Sougya : Le daf achève la baraita commencée au verso : on ne fait honneur ni sur les chemins, ni sur les ponts, ni avec des mains souillées, mais à une porte apte à recevoir une mezouza. Le récit de Ravin et Abaye en donne la mise en pratique et la Guemara en corrige la formulation.
Vient ensuite l'ordre à table : les convives attendent que celui qui rompt le pain ait goûté, et celui qui rompt attend que le amen des répondants soit achevé. De là, la Guemara passe à la mesure du amen lui-même : la majorité des répondants suffit selon Rav Hisda, et une baraita écarte trois amen défectueux — hatoufa, ketoufa, yetoma — que Ben Azzai assortit de conséquences.
La dernière partie traite du zimmun : jusqu'à quand un retardataire peut s'y joindre, qui récite la bénédiction, puis le retour à la michna sur le demai et la première dîme, avec la règle de Rabbi Abahou au nom de Rech Lakich sur la dîme prise par anticipation alors que le grain est encore en épis.
Ni avec des mains souillées.
Le daf s'ouvre sur la fin d'une baraita commencée au verso : on ne fait pas honneur à un autre, en le faisant passer devant soi, sur les chemins, sur les ponts, ni avec des mains souillées. Rachi précise le moment visé : celui des mayim aharonim, l'ablution qui suit le repas. Les mains sont alors sales de nourriture, et l'échange de politesses y est déplacé.
Ravin et Abaye cheminaient sur la route. L'âne de Ravin devança celui d'Abaye, et Ravin ne lui dit pas : « Que le maître avance. » Abaye se dit : depuis que ce sage-ci est monté de l'Occident, son esprit s'est enflé.
Lorsqu'ils parvinrent à la porte de la maison d'assemblée, il lui dit : Que le maître entre. Il lui répondit : Et jusqu'à présent, n'étais-je donc pas le maître ?
Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — on ne fait honneur qu'à une porte qui comporte une mezouza.
Le récit met en scène la règle qui vient d'être énoncée. Abaye interprète d'abord le silence de Ravin comme une marque d'orgueil acquise en terre d'Israël ; la réponse de Ravin retourne l'impression : son abstention sur la route et sa déférence à la porte relèvent l'une et l'autre de la même règle reçue de Rabbi Yo'hanan.
La réplique d'Abaye, « jusqu'à présent n'étais-je pas le maître ? », est une objection en forme de reproche : si l'honneur m'est dû, il l'était aussi sur la route. Ravin y répond en montrant que la déférence a un lieu propre, la porte, et que le chemin n'en est pas un.
Celle qui comporte une mezouza, oui ; celle qui n'en comporte pas, non ? S'il en est ainsi, la synagogue et la maison d'étude, qui n'ont pas de mezouza, là aussi on ne ferait pas honneur ?
Dis plutôt : à une porte apte à recevoir une mezouza.
La Guemara pose une diyouk, une déduction par contraste : si la déférence suppose une mezouza effective, la synagogue et la maison d'étude en seraient exclues, puisqu'elles n'en portent pas. Cette conséquence est intenable, et elle sert donc à corriger l'énoncé.
La formulation retenue déplace le critère de l'objet vers le lieu : une porte apte à la mezouza. Ce qui compte est la structure d'un seuil, franchissable à deux, par où l'un entre avant l'autre. Rachi en tire la portée générale : toute porte est concernée, à l'exclusion des chemins et des brèches, qui ne sont pas des seuils.
Rav Yehouda, fils de Rav Chemouel bar Chilat, a dit au nom de Rav : les convives ne sont pas autorisés à manger quoi que ce soit avant que celui qui rompt le pain n'ait goûté. Rav Safra siégeait et disait : c'est « à goûter » qui a été énoncé.
Nouvelle séquence, consacrée à l'ordre à table. La règle de Rav lie les convives à celui qui rompt le pain : la bénédiction du hamotsi vaut pour tous, et l'on attend que celui qui l'a récitée en tire le premier profit.
L'intervention de Rav Safra porte sur un seul mot : Rav avait dit goûter, non manger. La Guemara demande aussitôt ce qui en dépend.
Quelle différence cela fait-il ? Que l'on est tenu de s'exprimer dans les termes de son maître.
La réponse retire au débat toute portée pratique et lui en donne une autre. Lachon rabo, la langue du maître, est un principe de transmission : celui qui rapporte un enseignement le restitue dans ses termes exacts, y compris quand un synonyme aurait le même effet.
La raison en est la fidélité de la chaîne : un mot substitué aujourd'hui devient demain la base d'une déduction qui ne portait pas sur lui.
Nos maîtres ont enseigné : deux qui mangent dans un même plat s'attendent l'un l'autre ; à trois, on ne s'attend pas. Celui qui rompt le pain étend la main le premier ; et s'il vient faire honneur à son maître ou à plus grand que lui, il en a la faculté.
La baraita règle deux situations. À deux, s'interrompre pour attendre l'autre reste supportable, et l'égard mutuel s'impose. À trois, l'attente immobiliserait le repas et n'est plus exigée.
La seconde partie donne la priorité à celui qui rompt le pain, et lui laisse aussitôt la faculté d'y renoncer au profit de son maître. La préséance lui appartient : il peut donc en disposer.
Rabba bar bar Hana préparait les noces de son fils dans la maison de Rav Chemouel bar Rav Ketina. Il arriva tôt, s'assit et enseignait à son fils : celui qui rompt le pain n'est pas autorisé à rompre avant que le amen ne soit achevé dans la bouche de ceux qui répondent.
Rav Hisda dit : dans la bouche de la majorité de ceux qui répondent.
Le cadre est une noce, où le marié récitera le hamotsi ; le père met à profit l'attente pour lui enseigner les règles du repas. La règle transmise prolonge celle du segment 3 : puisque le amen appartient à la bénédiction, la bénédiction n'est achevée qu'avec lui, et la betsia, le fait de rompre, doit venir après.
Rav Hisda apporte une mesure : la majorité des répondants suffit. La Guemara va demander pourquoi cette limite plutôt que la totalité.
Rami bar Hama lui dit : en quoi la majorité est-elle différente — parce que jusque-là la bénédiction n'est pas achevée ? Pour la minorité non plus, la bénédiction n'est pas achevée !
L'objection est une pirkha par symétrie : si la raison de l'attente tient à l'inachèvement de la bénédiction, alors elle vaut aussi longtemps qu'un seul répondant n'a pas fini. La distinction entre majorité et minorité reste donc à fonder.
Il lui dit : parce que je dis que quiconque prolonge le amen à l'excès ne fait que se tromper.
Rav Hisda déplace la question : la minorité qui répond encore prolonge son amen au-delà de la mesure, et un amen ainsi allongé cesse d'être une réponse valable. Son inachèvement ne retient donc plus celui qui rompt le pain.
La réponse pose du même coup un critère de mesure : le amen a une durée propre, que la majorité des répondants réalise et que la traîne des retardataires dépasse.
Nos maîtres ont enseigné : on ne répond ni un amen hatoufa, ni un amen ketoufa, ni un amen yetoma, et l'on ne jette pas la bénédiction hors de sa bouche.
La baraita écarte trois manières de répondre. Rachi les situe chacune à un endroit précis : hatoufa touche l'attaque du mot, où le alef est escamoté ; ketoufa touche sa clôture, où le noun final n'est plus audible ; yetoma touche son rattachement, quand le répondant ignore à quelle bénédiction il répond.
Le dernier membre vise celui qui bénit lui-même : expédier la bénédiction la traite comme une charge dont on se débarrasse. Les quatre cas partagent une même exigence — la parole doit être pleinement formée et rattachée à son objet.
Ben Azzai dit : quiconque répond un amen yetoma, ses enfants seront orphelins ; hatoufa, ses jours seront happés ; ketoufa, ses jours seront tronqués. Et quiconque prolonge le amen, on lui prolonge ses jours et ses années.
Ben Azzai attache à chaque défaut une conséquence de même forme : le mot amputé revient sur les jours de celui qui l'a amputé, et l'amen privé de sa bénédiction sur les enfants privés de leur père. La correspondance est une règle de mesure, mida keneged mida.
Le dernier membre inverse le mouvement et fonde la pratique de prolonger le amen. Tossefot y pose la borne : au-delà d'une certaine longueur, le mot cesse d'être prononcé comme un mot, et l'on retombe dans l'erreur signalée par Rav Hisda.
Rav et Chemouel étaient assis à un repas. Rav Chimi bar Hiya arriva ; il se hâtait et mangeait.
Rav lui dit : quelle est ta pensée — te joindre à nous ? Nous avons déjà mangé.
Chemouel lui dit : si l'on m'apportait des ardilia, et des pigeonneaux pour Abba, n'en mangerions-nous pas ?
La question est celle du seuil : jusqu'à quand un repas reste-t-il ouvert, de sorte qu'un retardataire puisse encore y entrer et compléter les trois requis pour le zimmun ? Rav tient son repas pour clos ; Chemouel objecte par un test concret — un mets aimé encore accepté marque que l'appétit, donc le repas, continue.
Tossefot retient la position de Chemouel et fixe le véritable point de non-retour : la formule hav lan ounevarekh, donne-nous et bénissons, par laquelle les convives détournent expressément leur pensée de manger.
Les disciples de Rav étaient assis à un repas. Rav Aha entra.
Ils dirent : un grand homme est arrivé, qui bénira pour nous. Il leur dit : pensez-vous que ce soit le plus grand qui bénisse ?
C'est celui qui est le principal du repas qui bénit. Et la halakha est que le plus grand bénit, même s'il est arrivé à la fin.
Deux titres s'opposent pour réciter le birkat hamazon. Rav Aha invoque le lien au repas : celui qui en fut le ikar, présent depuis le début, est celui qui bénit sur ce dont il a mangé. Ses interlocuteurs invoquent le rang.
La Guemara tranche en faveur du rang, et le précise expressément pour le cas litigieux : le plus grand bénit même arrivé à la fin. Tossefot ajoute la souplesse d'usage — le plus grand peut céder ce rôle à un autre.
« Il a mangé du demai, etc. » : mais cela ne lui est pas permis ! Puisque, s'il le voulait, il déclarerait ses biens hefker et deviendrait pauvre, cela lui serait alors permis.
Car nous avons appris : on nourrit les pauvres de demai, et l'akhsania de demai. Et Rav Houna a dit : il a été enseigné — Beit Chammai disent : on ne nourrit ni les pauvres ni l'akhsania de demai.
Retour à la michna. Le demai est un produit acheté à quelqu'un dont on ignore s'il a prélevé les dîmes ; il est interdit à la consommation par rigueur rabbinique. L'objection est donc que la bénédiction reposerait sur un acte interdit — une mitsva habaa baavera, selon le verset cité par Rachi.
La réponse repose sur une possibilité ouverte : puisqu'il pourrait à tout moment déclarer ses biens hefker, sans maître, et devenir pauvre, il appartient à la catégorie de ceux à qui le demai est permis. La michna citée et l'avis de Beit Chammai encadrent cette permission.
« La première dîme dont la terouma a été prélevée » : cela va de soi ! Cela n'était nécessaire que dans le cas où il a devancé alors que le grain était encore en épis, qu'il en a prélevé la terouma de la dîme sans en prélever la grande terouma, conformément à Rabbi Abahou.
Car Rabbi Abahou a dit au nom de Rech Lakich : la première dîme prise par anticipation alors que le grain était en épis est exempte de la grande terouma, comme il est dit : « et vous en prélèverez un prélèvement, une dîme de la dîme » — une dîme de la dîme, t'ai-je dit, et non la grande terouma et la terouma de la dîme prises sur la dîme.
La michna mentionnait la première dîme dont la terouma a été prélevée ; la Guemara demande ce que cette mention apporte, puisque le cas semble évident. La réponse construit un cas limite : le levi a pris sa dîme avant que le cohen n'ait prélevé la terouma guedola, alors que le grain était encore en chibolim, en épis.
Selon Rabbi Abahou au nom de Rech Lakich, cette dîme prise par anticipation est exempte de la grande terouma, car le verset n'impose au levi qu'un seul prélèvement, la teroumat maaser, une dîme de la dîme. La michna enseigne ainsi qu'un tel produit demeure permis et compte dans le zimmun.
Rav Papa dit à Abaye : s'il en est ainsi, même lorsqu'il a devancé alors que le grain était déjà en tas ! Il lui dit : à ton propos le verset a dit —
Rav Papa étend l'exemption : si le verset ne charge le levi que d'une dîme de la dîme, pourquoi distinguer selon l'état du grain ? Le keri, le tas de grain battu, marque pourtant le stade à partir duquel la récolte devient soumise aux prélèvements.
La réponse d'Abaye s'interrompt ici : le daf s'arrête sur les mots « à ton propos le verset a dit », et le verset invoqué se lit au verso.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).