Sougya : Le daf achรจve d'abord la rรฉponse d'Abaye ร Rav Papa sur la terouma guedola devancรฉe, puis reprend la michna clause par clause en demandant chaque fois pourquoi elle รฉnonce une รฉvidence : la rรฉponse construit ร chaque fois un cas limite. De lร , la Guemara arrive au Kouti et bute sur le am ha-aretz, ce qui ouvre le grand dรฉbat sur sa dรฉfinition โ Rabbi Meir et les Sages d'abord, puis une baraita ร six opinions que Rav Houna tranche selon Aherim, et le rรฉcit grave de Rami bar Hama qui n'a pas voulu inclure Rav Menachya bar Tahlifa.
La fin du daf quitte le zimmun de trois pour le quorum de dix : le mineur au berceau comme appoint, neuf et un esclave, l'affranchissement de Rabbi Eliezer et la question de la mitsva accomplie par une transgression, la rรฉcompense des dix premiers ร la synagogue, puis deux propositions que Rav Nahman corrige โ neuf et l'arche, deux et le Chabbat. Le daf s'interrompt sur le katan poreah.
ยซ De toutes vos dรฎmes vous prรฉlรจverez ยป (Bamidbar 18, 29). Et qu'as-tu vu [qui autorise cette distinction] ?
Celui-ci est devenu grain (dagan) et celui-lร n'est pas devenu grain.
Le daf s'ouvre sur la fin de la rรฉponse d'Abaye ร Rav Papa, commencรฉe au recto. Rav Papa demandait pourquoi l'exemption de terouma guedola pour le levi qui a devancรฉ le cohen ne vaudrait pas aussi lorsque le grain est dรฉjร en tas. Abaye rรฉpond par un verset qui impose au levi de prรฉlever toute forme de terouma, puis par le critรจre qui sรฉpare les deux cas.
Ce critรจre est le miroua'h, l'aplanissement du tas aprรจs le battage : c'est lui qui fait passer la rรฉcolte ร l'รฉtat de dagan. Le verset qui donne au cohen ยซ les prรฉmices de ton grain ยป ne prend effet qu'ร ce stade. Tant que la rรฉcolte est en chibolim, en รฉpis, le droit du cohen n'est pas encore nรฉ, et le levi qui prend sa dรฎme avant lui n'a rien ร lui rendre.
ยซ La seconde dรฎme et le hekdech qui ont รฉtรฉ rachetรฉs ยป : c'est รฉvident ! De quoi traitons-nous ici ?
D'un cas oรน il a donnรฉ le principal (keren) mais n'a pas donnรฉ le cinquiรจme (homech). Et voici ce que cela nous enseigne : le cinquiรจme n'est pas une condition bloquante.
La Guemara entame ici sa relecture de la michna clause par clause. Sa question revient ร chaque fois : pechita, c'est รฉvident โ pourquoi รฉnoncer cela ? La rรฉponse construit chaque fois un cas limite oรน l'รฉvidence cesse d'en รชtre une.
Ici, celui qui rachรจte un bien qu'il a lui-mรชme consacrรฉ doit ajouter un cinquiรจme au principal. La michna vise le cas oรน il a payรฉ le principal seul. La rรจgle dรฉgagรฉe : le homech est une dette qui subsiste, non une condition de validitรฉ du rachat. Le produit est donc permis et son consommateur compte dans le zimmun.
ยซ Le serviteur qui a mangรฉ un kazayit ยป : c'est รฉvident ! On aurait pu dire : le serviteur ne s'รฉtablit pas au repas โ voilร donc ce que cela nous enseigne.
Le zimmun suppose une kevi'out, une installation commune au repas. Le serviteur mange debout, entre deux services : on aurait pu juger qu'il n'a jamais rejoint la table et qu'un kazayit avalรฉ en passant ne l'y rattache pas.
La michna enseigne que la quantitรฉ consommรฉe suffit ร l'inclure. Ce qui compte est d'avoir mangรฉ la mesure au sein du repas, non la posture ni la continuitรฉ de la prรฉsence.
ยซ Et le Kouti, on l'inclut dans le zimmun ยป : pourquoi ? Qu'il ne soit rien de plus qu'un am ha-aretz โ et il a รฉtรฉ enseignรฉ : on n'inclut pas un am ha-aretz dans le zimmun !
Les Koutim sont les populations installรฉes en Samarie qui ont adoptรฉ une partie de la Torah. La michna les compte dans le zimmun ; la Guemara objecte ร partir d'un raisonnement de moindre exigence : mรชme en leur reconnaissant le statut le plus favorable, ils ne vaudraient pas mieux qu'un am ha-aretz, que la baraita exclut du zimmun.
Cette objection ouvre le grand dรฉveloppement du daf sur la dรฉfinition du am ha-aretz : la question posรฉe ici ne trouvera de rรฉponse qu'en prรฉcisant qui, exactement, la baraita exclut.
Abaye dit : il s'agit d'un Kouti haver. Rava dit : tu peux mรชme dire qu'il s'agit d'un Kouti am ha-aretz, et ici nous traitons du am ha-aretz selon les Sages qui contestent Rabbi Meir.
Car il a รฉtรฉ enseignรฉ : qui est un am ha-aretz ? Quiconque ne mange pas ses houlin en รฉtat de puretรฉ โ parole de Rabbi Meir.
Et les Sages disent : quiconque ne prรฉlรจve pas la dรฎme de ses fruits comme il convient. Or ces Koutim prรฉlรจvent bien la dรฎme, car ils sont scrupuleux sur ce qui est รฉcrit dans la Torah, comme l'a dit le Maรฎtre : toute mitsva que les Koutim ont adoptรฉe, ils y sont bien plus mรฉticuleux que les Juifs.
Deux rรฉponses distinctes, et deux portรฉes diffรฉrentes. Abaye restreint le cas de la michna : elle parle d'un Kouti haver, scrupuleux dans les domaines en cause. Le Kouti ordinaire resterait donc exclu.
Rava maintient le cas large et dรฉplace la difficultรฉ sur la baraita : elle exclut le am ha-aretz au sens des Sages, celui qui ne prรฉlรจve pas ses dรฎmes. Or les Koutim prรฉlรจvent leurs dรฎmes avec rigueur. Ils รฉchappent donc au critรจre qui exclut, mรชme sans รชtre haverim.
La nafka mina est nette : selon Rava, tout Kouti compte dans le zimmun ; selon Abaye, seul le Kouti haver.
Nos maรฎtres ont enseignรฉ : qui est un am ha-aretz ? Quiconque ne rรฉcite pas le chema soir et matin โ parole de Rabbi Eliezer.
Rabbi Yehochoua dit : quiconque ne met pas les tefilin. Ben Azzaรฏ dit : quiconque n'a pas de tsitsit ร son vรชtement.
Rabbi Natan dit : quiconque n'a pas de mezouza ร sa porte. Rabbi Natan bar Yossef dit : quiconque a des fils et ne les รฉlรจve pas ร l'รฉtude de la Torah.
Aherim disent : mรชme s'il a lu l'รcriture et รฉtudiรฉ la michna, s'il n'a pas servi les talmidei hakhamim, celui-lร est un am ha-aretz. Rav Houna dit : la halakha suit Aherim.
La baraita descend six dรฉfinitions du am ha-aretz, de la plus accessible ร la plus exigeante. Les quatre premiรจres portent sur des mitsvot quotidiennes โ chema, tefilin, tsitsit, mezouza โ, la cinquiรจme sur la transmission aux fils, et la derniรจre, celle d'Aherim, sur ce que Rachi appelle le service des maรฎtres.
Ce dernier critรจre est le plus sรฉvรจre : un homme qui a lu l'รcriture et รฉtudiรฉ la michna, mais n'a pas frรฉquente les talmidei hakhamim pour recevoir le raisonnement qui donne sens ร ce qu'il a appris, est encore un am ha-aretz. Rav Houna tranche selon cette derniรจre opinion, ce qui prรฉpare directement le rรฉcit du segment suivant.
Rami bar Hama n'incluait pas dans le zimmun Rav Menachya bar Tahlifa, qui avait pourtant รฉtudiรฉ le Sifra, le Sifri et les halakhot. Lorsque Rami bar Hama s'รฉteignit, Rava dit : Rami bar Hama ne s'est รฉteint que parce qu'il n'a pas inclus Rav Menachya bar Tahlifa dans le zimmun.
Mais n'a-t-il pas รฉtรฉ enseignรฉ : Aherim disent โ mรชme s'il a lu et รฉtudiรฉ, s'il n'a pas servi les talmidei hakhamim, celui-lร est un am ha-aretz ? Rav Menachya bar Tahlifa รฉtait diffรฉrent, car il servait bien les maรฎtres ; et c'est Rami bar Hama qui n'a pas รฉtรฉ assez prรฉcis en se renseignant sur lui.
Autre version : celui qui entend les enseignements de la bouche des maรฎtres et les รฉtudie est considรฉrรฉ comme un tsourba merabbanan, un jeune รฉrudit.
Le rรฉcit met ร l'รฉpreuve la halakha que Rav Houna vient de trancher. Rami bar Hama applique le critรจre d'Aherim et รฉcarte un homme qui connaissait le Sifra, le Sifri et les halakhot. Rava lit sa mort comme la consรฉquence de cet รฉcart.
La Guemara demande alors si Rami bar Hama n'avait pas simplement suivi la halakha. La rรฉponse dรฉplace la faute : elle ne porte pas sur la rรจgle, mais sur l'enquรชte. Rav Menachya servait effectivement les maรฎtres, et Rami bar Hama a omis de se renseigner. La seconde version รฉlargit encore : entendre les enseignements des maรฎtres et les รฉtudier suffit dรฉjร au statut de tsourba merabbanan.
ยซ Il a mangรฉ du tevel, ou de la premiรจre dรฎme, etc. ยป : du tevel โ c'est รฉvident ! On n'en avait besoin que pour un tevel qui n'est tevel que d'ordre rabbinique.
Quel est le cas ? Un pot sans trou.
Le tevel est le produit dont les prรฉlรจvements n'ont pas รฉtรฉ faits : sa consommation est interdite, l'exclusion du zimmun va de soi. La Guemara restreint donc la clause au tevel d'ordre rabbinique.
Le cas est celui d'une plante poussรฉe dans un atsits cheeino nakouv, un pot sans trou : dรฉtachรฉe du sol, elle n'est pas soumise aux dรฎmes selon la Torah, et ce sont les Sages qui l'y soumettent. La michna enseigne que cette interdiction rabbinique suffit dรฉjร ร exclure du zimmun.
ยซ La premiรจre dรฎme, etc. ยป : c'est รฉvident ! On n'en avait besoin que dans un cas oรน il a devancรฉ alors que le grain รฉtait dรฉjร en tas.
On aurait pu dire comme Rav Papa l'a dit ร Abaye ; cela nous enseigne donc conformรฉment ร la rรฉponse qu'Abaye lui a faite.
La clause de la michna boucle avec le dรฉbat du recto. Si l'on comprenait ยซ dont la terouma n'a pas รฉtรฉ prรฉlevรฉe ยป comme visant la teroumat maasser, la clause serait du pur tevel, donc une รฉvidence. Rachi indique la bonne lecture : il s'agit de la terouma guedola restรฉe due parce que le levi a devancรฉ le cohen.
La michna prend donc position dans l'รฉchange entre Rav Papa et Abaye : elle vise le cas du grain dรฉjร en tas, oรน l'obligation subsiste. Elle tranche du cรดtรฉ de la rรฉponse d'Abaye lue au premier segment de ce daf.
ยซ La seconde dรฎme, etc. ยป : c'est รฉvident ! On n'en avait besoin que pour un cas oรน ils ont รฉtรฉ rachetรฉs, mais pas rachetรฉs selon la rรจgle.
La seconde dรฎme โ par exemple s'il l'a rachetรฉe au moyen d'un asimon, alors que le Misรฉricordieux a dit ยซ et tu serreras l'argent dans ta main ยป (Devarim 14, 25), soit un argent qui porte une effigie. Le hekdech โ s'il l'a profane en le transfรฉrant sur un terrain, sans le racheter par de l'argent, alors que le Misรฉricordieux a dit ยซ il donnera l'argent et cela lui sera assurรฉ ยป (Vayikra 27, 19).
Deux rachats manques, chacun pour une raison propre. Pour la seconde dรฎme, le verset qui parle de ยซ serrer l'argent ยป est lu comme exigeant une piรจce frappรฉe : un asimon, lingot d'argent sans effigie, ne convient pas.
Pour le hekdech, le verset exige explicitement de l'argent, ce qui exclut un transfert sur un terrain. Dans les deux cas le rachat est nul, le produit reste interdit, et celui qui en a mangรฉ ne compte pas dans le zimmun. Le contraste avec le segment 1 est instructif : le cinquiรจme manquant n'annulait pas le rachat, alors qu'un moyen de rachat inapte l'annule.
ยซ Et le serviteur qui a mangรฉ moins d'un kazayit ยป : c'est รฉvident ! Puisque la premiรจre partie a enseignรฉ ยซ un kazayit ยป, la seconde a enseignรฉ ยซ moins d'un kazayit ยป.
Cette clause ne porte aucune information nouvelle : elle est la symรฉtrique de celle du segment 2. La Guemara le reconnaรฎt et donne une raison de style : la michna a construit sa seconde partie sur le moule de la premiรจre.
C'est une rรฉponse frรฉquente dans le Talmud โ ayidi de-tana recha, tana seifa โ qui explique une redondance par la forme de l'รฉnoncรฉ et non par son contenu.
ยซ Et le non-Juif, on ne l'inclut pas dans le zimmun ยป : c'est รฉvident ! De quoi traitons-nous ici ?
D'un converti qui a รฉtรฉ circoncis mais ne s'est pas immergรฉ. Car Rabbi Zeira a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il n'est jamais converti tant qu'il ne s'est pas circoncis et immergรฉ ; et tant qu'il ne s'est pas immergรฉ, il est non-Juif.
La clause vise le cas intermรฉdiaire : un homme engagรฉ dans la conversion, circoncis, mais qui n'a pas encore accompli la tevila, l'immersion. On aurait pu penser que la circoncision suffit ร le faire entrer.
Rabbi Yo'hanan pose la rรจgle : les deux actes sont requis, et tant que l'immersion manque, l'homme conserve son statut antรฉrieur. Il ne compte donc pas dans le zimmun.
ยซ Les femmes, les esclaves et les mineurs, on ne les inclut pas dans le zimmun. ยป Rabbi Yossi dit : un mineur couchรฉ dans son berceau, on l'inclut dans le zimmun.
Mais n'avons-nous pas appris dans la michna : les femmes, les esclaves et les mineurs, on ne les inclut pas dans le zimmun ?
L'objection est frontale : Rabbi Yossi semble contredire l'รฉnoncรฉ mรชme de la michna dont il est censรฉ prรฉciser le sens. La rรฉponse du segment suivant va distinguer deux รฉchelles diffรฉrentes, celle du zimmun de trois et celle du quorum de dix.
C'est qu'il a parlรฉ selon Rabbi Yehochoua ben Levi. Car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : bien qu'on ait dit qu'un mineur couchรฉ dans son berceau, on ne l'inclut pas dans le zimmun, on en fait toutefois un appoint pour dix.
La rรฉponse introduit la distinction qui commande toute la fin du daf : le zimmun de trois et l'appoint โ snif โ au quorum de dix ne rรฉpondent pas aux mรชmes exigences. Le zimmun de trois demande un participant ร part entiรจre ; le quorum de dix admet un appoint.
Le Roch, plus loin, en tire la formule gรฉnรฉrale : le zimmun est plus rigoureux que l'appoint ร dix. Rabbi Yossi de la michna parle donc du second, non du premier.
Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : neuf et un esclave se joignent. On objecte : il arriva que Rabbi Eliezer entra ร la synagogue et n'y trouva pas dix ; il affranchit son esclave et complรฉta ร dix.
S'il l'a affranchi, oui ; s'il ne l'a pas affranchi, non ! Il en fallait deux : il en affranchit un et s'acquitta avec l'autre.
L'esclave cananรฉen est tenu aux mรชmes mitsvot qu'une femme juive : Rabbi Yehochoua ben Levi en tire qu'il compte dans le quorum de dix. Le rรฉcit de Rabbi Eliezer semble prouver le contraire, puisqu'il a fallu affranchir.
La rรฉponse reconstruit la scรจne : il manquait deux hommes, non un. L'affranchissement n'รฉtait donc nรฉcessaire que pour le premier ; le second, restรฉ esclave, a complรฉtรฉ le quorum. Le fait rapportรฉ cesse ainsi de contredire la rรจgle.
Et comment a-t-il pu agir ainsi ? Rav Yehouda n'a-t-il pas dit : quiconque affranchit son esclave transgresse un commandement positif, ainsi qu'il est dit ยซ ร jamais vous vous servirez d'eux ยป (Vayikra 25, 46) ?
Pour une chose de mitsva, c'est diffรฉrent. Mais c'est une mitsva accomplie par une transgression !
Une mitsva du public, c'est diffรฉrent.
Trois รฉtapes. D'abord l'interdit : le verset ยซ ร jamais vous vous servirez d'eux ยป est lu comme un commandement positif de conserver l'esclave cananรฉen. Ensuite la premiรจre rรฉponse : l'accomplissement d'une mitsva justifie l'affranchissement.
La Guemara objecte alors avec la notion de mitsva haba'a be-avรฉra, une mitsva atteinte par une transgression, laquelle est viciรฉe dans son principe. La rรฉponse finale distingue la mitsva individuelle de la mitsva de-rabim, celle qui concerne le public : sanctifier le Nom ร dix pรจse plus lourd que le commandement portant sur l'individu.
Les Tossefot et le Roch exploitent ce passage contre les Halakhot Guedolot : puisqu'ici une obligation rabbinique du public repousse un commandement toranique de l'individu, la construction inverse ne tient pas pour le deuil et le second jour de fรชte.
Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : que l'homme se lรจve toujours tรดt pour la synagogue, afin de mรฉriter d'รชtre comptรฉ parmi les dix premiers ; car mรชme si cent viennent aprรจs lui, il reรงoit la rรฉcompense de tous. ยซ La rรฉcompense de tous ยป, te viendrait-il ร l'esprit ?
Dis plutรดt : on lui donne une rรฉcompense รฉquivalente ร celle de tous.
La Guemara interrompt la sรฉrie des rรจgles pour un enseignement d'ordre diffรฉrent : la valeur d'รชtre parmi les dix premiers arrivรฉs ร la synagogue. L'expression initiale est corrigรฉe, car elle laisserait entendre que le premier prend la rรฉcompense des autres. La formule retenue est celle d'une rรฉcompense รฉquivalente, sans que nul ne soit privรฉ de la sienne.
Ce segment porte les commentaires les plus dรฉveloppรฉs du daf : trois passages du Ben Ich Haรฏ et un long siman du Roch qui rassemble tout le corpus de Berakhot sur la synagogue, le lieu fixe de la priรจre et la priรจre avec le public.
Rav Houna dit : neuf et l'arche se joignent. Rav Nahman lui dit : l'arche est-elle un homme ?
Rav Houna dit plutรดt : neuf qui paraissent dix se joignent. Certains disent : quand ils sont groupรฉs.
Et d'autres disent : quand ils sont dispersรฉs.
La proposition de Rav Houna est รฉcartรฉe par une objection brรจve : un quorum se compte en hommes, et l'arche qui contient les rouleaux, si sainte soit-elle, n'en est pas un.
Rav Houna reformule alors sur un tout autre plan : neuf hommes dont l'aspect donne l'impression de dix. Les deux versions rapportรฉes s'opposent sur la disposition qui produit cet effet โ le groupe compact ou l'ensemble dispersรฉ.
Rav Ami dit : deux et le Chabbat se joignent. Rav Nahman lui dit : le Chabbat est-il un homme ?
Rabbi Ami dit plutรดt : deux talmidei hakhamim qui s'aiguisent l'un l'autre dans la halakha se joignent. Rav Hisda montra : par exemple moi et Rav Chechet.
Rav Chechet montra : par exemple moi et Rav Hisda.
Mรชme figure que dans le segment prรฉcรฉdent, transposรฉe au zimmun de trois : une rรฉalitรฉ sainte proposรฉe comme troisiรจme, puis la mรชme objection de Rav Nahman. Le Chabbat ne se compte pas parmi des hommes.
La reformulation remplace le jour par une qualitรฉ humaine : deux maรฎtres qui s'aiguisent mutuellement dans la halakha valent trois. Les deux rรฉpliques finales, oรน chacun dรฉsigne l'autre comme exemple, donnent ร l'enseignement sa mesure concrรจte.
Rabbi Yo'hanan dit : un katan poreah, on l'inclut dans le zimmun. Il a รฉgalement รฉtรฉ enseignรฉ ainsi : un mineur qui a produit deux poils, on l'inclut dans le zimmun ; celui qui n'a pas produit deux poils, on ne l'inclut pas dans le zimmun ; et on ne se montre pas pointilleux avec un mineur.
Cette baraita se contredit elle-mรชme : tu as dit โ il a produit deux poils, oui ; il n'a pas produit, non โ puis tu enseignes qu'on ne se montre pas pointilleux avec un mineur. Qu'est-ce que cela vient inclure ?
N'est-ce pas
Le katan poreah est un mineur chez qui les signes de pubertรฉ apparaissent avant l'รขge. Rabbi Yo'hanan l'admet au zimmun, et la baraita apportรฉe en appui semble se contredire : elle exige les deux poils, puis ajoute qu'on ne se montre pas pointilleux avec un mineur.
Toute la question est de savoir ce que cette derniรจre clause vient inclure. Rachi et Rabbenou Hananel rรฉpondent diffรฉremment, selon qu'ils placent le katan poreah du cรดtรฉ des poils prรฉsents mais de l'รขge insuffisant, ou du cรดtรฉ de l'รขge atteint mais des poils encore trop courts. Le daf s'interrompt avant la rรฉponse, sur le mot lav, n'est-ce pas.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).