Sougya : Le daf clôt la longue discussion sur le mineur : la Guemara écarte toutes les positions précédentes et retient celle de Rav Nahman, un katan qui sait à qui l'on bénit entre dans le zimmun. Le fait d'Abaye et Rava enfants devant Rabba illustre ce discernement.
Vient ensuite la question de la composition du groupe de dix : combien doivent avoir mangé du grain pour que les autres, qui n'ont mangé que des légumes, se joignent à eux ? Rav répond neuf sur dix, Rav Yehouda étend à sept, et Rabbi Zera et Rabbi Yirmeya divergent sur ce que doit être cette majorité.
Le récit du roi Yannai et de Chimon ben Chatah ouvre alors la dernière question du daf : Chimon ben Chatah a béni pour eux après n'avoir bu qu'une coupe, et Rabbi Yo'hanan pose la règle qui l'écarte — nul n'acquitte le public de son obligation avant d'avoir mangé un kezayit de grain. La distinction qui en sort tient tout le passage : se joindre au compte, et acquitter les autres, sont deux choses.
— pour inclure un katan poreah (un mineur qui a déjà produit deux poils) ?
Le daf s'ouvre sur la fin d'une objection commencée au verso. Une baraita enseignait que l'on n'est pas exigeant à l'égard du mineur pour le zimmun, et la Guemara demandait ce que ce mot vient inclure. La réponse : le katan poreah, l'enfant chez qui les deux poils de la puberté ont commencé à paraître, sans que l'on sache s'il a bien atteint treize ans et un jour.
Rachi précise le point : deux critères devraient se rencontrer pour la majorité, l'âge et les signes physiques. Ici l'âge n'est pas vérifié, et la baraita se contente des signes.
Et la halakha ne suit aucune de ces paroles, mais celle-ci, que Rav Nahman a dite : un katan qui sait à qui l'on bénit — on fait zimmun sur lui.
La Guemara conclut toute la discussion des pages précédentes par une formule tranchante : lit hilkheta ke-khôl hani chemaateta, la halakha ne suit aucune de ces paroles. Restent écartés les artifices de comptage examinés plus haut — neuf qui ont l'apparence de dix, l'arche qui compléterait, le Chabbat compté comme un convive — et le critère retenu devient un critère de conscience : l'enfant sait-il à qui s'adresse la bénédiction.
Tossefot pose la question de la portée exacte de ce rejet. Deux points sont en jeu. D'abord, faut-il cumuler les deux conditions, être poreah et savoir à qui l'on bénit ? Tossefot répond que oui. Ensuite, la position de Rabbi Yehochoua ben Levi sur l'enfant comme senif, appoint pour compléter dix, tombe-t-elle aussi ? Rabbenou Tam la maintient, en s'appuyant sur la place du passage dans la sougya ; Rabbenou Yitshak l'écarte à partir du Yerouchalmi, et note que Rabbenou Tam lui-même n'a jamais agi selon sa propre position.
Abaye et Rava étaient assis devant Rabba. Rabba leur dit : à qui bénit-on ?
Ils lui dirent : au Miséricordieux. Et où réside le Miséricordieux ?
Rava montra le toit. Abaye sortit dehors et montra le ciel.
Rabba leur dit : vous serez tous deux des maîtres. C'est ce que disent les gens : la courge, la courge, on la reconnaît à sa sève.
La Guemara illustre la formule de Rav Nahman par un souvenir d'enfance des deux maîtres qui domineront la génération suivante. Rabba interroge ses deux jeunes élèves. La première réponse, le Miséricordieux, pourrait avoir été apprise par cœur ; la seconde question sert à vérifier qu'il y a une pensée derrière le mot. Rava désigne le plafond, Abaye sort et désigne le ciel découvert.
Le proverbe qui conclut, boutsin boutsin mikitpeh yedia, se lit selon deux versions que Rachi rapporte : la courge se reconnaît dès sa tige, ou bien le fruit se reconnaît dès la sève dont il sort. Le sens est le même dans les deux cas.
Tossefot en tire une conséquence pour la halakha : si ces deux enfants avaient déjà été porhim, leur réponse n'aurait rien eu de remarquable. Le récit n'est donc pas rapporté comme un cas de zimmun, mais comme une définition de ce que signifie savoir à qui l'on bénit.
Rav Yehouda fils de Rav Chemouel bar Chilat dit au nom de Rav : neuf ont mangé du grain et un a mangé des légumes — ils se joignent. Rabbi Zera dit : j'ai demandé à Rav Yehouda : huit, qu'en est-il ? sept, qu'en est-il ?
Il m'a dit : il n'y a pas de différence. Quant à six, assurément, je n'en ai pas fait question.
Rabbi Yirmeya lui dit : tu as bien fait de n'en pas faire question. Là-bas, quelle en est la raison ?
Parce qu'il y a une majorité ; ici aussi il y a une majorité. Et lui tenait : il nous faut une majorité manifeste.
Nouvelle question, de composition cette fois. Le zimmun à dix exige que le groupe ait pris un repas de pain. Que se passe-t-il lorsqu'une partie des convives n'a mangé que des légumes ? Rav pose le cas le plus simple, neuf contre un, et répond qu'ils se joignent.
Rabbi Zera raconte avoir poussé la question jusqu'à huit et sept, et avoir reçu la même réponse. Il ajoute qu'il n'a pas interrogé sur six, et Rabbi Yirmeya relève l'ambiguïté de ce silence. Pour Rabbi Yirmeya, la raison de la règle est la simple majorité, et six sur dix en est une : la question était donc inutile parce que la réponse allait de soi. Pour Rabbi Zera, il faut une rouba de-minkar, une majorité qui se voit, et la question était inutile parce que la réponse aurait été négative. Les deux hommes lisent le même silence en sens contraire.
Le roi Yannai et la reine mangeaient du pain ensemble ; et puisqu'il avait tué les maîtres, il n'avait personne pour bénir à leur place. Il dit à sa femme : qui nous donnera un homme qui bénisse pour nous ?
Elle lui dit : jure-moi que, si je t'amène un homme, tu ne lui feras pas de mal. Il le lui jura.
Elle amena Chimon ben Chatah, son frère, et le fit asseoir entre lui et elle. Il lui dit : vois-tu quel honneur je te fais ?
Il lui répondit : c'est la Torah qui m'honore, non pas toi, ainsi qu'il est écrit : « Exalte-la et elle t'élèvera, elle t'honorera lorsque tu l'embrasseras. » Il dit à sa femme : tu vois qu'il n'accepte pas l'autorité.
Le récit sert d'introduction à la règle qui vient. Yannai, roi hasmonéen, avait fait exécuter les sages, comme le rapporte Kidouchin 66a ; il ne reste donc personne à sa table pour réciter la bénédiction. La reine, sa femme, obtient un serment de sécurité avant de faire venir son propre frère, Chimon ben Chatah.
L'échange qui suit tient en une phrase : le roi croit accorder un honneur, Chimon ben Chatah répond que l'honneur vient de la Torah, en citant Michle 4,8. Le roi y entend un refus de reconnaître son autorité.
On lui donna une coupe pour bénir. Il dit : comment bénirai-je ?
« Béni soit Celui dont Yannai et ses compagnons ont mangé » ? Il but cette coupe, on lui donna une autre coupe, et il bénit.
Le problème de Chimon ben Chatah est celui de la formule. Celui qui dirige le zimmun dit chee-akhalnou michelo, « dont nous avons mangé » ; n'ayant rien pris du repas, il devrait dire « dont Yannai et ses compagnons ont mangé », formule qui l'exclut lui-même de ce qu'il énonce.
Sa solution consiste à boire la coupe qu'on lui a tendue, ce qui le fait participer au repas, puis à en demander une seconde pour la bénédiction. La première coupe, une fois bue, ne peut plus servir de kos chel berakha.
Rabbi Abba fils de Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ce que fit Chimon ben Chatah, il le fit pour lui-même ; car ainsi a dit Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : il n'acquitte jamais le public de son obligation, jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain.
Rabbi Yo'hanan pose la règle qui commande toute la fin du daf : nul n'acquitte les autres du birkat hamazon avant d'avoir mangé un kezayit de grain. Le geste de Chimon ben Chatah, qui n'avait bu qu'une coupe, se trouve donc écarté — legarmeh hou de-avad, il l'a fait pour lui-même, sans que personne ne l'approuve.
La difficulté que soulèvent Rachi et Tossefot est de mesure. Un kezayit n'oblige que d'ordre rabbinique, tandis que celui qui a mangé à satiété est tenu par la Torah ; comment le premier acquitte-t-il le second ? Rachi répond que l'obligation rabbinique suffit à le rendre mehouyav ba-davar, tenu à la chose. Tossefot va plus loin : par la arevout, la garantie mutuelle de tous les Israélites, il pourrait acquitter les autres sans avoir rien mangé, et le kezayit ne sert qu'à rendre exacte la formule « dont nous avons mangé ».
On objecte : Rabban Chimon ben Gamliel dit — s'il est monté et s'est attablé avec eux, même s'il n'a trempé avec eux que dans la saumure, et n'a mangé avec eux qu'une seule figue sèche, il se joint.
L'objection est directe. La baraita de Rabban Chimon ben Gamliel admet une participation minimale — une trempette dans le tsir, la saumure de poisson, ou une figue sèche — et cette participation suffit. Or rien de tout cela n'est du grain.
Se joindre, il se joint ; mais pour acquitter le public de son obligation — jusqu'à ce qu'il mange un kezayit de grain.
La réponse de la Guemara sépare les deux plans que la baraita confondait. Itstarfouei mitstaref : pour entrer dans le compte des dix, la figue sèche ou la saumure suffisent. Pour acquitter les autres, il faut le kezayit de grain de Rabbi Yo'hanan.
Cette distinction résout aussi le récit de Yannai : Chimon ben Chatah, par sa coupe, était entré dans le compte du repas, mais cela ne lui donnait pas le droit de réciter la bénédiction pour les autres.
Il a été dit de même : Rav Hana bar Yehouda dit au nom de Rava — même s'il n'a pas
La Guemara appuie la distinction qu'elle vient de faire par une seconde tradition, au nom de Rava. La phrase s'interrompt ici : le daf s'arrête sur les mots « même s'il n'a pas », et la suite se lit au verso.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).