Berakhot 21b — Prier seul pendant que le public prie : Modim, Kedoucha et la règle des dix ; puis Rabbi Yehouda, les versets voisins et le baal keri

Berakhot 21b

Sougya : Le folio achève la tsrikhouta de Chmouel sur la prière refaite, puis ouvre une question très pratique : celui qui n'a pas encore prié et qui entre dans une synagogue où le public est déjà en pleine amida, peut-il commencer sa propre prière ? Rav Houna fixe la limite à Modim, Rabbi Yehochoua ben Levi la fixe plus tôt, à la Kedoucha ; la guemara ramène leur divergence à une seule question, celle de savoir si un individu dit la Kedoucha.

Rav Ada bar Ahava fonde alors sur un verset la règle du quorum : « et Je serai sanctifié au sein des enfants d'Israël », et une guezera chava sur le mot « au sein » impose dix hommes pour toute chose de sainteté. Tous s'accordent ensuite sur un point : on n'interrompt pas sa propre amida pour répondre, et la guemara écarte l'avis qui autorisait à interrompre pour « yehe chemo hagadol mevorakh ».

La seconde moitié du folio revient à la michna : Rabbi Yehouda permet au baal keri de bénir, alors que Rabbi Yehochoua ben Levi tire de deux versets voisins l'interdiction pour lui d'étudier. La guemara vérifie si Rabbi Yehouda expose les semoukhin, montre qu'il ne le fait pas dans le reste de la Torah mais le fait dans le Michne Torah, et résout la difficulté : ces deux versets-là, il en a besoin pour un autre enseignement, celui qui compare l'homme enseignant la Torah à son fils à celui qui l'a reçue au mont Horev.

Le folio s'achève sur la michna du zav, de la nidda et de la femme qui a vu du sang après les rapports : la guemara y cherche la preuve que Rabbi Yehouda admet malgré tout la tevila du baal keri ordinaire.

Entrer à la synagogue quand le public est déjà en pleine amida Rav Houna : la limite est Modim Il commence sa prière s'il peut l'achever avant que le chalia'h tsibour n'arrive à Modim. Raison : il doit s'incliner avec le public, pour ne pas paraître renier Celui devant qui tous se prosternent. La Kedoucha ne le retient pas : un individu peut la dire seul. Rabbi Yehochoua ben Levi : la limite est la Kedoucha Il commence sa prière s'il peut l'achever avant que le chalia'h tsibour n'arrive à la Kedoucha. Raison : un individu ne dit pas la Kedoucha. S'il prie encore quand le public y arrive, il la perd entièrement. La fenêtre est donc plus courte que chez Rav Houna. Le point unique de la divergence Un individu dit-il la Kedoucha ? Rav Houna : oui. Rabbi Yehochoua ben Levi : non, et Rav Ada bar Ahava le fonde sur un verset. Ce sur quoi les deux s'accordent Celui qui a commencé son amida ne l'interrompt pas pour répondre avec le public, ni à Modim ni à la Kedoucha.
Toute la discussion porte sur le moment où il faut avoir fini, et ce moment dépend d'une seule question : ce que l'individu peut dire seul.
Pourquoi dix hommes ? La chaîne des guezerot chavot Vayikra 22,32 et Je serai sanctifié AU SEIN des enfants d'Israël toute chose de sainteté Bamidbar 16,21 séparez-vous DU SEIN de cette communauté (eda) assemblée de Korah Bamidbar 14,27 jusques à quand cette mauvaise COMMUNAUTÉ (eda) les explorateurs mot commun : au sein mot commun : communauté Le compte Douze explorateurs, moins Yehochoua et Kalev qui ne font pas partie de la mauvaise communauté : il reste dix. Ce que la règle produit Kedoucha, kaddich, barekhou, lecture de la Torah : toute chose de sainteté demande dix, et l'individu seul en est écarté.
La guemara ne compte pas dix arbitrairement : elle passe d'un verset à l'autre par des mots identiques, jusqu'à un verset où le nombre est visible.
Rabbi Yehouda expose-t-il les versets voisins (semoukhin) ? La difficulté Rabbi Yehouda laisse le baal keri bénir ; or deux versets voisins de Devarim 4 lui interdiraient les paroles de Torah. Dans le reste de la Torah : il n'expose pas Ben Azzai déduit la lapidation de la sorcière du verset voisin sur celui qui couche avec une bête. Rabbi Yehouda refuse : un homme ne va pas à la lapidation pour un simple voisinage. Il préfère le hekech de ov et yidoni. Dans le Michne Torah : il expose Il interdit d'épouser celle que son père a violée, à partir de : le pan que son père a vu. Et il sait que le verset parle du viol par le verset voisin sur celui qui a couché avec elle. Rav Yossef : c'est la règle générale. La difficulté se resserre Les versets du baal keri sont dans le Michne Torah : Rabbi Yehouda devrait donc les exposer. La réponse Ce voisinage sert déjà à autre chose : qui enseigne la Torah à son fils est comme s'il l'avait reçue au mont Horev.
Un verset voisin ne peut pas produire deux enseignements à la fois : là où Rabbi Yehouda en a déjà tiré un, il n'en tire plus un second.
1
אוֹ צִבּוּר וְצִבּוּר, אֲבָל יָחִיד לְגַבֵּי צִבּוּר כְּמַאן דְּלָא צַלִּי דָּמֵי, קָמַשְׁמַע לַן. וְאִי אַשְׁמְעִינַן הָכָא, מִשּׁוּם דְּלָא אַתְחֵיל בַּהּ, אֲבָל הָתָם דְּאַתְחֵיל בַּהּ — אֵימָא לָא. צְרִיכָא.

ou bien un public et un public ; mais un individu face à un public, on aurait dit qu'il est comme quelqu'un qui n'a pas prié — il nous l'enseigne donc. Et s'il ne nous avait enseigné que le cas d'ici, [on aurait dit] que la raison en est qu'il n'a pas commencé la prière ; mais là-bas, où il l'a déjà commencée, dis qu'il n'en va pas ainsi.

Les deux sont donc nécessaires.

📜 Rachi (1)
אוֹ צִבּוּר וְצִבּוּר בֵּין בָּרִאשׁוֹנָה בֵּין בַּשְּׁנִיָּה הָיָה עִם הַצִּבּוּר כְּגוֹן עֲשָׂרָה אַחַר עֲשָׂרָה וְזֶה עִמָּהֶם בִּשְׁתֵּיהֶן שֶׁשָּׁכַח שֶׁהִתְפַּלֵּל עִם הָרִאשׁוֹנִים:
Ou public et public — aussi bien la première fois que la seconde il était avec le public, par exemple dix hommes après dix hommes, et lui se trouvait avec les uns et avec les autres, ayant oublié qu'il avait déjà prié avec les premiers.
💡 Explication

Fin de la tsrikhouta ouverte au folio précédent sur les deux enseignements de Chmouel. Le premier vise celui qui s'aperçoit, en pleine amida, qu'il a déjà prié ; le second vise celui qui, ayant déjà prié, entre à la synagogue et trouve le public en prière.

Chacun apporte ce que l'autre ne donne pas. Sans le second, on aurait cru qu'un individu isolé en face d'une assemblée compte comme s'il n'avait pas prié et peut donc recommencer avec elle. Sans le premier, on aurait cru que l'interdiction de recommencer tient seulement au fait que la prière n'est pas encore engagée, et que celui qui a déjà commencé peut aller jusqu'au bout.

2
אָמַר רַב הוּנָא: הַנִּכְנָס לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּמָצָא צִבּוּר שֶׁמִּתְפַּלְּלִין, אִם יָכוֹל לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעַ שְׁלִיחַ צִבּוּר לְ״מוֹדִים״ — יִתְפַּלֵּל. וְאִם לָאו — אַל יִתְפַּלֵּל. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר: אִם יָכוֹל לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעַ שְׁלִיחַ צִבּוּר לְ״קְדֻושָּׁה״ — יִתְפַּלֵּל, וְאִם לָאו — אַל יִתְפַּלֵּל.

Rav Houna a dit : celui qui entre à la synagogue et trouve le public en train de prier, s'il peut commencer et achever avant que le chalia'h tsibour (l'officiant) n'arrive à « Modim », qu'il prie ; sinon, qu'il ne prie pas. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : s'il peut commencer et achever avant que le chalia'h tsibour n'arrive à la « Kedoucha », qu'il prie ; sinon, qu'il ne prie pas.

🗂️ Tossefot (1)
עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעַ שְׁלִיחַ צִבּוּר לְמוֹדִים וְטַעֲמָא לְפִי שֶׁצָּרִיךְ לָשׂוּחַ עִם הַצִּבּוּר שֶׁלֹּא יֵרָאֶה כְּכוֹפֵר בְּמִי שֶׁהַצִּבּוּר מִשְׁתַּחֲוִין לוֹ וְהוּא הַדִּין נָמֵי אִם יַגִּיעַ לְמוֹדִים כְּשֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר יַגִּיעַ לְמוֹדִים דְּשַׁפִּיר דָּמֵי כֵּיוָן שֶׁהוּא מִשְׁתַּחֲוֶה עִם חֲבֵירָיו אֲבָל אֵין גְּמָרָא פְּסִיקָא לֵיהּ כִּי הַאי גַווְנָא אֲבָל אֵין נִרְאֶה דְּמִשּׁוּם מוֹדִים דְּרַבָּנָן נְקַט הָכֵי שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת שֶׁזֶּה לֹא מָצִינוּ לוֹ עִיקָּר בגמ' ור"ת הָיָה רָגִיל כְּשֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל בְּיָחִיד כְּשֶׁהַחַזָּן מַגִּיעַ לְמוֹדִים הָיָה כּוֹרֵעַ עִם הַקָּהָל בְּלֹא אֲמִירָה כְּלָל וְדַוְקָא בְּאֶמְצַע בְּרָכָה אֲבָל בְּסוֹף בְּרָכָה לֹא דְּאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לד.) דְּאָסוּר לִשְׁחוֹת בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה מִיהוּ לְכַתְּחִלָּה אֵין לַעֲשׂוֹת כֵּן כִּדְמַשְׁמַע הָכָא וְכָתַב רַשִׁ"י בְּסֻוכָּה פֶּרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לח:) דְּאָדָם הַמִּתְפַּלֵּל וְשָׁמַע מִפִּי הַחַזָּן קַדִּישׁ אוֹ קְדֻושָּׁה אֵינוֹ יָכוֹל לְהַפְסִיק וְלַעֲנוֹת עִם הַצִּבּוּר אֶלָּא יִשְׁתֹּוק וְיַמְתִּין מְעַט דְּשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה וי"ל דִּלְכַתְּחִלָּה אֵין לַעֲשׂוֹת כֵּן דַּעֲנִייָּה חֲשִׁיבָא טְפֵי הִדּוּר מִצְוָה. ור"ת ור"י הָיוּ אוֹמְרִים דְּאַדְּרַבָּה אִי שׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה הָוֵי הַפְסָקָה אִם שׁוֹתֵק. ומ"מ נָהֲגוּ הָעָם לִשְׁתֹּוק וְלִשְׁמֹועַ וְגָדוֹל הַמִּנְהָג. בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר קָאָמַר לֹא הִתְפַּלֵּל וּבָא וּמְצָאָן מִתְפַּלְּלִין מוּסָף אִם הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁיִּהְיֶה מִתְפַּלֵּל וְגוֹמֵר עַד שֶׁלֹּא יַתְחִיל ש"ץ כְּדֵי לַעֲנוֹת אָמֵן מִתְפַּלֵּל אִם לָאו לֹא יִתְפַּלֵּל. בְּאֵיזֶה אָמֵן אָמְרוּ פְּלִיגִי בֵּיהּ תְּרֵי אָמוֹרָאֵי חַד אָמַר בְּאֻמָּן שֶׁל הָאֵל הַקָּדוֹשׁ וְחַד אָמַר בְּאֻמָּן שֶׁל שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְלָא פְּלִיגִי כָּאן בְּחוֹל כָּאן בְּשַׁבָּת וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּאֻמָּן שֶׁל שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה הַיְינוּ בְּחוֹל לְכָךְ יֵשׁ לִיזָּהֵר לַעֲנוֹת אָמֵן בְּהָאֵל הַקָּדוֹשׁ וְגַם לַעֲנוֹת אָמֵן בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וּמִתּוֹךְ הַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע שֶׁהָיוּ רְגִילִין לוֹמַר י"ח בְּרָכוֹת שְׁלֵמוֹת בְּמוּסָף שֶׁל חוֹל כְּגוֹן בר"ח וּבְחוֹל הַמּוֹעֵד וּמִיהוּ אֲנַן סָמְכִינַן אַהָא דְּאָמַר פֶּרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (לְקַמָּן בְּרָכוֹת דַּף כט.) דְּקָאָמַר תַּמְנֵי סְרֵי תַּקּוּן תְּשַׁסְרֵי לָא תַּקּוּן וּמַה שֶׁאָנוּ אוֹמְרִים עֲנֵנוּ בֵּין גּוֹאֵל לְרוֹפֵא לֹא קָשֶׁה שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא לש"ץ אֵבֶל יָחִיד כּוֹלְלָהּ בש"ת וְעוֹד אוֹמֵר הָר"ר חַיִּים דְּאִיתָא בַּתּוֹסֶפְתָּא (דְּפֶ' ת"ה) בְּהֶדְיָא כְּמִנְהָגֵנוּ דְּקָאָמַר הָתָם יָמִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן קָרְבַּן מוּסַף כְּגוֹן ר"ח וח"ה עַרְבִית וְשַׁחֲרִית מִתְפַּלֵּל י"ח שְׁלֵמוֹת וְאוֹמֵר מֵעֵין הַמְאֹורָע בָּעֲבוֹדָה וְאִם לֹא אָמַר מַחֲזִירִים אוֹתוֹ וּבְמוּסָפִים מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וְאוֹמֵר קְדֻושַּׁת הַיּוֹם בָּאֶמְצַע וּבַיְּרוּשַׁלְמִי נָמֵי י"ל דְּטָעוּת סוֹפֵר הוּא ול"ג שֶׁל מוּסָף אֶלָּא בָּא וּמְצָאָן מִתְפַּלְּלִים וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ דְּגַם זוֹ הַמֵּימְרָא כְּתוּבָה שָׁם וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל מוּסָף כְּלָל:
Et la raison en est qu'il doit s'incliner avec le public, pour ne pas paraître renier Celui devant qui le public se prosterne. Et il en va de même s'il arrive lui-même à Modim au moment où le chalia'h tsibour arrive à Modim : cela convient parfaitement, puisqu'il se prosterne avec ses compagnons ; simplement la guemara n'a pas trouvé commode de formuler le cas de cette manière. En revanche il ne semble pas qu'elle ait parlé ainsi à cause du Modim derabanan, comme s'il y avait une mitsva d'y répondre, car nous n'avons trouvé à cela aucun fondement dans la guemara. Et Rabbenou Tam avait coutume, lorsqu'il priait seul et que le hazan arrivait à Modim, de s'incliner avec l'assemblée sans rien dire du tout ; et cela précisément au milieu d'une bénédiction, mais non à la fin d'une bénédiction, car il est dit plus loin (Berakhot 34a) qu'il est interdit de s'incliner à la fin de chaque bénédiction. Toutefois, à priori, on ne doit pas agir ainsi, comme il ressort d'ici. Et Rachi a écrit dans Souka, chapitre Loulav hagazoul (Souka 38b), que celui qui prie et entend de la bouche du hazan le kaddich ou la kedoucha ne peut pas interrompre et répondre avec le public : il se taira et attendra un peu, car celui qui écoute est comme celui qui répond. Et l'on peut dire qu'à priori on ne doit pas agir ainsi, car répondre soi-même vaut mieux, c'est l'embellissement de la mitsva. Rabbenou Tam et le Ri disaient au contraire que, si celui qui écoute est comme celui qui répond, se taire constitue précisément une interruption. Quoi qu'il en soit, l'usage du peuple est de se taire et d'écouter, et grande est la force de l'usage. Dans le Yerouchalmi, chapitre Tefilat hachahar, il est dit : celui qui n'a pas prié, qui arrive et les trouve en train de prier moussaf, s'il sait qu'il pourra prier et achever avant que le chalia'h tsibour ne commence, de manière à répondre amen, qu'il prie ; sinon, qu'il ne prie pas. À quel amen cela se rapporte-t-il ? Deux amoraim en discutent : l'un dit à l'amen de « haKel hakadoch », et l'autre dit à l'amen de « choméa tefila ». Et ils ne divergent pas : ici il s'agit d'un jour de semaine, là d'un chabbat ; ce qui est dit de l'amen de « choméa tefila » vise le jour de semaine. Il faut donc prendre garde de répondre amen à « haKel hakadoch » et aussi de répondre amen à « choméa tefila ». Et il ressort de ce Yerouchalmi qu'ils avaient coutume de dire dix-huit bénédictions complètes au moussaf des jours de semaine, comme roch hodech et hol hamoed. Nous nous appuyons toutefois sur ce qui est dit au chapitre Tefilat hachahar (plus loin, Berakhot 29a) : dix-huit ont été instituées, dix-neuf n'ont pas été instituées. Et ce que nous disons Anenou entre Goel et Rofe ne fait pas difficulté, car cela ne vaut que pour le chalia'h tsibour, tandis que l'individu l'inclut dans « choméa tefila ». Le Rav Rabbi Haim ajoute qu'il y a dans la Tossefta, explicitement, comme notre usage : elle dit que les jours où il y a un sacrifice de moussaf, comme roch hodech et hol hamoed, on prie à arvit et à chaharit dix-huit bénédictions complètes et l'on dit la mention de la circonstance dans Avoda, et si on ne l'a pas dite on le fait recommencer ; et aux moussafim on prie sept bénédictions et l'on dit la sainteté du jour au milieu. Et dans le Yerouchalmi aussi l'on peut dire qu'il y a une erreur de copiste et qu'il ne faut pas lire « de moussaf », mais seulement « il arrive et les trouve en train de prier ». C'est bien ce qui ressort du Yerouchalmi, chapitre Mi chéméto, où cette même parole est rapportée sans mentionner du tout le moussaf.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא הַנִּכְנָס לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּמָצָא צִבּוּר שֶׁמִּתְפַּלְּלִים אִם יָכוֹל לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעַ ש"צ לְמוֹדִים יִתְפַּלֵּל וְאִם לָאו לֹא יִתְפַּלֵּל לְפִי שֶׁצָּרִיךְ לִשְׁחוֹת עִם הַצִּבּוּר בְּמוֹדִים שֶׁלֹּא יֵרָאֶה כְּכוֹפֵר לְמִי שֶׁחֲבֵרָיו מִשְׁתַּחֲוִים לוֹ. וה"ה אִם יַגִּיעַ לְמוֹדִים אוֹ לְאַחַת מִן הַבְּרָכוֹת שֶׁשּׁוֹחִין בָּהֶן כשש"ץ מַגִּיעַ לְמוֹדִים שַׁפִּיר דָּמֵי כֵּיוָן שֶׁהוּא מִשְׁתַּחֲוֶה עִם חֲבֵרָיו. אֲבָל הַגְּמָרָא לָא פְּסִיק לֵיהּ לְמִינְקַט כה"ג וְלֹא מִסְתַּבֵּר לְפָרוֹשֵׁי דְּמִשּׁוּם מוֹדִים דְּרַבָּנָן צָרִיךְ שֶׁיִּגְמֹור תְּפִלָּתוֹ קֹודֶם מוֹדִים. ור"ת זַ"ל כְּשֶׁהָיָה עוֹמֵד בְּאֶמְצַע הַתְּפִלָּה וְהָיָה מַגִּיעַ לְמוֹדִים הָיָה מִשְׁתַּחֲוֶה עִם הַצִּבּוּר בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה אֲבָל לֹא בַּתְּחִלָּה וְסוֹף דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לד.) אֵין לָשׂוּחַ בִּתְחִלַּת הַבְּרָכָה וְסוֹף אֶלָּא בְּאָבוֹת וּבְמוֹדִים מִיהוּ לְכַתְּחִלָּה אֵין לַעֲשׂוֹת כֵּן אִם לֹא שֶׁיִּצְטָרֵךְ אָדָם לְהִתְפַּלֵּל וְלִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה. וְכֵן לְעִנְיַן קְדֻושָּׁה אִם יַגִּיעַ לש"ץ כְּשֶׁאוֹמֵר נַקְדִּישָׁךְ יֹאמַר עִם הש"ץ מִלָּה בְּמִלָּה כָּל מַה שֶׁהוּא אוֹמֵר. וְאֵין זֶה קָרוּי הֶפְסֵק וְאִם הִתְפַּלֵּל וְצִבּוּר אוֹמְרִים קְדֻושָּׁה אוֹ יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא כָּתַב רַשִׁ"י בְּסֻוכָּה פֶּרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לח:) בְּשֵׁם ה"ג וְכֵן פר"ח זַ"ל שֶׁיִּשְׁתֹּוק וִיכַוֵּין לְמַה שֶׁהַצִּבּוּר אוֹמְרִים וְהָוֵי כְּעוֹנֶה. אֲבָל ר"ת ור"י זַ"ל אוֹמְרִים דְּכֵיוָן דְּשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה הָוֵי הַפְסָקָה אִם יִשְׁתֹּוק וּקְצָת יֵשׁ רְאָיָה מִכָּאן דְּאִי שׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה אַמַּאי קָאָמַר הָכָא דְּלָא יַתְחִיל אִם לֹא יוּכַל לִגְמֹור עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעַ ש"ץ לִקְדֻושָּׁה למנ"מ יִשְׁתֹּוק וִיכַוֵּין וְיִהְיֶה כְּעוֹנֶה. מִיהוּ נוּכַל לוֹמַר דַּעֲנִייָּה חֲשִׁיבָא טְפֵי. וְעוֹד מוֹסִיף בִּירוּשַׁלְמִי דְּבָרִים אֲחֵרִים דְּגָרְסִינַן בִּירוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר לֹא הִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית וּבָא וּמְצָאָן שֶׁמִּתְפַּלְּלִין שֶׁל מוּסָף אִם הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁאִם יַתְחִיל יִגְמֹור עַד שֶׁלֹּא יַתְחִיל ש"צ כְּדֵי לַעֲנוֹת אַחֲרָיו אָמֵן יִתְפַּלֵּל. וְאִם לָאו אַל יִתְפַּלֵּל. בְּאֵיזֶה אָמֵן אָמְרוּ חַד אָמַר בְּאֻמָּן שֶׁל הָאֵל הַקָּדוֹשׁ. וְחַד אָמַר בְּאֻמָּן שֶׁל שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה מ"ד בְּהָאֵל הַקָּדוֹשׁ בְּשַׁבָּת ומ"ד בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה בְּחוֹל. וּמַשְׁמַע מִתּוֹךְ יְרוּשַׁלְמִי זֶה שֶׁהָיוּ מִתְפַּלְּלִים בְּמוּסָף שֶׁבְּחוֹל כְּגוֹן בר"ח וּבְחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד י"ח בְּרָכוֹת וְהָיָה תָּמֵיהַּ רַבִּי חַיִּים הַכֹּהֵן זַ"ל עַל מִנְהָג שֶׁלָּנוּ שֶׁאֵין אָנוּ מִתְפַּלְּלִים בָּהֶם רַק שֶׁבַע בְּרָכוֹת. וְגַם בגמ' דִּידַן לֹא הֻוזְכַּר שֶׁבַע בְּרָכוֹת כִּי אִם בְּשַׁבָּתוֹת וי"ט דְּחָייְשִׁינַן לְטִירְחָא אֲבָל בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וּבְחוֹל הַמּוֹעֵד דְּלָא חָייְשִׁינַן לְטִירְחָא שֶׁהֲרֵי מִתְפַּלְּלִים בְּשַׁחֲרִית עַרְבִית וּמִנְחָה י"ח בְּרָכוֹת א"כ אַף בְּמוּסָף יִהְיֶה רָאוּי לָנוּ לְהִתְפַּלֵּל י"ח וְהָרַב אֶלְחָנָן זַ"ל הָיָה אוֹמֵר כִּי בגמ' דִּידַן יִהְיֶה מוּכָח שֶׁאֵין לְהִתְפַּלֵּל בְּשׁוּם מוּסָף י"ח בְּרָכוֹת שֶׁאִם הָיָה מִתְפַּלֵּל י"ח בְּרָכוֹת הָיָה אוֹמֵר גַּם בִּרְכוֹת מוּסָף אָז יִהְיֶה י"ט בְּרָכוֹת וְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כ"ט.) תְּמָנֵי סְרֵי תִּיקּוּן תְּשַׁסְרֵי לָא תִּיקּוּן. וְלָא תִּיקְשֵׁי מֵעִנְיָנוֹ דְּדַוְקָא ש"ץ הוּא שֶׁאוֹמְרָהּ בְּרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ אֵבֶל יָחִיד כּוֹלְלָהּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה. וְאֵין לוֹמַר נִכְלֹול תְּפִלַּת מוּסָף בַּעֲבוֹדָה כְּמוֹ בִּתְפִלַּת שַׁחֲרִית. דא"כ בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כד) הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי מוּסָף בַּהֲדֵי עַרְבִית וְשַׁחֲרִית וּמִנְחָה שֶׁמִּתְפַּלְּלִין שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה וְאוֹמֵר מֵעֵין הַמְאֹורָע בָּעֲבוֹדָה. וְעוֹד כֵּיוָן דְּלָא נִתְקְנָה הַתְּפִלָּה אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַמּוּסָף דַּי לָנוּ בַּז' בְּרָכוֹת. גַּם נִרְאֶה שֶׁאֵין לִגְרֹוס בִּירוּשַׁלְמִי בָּא וּמְצָאָן מִתְפַּלְּלִין שֶׁל מוּסָף דְּלָמָּה לוֹ לְהַזְכִּיר בִּתְפִלַּת הַמּוּסָף דִּין זֶה בִּתְפִלָּה שֶׁל חוֹל נָמֵי הָיָה יָכוֹל לְהַשְׁמִיעֵנוּ. וּבַתּוֹסֶפְתָּא דִּבְרָכוֹת נָמֵי יֵשׁ סֶמֶךְ לַמִּנְהָג שֶׁלָּנוּ. דְּקָתָנֵי כֹּל שֶׁאֵין בּוֹ מוּסָף כְּגוֹן חֲנֻוכָּה וּפוּרִים עַרְבִית וְשַׁחֲרִית וּמִנְחָה מִתְפַּלֵּל י"ח וְאוֹמֵר מֵעֵין הַמְאֹורָע בַּהוֹדָאָה וְאִם לֹא אָמַר אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ. וּבְיָמִים שֶׁהָיָה בָּהֶן קָרְבַּן מוּסַף כְּגוֹן ר"ח וְחוֹל הַמּוֹעֵד עַרְבִית שַׁחֲרִית וּמִנְחָה מִתְפַּלֵּל י"ח וְאוֹמֵר מֵעֵין הַמְאֹורָע בָּעֲבוֹדָה וְאִם לֹא אָמַר מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וּבַמּוּסָפִין מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע וְאוֹמֵר קְדֻושַּׁת הַיּוֹם בָּאֶמְצַע. וְרִיבָּ"ל אוֹמֵר אִם יָכוֹל לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעַ ש"צ לִקְדֻושָּׁה יִתְפַּלֵּל וְאִם לָאו לֹא יִתְפַּלֵּל בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי רַב הוּנָא סָבַר הַיָּחִיד אוֹמֵר קְדֻושָּׁה. וְר' יְהוֹשֻׁעַ ב"ל סָבַר אֵין הַיָּחִיד אוֹמֵר קְדֻושָּׁה. וְכֵן אָמַר רַבִּי יִצְחָק אֵין הַיָּחִיד אוֹמֵר קְדֻושָּׁה. אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה מִנַּיִן שֶׁאֵין הַיָּחִיד אוֹמֵר קְדֻושָּׁה שֶׁנֶּאֱמַר וְנִקְדַּשְׁתִּי בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה לֹא יְהֵא פָּחוֹת מִי'. אֲבָל קָדוֹשׁ שֶׁל סֵדֶר קְדֻושָּׁה יָחִיד אוֹמְרָהּ שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא כְּמִי שֶׁקּוֹרֵא הַפָּסוּק וּמְתַרְגְּמוֹ. וּקְדֻושָּׁה שֶׁבְּיוֹצֵר י"מ שֶׁאֵין הַיָּחִיד אוֹמְרָהּ אֶלָּא יֹאמַר וְאוֹמְרִים בְּיִרְאָה קָדוֹשׁ וּבָרוּךְ. וי"א שֶׁיָּחִיד אוֹמֵר וְכֵן יֵרָאֶה כִּי אֵינוֹ אֶלָּא סִיפּוּר דְּבָרִים בְּעָלְמָא הֵיאַךְ הַמַּלְאָכִים הֵן מַקְדִּישִׁין אֲבָל כְּשֶׁאָנוּ אוֹמְרִים נַקְדִּישָׁךְ וְנַעֲרִיצָךְ כְּמוֹ שֶׁהַמַּלְאָכִים מַקְדִּישִׁין אֵין לוֹמַר בְּפָחוֹת מִי'. וכ"ע מִיהָא מִיפְסָק לָא פָּסֵיק אִיבַּעְיָא לְהוּ מַהוּ שֶׁיַּפְסִיק לִיהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא וּמַסִּיק דְּלָא פְּסִיק:
Rav Houna a dit : celui qui entre à la synagogue et trouve le public en train de prier, s'il peut commencer et achever avant que le chalia'h tsibour n'arrive à Modim, qu'il prie ; sinon, qu'il ne prie pas — parce qu'il doit s'incliner avec le public à Modim, pour ne pas paraître renier Celui devant qui ses compagnons se prosternent. Et il en va de même s'il arrive lui-même à Modim, ou à l'une des bénédictions où l'on s'incline, au moment où le chalia'h tsibour arrive à Modim : cela convient, puisqu'il se prosterne avec ses compagnons. Mais la guemara n'a pas trouvé commode de formuler le cas de cette manière. Et il n'est pas raisonnable d'expliquer que ce soit à cause du Modim derabanan qu'il doive achever sa prière avant Modim. Rabbenou Tam, de mémoire bénie, lorsqu'il se tenait au milieu de la prière et que l'on arrivait à Modim, s'inclinait avec le public au milieu de la bénédiction, mais non à son début ni à sa fin, car nous disons plus loin (Berakhot 34a) qu'il ne faut pas s'incliner au début ni à la fin d'une bénédiction, sauf à Avot et à Modim. Toutefois, à priori, on ne doit pas agir ainsi, à moins qu'un homme ne soit contraint de prier et de joindre la gueoula à la tefila. De même pour la kedoucha : si le chalia'h tsibour y arrive quand lui-même dit Nakdichékha, qu'il dise avec le chalia'h tsibour, mot à mot, tout ce que celui-ci dit ; et cela ne s'appelle pas une interruption. Et s'il a déjà prié tandis que le public dit la kedoucha ou Yehe chemeh raba, Rachi a écrit dans Souka, chapitre Loulav hagazoul (Souka 38b), au nom des Halakhot Guedolot — et ainsi a expliqué Rabbenou Hananel, de mémoire bénie — qu'il se taira et dirigera son attention vers ce que dit le public, et ce sera comme s'il répondait. Mais Rabbenou Tam et le Ri, de mémoire bénie, disent que, puisque celui qui écoute est comme celui qui répond, se taire constitue une interruption. Et il y a d'ici une légère preuve : car si celui qui écoute était comme celui qui répond, pourquoi dirait-on ici qu'il ne doit pas commencer s'il ne peut achever avant que le chalia'h tsibour n'arrive à la kedoucha ? Qu'il se taise, dirige son attention, et il sera comme celui qui répond. On peut toutefois répondre que répondre soi-même vaut mieux. Et le Yerouchalmi ajoute encore d'autres choses, car nous lisons dans le Yerouchalmi, chapitre Tefilat hachahar : celui qui n'a pas prié chaharit, qui arrive et les trouve en train de prier moussaf, s'il sait que, s'il commence, il achèvera avant que le chalia'h tsibour ne commence, de manière à répondre après lui amen, qu'il prie ; sinon, qu'il ne prie pas. À quel amen cela se rapporte-t-il ? L'un dit à l'amen de « haKel hakadoch », et l'autre dit à l'amen de « choméa tefila » : celui qui dit « haKel hakadoch » parle du chabbat, et celui qui dit « choméa tefila » parle du jour de semaine. Il ressort de ce Yerouchalmi qu'ils priaient au moussaf des jours de semaine, comme roch hodech et hol hamoed, dix-huit bénédictions ; et Rabbi Haim haCohen, de mémoire bénie, s'étonnait de notre usage, où nous n'y prions que sept bénédictions. Et dans notre guemara non plus les sept bénédictions n'ont été mentionnées que pour les chabbatot et les jours de fête, où l'on craint la peine imposée au public ; mais à roch hodech et à hol hamoed, où l'on ne craint pas cette peine puisqu'on prie déjà dix-huit bénédictions à chaharit, arvit et minha, il conviendrait alors d'en prier dix-huit à moussaf aussi. Et le Rav Elhanan, de mémoire bénie, disait que notre guemara prouve qu'il ne faut prier dix-huit bénédictions à aucun moussaf : car si l'on priait dix-huit bénédictions, on dirait aussi la bénédiction de moussaf, ce qui ferait dix-neuf, et nous disons plus loin, chapitre Tefilat hachahar (Berakhot 29a) : dix-huit ont été instituées, dix-neuf n'ont pas été instituées. Et l'on n'objectera pas depuis Anenou, car seul le chalia'h tsibour en fait une bénédiction à part, tandis que l'individu l'inclut dans « choméa tefila ». Et l'on ne dira pas non plus : incluons la prière de moussaf dans Avoda, comme à la prière de chaharit — car s'il en était ainsi, au chapitre Bamé madlikin (Chabbat 24a) il aurait fallu enseigner moussaf avec arvit, chaharit et minha, où l'on prie dix-huit bénédictions et l'on dit la mention de la circonstance dans Avoda. De plus, puisque cette prière n'a été instituée qu'à cause du moussaf, sept bénédictions nous suffisent. Il semble aussi qu'il ne faille pas lire dans le Yerouchalmi « il arrive et les trouve en train de prier moussaf » : pourquoi mentionner ce cas à propos de la prière de moussaf, alors qu'il aurait pu nous l'enseigner aussi dans la prière d'un jour de semaine ? Et dans la Tossefta de Berakhot il y a également un appui à notre usage, car elle enseigne : tout jour où il n'y a pas de moussaf, comme 'Hanouka et Pourim, on prie à arvit, chaharit et minha dix-huit bénédictions et l'on dit la mention de la circonstance dans Hodaa, et si on ne l'a pas dite on ne le fait pas recommencer ; et les jours où il y avait un sacrifice de moussaf, comme roch hodech et hol hamoed, on prie à arvit, chaharit et minha dix-huit bénédictions et l'on dit la mention de la circonstance dans Avoda, et si on ne l'a pas dite on le fait recommencer ; et aux moussafim on prie sept bénédictions et l'on dit la sainteté du jour au milieu. Et Rabbi Yehochoua ben Levi dit : s'il peut commencer et achever avant que le chalia'h tsibour n'arrive à la kedoucha, qu'il prie ; sinon, qu'il ne prie pas. Sur quoi divergent-ils ? Rav Houna tient qu'un individu dit la kedoucha, et Rabbi Yehochoua ben Levi tient qu'un individu ne dit pas la kedoucha. Et ainsi a dit Rabbi Yits'hak : un individu ne dit pas la kedoucha. Rav Ada bar Ahava a dit : d'où sait-on qu'un individu ne dit pas la kedoucha ? De ce qu'il est dit : « et Je serai sanctifié au sein des enfants d'Israël » — toute chose de sainteté ne sera pas à moins de dix. Mais le Kadoch de l'ordre de la kedoucha, un individu le dit, car il n'y est que comme celui qui lit un verset et le traduit. Quant à la kedoucha de Yotser, certains expliquent qu'un individu ne la dit pas, mais qu'il dira « et ils disent avec crainte : kadoch » et « baroukh ». Et d'autres disent qu'un individu la dit, et cela paraît juste, car ce n'est là qu'un simple récit de la manière dont les anges sanctifient ; mais lorsque nous disons « Nakdichékha veNaaritsékha » à la manière dont les anges sanctifient, on ne doit pas le dire à moins de dix. Et de l'avis de tous, en tout cas, il n'interrompt pas. Ils ont demandé : peut-on interrompre pour Yehe chemeh raba ? Et la conclusion est qu'il n'interrompt pas.
💡 Explication

Nouvelle sougya, et cas inverse du précédent : ici l'homme n'a pas encore prié, et il arrive alors que l'assemblée est déjà engagée dans la répétition de l'amida. La question est de savoir s'il commence sa propre prière maintenant ou s'il attend.

Les deux avis fixent une échéance différente. Rav Houna la place à Modim, c'est-à-dire très tard dans la répétition, ce qui laisse une large fenêtre. Rabbi Yehochoua ben Levi la place à la Kedoucha, qui vient des la troisième bénédiction, ce qui réduit beaucoup la fenêtre. La suite du folio montrera que ces deux échéances traduisent une seule question de fond.

🖼️ Schéma
Les deux échéances sur la répétition de l'amida par l'officiant Début Kedoucha 3e bénédiction Modim 18e bénédiction Fenêtre selon Rabbi Yehochoua ben Levi Fenêtre selon Rav Houna Il doit avoir terminé avant le repère : sa prière personnelle finie, il peut alors s'incliner et répondre avec l'assemblée.
La divergence porte sur la longueur de la fenêtre laissée à celui qui arrive en retard.
3
בְּמַאי קָא מִפַּלְגִּי — מָר סָבַר יָחִיד אוֹמֵר ״קְדֻושָּׁה״, וּמַר סָבַר אֵין יָחִיד אוֹמֵר ״קְדֻושָּׁה״.

Sur quoi divergent-ils ? Un maître tient qu'un individu dit la « Kedoucha », et l'autre maître tient qu'un individu ne dit pas la « Kedoucha ».

📜 Rachi (1)
רַב הוּנָא סָבַר יָחִיד הַמִּתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר אוֹמֵר קָדוֹשׁ הִלְכָּךְ אִם לֹא גָּמַר עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעַ ש"ץ לְקִדּוּשׁ לֵית לַן בַּהּ אֲבָל מוֹדִים אַף עַל פִּי שֶׁיִּחֵיד אוֹמֵר מוֹדִים אִם אֵינוֹ אוֹמְרוֹ עִם הַצִּבּוּר הָרוֹאֶה אֶת כֻּולָּם כּוֹרְעִים וְהוּא אֵינוֹ כּוֹרֵעַ נִרְאֶה כְּכוֹפֵר בְּמִי שֶׁחֲבֵרָיו מִשְׁתַּחֲוִין לוֹ:
Rav Houna tient — qu'un individu qui prie en même temps que le public dit Kadoch ; dès lors, s'il n'a pas achevé avant que le chalia'h tsibour n'arrive à Kadoch, cela ne nous importe pas. Mais pour Modim, bien qu'un individu dise Modim, s'il ne le dit pas avec le public, celui qui voit tout le monde s'incliner alors que lui ne s'incline pas paraît renier Celui devant qui ses compagnons se prosternent.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין יָחִיד מִתְפַּלֵּל קְדֻושָּׁה וְכֵן הֲלָכָה אֲבָל הַמִּתְפַּלֵּל י"ח עִם הַחַזָּן לִכְשֶׁיַּגִּיעַ ש"ץ לִקְדֻושָּׁה יֹאמַר עִם הַשְׁלִיחַ צִבּוּר נְקַדֵּשׁ וְכָל הַקְּדֻושָּׁה מְשַׁלֵּם יָכוֹל לַעֲנוֹת עִם הַצִּבּוּר דְּאֵין זֶה קָרוּי יָחִיד:
Un individu ne prie pas la kedoucha — et telle est la halakha. Mais celui qui prie les dix-huit bénédictions en même temps que le hazan, lorsque le chalia'h tsibour arrive à la kedoucha, dira avec le chalia'h tsibour Nakdéch et toute la kedoucha en entier : il peut répondre avec le public, car cela ne s'appelle pas un individu.
💡 Explication

La guemara ramène les deux échéances à une seule question. Pour Rav Houna, un homme qui prie seul peut dire la Kedoucha par lui-même ; il ne perd donc rien à être encore en prière quand l'assemblée y arrive, et seule Modim l'oblige, parce que ne pas s'incliner quand tout le monde s'incline se voit.

Pour Rabbi Yehochoua ben Levi, un individu ne peut pas dire la Kedoucha : s'il est encore occupé par sa propre amida à ce moment-là, elle lui échappe pour de bon. Son échéance est donc plus précoce.

4
וְכֵן אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: מִנַּיִן שֶׁאֵין הַיָּחִיד אוֹמֵר ״קְדֻושָּׁה״ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנִקְדַּשְׁתִּי בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״, כָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה לֹא יְהֵא פָּחוֹת מֵעֲשָׂרָה.

Et ainsi a dit Rav Ada bar Ahava : d'où sait-on qu'un individu ne dit pas la « Kedoucha » ? De ce qu'il est dit : « et Je serai sanctifié au sein des enfants d'Israël » — toute chose de sainteté ne sera pas à moins de dix.

💡 Explication

Rav Ada bar Ahava donne à l'avis de Rabbi Yehochoua ben Levi un fondement scripturaire, et en tire une règle beaucoup plus large que la seule Kedoucha : toute chose de sainteté (davar chebikdoucha) demande dix hommes. C'est de ce verset que découlent le quorum du kaddich, de barekhou, de la Kedoucha et de la lecture publique de la Torah.

5
מַאי מַשְׁמַע? דְּתָנֵי רַבְנַאי אֲחוּהּ דְּרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא: אָתְיָא ״תּוֹךְ״ ״תּוֹךְ״. כְּתִיב הָכָא: ״וְנִקְדַּשְׁתִּי בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״, וּכְתִיב הָתָם: ״הִבָּדְלוּ מִתּוֹךְ הָעֵדָה הַזֹּאת״, מַה לְהַלָּן עֲשָׂרָה. אַף כָּאן עֲשָׂרָה.

D'où cela ressort-il ? De ce qu'a enseigné Rabbenaï, frère de Rabbi Hiya bar Abba : cela se déduit par « au sein » et « au sein ».

Il est écrit ici : « et Je serai sanctifié au sein des enfants d'Israël », et il est écrit là-bas : « séparez-vous du sein de cette communauté » ; de même que là-bas il s'agit de dix, de même ici il s'agit de dix.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָתְיָא 'תּוֹךְ' 'תּוֹךְ'. מִלְּבַד הַגְּזֵירָה שָׁוָה הַזֹּאת נִרְאֶה לִי בס"ד לַעֲשׂוֹת רֶמֶז בַּמִּקְרָא, דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא כב, לב) תּוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, קָרֵי בָּהּ תּוֹךְ 'בֶּן יו"ד' יִשְׂרָאֵל:
« Cela se déduit par au sein, au sein. » Outre cette guezera chava, il me semble, avec l'aide du Ciel, de proposer une allusion (remez) dans le verset : il est écrit (Vayikra 22,32) « au sein des enfants (benei) d'Israël » — lis-y : au sein d'un « ben youd » d'Israël, c'est-à-dire au sein d'un groupe de dix d'Israël, puisque le mot benei se laisse lire ben youd et que la lettre youd vaut dix.
💡 Explication

Le verset de Vayikra ne dit pas dix. Le nombre vient d'une guezera chava : deux versets partagent le mot « au sein » (tokh), et ce que l'un enseigne passe à l'autre. Le second verset est celui de l'assemblée de Korah.

Ce second verset ne dit pas dix non plus : il porte le mot « communauté » (eda), qui renvoie à son tour au verset des explorateurs, « jusques à quand cette mauvaise communauté ». Les explorateurs étaient douze ; Yehochoua et Kalev ne font pas partie de la mauvaise communauté ; il en reste dix. Le schéma en tête de page suit la chaîne entière.

6
וּדְכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת מִפְסָק לָא פָּסֵיק.

Et de l'avis de tous, en tout cas, il n'interrompt pas.

📜 Rachi (1)
מִפְּסַק לָא פְּסִיק תְּפִלָּתוֹ לִקְדֻושָּׁה לַעֲנוֹת עִם הַצִּבּוּר וְכֵן לְמוֹדִים:
Il n'interrompt pas — sa prière, pour la kedoucha, afin de répondre avec le public ; et de même pour Modim.
💡 Explication

Point d'accord entre Rav Houna et Rabbi Yehochoua ben Levi : celui qui a déjà commencé son amida ne la coupe pas pour répondre avec l'assemblée, ni pour la Kedoucha ni pour Modim. Toute la discussion précédente ne portait donc que sur le fait de commencer ou non.

7
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ לְהַפְסִיק לְ״יְהֵא שְׁמוֹ הַגָּדוֹל מְבֹורָךְ״? כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אָמַר: רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן תַּלְמִידֵי דְּרַבִּי יוֹחָנָן אָמְרִי: לַכֹּל אֵין מַפְסִיקִין חוּץ מִן ״יְהֵא שְׁמוֹ הַגָּדוֹל מְבֹורָךְ״. שֶׁאֲפִילּוּ עוֹסֵק בְּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה — פּוֹסֵק. וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָתֵיהּ.

Ils ont demandé : peut-on interrompre pour « que son grand Nom soit béni » (yehe chemo hagadol mevorakh) ? Lorsque Rav Dimi vint, il dit : Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, disciples de Rabbi Yo'hanan, disent : pour rien on n'interrompt, sauf pour « que son grand Nom soit béni » ; car même celui qui est occupé au maasse merkava interrompt.

Et la halakha n'est pas comme lui.

💡 Explication

La question porte sur la réponse centrale du kaddich. Rav Dimi rapporte au nom de deux disciples de Rabbi Yo'hanan un avis extrême : cette réponse-là fait exception à toute règle, au point que même l'étude du maasse merkava, la plus élevée, s'interrompt pour elle.

La guemara conclut en une formule brève : la halakha ne suit pas cet avis. Celui qui prie l'amida garde donc le silence, y compris pour cette réponse.

8
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מְבָרֵךְ לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם. לְמֵימְרָא דְּקָסָבַר רַבִּי יְהוּדָה בַּעַל קֶרִי מֻותָּר בְּדִבְרֵי תוֹרָה? וְהָאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, מִנַּיִן לְבַעַל קֶרִי שֶׁאָסוּר בְּדִבְרֵי תוֹרָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהוֹדַעְתָּם לְבָנֶיךָ וְלִבְנֵי בָנֶיךָ״, וּסְמִיךְ לֵיהּ: ״יוֹם אֲשֶׁר עָמַדְתָּ וְגוֹ׳״. מַה לְהַלָּן בַּעֲלֵי קְרָיִין אֲסוּרִין, אַף כָּאן בַּעֲלֵי קְרָיִין אֲסוּרִין!

« Rabbi Yehouda dit : il bénit avant et après. » Cela veut-il dire que Rabbi Yehouda tient que le baal keri est permis dans les paroles de Torah ? Mais Rabbi Yehochoua ben Levi n'a-t-il pas dit : d'où sait-on que le baal keri est interdit dans les paroles de Torah ?

De ce qu'il est dit : « et tu les feras connaître à tes fils et aux fils de tes fils », et qu'il lui est juxtaposé : « le jour où tu t'es tenu... » — de même que là-bas les baalei keri étaient interdits, de même ici les baalei keri sont interdits.

💡 Explication

Retour à la michna du chapitre : pour Rabbi Yehouda, le baal keri (celui qui a eu une émission séminale) prononce les bénédictions du Chema et celles du repas, avant et après. Cela suppose qu'il lui est permis de prononcer des paroles de Torah.

Or Rabbi Yehochoua ben Levi le lui interdit, en s'appuyant sur deux versets voisins (semoukhin) dans Devarim 4 : l'un ordonne de transmettre la Torah aux fils, l'autre rappelle la station au mont Horev. Puisque la révélation exigeait de s'écarter de toute impureté de ce genre, l'étude de la Torah l'exige aussi.

9
וְכִי תֵּימָא רַבִּי יְהוּדָה לָא דְּרֵישׁ ״סְמוּכִים״, וְהָאָמַר רַב יוֹסֵף: אֲפִילּוּ מַאן דְּלָא דָּרֵישׁ סְמוּכִים בְּכָל הַתּוֹרָה, בְּמִשְׁנֵה תּוֹרָה — דְּרֵישׁ. דְּהָא רַבִּי יְהוּדָה לָא דְּרֵישׁ ״סִמּוּכִין״ בְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ וּבְמִשְׁנֵה תוֹרָה — דְּרֵישׁ.

Et si tu dis que Rabbi Yehouda n'expose pas les versets voisins (semoukhin), Rav Yossef n'a-t-il pas dit : même celui qui n'expose pas les semoukhin dans toute la Torah, dans le Michne Torah il les expose ? Car Rabbi Yehouda n'expose pas les semoukhin dans toute la Torah, et dans le Michne Torah il les expose.

📜 Rachi (1)
בְּמִשְׁנֵה תּוֹרָה דְּרֵישׁ וְהַאי קְרָא בְּמִשְׁנֵה תּוֹרָה הוּא נֶאֱמַר:
Dans le Michne Torah il expose — et ce verset a été dit dans le Michne Torah.
💡 Explication

Première échappatoire envisagée : Rabbi Yehouda ne se sert simplement pas du procédé des semoukhin, la déduction tirée du voisinage de deux passages. Rav Yossef la ferme : même ceux qui refusent ce procédé dans le reste de la Torah l'admettent dans le Michne Torah, c'est-à-dire le livre de Devarim, où l'ordre des sujets est tenu pour significatif. Et les versets de Rabbi Yehochoua ben Levi se trouvent précisément dans Devarim.

10
וּבְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ מְנָא לַן דְּלָא דָּרֵישׁ — דְּתַנְיָא, בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: נֶאֱמַר ״מְכַשֵּׁפָה לֹא תְּחַיֶּה״, וְנֶאֱמַר ״כָּל שֹׁוכֵב עִם בְּהֵמָה מוֹת יוּמָת״ — סָמְכוּ עִנְיָן לוֹ, לוֹמַר: מַה שׁוֹכֵב עִם בְּהֵמָה בִּסְקִילָה, אַף מְכַשֵּׁפָה נָמֵי בִּסְקִילָה.

Et dans toute la Torah, d'où savons-nous qu'il n'expose pas ? De ce qui a été enseigné : Ben Azzaï dit : il est dit « tu ne laisseras pas vivre la sorcière », et il est dit « quiconque couche avec une bête sera mis à mort » ; on a juxtaposé ce sujet à celui-là pour dire : de même que celui qui couche avec une bête est mis à mort par lapidation, de même la sorcière aussi par lapidation.

📜 Rachi (3)
מְכַשֵּׁפָה לֹא תִּחְיֶה וְלֹא פֵּירֵשׁ בְּאֵיזוֹ מִיתָה תָּמוּת וְנֶאֱמַר אֶצְלוֹ כָּל שֹׁוכֵב עִם בְּהֵמָה מוֹת יוּמָת:
Tu ne laisseras pas vivre la sorcière — sans préciser de quelle mort elle mourra ; et il est dit auprès d'elle : « quiconque couche avec une bête sera mis à mort ».
סָמְכוּ עִנְיָן לוֹ סְמָכַתּוּ פָּרָשַׁת מְכַשֵּׁפָה לֹא תִּחְיֶה לַשּׁוֹכֵב עִם בְּהֵמָה:
On a juxtaposé ce sujet à celui-là — la section « tu ne laisseras pas vivre la sorcière » a été juxtaposée à celle de celui qui couche avec une bête.
מַה שׁוֹכֵב עִם בְּהֵמָה בִּסְקִילָה כִּדְאָמְרִינַן לָהּ בְּסַנְהֶדְרִין פֶּרֶק ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף נד:) בִּגְזֵרָה שָׁוָה דְּתַהֲרֹוגוּ דְּהָכָא מִכִּי הָרוּג תַּהַרְגֶנּוּ דְּמֵסִית אַף מְכַשֵּׁף בִּסְקִילָה:
De même que celui qui couche avec une bête est par lapidation — comme nous le disons dans Sanhédrin, chapitre Arba mitot (Sanhédrin 54b), par une guezera chava tirée de « vous le tuerez » d'ici et de « tu le tueras assurément » dit du messit ; de même le sorcier est par lapidation.
💡 Explication

La guemara établit maintenant les deux moitiés de la règle de Rav Yossef, en commençant par le refus des semoukhin hors de Devarim. Le cas est celui de la sorcière : la Torah ordonne de ne pas la laisser vivre, sans préciser par quelle mort.

Ben Azzaï comble le silence par le verset qui suit immédiatement, celui de la bestialité, dont on sait par ailleurs qu'il entraîne la lapidation (skila), la plus grave des quatre morts. Le voisinage sert donc ici à fixer une peine capitale.

11
אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה: וְכִי מִפְּנֵי שֶׁסְּמָכוֹ עִנְיָן לוֹ, נוֹצִיא לָזֶה לִסְקִילָה? אֶלָּא: אוֹב וְיִדְּעוֹנִי בִּכְלַל כָּל הַמְכַשְּׁפִים הָיוּ, וְלָמָּה יָצְאוּ — לְהַקִּישׁ לָהֶן וְלוֹמַר לָךְ: מָה אוֹב וְיִדְּעוֹנִי בִּסְקִילָה — אַף מְכַשֵּׁפָה בִּסְקִילָה.

Rabbi Yehouda lui dit : parce qu'on a juxtaposé ce sujet à celui-là, ferions-nous sortir cet homme pour la lapidation ? Plutôt : ov et yidoni (les nécromanciens et devins) étaient compris parmi l'ensemble des sorciers ; et pourquoi en sont-ils sortis ?

Pour qu'on leur compare le reste et te dire : de même que ov et yidoni sont par lapidation, de même la sorcière par lapidation.

📜 Rachi (2)
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יְהוּדָה וְכִי מִפְּנֵי שֶׁסְּמָכוֹ הָעִנְיָן לַשּׁוֹכֵב עִם בְּהֵמָה נוֹצִיא זֶה הַמְכַשֵּׁף לִסְקִילָה שֶׁהִיא חֲמוּרָה מִכָּל מִיתוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה אֶלָּא מִקְרָא מְפֹורָשׁ יֵשׁ לוֹ בְּמָקוֹם אַחֵר שֶׁהוּא בִּסְקִילָה:
Rabbi Yehouda lui dit : parce qu'on a juxtaposé le sujet — à celui qui couche avec une bête, ferions-nous sortir ce sorcier pour la lapidation, qui est la plus grave de toutes les morts de la Torah ? Plutôt, il a un verset explicite ailleurs, qui indique qu'il est par lapidation.
אוֹב וְיִדְּעוֹנִי בִּכְלָל לֹא תְּחַיֶּה דְּכָל הַמְכַשְּׁפִים הָיוּ וְלָמָּה יָצְאוּ בִּפְנֵי עַצְמָן כְּשֶׁהִפְרִישָׁן לִסְקִילָה כְּדִכְתִיב בָּאֶבֶן יִרְגְּמוּ אֹותָם דְּמֵיהֶם בָּם לְהַקִּישׁ אֲלֵיהֶם אֶת כָּל הַכְּלָל שֶׁזּוֹ מִדָּה בַּתּוֹרָה שֶׁכָּל דָּבָר שֶׁהָיָה בַּכְּלָל וְיָצָא מִן הַכְּלָל לְלַמֵּד לֹא לְלַמֵּד עַל עַצְמוֹ יָצָא אֶלָּא לְלַמֵּד עַל הַכְּלָל כֻּולּוֹ יָצָא:
Ov et yidoni étaient compris — dans « tu ne laisseras pas vivre », qui vise tous les sorciers. Et pourquoi sont-ils sortis à part, lorsque l'Écriture les a séparés pour la lapidation, comme il est écrit « on les lapidera avec des pierres, leur sang est sur eux » ? Pour leur comparer tout l'ensemble. Car c'est une des mesures d'interprétation de la Torah : toute chose qui était comprise dans un ensemble et qui en est sortie pour enseigner, n'est pas sortie pour enseigner sur elle-même seule, mais pour enseigner sur tout l'ensemble.
💡 Explication

Rabbi Yehouda rejette la déduction de Ben Azzaï. Un simple voisinage de passages ne pèse pas assez lourd pour envoyer un homme à la mort la plus grave ; il faut une source mieux articulée.

Il la trouve dans une des mesures d'interprétation : ov et yidoni faisaient partie de l'ensemble des sorciers, et l'Écriture les en a détachés pour leur assigner la lapidation. Une chose sortie de son ensemble pour recevoir un enseignement le rapporte à l'ensemble tout entier ; la peine s'étend donc à tous les sorciers. Le résultat est le même que chez Ben Azzaï, la voie est différente — et cette voie montre que Rabbi Yehouda refuse les semoukhin hors de Devarim.

🖼️ Schéma
Deux chemins vers la même peine pour la sorcière Ben Azzai : par le voisinage Chemot 22,17 : tu ne laisseras pas vivre la sorcière (peine non précisée) Chemot 22,18 : quiconque couche avec une bête sera mis à mort = lapidation Les deux versets se touchent, donc même peine. Rabbi Yehouda : par le hekech Ov et yidoni faisaient partie de l'ensemble des sorciers. Vayikra 20,27 les en détache et leur assigne explicitement la lapidation. Ce qui sort d'un ensemble instruit tout l'ensemble. Ce que la baraita prouve pour notre sougya Rabbi Yehouda a sous les yeux un voisinage utilisable et le refuse : hors de Devarim, il n'expose pas les semoukhin.
La conclusion pratique est identique ; la guemara ne retient que la méthode, car c'est elle qui est en cause.
12
וּבְמִשְׁנֵה תוֹרָה מְנָא לַן דְּדָרֵישׁ — דְּתַנְיָא: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר נוֹשֵׂא אָדָם אֲנוּסַת אָבִיו וּמְפֻותַּת אָבִיו אֲנוּסַת בְּנוֹ וּמְפֻותַּת בְּנוֹ.

Et dans le Michne Torah, d'où savons-nous qu'il expose les semoukhin ? De ce qui a été enseigné : Rabbi Eliezer dit : un homme peut épouser celle que son père a violée et celle que son père a séduite, celle que son fils a violée et celle que son fils a séduite.

💡 Explication

Seconde moitié de la règle de Rav Yossef. Le cas relève des unions interdites : la Torah interdit la femme du père et la femme du fils, mais une femme violée ou séduite par eux n'est pas leur femme. Pour Rabbi Eliezer, l'interdit ne l'atteint donc pas.

13
רַבִּי יְהוּדָה אוֹסֵר בַּאֲנוּסַת אָבִיו וּבִמְפֻותַּת אָבִיו. וְאָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה? — דִּכְתִיב: ״לֹא יִקַּח אִישׁ אֶת אֵשֶׁת אָבִיו וְלֹא יְגַלֶּה אֶת כְּנַף אָבִיו״. כָּנָף שֶׁרָאָה אָבִיו — לֹא יְגַלֶּה.

Rabbi Yehouda interdit celle que son père a violée et celle que son père a séduite. Et Rav Guidel a dit au nom de Rav : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ?

Car il est écrit : « un homme ne prendra pas la femme de son père et ne découvrira pas le pan du vêtement de son père » — le pan que son père a vu, il ne le découvrira pas.

💡 Explication

Rabbi Yehouda interdit le cas du père. Sa source est la seconde moitié du verset de Devarim 23,1, qui ajoute quelque chose à la première : au-delà de la femme du père, le verset écarte le pan du vêtement que le père a découvert, autrement dit toute femme avec laquelle le père a eu des relations.

14
וּמִמַּאי דְּבַאֲנוּסַת אָבִיו כְּתִיב — דִּסְמִיךְ לֵיהּ: ״וְנָתַן הָאִישׁ הַשֹּׁוכֵב עִמָּהּ וְגוֹ׳״.

Et d'où savons-nous que le verset est écrit à propos de celle que son père a violée ? De ce qui lui est juxtaposé : « et l'homme qui a couché avec elle donnera... ».

💡 Explication

Voici le semoukhin recherché. Le verset précédent, dans Devarim 22,29, traite de l'homme qui a violé une jeune fille et doit verser cinquante sicles à son père. C'est ce voisinage qui indique à Rabbi Yehouda que le verset suivant vise la femme violée par le père. Il expose donc bien les semoukhin dans le Michne Torah, et la difficulté du départ revient entière.

15
אָמְרִי: אִין בְּמִשְׁנֵה תוֹרָה דָּרֵישׁ, וְהָנֵי סְמוּכִין מִבְּעֵי לֵיהּ לְאִידַּךְ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל הַמְלַמֵּד לִבְנוֹ תּוֹרָה מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ קִבְּלָהּ מֵהַר חוֹרֵב. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהוֹדַעְתָּם לְבָנֶיךָ וְלִבְנֵי בָנֶיךָ״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ ״יוֹם אֲשֶׁר עָמַדְתָּ לִפְנֵי ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ בְּחֹורֵב״.

Ils ont dit : oui, dans le Michne Torah il expose les semoukhin, mais ces versets voisins-ci, il en a besoin pour l'autre enseignement de Rabbi Yehochoua ben Levi. Car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : quiconque enseigne la Torah à son fils, l'Écriture le lui compte comme s'il l'avait reçue du mont Horev, ainsi qu'il est dit : « et tu les feras connaître à tes fils et aux fils de tes fils », et il est écrit après cela : « le jour où tu t'es tenu devant Hachem ton D.ieu à Horev ».

⚖️ Rosh (1)
גָּרְסִי' בַּגְּמָרָא דְּסוֹטָה דַּף מ בִּזְמַן שש"ץ אוֹמֵר מוֹדִים הָעָם מָה הֵם אוֹמְרִים. אָמַר רַב מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ ה' אֱ-לֹהֵינוּ עַל שֶׁאֲנַחְנוּ מוֹדִים לָךְ. פֵּירוּשׁ עַל מַה שֶׁזְּכִיָּתֵנוּ מִכָּל הָאֻומּוֹת וְקֵרַבְתָּנוּ לְהוֹדוֹת לָךְ וּשְׁמוּאֵל אָמַר מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ ה' אֱ-לֹהֵינוּ וֵא-לֹהֵי כָּל בָּשָׂר עַל שֶׁאָנוּ מוֹדִים לָךְ. ר' סִימַאי אוֹמֵר יוֹצְרֵנוּ יוֹצֵר בְּרֵאשִׁית עַל שֶׁאָנוּ מוֹדִים לָךְ. נְהַרְדָּעֵי אָמְרִי מִשּׁוּם ר' סִימַאי בְּרָכוֹת וְהוֹדָאוֹת לְשִׁמְךָ הַגָּדוֹל עַל שֶׁהֶחֱיִיתָנוּ וְקִיַּימְתָּנוּ עַל שֶׁאָנוּ מוֹדִים לָךְ. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב מְסַיֵּים בַּהּ הָכִי כֵּן תְּחַיֵּינוּ וּתְקַייְּמֶנּוּ וּתְחָנֵּנוּ וְתִקְבְּצֵנוּ מֵאַרְבַּע כְּנָפוֹת וְתֶאֱסֹוף גָּלִיּוֹתֵינוּ לְחַצְרוֹת קָדְשֶׁךָ לִשְׁמֹור חֻוקֶּיךָ וּלְעָבְדְּךָ וְלַעֲשׂוֹת רְצוֹנְךָ בְּלֵבָב שָׁלֵם עַל שֶׁאָנוּ מוֹדִים לָךְ. אָמַר רַב פָּפָּא הִילְכָּךְ נֵימְרִינְהוּ לְכֻולְּהוּ. בִּירוּשַׁלְמִי מְסַייֵּם בָּהּ בָּרוּךְ אַתָּה ה' הָאֵל הַהוֹדָאוֹת:
Nous lisons dans la guemara de Sota (40a) : au moment où le chalia'h tsibour dit Modim, que dit le peuple ? Rav a dit : « Nous te rendons grâce, Hachem notre D.ieu, de ce que nous te rendons grâce. » Explication : de ce que Tu nous as fait ce mérite parmi toutes les nations et nous as rapprochés pour te rendre grâce. Et Chmouel a dit : « Nous te rendons grâce, Hachem notre D.ieu et D.ieu de toute chair, de ce que nous te rendons grâce. » Rabbi Simaï dit : « Notre Formateur, Formateur de la Création, de ce que nous te rendons grâce. » Les gens de Nehardea disaient au nom de Rabbi Simaï : « Bénédictions et actions de grâce à ton grand Nom, de ce que Tu nous as fait vivre et nous as maintenus, de ce que nous te rendons grâce. » Rav Aha bar Yaakov concluait ainsi : « Ainsi puisses-Tu nous faire vivre, nous maintenir, nous accorder ta grâce, nous rassembler des quatre coins de la terre et réunir nos exilés dans les parvis de ton sanctuaire, pour garder tes lois, te servir et faire ta volonté d'un cœur entier, de ce que nous te rendons grâce. » Rav Papa a dit : puisqu'il en est ainsi, disons-les toutes. Et dans le Yerouchalmi l'on conclut par : « Béni sois-Tu, Hachem, le D.ieu des actions de grâce. »
💡 Explication

Résolution. Rabbi Yehouda expose bien les semoukhin dans Devarim, mais ce voisinage précis est déjà employé à autre chose. Le même couple de versets sert à Rabbi Yehochoua ben Levi pour un tout autre enseignement : celui qui transmet la Torah à son fils se tient, en quelque manière, dans la situation de Horev.

Un voisinage ne fournit qu'un enseignement. Puisque Rabbi Yehouda l'a affecté à celui-là, il ne peut plus en tirer l'interdiction faite au baal keri, et sa position dans la michna se tient.

16
תְּנַן זָב שֶׁרָאָה קֶרִי, וְנִדָּה שֶׁפָּלְטָה שִׁכְבַת זֶרַע, הַמְשַׁמֶּשֶׁת וְרָאֲתָה דָּם, צְרִיכִין טְבִילָה. וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹטֵר.

Nous avons appris dans une michna : un zav qui a eu une émission séminale, une nidda qui a rejeté du sperme, et la femme qui a eu des rapports puis a vu du sang — tous ont besoin de la tevila (immersion). Et Rabbi Yehouda les dispense.

📜 Rachi (3)
זָב שֶׁרָאָה קֶרִי וְכוּ' לְעִנְיַן טְבִילָה שֶׁתִּקֵּן עֶזְרָא לְבַעֲלֵי קְרָיִין לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה קָאֵי וְלִשְׁאָר טְמֵאִים לֹא הִצְרִיךְ וְקָאָמַר הָכָא דְּאִם יֵשׁ לוֹ טֻומְאָה אַחֶרֶת עִם הַקֶּרִי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לָצֵאת מִמֶּנָּה בִּטְבִילָה זוֹ כְּגוֹן זָב וְנִדָּה שֶׁהֵם טְמֵאִים טֻומְאַת שִׁבְעָה אֲפִילּוּ הָכֵי צָרִיךְ לִטְבֹּול לְקִרְיוֹ קֹודֶם שֶׁיַּעֲסֹוק בַּתּוֹרָה:
Un zav qui a eu une émission séminale, etc. — cela porte sur la tevila qu'Ezra a instituée pour les baalei keri afin qu'ils s'occupent de Torah, et qu'il n'a pas exigée des autres impurs. Et l'on dit ici que, s'il porte une autre impureté en plus du keri, dont il ne peut sortir par cette tevila — comme le zav et la nidda, qui sont impurs d'une impureté de sept jours —, il doit malgré tout s'immerger pour son keri avant de s'occuper de Torah.
פּוֹלֶטֶת שִׁכְבַת זֶרַע הֲרֵי הִיא כְּבַעַל קֶרִי:
Celle qui rejette du sperme — elle est comme un baal keri.
וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹטֵר קס"ד דְּאֵין טְבִילָה זוֹ מְטַהַרְתּוֹ מִכֹּל וָכֹל:
Et Rabbi Yehouda dispense — il vient à l'esprit que cette tevila ne le purifie pas entièrement.
💡 Explication

La guemara cherche maintenant à savoir ce que Rabbi Yehouda pense vraiment de la tekana d'Ezra, qui impose au baal keri de s'immerger avant de s'occuper de Torah. Elle cite une michna qui réunit trois personnes déjà atteintes d'une impureté lourde de sept jours, et sur lesquelles vient s'ajouter une impureté de keri.

Les Sages exigent d'elles la tevila du keri, bien qu'elle ne les rende pas pures pour autant. Rabbi Yehouda les en dispense, et toute la question est de savoir jusqu'où va cette dispense.

17
עַד כָּאן לָא פָּטַר רַבִּי יְהוּדָה אֶלָּא בְּזָב שֶׁרָאָה קֶרִי, דְּמֵעִיקָּרָא לָאו בַּר טְבִילָה הוּא, אֲבָל בַּעַל קֶרִי גְּרֵידָא מְחַיַּיב.

Rabbi Yehouda n'a dispensé que le zav qui a eu une émission séminale, lequel des le départ n'était pas apte à la tevila ; mais un simple baal keri, il l'oblige.

💡 Explication

Première lecture de la michna, celle qui sert la thèse de la guemara. Rabbi Yehouda ne dispense que là où l'immersion serait sans effet : le zav restait impur sept jours de toute façon, donc s'immerger pour le keri ne lui apporte rien. Un homme atteint du seul keri, lui, reste soumis à l'institution d'Ezra — et Rabbi Yehouda l'admet donc.

18
וְכִי תֵּימָא: הוּא הַדִּין דַּאֲפִילּוּ בַּעַל קֶרִי גְּרֵידָא נָמֵי פָּטַר רַבִּי יְהוּדָה, וְהַאי דְּקָא מִפַּלְּגִי בְּזָב שֶׁרָאָה קֶרִי — לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחָן דְּרַבָּנָן. אֵימָא סֵיפָא: הַמְשַׁמֶּשֶׁת וְרָאֲתָה דָּם — צְרִיכָה טְבִילָה.

Et si tu dis : il en va de même pour un simple baal keri, que Rabbi Yehouda dispense aussi, et s'ils ont discuté à propos du zav qui a eu une émission séminale, c'est pour te faire connaître la portée de l'avis des Sages — vois la fin de la michna : « la femme qui a eu des rapports puis a vu du sang a besoin de la tevila ».

💡 Explication

Objection possible : peut-être Rabbi Yehouda dispense-t-il tout le monde, y compris le baal keri ordinaire, et la michna a-t-elle choisi le cas du zav seulement pour montrer jusqu'où vont les Sages, qui exigent l'immersion même là où elle ne purifie pas.

La guemara repousse cette lecture en s'appuyant sur le troisième cas de la michna, celui de la femme qui a vu du sang après les rapports. Le segment suivant développe l'argument.

19
לְמָאֵן קָתָנֵי לָהּ? אִילֵּימָא לְרַבָּנָן — פְּשִׁיטָא! הַשְׁתָּא וּמַה זָב שֶׁרָאָה קֶרִי — דְּמֵעִיקָּרָא לָאו בַּר טְבִילָה הוּא, מְחַייְּבִי רַבָּנָן; הַמְשַׁמֶּשֶׁת וְרָאֲתָה דָּם — דְּמֵעִיקָּרָא בַּת טְבִילָה הִיא, לֹא כָל שֶׁכֵּן?! אֶלָּא לָאו רַבִּי יְהוּדָה הִיא, וְדַוְקָא קָתָנֵי לָהּ,

Selon qui l'a-t-on enseignée ? Si tu dis selon les Sages, c'est évident !

Maintenant, si le zav qui a eu une émission séminale, lequel des le départ n'était pas apte à la tevila, les Sages l'obligent, la femme qui a eu des rapports puis a vu du sang, laquelle dès le départ était apte à la tevila, à plus forte raison ! Plutôt, n'est-ce pas selon Rabbi Yehouda, et c'est précisément ainsi qu'on l'a enseignée,

📜 Rachi (7)
הַמְשַׁמֶּשֶׁת לְמָאֵן קָתָנֵי לָהּ לְהַשְׁמִיעֵנוּ כֹּחַ מִי הֻוצְרְכוּ לַחֲלֹוק בָּהּ:
La femme qui a eu des rapports, selon qui l'a-t-on enseignée — pour nous faire entendre la portée de l'avis de qui il a fallu discuter à son sujet.
אִילֵּימָא לְרַבָּנָן לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחָן דִּמְחַיְּיבִי בָּהּ:
Si tu dis selon les Sages — pour te faire connaître leur portée, en ce qu'ils l'obligent.
הַשְׁתָּא זָב שֶׁרָאָה קֶרִי שֶׁקְּדָמַתּוּ טֻומְאַת הַזִּיבָה מֵעִיקָּרָא:
Maintenant, un zav qui a eu une émission séminale — chez qui l'impureté de la ziva avait précédé dès le départ.
דְּמֵעִיקָּרָא בְּשָׁעָה שֶׁרָאָה קֶרִי לָאו בַּר טְבִילָה הוּא וּמְחַיְּיבִי לֵיהּ רַבָּנָן טְבִילָה לְקֶרִי לְדִבְרֵי תּוֹרָה:
Dès le départ — au moment où il a eu son keri il n'était pas apte à la tevila, et les Sages l'obligent pourtant à la tevila pour le keri en vue des paroles de Torah.
מְשַׁמֶּשֶׁת וְרָאֲתָה נִדָּה דְּטֻומְאַת קֶרִי קָדְמָה וּכְשֶׁרָאֲתָה הַקֶּרִי רְאוּיָה הָיְתָה לִטְבֹּול מִיָּד:
La femme qui a eu des rapports et a vu le sang de nidda — chez qui l'impureté du keri a précédé, et lorsqu'elle a reçu le keri elle était apte à s'immerger aussitôt.
לֹא כ"ש דְּלָא אָתְיָא טֻומְאַת נִדָּה שֶׁהִיא אַחֲרוֹנָה וּמַפְקְעָה לִטְבִילָה שֶׁנִּתְחַיְּיבָה בָּהּ כְּבָר:
À plus forte raison — car l'impureté de nidda, qui vient en dernier, ne vient pas annuler la tevila à laquelle elle était déjà tenue.
אֶלָּא לָאו רַבִּי יְהוּדָה קָתָנֵי לְהוֹדִיעֲךָ דְּאַפֵּי' הֵיכָא דְּקָדַם הַקֶּרִי אָתְיָא טֻומְאַת נִדָּה וּמַפְקְעָה טְבִילָה דְּאֵין טְבִילָה אֶלָּא הַמְטַהֶרֶת וְאִי לְרַבִּי יְהוּדָה לֵית לֵיהּ תַּקָּנַת עֶזְרָא לָמָּה לֵיהּ לְאַשְׁמְעִינַן בְּהָא כָּל בַּעֲלֵי קְרָיִין נָמֵי לָא בָּעוּ טְבִילָה לְדִבְרֵי תּוֹרָה הִלְכָּךְ עַל כָּרְחָךְ דַּוְקָא קָתָנֵי לָהּ:
Plutôt, n'est-ce pas Rabbi Yehouda — qui l'enseigne pour te faire savoir que même là où le keri a précédé, l'impureté de nidda survient et annule la tevila, car il n'y a de tevila que celle qui purifie. Et si Rabbi Yehouda ne tenait pas l'institution d'Ezra, pourquoi aurait-il besoin de nous l'enseigner dans ce cas ? Tous les baalei keri non plus n'auraient pas besoin de tevila pour les paroles de Torah. Force est donc de dire que c'est précisément ainsi qu'on l'a enseignée.
💡 Explication

L'argument repose sur l'ordre des impuretés. Chez le zav, l'impureté lourde précède le keri : au moment du keri il n'était déjà plus apte à une immersion utile. Chez la femme qui a vu du sang après les rapports, le keri précède le sang : elle était, l'espace d'un instant, parfaitement apte à s'immerger.

Si donc les Sages obligent le zav, obliger cette femme va de soi et la michna n'aurait rien appris en l'enseignant. Le cas n'a de sens que dans la bouche de Rabbi Yehouda, qui l'y dispense — et s'il fallait le dire expressément de ce cas, c'est que sa dispense ne couvre pas tout, donc qu'il maintient la tevila du baal keri ordinaire. La démonstration s'achève au folio suivant.

🖼️ Schéma
Les trois cas de la michna et l'ordre des impuretés Cas Apte à la tevila au moment du keri ? Ce que la michna apprend Zav qui a eu un keri la ziva précède le keri Non Les Sages obligent, R. Yehouda dispense Nidda qui rejette du sperme la nidda précède le keri Non Même situation que le zav Femme qui a vu du sang après les rapports le keri précède la nidda Oui, un instant Selon les Sages : rien de neuf La déduction Le troisième cas n'a de portée que chez Rabbi Yehouda : sa dispense est donc limitée, et le baal keri ordinaire reste tenu.
Ce qui sépare les trois cas est l'ordre d'arrivée des impuretés, car il décide si une immersion utile à jamais été possible.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).