Sougya : Le daf achève la baraita commencée au verso sur le contenu des bénédictions : action de grâce au début et à la fin, berit et Torah dans la bénédiction de la Terre, royauté de la maison de David dans « qui rebâtit Jérusalem ». Qui change ces conclusions est un rustre, qui omet ces mentions ne s'est pas acquitté.
Vient ensuite la question de la royauté dans Hatov vehamitiv, liée au statut de cette bénédiction : institution rabbinique ou obligation de la Torah. La Guemara ouvre alors une longue discussion sur la conclusion de la troisième bénédiction : Rabbi enseigne qu'on ne conclut pas par deux thèmes, Levi lui oppose cinq formules connues, et Rav Chechet puis Rav Nahman fixent le rapport entre l'ouverture et la conclusion.
Rav Hisda raconte comment Rav Chechet s'est fâché contre lui à la maison de l'Exilarque. Le daf se clôt sur les formules de rattrapage pour celui qui a oublié le chabbat, le yom tov ou le roch hodech dans le Birkat Hamazon.
et celle-ci, elle, fut donnée par treize alliances.
Fin de la raison de Pelimo, commencée au verso. Il enseigne que dans la bénédiction de la Terre, la berit (l'alliance de la circoncision) doit être mentionnée avant la Torah : la Torah a été donnée par trois alliances, tandis que la circoncision l'a été par treize, le mot berit revenant treize fois dans la section d'Avraham (Berechit 17,1-14).
Rabbi Abba dit : il faut y dire une action de grâce au début et à la fin. Celui qui en retranche ne descendra pas au-dessous d'une seule ; et quiconque en retranche au-dessous d'une seule, cela est blâmable.
Rabbi Abba ajoute une exigence de forme à la bénédiction de la Terre : elle doit s'ouvrir et se fermer sur une hodaa (action de grâce), « nous te rendons grâce » au début et « pour tout cela nous te rendons grâce » à la fin. Le minimum absolu est une seule mention ; en dessous, la formule est meguoné (blâmable), sans que la Guemara dise ici qu'on doive recommencer.
Le Roch reprend à cet endroit toute la sougya en un seul siman : l'histoire des quatre bénédictions, la formule du chabbat selon le Rif et selon Rachi, la discussion sur la conclusion double, puis le compte des royautés.
Et quiconque conclut « qui donne des terres en héritage » dans la bénédiction de la Terre, ou « qui sauve Israël » dans « qui rebâtit Jérusalem », celui-là est un rustre. Et quiconque ne dit pas berit et Torah dans la bénédiction de la Terre, ni la royauté de la maison de David dans « qui rebâtit Jérusalem », ne s'est pas acquitté de son obligation.
Deux degrés de faute sont distingués. Changer la conclusion en « qui donne des terres en héritage » efface ce que la bénédiction vise, la Terre d'Israël donnée à ce peuple-là, pour en faire un propos général sur toutes les terres ; celui qui fait cela est un bour, un rustre, mais la Guemara ne dit pas ici qu'il recommence. Omettre berit, Torah ou la royauté de la maison de David est plus grave : il ne s'est pas acquitté de son obligation.
Les Tossefot précisent que l'obligation porte sur le contenu, non sur les mots eux-mêmes : notre formule habituelle, qui parle de l'alliance scellée dans notre chair et de la Torah enseignée, satisfait l'exigence.
Cela vient à l'appui de Rabbi Il'a, car Rabbi Il'a a dit au nom de Rabbi Yaakov bar Aha, au nom de Rabbenou : quiconque n'a pas dit berit et Torah dans la bénédiction de la Terre, ni la royauté de la maison de David dans « qui rebâtit Jérusalem », ne s'est pas acquitté de son obligation.
« Rabbenou » désigne ici Rabbi Yehouda Hanassi. La baraita citée juste avant confirme cette tradition amoraique : la mention de berit, de Torah et de la royauté de la maison de David est une condition de validité, non un ornement. Cette position sera celle que suivra Rav Chechet plus loin dans le daf, contre l'avis de Rav.
Abba Yossi ben Dostai et les Sages sont en désaccord à ce sujet. L'un dit : « Hatov vehamitiv » requiert la royauté ; et l'autre dit : elle ne requiert pas la royauté.
Celui qui dit qu'elle requiert la royauté tient qu'elle est d'institution rabbinique ; et celui qui dit qu'elle ne requiert pas la royauté tient qu'elle est de la Torah.
Le principe de fond : une berakha semoukha lahaverta, bénédiction juxtaposée à celle qui la précède, n'a pas besoin de sa propre mention de la royauté ni de sa propre ouverture par « Baroukh », parce qu'elle poursuit ce qui vient d'être dit. Toute la question est donc de savoir si Hatov vehamitiv appartient à la même série que les trois premières bénédictions.
Si elle est d'institution rabbinique, elle est une pièce rapportée : elle a besoin de sa royauté. Si elle sort du verset comme les autres, elle continue la série et n'en a pas besoin.
Les maîtres ont enseigné : par quoi conclut-on la bénédiction de la reconstruction de Jérusalem ? Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : « qui sauve Israël ».
« Qui sauve Israël » oui, et « qui rebâtit Jérusalem » non ? Dis plutôt : même « qui sauve Israël ».
La baraita est d'abord lue comme si Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda remplaçait la conclusion habituelle, ce qui est impossible : la bénédiction porte sur Jérusalem. La Guemara corrige la lecture par un ela eima (dis plutôt) : il ajoute une possibilité, il n'en supprime pas une.
Rabba bar Rav Houna se trouva à la maison de l'Exilarque ; il ouvrit par un seul thème et conclut par deux. Rav Hisda dit : quelle prouesse, de conclure par deux !
Or il a été enseigné : Rabbi dit : on ne conclut pas par deux !
La remarque de Rav Hisda est ironique : guevourta, « quel exploit », pour dire qu'il a fait ce que personne ne se permet. Le défaut est double : la conclusion ne correspond pas à l'ouverture, et surtout elle réunit deux thèmes.
Le corps même de la chose. Rabbi dit : on ne conclut pas par deux.
Levi objecta à Rabbi : « sur la terre et sur la nourriture » ! — La terre qui produit la nourriture. « Sur la terre et sur les fruits » ! — La terre qui produit les fruits.
Goufa (le corps de la chose) signale que la Guemara quitte l'anecdote pour examiner la baraita citée en passant. Levi objecte à partir de conclusions connues de tous, qui semblent bien réunir deux éléments. Rabbi répond en montrant que les deux mots forment une seule proposition : la terre est le sujet, la nourriture ou le fruit en est le produit.
« Qui sanctifie Israël et les temps » ! — Israël, qui sanctifie les temps. « Qui sanctifie Israël et les néoménies » ! — Israël, qui sanctifie les néoménies.
Même réponse, appliquée aux fêtes : c'est le tribunal d'Israël qui fixe les mois et donc les dates des fêtes. La bénédiction dit alors une seule chose, la sainteté d'Israël, dont découle celle des temps.
« Qui sanctifie le chabbat, Israël et les temps » ! — Sauf celle-là.
Cette dernière objection est plus forte : le chabbat n'est pas fixé par le tribunal, il est saint depuis la création. On ne peut donc pas ramener la formule à une seule proposition en faisant d'Israël le sanctificateur de tout. Rabbi concède : hots miz-zo, sauf celle-là.
Et en quoi est-ce différent ? Ici c'est une seule chose ; là-bas ce sont deux, chacune se tenant par elle-même.
La réponse dégage le critère général. Une conclusion double n'est interdite que lorsqu'elle porte sur deux sujets distincts, chacun tenant debout tout seul. Dans la formule du chabbat qui tombe un jour de fête, l'objet est unique : la sainteté du jour. Le salut d'Israël et la reconstruction de Jérusalem, au contraire, sont deux demandes séparées.
Et quelle est la raison pour laquelle on ne conclut pas par deux ? Parce qu'on n'accomplit pas les mitsvot par paquets.
Havilot havilot : par paquets, en liasses. Chaque mitsva demande son acte propre et son attention propre ; les grouper pour aller plus vite traite le commandement comme une charge dont on se débarrasse. Le même principe interdit de dire deux sanctifications sur une seule coupe.
Qu'en est-il finalement ?
Mai havei alah : la discussion a établi la règle, mais n'a pas tranché le cas concret de Rabba bar Rav Houna. Quelle conclusion faut-il dire, et de quoi cela dépend-il ?
Rav Chechet a dit : s'il a ouvert par « aie pitié de ton peuple Israël », il conclut par « qui sauve Israël » ; s'il a ouvert par « aie pitié de Jérusalem », il conclut par « qui rebâtit Jérusalem ». Et Rav Nahman a dit : même s'il a ouvert par « aie pitié d'Israël », il conclut par « qui rebâtit Jérusalem », parce qu'il est dit « il rebâtit Jérusalem, ה', il rassemble les bannis d'Israël » (Tehilim 147,2) : quand ה' rebâtit-il Jérusalem ?
Au moment où il rassemble les bannis d'Israël.
Rav Chechet applique une règle connue : hatima meein petiha, la conclusion doit rappeler l'ouverture. Il y a donc deux conclusions possibles selon la manière dont on a commencé.
Rav Nahman fixe une conclusion unique, en s'appuyant sur le verset : la reconstruction de Jérusalem et le rassemblement des exilés sont un seul événement. Conclure par « qui rebâtit Jérusalem » après avoir ouvert sur Israël reste donc de la même teneur que l'ouverture. C'est notre usage.
Rabbi Zeira dit à Rav Hisda : que le maître vienne et enseigne. Il lui répondit : je n'ai pas appris le Birkat Hamazon, et j'enseignerais ?
Il lui dit : qu'est-ce donc que cela ? Il lui répondit : je me suis trouvé à la maison de l'Exilarque, j'ai récité le Birkat Hamazon, et Rav Chechet a dressé le cou contre moi comme un serpent.
Et pourquoi ? Parce que je n'ai dit ni berit, ni Torah, ni royauté.
Et pourquoi ne les as-tu pas dits ? Selon ce que Rav Hananel a dit au nom de Rav ; car Rav Hananel a dit au nom de Rav : s'il n'a pas dit berit, Torah et royauté, il s'est acquitté.
La berit, parce qu'elle n'est pas chez les femmes ; la Torah et la royauté, parce qu'elles ne sont ni chez les femmes ni chez les esclaves. Et tu laisses tous ces tanaim et amoraim pour faire comme Rav ?!
Rav Hisda refuse d'enseigner parce qu'il vient d'être repris publiquement sur le Birkat Hamazon. La raison de Rav qu'il invoquait : la formule du Birkat Hamazon doit pouvoir être dite par tous, or la berit ne concerne pas les femmes, et la Torah comme la royauté ne concernent ni les femmes ni les esclaves ; ces mentions ne peuvent donc pas être une condition de validité.
Rabbi Zeira ne discute pas le raisonnement : il oppose le poids de la tradition. Une opinion isolée de Rav ne tient pas contre la baraita et contre Rabbi Il'a au nom de Rabbi Yehouda Hanassi. La nafka mina pratique est nette : selon Rav on ne recommence pas, selon les autres on recommence.
Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : « Hatov vehamitiv » requiert la royauté. Que vient-il nous apprendre ?
Que toute bénédiction sans royauté n'est pas une bénédiction ? Mais Rabbi Yo'hanan l'a déjà dit une fois !
Rabbi Zeira a dit : c'est pour dire qu'elle requiert deux royautés, l'une pour elle-même et l'autre pour « qui rebâtit Jérusalem ».
La Guemara refuse de lire l'enseignement comme une redite. Puisque le principe général est déjà connu, la précision doit porter sur autre chose : le nombre de royautés. Hatov vehamitiv en porte une seconde, qui compense celle qui manque dans Bone Yerouchalayim.
Si c'est ainsi, il en faudrait trois : une pour elle-même, une pour « qui rebâtit Jérusalem » et une pour la bénédiction de la Terre ! Mais alors, pour la bénédiction de la Terre, quelle est la raison qu'il n'en faille pas ?
Parce qu'elle est une bénédiction juxtaposée à celle qui la précède. Dans ce cas, « qui rebâtit Jérusalem » non plus n'en demanderait pas, puisqu'elle est une bénédiction juxtaposée à celle qui la précède !
L'objection est de symétrie. Si l'on rattrape la royauté manquante d'une bénédiction, pourquoi ne pas rattraper aussi celle de la bénédiction de la Terre ? La réponse donnée vaut pour les deux : elles sont juxtaposées, donc elles n'en ont besoin ni l'une ni l'autre. La question revient alors : pourquoi rattraper quoi que ce soit ?
Il en va effectivement de même : « qui rebâtit Jérusalem » non plus n'en aurait pas besoin. Mais puisqu'on y dit la royauté de la maison de David, il ne serait pas convenable de ne pas dire la royauté du Ciel.
Rav Papa a dit : voici ce que cela veut dire : elle requiert deux royautés en plus de la sienne.
La réponse tient à la convenance : dans Bone Yerouchalayim on mentionne la royauté de la maison de David, un roi de chair et de sang ; passer sous silence la royauté du Ciel dans la même bénédiction serait déplacé. Comme la bénédiction elle-même, juxtaposée, ne peut pas porter sa propre royauté, on la reporte sur Hatov vehamitiv.
Rav Papa lit la formule de Rabbi Zeira autrement : deux royautés en plus de la sienne, soit trois en tout, la troisième venant compenser celle de la bénédiction de la Terre.
Rabbi Zeira était assis derrière Rav Guidel, et Rav Guidel était assis devant Rav Houna ; il était assis et disait : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné le chabbat dit : « béni soit celui qui a donné des chabbats pour le repos à son peuple Israël, avec amour, en signe et en alliance ; béni soit celui qui sanctifie le chabbat ». Il lui dit : qui l'a dit ?
Rav.
La scène décrit trois générations assises l'une derrière l'autre dans la maison d'étude, chacune rapportant ce qu'elle entend. Rav Guidel énonce une formule de rattrapage : celui qui a oublié la mention du chabbat dans la troisième bénédiction ne recommence pas tout, il intercale une bénédiction brève avec ouverture et conclusion.
Il se rassit et dit : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné le yom tov dit : « béni soit celui qui a donné des jours de fête à son peuple Israël pour la joie et pour le souvenir ; béni soit celui qui sanctifie Israël et les temps ». Il lui dit : qui l'a dit ?
Rav.
Même formule pour le yom tov, avec deux mots propres à la fête : lesimha (pour la joie) et lezikaron (pour le souvenir). Rav Houna pose de nouveau la même question de source, et reçoit la même réponse.
Il se rassit et dit : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné le roch hodech dit : « béni soit celui qui a donné les néoménies à son peuple Israël pour le souvenir ». Et je ne sais pas s'il y a dit « la joie » ou s'il ne l'a pas dite, ni s'il l'a conclue ou s'il ne l'a pas conclue, ni si cela est de lui ou de son maître.
Rabbi Zeira, assis derrière Rav Guidel, rapporte fidèlement ce qu'il a entendu et signale les limites de son témoignage. Trois points restent en suspens pour roch hodech : la mention de la joie, la conclusion par « Baroukh », et l'attribution à Rav.
Le Roch tranche ces points : pas de mention de la joie, la joie ne convenant pas à roch hodech ; quant à la conclusion, le Rif dit de ne pas conclure et Rabbenou Yits'hak de conclure comme pour le chabbat et le yom tov.
Guidel bar Manyoumi se tenait devant Rav Nahman ; Rav Nahman se trompa
Le daf s'interrompt au milieu du récit : Rav Nahman a omis la mention du jour, et la suite, au verso, dira ce qu'il fit et ce que Guidel bar Manyoumi lui dit. Le passage sert à mettre les formules précédentes à l'épreuve d'un cas réel.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).