Sougya : Le folio achève la michna sur la purification de la azara après la fête : on avertit les kohanim amei haarets de ne pas toucher la table, on immerge tous les ustensiles du Mikdach, à l'exception du mizbeah d'or et du mizbeah de cuivre — pour Rabbi Eliezer parce qu'ils sont comme le sol, pour les Sages parce qu'ils sont revêtus. La guemara demande d'abord pourquoi notre tana omet la menora que la baraita ajoute, et répond par le tamid écrit à propos de la table.
Elle se demande ensuite pourquoi il faudrait seulement s'abstenir de toucher la table, puisqu'un ustensile de bois destiné à demeurer en place ne reçoit pas l'impureté : la réponse est que l'on soulevait la table pour montrer le léhem hapanim aux pèlerins, et Rabbi Yehochoua ben Levi enseigne à ce propos le miracle du pain retiré aussi chaud qu'au jour de sa disposition. Le folio se termine sur la piste du revêtement d'or, que la guemara écarte successivement par le bois de chittim, puis par la distinction entre revêtement stable et non stable, avant d'ouvrir la réponse retenue, achevée au début de 27a.
... que vous ne touchiez pas la table.
Ce segment achève la phrase ouverte à la fin de 26a : au moment de purifier les ustensiles de la azara, on avertit les kohanim amei haarets qui ont servi pendant la fête de prendre garde à ne pas toucher la table. La table porte le léhem hapanim en permanence ; si elle contractait l'impureté, il faudrait la retirer pour l'immerger et le pain resterait un temps sans support.
Tous les ustensiles qui se trouvaient dans le Mikdach avaient des seconds et des troisièmes [exemplaires] : si les premiers devenaient impurs, on apportait les seconds à leur place. Tous les ustensiles qui se trouvaient dans le Mikdach exigent la tevila (immersion), à l'exception du mizbeah d'or et du mizbeah de cuivre, parce qu'ils sont comme le sol — parole de Rabbi Eliezer.
Et les Sages disent : parce qu'ils sont revêtus.
La michna règle la purification générale qui suit le regel. Le service ne peut pas s'interrompre, d'où les jeux d'ustensiles de rechange. La tevila est requise à cause de l'impureté contractée pendant la fête, quand des kohanim amei haarets ont servi.
Les deux mizbehot échappent à cette règle, et deux raisons s'opposent. Pour Rabbi Eliezer, ils comptent comme le sol : un mizbeah de terre, et le sol ne reçoit pas l'impureté. Pour les Sages, la raison tient au tsipouy (revêtement) : le placage s'annule devant le corps de l'objet, et c'est ce corps qui décide. La guemara expliquera cette seconde raison, et c'est elle qui ouvre toute la discussion sur le revêtement de la table.
Guemara. Un tana a enseigné [dans une baraita] : Prenez garde, de peur que vous ne touchiez la table et la menora.
Et notre tana, pour quelle raison n'a-t-il pas enseigné la menora ? À propos de la table il est écrit tamid (en permanence), à propos de la menora il n'est pas écrit tamid.
La baraita étend l'avertissement à la menora ; notre michna se limite à la table. La guemara explique l'écart par le mot tamid. Le verset dit du le'hem hapanim qu'il est devant Hachem tamid : la table sert sans interruption et ne peut pas être retirée pour la tevila.
Rachi précise que le tamid de la menora est d'une autre nature : il désigne une répétition régulière, du soir au matin, comme le tamid du sacrifice perpétuel. La menora s'éteint de jour, on peut donc l'enlever et l'immerger sans interrompre son service.
Et l'autre [le tana de la baraita] : puisqu'il est écrit et la menora face à la table, c'est comme s'il était écrit à son sujet tamid. Et l'autre [notre tana] : ce verset vient seulement pour lui fixer un emplacement.
Le tana de la baraita tire le tamid de la menora par un détour : le verset l'installe face à la table, et la table, elle, est permanente. Tant que la table se tient là, la menora doit se tenir en face d'elle, ce qui revient à lui imposer la même permanence.
Notre tana lit le même verset comme une simple indication de lieu : il situe la menora dans le Hekhal sans régler la durée de sa présence. La menora peut donc être retirée pour la tevila, et la michna n'a pas à mettre en garde à son sujet.
Mais qu'on le déduise du fait qu'il s'agit d'un ustensile de bois destiné à demeurer en place (asouy lenahat), et que tout ustensile de bois destiné à demeurer en place ne contracte pas l'impureté ! Quelle en est la raison ?
Nous exigeons [un ustensile] semblable au sac : de même que le sac se transporte plein et vide, de même tout [ustensile de bois doit] se transporter plein et vide.
La guemara conteste l'utilité même de l'avertissement. Un keli ets asouy lenahat — un ustensile de bois destiné à demeurer en un seul endroit — reste hors d'atteinte de l'impureté. La table du Mikdach semble entrer dans cette catégorie : la toucher serait sans conséquence.
La raison de cette règle tient à un hekech (rapprochement de deux termes du verset). Vayikra 11,32 énumère ensemble l'ustensile de bois, le vêtement, la peau et le sac. Le sac fournit alors le modèle : il se transporte aussi bien plein que vide. Un ustensile de bois ne reçoit l'impureté que s'il partage ce caractère mobile.
Celle-ci aussi se transporte pleine et vide, conformément à Rech Lakich. Car Rech Lakich a dit : que signifie ce qui est écrit sur la table pure ?
[Cela enseigne] par inférence qu'elle est susceptible de devenir impure.
La réponse renverse la prémisse : la table du Mikdach se transporte bel et bien. Rech Lakich le tire du mot pure accolé à la table dans Vayikra 24,6. Qualifier un objet de pur n'a de sens que pour un objet qui pourrait devenir impur ; l'expression suppose donc la table dans le champ de l'impureté.
Mais pourquoi [le serait-elle] ? C'est un ustensile de bois destiné à demeurer en place, et il ne reçoit pas l'impureté !
Cela enseigne plutôt qu'on la soulevait et qu'on montrait par elle le le'hem hapanim (pain de proposition) à ceux qui montaient pour la fête, en leur disant : voyez l'affection qui vous est portée devant Hachem — son retrait est comme sa disposition. Car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un grand miracle s'accomplissait dans le le'hem hapanim, tel il était à sa disposition, tel il était à son retrait, ainsi qu'il est dit : pour placer du pain chaud au jour de son enlèvement.
Le verset de Rech Lakich pose une difficulté tant que la table reste immobile. La guemara comble l'écart par un usage du Mikdach : on soulevait la table chargée de ses douze pains pour la montrer aux pèlerins, qui ne pouvaient pas entrer dans le Hekhal. La table se transporte donc pleine et vide, et elle entre dans le champ de l'impureté.
Ce que les pèlerins voyaient était le miracle rapporté par Rabbi Yehochoua ben Levi : le pain disposé un Chabbat était retiré le Chabbat suivant dans l'état même où il avait été posé. Le verset de Chemouel, où l'on place du pain chaud au jour de son enlèvement, sert d'appui. Tossefot rapporte une lecture plus mesurée, où la chaleur désigne la fraîcheur du pain resté tendre.
Mais qu'on le déduise du revêtement (tsipouy) ! Car nous avons appris [dans une michna] : la table et le doulpaki qui se sont ébréchés, ou que l'on a recouverts de marbre, et dans lesquels on a laissé subsister la place où l'on pose les coupes — sont susceptibles d'impureté.
Rabbi Yehouda dit : la place où l'on pose les morceaux.
La guemara propose une voie plus courte. La table du Mikdach était plaquée d'or, et un ustensile de métal n'est pas soumis au hekech du sac : il reçoit l'impureté même s'il demeure en place. Le détour par Rech Lakich serait alors superflu.
La michna de Kelim fournit le principe : une table de bois entièrement recouverte de marbre suit son revêtement et cesse de recevoir l'impureté, la pierre ne la recevant pas. Elle ne la reçoit que si l'on a laissé subsister assez de bois pour conserver son usage — la place des coupes pour le tana kama, et de surcroît celle des morceaux pour Rabbi Yehouda. Le principe vaut alors dans les deux sens, pour alléger comme pour aggraver.
Et si tu disais : le bois de chittim (acacia) est différent, car il est de valeur et ne s'annule pas — cela va bien selon Rech Lakich, qui a dit : on n'a enseigné [cette règle] qu'à propos des ustensiles d'akhselaguim qui viennent d'outre-mer, mais les ustensiles de masmim ne s'annulent pas ; à la bonne heure. Mais selon Rabbi Yo'hanan, qui a dit : même les ustensiles de masmim s'annulent eux aussi — que peut-on dire ?
Première tentative pour sauver la table de la règle du revêtement : son bois est de l'acacia, un bois hachouv (de valeur), qui ne s'efface pas devant le placage d'or. Le statut suivrait alors le bois, et l'impureté resterait à démontrer autrement.
La réponse dépend d'une divergence. Rech Lakich restreint la règle du revêtement aux bois ordinaires venus d'outre-mer et maintient les bois précieux ; la tentative tient debout. Rabbi Yo'hanan étend la règle à tous les bois, y compris les plus précieux, et la tentative tombe.
Et si tu disais : ici [il s'agit] d'un revêtement stable, là d'un revêtement qui n'est pas stable — mais Rech Lakich a posé la question à Rabbi Yo'hanan : [parle-t-on] d'un revêtement stable ou d'un revêtement qui n'est pas stable ? [D'un revêtement] qui recouvre ses rebords ou qui ne recouvre pas ses rebords ?
Deuxième tentative : distinguer selon la tenue du revêtement. La michna de Kelim viserait un placage stable, solidement fixé, tandis que l'or de la table du Mikdach se retirait aisément. Une seconde variable s'ajoute : le placage recouvre-t-il les levazbezin, les rebords qui entourent le plateau ?
La guemara coupe court en rappelant que Rech Lakich avait posé exactement ces deux questions à Rabbi Yo'hanan. La réponse reçue figure au segment suivant.
Et il lui a répondu : il n'y a pas de différence entre un revêtement stable et un revêtement qui n'est pas stable, pas de différence entre celui qui recouvre ses rebords et celui qui ne recouvre pas ses rebords. Il faut donc dire : la table est différente —
Rabbi Yo'hanan répond que la règle du revêtement vaut dans tous les cas : ni la solidité du placage ni le sort des rebords n'y changent rien. Les deux échappatoires sont donc fermées.
La guemara ouvre alors la réponse retenue, chani choulhan (la table est différente), dont le motif est énoncé au début de 27a : l'Écriture l'a appelée bois. Le long Tossefot de ce segment discute déjà cette raison en la confrontant au mizbeah.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).