Berakhot 48a — Le katan dans le compte du zimmun, la majorité qui a mangé du grain, et le kezayit de grain qui permet d'acquitter les autres

Berakhot 48a

Sougya : Le daf clôt la longue discussion sur le mineur : la Guemara écarte toutes les positions précédentes et retient celle de Rav Nahman, un katan qui sait à qui l'on bénit entre dans le zimmun. Le fait d'Abaye et Rava enfants devant Rabba illustre ce discernement.

Vient ensuite la question de la composition du groupe de dix : combien doivent avoir mangé du grain pour que les autres, qui n'ont mangé que des légumes, se joignent à eux ? Rav répond neuf sur dix, Rav Yehouda étend à sept, et Rabbi Zera et Rabbi Yirmeya divergent sur ce que doit être cette majorité.

Le récit du roi Yannai et de Chimon ben Chatah ouvre alors la dernière question du daf : Chimon ben Chatah a béni pour eux après n'avoir bu qu'une coupe, et Rabbi Yo'hanan pose la règle qui l'écarte — nul n'acquitte le public de son obligation avant d'avoir mangé un kezayit de grain. La distinction qui en sort tient tout le passage : se joindre au compte, et acquitter les autres, sont deux choses.

Berakhot 48a - le fil du daf 1. La conclusion sur le katan La halakha ne suit aucune des positions précédentes - reste Rav Nahman (seg. 0 à 1) 2. Abaye et Rava devant Rabba Ce que veut dire savoir à qui l'on bénit - la courge se reconnaît à sa sève (seg. 2) 3. Combien doivent avoir mangé du grain ? Neuf, huit, sept - et le désaccord sur la majorité manifeste (seg. 3) 4. Le roi Yannai et Chimon ben Chatah Le récit : une coupe bue, puis une seconde coupe pour bénir (seg. 4 à 5) 5. La règle de Rabbi Yo'hanan Un kezayit de grain pour acquitter les autres - l'objection de la baraita et sa réponse (seg. 6 à 9)
Les cinq mouvements du daf, de la conclusion sur le katan jusqu'à la règle du kezayit de grain.
Le katan : deux comptes distincts Le zimmun de trois Exigence la plus lourde du daf. Rav Nahman - la halakha retenue Il sait à qui l'on bénit : on fait zimmun sur lui. Tossefot - lecture stricte Il faut les deux : poreah (deux poils) et savoir à qui l'on bénit. Yerouchalmi, rapporté par le Roch Rabbi Yossi : on n'a pas fait zimmun sur moi avant que j'aie produit deux poils. Conclusion du Roch : rien avant les deux poils. L'appoint aux dix - senif Exigence plus légère selon Rabbenou Tam. Rabbi Yehochoua ben Levi Même un nourrisson au berceau : on en fait un appoint pour dix, pour la prière comme pour le birkat hamazon. Rabbenou Tam Cette position tient encore : lit ha-hilkheta ne la vise pas. Un seul katan, pas deux. Rabbenou Yitshak Rabbenou Tam lui-même n'agissait pas ainsi. Le houmach dans la main ne change rien. Le houmach tenu par l'enfant : coutume tirée des Pirke de-Rabbi Eliezer, écartée par Rabbenou Tam et le Roch.
Les deux comptes où l'enfant peut figurer, et les positions des richonim sur chacun.
Se joindre au compte, ou acquitter les autres Se joindre - itstarfouei Il suffit d'avoir participé au repas. Baraita de Rabban Chimon ben Gamliel : une trempette dans la saumure, une seule figue sèche - il se joint. Tossefot : une coupe de vin suffit, boire est compris dans manger. C'est le cas de Chimon ben Chatah. Acquitter - lehotsi et harabim Il faut un kezayit de grain. Rabbi Yo'hanan : sans cela, il n'acquitte personne de son obligation. Raison (Tossefot) : il faut pouvoir dire chee-akhalnou michelo - dont nous avons mangé. D'où : ce que fit Chimon ben Chatah, il le fit pour lui-même. Pourquoi un kezayit suffit-il, alors qu'il n'oblige que d'ordre rabbinique ? Tossefot et Roch : tout Israélite est garant de son prochain, il pourrait acquitter même sans avoir rien mangé. Le kezayit sert seulement à la formule du zimmun. Un katan, lui, reste hors de la garantie : il n'acquitte pas.
La distinction qui commande toute la fin du daf : entrer dans le compte, et acquitter les autres.
1
לאתויי קטן פורח?

— pour inclure un katan poreah (un mineur qui a déjà produit deux poils) ?

📜 Rachi (1)
לאתויי קטן פורח שאין מדקדקין בו אם בא לכלל שנים או לאו ומה הן שנים י"ג שנים ויום אחד:
Pour inclure un katan poreah — car on n'est pas exigeant à son sujet pour savoir s'il est parvenu ou non à l'âge requis. Et quel est cet âge ? Treize ans et un jour.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la fin d'une objection commencée au verso. Une baraita enseignait que l'on n'est pas exigeant à l'égard du mineur pour le zimmun, et la Guemara demandait ce que ce mot vient inclure. La réponse : le katan poreah, l'enfant chez qui les deux poils de la puberté ont commencé à paraître, sans que l'on sache s'il a bien atteint treize ans et un jour.

Rachi précise le point : deux critères devraient se rencontrer pour la majorité, l'âge et les signes physiques. Ici l'âge n'est pas vérifié, et la baraita se contente des signes.

2
ולית הלכתא ככל הני שמעתתא, אלא כי הא דאמר רב נחמן: קטן היודע למי מברכין — מזמנין עליו.

Et la halakha ne suit aucune de ces paroles, mais celle-ci, que Rav Nahman a dite : un katan qui sait à qui l'on bénit — on fait zimmun sur lui.

🗂️ Tossefot (1)
ולית הלכתא ככל הני שמעתתא אלא כי הא קטן היודע משמע דקאי נמי ארבי יוחנן ולא נהירא שהרי אין דרך הגמרא שסותר דברי אמוראים והברייתא שהביא ראיה לדברי ר' יוחנן בלא שום טעם וי"ל דקאי אקטן פורח כלומר קטן פורח מזמנין עליו היינו דוקא היודע למי מברכין ותרווייהו בעינן ולפירושינו צ"ל דלא מייתי עובדא דאביי ורבא לענין אזמוני עלייהו אלא לפרש מהו קטן היודע למי מברכין דמסתמא לא פורחים הוו דאם כן מהו רבותייהו אם יודעים למי מברכין ורבה נמי דעבד היינו להראות שיש בהם בינה והם קטנים ולא מזמנין עלייהו. ואומר ר"ת אף על פי דלית הלכתא ככל הני שמעתתא מיהו הלכה כריב"ל דאמר קטן ממש עושין אותו סניף לעשרה והכא דבעינן פורח ויודע היינו דוקא בשלשה ולית הלכתא ככל הני שמעתתא לא קאי אריב"ל ודיקא נמי שהרי מפסיק הגמרא בינתיים באותו מעשה [דר' אליעזר] דלעולם ישכים אדם ותניא כוותיה אלא קאי אהני שמעתתא דבתר תניא כוותיה דישכים כגון תשעה וארון ושבת ושנים ותשעה נראין כעשרה ושנים מחדדים וקטן פורח אע"ג דתנא ברייתא הכי לאתויי פורח יעמידנה רב נחמן באינו יודע למי מברכין והיינו נמי כריב"ל דאמר לעיל קטן אין מזמנין עליו פי' מוטל בעריסה עד שידע למי מברכין אבל עושין אותו סניף לעשרה פי' לברכת המזון וה"ה לתפלה דבהא לא פליג רב נחמן דכי בעי יודע ופורח כדפי' ה"מ לזמון שלשה אבל לסניף מודה לריב"ל דסניף לעשרה וה"ה לתפלה דקטן מצטרף ודיקא נמי דפריך עלה ממעשה דר' אליעזר שהיה לתפלה לריב"ל דמיירי בבהמ"ז ומיהו תימה דבב"ר (פ' צא) קאמר עלה דריב"ל הדא הוא דתימא לברכת המזון אבל לתפלה לא והיה אומר ר"ת דאין הלכה כן לפי שחולק על הגמרא שלנו דודאי ריב"ל לענין תפלה נמי קאמר מדפריך מעובדא דר' אליעזר דמיירי בתפלה. ויש מצרפין קטן לתפלה רק שיהא חומש בידו ואומר ר"ת דמנהג שטות הוא דכי היכי דאמר אטו ארון גברא הוא ה"נ אטו חומש גברא הוא ועוד הא דקאמר קטן מצטרף היינו אפי' בלא חומש ועוד דלא חזינן בשום דוכתא דמהני אלא בעובדא דעבור השנה כשעולין בעליה בפרקי דרבי אליעזר (פ"ח) דקאמר בשלשה מעברין את השנה ר' אליעזר אומר בעשרה ואם נתמעטו מביאין ספר תורה ועושין עגולה וכו' ואין מזכיר שם שיהא הקטן אוחז הס"ת והתם נמי לא קאמר אלא ספר תורה העשוי בגליון אבל חומשין שלנו לא ומיהו קאמר בירושלמי א"ר יוסי זמנין אכלית עם ר' חלפתא אבא ועם ר' חנינא בר סרסי חביבי ולא מזמנין עלואי עד שהבאתי שתי שערות ומשם משמע דלהצטרף לזמון לא עבדין עובדא עד שיביא שתי שערות הא לתפלה עבדי ומתוך ירושלמי זה פי' ר"י דאין עושין קטן סניף לעשרה לא לתפלה ולא לברכת המזון וגם היה אומר ר"י שגם רבינו תם עצמו לא היה נוהג לעשות כן לעשות קטן סניף לעשרה ולא עשה מעשה והלכך אפי' חומש בידו לא מהני כדפירשנו כיון דלא אתהני קטן לבדו גם חומש בידו לא אתהני ומיהו קטן פורח ויודע למי מברכין משמע שמברכין עליו גם בשלשה כברייתא וליכא מאן דפליג וזה לשון רבינו שפוסק מסקנא דמלתא אין עושין קטן סניף לעשרה לזמון ולתפלה ולשלשה עד שיביא שתי שערות כעובדא דר' יוסי ברבי חלפתא בירושלמי והא דאמרינן בירושלמי קטן וס"ת עושין אותו סניף אומר ר"י דגרס התם קטן לס"ת כלומר סניף לקריאת התורה קאמר ודוקא התם כדאיתא במגילה (פ"ג דף כג.) דקטן עולה למנין שבעה דקאמר הכל עולין למנין שבעה אפי' קטן אפי' אשה אי לא הוה משום כבוד צבור אבל לשאר דברים לא ואפי' אם אשכחן בשום דוכתא דקטן [וחומש מצטרף] אפי' לתפלה היינו דוקא העשוי בגליון אבל חומשין שלנו לא ולפי' ר"ת חומש אינו מועיל כלל ביד קטן אבל קטן לחוד הוי סניף אבל תרי לא כדקאמר גבי עובדא דר' אליעזר ור"ת פי' דההיא דירושלמי דרבי יוסי בר' חלפתא דוקא בשלשה מיירי:
Il semble que cela porte aussi sur Rabbi Yo'hanan, mais cela n'est pas clair : ce n'est pas la manière de la Guemara de contredire sans aucune raison les paroles des Amoraim et la baraita apportée en preuve des paroles de Rabbi Yo'hanan. On peut dire que cela porte sur le katan poreah, c'est-à-dire : le katan poreah sur lequel on fait zimmun, il s'agit précisément de celui qui sait à qui l'on bénit, et les deux conditions sont requises. Selon notre explication, il faut dire que le fait d'Abaye et Rava n'est pas rapporté pour enseigner que l'on fait zimmun sur eux, mais pour expliquer ce qu'est un katan qui sait à qui l'on bénit ; car vraisemblablement ils n'étaient pas porhim, sinon quelle grandeur y aurait-il eu à savoir à qui l'on bénit ? Et ce que fit Rabba, c'était pour montrer qu'il y avait en eux du discernement alors qu'ils étaient petits, et l'on ne faisait pas zimmun sur eux. Rabbenou Tam dit : bien que la halakha ne suive aucune de ces paroles, elle suit toutefois Rabbi Yehochoua ben Levi, qui dit qu'un véritable katan, on en fait un appoint pour dix ; et ici, où l'on exige qu'il soit poreah et qu'il sache, il s'agit précisément du zimmun de trois. « La halakha ne suit aucune de ces paroles » ne porte donc pas sur Rabbi Yehochoua ben Levi. Cela ressort aussi du texte, puisque la Guemara interpose entre les deux le fait de Rabbi Eliezer et l'enseignement « qu'un homme se lève toujours de bonne heure », avec la baraita qui va dans son sens. La formule porte donc sur les paroles qui viennent après ce tania kevateh : neuf et l'arche, le Chabbat et deux, neuf qui ont l'apparence de dix, deux qui s'aiguisent l'un l'autre, et le katan poreah. Et bien que la baraita ait enseigné ainsi, « pour inclure un poreah », Rav Nahman l'établira dans le cas d'un mineur qui ne sait pas à qui l'on bénit ; ce qui s'accorde aussi avec Rabbi Yehochoua ben Levi, qui a dit plus haut qu'un katan, on ne fait pas zimmun sur lui — c'est-à-dire un nourrisson couché dans son berceau — jusqu'à ce qu'il sache à qui l'on bénit, mais on en fait un appoint pour dix, c'est-à-dire pour le birkat hamazon, et il en va de même pour la prière. Sur ce point Rav Nahman ne le contredit pas : lorsqu'il exige qu'il sache et qu'il soit poreah, comme nous l'avons expliqué, cela vaut pour le zimmun de trois, mais pour l'appoint il concède à Rabbi Yehochoua ben Levi qu'il est appoint pour dix, et de même pour la prière, où le katan se joint. Cela ressort aussi du texte, puisque l'on objecte contre cette position depuis le fait de Rabbi Eliezer, qui concernait la prière, alors que Rabbi Yehochoua ben Levi parlait du birkat hamazon. Toutefois il y a lieu de s'étonner, car dans Berechit Rabba (ch. 91) on dit à propos de Rabbi Yehochoua ben Levi : cela vaut pour le birkat hamazon, mais pour la prière non. Rabbenou Tam disait que la halakha n'est pas ainsi, puisque cela contredit notre Guemara : assurément Rabbi Yehochoua ben Levi parlait aussi de la prière, comme il ressort de l'objection tirée du fait de Rabbi Eliezer, qui concernait la prière. Certains joignent un katan à la prière, pourvu qu'il tienne un houmach en main. Rabbenou Tam dit que c'est une coutume insensée : de même que l'on dit « l'arche est-elle donc un homme ? », ainsi « le houmach est-il donc un homme ? ». De plus, lorsqu'on dit qu'un katan se joint, c'est même sans houmach. De plus, nous ne trouvons nulle part que cela soit efficace, sinon dans le fait de l'intercalation de l'année, lorsqu'ils montaient à l'étage, dans les Pirke de-Rabbi Eliezer (ch. 8), où il est dit : à trois on intercale l'année, Rabbi Eliezer dit à dix, et s'ils sont en nombre insuffisant on apporte un sefer Torah et l'on forme un cercle, etc. — et il n'y est pas mentionné que le katan tienne le sefer Torah ; et là encore il ne s'agit que d'un sefer Torah fait en rouleau, non de nos houmachim. Toutefois on dit dans le Yerouchalmi : Rabbi Yossi a dit, bien des fois j'ai mangé avec Rabbi Halafta mon père et avec Rabbi Hanina bar Sissi mon oncle, et ils n'ont pas fait zimmun sur moi jusqu'à ce que j'aie produit deux poils. De là il ressort que, pour se joindre au zimmun, on n'agissait pas avant qu'il ait produit deux poils, tandis que pour la prière on agissait. À partir de ce Yerouchalmi, Rabbenou Yitshak a expliqué qu'on ne fait pas d'un katan un appoint pour dix, ni pour la prière ni pour le birkat hamazon. Rabbenou Yitshak disait aussi que Rabbenou Tam lui-même n'avait pas coutume d'agir ainsi, de faire d'un katan un appoint pour dix, et qu'il n'en a pas fait acte. Dès lors, même un houmach en main n'est d'aucun effet, comme nous l'avons expliqué : puisque le katan seul n'est d'aucun effet, le houmach en sa main n'en a pas davantage. Toutefois, pour un katan poreah qui sait à qui l'on bénit, il semble qu'on fasse zimmun sur lui même à trois, comme la baraita, et nul n'y contredit. Voici les termes de notre maître, qui tranche la conclusion de la chose : on ne fait pas d'un katan un appoint pour dix, ni pour le zimmun ni pour la prière, ni pour les trois, jusqu'à ce qu'il ait produit deux poils, comme le fait de Rabbi Yossi be-Rabbi Halafta dans le Yerouchalmi. Et ce que l'on dit dans le Yerouchalmi, « un katan et un sefer Torah, on en fait un appoint », Rabbenou Yitshak dit qu'on y lit « un katan pour un sefer Torah », c'est-à-dire un appoint pour la lecture de la Torah ; et cela vaut précisément là-bas, comme il est enseigné dans Meguila (ch. 3, 23a) qu'un katan compte dans le nombre de sept, puisqu'il est dit : tous montent dans le compte des sept, même un katan, même une femme, n'était l'honneur du public — mais pour les autres choses non. Et même si l'on trouvait quelque part qu'un katan tenant un houmach se joint même à la prière, cela vaudrait précisément pour un exemplaire fait en rouleau, non pour nos houmachim. Selon l'explication de Rabbenou Tam, le houmach n'est d'aucune utilité dans la main d'un katan, tandis que le katan seul constitue un appoint ; deux en revanche non, comme il est dit à propos du fait de Rabbi Eliezer. Et Rabbenou Tam a expliqué que le passage du Yerouchalmi concernant Rabbi Yossi be-Rabbi Halafta parle précisément du zimmun de trois.
💡 Explication

La Guemara conclut toute la discussion des pages précédentes par une formule tranchante : lit hilkheta ke-khôl hani chemaateta, la halakha ne suit aucune de ces paroles. Restent écartés les artifices de comptage examinés plus haut — neuf qui ont l'apparence de dix, l'arche qui compléterait, le Chabbat compté comme un convive — et le critère retenu devient un critère de conscience : l'enfant sait-il à qui s'adresse la bénédiction.

Tossefot pose la question de la portée exacte de ce rejet. Deux points sont en jeu. D'abord, faut-il cumuler les deux conditions, être poreah et savoir à qui l'on bénit ? Tossefot répond que oui. Ensuite, la position de Rabbi Yehochoua ben Levi sur l'enfant comme senif, appoint pour compléter dix, tombe-t-elle aussi ? Rabbenou Tam la maintient, en s'appuyant sur la place du passage dans la sougya ; Rabbenou Yitshak l'écarte à partir du Yerouchalmi, et note que Rabbenou Tam lui-même n'a jamais agi selon sa propre position.

🖼️ Schéma
Le katan : deux comptes distincts Le zimmun de trois Exigence la plus lourde du daf. Rav Nahman - la halakha retenue Il sait à qui l'on bénit : on fait zimmun sur lui. Tossefot - lecture stricte Il faut les deux : poreah (deux poils) et savoir à qui l'on bénit. Yerouchalmi, rapporté par le Roch Rabbi Yossi : on n'a pas fait zimmun sur moi avant que j'aie produit deux poils. Conclusion du Roch : rien avant les deux poils. L'appoint aux dix - senif Exigence plus légère selon Rabbenou Tam. Rabbi Yehochoua ben Levi Même un nourrisson au berceau : on en fait un appoint pour dix, pour la prière comme pour le birkat hamazon. Rabbenou Tam Cette position tient encore : lit ha-hilkheta ne la vise pas. Un seul katan, pas deux. Rabbenou Yitshak Rabbenou Tam lui-même n'agissait pas ainsi. Le houmach dans la main ne change rien. Le houmach tenu par l'enfant : coutume tirée des Pirke de-Rabbi Eliezer, écartée par Rabbenou Tam et le Roch.
Les deux comptes que Tossefot sépare : le zimmun de trois et l'appoint aux dix.
3
אביי ורבא הוו יתבי קמיה דרבה. אמר להו רבה: למי מברכין? אמרי ליה: לרחמנא. ורחמנא היכא יתיב? — רבא אחוי לשמי טללא. אביי נפק לברא, אחוי כלפי שמיא. אמר להו רבה: תרוייכו רבנן הויתו. היינו דאמרי אינשי: בוצין בוצין מקטפיה ידיע.

Abaye et Rava étaient assis devant Rabba. Rabba leur dit : à qui bénit-on ?

Ils lui dirent : au Miséricordieux. Et où réside le Miséricordieux ?

Rava montra le toit. Abaye sortit dehors et montra le ciel.

Rabba leur dit : vous serez tous deux des maîtres. C'est ce que disent les gens : la courge, la courge, on la reconnaît à sa sève.

📜 Rachi (3)
טללא גג:
Telala — un toit.
בוצין דלעת ואית דגרסי מקטפיה וקטף הוא שרף האילן כלומר משעה שהוא חונט ויוצא מתוך השרף ניכר אם יהיה טוב:
Boutsin — une courge. Certains lisent mikitpeh ; le ketaf est la sève de l'arbre, c'est-à-dire : dès l'instant où le fruit se noue et sort de la sève, on reconnaît s'il sera bon.
מקניה מקן שלו מקטנותו:
Mikaneh — de son nid, c'est-à-dire depuis sa petitesse.
🗂️ Tossefot (1)
אביי ורבא הוו יתבי וכו' ואם תאמר היכי דמי אי הוו קטנים פורחים מאי רבותא הוה בהו שהביטו כלפי מעלה אלא צריך לומר דהאי לאו לאזמוני עלייהו קא מנסי להו כי היו קטנים טובא אלא לנסותינהו קא עביד שהיה בהם בינה:
Et si tu demandes : de quel cas s'agit-il ? S'ils étaient des mineurs porhim, quelle grandeur y avait-il en eux à regarder vers le haut ? Il faut donc dire que ce fait n'a pas été rapporté pour enseigner que l'on fait zimmun sur eux : il les éprouvait alors qu'ils étaient tout petits, et il agissait ainsi pour les mettre à l'épreuve, parce qu'il y avait en eux du discernement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אביי ורבא הוו יתבי קמיה דרבה, אמר להו רבה: למי מברכין? אמרו ליה: לרחמנא, ורחמנא היכא יתיב? רבא אחוי לשמי טללא, אביי נפק לברא, אחוי כלפי שמיא. אמר להו רבה: תרויכו, רבנן הויתו. עיין מה שכתב מהרש"א ז"ל עיין שם. ברם עדיין קשא גם עתה מהיכן נודע לו שמברכין? ודלמא שמעו מרבם שמברכין לרחמנא היושב בשמים, ולכך אחוי כלפי שמיא, שיודעים השמים היכן הם, אבל אין יודעים דרחמנא קאי על הקב"ה, ואין מבינים משמעות רחמנא, וזה העיקר שצריכין לידע? ונראה לי בס"ד כי הוא רצה לבדוק אם יש להם שכל להבין דבר מתוך דבר, ובשאלה ותשובה זה ידע שהם חריפין, על אשר הבינו מטרת כונתו בשאלה זו ששאלם ורחמנא היכא יתיב? שהם היה להם להשיב יושב בשמים, אך הם היו חריפים ואמרו בדעתם כיון ששאל אותנו למי מברכין ואמרנו 'לרחמנא' למה לא הספיק לו תשובה זו? וחזר ושאל רחמנא היכא יתיב? אלא ודאי חושב שמא אין אנחנו יודעים מה משמעות רחמנא, אלא רק כך שמענו מאבינו או מרבינו שמברכין לרחמנא, ולכך בא לחקור אותנו בשאלה זו היכא יתיב? והשתא אם נשיב יתיב בשמים גם בזה יהיה מסתפק שמא אין אנחנו יודעים מהו בשמים, אם היא בית או עיר או איזה שידה תיבה ומגדל, לפי שחושב ששמענו שמברכין לרחמנא שבשמים, ועל כן אם נשיב לו יתיב בשמים, ודאי יחזור וישאל מה הם השמים? והיכן מונחים והיכן עומדים? לכך התחכמו להראות באצבע על השמים כדי לקצר בשאלותיו, שלא יצטרך לשאל עוד על שמים מה הם והיכן הם ואחר שראה חריפותם שהבינו דבר מדבר אמר להם תרויכו רבנן הויתו , וכפל הלשון בוצין בוצין כי החשוב נכרת חשיבותו יותר מצד הגרוע, וכמו שאמרו כי אין האור ניכר אלא מתוך החשך, וזהו בוצין טובים, ובוצין רעים עומדים עמהם.
« Abaye et Rava étaient assis devant Rabba. Rabba leur dit : à qui bénit-on ? Ils lui dirent : au Miséricordieux. Et où réside le Miséricordieux ? Rava montra le toit ; Abaye sortit dehors et montra le ciel. Rabba leur dit : vous serez tous deux des maîtres. » Vois ce qu'a écrit le Maharcha, de mémoire bénie. Toutefois une difficulté subsiste : d'où lui vint de savoir qu'ils savaient à qui l'on bénit ? Peut-être avaient-ils entendu de leur maître que l'on bénit le Miséricordieux qui siège dans les cieux, et c'est pourquoi ils ont montré vers le ciel : ils savent où est le ciel, mais ils ne savent pas que « le Miséricordieux » désigne le Saint béni soit-Il, ni ne comprennent le sens du mot « Miséricordieux » — or c'est là l'essentiel de ce qu'il faut savoir. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il voulait vérifier s'ils avaient l'intelligence de déduire une chose d'une autre, et par cette question et cette réponse il sut qu'ils étaient perspicaces, puisqu'ils avaient saisi le but de son intention dans la question qu'il leur posait, « et où réside le Miséricordieux ? ». Ils auraient pu répondre : Il siège dans les cieux. Mais ils étaient perspicaces et se dirent en eux-mêmes : puisqu'il nous a demandé à qui l'on bénit et que nous avons répondu « au Miséricordieux », pourquoi cette réponse ne lui a-t-elle pas suffi ? Et il est revenu demander : où réside le Miséricordieux ? Assurément il pense que peut-être nous ne savons pas ce que signifie « le Miséricordieux », mais que nous avons seulement entendu de notre père ou de notre maître que l'on bénit le Miséricordieux ; c'est pourquoi il vient nous sonder par cette question, où réside-t-Il ? Or si nous répondons qu'Il siège dans les cieux, là encore il doutera que nous sachions ce que sont les cieux — si c'est une maison, une ville, ou quelque coffre, coffret ou tour — puisqu'il pense que nous avons entendu que l'on bénit le Miséricordieux qui est dans les cieux. Dès lors, si nous lui répondons qu'Il siège dans les cieux, il reviendra assurément demander : que sont les cieux ? où sont-ils placés, où se tiennent-ils ? C'est pourquoi ils s'avisèrent de montrer du doigt le ciel, afin d'abréger ses questions, pour qu'il n'ait plus à demander ce que sont les cieux et où ils sont. Et après qu'il eut vu leur perspicacité, qu'ils avaient compris une chose à partir d'une autre, il leur dit : vous serez tous deux des maîtres. L'expression est redoublée, « boutsin boutsin », car ce qui a de la valeur se reconnaît mieux à partir de ce qui est médiocre ; comme ils ont dit que la lumière ne se reconnaît qu'à partir de l'obscurité. Tel est le sens : de bons boutsin, et de mauvais boutsin qui se tiennent à côté d'eux.
⚖️ Rosh (1)
והכותי מזמנים עליו וה"מ באותו הזמן אבל עכשיו עכו"ם גמורים הם ואין מזמנים עליהם ואמאי לא יהיה אלא עם הארץ ותניא אין מזמנין על עם הארץ בחבורה אמר אביי בכותי חבר והאידנא אינן נזהרין מלזמן על עם הארץ גמור וכרבי יוסי שלא יהא כל אחד הולך ובונה במה לעצמו והכי נמי אמרינן בפרק בתרא דחגיגה דף כב: כמאן מקבלין האידנא סהדותא מעם הארץ כרבי יוסי ואף על גב דאמרינן בפרק ואלו עוברין דף מט: דאין מוסרים עדות לעם הארץ וגם ר"ח כתב דהאידנא לא רגילי רבנן בהכי דמזמני אפי' עם עם הארץ ברור והרב ר' שמעון ז"ל פירש דלית הלכתא ככל הני דקי"ל היודע למי מברכין מזמנין עליו ולא נהירא דלא דמיא להא שמעתתא כלל דעם הארץ פשע במה דלא למד. תנו רבנן מעשה ברבי אליעזר שנכנס לבית הכנסת ולא מצא שם עשרה ושחרר עבדו והשלימו לעשרה והיכי עביד הכי והאמר רב יהודה כל המשחרר עבדו עובר בעשה שנאמר לעולם בהם תעבודו מצוה דרבים שאני דאלים עשה דרבים דכתיב ונקדשתי בתוך בני ישראל דהיינו עשה דמקדשין את השם בעשרה ברבים ואפילו הוי מלתא דרבנן כגון לשמוע קדושה וברכו שלא מצינו לו עיקר מן התורה אפ"ה דחי עשה דיחיד דלא מסתבר לי דמיירי בעשרה דאורייתא כגון לקרות פרשת זכור שהוא מן התורה דמשמע דבכל ענין איירי מכאן תשובה לבה"ג שכתב שאם נקבר לו לאדם מת ביו"ט האחרון של חג שהוא מדרבנן דאתי אבילות יום ראשון שהוא דאורייתא ודחי עשה דרבים שמחת הרגל דיו"ט האחרון דרבנן דהכא משמע דעשה דרבים דרבנן דחי עשה דלעולם בהם תעבודו ועוד לא מצינו אבילות יום ראשון דאורייתא דדווקא אנינות יום ראשון דאורייתא לענין אכילת קדשים ומעשר שני כדפרישית לעיל בסוף היה קורא. ולית הלכתא ככל הני שמעתתא אלא כי הא דאמר רב נחמן קטן היודע למי מברכים מזמנים עליו פר"ת ז"ל הא דקאמר לית הלכתא ככל הני שמעתתא קאי אהא דאמר רב יהודה תשעה נראין כעשרה מצטרפין ואהא דא"ר אמי שנים ושבת ואהא דשני תלמידים ואהא דאמר רב הונא תשעה וארון ואהא דקטן פורח והך ברייתא דאין מדקדקין בקטן מוקי לה רב נחמן בקטן פורח ואינו יודע למי מברכין א"נ כשאין פורח אלא שיודע למי מברכים אבל לא קאי אהא דריב"ל קטן המוטל בעריסה עושין אותו סניף לעשרה אפילו אינו יודע למי מברכים ולמי מתפללין דרב נחמן ס"ל כריב"ל בברכת המזון דאמר קטן המוטל בעריסה אין מזמנין עליו דמשמע הא אם יודע למי מברכין מזמנים עליו ובתפלה נמי אפשר דלא פליג עליה דאפילו אינו יודע מצי סבר מצטרף לתפלה מדקאמר קטן היודע למי מברכים מזמנין עליו ולא איירי בסניף לעשרה אלמא סבר דאפי' אינו יודע עושין אותו סניף לעשרה דכולה שמעתתא מוכחא דזימון חמור מסניף עשרה מה שנהגו להתפיס לקטן ס"ת או חומש לא מוכח בשמעתתא אלא בפרקי דרבי אליעזר איתא גבי עיבור שנה מתוך אותו מדרש החמירו גם כאן אע"ג דלא דמי אהדדי דהתם לאו דבר שבקדושה הוא וכן פירש רב האי גאון דקטן עולה למנין עשרה ויראה דהיינו טעמא דאמרינן דאפילו מוטל בעריסה מצטרף דכל בי עשרה שכינה שרויה דמונקדשתי בתוך בני ישראל ילפינן דאומרים קדושה בעשרה ל"ש גדולים ול"ש קטנים קרינן ביה בתוך בני ישראל ובלבד שיהו תשעה גדולים אבל טפי מאחד לא כדאמרינן גבי עבד דטפי מאחד ליכא ליקרא דשמיא לצרפו ועבד נמי איתיה בכלל ונקדשתי דשכינה שרויה אכל מחויבי מצות בני ברית ודווקא להצטרף אבל לאפוקי אחרים ידי חובתן לא דהא אמרינן בשילהי ראש השנה דף כט. דכל שאינו מחויב בדבר אינו מוציא אחרים ידי חובתן והא דסלקי קטן ועבד ואשה דליתנהו בתלמוד תורה למנין שבעה במגילה דף כג. משום דס"ת לשמיעה קאי וברכה אינה לבטלה דלא מברכים אשר קדשנו במצותיו וצונו על דברי תורה אלא אשר בחר בנו ואשר נתן לנו עד הנה דברי ר"ת ז"ל ואף על פי שהתיר ר"ת לעשות קטן סניף לעשרה ולתפלה בלא חומש בידו הוא לא היה נוהג לעשות כן ומה שנהגו לאחוז חומש בידו לא מצינו בשום מקום רק בפירקי דרבי אליעזר לענין עיבור שנה ושם מזכיר ס"ת והכי איתא התם בשלשה מעברין את השנה רבי אליעזר אומר בעשרה ואם נתמעטו מביאין ס"ת וכו' ואין מזכיר שם שהקטן אוחז ס"ת ואפילו אם ישנו בשום מקום לענין תפלה היינו דווקא בס"ת וחומש אחד מחמשה חומשי תורה העשויין בגליון אבל בחומשים כעין שלנו לא היו בימי חכמים ומה שיש בירושלמי קטן וס"ת עושין אותן סניפין היינו קטן או ס"ת וס"ת היינו כעין תשעה וארון כעין גמרא דידן ולית הלכתא הכי ויש ירושלמי שכתוב בו קטן וס"ת עושין אותו סניף וזה משמע קצת כמנהג העולם או שמא רוצה לומר קריאת התורה שעולה למנין שבעה. וה"ר יוסף ז"ל כתב דמסתברא דרבי יהושע בן לוי סבר כרב אשי דפליג על מר זוטרא לעיל בריש פירקין (ברכות דף מה:) גבי קורין לו ומזמנין עליו דמיקל טפי בעשרה מבזימון שלשה והתם פסקינן כמר זוטרא דמחמיר בעשרה הלכך אין הלכה כרבי יהושע בן לוי ור"ח ז"ל פירש הא דאמר רב נחמן קטן היודע למי מברכין מזמנין עליו היינו כשנכנס בשנת י"ג ולא הביא שתי שערות ידועות שעדיין הוא קטן ואעפ"כ כשהוא בן י"ג מזמנין עליו אבל פחות מכן אין מזמנין עליו כלל והא דמייתי עובדא דאביי ורבא לאו לזמוני עלייהו אלא אגב דאיירי בקטן היודע למי מברכים מייתי הך עובדא להודיע שהיו חריפים בקטנותם. ורב אלפס ז"ל כתב ואנן לא סבירא לן הכי דכיון דקרי ליה קטן אפי' בן עשרה ובן תשעה כשיודע למי מברכים מזמנים עליו והכי חזינן לגאון. ובירושלמי גרסי' אמר רבי יוסי כמה זימנין אכלי' עם ר' תחליפא אבא ועם ר' חנינא בר סיסי חביבי ולא זמינו עלי עד דאייתי ב' שערות הלכך המחוור שבכולן אין עושין קטן סניף לעשרה לברכת המזון ולתפלה ולשלשה עד שיביא שתי שערות:
« Et sur le Kouti on fait zimmun » — cela valait à cette époque, mais aujourd'hui ce sont des idolâtres accomplis et l'on ne fait pas zimmun sur eux. Et pourquoi ? Ne serait-il pas au moins un am haaretz, alors qu'il est enseigné : on ne fait pas zimmun sur un am haaretz dans une compagnie ? Abaye a dit : il s'agit d'un Kouti haver. Aujourd'hui, on ne se garde pas de faire zimmun avec un am haaretz complet, conformément à Rabbi Yossi, afin que chacun n'aille pas se bâtir un autel pour lui-même. Ainsi dit-on également au dernier chapitre de Haguiga (22b) : selon qui reçoit-on aujourd'hui le témoignage d'un am haaretz ? Selon Rabbi Yossi. Et cela bien que l'on dise au chapitre Elou Ovrin (49b) que l'on ne confie pas de témoignage à un am haaretz. Rabbenou Hananel a également écrit qu'aujourd'hui les maîtres n'ont pas coutume d'agir ainsi, de faire zimmun même avec un am haaretz avéré. Le Rav Rabbi Chimon, de mémoire bénie, a expliqué que « la halakha ne suit aucune de ces paroles » vise ce que nous tenons pour établi, que celui qui sait à qui l'on bénit, on fait zimmun sur lui. Cela n'est pas clair, car cela ne ressemble en rien à notre sougya : le am haaretz est en faute pour n'avoir pas étudié. Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Rabbi Eliezer entra à la synagogue et n'y trouva pas dix ; il affranchit son esclave et compléta les dix. Comment a-t-il pu agir ainsi ? Rav Yehouda n'a-t-il pas dit : quiconque affranchit son esclave transgresse un commandement positif, ainsi qu'il est dit « vous les ferez servir à jamais » ? Une mitsva du public est différente, car le commandement positif du public l'emporte, ainsi qu'il est écrit « et Je serai sanctifié au milieu des enfants d'Israël » : c'est le commandement positif de sanctifier le Nom par dix, en public. Et même s'il s'agit d'une chose d'ordre rabbinique, comme d'entendre la kedoucha et le barekhou, dont nous ne trouvons pas de fondement dans la Torah, elle repousse pourtant le commandement positif de l'individu. Car il ne me paraît pas raisonnable de dire qu'il s'agirait d'un cas de dix requis par la Torah, comme la lecture de la parachat Zakhor qui est de la Torah, puisqu'il ressort que le propos vaut en toute manière. De là, une réponse au Behag, qui a écrit que si l'on enterre un mort le dernier jour de fête, qui est d'ordre rabbinique, le deuil du premier jour, qui est de la Torah, vient repousser le commandement positif du public, la joie de la fête, le dernier jour étant d'ordre rabbinique. Or ici il ressort qu'un commandement positif du public d'ordre rabbinique repousse le commandement positif de « vous les ferez servir à jamais ». De plus, nous ne trouvons pas que le deuil du premier jour soit de la Torah : seule l'aninout du premier jour est de la Torah, quant à la consommation des saintetés et du maaser cheni, comme je l'ai expliqué plus haut à la fin du chapitre Haya Kore. « Et la halakha ne suit aucune de ces paroles, mais celle-ci, que Rav Nahman a dite : un katan qui sait à qui l'on bénit, on fait zimmun sur lui. » Rabbenou Tam, de mémoire bénie, a expliqué : ce qui est dit « la halakha ne suit aucune de ces paroles » vise ce qu'a dit Rav Yehouda, que neuf qui ont l'apparence de dix se joignent ; ce qu'a dit Rabbi Ami, deux et le Chabbat ; les deux disciples ; ce qu'a dit Rav Houna, neuf et une arche ; et le katan poreah. Quant à la baraita qui dit qu'on n'est pas exigeant avec le katan, Rav Nahman l'établit dans le cas d'un katan poreah qui ne sait pas à qui l'on bénit ; ou bien dans le cas où il n'est pas poreah mais sait à qui l'on bénit. En revanche cela ne vise pas la parole de Rabbi Yehochoua ben Levi, qu'un katan couché dans son berceau, on en fait un appoint pour dix, même s'il ne sait pas à qui l'on bénit ni à qui l'on prie ; car Rav Nahman tient comme Rabbi Yehochoua ben Levi pour le birkat hamazon, lui qui a dit qu'un katan couché dans son berceau, on ne fait pas zimmun sur lui — ce qui implique que s'il sait à qui l'on bénit, on fait zimmun sur lui. Et pour la prière aussi il est possible qu'il ne le contredise pas : même s'il ne sait pas, il peut tenir qu'il se joint à la prière, puisqu'il dit « un katan qui sait à qui l'on bénit, on fait zimmun sur lui » et ne parle pas de l'appoint pour dix — d'où il ressort qu'il tient que même s'il ne sait pas, on en fait un appoint pour dix, car toute la sougya prouve que le zimmun est plus rigoureux que l'appoint aux dix. Quant à la coutume de faire tenir à un katan un sefer Torah ou un houmach, elle ne se prouve pas depuis la sougya, mais se trouve dans les Pirke de-Rabbi Eliezer à propos de l'intercalation de l'année ; c'est à partir de ce midrach que l'on s'est montré rigoureux ici aussi, bien que les cas ne se ressemblent pas, car là-bas il ne s'agit pas d'une chose de sainteté. Ainsi a expliqué Rav Haï Gaon, qu'un katan compte dans le nombre de dix. Il semble que la raison en soit celle-ci : nous disons que même couché dans son berceau il se joint, car partout où il y a dix la Chekhina réside ; du verset « et Je serai sanctifié au milieu des enfants d'Israël » nous apprenons que l'on dit la kedoucha à dix, et il n'y a pas de différence entre grands et petits, nous lisons dans les deux cas « au milieu des enfants d'Israël » — pourvu qu'il y ait neuf adultes, mais plus d'un katan, non, comme nous le disons à propos de l'esclave, que plus d'un il n'y a pas là d'honneur du Ciel à le joindre. L'esclave aussi est compris dans « et Je serai sanctifié », car la Chekhina réside sur tous ceux qui sont tenus aux mitsvot et membres de l'alliance. Et cela vaut précisément pour se joindre, mais non pour acquitter autrui de son obligation, car nous disons à la fin de Roch Hachana (29a) que quiconque n'est pas tenu à une chose n'en acquitte pas autrui. Quant au fait qu'un katan, un esclave et une femme, qui ne sont pas dans l'étude de la Torah, montent dans le compte des sept à Meguila (23a), c'est parce que le sefer Torah est destiné à être entendu, et la bénédiction n'est pas prononcée en vain, puisqu'on ne dit pas « qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné au sujet des paroles de Torah », mais « qui nous a choisis » et « qui nous a donné ». Jusqu'ici les paroles de Rabbenou Tam, de mémoire bénie. Et bien que Rabbenou Tam ait permis de faire d'un katan un appoint pour dix et pour la prière sans houmach en main, lui-même n'avait pas coutume d'agir ainsi. Quant à la coutume de lui faire tenir un houmach, nous ne l'avons trouvée nulle part, sinon dans les Pirke de-Rabbi Eliezer à propos de l'intercalation de l'année, et l'on y mentionne un sefer Torah. Voici ce qui y est dit : à trois on intercale l'année, Rabbi Eliezer dit à dix, et s'ils sont en nombre insuffisant on apporte un sefer Torah, etc. — et il n'y est pas mentionné que le katan tienne le sefer Torah. Et même si cela se trouvait quelque part pour la prière, il s'agirait précisément d'un sefer Torah, ou d'un houmach, l'un des cinq livres de la Torah, fait en rouleau, car des houmachim comme les nôtres n'existaient pas au temps des sages. Quant à ce qui figure dans le Yerouchalmi, « un katan et un sefer Torah, on en fait des appoints », cela signifie un katan ou un sefer Torah, et le sefer Torah est comme les neuf et une arche de notre Guemara, et la halakha n'est pas ainsi. Il existe un Yerouchalmi où il est écrit « un katan avec un sefer Torah, on en fait un appoint », ce qui s'accorde quelque peu avec la coutume répandue ; ou peut-être veut-il parler de la lecture de la Torah, où il monte dans le compte des sept. Le Rav Rabbi Yossef, de mémoire bénie, a écrit qu'il est logique que Rabbi Yehochoua ben Levi tienne comme Rav Achi, qui contredit Mar Zoutra plus haut au début de notre chapitre (Berakhot 45b) à propos de « on l'appelle et on fait zimmun sur lui », en étant plus indulgent pour dix que pour le zimmun de trois ; or la nous avons tranché comme Mar Zoutra, qui est rigoureux pour dix. Dès lors la halakha ne suit pas Rabbi Yehochoua ben Levi. Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a expliqué que ce qu'a dit Rav Nahman, « un katan qui sait à qui l'on bénit, on fait zimmun sur lui », vise celui qui est entré dans sa treizième année sans avoir produit deux poils avérés, de sorte qu'il est encore katan ; malgré cela, dès lors qu'il a treize ans, on fait zimmun sur lui, mais en deçà on ne fait pas du tout zimmun sur lui. Et si l'on rapporte le fait d'Abaye et Rava, ce n'est pas pour faire zimmun sur eux, mais parce qu'il était question du katan qui sait à qui l'on bénit : on rapporte ce fait pour faire savoir qu'ils étaient perspicaces dès leur petitesse. Le Rif, de mémoire bénie, a écrit : nous ne tenons pas ainsi, car dès lors qu'il est appelé katan, même âgé de dix ans ou de neuf ans, s'il sait à qui l'on bénit, on fait zimmun sur lui ; et ainsi avons-nous vu chez le Gaon. Et dans le Yerouchalmi nous lisons : Rabbi Yossi a dit, bien des fois j'ai mangé avec Rabbi Tahalifa mon père et avec Rabbi Hanina bar Sissi mon oncle, et ils n'ont pas fait zimmun sur moi jusqu'à ce que j'aie produit deux poils. Dès lors, la position la plus assurée de toutes est celle-ci : on ne fait pas d'un katan un appoint pour dix, ni pour le birkat hamazon, ni pour la prière, ni pour les trois, jusqu'à ce qu'il ait produit deux poils.
💡 Explication

La Guemara illustre la formule de Rav Nahman par un souvenir d'enfance des deux maîtres qui domineront la génération suivante. Rabba interroge ses deux jeunes élèves. La première réponse, le Miséricordieux, pourrait avoir été apprise par cœur ; la seconde question sert à vérifier qu'il y a une pensée derrière le mot. Rava désigne le plafond, Abaye sort et désigne le ciel découvert.

Le proverbe qui conclut, boutsin boutsin mikitpeh yedia, se lit selon deux versions que Rachi rapporte : la courge se reconnaît dès sa tige, ou bien le fruit se reconnaît dès la sève dont il sort. Le sens est le même dans les deux cas.

Tossefot en tire une conséquence pour la halakha : si ces deux enfants avaient déjà été porhim, leur réponse n'aurait rien eu de remarquable. Le récit n'est donc pas rapporté comme un cas de zimmun, mais comme une définition de ce que signifie savoir à qui l'on bénit.

4
אמר רב יהודה בריה דרב שמואל בר שילת משמיה דרב: תשעה אכלו דגן ואחד אכל ירק — מצטרפין. אמר רבי זירא: בעאי מיניה מרב יהודה: שמנה מהו? שבעה מהו? אמר לי: לא שנא. ששה ודאי לא מבעיא לי. אמר ליה רבי ירמיה: שפיר עבדת דלא איבעיא לך, התם טעמא מאי — משום דאיכא רובא, הכא נמי איכא רובא. ואיהו סבר רובא דמינכר בעינן.

Rav Yehouda fils de Rav Chemouel bar Chilat dit au nom de Rav : neuf ont mangé du grain et un a mangé des légumes — ils se joignent. Rabbi Zera dit : j'ai demandé à Rav Yehouda : huit, qu'en est-il ? sept, qu'en est-il ?

Il m'a dit : il n'y a pas de différence. Quant à six, assurément, je n'en ai pas fait question.

Rabbi Yirmeya lui dit : tu as bien fait de n'en pas faire question. Là-bas, quelle en est la raison ?

Parce qu'il y a une majorité ; ici aussi il y a une majorité. Et lui tenait : il nous faut une majorité manifeste.

📜 Rachi (1)
ואיהו סבר רבי זירא שהיה קובל ומתחרט על שלא שאל על הששה סבר דילמא רובא דמנכר שפיר בעינן דליכול דגן ואי בעי מיניה ששה לא היה מתיר:
Et lui tenait — Rabbi Zera, qui se plaignait et se repentait de n'avoir pas interrogé au sujet des six, tenait : peut-être faut-il une majorité bien manifeste à manger du grain, et s'il l'avait interrogé sur six, il ne l'aurait pas permis.
🗂️ Tossefot (1)
תשעה שאכלו דגן ואחד ירק מצטרפין והכי הלכתא שאחד שאכל ירק או שתה כוס יין מצטרף ואפילו נברך שאכלנו יכולין לומר שהרי שתיה בכלל אכילה ויש שרוצים לומר דהיינו דוקא לזמון עשרה אבל לשלשה לא מצטרפי דהרי לעיל נמי מחמרינן טפי בצירוף שלשה מעשרה ומיהו בירושלמי תני שנים שאכלו פת ואחד ירק מזמנין וכן פסק ר"י בתוספתו והשר מקוצי מפרש דאין הלכה כאותה ברייתא דירושלמי חדא שהרי מסיק עלה התם מתני' כרבן שמעון בן גמליאל כלומר ורבנן פליגי דלא מצטרפי ואין הלכה כיחיד ועוד דא"כ קשה דרבי יוחנן אדר' יוחנן דהכא א"ר יוחנן דלעולם אינו מוציא עד שיאכל כזית דגן הא מצטרף שפיר אפי' לא טעם אלא שתיה כעובדא דר"ש בן שטח ובירושלמי קא"ר יוחנן לעולם אין מזמנין עד שיאכל כזית ומשמע אפי' מצטרף אלא ש"מ כאן לעשרה ובירושלמי איירי בזמון שלשה ולהשלים לעשרה אפי' איכא שנים ושלשה ששתו מצטרפין ושתיה בכלל אכילה ולא קפדינן אלא ארובא דמינכר:
Neuf qui ont mangé du grain et un des légumes se joignent — et telle est la halakha : celui qui a mangé des légumes ou bu une coupe de vin se joint, et même pour « bénissons Celui dont nous avons mangé » ils peuvent le dire, puisque boire est compris dans manger. Certains veulent dire que cela vaut précisément pour le zimmun de dix, mais que pour trois ils ne se joignent pas, puisque plus haut nous nous montrons plus rigoureux pour l'adjonction à trois que pour celle à dix. Toutefois, dans le Yerouchalmi il est enseigné : deux qui ont mangé du pain et un des légumes, on fait zimmun ; ainsi a tranché Rabbenou Yitshak dans sa Tossefta. Le Sar de Coucy explique que la halakha ne suit pas cette baraita du Yerouchalmi. D'abord parce que l'on y conclut que notre michna est selon Rabban Chimon ben Gamliel, c'est-à-dire que les sages divergent et tiennent qu'ils ne se joignent pas, et la halakha ne suit pas un avis isolé. De plus, s'il en était ainsi, Rabbi Yo'hanan se contredirait : ici Rabbi Yo'hanan dit qu'il n'acquitte jamais autrui jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain — d'où il ressort qu'il se joint parfaitement même s'il n'a rien goûté d'autre qu'une boisson, comme dans le fait de Chimon ben Chatah — tandis que dans le Yerouchalmi Rabbi Yo'hanan dit qu'on ne fait jamais zimmun jusqu'à ce qu'il mange un kezayit, ce qui vaut même pour se joindre. Il faut donc en conclure qu'ici il s'agit de dix, tandis que le Yerouchalmi parle du zimmun de trois ; et pour compléter les dix, même s'il y en a deux ou trois qui n'ont fait que boire, ils se joignent, la boisson étant comprise dans la consommation, et l'on n'est exigeant que sur une majorité manifeste.
💡 Explication

Nouvelle question, de composition cette fois. Le zimmun à dix exige que le groupe ait pris un repas de pain. Que se passe-t-il lorsqu'une partie des convives n'a mangé que des légumes ? Rav pose le cas le plus simple, neuf contre un, et répond qu'ils se joignent.

Rabbi Zera raconte avoir poussé la question jusqu'à huit et sept, et avoir reçu la même réponse. Il ajoute qu'il n'a pas interrogé sur six, et Rabbi Yirmeya relève l'ambiguïté de ce silence. Pour Rabbi Yirmeya, la raison de la règle est la simple majorité, et six sur dix en est une : la question était donc inutile parce que la réponse allait de soi. Pour Rabbi Zera, il faut une rouba de-minkar, une majorité qui se voit, et la question était inutile parce que la réponse aurait été négative. Les deux hommes lisent le même silence en sens contraire.

🖼️ Schéma
Combien doivent avoir mangé du grain sur les dix ? 9 + 1 Rav, rapporté par Rav Yehouda Ils se joignent. 8 + 2 Question de Rabbi Zera Aucune différence. 7 + 3 Question de Rabbi Zera Aucune différence. 6 + 4 Rabbi Zera n'a pas pose la question. Le point du litige. Pourquoi Rabbi Zera n'a-t-il pas interrogé sur six ? Rabbi Zera Il faut une majorité manifeste - rouba de-minkar. Six sur dix : la majorité existe, mais elle ne se voit pas. Inutile de demander, Rav Yehouda refuserait. Rabbi Yirmeya La raison de sept et huit est la majorité simple. Six sur dix est aussi une majorité : la réponse était évidente, il n'y avait donc rien à demander.
Le même silence de Rabbi Zera sur le cas de six, lu de deux manières opposées.
5
ינאי מלכא ומלכתא כריכו ריפתא בהדי הדדי, ומדקטל להו לרבנן לא הוה ליה איניש לברוכי להו. אמר לה לדביתהו: מאן יהיב לן גברא דמברך לן? אמרה ליה: אשתבע לי דאי מייתינא לך גברא דלא מצערת ליה. אשתבע לה. אייתיתיה לשמעון בן שטח אחוה. אותביה בין דידיה לדידה. אמר ליה: חזית כמה יקרא עבידנא לך. אמר ליה: לאו את קא מוקרת לי אלא אורייתא היא דמוקרא לי, דכתיב: ״סלסלה ותרוממך תכבדך כי תחבקנה״. אמר לה: קא חזית דלא מקבל מרות.

Le roi Yannai et la reine mangeaient du pain ensemble ; et puisqu'il avait tué les maîtres, il n'avait personne pour bénir à leur place. Il dit à sa femme : qui nous donnera un homme qui bénisse pour nous ?

Elle lui dit : jure-moi que, si je t'amène un homme, tu ne lui feras pas de mal. Il le lui jura.

Elle amena Chimon ben Chatah, son frère, et le fit asseoir entre lui et elle. Il lui dit : vois-tu quel honneur je te fais ?

Il lui répondit : c'est la Torah qui m'honore, non pas toi, ainsi qu'il est écrit : « Exalte-la et elle t'élèvera, elle t'honorera lorsque tu l'embrasseras. » Il dit à sa femme : tu vois qu'il n'accepte pas l'autorité.

📜 Rachi (2)
ינאי מלכא ממלכי בית חשמונאי היה והרג חכמי ישראל שבאו לפסלו מן הכהונה במסכת קידושין (דף סו.):
Le roi Yannai — il était des rois de la maison des Hasmonéens, et il tua les sages d'Israël qui étaient venus le disqualifier de la kehouna, au traité Kidouchin (66a).
סלסלה ותרוממך סיפיה דקרא תכבדך כי תחבקנה:
Exalte-la et elle t'élèvera — la fin du verset est : « elle t'honorera lorsque tu l'embrasseras » (Michle 4,8).
🪔 Ben Yehoyada (1)
ינאי מלכא ומלכתא כריכו ריפתא בהדי הדדי, ומדקטל להו לרבנן לא הוה ליה איניש לברוכי להו. הקשה הצל"ח הדבר יפלא, ינאי מלך כהן גדול לא ידע לברך ברכת המזון?! ויושבי שולחנו אף על גב דלא הוה בהו רבנן, עם כל זה ודאי לא היו בורים כל כך שלא ימצא שידע ברכת המזון. ונראה לי בס"ד דודאי ינאי היה מברך לעצמו ברכת המזון, אך אפשר כיון שיצא תקלה מן הסעודה, מאותם שהיו יושבים על שולחנו להרוג החכמים, נתחרט אחר כך ועשה גדר לעצמו, שלא יהיה שום אדם אוכל על שולחנו, והיה דרכו לאכול עם אשתו דוקא, וכל אחד יברך לעצמו, כי אין שום אורח כדי שיברך בזימון, ברם יום אחד נתאוה ינאי לברכה של האורח, ורצה שיהיה אורח על שולחנו כדי שיברך לו ולאשתו, כמו שאמרו לעיל אורח מברך, כדי שיברך לבעל הבית. מאי מברך? וכו', ונתאוה שתצא ברכה זו עליו מפי אורח תלמיד חכם שדבריו עושים פירות למעלה. ולכן אמר לאשתו מאן יהב לן גברא דמברך לן , פירוש גברא בגוברין, הוא תלמיד חכם שיהיה מברך אותנו בברכת המזון, ולכן אמר לו חזי כמה יקרא עבידנא לך , רצונו לומר הנה בעתה נתחרטתי על הרג החכמים, ולכן אני נותן לך כבוד יותר מן הראוי כדי לתקן העבר, והא דאמר שמעון בן שטח היכי אבריך? לא אמר להם דברים אלו, אלא אמר בלבבו.
« Le roi Yannai et la reine mangeaient du pain ensemble, et puisqu'il avait tué les maîtres, il n'avait personne pour bénir à leur place. » Le Tsela'h a objecté : la chose est étonnante — Yannai, roi et cohen gadol, ne savait pas dire le birkat hamazon ? Et ceux qui siégeaient à sa table, même s'il n'y avait pas de maîtres parmi eux, n'étaient certainement pas ignorants au point qu'il ne s'en trouve pas un qui sache le birkat hamazon. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Yannai disait certainement pour lui-même le birkat hamazon ; mais il est possible que, puisqu'un malheur était sorti d'un repas — par ceux qui siégeaient à sa table et l'ont poussé à tuer les sages — il s'en soit repenti ensuite et se soit fait une barrière : que nul homme ne mange à sa table. Il avait donc coutume de manger avec sa femme seule, chacun bénissant pour soi, faute d'un invité qui pût bénir dans le zimmun. Or un jour Yannai désira la bénédiction de l'invité, et voulut qu'il y eût à sa table un invité qui bénirait pour lui et pour sa femme, comme ils ont dit plus haut : l'invité bénit, afin qu'il bénisse le maître de maison ; que dit-il ? etc. Il désira que cette bénédiction sortît sur lui de la bouche d'un invité talmid 'hakham, dont les paroles portent des fruits en haut. C'est pourquoi il dit à sa femme : « qui nous donnera un homme qui bénisse pour nous ? » — gavra, un homme parmi les hommes, c'est-à-dire un talmid 'hakham qui dira pour nous le birkat hamazon. Et c'est pourquoi il lui dit : « vois quel honneur je te fais » — il voulait dire : voici que maintenant je me suis repenti d'avoir tué les sages, et je te donne donc plus d'honneur qu'il ne convient, afin de réparer le passé. Quant à ce que dit Chimon ben Chatah, « comment bénirai-je ? », il ne leur a pas dit ces mots : il les a dits en son cœur.
💡 Explication

Le récit sert d'introduction à la règle qui vient. Yannai, roi hasmonéen, avait fait exécuter les sages, comme le rapporte Kidouchin 66a ; il ne reste donc personne à sa table pour réciter la bénédiction. La reine, sa femme, obtient un serment de sécurité avant de faire venir son propre frère, Chimon ben Chatah.

L'échange qui suit tient en une phrase : le roi croit accorder un honneur, Chimon ben Chatah répond que l'honneur vient de la Torah, en citant Michle 4,8. Le roi y entend un refus de reconnaître son autorité.

🖼️ Schéma
Le repas de Yannai : pourquoi deux coupes ? Le problème Yannai a tué les sages : nul ne peut bénir pour eux. Le serment La reine fait jurer au roi de ne pas maltraiter l'homme. Chimon ben Chatah Son frère, assis entre le roi et la reine. Première coupe Il n'a rien mangé du repas. Il ne peut pas dire chee-akhalnou michelo. Il boit cette coupe : il entre ainsi dans le repas. Seconde coupe La première coupe a été bue, elle ne sert plus. On lui en donne une autre pour le birkat hamazon. Rabbi Yo'hanan : la boisson ne suffit pas pour acquitter - il faut un kezayit de grain.
Le récit, et la fonction de chacune des deux coupes.
6
יהבו ליה כסא לברוכי. אמר: היכי אבריך — ״ברוך שאכל ינאי וחביריו משלו״? שתייה לההוא כסא, יהבו ליה כסא אחרינא ובריך.

On lui donna une coupe pour bénir. Il dit : comment bénirai-je ?

« Béni soit Celui dont Yannai et ses compagnons ont mangé » ? Il but cette coupe, on lui donna une autre coupe, et il bénit.

📜 Rachi (1)
היכי אבריך ולא נהניתי אומר נברך שאכל ינאי וחביריו משלו בתמיה:
Comment bénirai-je — n'ayant tiré aucun profit du repas, dirais-je « bénissons Celui dont Yannai et ses compagnons ont mangé » ? Ceci sur le ton de l'étonnement.
💡 Explication

Le problème de Chimon ben Chatah est celui de la formule. Celui qui dirige le zimmun dit chee-akhalnou michelo, « dont nous avons mangé » ; n'ayant rien pris du repas, il devrait dire « dont Yannai et ses compagnons ont mangé », formule qui l'exclut lui-même de ce qu'il énonce.

Sa solution consiste à boire la coupe qu'on lui a tendue, ce qui le fait participer au repas, puis à en demander une seconde pour la bénédiction. La première coupe, une fois bue, ne peut plus servir de kos chel berakha.

7
אמר רבי אבא בריה דרבי חייא בר אבא אמר רבי יוחנן: שמעון בן שטח דעבד — לגרמיה הוא דעבד, דהכי אמר רבי חייא בר אבא אמר רבי יוחנן: לעולם אינו מוציא את הרבים ידי חובתן עד שיאכל כזית דגן.

Rabbi Abba fils de Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ce que fit Chimon ben Chatah, il le fit pour lui-même ; car ainsi a dit Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : il n'acquitte jamais le public de son obligation, jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain.

📜 Rachi (3)
שמעון בן שטח דעבד שבירך להוציאם ידי חובתם בשביל כוס אחד ששתה:
Ce que fit Chimon ben Chatah — qu'il ait béni pour les acquitter de leur obligation en vertu d'une seule coupe qu'il avait bue.
לגרמיה הוא דעבד אין אדם מודה לו:
Il le fit pour lui-même — nul ne lui donne raison.
עד שיאכל כזית דגן ומכי אכל כזית דגן מיהא מפיק אף על גב דכזית דגן שיעורא דרבנן הוא כדאמר בפרק מי שמתו (ברכות דף כ:) מיהו כיון דמיחייב מדרבנן מחוייב בדבר קרינן ביה ומוציא רבים ידי חובתן וא"ת בקטן שהגיע לחינוך הא לא אמר הכי ההוא אפי' מדרבנן לא מיחייב דעליה דאבוה הוא דרמי לחנוכיה. ובעל ה"ג פסק דוקא דאכלו אינהו כזית או כביצה דכוותיה אבל אכלו ושבעו לא מפיק ואי אפשר להעמידה דהא ינאי וחבריו אכלו ושבעו ואפקינהו שמעון בן שטח ואע"ג דלגרמיה הוא דעבד טעמא משום דלא אכל כזית דגן הא אכל כזית דגן הכי נמי:
Jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain — et dès lors qu'il a mangé un kezayit de grain, il acquitte en tout cas, bien que le kezayit de grain soit une mesure d'ordre rabbinique, comme il est dit au chapitre Mi Chemeto (Berakhot 20b) ; toutefois, puisqu'il est tenu d'ordre rabbinique, nous l'appelons « tenu à la chose » et il acquitte le public de son obligation. Et si tu dis : pour un katan parvenu à l'âge de l'éducation on ne dit pas ainsi — celui-là n'est pas tenu même d'ordre rabbinique, car c'est à son père qu'il incombe de l'éduquer. Le Behag a tranché que cela vaut précisément lorsqu'ils ont eux-mêmes mangé un kezayit ou un kebeïtsa, ce qui lui est comparable, mais s'ils ont mangé et se sont rassasiés, il ne les acquitte pas. Or il est impossible de soutenir cela, puisque Yannai et ses compagnons avaient mangé et s'étaient rassasiés, et Chimon ben Chatah les a acquittés ; et s'il l'a fait pour lui-même, la raison en est qu'il n'avait pas mangé un kezayit de grain — mais s'il avait mangé un kezayit de grain, il en irait de même ici.
🗂️ Tossefot (1)
עד שיאכל כזית דגן משמע שאם אכל כזית דגן שיכול להוציא אף אחרים שאכלו על השובע ותימה והרי כזית אינו חייב אלא מדרבנן והיכי אתי דרבנן ופטר דאורייתא דהא אמרינן בפרק מי שמתו (ברכות ד' כ:) תבא מארה למי שאשתו ובניו מברכים לו ולא מצי לאוקומי [הא] דשרו לקטן שיכול להוציא אביו אלא בדאכל אביו כזית דאתי קטן דרבנן שהגיע לחינוך ופטר אביו שאינו חייב אלא מדרבנן הא אם אכל אביו כדי שביעה אינו יכול לפטרו ופרש"י דמחויב דרבנן מחויב קרינן ביה אבל קטן שהגיע לחינוך לא מיקרי מחויב דרבנן דאביו חייב לחנכו אבל עליו אין שום חיוב וקשה לפירושו מכל מקום כיון שאינו מן התורה אינו מוציא אחרים שמחויבים ועוד דוחק לומר בקטן שהגיע לחינוך קרי אינו מחויב מדרבנן דאם אינו מחויב אפילו מדרבנן אם כן אינו פוטר את אביו ובה"ג פירש דאחד שאכל כזית אינו יכול להוציא אחרים שאכלו כדי שביעה דלא אתי דרבנן ופוטר דאורייתא אבל כשלא אכלו גם האחרים רק כזית פוטר אותם ולא היא דהא סמכינן אעובדא דינאי וחבריו והם אכלו כדי שביעה ואפילו הכי קא חזינן דקא פטר להו שמעון בן שטח אלא נראה לחלק דקטן שאינו בר חיוב כלל דאורייתא אפילו אכל כדי שביעה הלכך אינו מחויב בדבר קרינן ביה ולכך לא מפיק ליה אי אכל שיעורא דאורייתא אבל גדול שהוא בר חיובא מן התורה כי אכיל כדי שביעה מחויב בדבר קרינן ביה אפילו לא אכל כלל כדאמרי' בראש השנה (פ"ג ד' כט.) כל הברכות אף על פי שיצא מוציא חוץ מברכת הלחם וברכת היין והיינו טעמא דכל ישראל ערבין זה בזה והוא הדין בברכת המזון אף ע"פ שיצא מוציא כדפרישית וכזית דגן אינו צריך אלא שיוכל לומר שאכלנו משלו:
Jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain — il ressort que s'il a mangé un kezayit de grain, il peut acquitter même d'autres qui ont mangé à satiété. Et c'est étonnant : pour un kezayit il n'est tenu que d'ordre rabbinique, comment une obligation rabbinique vient-elle exempter une obligation de la Torah ? Car nous disons au chapitre Mi Chemeto (Berakhot 20b) : que vienne la malédiction sur celui dont la femme et les enfants bénissent à sa place ; et l'on ne peut établir ce qui permet à un katan d'acquitter son père que dans le cas où le père a mangé un kezayit, de sorte qu'un katan tenu d'ordre rabbinique, parvenu à l'âge de l'éducation, vient exempter son père qui n'est tenu que d'ordre rabbinique ; mais si le père a mangé à satiété, il ne peut l'exempter. Rachi a expliqué que celui qui est tenu d'ordre rabbinique, nous l'appelons « tenu », tandis qu'un katan parvenu à l'âge de l'éducation n'est pas appelé tenu d'ordre rabbinique, car c'est son père qui est tenu de l'éduquer, et sur lui-même il n'y a aucune obligation. Cette explication fait difficulté : de toute manière, puisque son obligation n'est pas de la Torah, il n'acquitte pas d'autres qui y sont tenus. De plus, il est forcé de dire d'un katan parvenu à l'âge de l'éducation qu'il n'est pas tenu d'ordre rabbinique, car s'il n'est pas tenu même d'ordre rabbinique, il n'exempte donc pas son père. Le Behag a expliqué que celui qui a mangé un kezayit ne peut acquitter d'autres qui ont mangé à satiété, car une obligation rabbinique ne vient pas exempter une obligation de la Torah ; mais lorsque les autres n'ont mangé eux aussi qu'un kezayit, il les exempte. Il n'en est pas ainsi, car nous nous appuyons sur le fait de Yannai et de ses compagnons, qui avaient mangé à satiété, et pourtant nous voyons que Chimon ben Chatah les a exemptés. Il faut plutôt distinguer ainsi : un katan, qui n'est nullement tenu par la Torah, même s'il a mangé à satiété, nous l'appelons « non tenu à la chose », et c'est pourquoi il n'acquitte pas même s'il a mangé la mesure de la Torah ; tandis qu'un adulte, tenu par la Torah, lorsqu'il a mangé à satiété, nous l'appelons « tenu à la chose » même s'il n'a rien mangé du tout, comme nous le disons à Roch Hachana (ch. 3, 29a) : toutes les bénédictions, même s'il s'est déjà acquitté, il acquitte autrui, hormis la bénédiction du pain et la bénédiction du vin. La raison en est que tous les Israélites sont garants les uns des autres. Il en va de même pour le birkat hamazon : même s'il s'est acquitté, il acquitte autrui, comme nous l'avons expliqué ; et le kezayit de grain n'est requis que pour qu'il puisse dire « dont nous avons mangé ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
שמעון בן שטח דעבד, לגרמיה הוא דעביד. פירוש רש"י אין אדם מודה לו, ויש להקשות למה נקיט ר' יוחנן בלשון זה יאמר אין הלכה כשמעון בן שטח, או יאמר אין חכמים מודים לו? ונראה לי בס"ד נקיט בלשון זה לרמוז בנועם לשונו דבר אחר, לומר ששמעון בן שטח בדבר זה שעשה להצטרף עם האוכלין לחם, בשתיית היין בלבד, רמז רמז גדול לינאי בענין שלו, שהיה רוצה להרגו עם כל החכמים שהרג מפני שהוא פקר בתורה שבעל פה שנמשלה ללחם, וכמו שנאמר (משלי ט, ה) לכו לחמו בלחמי, זו תורה שבכתב, ושתו ביין מסכתי, זו תורה שבעל פה, ולכך בא בשתיית היין בלבד להצטרף עם אוכלי לחם, לרמוז לו תורה שבעל פה שנמשלה ליין היא אמת כתורה שבכתב שנמשלה ללחם, ושניהם תורה אחת הם ונתנו מרועה אחד ואל אחד אמרם, ולכן אף על פי שגם שמעון בן שטח יודה דודאי מצוה מן המובחר שיאכל לחם ויצטרף, עם כל זה עשה כן להצטרף ביין לבדו לכתחילה לגרמיה עבד , רצונו לומר ענין עצמו, מה דנקיט בלביה על ינאי שפקר בתורה שבעל פה ולכך הרג החכמים, ורצה להרוג אם את שמעון בן שטח לולא שנחבא על ידי אחותו. והנה בירושלמי איתא דלא רצה לברך עד שאכל, וכן מייתי במדרש קהלת, ונראה לי בס"ד דודאי תרי עובדי הוו, והאי עובדא דתלמודא דידן היתה בראשונה אחר שהרג את החכמים, ולכן אף על פי שגם שמעון בן שטח מודה דמצוה מן המובחר לאכול, סמך להצטרף על ידי היין כדי לעשות בזה רמז ותוכחה לינאי בשביל אותה מעשה, ואותה המעשה שמביא בירושלמי ומדרש קהלת היתה אחר כך, כשכעס עליו בשביל הנזירים ואחר כך הוכרח להביא בשביל אותם השרים שרצו אותו, ולכך כאן אכל ונצטרף, כי גם הוא מודה דמצוה מן המובחר להצטרף באכילה, ועיין מה שכתב מהרש"ל ומה שכתב הרב סמיכות חכמים, ובזה שכתבתי הקולות יחדלון ואין כאן תמיהות. ובאופן אחר נראה לי בס"ד מה שאמר ר' יוחנן בהאי לישנא לגרמיה הוא דעביד , והוא דהרשב"א ז"ל הקשה כיון דיהבו ליה לברוכי הוה למימר כמו שאמרו הב לן ונבריך ואיתסר להו למיכל, ואם כן מה בכך ששתה הך כסא הרי שוב לא יצטרף עמהם כמו שכתבו התוספות (דף מז בד"ה אלא), ותרץ הרב הצל"ח ז"ל דבאמת לא נצטרף, ולא היו צריכין לצרפו, דאיכא רבים אוכלי שולחן המלך והם נתחייבו בזימון, והוא אפילו לא טעם כלום היה יכול להוציאם מצד ערבות, כמו שכתבו התוספות בדבור המתחיל עד וכו', והכוס ששתה הוא רק כדי שיוכל לומר שאכלנו, אבל לא בשביל שיצטרף עמהם, עד כאן לשונו, ולפי זה מובן שפיר לשון זה דנקיט לגרמיה, רצונו לומר לאו בשביל להצטרף עמהם, אלא לעצמו כדי שיאמר שאכלנו משלו, ולכן לא אמר ר' יוחנן אין הלכה כשמעון בן שטח, או אין חכמים מודים לו, דבאמת לא בא ר' יוחנן לסתור מה שעשה רבי שמעון בן שטח.
« Ce que fit Chimon ben Chatah, il le fit pour lui-même. » Rachi explique : nul ne lui donne raison. Il y a lieu de demander : pourquoi Rabbi Yo'hanan a-t-il employé cette expression ? Qu'il dise « la halakha ne suit pas Chimon ben Chatah », ou « les sages ne lui donnent pas raison ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a employé cette expression pour faire allusion avec douceur à autre chose. Chimon ben Chatah, en agissant ainsi, en se joignant à ceux qui mangeaient du pain par la seule boisson du vin, a fait à Yannai une grande allusion quant à son affaire. Yannai voulait le tuer avec tous les sages qu'il avait tués, parce qu'il rejetait la Torah orale, comparée au vin, tandis que la Torah écrite est comparée au pain, selon le verset (Michle 9,5) « venez, mangez de mon pain » — c'est la Torah écrite — « et buvez du vin que j'ai mélangé » — c'est la Torah orale. C'est pourquoi il est venu se joindre à ceux qui mangeaient du pain par la seule boisson du vin, pour lui faire entendre que la Torah orale, comparée au vin, est vraie comme la Torah écrite comparée au pain, que toutes deux sont une seule Torah, données par un seul berger, et qu'un seul D.ieu les a dites. C'est pourquoi, bien que Chimon ben Chatah reconnaisse lui aussi que la manière la plus accomplie d'accomplir la mitsva est de manger du pain et de se joindre ainsi, il agit pourtant de la sorte, se joignant par le vin seul d'emblée : « il le fit pour lui-même », c'est-à-dire pour sa propre affaire, ce qu'il avait sur le cœur contre Yannai, qui avait rejeté la Torah orale et pour cela avait tué les sages, et qui voulait tuer aussi Chimon ben Chatah, s'il ne s'était caché grâce à sa sœur. Or dans le Yerouchalmi il est dit qu'il ne voulut pas bénir avant d'avoir mangé, et il en va de même dans le Midrach Kohelet. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y eut certainement deux faits distincts : celui de notre Talmud fut le premier, après qu'il eut tué les sages, et c'est pourquoi, bien que Chimon ben Chatah reconnaisse que la manière la plus accomplie est de manger, il s'appuya sur le fait de se joindre par le vin, afin d'y mettre pour Yannai une allusion et un reproche à propos de cette affaire ; et le fait rapporté dans le Yerouchalmi et le Midrach Kohelet vint ensuite, lorsqu'il se fâcha contre lui à cause des nazirs, puis fut contraint de le faire revenir à cause des dignitaires qui le voulaient — c'est pourquoi la il mangea et se joignit, car lui aussi reconnaît que la manière la plus accomplie est de se joindre par la consommation. Vois ce qu'ont écrit le Maharchal et le Rav Semikhout Hakhamim ; par ce que j'ai écrit les clameurs cessent, et il n'y a plus ici d'étonnement. D'une autre manière il me semble, avec l'aide du Ciel, d'expliquer pourquoi Rabbi Yo'hanan s'est exprimé ainsi, « il le fit pour lui-même ». Le Rachba, de mémoire bénie, a objecté : puisqu'ils lui avaient donné la coupe pour bénir, c'était comme s'ils avaient dit « donne-nous et bénissons », et il leur était dès lors interdit de manger ; s'il en est ainsi, qu'importe qu'il ait bu cette coupe, puisqu'il ne peut plus se joindre à eux, comme l'ont écrit les Tossefot (47a, dibour hamatchil ela) ? Le Rav Tsela'h, de mémoire bénie, a répondu qu'en vérité il ne s'est pas joint à eux et qu'ils n'avaient pas besoin de le joindre, puisqu'il y avait de nombreux convives à la table du roi qui étaient tenus au zimmun, et que même s'il n'avait rien goûté il aurait pu les acquitter au titre de la garantie mutuelle, comme l'ont écrit les Tossefot au dibour hamatchil « ad » etc. ; la coupe qu'il but ne servait qu'à pouvoir dire « dont nous avons mangé », et non à se joindre à eux — fin de citation. Selon cela, l'expression « pour lui-même » se comprend bien : non pour se joindre à eux, mais pour lui-même, afin de pouvoir dire « Celui dont nous avons mangé ». Et c'est pourquoi Rabbi Yo'hanan n'a pas dit « la halakha ne suit pas Chimon ben Chatah », ni « les sages ne lui donnent pas raison », car en vérité Rabbi Yo'hanan n'est pas venu contredire ce qu'a fait Rabbi Chimon ben Chatah.
⚖️ Rosh (1)
עד כמה מזמנין עד כזית ר' יהודה אומר עד כביצה. בגמ' קאמר דבקראי פליגי דר"מ סבר ואכלת זו אכילה ושבעת זו שתיה ואכילה בכזית ר' יהודה סבר אכילה שיש בה שביעה הוי אומר עד כביצה ונראה דהני קראי אסמכתא בעלמא נינהו מדאמר בפרק מי שמתו (ברכות דף כ:) והם מדקדקין בעצמם עד כזית ועד כביצה אלמא דהני שיעורי דרבנן נינהו ואמרי' נמי לעיל בההיא פירקא כגון דאכל שיעורא דרבנן ופירש"י דלא אכל אלא כזית ואמרי' נמי בפ"ב דסוכה דף כו: דר' צדוק אכל פחות מכביצה ולא בירך אחריו וה"ה פחות מכזית לר' מאיר ואי כזית או כביצה הוי מן התורה ופחות משיעור זה א"צ לברך כדחזינן בעובדא דר' צדוק א"כ במאי משכחת לה הא דאמרי' בפ' מי שמתו דאכל שיעור דרבנן דחייב אדם לברך מדרבנן והא דאמרי' לעיל (ברכות דף מח.) להוציא רבים ידי חובתן עד שיאכל כזית דגן לאו משום דכזית הוי שיעורא דאורייתא דאפי' לא אכל כלל יכול להוציא המחויב מן התורה כדפרשינן לעיל סימן כ"א ונראה דהלכה כר"מ דאמר בכזית אע"ג דקי"ל דר"מ ור' יהודה הלכה כר' יהודה הכא קים ליה ר' יוחנן בשיטתיה דר"מ דאכל כזית מברך עליו תחלה וסוף לעיל (ברכות דף לח:) ואמר לעיל אינו מוציא אחרים ידי חובתן עד שיאכל כזית דגן ועוד ר' יוחנן אמר מוחלפת השיטה וכן פסקו ר"ח וה"ג ושאלתות דרב אחאי פ' וישמע יתרו דהלכה כר"מ דאמר בכזית אע"ג דלענין יוה"כ בעינן ככותבת יומא עג: היינו משום יתובי דעתא וכן לענין שתיה נראה דצריך לברך על היין לאחריו אפי' שתה פחות ממלא לוגמיו אע"ג דלענין יוה"כ בעינן מלא לוגמיו לענין ברכת יין לא בעינן כולי האי כמו שחלקתי לענין אכילה ובפ"ק דעירובין נסתפק רבינו יצחק בדבר זה אם סגי בכזית בשתיה כמו באכילה או שמא כיון דדריש ר"מ ושבעת זו שתיה בעי כביצה כדדריש ר' יהודה ואכלת ושבעת אין שביעה פחות מכביצה או שמא יש לחלק בין שביעה דאכילה לשביעה דשתיה לכך טוב ליזהר שישתה פחות מכזית או רביעית להסתלק מן הספק:
« Jusqu'à quelle quantité fait-on zimmun ? Jusqu'à un kezayit. Rabbi Yehouda dit : jusqu'à un kebeïtsa. » Dans la Guemara on dit qu'ils divergent sur des versets : Rabbi Meir tient que « tu mangeras » désigne l'action de manger et « tu seras rassasié » la boisson, et manger c'est un kezayit ; Rabbi Yehouda tient qu'il faut une consommation comportant satiété, dis donc : un kebeïtsa. Il semble que ces versets ne soient que des asmakhtot, puisqu'il est dit au chapitre Mi Chemeto (Berakhot 20b) « et ils se montrent rigoureux envers eux-mêmes jusqu'à un kezayit et jusqu'à un kebeïtsa », d'où il ressort que ces mesures sont d'ordre rabbinique. Nous disons aussi plus haut dans ce chapitre « comme lorsqu'il a mangé la mesure rabbinique », que Rachi explique : il n'a mangé qu'un kezayit. Nous disons aussi au deuxième chapitre de Soukka (26b) que Rabbi Tsadok mangea moins qu'un kebeïtsa et ne bénit pas après ; il en va de même pour moins d'un kezayit selon Rabbi Meir. Or si le kezayit ou le kebeïtsa étaient de la Torah, et qu'en deçà de cette mesure il n'y aurait pas lieu de bénir, comme on le voit dans le fait de Rabbi Tsadok, où trouverait-on alors ce que l'on dit au chapitre Mi Chemeto, qu'il a mangé la mesure rabbinique et qu'un homme est tenu de bénir d'ordre rabbinique ? Quant à ce que l'on dit plus haut (Berakhot 48a), « pour acquitter le public de son obligation, jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain », ce n'est pas parce que le kezayit serait la mesure de la Torah, car même s'il n'a rien mangé du tout il peut acquitter celui qui est tenu par la Torah, comme nous l'avons expliqué plus haut au siman 21. Il semble que la halakha suive Rabbi Meir, qui dit un kezayit. Et bien que nous tenions pour règle que, dans un différend entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda, la halakha suit Rabbi Yehouda, ici Rabbi Yo'hanan s'est établi dans la position de Rabbi Meir, puisqu'il a dit plus haut (Berakhot 38b) que celui qui mange un kezayit bénit avant et après, et qu'il a dit plus haut « il n'acquitte pas autrui de son obligation jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain ». De plus, Rabbi Yo'hanan a dit que les positions sont interverties. Ainsi ont tranché Rabbenou Hananel, le Behag et les Cheeltot de Rav Ahaï, parachat Vayichma Yitro : la halakha suit Rabbi Meir, qui dit un kezayit. Et bien que pour Yom Kippour on exige la mesure d'une datte (Yoma 73b), c'est en raison de l'apaisement de l'esprit. De même pour la boisson, il semble qu'il faille bénir après le vin même s'il en a bu moins qu'une pleine gorgée ; et bien que pour Yom Kippour on exige une pleine gorgée, pour la bénédiction du vin on n'exige pas autant, selon la distinction que j'ai faite pour la consommation. Au premier chapitre de Erouvin, Rabbenou Yitshak est resté dans le doute sur ce point : suffit-il d'un kezayit pour la boisson comme pour la nourriture, ou bien, puisque Rabbi Meir expose « et tu seras rassasié » comme désignant la boisson, faut-il un kebeïtsa, comme Rabbi Yehouda expose « tu mangeras et tu seras rassasié », la satiété n'étant pas en deçà d'un kebeïtsa ; ou peut-être y a-t-il lieu de distinguer entre la satiété de la nourriture et celle de la boisson. C'est pourquoi il est bon de prendre garde à boire moins d'un kezayit, ou bien un revi'it, afin de sortir du doute.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan pose la règle qui commande toute la fin du daf : nul n'acquitte les autres du birkat hamazon avant d'avoir mangé un kezayit de grain. Le geste de Chimon ben Chatah, qui n'avait bu qu'une coupe, se trouve donc écarté — legarmeh hou de-avad, il l'a fait pour lui-même, sans que personne ne l'approuve.

La difficulté que soulèvent Rachi et Tossefot est de mesure. Un kezayit n'oblige que d'ordre rabbinique, tandis que celui qui a mangé à satiété est tenu par la Torah ; comment le premier acquitte-t-il le second ? Rachi répond que l'obligation rabbinique suffit à le rendre mehouyav ba-davar, tenu à la chose. Tossefot va plus loin : par la arevout, la garantie mutuelle de tous les Israélites, il pourrait acquitter les autres sans avoir rien mangé, et le kezayit ne sert qu'à rendre exacte la formule « dont nous avons mangé ».

🖼️ Schéma
Se joindre au compte, ou acquitter les autres Se joindre - itstarfouei Il suffit d'avoir participé au repas. Baraita de Rabban Chimon ben Gamliel : une trempette dans la saumure, une seule figue sèche - il se joint. Tossefot : une coupe de vin suffit, boire est compris dans manger. C'est le cas de Chimon ben Chatah. Acquitter - lehotsi et harabim Il faut un kezayit de grain. Rabbi Yo'hanan : sans cela, il n'acquitte personne de son obligation. Raison (Tossefot) : il faut pouvoir dire chee-akhalnou michelo - dont nous avons mangé. D'où : ce que fit Chimon ben Chatah, il le fit pour lui-même. Pourquoi un kezayit suffit-il, alors qu'il n'oblige que d'ordre rabbinique ? Tossefot et Roch : tout Israélite est garant de son prochain, il pourrait acquitter même sans avoir rien mangé. Le kezayit sert seulement à la formule du zimmun. Un katan, lui, reste hors de la garantie : il n'acquitte pas.
Les deux niveaux d'exigence que la sougya distingue, et la raison du kezayit selon Tossefot.
8
מיתיבי, רבן שמעון בן גמליאל אומר: עלה והסיב עמהם אפילו לא טבל עמהם אלא בציר, ולא אכל עמהם אלא גרוגרת אחת — מצטרף.

On objecte : Rabban Chimon ben Gamliel dit — s'il est monté et s'est attablé avec eux, même s'il n'a trempé avec eux que dans la saumure, et n'a mangé avec eux qu'une seule figue sèche, il se joint.

💡 Explication

L'objection est directe. La baraita de Rabban Chimon ben Gamliel admet une participation minimale — une trempette dans le tsir, la saumure de poisson, ou une figue sèche — et cette participation suffit. Or rien de tout cela n'est du grain.

9
איצטרופי מצטרף אבל להוציא את הרבים ידי חובתן — עד שיאכל כזית דגן.

Se joindre, il se joint ; mais pour acquitter le public de son obligation — jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain.

⚖️ Rosh (1)
גמ' ק"ש ותפילין הוה ליה מצות עשה שהזמן גרמא ונשים פטורות. תפלה ומזוזה וברכת המזון דהויא ליה מצות עשה שלא הזמן גרמא נשים תייבות. אע"ג דבתפלה כתיב ערב ובוקר וצהרים. כיון דרחמי נינהו חייבינהו. ונשים חייבות בקידוש היום דבר תורה. דאמר קרא זכור ושמור כל שישנו בשמירה ישנו בזכירה והני נשי הואיל ואיתנהו בשמירה איתנהו בזכירה. א"ל רבינא לרבא נשים חייבות בברכת המזון דאורייתא או דרבנן דכתיב וברכת על הארץ ונשים לא נטלו חלק בארץ ומנ"מ לאפוקי אחרים ידי חובתן אי אמרת דאורייתא אתי דאוריי' ומפיק דאוריי'. וא"א דרבנן הויא ליה שאינו מחויב בדבר ואינו מוציא אחרים ידי חובתן מאי ת"ש באמת אמרו בן מברך לאביו ועבד לרבו ואשה מברכת לבעלה אבל אמרו חכמים תבוא מארה לאדם שאשתו ובניו מברכין לו אי אמרת בשלמא דאורייתא אתי דאורייתא ומפיק דאורייתא אלא אי אמרת דרבנן אתי דרבנן ומפיק דאורייתא. ולטעמיך קטן בר אפוקי אחרים הוא אלא הכא במאי עסקינן דאכל שיעורא דרבנן ואתי דרבנן ומפיק דרבנן ולא אפשיטא הבעיא הלכך נשים אינן מוציאין את אחרים ידי חובתן. וא"ת מ"ש מהא דאמרי' לקמן בפרק שלשה שאכלו (ברכות דף מח.) להוציא את אחרים ידי חובתן עד שיאכל כזית דגן ובשיעור כזית אינו חייב אלא מדרבנן ואפילו הכי מוציא אחרים שאכלו כדי שביעה וחייבין מן התורה. ואם כן באשה נמי אע"פ שאינה חייבת אלא מדרבנן תוציא אחרים שחייבין מן התורה. י"ל דלא דמי דאיש אע"ג שלא אכל כלום דין הוא שיפטור את אחרים דכל ישראל ערבים זה בזה אלא מדרבנן אמרו שלא יברכו ברכת הנהנין בלא הנאה לפיכך כשאכל כזית אע"פ שאינו נתחייב אלא מדרבנן מוציא את אחרים שאכלו כדי שביעה. שערב הוא בעבורם ועליו הוא להצילן מן העון ולפטור אותן מן המצות אבל אשה אינה בכלל הערבות לכך אינה מוציאה אלא מי שחיובו מדרבנן:
Guemara : la lecture du Chema et les tefilin sont des commandements positifs liés au temps, et les femmes en sont exemptes. La prière, la mezouza et le birkat hamazon sont des commandements positifs non liés au temps, et les femmes y sont tenues. Bien qu'il soit écrit à propos de la prière « soir, matin et midi », puisqu'il s'agit d'une demande de miséricorde on les y a obligées. Les femmes sont tenues au kidouch du jour par la Torah, car le verset dit « souviens-toi » et « garde » : quiconque est concerné par « garde » est concerné par « souviens-toi », et ces femmes, dès lors qu'elles sont concernées par « garde », sont concernées par « souviens-toi ». Ravina dit à Rava : les femmes sont-elles tenues au birkat hamazon par la Torah ou d'ordre rabbinique ? Car il est écrit « tu béniras pour le pays », et les femmes n'ont pas reçu de part dans le pays. Et quelle en est la conséquence ? Pour acquitter autrui de son obligation : si tu dis que c'est de la Torah, une obligation de la Torah vient acquitter une obligation de la Torah ; mais si tu dis que c'est d'ordre rabbinique, elle est de celles qui ne sont pas tenues à la chose, et elle n'acquitte pas autrui de son obligation. Qu'en est-il ? Viens et écoute : en vérité ont-ils dit, un fils bénit pour son père, un esclave pour son maître et une femme pour son mari ; mais les sages ont dit : que vienne la malédiction sur l'homme dont la femme et les enfants bénissent à sa place. Si tu dis que c'est de la Torah, bien : une obligation de la Torah vient acquitter une obligation de la Torah ; mais si tu dis que c'est d'ordre rabbinique, une obligation rabbinique viendrait acquitter une obligation de la Torah ? Et selon ton raisonnement, un katan serait-il apte à acquitter autrui ? Il faut donc dire qu'il s'agit ici de celui qui a mangé la mesure rabbinique, et une obligation rabbinique vient acquitter une obligation rabbinique. La question n'a pas été tranchée ; dès lors, les femmes n'acquittent pas autrui de son obligation. Et si tu demandes : en quoi cela diffère-t-il de ce que nous disons plus loin au chapitre Cheloucha Chee-akhelou (Berakhot 48a), « pour acquitter autrui de son obligation, jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain » ? Or pour la mesure d'un kezayit il n'est tenu que d'ordre rabbinique, et malgré cela il acquitte d'autres qui ont mangé à satiété et sont tenus par la Torah. S'il en est ainsi, une femme aussi, bien qu'elle ne soit tenue que d'ordre rabbinique, devrait acquitter d'autres qui sont tenus par la Torah. On peut répondre que les cas ne se ressemblent pas : un homme, même s'il n'a rien mangé du tout, il est de droit qu'il exempte autrui, car tous les Israélites sont garants les uns des autres ; seulement, les sages ont dit qu'on ne prononce pas les bénédictions de jouissance sans jouissance. C'est pourquoi, lorsqu'il a mangé un kezayit, bien qu'il ne soit tenu que d'ordre rabbinique, il acquitte d'autres qui ont mangé à satiété, car il est garant pour eux et il lui revient de les sauver de la faute et de les acquitter des mitsvot. Une femme, en revanche, n'est pas comprise dans la garantie ; c'est pourquoi elle n'acquitte que celui dont l'obligation est d'ordre rabbinique.
💡 Explication

La réponse de la Guemara sépare les deux plans que la baraita confondait. Itstarfouei mitstaref : pour entrer dans le compte des dix, la figue sèche ou la saumure suffisent. Pour acquitter les autres, il faut le kezayit de grain de Rabbi Yo'hanan.

Cette distinction résout aussi le récit de Yannai : Chimon ben Chatah, par sa coupe, était entré dans le compte du repas, mais cela ne lui donnait pas le droit de réciter la bénédiction pour les autres.

10
איתמר נמי, אמר רב חנא בר יהודה משמיה דרבא: אפילו לא

Il a été dit de même : Rav Hana bar Yehouda dit au nom de Rava — même s'il n'a pas

💡 Explication

La Guemara appuie la distinction qu'elle vient de faire par une seconde tradition, au nom de Rava. La phrase s'interrompt ici : le daf s'arrête sur les mots « même s'il n'a pas », et la suite se lit au verso.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).