachi le souligne : l'annonce de Douma porte sur les arrivées, et laisse intacte l'ignorance des morts pour tout le reste de ce qui se passe chez les vivants. La distinction du segment 5 tient donc toujours.

14
תָּא שְׁמַע: דַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל הֲווֹ קָא מַפְקְדִי גַּבֵּיהּ זוּזֵי דְיַתְמֵי. כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ לָא הֲוָה שְׁמוּאֵל גַּבֵּיהּ. הֲווֹ קָא קָרוּ לֵיהּ: ״בַּר אָכֵיל זוּזֵי דְיַתְמֵי״. אֲזַל אַבָּתְרֵיהּ לַחֲצַר מָוֶת. אֲמַר לְהוּ: בָּעֵינָא אַבָּא! אָמְרוּ לֵיהּ: אַבָּא טוּבָא אִיכָּא הָכָא. אֲמַר לְהוּ: בָּעֵינָא אַבָּא בַּר אַבָּא. אָמְרוּ לֵיהּ: אַבָּא בַּר אַבָּא נָמֵי טוּבָא אִיכָּא הָכָא. אֲמַר לְהוּ: בָּעֵינָא אַבָּא בַּר אַבָּא אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל הֵיכָא? אֲמַרוּ לֵיהּ סְלֵיק לִמְתִיבְתָּא דִּרְקִיעָא. אַדְּהָכִי חַזְייֵהּ לְלֵוִי דְּיָתֵיב אַבָּרַאי. אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי יָתְבַתְּ אַבָּרַאי? מַאי טַעְמָא לָא סָלְקַתְּ? אֲמַר לֵיהּ, דְּאָמְרִי לִי: כָּל כִּי הָנָךְ שְׁנֵי דְּלָא סְלֵיקְתְּ לִמְתִיבְתָּא דְּרַבִּי אַפָּס וְאַחְלֵישְׁתֵּיהּ לְדַעְתֵּיהּ, לָא מְעַייְּלִינַן לָךְ לִמְתִיבְתָּא דִרְקִיעָא.

Viens et entends : on déposait chez le père de Chmouel l'argent d'orphelins. Lorsqu'il rendit l'âme, Chmouel n'était pas auprès de lui.

On l'appelait : « fils de celui qui mange l'argent des orphelins ». Il alla après lui à la hatsar mavet.

Il leur dit : je cherche Abba. Ils lui répondirent : il y a ici beaucoup d'Abba.

Il leur dit : je cherche Abba bar Abba. Ils lui répondirent : il y a ici beaucoup d'Abba bar Abba aussi.

Il leur dit : je cherche Abba bar Abba, le père de Chmouel ; où est-il ? Ils lui répondirent : il est monté à la metivta du firmament.

Sur ces entrefaites, il vit Levi assis au-dehors. Il lui dit : pourquoi es-tu assis au-dehors ?

Pour quelle raison n'es-tu pas monté ? Il lui répondit : parce qu'ils me disent : pour toutes ces années où tu n'es pas monté à la metivta de Rabbi Afes et où tu as affaibli son esprit, nous ne te faisons pas entrer à la metivta du firmament.

📜 Rachi (4)
בָּעֵינָא אַבָּא מְבַקֵּשׁ אֲנִי אֶת אַבָּא כָּךְ הָיָה שְׁמוֹ:
Je demande Abba : tel était son nom.
א"ל הַמֵּתִים נִגְלוּ לוֹ כְּאִילּוּ הֵם חוּץ מִקִּבְרֵיהֶם וְיוֹשְׁבִים בַּעֲגֻולָּה:
Les morts lui apparurent comme s'ils étaient hors de leurs tombes, assis en cercle.
חַזְיֵיהּ שְׁמוּאֵל לְלֵוִי חֲבֵרוֹ שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב חוּץ לִישִׁיבָה שֶׁל שְׁאָר מֵתִים:
Chmouel vit Levi, son compagnon, qui était assis hors de l'assemblée des autres morts.
כָּל כִּי הָנָךְ שְׁנֵי מִסְפַּר הַשָּׁנִים שֶׁלֹּא נִכְנֶסֶת בִּישִׁיבָתוֹ שֶׁל רַבִּי אֶפֶס בְּמַס' כְּתֻובּוֹת בְּפֶרֶק הַנּוֹשֵׂא אֶת הָאִשָּׁה (כְּתֻובּוֹת דַּף קג:):
Le nombre des années où tu n'es pas entré à la maison d'étude de Rabbi Afes — dans le traité Ketoubot, au chapitre Hanossè et icha (Ketoubot 103b).
🪔 Ben Yehoyada (2)
אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל. ת"ש דְּאָבוּהָ דִּשְׁמוּאֵל וְכוּ'. הִנֵּה בִּשְׁאֵלוֹת וּתְשׁוּבוֹת הַגְּאוֹנִים כָּתוּב בִּתְשׁוּבָה לְרַבֵּינוּ הַאי גָּאוֹן זַ"ל, וְזַ"ל וְשֶׁשְּׁאַלְתֶּם אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל לָמָּה לֹא נִקְרָא בִּשְׁמוֹ, אָמְרוּ שֶׁאָבִיו שֶׁל שְׁמוּאֵל הָלַךְ בִּסְחוֹרָה לְמָקוֹם רָחוֹק, לְיָמִים מָצְאָה אוֹתוֹ מֶדְיַית אַחַת שֶׁהָיְתָה יוֹדַעַת בִּלְשׁוֹן הָעוֹפוֹת, וּתְבָעַתּוּ לִדְבַר עֲבֵירָה, וְנָתְנָה לוֹ אֶלֶף כִּכְּרֵי כֶסֶף, וְאָמַר לָהּ לָמָּה, אָמְרָה לוֹ שָׁמַעְתִּי שֶׁבְּזֶה הַלַּיְלָה תּוֹלִיד בֵּן שֶׁלֹּא יִהְיֶה כָּמוֹהוּ בְּחָכְמָה, וּכְשֶׁשָּׁמַע זֶה הָלַךְ בִּקְפִיצַת הַדֶּרֶךְ בַּלַּיְלָה לְבֵיתוֹ, וְיָדַע אֶת אִשְׁתּוֹ, וְנִתְעַבְּרָה וְשָׁב לְדַרְכּוֹ בִּקְפִיצָה, וּכְשֶׁבָּא הַדָּבָר לְבֵית דִּין הַלַּקְוָה, וְיָלְדָה בֵּן וְנִקְרָא שְׁמוּאֵל, וְאַחַר כָּךְ בָּא אָבִיו וְהֵעִיד עָלָיו, וְהָיָה שְׁמוּאֵל אוֹמֵר אֲנִי הִרְגַּשְׁתִּי כְּשֶׁהִלְקוּ אֶת אִמִּי וְהִכּוֹנִי בִּרְצוּעָה עַל רֹאשִׁי, שֶׁמְּקוֹם הָרְצוּעָה נִיכָּר בְּרָאשֵׁי שֶׁפְּצָעוֹ אוֹתִי, וְעַל זֶה הָיוּ קוֹרִין אוֹתוֹ אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל , לְהוֹדִיעַ לְכָל שֶׁאָבִיו הָיָה. וְנִרְאֶה לוֹמַר שֶׁאִמּוֹ הָיְתָה מְנַקַּת אוֹתָם הַיָּמִים, וְהָיְתָה טְהוֹרָה שֶׁאֵין לָהּ דֶּרֶךְ נָשִׁים, דְּאִם לֹא כֵן אֵיךְ בָּא עָלֶיהָ תֵּיכֶף, וַהֲלֹא הָיְתָה צְרִיכָה ז' נְקִיִּים וּטְבִילָה, מֵאַחַר שֶׁעָבְרוּ כַּמָּה יָמִים מִשֶּׁהָלַךְ בַּעְלָהּ כַּמְפֹורָשׁ בַּמַּעֲשֶׂה, אוֹ שֶׁכְּבָר פָּסְקוּ דָּמֶיהָ וְטָבְלָה קֹודֶם הֲלִיכַת בַּעְלָהּ, וּבַדֶּרֶךְ הַקָּרוֹב לַנֵּס נִתְעַבְּרָה אוֹתָהּ לַיְלָה, וְהָא דְּלָא חָשׁ לְלַעַז, וְהָיָה לוֹ לְהוֹדִיעַ לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם שֶׁאוֹתָהּ לַיְלָה הוּא בָּא לְבֵיתוֹ נִרְאֶה לִי כִּי וַדַּאי קְפִיצַת הַדֶּרֶךְ עָשָׂה עַל יְדֵי שֵׁם, וְהִסְכִּים לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֵׁם בִּשְׁבִיל מִצְוָה לְהוֹלִיד בֶּן חָכָם גָּדוֹל. אַךְ בַּחֲזָרָה אֵיךְ יִשְׁתַּמֵּשׁ לְצֹורֶךְ מָמוֹנוֹ, שֶׁהוּא מֻוכְרָח לַחֲזֹור תֵּיכֶף בִּשְׁבִיל מִסְחָרוֹ שֶׁיֵּשׁ לוֹ שָׁם מָמוֹן? לְכָךְ עָשָׂה כַּוָּנַת הַשֵּׁם שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ פַּעַם אַחַת לְצֹורֶךְ הֲלִיכָה, וּלְצֹורֶךְ חֲזָרָה, וְלָכֵן לֹא הָיָה יָכוֹל לְהִתְעַכֵּב, וְגַם לֹא הָיָה יָכוֹל לַעֲשׂוֹת הֶפְסֵק בְּדִיבּוּר שֶׁיְּדַבֵּר עִם שׁוּם אָדָם, שֶׁאִם הָיָה מְדַבֵּר הָיָה נִפְסַק כֹּחַ הַשִּׁמּוּשׁ שֶׁעָשָׂה קֹודֶם יְצִיאָתוֹ, וְצָרִיךְ לַעֲשׂוֹת שִׁמּוּשׁ חָדָשׁ לְצֹורֶךְ חֲזָרָתוֹ, וּלְכָךְ וַדַּאי אֲפִילּוּ עִם אִשְׁתּוֹ לֹא דִּבֵּר כְּלוּם, אֶלָּא בַּעַל בִּשְׁתִיקָה בְּרֶגַע אֶחָד, וְהָלַךְ לוֹ לִמְקוֹמוֹ בְּכֹחַ אוֹתָהּ הָאֲמִירָה שֶׁל שִׁמּוּשׁ הַשֵּׁם אֲשֶׁר הִזְכִּיר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא, וְנִרְאֶה לִי דָּבָר זֶה סִיבָּה דְּלָא אִסְתַּייְּעָא מִלְּתָא שֶׁיִּהְיֶה שְׁמוּאֵל נִסְמַךְ לְקָרְאוֹ רַבִּי, בִּשְׁבִיל עַיִן הָרַע שֶׁל אוֹתָהּ מֶדְייַת שֶׁיָּדְעָה שֶׁיּוֹלִיד בֵּן גָּדוֹל בְּחָכְמָה. וְנִרְאֶה כִּי אִמּוֹ קְרָאַתּוּ שְׁמוּאֵל, מִפְּנֵי שֶׁיָּדְעָה מִן הַתְּפִלָּה שֶׁהִתְפַּלֵּל ריב"ב עַל אָבִיו, שֶׁיּוֹלִיד בֵּן שֶׁיִּהְיֶה כִּשְׁמוּאֵל, דִּכְתִיב בֵּיהּ (שְׁמוּאֵל א' ג' כ') כִּי נֶאֱמָן שְׁמוּאֵל לְנָבִיא לַה', בִּשְׁבִיל אוֹתָהּ סְחוֹרָה שֶׁל הַמֶּשִׁי אֲשֶׁר מְכָרוֹ אָבִיו לריב"ב בְּדִבּוּר בְּעָלְמָא, וְנִתְיַיקֵּר אַחַר כָּךְ וְלֹא רָצָה לַחֲזֹור בּוֹ, וּלְכָךְ קְרָאַתּוּ שְׁמוּאֵל, שֶׁתִּתְקַיֵּים בּוֹ תְּפִלַּת הַצַּדִּיק ריב"ב ע"ה.
« Le père de Chmouel. » « Viens et entends : le père de Chmouel, etc. » Voici qu'il est écrit dans les Cheelot ou-Techouvot des Gueonim, dans une réponse de notre maître Rav Haï Gaon, de mémoire bénie, en ces termes : « Vous avez demandé pourquoi le père de Chmouel n'est pas appelé par son nom. On a dit que le père de Chmouel était parti pour le commerce dans un lieu éloigné ; un jour, une femme de Médie, qui savait le langage des oiseaux, le trouva et le sollicita à la faute, lui offrant mille talents d'argent. Il lui dit : pourquoi ? Elle lui répondit : j'ai entendu que cette nuit-ci tu engendreras un fils sans pareil en sagesse. Entendant cela, il fit cette nuit-là le chemin par kefitsat ha-derekh (le raccourcissement de la route) jusqu'à sa maison, connut sa femme, elle conçut, et il repartit par le même moyen. Quand la chose vint devant le tribunal, on la flagella ; elle enfanta un fils qui fut appelé Chmouel, et ensuite son père vint et témoigna sur lui. Chmouel disait : j'ai senti quand on flagella ma mère, et l'on m'a frappé de la lanière sur la tête, car la marque de la lanière se voit sur ma tête à l'endroit où l'on m'a blessé. » C'est pour cela qu'on l'appelait « le père de Chmouel », afin de faire savoir à tous qu'il était bien son père. Et il paraît juste de dire que sa mère allaitait en ces jours-là et qu'elle était pure, n'ayant pas ses règles ; sans quoi comment serait-il venu vers elle aussitôt, alors qu'elle aurait eu besoin de sept jours propres et d'une immersion, puisque plusieurs jours s'étaient écoulés depuis le départ de son mari, comme le récit l'indique ? Ou bien ses règles avaient déjà cessé et elle s'était immergée avant le départ de son mari, et par une voie proche du miracle elle conçut cette nuit-là. Quant au fait qu'il ne se soucia pas du soupçon, alors qu'il aurait dû faire savoir à deux personnes qu'il était venu chez lui cette nuit-là, il me semble que ce raccourcissement de la route, il l'accomplit assurément par un Nom, et qu'il consentit à se servir d'un Nom pour une mitsva, afin d'engendrer un fils grand en sagesse. Mais au retour, comment s'en serait-il servi pour son propre intérêt, lui qui devait revenir aussitôt pour son commerce, ayant là-bas de l'argent ? Il fit donc l'intention du Nom en s'en servant une seule fois pour l'aller et pour le retour, et c'est pourquoi il ne pouvait pas s'attarder ni faire d'interruption en parlant à qui que ce soit, car s'il avait parlé, la force de l'usage accompli avant son départ eût été rompue, et il lui eût fallu un nouvel usage pour le retour ; assurément, il ne parla donc même pas avec sa femme, il vint à elle en silence, en un instant, et s'en retourna en son lieu par la force de cette parole d'usage du Nom qu'il avait prononcée avant de partir. Et il me semble que ce fut là la raison pour laquelle la chose ne se trouva pas favorisée que Chmouel reçut la semikha et fut appelé Rabbi : à cause du mauvais œil de cette femme de Médie, qui savait qu'il engendrerait un fils grand en sagesse. Et il apparaît que sa mère l'appela Chmouel parce qu'elle savait la prière que Rabbi Yehochoua ben Levi avait faite sur son père, qu'il engendre un fils qui fut comme Chmouel, dont il est écrit (I Chemouel 3, 20) « car Chmouel était accrédité comme prophète pour ה' » ; et cela à cause de cette marchandise de soie que son père avait vendue à Rabbi Yehochoua ben Levi par une simple parole, et dont le prix monta ensuite sans qu'il voulut se rétracter. C'est pourquoi elle l'appela Chmouel, afin que s'accomplît en lui la prière du juste Rabbi Yehochoua ben Levi, la paix soit sur lui.
אַדְּהָכִי, חַזְייֵהּ לְלֵוִי דְּיָתֵיב אַבָּרַאי. פֵּירוּשׁ בְּאוֹתָהּ חֲצַר מָוֶת, שֶׁהוּא מְקוֹם אֲסִיפָה וְקִיבּוּץ הָרוּחוֹת שֶׁנִּדְמֶה לוֹ בְּמַרְאֵה הַחֲלוֹם, נִדְמֶה לוֹ גַּם כֵּן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מָקוֹם פְּנִימִי שֶׁשָּׁם שׁוֹכְנִים רוּחוֹת הַמְכֻובָּדִים יוֹתֵר, וּמָקוֹם חִיצוֹן שֶׁשָּׁם רוּחוֹת קְטַנִּים מֵאוֹתָם הַיּוֹשְׁבִים בַּפְּנִימִי, וְלָכֵן תַּרְתֵּי קָאָמַר לֵיהּ, הָא' אַמַּאי יַתֵּבַת אַבָּרַאי, וְלֹא לִפְנִים שֶׁהוּא מָקוֹם מְכֻובָּד יוֹתֵר, וְעוֹד שֵׁנִית, מ"ט לָא סִלַּקְתָּ לִמְתִיבְתָּא דִּרְקִיעַ כַּד סָלֵיק אַבָּא, מֵאַחַר כִּי לֵוִי וְאַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל הָיוּ חֲבֵרִים בַּתּוֹרָה בִּהְיוֹתָם בָּעוֹלָם הַזֶּה, רָאוּי גַּם כֵּן שֶׁיַּעֲלוּ וְיֵרְדוּ בִּמְתִיבְתָּא דִּרְקִיעַ בְּיַחַד.
« Sur ces entrefaites, il vit Levi assis au-dehors. » Explication : dans cette hatsar mavet, qui est le lieu de rassemblement et de réunion des esprits tel qu'il lui apparut dans la vision du rêve, il lui apparut aussi qu'il s'y trouve un lieu intérieur où demeurent les esprits les plus honorés, et un lieu extérieur où se tiennent des esprits moindres que ceux qui sont assis à l'intérieur. C'est pourquoi il lui dit deux choses : d'abord, pourquoi es-tu assis au-dehors et non à l'intérieur, qui est le lieu plus honoré ; ensuite, pour quelle raison n'es-tu pas monté à la metivta du firmament quand mon père y est monté, puisque Levi et le père de Chmouel avaient été compagnons d'étude en ce monde, et qu'il conviendrait donc qu'ils montent et descendent ensemble à la metivta du firmament.
💡 Explication

Troisième objection, la plus développée. Chmouel, absent à la mort de son père, ignore où se trouve l'argent des orphelins et porte de ce fait un surnom infamant. Il descend donc à la hatsar mavet. La recherche par le nom est notée par Rachi : Abba était le nom propre du père, ce qui explique la confusion.

Le récit distingue deux lieux. Les morts se tiennent rassemblés en bas, tandis que certains montent à la metivta de-rakia, la maison d'étude céleste. Levi est assis au-dehors, et le motif donné est d'ordre moral : ses années d'absence à la maison d'étude de Rabbi Afes ont affaibli l'esprit de ce maître.

🖼️ Schéma
La topographie du récit de Chmouel metivta de-rakia -- la maison d'étude d'en haut Abba bar Abba y est monté Levi reste assis au-dehors il a manqué la metivta de R. Afes on monte d'en bas vers en haut hatsar mavet -- le rassemblement des morts, en bas Rachi : les morts lui apparurent hors de leurs tombes, assis en cercle je cherche Abba -- Abba bar Abba -- Abba bar Abba père de Chmouel Chmouel descend et interroge
Les deux étages du récit : le rassemblement des morts en bas et la maison d'étude céleste, avec la place de Levi.
15
אַדְּהָכִי וְהָכִי אֲתָא אֲבוּהּ, חַזְיֵיהּ דַּהֲוָה קָא בָכֵי וְאַחֵיךְ. אֲמַר לֵיהּ: מַאי טַעְמָא קָא בָּכֵית? אֲמַר לֵיהּ: דִּלְעַגֵּל קָא אָתֵית. מַאי טַעְמָא אֲחִיכַתְּ? דַּחֲשִׁיבַתְּ בְּהַאי עָלְמָא טוּבָא. אֲמַר לֵיהּ: אִי חָשֵׁיבְנָא — נְעַייְּלוּהָ לְלֵוִי. וְעַיְּילוּהוּ לְלֵוִי.

Sur ces entrefaites, son père vint ; il le vit qui pleurait et qui riait. Il lui dit : pour quelle raison pleures-tu ?

Il lui répondit : parce que tu viens bientôt. Pour quelle raison ris-tu ?

Parce que tu es tenu pour très important dans ce monde-ci. Il lui dit : si je suis important, qu'on fasse entrer Levi.

Et l'on fit entrer Levi.

📜 Rachi (2)
חַזְיֵיהּ שְׁמוּאֵל לְאַבּוֹהּ דְּקָא בְּכִי וְחָיֵיךְ:
Chmouel vit son père qui pleurait et qui riait.
דִּלְעֵגֶל אָתֵית בִּמְהֵרָה תִּקָּבֵר:
Tu seras bientôt enseveli.
💡 Explication

Le père pleure et rit dans le même mouvement, et chacun des deux motifs porte un savoir sur le monde des vivants : la mort prochaine de son fils et la place qu'il y occupe. Rachi glose de-le-agal ka atet : tu seras bientôt enseveli.

Chmouel tire aussitôt parti de ce qu'il vient d'apprendre : il fait valoir son importance pour obtenir l'entrée de Levi à la metivta céleste, et il l'obtient. Le détail sert la suite du raisonnement, puisqu'il montre un mort informé de ce qui se passe ici-bas.

16
אֲמַר לֵיהּ: זוּזֵי דְּיַתְמֵי הֵיכָא? אֲמַר לֵיהּ: זִיל שַׁקְלִינְהוּ בְּאַמְתָא דְרִחְיָא. עִילָּאֵי וְתַתָּאֵי — דִּידַן, וּמִיצְעֵי דְּיַתְמֵי. אֲמַר לֵיהּ: מַאי טַעְמָא עֲבַדְתְּ הָכִי? אֲמַר לֵיהּ: אִי גַּנָּבֵי גַּנָּבֵי — מְגַנְּבוֹ מִדִּידַן. אִי אָכְלָה אַרְעָא — אָכְלָה מִדִּידַן. אַלְמָא דְּיָדְעִי! — דִּילְמָא שָׁאנֵי שְׁמוּאֵל, כֵּיוָן דַּחֲשִׁיב קָדְמִי וּמַכְרְזִי: פְּנוּ מָקוֹם.

Il lui dit : où est l'argent des orphelins ? Il lui répondit : va le prendre dans la maçonnerie du moulin.

Le dessus et le dessous sont à nous, le milieu est aux orphelins. Il lui dit : pour quelle raison as-tu fait ainsi ?

Il lui répondit : si des voleurs volent, qu'ils volent du nôtre ; si la terre consume, qu'elle consume du nôtre. Il apparaît donc qu'ils savent ! — Peut-être Chmouel est-il différent : étant important, on devance et l'on annonce : faites place.

📜 Rachi (2)
בְּאַמְּתָא דְּרִחְיָא כָּל בִּנְיַן מוֹשַׁב הָרֵחַיִם קָרוּי אַמַּת הָרֵחַיִים:
Toute la construction qui porte la meule s'appelle amat ha-rehayim.
אַלְמָא יָדְעִי מִי חָשׁוּב בֵּין הַחַיִּים:
Qui est important parmi les vivants.
🗂️ Tossefot (1)
אַלְמָא יָדְעִי מִדְּקָאָמַר לְעֵגֶל קָא אָתֵית וְלָא מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי כְּדִלְעֵיל דּוֹמֶה קָדִים וַאֲמַר לְהוּ דְּהַיְינוּ דַּוְקָא לְאַלְתַּר אֲבָל כָּל כָּךְ לֹא הָיָה מַקְדִּים דְּהוּא עַצְמוֹ אֵינוֹ יוֹדֵעַ:
Puisqu'il a dit « tu viens bientôt ». Et l'on ne peut pas répondre ici comme plus haut, que Douma devance et le leur annonce, car cela vaut seulement pour l'imminent ; il n'aurait pas annoncé si longtemps à l'avance, puisque lui-même ne le sait pas.
💡 Explication

La réponse du père donne la solution du surnom infamant et, avec elle, une leçon de gestion du dépôt : la couche supérieure et la couche inférieure sont son propre argent, de sorte que le vol par le haut et l'usure par le sol atteignent son bien avant celui des orphelins. Rachi glose amta de-rehaya comme toute la maçonnerie qui porte la meule.

L'objection porte sur le fait que le père savait que Chmouel viendrait bientôt. Tossefot précise pourquoi la réponse par Douma ne suffit plus ici : l'annonce de Douma vaut pour l'imminent, et Chmouel n'est pas mort le lendemain. La Guemara répond donc autrement, par le statut particulier de Chmouel, pour lequel on annonce à l'avance qu'il faut lui faire place.

🖼️ Schéma
Le dépôt dans la maçonnerie du moulin couche du haut : notre argent c'est ce que le voleur atteint d'abord couche du milieu : argent des orphelins protégé des deux côtés couche du bas : notre argent c'est ce que la terre consume d'abord le vol vient d'en haut la terre ronge par en bas le dépositaire place son propre bien là où le risque frappe amta de-rehaya : toute la maçonnerie qui porte la meule (Rachi)
La disposition des trois couches : le bien du dépositaire absorbe le vol par le haut et l'usure par le sol.
17
וְאַף רַבִּי יוֹנָתָן הֲדַר בֵּיהּ, דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: מִנַּיִן לַמֵּתִים שֶׁמְסַפְּרִים זֶה עִם זֶה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר ה׳ אֵלָיו זֹאת הָאָרֶץ אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתִּי לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיַעֲקֹב לֵאמֹר״. מַאי ״לֵאמֹר״? — אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: לֵךְ אֱמֹור לָהֶם לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיַעֲקֹב: שְׁבוּעָה שֶׁנִּשְׁבַּעְתִּי לָכֶם כְּבָר קִיַּימְתִּיהָ לִבְנֵיכֶם.

Et Rabbi Yonatan lui aussi s'est rétracté, car Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : d'où sait-on que les morts conversent l'un avec l'autre ? De ce qu'il est dit : « Et ה' lui dit : voici le pays que J'ai juré à Avraham, à Yits'hak et à Yaakov, en disant » (Devarim 34, 4).

Que signifie « en disant » ? Le Saint, béni soit-Il, dit à Moche : va dire à Avraham, à Yits'hak et à Yaakov : le serment que Je vous ai juré, Je l'ai déjà accompli pour vos enfants.

📜 Rachi (1)
זֹאת הָאָרֶץ בְּמִיתַת מֹשֶׁה כְּתִיב:
Ce verset est écrit à propos de la mort de Moche.
💡 Explication

Le folio se clôt sur une rétractation. Rabbi Yonatan avait soutenu ailleurs que les morts ignorent ce qui se passe ici-bas ; l'enseignement rapporté à son nom par Rabbi Chmouel bar Nahmani établit qu'ils conversent entre eux.

La preuve tient à un mot apparemment superflu. Le verset est dit à Moche au moment de sa mort, comme le note Rachi, et il se termine par lemor (« en disant »), qui d'ordinaire introduit une parole à transmettre. Ici, aucun destinataire vivant n'est nommé : la Guemara en conclut que la parole doit être portée aux patriarches eux-mêmes, ce qui suppose que les morts s'adressent la parole.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).