Sougya : Ouverture du Talmud. La Michna fixe le début du Chema du soir à l'heure où les cohanim entrent manger leur terouma, et sa fin selon trois avis : fin de la première veille (R.
Eliezer), hatsot (les Sages), lever de l'aube (Rabban Gamliel). L'épisode des fils de Rabban Gamliel revenant des noces sert à établir un principe général : partout où les Sages disent jusqu'à hatsot, la mitsva d'après la Torah tient jusqu'à l'aube, et hatsot est une clôture destinée à éloigner l'homme de la faute.
La Guemara demande ensuite sur quoi le Tana s'appuie pour ouvrir par à partir de quand, et pourquoi il traite le soir avant le matin ; elle répond par le verset be-chokhbekha ou par l'ordre de la création. Le folio se clôt sur la formule les cohanim entrent manger leur terouma, qui enseigne au passage que le sacrifice expiatoire encore du ne fait pas obstacle à la terouma.
MICHNA. À partir de quand récite-t-on le Chema le soir ?
À partir de l'heure où les cohanim entrent pour manger leur terouma. Jusqu'à la fin de la première veille (achmoura).
Paroles de Rabbi Eliezer.
La première michna du Talmud ne demande pas si l'on doit réciter le Chema, elle demande à partir de quand. Le Tana date le début du temps par un fait extérieur observable : l'heure où un cohen devenu impur, qui s'est immergé au mikve, peut de nouveau manger sa terouma — c'est-à-dire la tombée complète de la nuit.
Le mot achmoura (veille) découpe la nuit en trois ou quatre gardes ; la Guemara (3a) établira que la première veille de Rabbi Eliezer s'achève au tiers de la nuit. Rachi en tire une conséquence dure : avant et après, ce n'est plus le zeman chekhiva (le temps du coucher) visé par le verset, et l'on ne s'acquitte pas. Tossefot y objecte longuement et défend, au nom de Rabbenou Tam et du Ri, que le Chema récité à la synagogue est bien le Chema principal.
Et les Sages disent : jusqu'à hatsot (le milieu de la nuit).
Rabban Gamliel dit : jusqu'à ce que monte la colonne de l'aube (amoud ha-chahar).
Il arriva que ses fils revinrent de la salle des noces. Ils lui dirent : nous n'avons pas récité le Chema.
Il leur dit : si la colonne de l'aube n'est pas encore montée, vous êtes tenus de le réciter. Et pas seulement cela ont-ils dit, mais partout où les Sages ont dit "jusqu'à hatsot", leur mitsva [se prolonge] jusqu'à ce que monte la colonne de l'aube.
L'épisode fait plus qu'illustrer l'avis de Rabban Gamliel : il lui sert à réinterpréter la position adverse. Les Sages ne contestent pas la limite réelle, ils posent une clôture en amont. Ce que Rabban Gamliel énonce ici est un principe général applicable à toute mitsva de nuit, et non une règle propre au Chema.
La combustion des graisses et des membres (hektèr halavim ve-evarim) : leur mitsva [se prolonge] jusqu'à ce que monte la colonne de l'aube. Et tout ce qui se mange en un seul jour : leur mitsva [se prolonge] jusqu'à ce que monte la colonne de l'aube.
S'il en est ainsi, pourquoi les Sages ont-ils dit "jusqu'à hatsot" ? Afin d'éloigner l'homme de la faute.
Trois exemples de mitsvot nocturnes sont alignés : le Chema, la combustion sur l'autel des graisses et des membres des sacrifices, et la consommation des kodachim dont le temps est d'un jour et une nuit. Dans les trois cas, la limite fixée par la Torah est le lever de l'aube.
La formule finale, kédé le-harhik adam min ha-avéra (pour éloigner l'homme de la faute), est l'un des grands principes du Talmud. Rachi précise la logique de risque : pour les kodachim, dépasser l'aube rend l'offrande notar et expose au karet ; pour le Chema, le risque est de remettre à plus tard jusqu'à laisser passer le temps. Il note aussi que la combustion des graisses ne fut jamais soumise à la limite de hatsot — elle figure ici seulement pour établir que toute pratique nocturne reste valide toute la nuit.
GUEMARA. Sur quoi le Tana s'appuie-t-il, pour enseigner "à partir de quand" ?
La Guemara ouvre par une question de forme plutôt que de fond. Demander me-eimatai (à partir de quand) suppose une obligation déjà établie ; or notre michna est la première du Talmud et rien ne précède. La question heikha kai revient à demander : de quel enseignement antérieur le Tana descend-il ?
Et de plus : qu'y a-t-il de particulier à enseigner d'abord [le Chema] du soir ? Qu'il enseigne d'abord celui du matin !
Le Tana s'appuie sur le verset, où il est écrit : "quand tu te couches et quand tu te lèves" (Devarim 6,7). Et voici ce qu'il enseigne : le temps de la lecture du Chema du coucher, quand est-il ?
À partir de l'heure où les cohanim entrent pour manger leur terouma.
Une seule réponse résout les deux questions. Le Tana s'appuie sur le verset : c'est de là que vient l'obligation, ce qui justifie de demander seulement l'heure ; et l'ordre du verset, be-chokhbekha ou-ve-koumekha, place le coucher avant le lever, ce qui justifie de commencer par le soir.
Et si tu veux, dis : il l'apprend de la création du monde, car il est écrit : "il y eut un soir, il y eut un matin, jour un" (Berechit 1,5).
S'il en est ainsi, la fin [de la michna], qui enseigne : "le matin on récite deux bénédictions avant et une après ; le soir on récite deux bénédictions avant et deux après" — qu'elle enseigne d'abord celle du soir !
L'objection vise la seconde réponse seulement. Si l'ordre soir-matin venait du verset du Chema, il ne contraindrait que le Chema. S'il vient de l'ordre de la création, il devrait valoir pour toute matière, y compris pour les bénédictions énumérées plus loin dans le chapitre — or celles-ci suivent l'ordre inverse. Tossefot formule exactement ce partage.
Le Tana a ouvert par [le Chema] du soir, puis a enseigné celui du matin ; tant qu'il en était au matin, il a expliqué les matières du matin, puis il a expliqué les matières du soir.
Le Maître a dit : à partir de l'heure où les cohanim entrent pour manger leur terouma. Or, quand donc les cohanim mangent-ils la terouma ?
À partir de l'heure de la sortie des étoiles. Qu'il enseigne donc : "à partir de l'heure de la sortie des étoiles" !
La Guemara revient à la Michna et attaque sa formulation. Puisque le repère se ramène à la sortie des étoiles (tset ha-kokhavim), le détour par les cohanim et leur terouma paraît inutile. La réponse du segment suivant retourne l'objection : cette formulation transmet, en plus de l'heure, deux enseignements de droit.
Il nous enseigne une chose au passage : quand les cohanim mangent-ils la terouma ? À partir de l'heure de la sortie des étoiles.
Et il nous enseigne ceci : que le kappara ne fait pas obstacle. Comme il est enseigné : "et le soleil se couche et il est pur" (Vayikra 22,7) — le coucher de son soleil lui fait obstacle pour manger la terouma, et son kappara ne lui fait pas obstacle pour manger la terouma.
Le détour par les cohanim rapporte deux gains. Le premier fixe l'heure. Le second concerne le mehousar kippourim : un impur (zav, zava, metsora, youlédèt) qui s'est immergé mais doit encore apporter son korban. Le verset enseigne que seule la tombée du jour, ou-va ha-chemech, conditionne l'accès à la terouma ; le sacrifice restant dû ne le retarde pas.
Tossefot signale que cette règle figure déjà dans la Michna de Negaïm et répond que les michnayot énoncent volontiers en abrégé ce qui est explicite ailleurs.
Et d'où [savons-nous] que ce "et le soleil se couche" désigne le coucher du soleil, et que ce "et il est pur" signifie que le jour s'est purifié ?
La derasha du segment précédent repose sur une lecture précise de trois mots. La Guemara la met à l'épreuve : ou-va ha-chemech pourrait désigner l'immersion de l'homme lui-même, et ve-taher sa propre pureté plutôt que celle du jour. La lecture défendue ici comprend taher yoma : le jour s'est éclairci, les étoiles sont sorties. La discussion se poursuit en 2b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).