Berakhot 48b — L'histoire des quatre bénédictions du Birkat Hamazon, leur source dans la Torah, et la bénédiction que l'on dit avant de manger

Berakhot 48b

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la règle précédente : une feuille de légume et une coupe de vin suffisent pour se joindre au zimmun, mais il faut un kezayit de grain pour acquitter les autres. Rav Nahman retrace ensuite l'histoire des quatre bénédictions du Birkat Hamazon : Moche pour Hazan à la descente de la manne, Yehochoua pour la bénédiction de la Terre à l'entrée en Terre d'Israël, David et Chelomo pour Boné Yerouchalayim, et les Sages de Yavne pour Hatov vehamitiv, après la sépulture des tués de Betar.

Une baraita fixe l'ordre des quatre bénédictions et discute où insérer la sainteté du chabbat. La Guemara cherche alors la source scripturaire de chaque bénédiction dans le verset « tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras », avec deux découpages concurrents, celui du tana kama et celui de Rabbi.

De là naissent deux questions annexes : d'où vient l'obligation de bénir avant de manger, et d'où vient la bénédiction de la Torah. Le daf se clôt sur le contenu obligatoire de chaque bénédiction, selon Rabbi Eliezer, Nahoum l'Ancien, Rabbi Yossi et Pelimo.

Les quatre bénédictions du Birkat Hamazon : qui les a instituées 1. Hazan Moche au désert, à la descente de la manne désert 2. Birkat haaretz Yehochoua à l'entrée en Terre d'Israël conquête 3. Boné Yerouchalayim David : sur Israël et sur Jérusalem Chelomo : sur la Maison grande et sainte royauté 4. Hatov vehamitiv Les Sages, à Yavne le jour où les tués de Betar furent donnés à la sépulture après le Temple Les trois premières : de la Torah, tirées du verset Devarim 8,10 on ne les a pas créées, on en a fixé la formule Institution rabbinique selon Rabbi Hatov : les corps ne se sont pas putréfiés — vehamitiv : ils ont reçu sépulture placée auprès de Boné Yerouchalayim, là où la consolation manque encore
L'histoire des quatre bénédictions du Birkat Hamazon, de la manne à Yavne.
Devarim 8,10 découpé en bénédictions : deux lectures Tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras Hachem ton D.ieu sur la bonne terre qu'il t'a donnée Tana kama : cinq éléments et tu béniras Hazan Hachem ton D.ieu. le zimmun sur la terre Birkat haaretz la bonne Bone Yerouchalayim qu'il t'a donnée Hatov vehamitiv Avant de manger : kal vahomer rassasié il bénit, affamé à plus forte raison Conséquence : Hatov vehamitiv a un ancrage dans le verset Rabbi : trois éléments et tu béniras Hazan sur la terre Birkat haaretz la bonne Bone Yerouchalayim le zimmun Tehilim 34,4 Hatov vehamitiv institué à Yavne Avant de manger : qu'il t'a donnée dès l'instant où il te l'a donnée Conséquence : qu'il t'a donnée sert à la bénédiction d'avant le repas Le même membre de phrase — qu'il t'a donnée — est employé par chacun à un usage différent
Le découpage du verset Devarim 8,10 selon le tana kama et selon Rabbi.
D'où vient l'obligation de bénir avant de manger ? Quatre réponses Le verset ne parle que d'après Tana kama Kal vahomer rassasié il bénit, affamé à plus forte raison Rabbi qu'il t'a donnée dès l'instant du don, donc avant de manger Rabbi Yits'hak Chemot 23,25 lis ouvarékh : tant que c'est encore du pain Rabbi Natan Chmouel I 9,13 il bénira le sacrifice, et ensuite on mange Les trois derniers écartent le kal vahomer : chacun tient un appui plus direct Rabbi Natan quitte la Torah pour les Prophètes, où la chose est dite explicitement
Les quatre sources proposées pour la bénédiction dite avant de manger.
1
טבל עמהם אלא בציר, ולא אכל עמהם אלא גרוגרת אחת — מצטרף. ולהוציא את הרבים ידי חובתם — אינו מוציא עד שיאכל כזית דגן. אמר רב חנא בר יהודה משמיה דרבא: הלכתא, אכל עלה ירק ושתה כוס של יין — מצטרף. להוציא — אינו מוציא עד שיאכל כזית דגן.

n'a trempé avec eux qu'un peu de nourriture dans la saumure, et n'a mangé avec eux qu'une seule figue sèche — il se joint au compte. Mais pour acquitter le public de son obligation — il n'acquitte pas tant qu'il n'a pas mangé un kezayit (volume d'une olive) de grain.

Rav Hana bar Yehouda dit au nom de Rava : la halakha est — s'il a mangé une feuille de légume et bu une coupe de vin, il se joint au compte ; pour acquitter les autres — il n'acquitte pas tant qu'il n'a pas mangé un kezayit de grain.

💡 Explication

Le daf reprend la phrase interrompue au verso. Deux niveaux se distinguent ici, et cette distinction commande tout le passage. Pour se joindre au compte du zimmun, une participation minime au repas suffit : de la saumure, une figue sèche, une feuille de légume, une coupe de vin. Pour acquitter les autres de leur obligation en récitant pour eux, il faut avoir mangé un kezayit de grain, c'est-à-dire l'aliment qui fonde l'obligation du Birkat Hamazon.

La règle de Rav Hana bar Yehouda au nom de Rava fixe la halakha pratique et clôt la sougya ouverte au daf précédent.

2
אמר רב נחמן: משה תקן לישראל ברכת ״הזן״ בשעה שירד להם מן. יהושע תקן להם ברכת הארץ כיון שנכנסו לארץ. דוד ושלמה תקנו ״בונה ירושלים״. דוד תקן ״על ישראל עמך ועל ירושלים עירך״, ושלמה תקן ״על הבית הגדול והקדוש״. ״הטוב והמטיב״ ביבנה תקנוה כנגד הרוגי ביתר. דאמר רב מתנא: אותו היום שניתנו הרוגי ביתר לקבורה תקנו ביבנה ״הטוב והמטיב״. ״הטוב״ — שלא הסריחו, ״והמטיב״ — שניתנו לקבורה.

Rav Nahman dit : Moche a institué pour Israël la bénédiction « Hazan » (celui qui nourrit) à l'heure où la manne est descendue pour eux. Yehochoua leur a institué la bénédiction de la Terre lorsqu'ils sont entrés en Terre d'Israël.

David et Chelomo ont institué « Boné Yerouchalayim » (celui qui bâtit Jérusalem) : David a institué « sur Israël ton peuple et sur Jérusalem ta ville », et Chelomo a institué « sur la Maison grande et sainte ». « Hatov vehamitiv » (celui qui est bon et fait le bien), c'est à Yavne qu'on l'a institué, en rapport avec les tués de Betar.

Car Rav Matna a dit : le jour même où les tués de Betar furent donnés à la sépulture, on institua à Yavne « Hatov vehamitiv ». « Hatov » — parce qu'ils ne se sont pas putréfiés ; « vehamitiv » — parce qu'ils furent donnés à la sépulture.

🪔 Ben Yehoyada (3)
משה תקן להם לישראל "ברכת הזן" בשעה שירד להם המן. יש להקשות תיבת להם נראה לשון יתר? ונראה לי בס"ד דידוע אף על פי שפשוטן של ברכות הם לצורך התחתונים, הנה סודם הוא בעליונים, ולכן כמו שמשתלשל שפע מן ברכת המזון לישראל, כן משתלשל שפע בעולמות העליונים כנודע, ולזה אמר ברמז בלשון העלם תקן להם לישראל, פירוש להם קאי על עולמות העליונים, וגם לישראל שתיקן ברכות אלו לצורך העליונים והתחתונים. ונראה לי בס"ד שלשה ברכות שהם מן התורה תיקנום ארבע צדיקים, שהם מ שה י הושע ד וד ש למה, וראשי תיבות שלהם שדי"ם , שהם כמו הדדים שיונק התינוק מהם, כן ישראל יונקים שפע מאלו הברכות כנודע, ובזה מובן ברכה שבירך יעקב אבינו ע"ה את יוסף הצדיק ע"ה, שאמר לו (בראשית מט, כה) ברכת שדים ורחם, שבירכו משורש ברכות של ברכת המזון שתיקנום שדי"ם, וגם ברכו משורש קריאת שמע שהיא רמ"ח תיבות וזהו 'שדים ורחם'.
« Moche a institué pour eux, pour Israël, la bénédiction Hazan à l'heure où la manne est descendue pour eux. » Il y a lieu de demander : le mot « pour eux » paraît superflu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait ceci : bien que le sens simple des bénédictions concerne le besoin des mondes inférieurs, leur <b>sod</b> (dimension cachée) porte sur les mondes supérieurs. De même qu'une influence descend du Birkat Hamazon vers Israël, de même une influence se déverse dans les mondes supérieurs, comme on le sait. C'est pourquoi il a dit par allusion, en un langage voilé, « il a institué pour eux, pour Israël » : « pour eux » se rapporte aux mondes supérieurs, et « pour Israël » indique qu'il a institué ces bénédictions pour le besoin des supérieurs et des inférieurs. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les trois bénédictions qui sont de la Torah ont été instituées par quatre justes — Moche, Yehochoua, David, Chelomo — dont les initiales forment le mot chadayim (les seins). De même que le nourrisson tête à ces seins, ainsi Israël tire son influence de ces bénédictions, comme on le sait. Par là se comprend la bénédiction dont Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, a béni Yossef le juste, quand il lui a dit « les bénédictions des seins et de la matrice » (Berechit 49,25) : il l'a béni depuis la racine des bénédictions du Birkat Hamazon, qu'ont instituées les chadayim, et il l'a béni aussi depuis la racine du Chema, qui compte deux cent quarante-huit mots — et c'est le sens de « chadayim va-rahem ».
"הטוב והמטיב" ביבנה תקנוה כנגד הרוגי ביתר. הנה הרא"ש ז"ל בתוספותיו נתעורר לתת טעם דמה יש לזה בברכת המזון, יעוין שם, ואנא עבדא נראה לי בס"ד עוד טעם לזה, דאיכא במדרש איכה בפסוק (איכה ב' ב') בלע אדני ולא חמל, חמשים ושתים שנה עשתה ביתר אחר חורבן הבית ולמה נחרבה? על שהדליקו נרות לחורבן בית המקדש, מפני שהיו שמחים בחורבנה של ירושלים, מחמת כי קודם חרבנה היו בירושלים אנשים עשירים שהיו מצערים לאנשי ביתר, שכותבים שטר מכירה על שדותיהם ובתיהם בשקר ולוקחים אותם בחזקה, עיין שם. ולכן חכמי ישראל אשר ביבנה שהם היו מאנשי ירושלים ובחרבנה הלכו ליבנה, אמרו עתה בחרבנה של ביתר יאמרו העולם אנחנו שמחים בחרבנה, כשם שאנשי ביתר שמחו בחרבן ירושלים עירנו ומולדתנו, ולכך תיקנו ברכת הטוב והמטיב לכבוד אנשי ביתר שלא הסריחו ונתנו לקבורה, וסמכו ברכה זו אצל בונה ירושלים, כלומר אף על פי שאנחנו מצטערים על חורבן ירושלים עירנו ומתפללים על בניינה, לא שמחנו בהריגת אנשי ביתר ששמחו בחורבנה, אלא אדרבה אנחנו מחבבין אותם ומברכים להשם יתברך על הטובה שעשה לאנשי ביתר.
« Hatov vehamitiv, c'est à Yavne qu'on l'a institué, en rapport avec les tués de Betar. » Le Roch, de mémoire bénie, dans ses Tossefot, s'est demandé quel rapport cela entretient avec le Birkat Hamazon ; voir là-bas. Et moi, le serviteur, il me semble avec l'aide du Ciel qu'il y a encore une autre raison. Il est dit dans le Midrach Eikha, sur le verset « le Maître a englouti et n'a pas eu pitié » (Eikha 2,2) : cinquante-deux ans Betar a subsiste après la destruction du Temple. Et pourquoi fut-elle détruite ? Parce qu'ils allumaient des lampes lors de la destruction du Temple, se réjouissant de la ruine de Jérusalem. Car avant sa destruction, il y avait à Jérusalem des hommes riches qui faisaient souffrir les gens de Betar : ils rédigeaient de faux actes de vente sur leurs champs et leurs maisons et s'en emparaient de force ; voir là-bas. C'est pourquoi les sages d'Israël qui se trouvaient à Yavne — ils étaient des gens de Jérusalem et étaient partis à Yavne lors de sa destruction — se dirent : maintenant, à la ruine de Betar, le monde dira que nous nous réjouissons de sa ruine, comme les gens de Betar s'étaient réjouis de la ruine de Jérusalem, notre ville et notre patrie. Ils ont donc institué la bénédiction Hatov vehamitiv en l'honneur des gens de Betar, qui ne se sont pas putréfiés et qui ont reçu sépulture, et ils ont placé cette bénédiction auprès de Boné Yerouchalayim, comme pour dire : bien que nous soyons affligés par la destruction de Jérusalem notre ville et que nous priions pour sa reconstruction, nous ne nous sommes pas réjouis du massacre des gens de Betar, qui, eux, s'étaient réjouis de sa ruine ; au contraire, nous les chérissons et nous bénissons le Nom béni pour le bien qu'il a fait aux gens de Betar.
"הטוב" שלא הסריחו, "והמטיב" שנתנו לקבורה. והא דתקנו ההודאה בלשון הטוב והמטיב, נראה לי בס"ד כי יעקב אבינו ע"ה אמר (בראשית לב, יא) פן יבוא והכני אם על בנים, וזה נתקיים בביתר שהרגו בה שמנים אלף רבוא מבני ישראל אם על בנים ממש, כדאיתא במדרש ואף על פי שבני עשו הרגו בישראל גם בירושלים, לא הרגו הרג רב כמו שהרגו בביתר, דאמרו רבותינו ז"ל שהיו הורגים בהם עד שהסוס היה שוקע בדם עד חוטמו, והיה הדם כמו נחל שוטף, שהיה מגלגל אבנים של ארבעים סאה והולך בים ארבעה מילין, ויעקב אבינו ע"ה צפה כל זה ברוח הקודש, ואמר פן יבא והכני אם על בנים, וסוף דבריו סיים (שם שם יג) ואתה אמרת היטב איטיב עמך, שבקש בלשון הטבה כפולה, ודבריו עשו פירות שעשה להם הקב"ה נס שלא הסריחו וגם שנתנו לקבורה, ולכן גם חכמינו ז"ל תקנו ההודאה בלשון זה של הטוב והמטיב שנשתמש בו יעקב אבינו ע"ה. ועוד נראה לי בס"ד תקנו בלשון הטוב לרמוז כי זכות התורה שהיתה שם הוא גרם הנס הזה, והתורה נקראת טוב לכן אמרו הטוב והמטיב, ועיין במדרש איכה מה שהפליגו ז"ל בריבוץ תורה שהיה בביתר, שנמצא שם ת"ק בתי סופרים, פירוש כותבי ספרי תורה, וקטן שבהם לא היה פחות משלש מאות תינוקות, והיו אומרים אם יבואו השונאין, בקלמוסין הללו אנחנו יוצאין ודוקרין אותם עיין שם.
« Hatov — parce qu'ils ne se sont pas putréfiés ; vehamitiv — parce qu'ils furent donnés à la sépulture. » Quant à la raison pour laquelle on a institué cette action de grâce dans les termes « hatov vehamitiv », il me semble, avec l'aide du Ciel, que Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, a dit « de peur qu'il ne vienne et ne me frappe, la mère sur les enfants » (Berechit 32,12), et cela s'est accompli à Betar, où l'on a tué quatre-vingts mille myriades d'Israël, la mère sur les enfants au sens propre, comme il est rapporté dans le Midrach. Et bien que les fils d'Essav aient aussi tué en Israël à Jérusalem, ils n'y ont pas fait un carnage comparable à celui de Betar : nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit qu'on y tuait au point que le cheval s'enfonçait dans le sang jusqu'aux naseaux, et que le sang était comme un torrent qui roulait des pierres de quarante seah et coulait jusqu'à la mer sur quatre mil. Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, a vu tout cela par l'esprit de sainteté, et il a dit « de peur qu'il ne vienne et ne me frappe, la mère sur les enfants » ; et il a conclu ses paroles par « et toi tu as dit : je te ferai du bien, oui du bien » (ibid. 32,13), demandant en un terme de bienfait redoublé. Ses paroles ont porté leur fruit, car le Saint béni soit-Il leur a fait le miracle de ne pas se putréfier et d'être donnés à la sépulture. C'est pourquoi nos sages, de mémoire bénie, ont eux aussi institué cette action de grâce dans ce même terme, hatov vehamitiv, dont s'était servi Yaakov notre père, que la paix soit sur lui. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'ils ont institué le terme hatov pour faire allusion au fait que le mérite de la Torah qui se trouvait là est ce qui a causé ce miracle, la Torah étant appelée « bien » ; c'est pourquoi ils ont dit hatov vehamitiv. Vois dans le Midrach Eikha ce que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit de l'ampleur de l'étude de la Torah à Betar : il s'y trouvait cinq cents maisons de sofrim, c'est-à-dire de scribes de rouleaux de Torah, et la plus petite d'entre elles ne comptait pas moins de trois cents enfants ; et ils disaient : si les ennemis viennent, avec ces calames nous sortirons et nous les percerons ; voir là-bas.
⚖️ Rosh (1)
אמר רב נחמן משה תיקן להם ברכת הזן בשעה שירד להם המן יהושע תיקן להם ברכת הארץ בשעה שנכנסו לארץ דוד ושלמה תקנו בונה ירושלים דוד תיקן על ישראל עמך ועל ירושלים עירך ושלמה תיקן על הבית הגדול והקדוש שנקרא שמך עליו. ולא בעי למימר שלא ברכו אותה ברכה עד דוד ושלמה דהא לקמן דרשינן כולהו מקרא אלא דוד ושלמה תקנו המטבע לפי מה שנתוסף טובה לישראל. הטוב והמטיב ביבנה תקנוה בהרוגי ביתר וקבעוה בברכת המזון שכולה הודאה ואמרי' בירושלמי כשנחרבה ביתר נגדעה קרן ישראל ואין עתידה לחזור עד שיבא בן דוד ולכך סמכוה אצל בונה ירושלים: ת"ר סדר ברכות כך הוא ראשונה ברכת הזן שניה ברכת הארץ שלישית בונה ירושלים רביעית הטוב והמטיב ובשבת מתחיל בנחמה ומסיים בנחמה ואומר קדושת היום באמצע כתב רב אלפס שאומרים נחמנו ה' א-להינו בציון עירך והעלנו בתוכה ונחמנו בה כי אתה בעל הנחמות ברוך מנחם עמו ישראל בבנין ירושלים ורש"י לא כתב כך דרחם נמי היינו נחמה אלא הכי קאמר אינו צריך להתחיל ולסיים בשל שבת אלא מתחיל ומסיים בנחמה היינו בתיקון הברכה דבנין ירושלים קרוי נחמה בין שיתחיל ברחם בין שיתחיל בנחמה וה"ר יוסף ז"ל פי' דרחם הוא לשון תפלה ואין לומר בשבת לשון תפלה אבל נחם אינו לשון תפלה תחנונים אלא כמו הנחם על הרעה לעמך ולא נהירא דהכל לשון תפלה זה כמו זה ואמרי' נמי בירושלמי דשבת פ' אלו קשרים תניא אסור לאדם לתבוע כל צרכיו בשבת ר' זירא שאל לר' חייא ברבי אבא מהו מימר רוענו. זוננו פרנסנו בשבת אמר ליה טופס ברכות כך הוא וכל שכן רחם שאינו כל כך לשון תפלה יותר מנחם. מה שכתב רב אלפס ז"ל שחותם מנחם עמו ישראל בבנין ירושלים הקשה עליו רבי אפרים מהא דאמרי' לקמן דאין חותם מושיע בני ישראל ובונה ירושלים לפי שאין חותמים בשתים ומנחם עמו ובונה הוי נמי שתים ויש מתרצים דאם היו אומרים מנחם עמו ובונה ירושלים הוו שתים אבל מנחם עמו בבנין ירושלים חדא היא שינחם עמו ע"י הבנין וה"ר יונה ז"ל היה אומר שגם זה חשוב כשתים כמו שמצינו בהביננו לעיל (ברכות דף כט.) שתיקנו וישמחו צדיקים בבנין עירך שהוא מעין ב' ברכות עלהצדיקים ולירושלים אבל החותם מנחם ציון בבנין ירושלים לא הוה כחותם בשתים דירושלים וציון חדא הוא: תנא ר' אליעזר אומר כל שלא אמר ארץ חמדה טובה ורחבה בברכת הארץ לא יצא ידי חובתו נחום הזקן אומר צריך שיזכיר בה ברית ר' יוסי אומר צריך להזכיר בה תורה הני תנאי לא פליגי אהדדי אלא מר אמר חדא ומר אמר חדא פלימו אומר צריך שיקדים ברית לתורה שזו ניתנה בשלש בריתות וזו בשלש עשרה ר' אבא אומר צריך שיאמר הודאה תחלה וסוף והפוחת לא יפחות מאחת ומי שלא אמר כל עיקר ה"ז מגונה וכל החותם מנחיל ארצות בברכת הארץ ומושיע בני ישראל בבונה ירושלים ה"ז מגונה וכל שלא אמר ברית ותורה בברכת הארץ ומלכות בית דוד בבונה ירושלים לא יצא ידי חובתו פירש ר"ח ז"ל וכן בכולהו אם לא אמר לא יצא ידי חובתו: ת"ר מהו חותם בה בונה ירושלים ר' יוסי ב"ר יהודה אומר אף מושיע ישראל רבה בר רב הונא איקלע לבי ריש גלותא פתח בחדא וסיים בתרתי אמר רב חסדא גבורתא למיחתם בתרתי והא תניא רבי אומר אין חותמין בשתים ומסקינן אפי' פתח ברחם על ישראל עמך חותם בונה ירושלים שנאמר בונה ירושלים ה' נדחי ישראל יכנס: גופא רבי אומר אין חותמין בשתים איתיביה לוי לרבי על הארץ ועל המזון ארץ דעבדא מזון על הארץ ועל הפירות ארץ דעבדא פירות מקדש ישראל והזמנים ישראל דקדשינהו לזמנים מקדש ישראל ור"ח ישראל דקדשינהו לר"ח מקדש השבת ישראל ור"ח אמר ליה חוץ מזו ומאי שנא התם חדא מלתא היא שמברך הקב"ה שמקדש השבת ור"ח אבל מושיע ישראל ובונה ירושלים תרי מילי נינהו אמר רבה בר בר חנה הטוב והמטיב צריכה מלכות מאי קמ"ל כל ברכה שאין בה מלכות אינה ברכה הא א"ר יוחנן חדא זימנא א"ר זירא לומר שצריכה שתי מלכיות חדא דידה וחדא דבונה ירושלים כדמפרש ואזיל כיון דתיקנו לומר מלכות בית דוד בבונה ירושלים ראוי להזכיר בה ג"כ מלכות שלעולם אלא שלא רצו להזכיר מלכות של עולם אצל של בשר ודם ולכן תיקנו להזכיר מלכות בהטוב והמטיב הלכך בבונה ירושלים אין לומר אבינו מלכנו רוענו וכן אין לומר בשבת מלכות עם הקם אי הכי ליבעי ג' חדא דידה וחדא דברכת ירושלים וחדא דברכת הארץ אלא ברכת הארץ מאי טעמא לא משום דהויא לה ברכה הסמוכה לחברתה א"ה בונה ירושלים נמי לא תיבעי דהויא לה ברכה הסמוכה לחברתה הוא הדין דאפי' בונה ירושלים נמי לא בעי אלא איידי דאמר מלכות בית דוד לאו אורח ארעא דלא אמר מלכות שמים רב פפא אמר צריכה שתי מלכיות לבר מדידה אגב דתיקנו מלכות כנגד בונה ירושלים תיקנו נמי כנגד ברכת הארץ. אמרינן במדרש דצריך לומר בה שלש טובות ושלש גמולות ואפ"ה אינה חותמת בברוך דחשיבא מטבע קצרה דמעיקרא לא תיקנו אלא הטוב והמטיב ולבסוף הוסיפו בה דברים הללו:
Rav Nahman dit : Moche leur a institué la bénédiction Hazan à l'heure où la manne est descendue pour eux ; Yehochoua leur a institué la bénédiction de la Terre à l'heure où ils sont entrés en Terre d'Israël ; David et Chelomo ont institué Boné Yerouchalayim — David a institué « sur Israël ton peuple et sur Jérusalem ta ville », et Chelomo a institué « sur la Maison grande et sainte sur laquelle ton nom est appelé ». Il ne faut pas comprendre qu'on n'avait pas récité cette bénédiction avant David et Chelomo, puisque plus loin nous déduisons toutes les bénédictions d'un verset ; mais David et Chelomo en ont fixé la formule selon le bien qui s'ajoutait à Israël. « Hatov vehamitiv, c'est à Yavne qu'on l'a institué » à propos des tués de Betar, et on l'a fixée dans le Birkat Hamazon, qui est tout entier action de grâce. Nous disons dans le Yerouchalmi : lorsque Betar fut détruite, la corne d'Israël fut abattue, et elle ne se relèvera pas avant la venue du fils de David ; c'est pourquoi on a placé cette bénédiction auprès de Boné Yerouchalayim. Nos maîtres ont enseigné : l'ordre des bénédictions est ainsi — la première est la bénédiction Hazan, la deuxième la bénédiction de la Terre, la troisième Boné Yerouchalayim, la quatrième Hatov vehamitiv ; et le chabbat il commence par la consolation et termine par la consolation, et dit la sainteté du jour au milieu. Rav Alfas a écrit que l'on dit « console-nous, Hachem notre D.ieu, dans Tsion ta ville, fais-nous monter en son sein et console-nous en elle, car tu es le maître des consolations ; béni sois-tu qui consoles ton peuple Israël par la reconstruction de Jérusalem ». Rachi n'a pas écrit ainsi, car « Rahem » aussi est une consolation ; il dit plutôt ceci : il n'a pas besoin de commencer et de terminer par le texte du chabbat, mais il commence et termine par la consolation, c'est-à-dire par le formulaire de la bénédiction, la reconstruction de Jérusalem étant appelée consolation, qu'il commence par « Rahem » ou par « Nahem ». Rabbi Yossef, de mémoire bénie, a expliqué que « Rahem » est un terme de prière et que l'on ne dit pas de termes de prière le chabbat, tandis que « Nahem » n'est pas un terme de prière et de supplication mais comme « repens-toi du mal envers ton peuple ». Cela ne paraît pas juste, car les deux sont pareillement des termes de prière. Nous disons d'ailleurs dans le Yerouchalmi de Chabbat, chapitre Elou Kecharim : il est enseigné qu'il est interdit à l'homme de demander tous ses besoins le chabbat ; Rabbi Zera demanda à Rabbi Hiya bar Abba s'il est permis de dire « fais-nous paître, nourris-nous, subviens à nos besoins » le chabbat ; il lui répondit : la forme des bénédictions est ainsi. À plus forte raison pour « Rahem », qui est moins un terme de prière que « Nahem ». Sur ce qu'a écrit Rav Alfas, de mémoire bénie, que l'on conclut par « qui console son peuple Israël par la reconstruction de Jérusalem », Rabbi Efraim a objecté à partir de ce que nous disons plus loin : on ne conclut pas par « qui sauve Israël » et « qui bâtit Jérusalem », parce qu'on ne conclut pas par deux choses ; or « qui console son peuple » et « qui bâtit » font aussi deux. Certains répondent que si l'on disait « qui console son peuple et qui bâtit Jérusalem », cela ferait deux, mais « qui console son peuple par la reconstruction de Jérusalem » n'en fait qu'une, car il console son peuple par le moyen de la reconstruction. Rabbi Yona, de mémoire bénie, disait que cela aussi compte comme deux, comme nous le trouvons pour Havinenou plus haut (Berakhot 29a), où l'on a institué « et les justes se réjouiront dans la reconstruction de ta ville », ce qui tient de deux bénédictions, celle des justes et celle de Jérusalem. En revanche, conclure par « qui console Tsion par la reconstruction de Jérusalem » ne revient pas à conclure par deux, car Jérusalem et Tsion sont une seule chose. Il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit — quiconque n'a pas dit « terre désirable, bonne et vaste » dans la bénédiction de la Terre n'a pas acquitté son obligation. Nahoum l'Ancien dit : il faut y mentionner la berit. Rabbi Yossi dit : il faut y mentionner la Torah. Ces tanaim ne sont pas en désaccord : l'un dit une chose et l'autre en dit une autre. Pelimo dit : il faut faire précéder la berit à la Torah, car celle-ci fut donnée par trois alliances et celle-là par treize. Rabbi Abba dit : il faut dire une action de grâce au début et à la fin ; celui qui réduit ne réduira pas à moins d'une, et celui qui n'en dit aucune est blâmable. Quiconque conclut par « qui fait hériter les terres » dans la bénédiction de la Terre et par « qui sauve Israël » dans Boné Yerouchalayim est blâmable. Et quiconque n'a pas dit la berit et la Torah dans la bénédiction de la Terre, ni la royauté de la maison de David dans Boné Yerouchalayim, n'a pas acquitté son obligation. Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a expliqué qu'il en va de même pour toutes : s'il ne les a pas dites, il n'a pas acquitté son obligation. Nos maîtres ont enseigné : par quoi conclut-on ? Par « qui bâtit Jérusalem ». Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : et aussi « qui sauve Israël ». Rabba bar Rav Houna se trouva à la maison de l'exilarque : il ouvrit par une chose et conclut par deux. Rav Hisda dit : quelle audace de conclure par deux ! Or il est enseigné : Rabbi dit qu'on ne conclut pas par deux. Et nous concluons que même s'il a ouvert par « aie pitié d'Israël ton peuple », il conclut par « qui bâtit Jérusalem », ainsi qu'il est dit « Hachem bâtit Jérusalem, il rassemble les exilés d'Israël ». Revenons au fond : Rabbi dit qu'on ne conclut pas par deux. Levi objecta à Rabbi : « pour la terre et pour la nourriture » — la terre produit la nourriture ; « pour la terre et pour les fruits » — la terre produit les fruits ; « qui sanctifie Israël et les temps » — Israël sanctifie les temps ; « qui sanctifie Israël et les néoménies » — Israël sanctifie les néoménies ; « qui sanctifie le chabbat, Israël et les néoménies ». Il lui répondit : excepté celle-ci. Et quelle est la différence ? Là-bas, c'est une seule chose, car il bénit le Saint béni soit-Il qui sanctifie le chabbat et les néoménies ; mais « qui sauve Israël » et « qui bâtit Jérusalem » sont deux choses. Rabba bar bar Hana dit : Hatov vehamitiv requiert la mention de la royauté. Que nous apprend-il ? Que toute bénédiction sans mention de la royauté n'est pas une bénédiction ? Mais Rabbi Yo'hanan l'a déjà dit une fois. Rabbi Zera dit : c'est pour enseigner qu'elle requiert deux mentions de la royauté, l'une pour elle-même et l'autre pour Boné Yerouchalayim, comme il est expliqué plus loin : puisqu'on a institué de dire la royauté de la maison de David dans Boné Yerouchalayim, il conviendrait d'y mentionner aussi la royauté d'en haut ; mais on n'a pas voulu mentionner la royauté du monde auprès de celle d'un être de chair et de sang, et l'on a donc institué d'en mentionner une dans Hatov vehamitiv. C'est pourquoi, dans Boné Yerouchalayim, il ne faut pas dire « notre père, notre roi, notre berger », et de même il ne faut pas dire le chabbat la royauté avec « Kam ». S'il en est ainsi, qu'on en exige trois : une pour elle-même, une pour la bénédiction de Jérusalem et une pour la bénédiction de la Terre. Et pourquoi la bénédiction de la Terre n'en exige-t-elle pas ? Parce qu'elle est une bénédiction adjacente à une autre. S'il en est ainsi, que Boné Yerouchalayim n'en exige pas non plus, puisqu'elle est adjacente à une autre. En effet, même Boné Yerouchalayim n'en aurait pas besoin ; mais puisqu'on y dit la royauté de la maison de David, il n'est pas convenable de ne pas y dire la royauté du Ciel. Rav Papa dit : elle requiert deux mentions de la royauté en plus de la sienne ; puisqu'on a institué une royauté correspondant à Boné Yerouchalayim, on en a institué une aussi correspondant à la bénédiction de la Terre. Nous disons dans le Midrach qu'il faut y dire trois bienfaits et trois rétributions ; et malgré cela elle ne se conclut pas par « béni », car elle est considérée comme une formule brève : au départ on n'avait institué que « hatov vehamitiv », et par la suite on y a ajouté ces mots.
💡 Explication

Rav Nahman donne l'histoire des quatre bénédictions du Birkat Hamazon. Chacune correspond au moment où son objet est entré dans la vie d'Israël : Hazan avec la manne au désert, la bénédiction de la Terre à l'entrée en Terre d'Israël, Boné Yerouchalayim en deux temps, David pour la ville et Chelomo pour le Temple.

La quatrième, Hatov vehamitiv, appartient à une autre époque : elle date des Sages de Yavne, après la révolte de Bar Kokhba et la chute de Betar. Les corps des tués restèrent longtemps sans sépulture ; le jour où ils furent enterrés, on institua cette bénédiction. Ses deux termes recouvrent deux faits distincts : les corps ne s'étaient pas putréfiés, et ils avaient finalement reçu sépulture.

Le Roch précise que les trois premières bénédictions existaient depuis toujours, puisque la Guemara les déduit plus bas d'un verset ; Moche, Yehochoua, David et Chelomo en ont fixé la formule à mesure que le bien reçu par Israël augmentait.

🖼️ Schéma
Les quatre bénédictions du Birkat Hamazon : qui les a instituées 1. Hazan Moche au désert, à la descente de la manne désert 2. Birkat haaretz Yehochoua à l'entrée en Terre d'Israël conquête 3. Boné Yerouchalayim David : sur Israël et sur Jérusalem Chelomo : sur la Maison grande et sainte royauté 4. Hatov vehamitiv Les Sages, à Yavne le jour où les tués de Betar furent donnés à la sépulture après le Temple Les trois premières : de la Torah, tirées du verset Devarim 8,10 on ne les a pas créées, on en a fixé la formule Institution rabbinique selon Rabbi Hatov : les corps ne se sont pas putréfiés — vehamitiv : ils ont reçu sépulture placée auprès de Boné Yerouchalayim, là où la consolation manque encore
Les quatre bénédictions et le moment de leur institution.
3
תנו רבנן, סדר ברכת המזון כך היא: ברכה ראשונה — ברכת ״הזן״, שניה — ברכת הארץ, שלישית — ״בונה ירושלים״, רביעית — ״הטוב והמטיב״, ובשבת — מתחיל בנחמה ומסיים בנחמה, ואומר קדושת היום באמצע. רבי אליעזר אומר: רצה לאומרה בנחמה — אומרה, בברכת הארץ — אומרה, בברכה שתקנו חכמים ביבנה — אומרה. וחכמים אומרים: אינו אומרה אלא בנחמה בלבד.

Nos maîtres ont enseigné : l'ordre du Birkat Hamazon est ainsi — la première bénédiction est la bénédiction « Hazan », la deuxième est la bénédiction de la Terre, la troisième est « Boné Yerouchalayim », la quatrième est « Hatov vehamitiv ». Et le chabbat, il commence par la consolation et termine par la consolation, et dit la sainteté du jour au milieu.

Rabbi Eliezer dit : s'il veut la dire dans la consolation, il la dit ; dans la bénédiction de la Terre, il la dit ; dans la bénédiction que les Sages ont instituée à Yavne, il la dit. Et les Sages disent : il ne la dit que dans la consolation seulement.

📜 Rachi (2)
ובשבת מתחיל בנחמה כלומר אינו צריך לא לסיים ולא להתחיל בשל שבת אלא מתחיל ומסיים בנחמה בנין ירושלים קרי נחמה כל היכי דמתחיל בין רחם בין נחמנו:
C'est-à-dire qu'il n'a besoin ni de terminer ni de commencer par le texte du chabbat ; il commence et termine par la consolation. La construction de Jérusalem est appelée « consolation », de quelque manière qu'il commence, que ce soit par « Rahem » ou par « Nahaménou ».
בברכה שתקנו חכמים בהטוב והמטיב:
Dans « Hatov vehamitiv ».
🗂️ Tossefot (1)
מתחיל בנחמה פי' הקונטרס לאו דוק' מתחיל בנחמה ומסיים אלא כלומר דאין צריך להזכיר של שבת לא בפתיחה ולא בנחמה אלא באמצע אבל מתחיל ומסיים בנחמת ירושלים כמו בחול שאומר רחם וחותם בבונה ירושלים ויש שמתחילין בנחמנו וחותמים בנחמת ציון עירך ובבנין ירושלים ונותנים טעם לדבריהם דרחם הוי לשון תחנה ואין אומרים תחנונים בשבת אבל נחם אינו לשון תחנונים אלא כמו והנחם על הרעה לעמך (שמות ל״ב:י״ב) ולא נהירא דהכל משמע לשון תחנונים ואין להקפיד אפילו אי הוי לשון בקשה כדאמר בירושלמי דשבת בפרק אלו קשרים מהו לומר רוענו זוננו פרנסנו בשבת א"ל טופס ברכות כך הוא ומנהג שטות הוא המשנה ברכה של חול:
Le Kountras (Rachi) a expliqué : non pas exactement qu'il commence par la consolation et termine ainsi, mais qu'il n'a pas besoin de mentionner le chabbat ni à l'ouverture ni à la conclusion, seulement au milieu ; il commence et termine par la consolation de Jérusalem comme en semaine, disant « Rahem » et concluant par « Boné Yerouchalayim ». Certains commencent par « Nahaménou » et concluent par « la consolation de Tsion ta ville et la reconstruction de Jérusalem », et ils donnent pour raison que « Rahem » est un terme de supplication et que l'on ne dit pas de supplications le chabbat, tandis que « Nahem » n'est pas un terme de supplication mais comme « repens-toi du mal envers ton peuple » (Chemot 32,12). Cela ne paraît pas juste, car tout s'entend comme un terme de supplication ; et même s'il s'agissait d'un terme de demande, il n'y aurait pas lieu d'y prendre garde, comme il est dit dans le Yerouchalmi de Chabbat, chapitre Elou Kecharim : est-il permis de dire « fais-nous paître, nourris-nous, subviens à nos besoins » le chabbat ? Il lui répondit : la forme des bénédictions est ainsi. Et c'est une conduite insensée que de modifier la bénédiction de la semaine.
💡 Explication

La baraita fixe l'ordre des quatre bénédictions, puis traite du chabbat. La sainteté du jour, Retsé, s'insère au milieu de la troisième bénédiction, sans qu'on modifie ni son ouverture ni sa conclusion : celles-ci restent celles de la consolation, terme qui désigne ici la reconstruction de Jérusalem.

Rabbi Eliezer élargit : la sainteté du jour peut se dire dans la troisième bénédiction, dans la bénédiction de la Terre, ou dans celle de Yavne. Les Sages la limitent à la troisième. Tossefot rapporte l'usage de ceux qui ouvrent la troisième bénédiction par « Nahaménou » le chabbat, et le rejette : la formule des bénédictions ne se modifie pas selon le jour.

🖼️ Schéma
Où dire Retsé, la sainteté du chabbat, dans le Birkat Hamazon ? 1. Hazan jamais en cause 2. Birkat haaretz 3. Boné Yerouchalayim la consolation 4. Hatov vehamitiv Tana kama Dans la troisième : il ouvre et ferme par la consolation, et met le chabbat au milieu Rabbi Eliezer Au choix : la troisième, la deuxième, ou celle de Yavne les trois conviennent Les Sages Dans la consolation seulement ailleurs, il recommence Nafka mina entre le tana kama et les Sages : le cas où c'est déjà fait pour le tana kama il est quitte, pour les Sages on le fait recommencer
Où insérer la sainteté du chabbat : les trois positions de la baraita.
4
חכמים היינו תנא קמא? — איכא בינייהו דיעבד.

Les Sages — c'est bien le tana kama ? Il y a entre eux le cas de bediavad (après coup).

📜 Rachi (1)
איכא בינייהו דיעבד לרבנן בתראי מהדרינן ליה:
Selon les derniers Sages, on le fait recommencer.
💡 Explication

La Guemara remarque que la position des Sages paraît identique à celle du tana kama : tous deux placent la mention du chabbat dans la troisième bénédiction. La différence porte sur le cas où la chose est déjà faite. Pour le tana kama, celui qui a mentionné le chabbat ailleurs est quitte ; pour les Sages, on le fait recommencer.

5
תנו רבנן: מנין לברכת המזון מן התורה? — שנאמר: ״ואכלת ושבעת וברכת״ — זו ברכת ״הזן״, ״את ה׳ א-להיך״ — זו ברכת הזמון, ״על הארץ״ — זו ברכת הארץ, ״הטובה״ — זו ״בונה ירושלים״, וכן הוא אומר ״ההר הטוב הזה והלבנון״. ״אשר נתן לך״ — זו ״הטוב והמטיב״. אין לי אלא לאחריו, לפניו מנין? — אמרת קל וחומר: כשהוא שבע מברך, כשהוא רעב — לא כל שכן.

Nos maîtres ont enseigné : d'où sait-on que le Birkat Hamazon est de la Torah ? Car il est dit « tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras » — c'est la bénédiction « Hazan » ; « Hachem ton D.ieu » — c'est la bénédiction du zimmun ; « sur la terre » — c'est la bénédiction de la Terre ; « la bonne » — c'est « Boné Yerouchalayim », et de même il est dit « cette bonne montagne et le Levanon » ; « qu'il t'a donnée » — c'est « Hatov vehamitiv ».

Je n'ai là que la bénédiction dite après le repas ; celle d'avant, d'où la tire-t-on ? Tu dis un kal vahomer : quand il est rassasié il bénit, quand il a faim — à plus forte raison.

📜 Rachi (3)
בדתנא קמא גרסינן אשר נתן לך זו הטוב והמטיב ולא גרסינן ביבנה תקנוה אלא בדרבי:
Dans l'enseignement du tana kama, la version est « qu'il t'a donnée — c'est Hatov vehamitiv », et l'on n'y lit pas « c'est à Yavne qu'on l'a institué » ; cette phrase figure seulement dans l'enseignement de Rabbi.
כשהוא שבע מצוה לברך ולהודות על שבעו:
C'est une mitsva de bénir et de rendre grâce pour sa satiété.
כשהוא רעב והוא בא להפיק את רעבו ע"י ברייתו של הקב"ה לא כל שכן שזה צריך לברך להקב"ה יותר:
Et il vient assouvir sa faim par la créature du Saint béni soit-Il : à plus forte raison celui-là doit-il bénir davantage le Saint béni soit-Il.
⚖️ Rosh (1)
עד היכן ברכת זימון פירש"י שצריכין להיות שלשה וכשהם שנים לא יאמרוה רב נחמן אמר עד נברך פירוש עד ועד בכלל רב ששת אמר עד ברכת הזן דגם היא מברכת הזימון וקשה לפירושו דקי"ל כרב ששת באיסורי ולדידן כל יחיד מברך ברכת הזן ועוד דבכל דוכתין תנן שלש ברכות ועוד לקמן (ברכות דף מח:) אמרינן וברכת זו ברכת הזימון א-להיך זו ברכת הזן אלמא ברכת הזן לאו היינו ברכת הזימון ונראה לפרש עד היכן ברכת הזימון אדלעיל קאי דאמרי' שלשה שאכלו אחד מפסיק לשנים כלומר שמפסיק לברך ברכת זימון ואח"כ יחזור ויאכל וקאמר עד היכן ברכת זימון רב נחמן אומר עד נברך ואח"כ יתחיל לאכול רב ששת אומר עד הזן והזן בכלל משום דנברך אינה ברכה הלכך מסתבר שיפסיק אכילתו בשביל ברכה אחת כדי שיהא ניכר שמזמנין עליו ולאו משום דחשוב ברכת הזן ברכת הזימון דהא כל יחיד נמי אומר הזן אלא לענין זה שיפסיק עד שיברכו ברכה אחת לימא כתנאי דתני חדא ברכת המזון שתים ושלש ותניא אידך שלשה וארבעה ואחד מפסיק לשנים סברוה דלכ"ע הטוב והמטיב לאו דאורייתא מ"ד שתים ושלש קסבר אחד מפסיק לשנים עד הזן שתים להפסקה שלש לשאר יחיד מ"ד שלש וארבע קסבר עד נברך שלש להפסקה וארבע לברכת המזון עם הזימון והיינו אליבא דמ"ד לקמן חוזר למקום שפסק ולמ"ד חוזר לראש אליבא דרב ששת מוקי לה הכי שלש בפועלים וארבע בשאר אדם דהטוב והמטיב דאורייתא למ"ד שתים ושלש דהטוב והמטיב לאו דאורייתא שתים בפועלים שלש בשאר אדם ובירושלמי גרסינן שלשה שאכלו כאחד ובקש אחד מהם לילך בי רב אמרי יברך ברכה ראשונה וילך לו ואיזוהי ברכה ראשונה דבי רב אמרי ברכת הזימון ר' זירא בשם ר' ירמיה אמר הזן את הכל ואפשר לפרש זה באחד מפסיק לשנים שבקש אחד מהם לצאת מפסיק לשנים ואח"כ יחזור ויגמור סעודתו וקשה לי לפירוש זה דלא הוה ליה למימר עד היכן ברכת הזימון בסתם כיון דלא קאי אלא אאחד מפסיק לשנים ועוד קשה מה שצריך לפרש דהני ברייתות קיימי אאחד מפסיק לשנים. ורב אלפס ז"ל פירש בענין אחר על פי הירושלמי ועל פי גירסת רוב הספרים שכתוב בהן נימא כתנאי דתני חדא שנים ושלשה מברכין ברכת הזימון ותניא אידך שלשה וארבעה והכי פירושו עד היכן ברכת הזימון כלומר שאם אכלו שלשה והוצרך אחד מהם לצאת שישב עד שיגמרו אותה ברכה רב נחמן אומר עד נברך כלומר עד שאמר ברוך הוא א-להינו שאכלנו משלו ובטובו חיינו שזו היא ברכת הזימון רב ששת אמר עד הזן את הכל נימא כתנאי דתני חדא שנים ושלשה מברכין ברכת הזימון ותניא אידך שלשה וארבעה פי' שנים ושלשה שאכלו ואין אחד מהם יודע ברכת המזון כולה בברכותיה אלא אחד יודע ברכה ראשונה והשני יודע השנית והשלישי יודע השלישית וקאמר דחייבין בברכת המזון לפי שכל אחד מברך ברכה שלו ונמצאת ברכת המזון עולה משנים מהן או שלשה וגמרינן מיניה דברכת המזון עם ברכת הזימון אינה כי אם שלש ברכות בלבד לפיכך אינה נחלקת אלא לשלשה אנשים בלבד ולאידך ברייתא עם ברכת הזימון הן ארבע ברכות וקי"ל כר"נ דאמר עד נברך וכן עמא דבר דכל אחד מברך ברכת הזן אלמא ברכת הזן אינה בכלל ברכת הזימון. להיכן הוא חוזר לפירש"י ולפר"י קאי אאחד מפסיק לשנים ופירש"י מיבעי ליה אליבא דרב ששת דאמר ברכת הזימון עד הזן והוצרך זה להפסיק אכילתו להיכן הוא חוזר לברך רב חסדא אומר חוזר לראש לתחלת הזן שהרי נתחייב בזימון שהרי הוקבע לשלשה ורבנן סברי למקום שפסק לברכת הארץ כשאר יחיד מה שפירש אליבא דרב ששת ולא פירש אליבא דרב נחמן משום דמסתבר דלא מחייב לומר נברך אע"פ שכבר נתחייב בזימון דאינה ברכה ליחיד ורב אלפס ז"ל פירש להיכן הוא חוזר אותו שהוא אומר נברך שאכלנו משלו רב זביד משמיה דאביי אומר חוזר לראש ואומר נברך שאכלנו משלו פעם אחרת ורבנן אמרי למקום שפסק ואומר ברוך הוא שאכלנו משלו ובטובו חיינו אבל אאחד המפסיק לשנים ליכא למיבעי להיכן הוא חוזר דהא איהו פסיק ליה הלכתא כרב נחמן שאין מפסיק כי אם עד נברך וראיתי כתוב משום רב האי שאחד המפסיק לשנים צריך לברך המוציא וכן כתב הראב"ד ז"ל דכיון שהפסיק יצא ידי ברכה למפרע וצריך ליטול ידיו ולבצוע דהוה ליה כבני חבורה שעקרו רגליהם לצאת לקראת חתן בפסחים דף קא: וצריכין ברכה למפרע וכשחוזרים צריכין ברכה לכתחלה ועוד כיון שהפסיק אכילתו בבהמ"ז מיכל וברוכי בהדי הדדי אי אפשר נ"א ועוד איך יתכן שיאכל באמצע הברכה כי הזימון אחת מן הברכות ואיך יברך ברכה אחת ויאכל ואח"כ ישלים הברכות. ונ"ל דלישנא דמפסיק לא משמע כדבריהם ז"ל דלדבריהם אין כאן הפסק סעודה אלא סעודה אחרת היא לגמרי ולא דמי לבני חבורה שעקרו רגליהם דהכא אינו זז ממקומו גם אין כאן היסח הדעת ולא דמי למיכל וברוכי בהדי הדדי שהרי אינו מברך אלא מפסיק סעודתו כדי שיזמנו עליו וכן כתב בה"ג היכא דבעי למיפק חד מינייהו ובעי חבריה למעבד לפנים משורת הדין פסקין סעודתייהו ומזמנין עליהם עד הזן וגמר איהו ברכה כולה ונפיק וחוזרין ואוכלין וגומרין סעודתן ומברכין אלמא שאין צריכין ליטול ידיהם ולברך המוציא אבל לענין חזרה להיכן הוא חוזר בזה לא דבר בה"ג כי הוא פירש להיכן הוא חוזר כמו שפירש רב אלפס ז"ל דמיירי באותו שאומר ברוך שאכלנו משלו ואפשר דאע"ג שפירש דפסקין סעודתייהו עד הזן מ"מ כיון שאכלו אח"כ צריכים לברך ברכת הזן דשלש ברכות דאורייתא נינהו ולא מיסתבר שיצאו ידי ברכת הזן במה שהפסיקו לשלישי באמצע סעודתן וכדאי לסמוך על רב אלפס ועל ה"ג ויחיד המפסיק לשנים צריך שיחזור לתחלת ברכת הזן דנהי דיצא ידי זימון במה שאכל במה שהפסיק להם מ"מ שלש ברכות צריך לברך על מה שאכל אחריהן:
« Jusqu'où va la bénédiction du zimmun ? » Rachi a expliqué : il faut qu'ils soient trois, et lorsqu'ils sont deux ils ne la disent pas. Rav Nahman dit : jusqu'à « nevarekh », c'est-à-dire jusqu'à ce mot inclus. Rav Chechet dit : jusqu'à la bénédiction Hazan, car elle aussi relève du zimmun. Cette explication soulève une difficulté, car nous tenons pour la halakha comme Rav Chechet en matière d'interdits, alors que chez nous chaque individu récite la bénédiction Hazan. En outre, partout on enseigne trois bénédictions ; et de plus, plus loin (Berakhot 48b) nous disons « et tu béniras — c'est la bénédiction du zimmun ; ton D.ieu — c'est la bénédiction Hazan », d'où il ressort que la bénédiction Hazan ne se confond pas avec celle du zimmun. Il paraît donc qu'il faut expliquer ainsi : « jusqu'où va la bénédiction du zimmun ? » se rapporte à ce qui précède, où nous avons dit que, de trois qui ont mangé, l'un interrompt pour les deux autres, c'est-à-dire qu'il interrompt son repas pour dire la bénédiction du zimmun puis reprend son repas. La question est donc : jusqu'où va cette interruption ? Rav Nahman dit : jusqu'à « nevarekh », après quoi il recommence à manger. Rav Chechet dit : jusqu'à Hazan, Hazan inclus, parce que « nevarekh » n'est pas une bénédiction ; il est donc raisonnable qu'il interrompe son repas pour une bénédiction entière, afin que l'on voie qu'on fait le zimmun avec lui. Cela ne veut pas dire que la bénédiction Hazan soit tenue pour la bénédiction du zimmun, puisque tout individu la dit aussi, mais seulement qu'il interrompe jusqu'à ce qu'ils aient dit une bénédiction. Disons-nous que cela dépend de tanaim ? Une baraita enseigne « le Birkat Hamazon, deux et trois », et une autre enseigne « trois et quatre, et l'un interrompt pour les deux autres ». On a compris que, pour tous, Hatov vehamitiv n'est pas de la Torah. Celui qui dit « deux et trois » tient que l'un interrompt pour les deux autres jusqu'à Hazan : deux pour l'interruption, trois pour un individu ordinaire. Celui qui dit « trois et quatre » tient qu'on va jusqu'à « nevarekh » : trois pour l'interruption, quatre pour le Birkat Hamazon avec le zimmun. Et cela suit l'avis de celui qui dit plus loin qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté ; mais pour celui qui dit qu'il reprend au début, on l'établit selon Rav Chechet ainsi : trois pour les ouvriers et quatre pour les autres, Hatov vehamitiv étant de la Torah ; et pour celui qui dit « deux et trois », Hatov vehamitiv n'étant pas de la Torah, deux pour les ouvriers et trois pour les autres. Dans le Yerouchalmi nous lisons : trois qui ont mangé ensemble, et l'un d'eux demande à partir à la maison d'étude — ceux de la maison de Rav disent qu'il récite la première bénédiction et s'en va. Et quelle est la première bénédiction ? Ceux de la maison de Rav disent : la bénédiction du zimmun. Rabbi Zera au nom de Rabbi Yirmeya dit : « Hazan et hakol ». On peut expliquer cela du cas où l'un interrompt pour les deux autres : l'un d'eux ayant demandé à sortir, il interrompt pour les deux, puis reprend et achève son repas. Mais cette explication me fait difficulté, car il n'aurait pas fallu poser la question « jusqu'où va la bénédiction du zimmun ? » de façon absolue, dès lors qu'elle ne porte que sur le cas de celui qui interrompt pour deux ; et il est encore difficile de devoir expliquer que ces baraitot portent sur ce même cas. Rav Alfas, de mémoire bénie, a expliqué autrement, d'après le Yerouchalmi et d'après la version de la plupart des livres, où il est écrit « disons-nous que cela dépend de tanaim ? Une baraita enseigne : deux et trois récitent la bénédiction du zimmun, et une autre enseigne : trois et quatre ». Voici son explication : « jusqu'où va la bénédiction du zimmun ? » veut dire que si trois ont mangé et que l'un d'eux a besoin de partir, il doit rester assis jusqu'à ce qu'ils achèvent cette bénédiction. Rav Nahman dit : jusqu'à « nevarekh », c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il ait dit « béni soit notre D.ieu, de qui nous avons mangé et par la bonté de qui nous vivons », qui est la bénédiction du zimmun. Rav Chechet dit : jusqu'à « Hazan et hakol ». Disons-nous que cela dépend de tanaim ? Une baraita enseigne « deux et trois récitent la bénédiction du zimmun » et une autre « trois et quatre ». Cela signifie : deux ou trois qui ont mangé et dont aucun ne connaît le Birkat Hamazon entier avec ses bénédictions, mais l'un connaît la première bénédiction, le deuxième la deuxième et le troisième la troisième ; et il dit qu'ils sont tenus au Birkat Hamazon, puisque chacun récite sa bénédiction, de sorte que le Birkat Hamazon se compose de deux d'entre eux ou de trois. Nous en apprenons que le Birkat Hamazon avec la bénédiction du zimmun ne fait que trois bénédictions, et qu'il ne se partage donc qu'entre trois personnes ; et pour l'autre baraita, avec la bénédiction du zimmun cela fait quatre bénédictions. Nous tenons pour la halakha comme Rav Nahman, qui dit « jusqu'à nevarekh », et tel est l'usage du peuple, chacun récitant la bénédiction Hazan — d'où il ressort que la bénédiction Hazan n'est pas comprise dans celle du zimmun. « Où reprend-il ? » Selon Rachi et selon Rabbenou Yits'hak, cela se rapporte au cas de celui qui interrompt pour deux, et Rachi pose la question selon Rav Chechet, qui dit que la bénédiction du zimmun va jusqu'à Hazan : celui-ci ayant dû interrompre son repas, où reprend-il pour bénir ? Rav Hisda dit qu'il reprend au début, au commencement de Hazan, puisqu'il s'est trouvé tenu au zimmun, le groupe de trois étant constitué ; et les Sages tiennent qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté, à la bénédiction de la Terre, comme tout individu. Rachi a expliqué selon Rav Chechet et non selon Rav Nahman, parce qu'il est raisonnable qu'on ne l'oblige pas à dire « nevarekh », bien qu'il se soit déjà trouvé tenu au zimmun, puisque ce n'est pas une bénédiction pour un individu. Rav Alfas, de mémoire bénie, a expliqué « où reprend-il ? » de celui qui dit « bénissons celui de qui nous avons mangé » : Rav Zevid au nom d'Abaye dit qu'il reprend au début et dit « bénissons celui de qui nous avons mangé » une seconde fois, et les Sages disent qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté et dit « béni soit celui de qui nous avons mangé et par la bonté de qui nous vivons ». Mais pour celui qui interrompt pour deux, il n'y a pas lieu de demander où il reprend, puisque c'est lui qui a interrompu. La halakha est comme Rav Nahman : il n'interrompt que jusqu'à « nevarekh ». J'ai vu écrit au nom de Rav Haï que celui qui interrompt pour deux doit réciter la bénédiction Hamotsi ; et le Raavad, de mémoire bénie, a écrit de même, car du moment qu'il a interrompu, il s'est acquitté par la bénédiction pour ce qui précède, et il doit se laver les mains et rompre le pain, comme des compagnons de table qui se sont levés pour aller au-devant d'un marié, dans Pessahim (101b), lesquels doivent bénir pour ce qui précède et, en revenant, bénir de nouveau au préalable. En outre, du moment qu'il a interrompu son repas par le Birkat Hamazon, manger et bénir en même temps est impossible ; autre version : comment concevoir qu'il mange au milieu de la bénédiction, le zimmun étant l'une des bénédictions ? Comment réciterait-il une bénédiction, mangerait-il, puis achèverait-il les bénédictions ? Il me semble que le terme « interrompt » ne s'entend pas comme ils l'ont dit, de mémoire bénie, car selon eux il n'y a pas ici interruption du repas mais un tout autre repas ; et cela ne ressemble pas aux compagnons qui se sont levés, puisqu'ici il ne bouge pas de sa place et qu'il n'y a pas non plus de détournement d'attention ; cela ne ressemble pas davantage à « manger et bénir en même temps », puisqu'il ne bénit pas mais interrompt son repas afin qu'on fasse le zimmun avec lui. Ainsi a écrit le Behag : lorsque l'un d'eux veut partir et que ses compagnons veulent agir au-delà de la stricte loi, ils interrompent leur repas, font le zimmun avec eux jusqu'à Hazan, celui-là achève seul toute la bénédiction et s'en va, tandis qu'eux reprennent, mangent, achèvent leur repas et bénissent — d'où il ressort qu'ils n'ont pas besoin de se laver les mains et de dire Hamotsi. Quant à savoir où l'on reprend, le Behag n'en a pas parlé, car il a expliqué « où reprend-il ? » comme Rav Alfas, de mémoire bénie, du cas de celui qui dit « béni soit celui de qui nous avons mangé ». Et il se peut que, bien qu'il ait expliqué qu'ils interrompent leur repas jusqu'à Hazan, ils doivent malgré tout, ayant mangé ensuite, réciter la bénédiction Hazan, puisque les trois bénédictions sont de la Torah, et il n'est pas raisonnable qu'ils se soient acquittés de la bénédiction Hazan par l'interruption faite pour le troisième au milieu de leur repas. Il vaut la peine de s'appuyer sur Rav Alfas et sur le Behag : celui qui interrompt pour deux doit reprendre au début de la bénédiction Hazan, car même s'il s'est acquitté du zimmun par ce qu'il a mangé avant d'interrompre pour eux, il doit malgré tout réciter les trois bénédictions pour ce qu'il a mangé après eux.
💡 Explication

La baraita cherche la source scripturaire du Birkat Hamazon dans le verset Devarim 8,10, et découpe la phrase membre par membre pour y loger les quatre bénédictions plus le zimmun. Le mot « la bonne » est rattaché à Jérusalem par un rapprochement avec « cette bonne montagne et le Levanon », que la tradition lit comme désignant Jérusalem et le Temple.

Une fois le verset épuisé, la baraita pose la question suivante : le verset ne parle que de la bénédiction dite après le repas ; d'où vient celle qu'on dit avant ? La réponse est un kal vahomer (raisonnement à fortiori) : si l'on bénit rassasié, on bénira d'autant plus affamé, au moment où l'on reçoit effectivement la nourriture.

🖼️ Schéma
Devarim 8,10 découpé en bénédictions : deux lectures Tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras Hachem ton D.ieu sur la bonne terre qu'il t'a donnée Tana kama : cinq éléments et tu béniras Hazan Hachem ton D.ieu. le zimmun sur la terre Birkat haaretz la bonne Bone Yerouchalayim qu'il t'a donnée Hatov vehamitiv Avant de manger : kal vahomer rassasié il bénit, affamé à plus forte raison Conséquence : Hatov vehamitiv a un ancrage dans le verset Rabbi : trois éléments et tu béniras Hazan sur la terre Birkat haaretz la bonne Bone Yerouchalayim le zimmun Tehilim 34,4 Hatov vehamitiv institué à Yavne Avant de manger : qu'il t'a donnée dès l'instant où il te l'a donnée Conséquence : qu'il t'a donnée sert à la bénédiction d'avant le repas Le même membre de phrase — qu'il t'a donnée — est employé par chacun à un usage différent
Le découpage du verset selon le tana kama et selon Rabbi.
6
רבי אומר [אינו צריך]: ״ואכלת ושבעת וברכת״ — זו ברכת הזן, אבל ברכת הזמון מ״גדלו לה׳ אתי״ נפקא. ״על הארץ״ — זו ברכת הארץ, ״הטובה״ — זו ״בונה ירושלים״, וכן הוא אומר ״ההר הטוב הזה והלבנון״. ״הטוב והמטיב״ ביבנה תקנוה. אין לי אלא לאחריו, לפניו מנין? תלמוד לומר: ״אשר נתן לך״ — משנתן לך.

Rabbi dit [ce n'est pas nécessaire] : « tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras » — c'est la bénédiction Hazan ; mais la bénédiction du zimmun se déduit de « magnifiez Hachem avec moi ». « Sur la terre » — c'est la bénédiction de la Terre ; « la bonne » — c'est « Boné Yerouchalayim », et de même il est dit « cette bonne montagne et le Levanon ».

« Hatov vehamitiv », c'est à Yavne qu'on l'a institué. Je n'ai là que la bénédiction dite après le repas ; celle d'avant, d'où la tire-t-on ?

La Torah enseigne « qu'il t'a donnée » — dès l'instant où il te l'a donnée.

📜 Rachi (1)
אינו צריך לק"ו זה ולא גרסי' בדרבי אשר נתן לך זה הטוב והמטיב:
Ce kal vahomer n'est pas nécessaire ; et dans l'enseignement de Rabbi, nous ne lisons pas « qu'il t'a donnée — c'est Hatov vehamitiv ».
💡 Explication

Rabbi propose un autre découpage du même verset. Il libère deux éléments : la bénédiction du zimmun, qu'il tire d'un verset des Psaumes, et Hatov vehamitiv, qu'il tient pour une institution des Sages de Yavne, sans ancrage dans le verset.

Le membre de phrase « qu'il t'a donnée », ainsi libéré, lui sert alors pour la bénédiction dite avant le repas : l'obligation de bénir commence dès l'instant du don, donc avant que l'on ne mange. Rabbi se dispense ainsi du kal vahomer du tana kama.

7
רבי יצחק אומר: אינו צריך, הרי הוא אומר ״וברך את לחמך ואת מימיך״, אל תקרי ״וברך״ אלא ״וברך״. ואימתי קרוי ״לחם״ — קודם שיאכלנו.

Rabbi Yits'hak dit : ce n'est pas nécessaire — voici qu'il est dit « et il bénira ton pain et ton eau » ; ne lis pas « ouverakh » (et il bénira) mais « ouvarékh » (et tu béniras). Et quand cela s'appelle-t-il « pain » ?

Avant qu'on ne le mange.

📜 Rachi (1)
אלא וברך את לחמך ברך על לחמך:
Bénis sur ton pain.
💡 Explication

Rabbi Yits'hak tire l'obligation d'un verset de Chemot 23,25 par un changement de vocalisation, procédé exégétique courant : les mêmes consonnes se lisent « il bénira » ou « tu béniras ». Le verset se transforme alors en instruction adressée à l'homme.

Le second temps de sa preuve porte sur le mot pain : l'aliment ne porte ce nom que tant qu'il est entier devant celui qui va manger. Le verset vise donc un moment antérieur au repas.

8
רבי נתן אומר: אינו צריך, הרי הוא אומר ״כבאכם העיר כן תמצאון אותו בטרם יעלה הבמתה לאכול כי לא יאכל העם עד באו כי הוא יברך הזבח אחרי כן יאכלו הקראים״.

Rabbi Natan dit : ce n'est pas nécessaire — voici qu'il est dit « dès votre entrée dans la ville, vous le trouverez avant qu'il ne monte au haut lieu pour manger, car le peuple ne mangera pas avant sa venue, car c'est lui qui bénit le sacrifice ; après cela les invités mangeront ».

📜 Rachi (1)
כי הוא יברך הזבח ואחרי כן יאכלו הקרואים למדך שטעון לברך לפני אכילה על הזבח הוא אומר ברוך אשר קדשנו במצותיו וצונו לאכול את הזבח והיכן צונו והבשר תאכל (דברים יב):
Cela t'enseigne qu'il faut bénir avant de manger. Sur le sacrifice, il dit : « Béni... qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné de manger le sacrifice. » Et où nous l'a-t-il ordonné ? « Et tu mangeras la chair » (Devarim 12).
🪔 Ben Yehoyada (1)
רבי נתן אומר: אין צריך. אף על גב דילפותא מפסוקי תורה עדיפה, עם כל זה כיון דילפותא הנזכרת אינם מתיישבים בפשט המקראות, לכך אמר אינו צריך למילף בדרשה דחוקה, כי הדבר מפורש להדיה בפסוק של נביאים, דכתיב (שמואל א' ט, יג) כי הוא יברך הזבח.
« Rabbi Natan dit : ce n'est pas nécessaire. » Bien qu'une dérivation tirée des versets de la Torah soit préférable, néanmoins, puisque les dérivations mentionnées ne s'accordent pas avec le sens simple des versets, il a dit qu'il n'est pas nécessaire de recourir à une exégèse forcée, la chose étant explicite dans un verset des Prophètes, ainsi qu'il est écrit « car c'est lui qui bénit le sacrifice » (Chmouel I 9,13).
💡 Explication

Rabbi Natan quitte la Torah pour les Prophètes. Dans le récit de la rencontre de Chaoul et de Chmouel, les jeunes filles décrivent l'ordre du repas : le prophète bénit d'abord le sacrifice, et les invités mangent ensuite. La bénédiction précéda donc le repas.

Le Ben Ich Haï explique le choix de Rabbi Natan : une preuve tirée d'un verset de la Torah vaudrait mieux, mais les exégèses proposées plus haut forcent le sens simple, tandis que ce verset des Prophètes dit la chose explicitement.

9
וכל כך למה? לפי שהנשים דברניות הן. ושמואל אמר: כדי להסתכל ביפיו של שאול, דכתיב: ״משכמו ומעלה גבה מכל העם״. ורבי יוחנן אמר: לפי שאין מלכות נוגעת בחברתה אפילו כמלא נימא.

Et pourquoi tout cela ? Parce que les femmes sont bavardes.

Et Chmouel dit : afin de regarder la beauté de Chaoul, ainsi qu'il est écrit « depuis son épaule et au-dessus il dépassait tout le peuple ». Et Rabbi Yo'hanan dit : parce qu'une royauté n'empiète pas sur l'autre, même de l'épaisseur d'un cheveu.

📜 Rachi (2)
וכל כך למה היו מאריכות בדבריהן:
Elles allongeaient leurs paroles.
שאין מלכות נוגעת בחברתה לפי ששמואל היה מנהיג את ישראל ושאול היה נוטל את השררה משדבר שמואל אליו ואורך דברים עכב לפי שעה:
Car Chmouel dirigeait Israël, et Chaoul allait prendre l'autorité dès l'instant où Chmouel lui parlerait ; la longueur des paroles a retardé cela d'un moment.
🪔 Ben Yehoyada (3)
וכל כך למה? הדבר יפלא הלא כאן הביא הפסוק דרך אגב למילף מיניה דין ברכה ממה שאמרו הוא יברך הזבח, ומה שייכות יש כאן לבאר לנו טעם לרבוי הדברים שנמצאים בזה הפסוק, אין כאן מקום להתעורר בזה? ונראה לי בס"ד על פי מה שכתב הגאון הצל"ח ז"ל על ראייתו של רבי נתן מפסוק הוא יברך הזבח, דזו היא ברכת המצות ואיך יליף מהכא ברכת הנהנין? ותירץ הרב ז"ל דיליף ממה דדייקו הנשים ואמרו, כי הוא יברך הזבח מכלל דאיכא ברכה אחרת קודם אכילה שאינה ברכת הזבח, דאם לא כן די לומר כי הוא יברך ואחר כך יאכלו, עד כאן דבריו, עיין שם, ובזה נתרצה קושיתינו שפיר, כי סתמא דהש"ס הבין כונת רבי נתן דיליף מן יתורא דתיבת הזבח וכמו שכתב הצל"ח ז"ל. אך על זה קשיא ליה וכי מדברי נשים אנחנו לומדים דבר הלכה, ולא עוד אלא שאתה למד מן יתור תיבה אחת שהוסיפו בדבריהם ללא צורך, והלא כלל ידוע נשים דברניות הן, ומה הוכחה יש מיתור מלת הזבח שהוסיפו ללא צורך, לכך הביא הש"ס קושיא זו שיש להקשות בפסוק על יתור דברים הנמצא בו, ואמר כל כך למה והביא על זה תשובת האמוראים אשר נתעוררו בזה, ובכלל הביא דברי רבי יוחנן שאמר לפי שאין מלכות נוגעת בחברתה, אם כן לפי דעת ר' יוחנן כל הדברים האלה לא דברום הנשים מדעתם ורצונם כמנהגן ודרכן, אלא מן השמים שמו בפיהם דברים בשיעור מצומצם הצריך להעביר הזמן, עד שיגיע הרגע של מלכות שאול, ועל כן כיון דדברים אלו מן השמים הן ששמו בפיהן של הנשים, לדבר אותם הא ודאי שפיר גמרינן הלכה מדיוק הדברים, שהדברים האלה כיון שיצאו מן השמים והושמו בפיהן של הנשים הרי הם כאלו כתובים במקרא, ואם כן רבי נתן דיליף הלכה מדיוק מלת הזבח שפיר יליף.
« Et pourquoi tout cela ? » La chose étonne : la Guemara n'a apporté ce verset qu'en passant, pour en tirer la loi de la bénédiction, à partir des mots « c'est lui qui bénit le sacrifice » ; quel rapport y a-t-il ici à nous expliquer la raison de l'abondance des paroles que ce verset contient ? Il n'y a pas lieu de s'y arrêter. Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Gaon auteur du Tselah, de mémoire bénie, sur la preuve de Rabbi Natan tirée du verset « c'est lui qui bénit le sacrifice » : cette bénédiction est une bénédiction de mitsva, comment en tirer une bénédiction de jouissance ? Le maître, de mémoire bénie, a répondu qu'il le tire de la précision des jeunes filles, qui ont dit « car c'est lui qui bénit le sacrifice » — d'où l'on déduit qu'il existe une autre bénédiction avant de manger, distincte de la bénédiction du sacrifice ; sinon, il aurait suffi de dire « car c'est lui qui bénit, et ensuite ils mangeront » ; jusqu'ici ses paroles, voir là-bas. Par là notre difficulté se résout bien, car l'auteur anonyme du Talmud a compris l'intention de Rabbi Natan comme tirant sa preuve du mot superflu « le sacrifice », ainsi que l'a écrit le Tselah, de mémoire bénie. Mais sur ce point il y a une objection : apprendrait-on une règle de halakha de paroles de femmes ? Et de plus, tu l'apprendrais du mot superflu qu'elles ont ajouté sans nécessité dans leurs propos, alors qu'il est de règle connue que les femmes sont bavardes ; quelle preuve tirer d'un mot ajouté sans nécessité ? C'est pourquoi la Guemara a apporté cette question, qu'il y a lieu de poser sur l'abondance des paroles que l'on trouve dans le verset, et elle a dit « pourquoi tout cela ? », apportant sur ce point la réponse des amoraim qui s'y sont arrêtés ; et parmi eux les paroles de Rabbi Yo'hanan, qui a dit « parce qu'une royauté n'empiète pas sur l'autre ». Ainsi, selon Rabbi Yo'hanan, toutes ces paroles, les femmes ne les ont pas dites de leur propre gré et selon leur habitude, mais le Ciel a mis dans leur bouche des paroles d'une mesure exactement ajustée, nécessaire pour laisser passer le temps jusqu'à l'instant de la royauté de Chaoul. Puisque ces paroles viennent du Ciel, qui les a mises dans la bouche des femmes, il est certain que l'on apprend une halakha de leur précision : ces paroles, étant sorties du Ciel et placées dans leur bouche, sont comme écrites dans le texte. Ainsi Rabbi Natan, qui tire une halakha de la précision du mot « le sacrifice », le fait à bon droit.
לפי שהנשים דברניות הן. צריך להבין מילת 'הן' נראה לשון יתר, ונראה לי בס"ד דידוע הנשים שרשם במלכות ששם בחינת דבור, בסוד מה שנאמר (שמות ד, י) לא איש דברים אנכי, ולכן אמר דברניות הן רצונו לומר מצד שרשן ולא בשאט הנפש הם מדברים הרבה. ונראה לי בס"ד לכך הבשמים ראוי לנשים וגנאי לאנשים להתבשם , כי הקול יפה לבשמים שהדבור יפה להם, אך היין הדבור קשה לו ניתן לאנשים וגנאי לנשים.
« Parce que les femmes sont bavardes. » Il faut comprendre le mot « hen » (elles le sont), qui paraît superflu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que les femmes ont leur racine dans <b>malkhout</b> (la royauté), là où se trouve l'aspect de la parole, selon le sod de ce qui est dit « je ne suis pas un homme de paroles » (Chemot 4,10). Il a donc dit « elles sont bavardes », voulant dire que cela leur vient de leur racine, et qu'elles ne parlent pas beaucoup par légèreté d'âme. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cette raison que les parfums conviennent aux femmes et qu'il est messéant aux hommes de se parfumer, car la voix est bonne pour les parfums comme la parole leur est bonne ; tandis que le vin, auquel la parole nuit, a été donné aux hommes et est messéant aux femmes.
כדי להסתכל ביפיו של שאול, דכתיב: "משכמו ומעלה גבה מכל העם". יש להקשות אמאי אצטריך להביא קרא על דבר זה? ונראה לי בס"ד דאיתא במדרש בהאי קרא פלוגתא דתנאי אריכות זו למה, שהיו מביטות בנוייו של שאול ולא היו שביעות ממנו, זו דברי רבי יהודה, אמר לו רבי יוסי אם כן עשית בנות ישראל כזונות! והלא כשם שאי אפשר לאיש לזון את עיניו מאשה שאינה ראויה לו, כך אי אפשר לאשה לזון את עיניה מאיש שאינו שלה, אלא שלא הגיע עדיין השעה שאמר הקב"ה לשמואל כעת מחר אשלח אליך, עד כאן לשונו. והשתא לפי זה קשא ודאי שמואל ידע ושמע דברי התנאים רבי יהודה ורבי יוסי. ומה שאמר רבי יוסי לרבי יהודה, ואיך הוא חזר לומר טעמו של רבי יהודה ולא חש לקושיא שהקשה לו רבי יוסי ושתק, אך באמת כונת שמואל לאו כמו שאמר רבי יהודה שהיו מסתכלים בנוי פניו וצורתו, אלא כונתו שהיו מסתכלים בגובה קומתו שיש בה חידוש, ויופי גובה הקומה אינו מביא לידי הרהור, ורק יופי הפנים ונוי הצורה וזהרורית שלו זה מביא לידי תאוה, אך יופי גובה הקומה אשר זה הוא חידוש שלא נמצא בשאר אין מביא לידי תאוה והרהור שאין האשה מתאוית לאדם ארוך הרבה יותר מאדם בינוני שאינו ארוך , לכך כיון שאמר כדי להסתכל ביופיו של שאול הביא הפסוק דכתיב משכמו ומעלה גבה מכל העם, לומר ביופי הקומה היו מסתכלים, שאין זה מושך הלב לתאוה של ניאוף חס וחלילה, כי זהו יופי של הידור אנשים שמטילים אימה בקומתם.
« Afin de regarder la beauté de Chaoul, ainsi qu'il est écrit : depuis son épaule et au-dessus il dépassait tout le peuple. » Il y a lieu de demander pourquoi il a fallu apporter un verset sur ce point. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a dans le Midrach, sur ce verset, une controverse de tanaim : pourquoi cette longueur de paroles ? Parce qu'elles regardaient la beauté de Chaoul et ne s'en rassasiaient pas — telles sont les paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi lui dit : si tu dis cela, tu fais des filles d'Israël des prostituées ! De même qu'il est impossible à un homme de repaître ses yeux d'une femme qui ne lui convient pas, de même il est impossible à une femme de repaître ses yeux d'un homme qui n'est pas le sien ; en vérité, l'heure n'était pas encore venue dont le Saint béni soit-Il avait dit à Chmouel « demain à cette heure je t'enverrai » ; jusqu'ici ses paroles. Or, selon cela, une difficulté se pose : Chmouel connaissait certainement les paroles des tanaim Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi, et ce que Rabbi Yossi avait dit à Rabbi Yehouda ; comment donc a-t-il repris la raison de Rabbi Yehouda sans se soucier de l'objection que Rabbi Yossi lui avait faite et devant laquelle il s'était taise ? En vérité, l'intention de Chmouel n'était pas celle de Rabbi Yehouda, qui parlait de la beauté du visage et des traits ; son intention était qu'elles regardaient la hauteur de sa taille, qui avait quelque chose d'exceptionnel. Or la beauté de la haute taille ne conduit pas à la pensée coupable : seules la beauté du visage, l'harmonie des traits et leur éclat mènent au désir, tandis que la beauté d'une haute taille, chose exceptionnelle qui ne se trouve pas chez les autres, ne mène ni au désir ni à la pensée coupable, une femme n'ayant pas plus de désir pour un homme très grand que pour un homme de taille moyenne. C'est pourquoi, ayant dit « afin de regarder la beauté de Chaoul », il a apporté le verset « depuis son épaule et au-dessus il dépassait tout le peuple », pour dire que c'est la beauté de la taille qu'elles regardaient, laquelle n'attire pas le cœur vers le désir de la faute, à D.ieu ne plaise, car il s'agit là de la beauté majestueuse des hommes qui imposent le respect par leur stature.
💡 Explication

La Guemara s'arrête sur un détail littéraire du verset qu'elle vient de citer : les jeunes filles répondent à Chaoul par une phrase très longue. Trois explications sont données. La dernière, celle de Rabbi Yo'hanan, porte un principe général : une royauté n'empiète pas sur l'autre, même de l'épaisseur d'un cheveu. Chmouel dirigeait encore Israël ; la royauté de Chaoul ne pouvait commencer avant que la sienne ne s'achève, et la longueur des paroles a rempli l'intervalle.

Le Ben Ich Haï rattache ce passage à la preuve de Rabbi Natan : si les paroles des jeunes filles ont été mises dans leur bouche pour occuper un temps mesuré, elles valent comme un texte, et l'on peut en tirer une halakha.

10
ואין לי אלא ברכת המזון. ברכת התורה מנין? אמר רבי ישמעאל: קל וחומר, על חיי שעה מברך, על חיי עולם הבא לא כל שכן. רבי חייא בר נחמני תלמידו של רבי ישמעאל אומר משום רבי ישמעאל: אינו צריך, הרי הוא אומר ״על הארץ הטובה אשר נתן לך״, ולהלן הוא אומר: ״ואתנה לך את לחת האבן והתורה והמצוה וגו׳״.

Et je n'ai là que le Birkat Hamazon. La bénédiction de la Torah, d'où la tire-t-on ?

Rabbi Yichmael dit : par un kal vahomer — sur la vie éphémère il bénit, sur la vie du monde à venir à plus forte raison. Rabbi Hiya bar Nahmani, disciple de Rabbi Yichmael, dit au nom de Rabbi Yichmael : ce n'est pas nécessaire — voici qu'il est dit « sur la bonne terre qu'il t'a donnée », et plus loin il est dit « et je te donnerai les tables de pierre, la Torah et le commandement, etc. »

💡 Explication

La baraita étend la recherche à la bénédiction de la Torah. Rabbi Yichmael procède par kal vahomer : la nourriture ne soutient que la vie de l'heure, et elle appelle une bénédiction ; la Torah, qui donne la vie du monde à venir, l'appelle à plus forte raison.

Son disciple préfère une guezera chava (rapprochement de deux versets par un terme commun) : le verbe « donner » figure à propos de la Terre et à propos de la Torah. Le don qui appelle une bénédiction dans un cas l'appelle dans l'autre.

11
רבי מאיר אומר: ומנין שכשם שמברך על הטובה כך מברך על הרעה? תלמוד לומר: ״אשר נתן לך ה׳ א-להיך״, דיינך, בכל דין שדנך, בין מדה טובה ובין מדת פורענות.

Rabbi Meir dit : d'où sait-on que de même qu'il bénit sur le bien, ainsi il bénit sur le mal ? La Torah enseigne « que Hachem ton D.ieu t'a donnée » — ton juge, dans tout jugement dont il te juge, que ce soit selon la mesure de bien ou selon la mesure de rigueur.

📜 Rachi (1)
בין מדה טובה התורה מדה טובה היא:
La Torah est une mesure de bien.
💡 Explication

Rabbi Meir lit le mot « Elokim » comme désignant l'attribut de justice, le juge. Le verset devient alors la source de la règle énoncée dans la michna du chapitre neuf : on bénit sur le mal comme on bénit sur le bien.

Rachi ajoute une note sur le contexte immédiat : la Torah elle-même relève de la mesure de bien.

12
רבי יהודה בן בתירא אומר: אינו צריך, הרי הוא אומר ״טובה״, ״הטובה״. טובה — זו תורה, וכן הוא אומר: ״כי לקח טוב נתתי לכם״. ״הטובה״ — זו בנין ירושלים, וכן הוא אומר ״ההר הטוב הזה והלבנון״.

Rabbi Yehouda ben Betera dit : ce n'est pas nécessaire — voici qu'il est dit « tova », « hatova ». « Tova » — c'est la Torah, et de même il est dit « car un bon enseignement je vous ai donné » ; « hatova » — c'est la construction de Jérusalem, et de même il est dit « cette bonne montagne et le Levanon ».

💡 Explication

Rabbi Yehouda ben Betera tire deux enseignements du seul mot « bonne » du verset, en distinguant la forme sans article de la forme avec article. La première lui donne la Torah, appuyée sur un verset des Proverbes où l'enseignement est appelé « bon » ; la seconde lui donne Jérusalem, appuyée sur « cette bonne montagne ».

13
תניא רבי אליעזר אומר: כל שלא אמר ״ארץ חמדה טובה ורחבה״ בברכת הארץ, ומלכות בית דוד ב״בונה ירושלים״ — לא יצא ידי חובתו. נחום הזקן אומר: צריך שיזכור בה ברית. רבי יוסי אומר: צריך שיזכור בה תורה. פלימו אומר: צריך שיקדים ברית לתורה, שזו נתנה בשלש בריתות,

Il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit — quiconque n'a pas dit « terre désirable, bonne et vaste » dans la bénédiction de la Terre, ni la royauté de la maison de David dans « Boné Yerouchalayim », n'a pas acquitté son obligation. Nahoum l'Ancien dit : il faut y mentionner la berit (l'alliance de la circoncision).

Rabbi Yossi dit : il faut y mentionner la Torah. Pelimo dit : il faut faire précéder la berit à la Torah, car celle-ci a été donnée par trois alliances,

📜 Rachi (5)
ומלכות בית דוד בבונה ירושלים שעל ידו נתקדשה ירושלים:
Car c'est par lui que Jérusalem a été sanctifiée.
צריך שיזכור בה ברית בברכת הארץ שעל ידי ברית נתנה לאברהם בפרשת מילה (בראשית י״ז:ח׳) ונתתי לך ולזרעך אחריך את ארץ מגריך:
Dans la bénédiction de la Terre, car c'est par l'alliance qu'elle fut donnée à Avraham, dans la section de la circoncision (Berechit 17,8) : « et je te donnerai, à toi et à ta descendance après toi, la terre de tes pérégrinations ».
צריך שיזכור בה תורה שאף בזכות התורה והמצות ירשו את הארץ שנאמר למען תחיון ורביתם ובאתם וירשתם את הארץ (דברים ח׳:א׳):
Car c'est aussi par le mérite de la Torah et des mitsvot qu'ils ont hérité de la Terre, ainsi qu'il est dit « afin que vous viviez, que vous vous multipliiez, que vous veniez et héritiez de la terre » (Devarim 8,1).
צריך שיקדים ברית לתורה כגון על בריתך שחתמת בבשרנו ועל תורתך שלמדתנו ועל חיים שחוננתנו:
Par exemple : « pour ton alliance que tu as scellée dans notre chair, pour ta Torah que tu nous as enseignée, et pour la vie dont tu nous as gratifiés ».
תורה נתנה בשלש בריתות בשלשה מקומות נתנה התורה לישראל בסיני ובאהל מועד ובהר גרזים ובערבות מואב ובכל אחד נכרתה ברית כדתניא במסכת סוטה (דף לז.) ארור בכלל וארור בפרט וכו' וכן באהל מועד שנא' (דברים כ״ח:ס״ט) אלה דברי הברית אשר צוה ה' את משה לכרות את בני ישראל בארץ מואב מלבד הברית אשר כרת אתם בחורב וכתיב (שם כט) ושמרתם את דברי הברית וגו':
En trois endroits la Torah a été donnée à Israël : au Sinaï, dans la Tente d'assignation, au mont Guerizim et dans les plaines de Moav ; et en chacun une alliance fut conclue, comme il est enseigné dans le traité Sota (37a) : « maudit » en général et « maudit » en particulier, etc. De même dans la Tente d'assignation, ainsi qu'il est dit « voici les paroles de l'alliance que Hachem ordonna à Moche de conclure avec les enfants d'Israël au pays de Moav, outre l'alliance qu'il avait conclue avec eux au Horev » (Devarim 28,69), et il est écrit « et vous garderez les paroles de cette alliance, etc. » (ibid. 29).
💡 Explication

Le daf se clôt sur le contenu obligatoire des bénédictions. Rabbi Eliezer pose deux exigences dont l'omission empêche d'acquitter l'obligation : la formule terre désirable, bonne et vaste dans la deuxième bénédiction, et la royauté de la maison de David dans la troisième.

Nahoum l'Ancien et Rabbi Yossi ajoutent chacun un élément à la bénédiction de la Terre : la berit, parce que la Terre fut promise à Avraham dans la section de la circoncision, et la Torah, parce que c'est aussi par son mérite qu'Israël en a hérité. Pelimo fixe l'ordre entre les deux, et le daf s'interrompt au milieu de sa raison : la Torah fut donnée par trois alliances, la suite se lit au verso.

🖼️ Schéma
Ce que chaque bénédiction doit contenir Birkat haaretz Terre désirable, bonne et vaste Rabbi Eliezer La berit, l'alliance de la chair Nahoum l'Ancien — la Terre fut donnée à Avraham par l'alliance de la circoncision La Torah Rabbi Yossi — c'est aussi par son mérite qu'ils ont hérité de la Terre Bone Yerouchalayim La royauté de la maison de David Rabbi Eliezer — c'est par lui que Jérusalem a été sanctifiée Qui omet l'un de ces éléments n'a pas acquitté son obligation Le formulaire porte le contenu : la Terre, l'alliance, la Torah, la royauté Pelimo : la berit avant la Torah celle-ci fut donnée par trois alliances, celle-là par treize
Le contenu obligatoire de la bénédiction de la Terre et de Boné Yerouchalayim.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).