Berakhot 21a — Ce qui est de la Torah et ce qui est des Sages : Chema, birkat hamazon, birkat haTorah et tefila, puis le régime du doute et de la prière refaite

Berakhot 21a

Sougya : Le folio achève la sougya du baal keri et bascule vers une question de fond : quel est le statut de chaque obligation de parole — de la Torah (deoraita) ou des Sages (derabanan) ? La guemara cherche d'abord pourquoi le baal keri ne commence pas la tefila alors qu'il médite le Chema ; elle essaie le critère de la royauté des cieux, l'écarte par le birkat hamazon, et retient le partage deoraita / derabanan.

Rav Yehouda fixe alors deux ancrages scripturaires : « tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras » pour le birkat hamazon d'après le repas, et « car j'invoque le nom de Hachem » pour la bénédiction sur la Torah d'avant l'étude. Rabbi Yo'hanan tente d'étendre les deux autres côtés par un double kal va-homer ; la guemara le réfute deux fois et conclut par une teyouvta.

Suit le régime du doute : pour Rav Yehouda le Chema est derabanan et Emet ve-yatsiv deoraita, donc on ne refait que le second ; Rabbi Elazar tient l'inverse pour le Chema, et Rabbi Yo'hanan ajoute que l'on peut toujours reprendre la tefila. Le folio se termine sur deux règles de Chmouel : celui qui s'aperçoit en pleine amida qu'il a déjà prié s'arrête aussitôt, et celui qui entre à la synagogue après avoir prié ne recommence que s'il peut innover quelque chose dans sa prière.

Le classement du folio : ce qui est de la Torah, ce qui est des Sages Deoraita - de la Torah Lecture du Chema elle-même (selon Rabbi Elazar ; Rav Yehouda en discute) Birkat hamazon APRÈS le repas Devarim 8,10 : tu mangeras, tu seras rassasié, tu béniras Birkat haTorah AVANT l'étude Devarim 32,3 : car j'invoque le nom de Hachem Emet ve-yatsiv (sortie d'Égypte) pour Rav Yehouda Derabanan - des Sages La tefila, les dix-huit bénédictions Birkat hamazon AVANT le repas Birkat haTorah APRÈS l'étude Les bénédictions qui encadrent le Chema Les deux cases vides sont précisément celles que Rabbi Yo'hanan voudra combler par un kal va-homer. Ce que ce classement décide pour le baal keri de la michna Il médite le Chema dans son cœur, sans les bénédictions qui l'encadrent : la lecture est de la Torah, ses bénédictions non. Il bénit après le repas et non avant ; et s'il n'a pas commencé la tefila, qui est derabanan, il ne la commence pas.
Le partage deoraita / derabanan est la réponse finale de la guemara à la question du début du folio : le baal keri est tenu par ce que la Torah impose, non par ce que les Sages ont institué.
Le double kal va-homer de Rabbi Yo'hanan et sa réfutation 1. De la nourriture vers la Torah La nourriture n'exige pas de bénédiction avant, et pourtant elle en exige après. La Torah, qui en exige avant, n'en exigerait-elle pas après ? Conclusion visée : birkat haTorah d'après = deoraita 2. De la Torah vers la nourriture La Torah n'exige pas de bénédiction après, et pourtant elle en exige avant. La nourriture, qui en exige après, n'en exigerait-elle pas avant ? Conclusion visée : birkat hamazon d'avant = deoraita Pirka : que dire de la nourriture ? Elle procure une jouissance au corps. Pirka : que dire de la Torah ? Elle est la vie du monde. Et la michna elle-même tranche : sur la nourriture il bénit après et ne bénit pas avant. Teyouvta, réfutation décisive.
Chaque branche du raisonnement est brisée par une particularité propre au terme de départ, puis la michna vient contredire directement la conclusion pratique.
Le doute : que refait-on quand on ne sait plus si l'on a dit ? Rav Yehouda Chema = derabanan doute -> il ne refait pas Emet ve-yatsiv = deoraita doute -> il refait Raison : la sortie d'Égypte est commandée par la Torah. Rabbi Elazar Chema = deoraita doute -> il refait Tefila = derabanan doute -> il ne refait pas Règle générale : doute sur un derabanan, on allège. Rabbi Yo'hanan Même sur la tefila, en cas de doute il refait. Puisse l'homme prier tout le jour. La prière surnuméraire reste une supplication. Halakha retenue par le Ri et les Halakhot Guedolot : comme Rabbi Yo'hanan dans le doute seulement ; s'il a certainement prié, il s'arrête.
Les trois positions se distinguent par le statut qu'elles donnent au Chema et par la place laissée à une prière qui n'est plus obligatoire.
1
וַהֲרֵי תְּפִלָּה, דְּדָבָר שֶׁהַצִּבּוּר עֲסוּקִין בּוֹ, וּתְנַן: הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וְנִזְכַּר שֶׁהוּא בַּעַל קֶרִי — לֹא יַפְסִיק, אֶלָּא יְקַצֵּר. טַעְמָא דְּאַתְחִיל, הָא לָא אַתְחִיל — לֹא יַתְחִיל!

Mais voici la tefila (la prière), qui est elle aussi une chose dont le public s'occupe ! Et nous avons appris dans la michna : celui qui se tenait en prière et s'est souvenu qu'il était baal keri (atteint d'une émission séminale) n'interrompt pas, mais abrège.

La raison en est qu'il avait déjà commencé ; mais s'il n'avait pas commencé, il ne commencerait pas !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא יְקַצֵּר כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה:
Mais il abrège — chacune des bénédictions.
🗂️ Tossefot (2)
וַהֲרֵי תְּפִלָּה דְּדָבָר שֶׁהַצִּבּוּר כּוּ' וְא"ת אַמַּאי שְׁבַק בָּבָא דק"ש דְּקָאֵי בְּגַווַּהּ דְּדָבָר שֶׁהַצִּבּוּר עֲסוּקִין בּוֹ וְקָתָנֵי אֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ כו'. וְי"ל מִשּׁוּם רְבוּתָא דִּתְפִלָּה פָּרִיךְ מִינֵּיהּ אע"ג דִּתְפִלָּה מְעֻומָּד וְנִרְאֶה לְכָל שֶׁאֵין זֶה עוֹמֵד כְּמוֹתָם אֲפִילּוּ הָכֵי אָמְרִינַן אִם לֹא הִתְחִיל לֹא יַתְחִיל. וא"ת כֵּיוָן דְּלָא יָדַע טַעְמָא דִּבְסָמוּךְ יִקְשֶׁה גַּם לְרָבִינָא מַה לִי ק"ש וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן יוֹתֵר מִתְּפִלָּה וי"ל דִּלְרָבִינָא נִיחָא כֵּיוָן דְּהִרְהוּר כְּדִבּוּר דָּמֵי יֵשׁ לְהַצְרִיכוֹ בק"ש וּבְבִרְכַּת הַמָּזוֹן שֶׁהֵם מִדְּאוֹרַיְיתָּא יוֹתֵר מִתְּפִלָּה דְּרַבָּנָן אֲבָל לְרַב חִסְדָּא כֵּיוָן דְּהִרְהוּר אֵינוֹ כְּלוּם רַק שֶׁלֹּא יְהֵא יוֹשֵׁב וּבָטֵל מַה לִי ק"ש מַה לִי תְּפִלָּה:
Si tu demandes : pourquoi la guemara laisse-t-elle de côté la clause de la lecture du Chema, dans laquelle elle se tient justement, qui est elle aussi une chose dont le public s'occupe, et où il est enseigné qu'il ne bénit ni avant, etc. ? On peut répondre : c'est en raison de la force particulière de l'objection tirée de la tefila qu'elle interroge depuis elle. Bien que la tefila se fasse debout et soit visible de tous, de sorte que l'on voit bien qu'il ne se tient pas comme les autres, malgré cela nous disons que s'il n'a pas commencé il ne commence pas. Et si tu demandes : puisque celui qui interroge ne connaît pas encore la raison donnée juste après, la difficulté vaudra aussi pour Ravina — en quoi le Chema et le birkat hamazon différeraient-ils de la tefila ? On peut répondre : pour Ravina la chose se comprend, car puisque la pensée équivaut à la parole, il y a lieu de l'obliger pour le Chema et le birkat hamazon, qui sont de la Torah, plus que pour la tefila, qui est des Sages. Mais pour Rav Hisda, puisque la pensée n'est rien et qu'il s'agit seulement de ne pas rester assis et desœuvre, en quoi le Chema différerait-il de la tefila ?
הָא אִי לָא אַתְחֵיל לֹא יַתְחִיל וא"ת אֵימָא דִּבְדִבּוּר קָאָמַר הָא בְּהִרְהוּר שַׁפִּיר דָּמֵי וְי"ל דְּמַשְׁמַע דְּלָא יַתְחִיל אַפֵּי' בְּהִרְהוּר מִדְּלָא קָאָמַר יְקַצֵּר בְּדִבּוּר אוֹ יְהַרְהֵר בַּאֲרִיכוּת:
Si tu demandes : dis donc que la michna parle de la parole prononcée, mais que par la pensée il pourrait fort bien commencer ! On peut répondre : il ressort qu'il ne commence pas même par la pensée, puisque la michna n'a pas dit qu'il abrège dans la parole ou qu'il prolonge par la pensée.
💡 Explication

Le folio précédent a posé que le baal keri, dispensé des paroles de Torah, médite malgré tout le Chema dans son cœur pour ne pas rester assis et desœuvre pendant que le public s'en occupe. C'est la notion de davar che-hatsibour osskin bo, une chose dont l'assemblée est occupée : le sage ne veut pas qu'il se distingue par son inaction.

La guemara oppose alors la tefila, qui est elle aussi une occupation publique et se fait debout, donc bien visible. Or la michna dit seulement qu'ayant commencé il abrège, ce qui implique que, n'ayant pas commencé, il ne commence pas — même par la pensée. Le critère du public ne suffit donc pas à expliquer la différence entre le Chema et la tefila.

2
שָׁאנֵי תְּפִלָּה דְּלֵית בַּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם. וַהֲרֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו דְּלֵית בַּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם, וּתְנַן עַל הַמָּזוֹן מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו! אֶלָּא: קְרִיאַת שְׁמַע וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָיְיתָא, וּתְפִלָּה דְּרַבָּנָן.

La tefila est différente, car elle ne comporte pas l'acceptation de la royauté des cieux (malkhout chamayim). — Mais voici le birkat hamazon d'après le repas, qui ne comporte pas non plus la royauté des cieux, et nous avons appris dans la michna : sur la nourriture il bénit après et ne bénit pas avant ! Plutôt : la lecture du Chema et le birkat hamazon sont de la Torah, et la tefila est des Sages.

📜 Rachi (2)
דְּלֵית בַּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם אֵין מֶלֶךְ הָעוֹלָם בִּבְרָכוֹת שֶׁל י"ח:
Elle ne comporte pas la royauté des cieux — la formule Roi du monde ne figure pas dans les bénédictions des dix-huit.
ה"ג וַהֲרֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לְפָנֶיהָ דְּאִית בָּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם כו' לִישָּׁנָא אַחְרִינָא שָׁאנֵי תְּפִלָּה דְּלֵית בַּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם. קַבָּלַת מַלְכוּת שָׁמַיִם כִּדְאִיתָא בק"ש שֶׁמְּקַבֵּל עָלָיו אֶת הַשֵּׁם לָאָדוֹן וּלְמֶלֶךְ מְיֻוחָד וּלְהַאי לִישָּׁנָא גָּרְסִינַן וַהֲרֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו דְּלֵית בַּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם וְלָשׁוֹן זֶה נִרְאֶה שֶׁהוּא עִיקָּר מִדִּמְשַׁנֵּי לֵיהּ אֶלָּא ק"ש וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָיְיתָא וְהַאי בִּלְאַחֲרָיו עָסְקִינַן וְאִי לְלִישָּׁנָא קַמָּא הָא לָא אַייְרֵי בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו בִּדְאַתְקָפְתֵּיהּ דִּלְהָדְרִי תַּלְמוּדָא עִילָּוֵיהּ אֶלָּא ק"ש וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָייְתָא כו'. וְאִית דְּגָרְסִי הָכָא בִּלְשׁוֹן קֻושְׁיָא ק"ש דְּרַבָּנָן הִיא אֶלָּא ק"ש דְּאִית בָּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָייְתָא לְאַפּוֹקֵי תְּפִלָּה דְּרַבָּנָן וְאֵין בָּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם לְמָאֵן דְּגָרַס הָכִי מְפָרְשִׁינַן לְקַמָּן בְּשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב:
Voici la leçon : « Mais voici le birkat hamazon d'avant, qui comporte la royauté des cieux », etc. Autre version : la tefila est différente car elle ne comporte pas la royauté des cieux, c'est-à-dire l'acceptation du joug de la royauté des cieux telle qu'elle se trouve dans le Chema, où l'on accepte sur soi le Nom comme maître et comme roi unique. Et selon cette version nous lisons : « Mais voici le birkat hamazon d'après le repas, qui ne comporte pas la royauté des cieux. » Cette leçon paraît être la principale, puisque la guemara y répond : « Plutôt, le Chema et le birkat hamazon sont de la Torah », et il s'agit bien là du birkat hamazon d'après le repas ; or, selon la première version, l'objection ne portait pas sur le birkat hamazon d'après le repas, alors que le Talmud lui répond « Plutôt, le Chema et le birkat hamazon sont de la Torah », etc. Et certains lisent ici sous forme de question : « Le Chema est des Sages ! » — « Plutôt, le Chema, qui comporte la royauté des cieux, et le birkat hamazon, qui est de la Torah, à l'exclusion de la tefila, qui est des Sages et où il n'y a pas de royauté des cieux. » Pour celui qui lit ainsi, nous expliquerons plus loin que « quand tu te couches et quand tu te lèves » est écrit à propos des paroles de Torah.
🗂️ Tossefot (1)
הָכִי גָּרְסִי' אֶלָּא ק"ש וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָייְתָא וּתְפִלָּה דְּרַבָּנַן וְלָא גָּרְסִינַן מִידִי בָּתַר הָכִי עַד אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב וּפִי' הַקּוּנְטְרֵס ק"ש דְּאוֹרָייְתָא כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ אוֹמֵר אֱמֶת וְיַצִּיב כִּדְפֵי' בְּמַתְנִיתִין וְיֵשׁ סְפָרִים גּוֹרְסִים ק"ש דְּרַבָּנָן הוּא. וּמְשַׁנֵּי אֶלָּא ק"ש אִית בָּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָיְיתָא וּתְפִלָּה דְּרַבָּנַן וְכֵן הַגִּירְסָא בְּפֵ"ה וְקָשֶׁה דִּבְמַתְנִיתִין פִּי' דק"ש דְּאוֹרָיְיתָא לְכֻולֵּי עָלְמָא כֵּיוָן שֶׁלֹּא אָמַר אֱמֶת וְיַצִּיב דִּבְהָכִי מַייְרֵי מַתְנִיתִין וְגַם יֵשׁ סְפָרִים גּוֹרְסִים שָׁאנֵי תְּפִלָּה דְּלֵית בַּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם וַהֲרֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן דְּלֵית בַּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם וּתְנַן עַל הַמָּזוֹן מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו וְכוּ' אֶלָּא הַיְינוּ טַעְמָא דק"ש אִית בָּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָיְיתָא וּתְפִלָּה דְּרַבָּנַן וְגַם עַל גִּירְסָא זוֹ קָשֶׁה כִּדְפֵירֵשׁ':
Telle est notre leçon : « Plutôt, le Chema et le birkat hamazon sont de la Torah, et la tefila est des Sages », et nous ne lisons rien après cela jusqu'à « Rav Yehouda a dit au nom de Rav ». Le Kountras (Rachi) a expliqué que le Chema est de la Torah puisqu'il ne dit pas Emet ve-yatsiv, comme il l'a expliqué sur la michna. Certains livres lisent : « Le Chema est des Sages ! », et la guemara répond : « Plutôt, le Chema comporte la royauté des cieux, le birkat hamazon est de la Torah, et la tefila est des Sages » ; telle est aussi la version du chapitre cinq. Mais cela fait difficulté, car sur la michna Rachi a expliqué que le Chema est de la Torah de l'avis de tous, puisqu'il ne dit pas Emet ve-yatsiv, et c'est bien de cela que traite la michna. Il y a aussi des livres qui lisent : « La tefila est différente car elle ne comporte pas la royauté des cieux ; mais voici le birkat hamazon, qui ne comporte pas la royauté des cieux, et nous avons appris : sur la nourriture il bénit après, etc. ; plutôt, voici la raison : le Chema comporte la royauté des cieux, le birkat hamazon est de la Torah, et la tefila est des Sages. » Sur cette version aussi la difficulté demeure, comme nous l'avons expliquée.
💡 Explication

Première tentative : le Chema se distingue parce qu'on y accepte sur soi le joug de la royauté des cieux, ce que les dix-huit bénédictions ne font pas. La guemara écarte ce critère par le birkat hamazon d'après le repas, qui ne comporte pas davantage la royauté des cieux et que le baal keri récite pourtant.

La réponse retenue change de plan : le partage ne passe pas par le contenu des textes mais par leur autorité. Le Chema et le birkat hamazon d'après le repas sont deoraita, de la Torah ; la tefila est derabanan, instituée par les Sages. C'est ce classement que la suite du folio va documenter verset par verset.

Rachi et les Tossefot signalent que la leçon du texte a beaucoup varié ici : certains manuscrits font du Chema une question et non une réponse. Rachi tranche pour la version qui oppose le birkat hamazon d'après le repas, puisque c'est de lui que la réponse finale traite.

🖼️ Schéma
Deux critères essayés pour séparer la tefila du Chema 1. La royauté des cieux Le Chema fait accepter le joug ; les dix-huit bénédictions non. Écarte : le birkat hamazon d'après le repas n'en comporte pas davantage. 2. Deoraita ou derabanan Chema et birkat hamazon d'après le repas : de la Torah. Tefila : instituée par les Sages. Retenu par la guemara. Le premier critère regarde le contenu du texte, le second son autorité. C'est le second qui explique pourquoi le baal keri ne commence pas une tefila qu'il n'a pas entamée.
La guemara abandonne un critère de contenu pour un critère d'autorité ; toute la suite du folio sert à établir ce second classement.
3
אָמַר רַב יְהוּדָה: מִנַּיִן לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן לְאַחֲרֶיהָ מִן הַתּוֹרָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ״.

Rav Yehouda a dit : d'où sait-on que le birkat hamazon d'après le repas est de la Torah ? De ce qu'il est dit : « Tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras » (Devarim 8,10).

💡 Explication

Rav Yehouda fournit l'ancrage du premier terme du classement. Le verset énonce trois temps dans l'ordre : manger, être rassasié, bénir. La bénédiction y est explicitement placée après la satiété, ce qui fait du birkat hamazon d'après le repas une obligation écrite.

4
מִנַּיִן לְבִרְכַּת הַתּוֹרָה לְפָנֶיהָ מִן הַתּוֹרָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי שֵׁם ה׳ אֶקְרָא הָבוּ גֹדֶל לֵא-לֹהֵינוּ״.

D'où sait-on que la bénédiction sur la Torah d'avant l'étude est de la Torah ? De ce qu'il est dit : « Car j'invoque le nom de Hachem, rendez grandeur à notre D.ieu » (Devarim 32,3).

📜 Rachi (1)
כִּי שֵׁם ה' אֶקְרָא כְּשֶׁבָּא מֹשֶׁה לִפְתֹּוחַ בְּדִבְרֵי שִׁירָה אֱמֹר לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל אֲנִי אֲבָרֵךְ תְּחִלָּה וְאַתֶּם עָנוּ אַחֲרֵי אָמֵן כִּי שֵׁם ה' אֶקְרָא בִּבְרָכָה אַתֶּם הָבוּ גֹּודֶל לֵא-לֹהֵינוּ בְּאֻמָּן הָכֵי מְפָרְשִׁי לָהּ בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא (דַּף לז.):
Car j'invoque le nom de Hachem — lorsque Moche vint ouvrir les paroles du cantique, il dit à Israël : je bénirai le premier, et vous, répondez amen après moi. « Car j'invoque le nom de Hachem » par une bénédiction ; vous, « rendez grandeur à notre D.ieu » par le amen. Ainsi l'explique-t-on dans le traité Yoma (37a).
💡 Explication

Deuxième ancrage, symétrique du premier mais du côté opposé. Le verset ouvre le cantique de Haazinou : Moche annonce qu'il va prononcer le Nom, et demande à Israël de rendre grandeur auparavant. L'ordre du verset place donc la parole de louange avant la parole de Torah.

Rachi rappelle la lecture de Yoma 37a : « je bénirai le premier, vous répondrez amen après moi. » La bénédiction sur la Torah d'avant l'étude est ainsi rattachée à un verset, tandis que celle d'après l'étude reste sans source écrite.

5
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לָמַדְנוּ בִּרְכַּת הַתּוֹרָה לְאַחֲרֶיהָ מִן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן מִקַּל וָחֹומֶר, וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן לְפָנֶיהָ מִן בִּרְכַּת הַתּוֹרָה מִקַּל וָחֹומֶר. בִּרְכַּת הַתּוֹרָה לְאַחֲרֶיהָ מִן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן מִקַּל וָחֹומֶר: וּמַה מָזוֹן שֶׁאֵין טָעוּן לְפָנָיו, טָעוּן לְאַחֲרָיו, תּוֹרָה שֶׁטְּעוּנָה לְפָנֶיהָ, אֵינוֹ דִּין שֶׁטְּעוּנָה לְאַחֲרֶיהָ. וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן לְפָנֶיהָ מִן בִּרְכַּת הַתּוֹרָה מִקַּל וָחֹומֶר: וּמַה תּוֹרָה שֶׁאֵין טְעוּנָה לְאַחֲרֶיהָ, טְעוּנָה לְפָנֶיהָ, מָזוֹן שֶׁהוּא טָעוּן לְאַחֲרָיו, אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּהֵא טָעוּן לְפָנָיו.

Rabbi Yo'hanan a dit : nous apprenons la bénédiction sur la Torah d'après l'étude depuis le birkat hamazon par un kal va-homer (raisonnement à fortiori), et le birkat hamazon d'avant le repas depuis la bénédiction sur la Torah par un kal va-homer. La bénédiction sur la Torah d'après l'étude depuis le birkat hamazon par un kal va-homer : si la nourriture, qui n'exige pas de bénédiction avant elle, en exige une après elle, la Torah, qui en exige une avant elle, n'est-il pas juste qu'elle en exige une après elle ?

Et le birkat hamazon d'avant le repas depuis la bénédiction sur la Torah par un kal va-homer : si la Torah, qui n'exige pas de bénédiction après elle, en exige une avant elle, la nourriture, qui en exige une après elle, n'est-il pas juste qu'elle en exige une avant elle ?

📜 Rachi (3)
שֶׁאֵינוֹ טָעוּן לְפָנָיו כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא מָצִינוּ לוֹ מִקְרָא מְפֹורָשׁ לְבָרֵךְ לְפָנָיו:
Qui n'exige pas de bénédiction avant elle — c'est-à-dire que nous ne lui avons pas trouvé de verset explicite pour bénir avant elle.
טָעוּן לְאַחֲרָיו כְּדִכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ:
En exige une après elle — comme il est écrit : « Tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras ».
תּוֹרָה שֶׁטְּעוּנָה לְפָנֶיהָ כְּדַאֲמָרָן:
La Torah, qui en exige une avant elle — comme nous l'avons dit.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan veut compléter le tableau. Deux obligations sont fondées sur un verset, deux cases restent vides : la bénédiction sur la Torah d'après l'étude et le birkat hamazon d'avant le repas. Il les remplit par un kal va-homer croisé, chacune des deux matières servant de point d'appui pour l'autre.

La force apparente du raisonnement tient à sa symétrie : chaque terme est faible d'un côté et fort de l'autre, si bien que l'on peut apparemment transporter la force de l'un vers la faiblesse de l'autre dans les deux sens.

🖼️ Schéma
Les quatre cases et le mouvement croisé du kal va-homer Bénédiction AVANT Bénédiction APRÈS Nourriture Torah case vide à combler Devarim 8,10 - de la Torah Devarim 32,3 - de la Torah case vide à combler Chaque flèche porte la force d'une case attestée vers la case vide de l'autre ligne.
Le tableau montre pourquoi le raisonnement paraît solide : chaque matière est forte là où l'autre est faible.
6
אִיכָּא לְמִפְרַךְ: מַה לְמָזוֹן שֶׁכֵּן נֶהֱנֶה. וּמַה לְתוֹרָה שֶׁכֵּן חַיֵּי עוֹלָם. וְעוֹד, תְּנַן עַל הַמָּזוֹן מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו. תְּיוּבְתָּא.

Il y a lieu de réfuter : que dire de la nourriture ? Elle procure une jouissance !

Et que dire de la Torah ? Elle est la vie du monde !

Et de plus, nous avons appris dans la michna : sur la nourriture il bénit après et ne bénit pas avant. Teyouvta (réfutation décisive).

📜 Rachi (1)
אִיכָּא לְמִפְרַךְ בְּתַרְוַייְהוּ כְּשֶׁאַתָּה בָּא לִלְמֹוד תּוֹרָה מִן הַמָּזוֹן אִיכָּא לְמִפְרַךְ מַה לְמָזוֹן שֶׁכֵּן נֶהֱנֶה וּכְשֶׁאַתָּה בָּא לִלְמֹוד מָזוֹן מִן הַתּוֹרָה אִיכָּא לְמִפְרַךְ מַה לַתּוֹרָה שֶׁכֵּן חַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא:
Il y a lieu de réfuter — dans les deux sens. Lorsque tu viens apprendre la Torah depuis la nourriture, il y a lieu de réfuter : que dire de la nourriture ? Elle procure une jouissance. Et lorsque tu viens apprendre la nourriture depuis la Torah, il y a lieu de réfuter : que dire de la Torah ? Elle est la vie du monde à venir.
💡 Explication

La guemara brise les deux branches par le même procédé, la pirka : dans chaque raisonnement, le terme de départ possède une particularité que le terme d'arrivée n'a pas, ce qui interdit le transfert. La nourriture procure une jouissance corporelle, ce qui suffit à expliquer sa bénédiction sans qu'on en tire rien pour la Torah ; la Torah donne la vie du monde, ce qui suffit à expliquer la sienne sans qu'on en tire rien pour la nourriture.

À cette réfutation logique s'ajoute une réfutation de fait : la michna elle-même dit que le baal keri bénit après le repas et non avant. Si la bénédiction d'avant le repas était de la Torah, il y serait tenu. D'où la teyouvta, qui clôt le point contre Rabbi Yo'hanan.

7
אָמַר רַב יְהוּדָה: סָפֵק קָרָא קְרִיאַת שְׁמַע, סָפֵק לֹא קָרָא — אֵינוֹ חוֹזֵר וְקוֹרֵא. סָפֵק אָמַר ״אֱמֶת וְיַצִּיב״, סָפֵק לֹא אָמַר — חוֹזֵר וְאוֹמֵר ״אֱמֶת וְיַצִּיב״. מַאי טַעְמָא? — קְרִיאַת שְׁמַע דְּרַבָּנָן. ״אֱמֶת וְיַצִּיב״, דְּאוֹרָיְיתָא.

Rav Yehouda a dit : s'il doute d'avoir lu le Chema, doutant s'il l'a lu ou non, il ne recommence pas et ne le relit pas. S'il doute d'avoir dit Emet ve-yatsiv, doutant s'il l'a dit ou non, il recommence et dit Emet ve-yatsiv.

Quelle en est la raison ? La lecture du Chema est des Sages, tandis qu'Emet ve-yatsiv est de la Torah.

📜 Rachi (2)
ק"ש דְּרַבָּנָן לְקַמָּן פָּרֵיךְ לָהּ:
Le Chema est des Sages — la guemara y objectera plus loin.
אֱמֶת וְיַצִּיב דְּאוֹרָיְיתָא הִיא שֶׁמַּזְכִּיר בָּהּ יְצִיאַת מִצְרַיִם דְּחִיּוּבָא דְּאוֹרָייְתָא הִיא דִּכְתִיב לְמַעַן תִּזְכֹּר אֶת יוֹם צֵאתְךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם (דְּבָרִים טז):
Emet ve-yatsiv est de la Torah — car on y mentionne la sortie d'Égypte, dont l'obligation est de la Torah, ainsi qu'il est écrit : « afin que tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d'Égypte » (Devarim 16).
🗂️ Tossefot (1)
סָפֵק לֹא אָמַר אֱמֶת וְיַצִּיב חוֹזֵר וְתֵימַהּ הָא ע"כ צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁהוּא מְסֻופָּק גַּם מק"ש שֶׁאִם הָיָה בָּרוּר לוֹ מק"ש וְסָפֵק מֵאֱמֶת וְיַצִּיב לֹא יִהְיֶה מִן הַתּוֹרָה כֵּיוָן שֶׁהִזְכִּיר יְצִיאַת מִצְרַיִם בק"ש וְאִם כֵּן הוֹאִיל וּמְסֻופָּק מִשְּׁנֵיהֶם יַחְזֹור לק"ש דְּאִית בָּהּ תַּרְתֵּי מַלְכוּת שָׁמַיִם וִיצִיאַת מִצְרַיִם דְּהָכִי עָדִיף מִלּוֹמַר אֱמֶת וְיַצִּיב דְּלֵיכָּא אֶלָּא חֲדָא כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ גַּבֵּי מַתְנֵי'. וְאוֹמֵר רִ"י דְּוַדַּאי מַתְנֵי' גַּבֵּי בַּעַל קֶרִי שֶׁיָּדַעְנוּ בּוֹ שֶׁלֹּא אָמַר ק"ש וְלֹא אֱמֶת וְיַצִּיב כְּלָל וְאָנוּ רוֹצִים לְהַתִּיר לוֹ הִלְכָּךְ טוֹב הוּא יוֹתֵר שֶׁיֹּאמַר ק"ש דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי אֲבָל הָכָא שֶׁהוּא סָפֵק אִם אָמַר אֱמֶת וְיַצִּיב וּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִם אָמַר שְׁנֵיהֶם כִּדְפָרֵישִׁית טוֹב הוּא יוֹתֵר שֶׁיֹּאמַר אֱמֶת וְיַצִּיב מִלּוֹמַר ק"ש דִּכְשֶׁיֹּאמַר אֱמֶת וְיַצִּיב שֶׁמָּא יֵשׁ לִתְלוֹת שֶׁתִּקֵּן הַכֹּל דְּאִם קָרָא כְּבָר אֱמֶת וְיַצִּיב גַּם קָרָא ק"ש כְּבָר דְּמִסְּתָמָא הִתְפַּלֵּל כְּדֶרֶךְ תְּפִלָּה ק"ש וְאַחַ"כּ אֱמֶת וְיַצִּיב וְיָצָא יְדֵי שְׁתֵּיהֶן וְכִי נָמֵי תֵּימָא דְּלָא אָמַר כְּבָר שְׁתֵּיהֶן מ"מ שֶׁמָּא אָמַר ק"ש וְלֹא אָמַר אֱמֶת וְיַצִּיב שֶׁזֶּה יָכוֹל לִהְיוֹת וְעַתָּה כְּשֶׁיֹּאמַר אֱמֶת וְיַצִּיב נִמְצָא שֶׁהִשְׁלִים הַכֹּל וְכִי תֵּימָא שֶׁמָּא לֹא קָרָא לֹא זֶה וְלֹא זֶה כֵּיוָן דִּסְפֵיקָא הוּא כֻּולֵּי הַאי לָא אַטְרְחוּהוּ רַבָּנַן לַחֲזֹור שְׁנֵיהֶם אֲבָל אִם יֹאמַר ק"ש אֵין זוֹ תַּקָּנָה גְּמוּרָה כָּל כָּךְ דְּשֶׁמָּא קָרָא ק"ש אַחֶרֶת וְלֹא יָצָא כְּלָל בְּמַה שֶׁעוֹשֶׂה עַתָּה וְאִם בָּרוּר שֶׁלֹּא אָמַר כְּבָר ק"ש אִם כֵּן לֹא אָמַר נָמֵי אֱמֶת וְיַצִּיב שֶׁאֵין רְגִילוּת לוֹמַר אֱמֶת וְיַצִּיב בְּלֹא ק"ש וְאִם כֵּן כְּשֶׁיֹּאמַר מֵעַתָּה ק"ש לֹא תִּקֵּן כְּלָל וְלֹא יָצָא מִדֵּי סְפֵקוֹ עוֹד אָמַר הר"ר שִׁמְעוֹן דְּמַיְירֵי שַׁפִּיר שֶׁאֵינוֹ מְסֻופָּק אֶלָּא מֵאֱמֶת וְיַצִּיב אֲבָל בָּרוּר הוּא שֶׁקָּרָא ק"ש וַאֲפִילּוּ הָכֵי הָוֵי אֱמֶת וְיַצִּיב דְּאוֹרָייְתָא שר"ל סָפֵק לֹא אָמַר אֱמֶת וְיַצִּיב עִם פָּרָשַׁת צִיצִית שֶׁמְּסֻופָּק אִי לֹא אָמַר לֹא פָּרָשַׁת צִיצִית וְלֹא אֱמֶת וְיַצִּיב וְאִם כֵּן לֹא הִזְכִּיר כְּלָל יְצִיאַת מִצְרַיִם וְכֻולָּהּ מִילְּתָא דִּיצִיאַת מִצְרַיִם קָרֵי לֵיהּ אֱמֶת וְיַצִּיב לְפִי דְּטַעַם אֱמֶת וְיַצִּיב הָוֵי מִשּׁוּם יְצִיאַת מִצְרַיִם וְהִלְכָּךְ הָוֵי פָּרָשַׁת צִיצִית בִּכְלַל אֱמֶת וְיַצִּיב:
S'il doute de ne pas avoir dit Emet ve-yatsiv, il recommence — Cela étonne : il faut nécessairement dire qu'il doute également du Chema, car s'il lui était clair qu'il a lu le Chema et qu'il ne doutait que d'Emet ve-yatsiv, cela ne serait plus de la Torah, puisqu'il a déjà mentionné la sortie d'Égypte dans le Chema. Or, s'il doute des deux, qu'il retourne au Chema, qui comporte deux choses — la royauté des cieux et la sortie d'Égypte — ce qui vaut mieux que de dire Emet ve-yatsiv, qui n'en comporte qu'une, comme la guemara le dit plus loin à propos de notre michna. Et le Ri répond : assurément, la michna traite du baal keri dont nous savons qu'il n'a dit ni le Chema ni Emet ve-yatsiv du tout, et nous cherchons à lui permettre quelque chose ; il vaut donc mieux qu'il dise le Chema, qui comporte deux choses. Mais ici, où il doute d'avoir dit Emet ve-yatsiv et doute par conséquent des deux, comme nous l'avons expliqué, il vaut mieux qu'il dise Emet ve-yatsiv que le Chema. Car en disant Emet ve-yatsiv, on peut supposer qu'il répare le tout : s'il avait déjà dit Emet ve-yatsiv, il avait déjà lu le Chema, puisqu'il a vraisemblablement prié selon l'ordre de la prière, le Chema puis Emet ve-yatsiv, et il s'est acquitté des deux. Et même si tu dis qu'il n'a pas dit les deux, peut-être a-t-il dit le Chema sans dire Emet ve-yatsiv, ce qui est possible ; en disant maintenant Emet ve-yatsiv, il se trouve avoir tout complété. Et si tu dis : peut-être n'a-t-il dit ni l'un ni l'autre — puisqu'il s'agit d'un doute, les Sages ne l'ont pas chargé au point de lui faire refaire les deux. Mais s'il disait le Chema, ce ne serait pas une réparation aussi complète : peut-être a-t-il déjà lu le Chema, et il ne s'acquitterait de rien par ce qu'il fait maintenant ; et s'il est clair qu'il n'a pas encore dit le Chema, alors il n'a pas dit non plus Emet ve-yatsiv, car on n'a pas coutume de dire Emet ve-yatsiv sans le Chema, et en disant maintenant le Chema il n'aurait donc rien réparé ni ne serait sorti de son doute. Le Rav Rabbi Chimon a dit encore qu'il s'agit bien d'un cas où il ne doute que d'Emet ve-yatsiv, alors qu'il est clair qu'il a lu le Chema, et que malgré cela Emet ve-yatsiv est de la Torah : il veut dire qu'il doute de ne pas avoir dit Emet ve-yatsiv avec la parachat tsitsit, c'est-à-dire qu'il doute de n'avoir dit ni la parachat tsitsit ni Emet ve-yatsiv, de sorte qu'il n'a pas mentionné du tout la sortie d'Égypte. On appelle « Emet ve-yatsiv » toute cette affaire de la sortie d'Égypte, puisque la raison d'Emet ve-yatsiv tient à la sortie d'Égypte ; la parachat tsitsit se trouve donc incluse dans Emet ve-yatsiv.
💡 Explication

La règle de fond est celle du doute : sur une obligation derabanan on allège, sur une obligation deoraita on est rigoureux et l'on refait. Rav Yehouda applique donc son classement, mais avec un renversement surprenant : pour lui la lecture du Chema est des Sages, et c'est Emet ve-yatsiv qui est de la Torah.

La raison en est le contenu : Emet ve-yatsiv mentionne la sortie d'Égypte, dont le rappel est commandé par le verset « afin que tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d'Égypte » (Devarim 16,3). L'obligation écrite porte donc sur le souvenir, non sur le texte du Chema lui-même.

🖼️ Schéma
La règle du doute appliquée par Rav Yehouda Doute sur la lecture du Chema Statut : derabanan Doute sur un derabanan : on allège Il ne relit pas Doute sur Emet ve-yatsiv Statut : deoraita, par la sortie d'Égypte Doute sur un deoraita : on est rigoureux Il le redit
Le sens du partage se renverse ici : c'est la bénédiction, et non la lecture, qui porte l'obligation écrite du souvenir de la sortie d'Égypte.
8
מֵתִיב רַב יוֹסֵף: ״וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ״. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: הַהוּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב.

Rav Yossef objecte : « et quand tu te couches et quand tu te lèves » ! Abaye lui dit : ce verset est écrit à propos des paroles de Torah.

🗂️ Tossefot (1)
הַהוּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב וְהָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא (בְּרָכוֹת דַּף ב.) בְּעֶרֶב מִשּׁוּם דִּכְתִיב וּבְשָׁכְבְּךָ אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא:
Ce verset est écrit à propos des paroles de Torah — Et ce que nous disons plus haut, au premier chapitre (Berakhot 2a), que le soir on lit le Chema parce qu'il est écrit « et quand tu te couches », n'est qu'une simple asmakhta, un appui scripturaire.
💡 Explication

Rav Yossef oppose le verset du Chema lui-même (Devarim 6,7), qui fixe deux moments, le coucher et le lever : comment dire alors que la lecture du Chema est des Sages ?

Abaye retourne la lecture du verset. La formule ne commande pas la récitation d'un texte déterminé à des heures fixées ; elle porte sur l'étude de la Torah en général, qui doit occuper l'homme le soir comme le matin. Les Tossefot ajoutent que le verset employé au premier chapitre pour fonder la lecture du soir n'était alors qu'une asmakhta, un appui scripturaire et non une source.

9
תְּנַן: בַּעַל קֶרִי מְהַרְהֵר בְּלִבּוֹ וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לֹא לְפָנֶיהָ וְלֹא לְאַחֲרֶיהָ. וְעַל הַמָּזוֹן מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו.

Nous avons appris dans la michna : le baal keri médite dans son cœur et ne bénit ni avant ni après ; et sur la nourriture, il bénit après et ne bénit pas avant.

💡 Explication

La guemara revient à la michna pour éprouver la position de Rav Yehouda. Deux données en sont retenues : le baal keri ne dit aucune des bénédictions du Chema, ni celles d'avant ni celles d'après ; et il bénit après le repas sans bénir avant.

10
וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ ״אֱמֶת וְיַצִּיב״ דְּאוֹרָייְתָא — לְבָרוּךְ לְאַחֲרֶיהָ!

Or, s'il te venait à l'esprit qu'Emet ve-yatsiv est de la Torah, qu'il bénisse donc après elle !

💡 Explication

L'objection est directe. Emet ve-yatsiv est précisément la bénédiction qui suit le Chema du matin. Si elle était de la Torah, la michna ne pourrait pas dispenser le baal keri des bénédictions d'après le Chema.

11
מַאי טַעְמָא מְבָרֵךְ, אִי מִשּׁוּם יְצִיאַת מִצְרַיִם — הָא אַדְכַּר לֵיהּ בִּקְרִיאַת שְׁמַע.

Pour quelle raison bénirait-il ? Si c'est à cause de la sortie d'Égypte, il l'a déjà mentionnée dans la lecture du Chema.

💡 Explication

La réponse maintient le statut deoraita d'Emet ve-yatsiv tout en expliquant la dispense. L'obligation écrite porte sur le rappel de la sortie d'Égypte, non sur la formule elle-même. Or le baal keri, en méditant le Chema, a déjà mentionné la sortie d'Égypte dans la parachat tsitsit ; son obligation de la Torah est donc acquittée, et la bénédiction n'ajouterait plus rien qui soit écrit.

12
וְנֵימָא הָא וְלָא לִבְעֵי הָא! קְרִיאַת שְׁמַע עֲדִיפָא, דְּאִית בָּהּ תַּרְתֵּי.

Qu'il dise donc celle-ci et n'ait pas besoin de celle-là ! — La lecture du Chema est préférable, car elle comporte deux choses.

📜 Rachi (1)
דְּאִית בָּהּ תַּרְתֵּי יְצִיאַת מִצְרַיִם וּמַלְכוּת שָׁמַיִם:
Car elle comporte deux choses — la sortie d'Égypte et la royauté des cieux.
💡 Explication

Puisque les deux textes rappellent la sortie d'Égypte, on pourrait dire l'un ou l'autre. La guemara répond que le Chema l'emporte, car il accomplit deux choses à la fois : le rappel de la sortie d'Égypte et l'acceptation de la royauté des cieux. Entre deux moyens de remplir la même obligation, on choisit celui qui en remplit une seconde par surcroît.

13
וְרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר: סָפֵק קָרָא קְרִיאַת שְׁמַע סָפֵק לֹא קָרָא — חוֹזֵר וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע. סָפֵק הִתְפַּלֵּל סָפֵק לֹא הִתְפַּלֵּל — אֵינוֹ חוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: וּלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ.

Et Rabbi Elazar a dit : s'il doute d'avoir lu le Chema, doutant s'il l'a lu ou non, il recommence et lit le Chema. S'il doute d'avoir prié, doutant s'il a prié ou non, il ne recommence pas et ne prie pas de nouveau.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : puisse l'homme prier tout le jour durant !

📜 Rachi (2)
חוֹזֵר וְקוֹרֵא ק"ש קָסָבַר ק"ש דְּאוֹרָיְיתָא הִיא:
Il recommence et lit le Chema — il tient que la lecture du Chema est de la Torah.
וּלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת פְּסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בְּסָפֵק וַהֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל בְּוַדַּאי הִתְפַּלֵּל:
Puisse l'homme prier tout le jour — dans les Halakhot Guedolot il a tranché que la halakha est comme Rabbi Yo'hanan dans le cas d'un doute, et comme Chmouel dans le cas où il a certainement prié.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר וּלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם אוֹמֵר רִ"י דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן וְדַוְקָא בְּסָפֵק הִתְפַּלֵּל אֲבָל וַדַּאי הִתְפַּלֵּל לֹא תֵּדַע דְּהָא מִסְּתָמָא לָא פְּלִיג אַהָא דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל בְּסָמוּךְ וְנִזְכַּר שֶׁהִתְפַּלֵּל פּוֹסֵק וְכוּ' וְכֵן אִם יָכוֹל לְחַדֵּשׁ דָּבָר בִּתְפִלָּתוֹ:
Et Rabbi Yo'hanan a dit : puisse l'homme prier tout le jour — Le Ri dit que la halakha est comme Rabbi Yo'hanan, et précisément dans le cas d'un doute ; mais s'il a certainement prié, non. Sache-le, car il ne discute vraisemblablement pas ce que Rav Yehouda dit au nom de Chmouel juste après : « il s'est souvenu qu'il avait déjà prié, il interrompt », etc. ; et de même s'il peut innover quelque chose dans sa prière.
💡 Explication

Rabbi Elazar renverse la première partie de Rav Yehouda : pour lui la lecture du Chema est deoraita, donc le doute impose de refaire ; la tefila étant derabanan, le doute laisse quitte.

Rabbi Yo'hanan répond sur ce second point. Même dans le doute, on peut prier de nouveau, car la tefila est une demande de miséricorde : ce qui n'est pas obligatoire reste bon. Rachi note que les Halakhot Guedolot ont tranché comme Rabbi Yo'hanan dans le doute et comme Chmouel lorsqu'il est certain d'avoir prié.

14
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וְנִזְכַּר שֶׁהִתְפַּלֵּל פּוֹסֵק — וַאֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע בְּרָכָה. אֵינִי?! וְהָאָמַר רַב נַחְמָן: כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַבָּה בַּר אֲבוּהּ, בְּעַן מִינֵּיהּ: הָנֵי בְּנֵי בֵּי רַב דְּטָעוּ וּמַדְכְּרִי דְּחֹול בְּשַׁבָּת, מַהוּ שֶׁיִּגְמְרוּ? וְאָמַר לָן: גּוֹמְרִין כָּל אוֹתָהּ בְּרָכָה?!

Et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : celui qui se tenait en prière et s'est souvenu qu'il avait déjà prié interrompt, et même au milieu d'une bénédiction. — Est-ce ainsi ? Mais Rav Nahman a dit : lorsque nous étions dans la maison de Rabba bar Avouh, nous lui avons demandé : ces élèves de la maison d'étude qui se trompent et mentionnent les bénédictions des jours ordinaires un Chabbat, achèvent-ils ?

Et il nous a dit : ils achèvent toute cette bénédiction.

📜 Rachi (1)
מַהוּ שֶׁיִּגָּמְרוּ אֶת הַבְּרָכָה אִם נִזְכַּר בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה בְּאַחַת מִן הַבְּרָכוֹת שֶׁטָּעָה:
Achèvent-ils ? — la bénédiction, s'il s'en est souvenu au milieu de l'une des bénédictions où il s'est trompé.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב נַחְמָן כִּי הֲוֵינָא בֵּי רַבָּה בַּר אֲבוּהּ אִיבַּעְיָא לַן הָנֵי בְּנֵי בֵּי רַב דְּטָעוּ וּמַתְחִילִין בִּתְפִלַּת חוֹל בְּשַׁבָּת מַהוּ שֶׁיִּגָּמְרוּ. אֲמַר לְהוּ גּוֹמֵר כָּל אוֹתָהּ הַבְּרָכָה דִּבְדִין הוּא דְּבָעֵי לְצַלּוֹיֵי שְׁמֹנֶה עֶשְׂרֵה וּמִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת לָא אַטְרַחוּ רַבָּנָן. הָרַב ר' אֲשֶׁר זַ"ל מלוני"ל הָיָה אוֹמֵר דַּוְקָא בְּבִרְכַּת אַתָּה חוֹנֵן בִּלְבַד שֶׁהִיא בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה אָמְרִינַן דְּגוֹמֵר כֻּולָּהּ אֲבָל אִם נִזְכַּר בִּשְׁאָר בְּרָכוֹת פּוֹסֵק אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה. וְלֵיתָא כֵּיוָן דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּמִשּׁוּם דִּבְדִין הוּא דְּבָעֵי לְצַלּוֹיֵי שְׁמֹנֶה עֶשְׂרֵה א"כ אֵין לְחַלֵּק בְּכָל הַבְּרָכוֹת אֶלָּא כְּמוֹ שֶׁגּוֹמֵר בָּרִאשׁוֹנָה כָּךְ גּוֹמֵר בְּכֻולָּן. וּמִיהוּ נִרְאֶה כֵּיוָן שֶׁתּוֹלֶה הַטַּעַם דְּגַבְרָא בַּר חִיּוּבָא הוּא וּמִשּׁוּם כְּבוֹד שַׁבָּת לָא אַטְרַחוּ הַיְינוּ דַּווְקָא עַרְבִית וְשַׁחֲרִית וּמִנְחָה אֲבָל מוּסָף שֶׁאֵין מִתְפַּלְּלִין אֶלָּא ז' פּוֹסֵק אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה. וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל כָּתַב. דְּלָא שְׁנָא דַּאֲפִילּוּ תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין רְאוּיָה הָיְתָה לְכָל י"ח בְּרָכוֹת וְאִם הִתְפַּלֵּל י"ח בְּרָכוֹת וְחִידֵּשׁ בָּהּ דָּבָר מוּעָט בְּמוּסָפִין יָצָא כִּדְאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי פ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר בְּעִנְיַן כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין תְּפִלַּת יוֹצֵר לִתְפִלַּת מוּסָף כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת. רָבָא אָמַר צָרִיךְ לְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר. ר' זֵירָא בָּעֵי קַמֵּיהּ דְּר' יוֹסֵי מַהוּ צָרִיךְ לְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר אָמַר לֵיהּ אַפֵּי' אָמַר וְנַעֲשֶׂה לְפָנֶיךָ אֶת חוֹבוֹתֵינוּ תְּמִידֵי יוֹם וְקָרְבַּן מוּסָף יָצָא וְכֵן מַשְׁמַע בִּירֻושַּׁל' שֶׁאֶכְתֹּוב בְּסָמוּךְ שֶׁהָיוּ מִתְפַּלְּלִים בְּמוּסָף שֶׁל ר"ח וְחוֹל הַמּוֹעֵד י"ח בְּרָכוֹת וְכֵן הָיָה רָאוּי בְּשַׁבָּת וי"ט אֶלָּא שֶׁהֵקֵלּוּ בִּתְפִלַּת הַמּוּסָפִין כְּמוֹ שֶׁהֵקֵלּוּ בִּשְׁאָר תְּפִלּוֹת הִלְכָּךְ בְּמוּסָף נָמֵי בַּר חִיּוּבָא הוּא וְאִם הִתְחִיל גּוֹמֵר:
Rav Nahman a dit : lorsque nous étions dans la maison de Rabba bar Avouh, nous avons posé la question suivante : ces élèves de la maison d'étude qui se trompent et commencent la prière des jours ordinaires un Chabbat, achèvent-ils ? Il leur dit : il achève toute cette bénédiction, car selon la stricte règle il faudrait prier les dix-huit bénédictions, et c'est en l'honneur du Chabbat que les Sages ne les ont pas chargés. Le Rav Rabbi Acher de mémoire bénie, de Lunel, disait : c'est uniquement dans la bénédiction Ata honen, qui est la première des demandes, que nous disons qu'il l'achève tout entière ; mais s'il s'en souvient dans les autres bénédictions, il interrompt, même au milieu de la bénédiction. Cela n'est pas exact : puisque la raison donnée est que, selon la stricte règle, il faudrait prier les dix-huit bénédictions, il n'y a pas lieu de distinguer entre les bénédictions — de même qu'il achève la première, il achève toutes les autres. Toutefois il paraît que, puisque la raison tient à ce que l'homme est astreint à l'obligation et qu'en l'honneur du Chabbat on ne l'a pas chargé, cela vaut précisément pour arvit, chaharit et minha ; mais à moussaf, où l'on ne prie que sept bénédictions, il interrompt même au milieu de la bénédiction. Et le Raavad de mémoire bénie a écrit qu'il n'y a pas de différence : même la prière de moussaf aurait été digne des dix-huit bénédictions, et s'il a prié dix-huit bénédictions en y innovant une petite chose pour moussaf, il s'est acquitté, comme nous le disons dans le Yerouchalmi, chapitre Tefilat hachahar, à propos de la question de savoir combien de temps attendre entre la prière de yotser et celle de moussaf : le temps de marcher quatre coudées. Rava dit : il faut y innover quelque chose. Rabbi Zeira demanda devant Rabbi Yossi : que signifie « il faut y innover quelque chose » ? Il lui dit : même s'il a dit « et nous accomplirons devant Toi nos obligations, les sacrifices perpétuels du jour et le sacrifice de moussaf », il s'est acquitté. Et ainsi ressort-il du Yerouchalmi que je citerai plus loin, où l'on priait à moussaf de roch hodech et de hol hamoed les dix-huit bénédictions ; il aurait été convenable de faire de même le Chabbat et les jours de fête, mais on a allégé la prière de moussaf comme on a allégé les autres prières. Dès lors, à moussaf aussi il est astreint à l'obligation, et s'il a commencé, il achève.
💡 Explication

Deux règles paraissent se contredire. Chmouel fait s'arrêter aussitôt celui qui découvre qu'il a déjà prié, même en pleine bénédiction. Rabba bar Avouh, lui, fait achever la bénédiction à celui qui a entamé par erreur une bénédiction de semaine un jour de Chabbat.

Le Roch précise la portée pratique de cette seconde règle : il l'étend à toutes les bénédictions et non à la seule première des demandes, et discute avec le Raavad du cas de moussaf, où l'on ne dit que sept bénédictions.

🖼️ Schéma
Deux situations, deux règles opposées Chmouel : il a déjà prié Il découvre en pleine amida qu'il a déjà accompli sa prière. Il s'arrête aussitôt, même au milieu d'une bénédiction. Rabba bar Avouh : erreur de Chabbat Il a commencé par habitude une bénédiction de semaine un Chabbat. Il achève la bénédiction commencée, puis reprend. Distinction : dans le second cas il reste astreint à l'obligation - selon la stricte règle il devrait dire dix-huit bénédictions, et c'est par égard pour le Chabbat qu'on l'a allégé. Dans le premier, il a déjà prié : rien ne l'astreint.
La règle dépend de ce qui reste dû à l'homme au moment où il se reprend, non de l'endroit où il se trouve dans la bénédiction.
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הָכִי הַשְׁתָּא! הָתָם גַּבְרָא בַּר חִיּוּבָא הוּא, וְרַבָּנַן הוּא דְּלָא אַטְרְחוּהוּ מִשּׁוּם כְּבוֹד שַׁבָּת, אֲבָל הָכָא — הָא צָלִי לֵיהּ.

Comment comparer ? Là-bas, l'homme est astreint à l'obligation, et ce sont les Sages qui ne l'ont pas chargé, par égard pour l'honneur du Chabbat ; mais ici, il a déjà prié !

💡 Explication

La distinction est celle du bar hiyouva, celui qui reste tenu. Le Chabbat, l'homme doit toujours une prière ; l'abrègement en sept bénédictions est un allègement institué par égard pour le jour. Ce qu'il prononce en trop reste donc de la prière qu'il devait. Celui qui a déjà prié, lui, ne doit plus rien : ce qu'il ajoute est sans objet, et l'interruption est immédiate.

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וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הִתְפַּלֵּל וְנִכְנַס לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּמָצָא צִבּוּר שֶׁמִּתְפַּלְּלִין, אִם יָכוֹל לְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר — יַחְזֹור וְיִתְפַּלֵּל, וְאִם לָאו — אַל יַחְזֹור וְיִתְפַּלֵּל.

Et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : celui qui a prié, puis est entré à la synagogue et y a trouvé le public en train de prier, s'il peut y innover quelque chose, il recommence et prie ; sinon, il ne recommence pas et ne prie pas.

💡 Explication

Seconde règle de Chmouel, symétrique de la première. Celui qui a déjà prié ne refait pas la même prière ; mais s'il peut y innover une demande, la seconde prière devient une supplication nouvelle et cesse d'être une répétition vide. La condition ne porte pas sur la présence du public mais sur le contenu de la prière.

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וּצְרִיכָא, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן קַמַּיְיתָא, הָנֵי מִילֵּי יָחִיד וְיָחִיד

Et les deux enseignements sont nécessaires. Car s'il ne nous avait enseigné que le premier, j'aurais dit que cela ne vaut que d'un individu à un individu,

📜 Rachi (1)
יָחִיד וְיָחִיד כְּשֶׁהִתְפַּלֵּל תְּחִלָּה הָיָה יָחִיד וּכְשֶׁשָּׁכַח שֶׁהִתְפַּלֵּל וְהִתְחִיל לְהִתְפַּלֵּל הָיָה בְּיָחִיד:
Un individu et un individu — lorsqu'il a prié la première fois il était seul, et lorsqu'il a oublié qu'il avait prié et a commencé à prier il était seul.
💡 Explication

La guemara justifie la double formulation par le procédé de la tsrikhouta : chacun des deux enseignements apporte une information que l'autre ne donne pas. Le premier cas est celui d'un homme seul qui recommence seul ; on aurait pu croire que la présence du public, dans le second, change la donne et autorise à prier avec lui. La suite du raisonnement se poursuit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).