Sougya : Le folio achève la réponse ouverte à la fin de 26b : la table du Mikdach reste un ustensile de bois malgré son revêtement d'or, puisque l'Écriture l'appelle bois dans la vision de Ye'hezkel. Ce verset commence par le mot mizbeah et se termine par le mot chouhan, ce qui donne lieu à l'enseignement de Rabbi Yo'hanan et de Rech Lakich : au temps du Mikdach le mizbeah procurait l'expiation, aujourd'hui c'est la table de l'homme qui la procure, par l'accueil des hôtes.
La guemara revient ensuite à la michna et donne les versets qui assimilent les deux mizbehot au sol, puis examine la position des Sages, qui invoquaient le revêtement : selon une première lecture il faut corriger la michna et les Sages déclarent les mizbehot susceptibles d'impureté, selon une seconde ils répondent à Rabbi Eliezer que le revêtement s'annule et que le détour par le sol est superflu. Le traité se termine sur deux enseignements d'aggada bâtis en kal vahomer : Rabbi Elazar déduit de la salamandre que le feu du Guehinom n'a pas de prise sur les talmidei hakhamim, et Rech Lakich déduit du mizbeah d'or qu'il n'en a pas davantage sur les fauteurs d'Israël, remplis de mitsvot comme une grenade.
— parce que le Miséricordieux l'a appelée « bois », ainsi qu'il est écrit : « Le mizbeah de bois, haut de trois coudées, et sa longueur de deux coudées, et ses angles lui appartiennent, et sa longueur et ses parois sont de bois ; et il me dit : voici la table qui est devant Hachem » (Ye'hezkel 41, 22).
Ce segment achève la réponse ouverte à la fin de 26b. La difficulté était la suivante : la table du Mikdach est un corps de bois entièrement revêtu d'or, et la règle générale veut que le statut d'un ustensile suive son tsipouy (revêtement) ; elle serait alors un ustensile de métal, susceptible d'impureté sans qu'on ait besoin de dire qu'on la soulevait.
La réponse tient à un verset : dans la vision du Mikdach futur, Ye'hezkel appelle « bois » cet objet revêtu. La table conserve donc son identité de keli ets (ustensile de bois). Comme elle demeure à sa place dans le Hekhal, elle serait un keli ets asouy lenahat, un ustensile de bois destiné à demeurer en place, qui ne reçoit pas l'impureté. Le seul motif qui l'y expose reste celui donné en 26b : on la soulevait chargée du le'hem hapanim pour la montrer aux pèlerins.
Il a commencé par le mizbeah et il a terminé par la table ! Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich l'ont dit tous deux : au temps où le Beit HaMikdach est debout, le mizbeah procure l'expiation à l'homme ; maintenant, c'est la table de l'homme qui lui procure l'expiation.
La guemara relève une étrangeté du verset qu'elle vient de citer : il s'ouvre sur le mot mizbeah et se referme sur le mot chouhan, la table, pour désigner un seul et même objet. Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich lisent ce glissement comme un enseignement : les deux mots tiennent la même fonction.
Le mizbeah procurait l'expiation par les korbanot. Depuis la destruction, la table de l'homme remplit ce rôle — Rachi précise : par la hakhnassat orhim, l'accueil des hôtes. Tossefot renvoie à l'aggada du chapitre Helek sur la force de la bouchée de pain que l'on partage.
« Tous les ustensiles qui se trouvaient dans le Mikdach avaient des seconds », etc. Le mizbeah de cuivre, ainsi qu'il est écrit : « Tu me feras un mizbeah de terre » (Chemot 20, 21).
Le mizbeah d'or, ainsi qu'il est écrit : « la menora et les mizbehot » (Bamidbar 3, 31) — les mizbehot ont été rapprochés l'un de l'autre par un hekech.
La guemara revient à la michna et fournit les sources de Rabbi Eliezer. Pour le mizbeah de cuivre, le verset est direct : l'Écriture l'appelle « mizbeah de terre », et la terre, le sol, ne reçoit pas l'impureté.
Pour le mizbeah d'or, il n'existe pas de verset propre. La guemara passe par un hekech (rapprochement exégétique) : un verset de Bamidbar mentionne « la menora et les mizbehot » au pluriel, ce qui met les deux mizbehot sur le même plan. Ce qui vaut pour celui de cuivre vaut donc pour celui d'or.
« Et les Sages disent : parce qu'ils sont revêtus. » Au contraire : puisqu'ils sont revêtus, ils devraient recevoir l'impureté ! Dis plutôt : et les Sages les déclarent susceptibles d'impureté, parce qu'ils sont revêtus.
La michna semblait présenter deux raisons parallèles pour la même conclusion : Rabbi Eliezer les tient pour purs parce qu'ils sont comme le sol, les Sages parce qu'ils sont revêtus. La guemara refuse cette lecture : un revêtement de métal devrait faire des mizbehot des ustensiles de métal, donc les exposer à l'impureté. Le mot tsipouy ne peut pas servir d'argument de pureté.
Première solution : corriger la lecture de la michna par ima (dis plutôt). Les Sages ne donnent pas une autre raison de la même conclusion, ils soutiennent la conclusion inverse — les mizbehot reçoivent l'impureté, et précisément à cause de leur revêtement. La michna devient ainsi une mahloket frontale sur le statut des mizbehot.
Et si tu veux, dis : les Sages s'adressaient à Rabbi Eliezer. Quel est ton raisonnement ?
Parce qu'ils sont revêtus —
Seconde solution, introduite par veivaït ema (et si tu veux, dis). On garde le texte de la michna tel quel, et l'on entend les mots des Sages comme une question adressée à Rabbi Eliezer.
Le raisonnement des Sages part d'un constat : si Rabbi Eliezer avait besoin d'invoquer l'assimilation au sol, c'est qu'à ses yeux les mizbehot seraient autrement susceptibles d'impureté — et cela malgré leur qualité d'asouy lenahat. La seule raison possible tient au revêtement de métal, qui en ferait des ustensiles de métal. Les Sages contestent précisément ce point, et leur réponse occupe le segment suivant.
— leur revêtement s'annule bel et bien devant eux.
La réponse des Sages tient en trois mots araméens : mivtal batil, il s'annule bel et bien. Le revêtement de métal ne compte pas face au corps de bois ; les mizbehot demeurent des ustensiles de bois destinés à demeurer en place, et ils sont purs pour cette raison seule.
Rachi ajoute la source : le verset de Ye'hezkel appelle « bois » tous ces objets revêtus, et c'est ce qui autorise à négliger le revêtement. Selon cette lecture, la michna oppose deux explications d'un même résultat, et le détour de Rabbi Eliezer par le sol devient superflu.
Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Elazar : le feu du Guéhinom n'a pas de prise sur les talmidei hakhamim, par un kal vahomer tiré de la salamandre. Si la salamandre, qui n'est qu'un produit du feu, protège du feu celui qui s'enduit de son sang, les talmidei hakhamim, dont le corps tout entier est feu, ainsi qu'il est écrit « Mes paroles ne sont-elles pas comme le feu, dit Hachem » (Yirmeyahou 23, 29), à combien plus forte raison.
La guemara passe à l'aggada, dans le prolongement du thème du revêtement et du feu. Le kal vahomer (raisonnement à fortiori) part d'un cas léger et conclut à un cas lourd. Ici le cas léger est la salamandra : selon Rachi, une créature engendrée par un feu entretenu sept années sans interruption. Son sang, applique sur le corps, protège du feu.
Le cas lourd : les talmidei hakhamim. La salamandre est seulement issue du feu, tandis que la Torah — comparée au feu par Yirmeyahou — devient la substance même de celui qui l'étudie. Si une protection extérieure suffit dans le premier cas, une qualité constitutive doit suffire à plus forte raison dans le second.
Rech Lakich a dit : le feu du Guéhinom n'a pas de prise sur les fauteurs d'Israël, par un kal vahomer tiré du mizbeah d'or. Si le mizbeah d'or, qui ne porte sur lui qu'une épaisseur de dinar d'or, a résisté des années durant sans que le feu ait prise sur lui, les fauteurs d'Israël, qui sont remplis de mitsvot comme une grenade, ainsi qu'il est écrit « comme un quartier de grenade est ta tempe [rakatékh] » (Chir Hachirim 4, 3) — ne lis pas rakatékh, mais rekanin chebakh, les vides parmi toi — à combien plus forte raison.
Rech Lakich bâtit le même raisonnement sur un autre terme de comparaison, tiré de la sougya qui précède. Le mizbeah d'or est un corps de bois couvert d'une pellicule d'or de l'épaisseur d'un dinar ; on y brûlait l'encens chaque jour, et le bois ne se consumait pas. Rachi souligne que l'or lui-même ne diminuait pas, ce qui tenait du miracle.
Le cas lourd vise les pocheï Israël, les fauteurs d'Israël. La preuve passe par une lecture du mot rakatékh, ta tempe : lis rekanin chebakh, les vides parmi toi. Même ceux que l'on tient pour vides sont remplis de mitsvot comme la grenade de ses grains. Tossefot restreint la portée de l'énoncé : il ne vise pas les fauteurs par le corps dont parle Roch Hachana 17a, mais une catégorie plus limitée.
Hadran alakh Homer BaKodech, et ainsi s'achève le traité Haguiga.
Formule de clôture. Hadran alakh — nous reviendrons vers toi — s'adresse au chapitre qui vient de s'achever, le troisième, Homer BaKodech, plus rigoureux est le kodech. Vessalika la massekhet Haguiga marque la fin du traité tout entier.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).