Sougya : La première moitié du daf achève la démonstration ouverte au verso : hatov vehametiv relève d'une institution rabbinique. Deux arguments la ferment.
Le premier tient à la forme des bénédictions : elle ouvre par barouh alors qu'elle suit bone Yerouchalayim, donc elle ne se rattache pas au corps du birkat hamazon. Le second est de Rav Nahman bar Yits'hak : on la supprime dans la maison de l'endeuillé, ce qu'une obligation toranique ne permettrait pas.
La Guemara corrige la baraita citée, puis rapporte la formule que Mar Zoutra prononça chez Rav Achi, qui joint la bénédiction du bien à l'acceptation du jugement. Vient ensuite le point laissé en suspens : celui qui a interrompu son repas pour permettre le zimmun, à quel endroit reprend-il sa bénédiction ?
La halakha tranche pour le lieu de l'interruption. La seconde moitié quitte la halakha du birkat hamazon pour les usages de la table.
Le Reich Galouta oppose à Rav Chechet la science des Perses en matière de repas : ordre des lits selon que les convives sont deux ou trois, ordre du lavage avant et après le repas. Rav Chechet répond par une baraita qui corrige l'usage perse sur un point et qui rattache la préséance du lavage final à la désignation de celui qui bénira.
Le daf s'achève sur le récit de Rav tremblant devant Rabbi, puis sur la baraita des lieux où l'on ne cède pas le pas.
Et il en est parmi elles que l'on conclut par « barouh » sans les ouvrir par « barouh ». Or hatov vehametiv s'ouvre par « barouh » et ne se conclut pas par « barouh ».
On en déduit qu'elle constitue une bénédiction à part entière.
Fin de la baraita citée au verso. La règle de forme est la suivante : une berakha hasmoukha lahaverta, bénédiction juxtaposée à celle qui la précède, prolonge la précédente et n'ouvre donc pas par barouh ; elle se contente d'une clôture par barouh. Rachi en donne l'exemple d'émet veyatsiv, qui se rattache aux bénédictions d'avant le Chema malgré le Chema lui-même.
L'argument porte sur hatov vehametiv, qui suit bone Yerouchalayim et devrait donc entrer dans cette catégorie. Or elle ouvre par barouh. On en conclut qu'elle forme un corps distinct, institué après coup, lors de la mise en terre des tués de Beitar. Les Tossefot complètent en expliquant l'absence de clôture par sa brièveté initiale.
Et Rav Nahman bar Yits'hak a dit : sache que hatov vehametiv n'est pas d'ordre toranique, car on la supprime dans la maison de l'endeuillé. Ainsi qu'il a été enseigné : que disent-ils dans la maison de l'endeuillé ? — « Barouh hatov vehametiv ».
Rabbi Akiva dit : « Barouh dayan haemet ».
Second argument, d'un autre ordre que le précédent. Il ne porte plus sur la forme de la bénédiction mais sur son sort dans un cas donné : chez l'endeuillé, elle disparaît. Une obligation deoraita ne se supprime pas selon les circonstances ; sa suppression révèle donc une institution des Sages.
Rachi précise que l'argument tient selon Rabbi Akiva, qui remplace hatov vehametiv par dayan haemet. Le premier tana de la baraita, lui, maintient hatov vehametiv chez l'endeuillé, et la Guemara va le corriger au segment suivant.
Hatov vehametiv, oui, et dayan émet, non ?! Dis plutôt : hatov vehametiv aussi.
Objection sur la formulation du premier tana. Prise au pied de la lettre, elle signifierait que chez l'endeuillé on dit hatov vehametiv à l'exclusion de dayan haemet, ce qui est intenable : le jour d'un deuil, la bénédiction du jugement s'impose d'elle-même.
La Guemara corrige donc la leçon par un af, « aussi » : le premier tana ajoute hatov vehametiv à dayan haemet, tandis que Rabbi Akiva s'en tient à dayan haemet seul. La différence entre les deux avis devient ainsi une question d'ajout, et la preuve de Rav Nahman bar Yits'hak tient toujours selon Rabbi Akiva.
Mar Zoutra se trouva chez Rav Achi ; un malheur y survint. Il ouvrit et bénit : « hatov vehametiv, D.ieu de vérité, Juge de vérité, qui juge avec justice, qui prend selon le droit, qui gouverne Son monde pour y agir selon Sa volonté, car toutes Ses voies sont droit ; car tout est à Lui, et nous sommes Son peuple et Ses serviteurs, et en toute chose nous sommes tenus de Le remercier et de Le bénir ; Lui qui répare les brèches en Israël, qu'Il répare cette brèche-ci en Israël, pour la vie ».
Illustration pratique de la correction précédente. Mar Zoutra prononce une formule unique qui joint les deux registres : l'ouverture par hatov vehametiv et la reconnaissance du jugement, dayan haemet. La formule se poursuit par une acceptation du droit divin, puis par une demande, que la brèche ouverte dans la famille se referme.
Les Tossefot rapportent la version en usage et une discussion sur les mots veloke'ah bemichpat, « qui prend selon le droit » : le Behag les écarte, puisque le traité Chabbat admet une mort sans faute préalable. Les Tossefot conservent malgré tout la formule.
À quel endroit revient-il ? Rav Zevid, au nom d'Abaye, dit : il revient au début.
Et les Rabbanan disent : à l'endroit où il s'est arrêté. Et la halakha suit : à l'endroit où il s'est arrêté.
Reprise d'un point laissé ouvert au verso. Le cas suppose un convive qui arrête son repas pour permettre le zimmun à deux autres. Une fois ceux-ci servis, il reprend et finit de manger. La question porte sur son propre birkat hamazon : reprend-il au début, ou au point exact où il s'était arrêté ?
Rav Zevid, au nom d'Abaye, tient pour le retour au début : l'homme s'est rendu redevable du zimmun, donc de la bénédiction complète. Les Rabbanan tiennent pour le makom chepassak, le lieu de l'arrêt, et la halakha les suit.
Le sens exact de la question est lui-même discuté. Rachi la rapporte à celui qui s'est interrompu ; les Tossefot objectent que hazan étant toranique, on y revient de toute manière, et la rapportent à celui qui mène le zimmun. Rabbenou Meir d'Ivrea la rapporte à celui que l'on rappelle du marché. Le Roch expose ces lectures et tranche pour un retour au début de hazan.
Le Reich Galouta dit à Rav Chechet : bien que vous soyez des Sages anciens, les Perses vous surpassent en science des usages du repas. Lorsqu'il y a deux lits, le plus grand s'étend en tête, et le second après lui au-dessus de lui.
Et lorsqu'il y en a trois, le plus grand s'étend au milieu, le second après lui au-dessus de lui, et le troisième après lui au-dessous de lui.
La sougya change de sujet et passe aux usages de la table. Le Reich Galouta, chef de la communauté de Babylonie, avance que les Perses connaissent mieux que les Sages le protocole du repas. Il décrit l'ordre des lits de banquet, sur lesquels on mangeait étendu sur le côté gauche.
Le vocabulaire est spatial : lemaala, au-dessus, désigne le côté de la tête du convive ; lemata, au-dessous, le côté de ses pieds. La question est de savoir où placer le deuxième personnage, et cette place décide de la commodité de la conversation.
Il lui dit : et lorsqu'il veut lui parler, doit-il se redresser, s'asseoir, et alors seulement lui parler ?! Il lui dit : les Perses sont différents, car ils lui font signe de la main.
Objection de Rav Chechet, tirée de l'usage. Le convive étendu sur le côté gauche a le visage tourné vers le bas de la table ; celui qui est placé du côté de sa tête se trouve donc dans son dos. Lui parler oblige à quitter la position étendue.
La réponse du Reich Galouta déplace la difficulté : chez les Perses la communication à table passe par le geste, bemahog, et la place du second ne gêne donc personne. L'échange laisse ouverte la question de l'usage juif, que Rav Chechet tranchera par une baraita.
Les premières eaux, par qui commence-t-on ? Il lui dit : par le plus grand.
Second point du protocole : le lavage des mains. Les mayim rishonim sont ceux d'avant le repas. Rav Chechet interroge sur l'ordre suivi, et la réponse désigne le plus grand comme premier servi.
Le plus grand restera-t-il assis à garder ses mains jusqu'à ce que tous se soient lavés ? Il lui dit : on lui apporte aussitôt sa table.
Objection sur la conséquence pratique. Dès lors qu'il s'est lavé, le plus grand doit garder ses mains pures et rester inactif tant que les autres n'ont pas fini ; la préséance devient une gêne.
La réponse repose sur une donnée matérielle : chaque convive disposait d'une petite table individuelle, le takka. On apporte donc la sienne au plus grand dès qu'il s'est lavé, et il commence à manger sans attendre.
Les dernières eaux, par qui commence-t-on ? Il lui dit : par le plus petit.
Les mayim aharonim sont ceux d'après le repas, avant le birkat hamazon. L'ordre s'inverse : on commence par le plus petit. La raison en sera donnée au segment suivant.
Et le plus grand restera assis les mains souillées jusqu'à ce que tous se soient lavés ? Il lui dit : on n'ôte pas la table de devant lui jusqu'à ce que l'eau lui parvienne.
Objection symétrique de la précédente. Servi en dernier, le plus grand devrait attendre les mains sales, ce qui est une autre forme de gêne.
La réponse repose de nouveau sur la table individuelle : on la laisse devant lui, donc il continue de manger pendant que les autres se lavent. La préséance inversée ne lui coûte alors rien.
Rav Chechet dit : moi, je connais une baraita, car il a été enseigné : quel est l'ordre de la position étendue ? Lorsqu'il y a deux lits, le plus grand s'étend en tête, et le second après lui au-dessous de lui.
Lorsqu'il y a trois lits, le plus grand s'étend en tête, le second après lui au-dessus de lui, et le troisième après lui au-dessous de lui. Les premières eaux, on commence par le plus grand.
Les dernières eaux : lorsqu'ils sont cinq, on commence par le plus grand ; lorsqu'ils sont cent, on commence par le plus petit jusqu'à ce que l'on parvienne au cinquième, puis on reprend et l'on commence par le plus grand. Et à l'endroit où reviennent les dernières eaux, la bénédiction revient elle aussi.
Rav Chechet oppose une baraita à l'usage perse. Sur deux points elle rejoint le Reich Galouta, sur un point elle le corrige : à deux lits, le second se place lemata, au-dessous du plus grand, ce qui répond exactement à l'objection posée plus haut. À trois lits, en revanche, la baraita rejoint l'usage perse, et Rachi explique pourquoi : abaisser le second sous un plus petit que lui serait un affront plus lourd que l'inconfort du plus grand.
La baraita ajoute une règle de seuil pour les mayim aharonim. À cinq convives ou moins, on part du plus grand. Au-delà, on part du plus petit et l'on remonte jusqu'au cinquième, puis on reprend par le plus grand — de sorte que celui-ci n'attende jamais plus de quatre personnes.
La dernière phrase relie le lavage à la bénédiction : le point où les dernières eaux reviennent au plus grand est aussi celui où se décide qui récitera le birkat hamazon.
Cela appuie l'avis de Rav, car Rabbi Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : quiconque se lave les mains le premier pour les dernières eaux est désigné pour la bénédiction.
La dernière ligne de la baraita confirme une règle énoncée par Rav. Le premier à se laver pour les mayim aharonim est mezouman leberakha, désigné pour réciter le birkat hamazon.
Rachi précise la mesure : dans une assemblée nombreuse, il s'agit du premier des cinq derniers, c'est-à-dire du plus grand, celui par qui le lavage reprend après avoir remonté la table.
Rav et Rabbi Hiya étaient assis à un repas devant Rabbi. Rabbi dit à Rav : lève-toi, lave tes mains.
Rabbi Hiya le vit qui tremblait. Il lui dit : fils de nobles, il te dit « revois le birkat hamazon ».
Illustration narrative de la règle précédente. Rav entend l'ordre de se laver comme un reproche : on l'invite à nettoyer des mains salies par une conduite malséante à table. D'où son tremblement.
Rabbi Hiya lui donne la lecture exacte : puisque le premier à se laver mène le birkat hamazon, l'ordre de Rabbi est un honneur, et il vaut avertissement — que Rav se prépare à bénir. L'appellatif bar pahtei, fils de nobles, marque la haute naissance de Rav.
Nos maîtres ont enseigné : on ne cède pas le pas sur les routes ni sur les ponts,
Nouvelle baraita, qui prolonge la question de la préséance à table. La règle générale veut que l'on honore le plus grand en le laissant passer devant. Elle connaît des exceptions, et le daf s'interrompt sur les deux premières : les routes et les ponts.
Rachi définit le geste : dire à l'autre « passe le premier ». Les Tossefot opposent un récit de Chabbat 51b où l'on cède le pas en chemin, et distinguent : la déférence vaut entre compagnons de route partis ensemble, elle ne vaut pas entre gens qui se croisent par hasard. Le Roch reprend cette distinction, cite la suite de la baraita — mains souillées, porte digne d'une mezouza — et rattache la règle des cinq convives à l'honneur de la bénédiction.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).