Chagigah 26b — La tevila des ustensiles du Mikdach après le regel : la table, le keli ets asouy lenahat et la question du revêtement

Chagigah 26b

Sougya : Le folio achève la michna sur la purification de la azara après la fête : on avertit les kohanim amei haarets de ne pas toucher la table, on immerge tous les ustensiles du Mikdach, à l'exception du mizbeah d'or et du mizbeah de cuivre — pour Rabbi Eliezer parce qu'ils sont comme le sol, pour les Sages parce qu'ils sont revêtus. La guemara demande d'abord pourquoi notre tana omet la menora que la baraita ajoute, et répond par le tamid écrit à propos de la table.

Elle se demande ensuite pourquoi il faudrait seulement s'abstenir de toucher la table, puisqu'un ustensile de bois destiné à demeurer en place ne reçoit pas l'impureté : la réponse est que l'on soulevait la table pour montrer le léhem hapanim aux pèlerins, et Rabbi Yehochoua ben Levi enseigne à ce propos le miracle du pain retiré aussi chaud qu'au jour de sa disposition. Le folio se termine sur la piste du revêtement d'or, que la guemara écarte successivement par le bois de chittim, puis par la distinction entre revêtement stable et non stable, avant d'ouvrir la réponse retenue, achevée au début de 27a.

La michna : purifier la azara une fois le regel passé Pendant la fête, des kohanim amei haarets ont servi et ont pu rendre impurs les ustensiles Des exemplaires de rechange Chaque ustensile a un second et un troisième : le service ne s'interrompt jamais Tevila générale Tous les ustensiles du Mikdach sont immergés après la fête Sauf le mizbeah d'or et le mizbeah de cuivre Rabbi Eliezer Ils sont comme le sol : un mizbeah de terre. Le sol ne reçoit pas l'impureté. Les Sages Ils sont revêtus : le revêtement s'annule devant le corps de l'objet.
La michna : tevila générale des ustensiles après la fête, et les deux raisons données pour en excepter les mizbehot.
La table du Mikdach reçoit-elle l'impureté ? Le fil du raisonnement Hekech : les ustensiles de bois sont rapprochés du sac (Vayikra 11,32) Règle : seul ce qui se transporte plein et vide reçoit l'impureté Objection : la table est un keli ets asouy lenahat un ustensile de bois destiné à demeurer en place, donc hors d'atteinte de l'impureté Rech Lakich lit : sur la table pure Dire qu'elle est pure suppose qu'elle puisse devenir impure Elle était bel et bien transportée On la soulevait avec le léhem hapanim pour le montrer aux pèlerins : voyez l'affection qui vous est portée, son retrait vaut sa disposition Elle se transporte pleine et vide : elle reçoit l'impureté
Le fil du raisonnement sur la table : du hekech au sac jusqu'au soulèvement de la table devant les pèlerins.
Le revêtement d'or : trois tentatives pour expliquer la table Michna de Kelim : une table entièrement recouverte de marbre ne reçoit plus l'impureté. Le statut de l'ustensile suit donc son revêtement, non son corps de bois. 1. Le bois de chittim Il est de valeur, donc il ne s'annule pas devant son revêtement 2. Revêtement stable La michna de Kelim parle d'un revêtement fixe ; celui de la table ne l'est pas 3. La table est différente La guemara ouvre ici la réponse retenue, achevée au début de 27a Ecartée Rech Lakich l'accepterait : seuls les akhselaguim s'annulent. Rabbi Yo'hanan : les masmim s'annulent eux aussi. Ecartée Rech Lakich avait posé cette question même, et Rabbi Yo'hanan répond : aucune différence. Retenue La dernière question portait aussi sur les levazbezin, les rebords de la table : là encore, aucune différence. Enjeu : si l'on suit le revêtement d'or, la table devient un ustensile de métal, que le hekech du sac ne limite pas — et le détour par Rech Lakich deviendrait inutile.
Les trois tentatives pour rendre compte de la table face à la règle du revêtement.
1
שֶׁלֹּא תִּגְּעוּ בַּשֻּׁלְחָן.

... que vous ne touchiez pas la table.

🗂️ Tossefot (1)
שֶׁלֹּא תִּגְּעוּ בַּשֻּׁלְחָן. בְּכֹהֲנִים עַמֵּי הָאָרֶץ הַהוֹלְכִין לַהֵיכָל לְהִשְׁתַּחֲוֹת קָאָמַר דְּאִילּוּ יִשְׂרָאֵל לֹא הָיוּ רָאוְיָן לֵילֵךְ אַף בֵּין אוּלָם לַמִּזְבֵּחַ וְכֵן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י:
Que vous ne touchiez pas la table. Il parle des kohanim amei haarets qui montent au Hekhal pour s'y prosterner ; quant aux Israélites, ils n'avaient pas le droit d'aller même entre le Oulam et le mizbeah. Ainsi a expliqué Rachi.
💡 Explication

Ce segment achève la phrase ouverte à la fin de 26a : au moment de purifier les ustensiles de la azara, on avertit les kohanim amei haarets qui ont servi pendant la fête de prendre garde à ne pas toucher la table. La table porte le léhem hapanim en permanence ; si elle contractait l'impureté, il faudrait la retirer pour l'immerger et le pain resterait un temps sans support.

2
כָּל הַכֵּלִים שֶׁהָיוּ בַּמִּקְדָּשׁ יֵשׁ לָהֶם שְׁנִיִּים וּשְׁלִישִׁים, שֶׁאִם נִטְמְאוּ הָרִאשׁוֹנִים — יָבִיאוּ שְׁנִיִּים תַּחְתֵּיהֶן. כָּל הַכֵּלִים שֶׁהָיוּ בַּמִּקְדָּשׁ טְעוּנִין טְבִילָה, חוּץ מִמִּזְבַּח הַזָּהָב וּמִזְבַּח הַנְּחֹשֶׁת מִפְּנֵי שֶׁהֵן כַּקַּרְקַע, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מִפְּנֵי שֶׁהֵן מְצֻופִּין.

Tous les ustensiles qui se trouvaient dans le Mikdach avaient des seconds et des troisièmes [exemplaires] : si les premiers devenaient impurs, on apportait les seconds à leur place. Tous les ustensiles qui se trouvaient dans le Mikdach exigent la tevila (immersion), à l'exception du mizbeah d'or et du mizbeah de cuivre, parce qu'ils sont comme le sol — parole de Rabbi Eliezer.

Et les Sages disent : parce qu'ils sont revêtus.

📜 Rachi (3)
טְעוּנִין טְבִילָה מִפְּנֵי טֻומְאַת הָרֶגֶל:
Exigent la tevila : à cause de l'impureté [contractée pendant] le regel.
חוּץ מִמִּזְבַּח הַזָּהָב וּמִזְבַּח הַנְּחֹשֶׁת מִפְּנֵי שֶׁהֵן כַּקַּרְקַע שֶׁהַכָּתוּב קְרָאוֹ מִזְבַּח אֲדָמָה וְשֻׁלְחָן הָא אֲמָרָן דְּלָא נָגְעוּ בּוֹ:
À l'exception du mizbeah d'or et du mizbeah de cuivre parce qu'ils sont comme le sol : car l'Écriture l'a appelé mizbeah de terre. Quant à la table, nous avons déjà dit qu'on n'y touchait pas.
מִפְּנֵי שֶׁהֵן מְצֻופִּין בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ:
Parce qu'ils sont revêtus : la guemara l'explique.
💡 Explication

La michna règle la purification générale qui suit le regel. Le service ne peut pas s'interrompre, d'où les jeux d'ustensiles de rechange. La tevila est requise à cause de l'impureté contractée pendant la fête, quand des kohanim amei haarets ont servi.

Les deux mizbehot échappent à cette règle, et deux raisons s'opposent. Pour Rabbi Eliezer, ils comptent comme le sol : un mizbeah de terre, et le sol ne reçoit pas l'impureté. Pour les Sages, la raison tient au tsipouy (revêtement) : le placage s'annule devant le corps de l'objet, et c'est ce corps qui décide. La guemara expliquera cette seconde raison, et c'est elle qui ouvre toute la discussion sur le revêtement de la table.

🖼️ Schéma
La michna : purifier la azara une fois le regel passé Pendant la fête, des kohanim amei haarets ont servi et ont pu rendre impurs les ustensiles Des exemplaires de rechange Chaque ustensile a un second et un troisième : le service ne s'interrompt jamais Tevila générale Tous les ustensiles du Mikdach sont immergés après la fête Sauf le mizbeah d'or et le mizbeah de cuivre Rabbi Eliezer Ils sont comme le sol : un mizbeah de terre. Le sol ne reçoit pas l'impureté. Les Sages Ils sont revêtus : le revêtement s'annule devant le corps de l'objet.
La structure de la michna et les deux raisons avancées pour excepter les mizbehot.
3
גְּמ׳ תְּנָא: הִזָּהֲרוּ שֶׁמָּא תִּגְּעוּ בַּשֻּׁולְחָן וּבַמְּנוֹרָה. וְתַנָּא דִּידַן, מַאי טַעְמָא לָא תָּנֵי מְנוֹרָה? שֻׁלְחָן כְּתִיב בֵּיהּ ״תָּמִיד״, מְנוֹרָה לָא כְּתִיב בַּהּ ״תָּמִיד״.

Guemara. Un tana a enseigné [dans une baraita] : Prenez garde, de peur que vous ne touchiez la table et la menora.

Et notre tana, pour quelle raison n'a-t-il pas enseigné la menora ? À propos de la table il est écrit tamid (en permanence), à propos de la menora il n'est pas écrit tamid.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מְנוֹרָה לָא כְּתִיב בַּהּ תָּמִיד כְּלוֹמַר תְּמִידִין הָאֵמוּרִין בִּמְנוֹרָה לֹא תָּמִיד יוֹמָם וָלַיְלָה קָאָמַר אֶלָּא תָּמִיד מִלַּיְלָה לְלַיְלָה כְּתָמִיד הָאָמוּר בְּעוֹלַת תָּמִיד וּבְחָבִיתִי כ"ג אֲבָל בַּיּוֹם לֹא הָיָה דּוֹלֵק דְּמֵעֶרֶב עַד בֹּוקֶר כְּתִיב (שְׁמוֹת כֹּח) תֵּן לָהּ מִדַּת הַשֶּׁמֶן שֶׁיֵּשׁ בָּהּ כְּדֵי לִידָּלֵק מֵעֶרֶב עַד בֹּוקֶר לְפִיכָךְ כָּל הַיּוֹם אַתָּה יָכוֹל לְסַלְּקָהּ וּלְהַטְבִּילָהּ אֲבָל תָּמִיד הָאָמוּר בַּשֻּׁלְחָן תָּמִיד יוֹם וָלַיְלָה הוּא דְּמִשַּׁבָּת לְשַׁבָּת הוּא עָרוּךְ עָלָיו:
Guemara. À propos de la menora il n'est pas écrit tamid : c'est-à-dire que les tamid énoncés à propos de la menora ne veulent pas dire en permanence, jour et nuit, mais tamid d'une nuit à l'autre, comme le tamid énoncé à propos du olat tamid (l'offrande perpétuelle) et des havitin du kohen gadol. Mais de jour elle ne brûlait pas, car il est écrit du soir jusqu'au matin (Chemot 28) : donne-lui la mesure d'huile qu'il faut pour brûler du soir jusqu'au matin. C'est pourquoi tu peux la retirer et l'immerger pendant toute la journée. Tandis que le tamid énoncé à propos de la table est un tamid de jour et de nuit, puisque [le pain] y est disposé d'un Chabbat à l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
מְנוֹרָה לָא כְּתִיב בַּהּ תָּמִיד. פֵּי' רַשִׁ"י דְּתָמִיד דִּכְתִיב בָּהּ לָא דָּמֵי לְתָמִיד דְּשֻׁלְחָן דְּהַאי תָּמִיד מִלַּיְלָה לַלַּיְלָה הָוֵי כְּמוֹ עוֹלַת תָּמִיד הָאָמוּר בְּתָמִיד וּבְחָבִיתִי כ"ג אֲבָל בַּיּוֹם לֹא הָיָה דּוֹלֵק דְּמֵעֶרֶב וְעַד בֹּקֶר כְּתִיב תֵּן לָהּ מִדָּתָהּ מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר הִלְכָּךְ כָּל הַיּוֹם יָכוֹל לְסַלְּקָהּ אֲבָל תָּמִיד הָאָמוּר בַּשֻּׁלְחָן כָּל הַיּוֹם וְכָל הַלַּיְלָה דְּהַלֶּחֶם נִסְדַּר עָלָיו מִשַּׁבָּת לְשַׁבָּת וְהִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן דְּהָא בְּמַסֶּכֶת תָּמִיד (דַּף ל:) מַשְׁמַע דְּנֵר מַעֲרָבִי דּוֹלֵק כָּל הַיּוֹם שֶׁמִּמֶּנָּה הָיָה מַדְלִיק וּבָהּ הָיָה מְסַיֵּים וּמִסְּתָמָא מִתָּמִיד נָפְקָא וְעוֹד קָשֶׁה לְהָר"ר אֶלְחָנָן עֲלָהּ דְּהַהִיא דְּהָא כְּתִיב מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר וְשִׁיעֲרוּ חֲכָמִים מִדָּתָהּ לַחֲצִי לֹוג וְי"ל דְּמ"מ לֹא הָיָה בָּהּ טְפֵי מִבִּשְׁאָר נֵרוֹת ומ"מ מִמֵּילָא מֵחֲמַת הַנֵּס דּוֹלֵק כָּל הַיּוֹם וּבְשָׁעָה שֶׁלֹּא הָיָה הַנֵּס הָיוּ דּוֹלְקִין אוֹתָהּ בַּבֹּקֶר כְּדֵי לְהַדְלִיק מִמֶּנָּה הָאֲחֵרוֹת:
À propos de la menora il n'est pas écrit tamid. Rachi a expliqué que le tamid écrit à son sujet ne ressemble pas au tamid de la table, car ce tamid-là va d'une nuit à l'autre, comme le olat tamid énoncé à propos du [sacrifice] tamid et des havitin du kohen gadol ; mais de jour elle ne brûlait pas, car il est écrit du soir jusqu'au matin : donne-lui sa mesure du soir jusqu'au matin. Dès lors il peut la retirer pendant toute la journée. Tandis que le tamid énoncé à propos de la table vaut tout le jour et toute la nuit, car le pain y est disposé d'un Chabbat à l'autre. Le Rav Elhanan a objecté : dans le traité Tamid (30b), il ressort que le ner maaravi (la lampe occidentale) brûlait toute la journée, puisque c'est d'elle qu'il allumait et par elle qu'il terminait — et vraisemblablement cela se déduit du mot tamid. Le Rav Elhanan objecte encore à ce sujet : il est pourtant écrit du soir jusqu'au matin, et les Sages ont évalué sa mesure à un demi-log. On peut répondre qu'en tout état de cause elle ne contenait pas plus que les autres lampes, et que c'est d'elle-même, par le miracle, qu'elle brûlait toute la journée ; et à l'époque où le miracle n'avait plus lieu, on l'allumait le matin afin d'allumer par elle les autres.
💡 Explication

La baraita étend l'avertissement à la menora ; notre michna se limite à la table. La guemara explique l'écart par le mot tamid. Le verset dit du le'hem hapanim qu'il est devant Hachem tamid : la table sert sans interruption et ne peut pas être retirée pour la tevila.

Rachi précise que le tamid de la menora est d'une autre nature : il désigne une répétition régulière, du soir au matin, comme le tamid du sacrifice perpétuel. La menora s'éteint de jour, on peut donc l'enlever et l'immerger sans interrompre son service.

4
וְאִידָךְ: כֵּיוָן דִּכְתִיב: ״וְאֶת הַמְּנֹורָה נֹכַח הַשֻּׁלְחָן״, כְּמַאן דִּכְתִיב בָּהּ ״תָּמִיד״ דָּמִי. וְאִידָךְ: הָהוּא לִקְבֹּועַ לָהּ מָקוֹם הוּא דַּאֲתָא.

Et l'autre [le tana de la baraita] : puisqu'il est écrit et la menora face à la table, c'est comme s'il était écrit à son sujet tamid. Et l'autre [notre tana] : ce verset vient seulement pour lui fixer un emplacement.

📜 Rachi (1)
נֹוכַח הַשֻּׁלְחָן כָּל זְמַן שֶׁהַשֻּׁלְחָן שָׁם תְּהֵא מְנוֹרָה נוֹכְחוֹ:
Face à la table : tant que la table se trouve là, la menora doit se tenir face à elle.
💡 Explication

Le tana de la baraita tire le tamid de la menora par un détour : le verset l'installe face à la table, et la table, elle, est permanente. Tant que la table se tient là, la menora doit se tenir en face d'elle, ce qui revient à lui imposer la même permanence.

Notre tana lit le même verset comme une simple indication de lieu : il situe la menora dans le Hekhal sans régler la durée de sa présence. La menora peut donc être retirée pour la tevila, et la michna n'a pas à mettre en garde à son sujet.

🖼️ Schéma
Dans le Hekhal : la table et la menora se font face Hekhal Menora au sud Table au nord nokhah Table : tamid jour et nuit, le pain reste disposé d'un Chabbat à l'autre Menora : tamid d'un soir au matin seulement, donc retirable de jour Baraita : le verset nokhah hachoulhan vaut un tamid pour la menora. Notre michna : ce verset lui fixe seulement son emplacement.
La table et la menora dans le Hekhal : deux lectures du verset qui les met face à face.
5
וְתִיפּוֹק לִי דִּכְלִי עֵץ הֶעָשׂוּי לְנַחַת הוּא, וְכָל כְּלִי עֵץ הֶעָשׂוּי לְנַחַת לָא מְטַמֵּא. מַאי טַעְמָא — דֻּומְיָא דְּשַׂק בָּעֵינַן: מַה שַׂק מִיטַּלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָם — אַף כֹּל מִיטַּלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָם!

Mais qu'on le déduise du fait qu'il s'agit d'un ustensile de bois destiné à demeurer en place (asouy lenahat), et que tout ustensile de bois destiné à demeurer en place ne contracte pas l'impureté ! Quelle en est la raison ?

Nous exigeons [un ustensile] semblable au sac : de même que le sac se transporte plein et vide, de même tout [ustensile de bois doit] se transporter plein et vide.

📜 Rachi (3)
וְתִיפּוֹק לִי דְּאִי נָמֵי נָגְעוּ בַּשֻּׁלְחָן לֹא מִיטַּמְּאוֹ לֵיהּ דְּהָא כְּלִי עֵץ הֶעָשׂוּי לְנַחַת בְּמָקוֹם אֶחָד הוּא:
Mais qu'on le déduise : car même s'ils avaient touché la table, ils ne l'auraient pas rendue impure, puisqu'elle est un ustensile de bois destiné à demeurer en un seul endroit.
דֻּומְיָא דְּשַׂק בָּעֵינַן לְעִנְיַן טֻומְאָה הֻוקְּשׁוּ כְּלִי עֵץ לְשַׂק דִּכְתִיב כָּל אֲשֶׁר יִפֹּול עָלָיו מֵהֶם בְּמֹותָם יִטְמָא מִכָּל כְּלִי עֵץ אוֹ בֶגֶד אוֹ עוֹר אוֹ שָׂק (וַיִּקְרָא י״א:ל״ב):
Nous exigeons [un ustensile] semblable au sac : quant à l'impureté, les ustensiles de bois ont été rapprochés du sac, car il est écrit : tout ce sur quoi tombera l'un d'eux, une fois morts, sera impur, de tout ustensile de bois, ou vêtement, ou peau, ou sac (Vayikra 11,32).
מַה שַׂק מִיטַּלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָם יָצָא הֶעָשׂוּי לְנַחַת דְּאֵינוֹ מִיטַּלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָן יָצָא כְּלִי עֵץ הַמַּחֲזִיק מ' סְאָה בַּלַּח שֶׁהֵן כֹּורַיִים בַּיָּבֵשׁ אע"פ שֶׁמִּיטַּלְטֵל רֵיקָן אֵינוֹ מִיטַּלְטֵל מָלֵא שֶׁאִם יְטַלְטְלֶנּוּ מָלֵא יִשָּׁבֵר:
De même que le sac se transporte plein et vide : cela exclut ce qui est destiné à demeurer en place, qui ne se transporte pas plein et vide. Cela exclut aussi l'ustensile de bois qui contient quarante seah de liquide, soit deux korim en sec : même s'il se transporte vide, il ne se transporte pas plein, car si on le transportait plein il se briserait.
🗂️ Tossefot (1)
כְּלִי עֵץ הֶעָשׂוּי לְנַחַת. הִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן כָּל שָׁנִים שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר הָיוּ מְטַלְטְלִים אוֹתָהּ וְאִם כֵּן אֵין עָשׂוּי לְנַחַת וְאִם כֵּן אַמַּאי צָרִיךְ רְאָיָיה מִקְּרָא הַשֻּׁלְחָן הַטָּהוֹר מִכְּלָל דְּאִיכָּא טָמֵא וְתֵירֵץ דְּלָא אִיצְטְרִיךְ קְרָא רַק לְנוֹב וְגִבְעוֹן וְשִׁילֹה וּבֵית עוֹלָמִים שֶׁלֹּא הָיְתָה מְטֻולְטֶלֶת וְשָׁמְעִינַן מִקְּרָא שֶׁהָיוּ מַגְבִּיהִין אוֹתָהּ וְלֹא נִרְאֶה כֵּיוָן שֶׁהָיְתָה מְטֻולְטֶלֶת כְּבָר אַף מִשֶּׁבָּאוּ לְבֵית עוֹלָמִים נָמֵי לָא נָפְקָא מִידִי קַבָּלַת טֻומְאָה רִאשׁוֹנָה אֶלָּא י"ל דְּלָא מְהַנֵּי טִלְטוּלָהּ כֵּיוָן דְּלָא הָיְתָה מְטֻולְטֶלֶת לְבַדָּהּ כִּי אִם בַּהֲדֵי שְׁאָר כֵּלִים:
Un ustensile de bois destiné à demeurer en place. Le Rav Elhanan a objecté : pendant toutes les années où Israël se trouvait au désert, on la transportait ; elle n'est donc pas destinée à demeurer en place, et dès lors pourquoi faudrait-il une preuve tirée du verset la table pure, d'où l'on infère qu'elle peut devenir impure ? Il a répondu que le verset n'est nécessaire que pour Nov, Guivon, Chilo et la Maison éternelle, où elle n'était plus transportée, et que l'on apprend du verset qu'on la soulevait. Cela ne paraît pas [exact] : puisqu'elle avait déjà été transportée, même une fois arrivés à la Maison éternelle elle ne perd pas son aptitude première à contracter l'impureté. On peut plutôt répondre que son transport reste sans effet, puisqu'elle n'était pas transportée seule mais avec les autres ustensiles.
💡 Explication

La guemara conteste l'utilité même de l'avertissement. Un keli ets asouy lenahat — un ustensile de bois destiné à demeurer en un seul endroit — reste hors d'atteinte de l'impureté. La table du Mikdach semble entrer dans cette catégorie : la toucher serait sans conséquence.

La raison de cette règle tient à un hekech (rapprochement de deux termes du verset). Vayikra 11,32 énumère ensemble l'ustensile de bois, le vêtement, la peau et le sac. Le sac fournit alors le modèle : il se transporte aussi bien plein que vide. Un ustensile de bois ne reçoit l'impureté que s'il partage ce caractère mobile.

🖼️ Schéma
Quel ustensile de bois reçoit l'impureté ? Un ustensile de bois doit ressembler au sac : se transporter plein et vide Il se transporte plein et vide Il ne se transporte pas ainsi Il reçoit l'impureté Il reste hors de l'impureté Deux cas exclus par Rachi : l'asouy lenahat, qui demeure en place, et le récipient de quarante seah, qui romprait La table du Mikdach entre ici, puisqu'on la soulevait chargée du le'hem hapanim
Le crible du hekech au sac, et les deux cas que Rachi en exclut.
6
הַאי נָמֵי מִיטַּלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָם הוּא, כִּדְרֵישׁ לָקִישׁ. דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מַאי דִכְתִיב: ״עַל הַשֻּׁלְחָן הַטָּהוֹר״, מִכְּלָל שֶׁהוּא טָמֵא.

Celle-ci aussi se transporte pleine et vide, conformément à Rech Lakich. Car Rech Lakich a dit : que signifie ce qui est écrit sur la table pure ?

[Cela enseigne] par inférence qu'elle est susceptible de devenir impure.

📜 Rachi (1)
הַשֻּׁלְחָן הַטָּהוֹר שֶׁאָמַרְתִּי שֶׁיְּהֵא טָהוֹר מִכְּלָל שֶׁהוּא רָאוּי לְטֻומְאָה וַהֲלֹא כְּלִי עֵץ הֶעָשׂוּי לְנַחַת הוּא:
La table pure : puisque j'ai dit qu'elle devait être pure, on infère qu'elle est apte à l'impureté — or n'est-elle pas un ustensile de bois destiné à demeurer en place ?
💡 Explication

La réponse renverse la prémisse : la table du Mikdach se transporte bel et bien. Rech Lakich le tire du mot pure accolé à la table dans Vayikra 24,6. Qualifier un objet de pur n'a de sens que pour un objet qui pourrait devenir impur ; l'expression suppose donc la table dans le champ de l'impureté.

7
וְאַמַּאי? כְּלִי עֵץ הֶעָשׂוּי לְנַחַת הוּא, וְאֵינוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה! אֶלָּא מְלַמֵּד שֶׁמַּגְבִּיהִין אוֹתוֹ וּמַרְאִין בּוֹ לְעוֹלֵי רְגָלִים לֶחֶם הַפָּנִים, וְאוֹמְרִים לָהֶם: רְאוּ חִיבַּתְכֶם לִפְנֵי הַמָּקוֹם, סִילּוּקוֹ כְּסִידּוּרוֹ. דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: נֵס גָּדוֹל נַעֲשָׂה בְּלֶחֶם הַפָּנִים, כְּסִידּוּרוֹ כָּךְ סִילּוּקוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָשׂוּם לֶחֶם חֹום בְּיוֹם הִלָּקְחוֹ״.

Mais pourquoi [le serait-elle] ? C'est un ustensile de bois destiné à demeurer en place, et il ne reçoit pas l'impureté !

Cela enseigne plutôt qu'on la soulevait et qu'on montrait par elle le le'hem hapanim (pain de proposition) à ceux qui montaient pour la fête, en leur disant : voyez l'affection qui vous est portée devant Hachem — son retrait est comme sa disposition. Car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un grand miracle s'accomplissait dans le le'hem hapanim, tel il était à sa disposition, tel il était à son retrait, ainsi qu'il est dit : pour placer du pain chaud au jour de son enlèvement.

📜 Rachi (2)
סִילּוּקוֹ כְּסִידּוּרוֹ שֶׁסִּילּוּקוֹ לַשַּׁבָּת הַבָּאָה חַם כְּיוֹם סִידּוּרוֹ:
Son retrait est comme sa disposition : son retrait, le Chabbat suivant, le trouve chaud comme au jour de sa disposition.
חָם בְּיוֹם הִלָּקְחוֹ שֶׁיְּהֵא חַם בְּיוֹם הִלָּקְחוֹ מֵעַל הַשֻּׁלְחָן:
Chaud au jour de son enlèvement : qu'il soit chaud le jour où on l'enlève de dessus la table.
🗂️ Tossefot (1)
סִילּוּקוֹ כְּסִידּוּרוֹ. לְעִנְיָן שֶׁהָיָה רַךְ וּמַה שֶׁאָמַר הַפָּסוּק חֹום בְּיוֹם הִלָּקְחוֹ לָאו דַּוְקָא אֶלָּא דְּחַם לֹא הָיָה דְּאִיכָּא מ"ד בִּמְנָחוֹת (דַּף צה:) שֶׁהִיא נֹאָפֶת מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְאִי אֶפְשָׁר . שֶׁיִּשְׁמֹור הַחֹום עַד הַשַּׁבָּת אִם לֹא שֶׁנֹּאמַר לִדְבָרָיו נִשְׁאַר בַּתַּנּוּר לִשְׁמוֹר חֻומּוֹ עַד הַשַּׁבָּת בַּבֹּקֶר:
Son retrait est comme sa disposition. Au sens où il restait tendre. Et ce que dit le verset, chaud au jour de son enlèvement, n'est pas à prendre à la lettre : chaud, il ne l'était pas, puisqu'il y a une opinion dans Menahot (95b) selon laquelle il est cuit la veille de Chabbat, et il est impossible qu'il conserve sa chaleur jusqu'au Chabbat — à moins de dire, selon cette opinion, qu'il restait dans le four pour garder sa chaleur jusqu'au Chabbat matin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נֵס גָּדוֹל נַעֲשָׂה בְּלֶחֶם הַפָּנִים, כְּסִדּוּרוֹ כָּךְ סִלּוּקוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְנֵס זֶה לְלַמְּדֵנוּ עַל הַתּוֹרָה שֶׁרְמוּזָה בְּלֶחֶם הַפָּנִים שֶׁיִּהְיֶה הִתְלַהֲבוּת וַחֲמִימוּת חֵשֶׁק הָאָדָם בָּהּ בְּסוֹף שְׁעַת לִימּוּד שֶׁנִּתְייַגֵּעַ כְּהַתְחָלַת שְׁעַת לִימּוּדוֹ שֶׁעֲדַייִן לֹא יִגַּע וּבְמַסֶּכֶת יוֹמָא כָּתַבְתִּי בָּזֶה בס"ד.
Un grand miracle s'accomplissait dans le le'hem hapanim, tel il était à sa disposition, tel il était à son retrait. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de ce miracle est de nous enseigner au sujet de la Torah, qui est évoquée par allusion dans le le'hem hapanim : l'ardeur et la chaleur du désir que l'homme porte à la Torah, a la fin de l'heure d'étude où il s'est fatigué, doivent être comme au début de son heure d'étude, alors qu'il ne s'était pas encore fatigué. Et dans le traité Yoma j'ai écrit à ce sujet, avec l'aide du Ciel.
💡 Explication

Le verset de Rech Lakich pose une difficulté tant que la table reste immobile. La guemara comble l'écart par un usage du Mikdach : on soulevait la table chargée de ses douze pains pour la montrer aux pèlerins, qui ne pouvaient pas entrer dans le Hekhal. La table se transporte donc pleine et vide, et elle entre dans le champ de l'impureté.

Ce que les pèlerins voyaient était le miracle rapporté par Rabbi Yehochoua ben Levi : le pain disposé un Chabbat était retiré le Chabbat suivant dans l'état même où il avait été posé. Le verset de Chemouel, où l'on place du pain chaud au jour de son enlèvement, sert d'appui. Tossefot rapporte une lecture plus mesurée, où la chaleur désigne la fraîcheur du pain resté tendre.

🖼️ Schéma
La table du Mikdach reçoit-elle l'impureté ? Le fil du raisonnement Hekech : les ustensiles de bois sont rapprochés du sac (Vayikra 11,32) Règle : seul ce qui se transporte plein et vide reçoit l'impureté Objection : la table est un keli ets asouy lenahat un ustensile de bois destiné à demeurer en place, donc hors d'atteinte de l'impureté Rech Lakich lit : sur la table pure Dire qu'elle est pure suppose qu'elle puisse devenir impure Elle était bel et bien transportée On la soulevait avec le le'hem hapanim pour le montrer aux pèlerins : voyez l'affection qui vous est portée, son retrait vaut sa disposition Elle se transporte pleine et vide : elle reçoit l'impureté
Le trajet complet du raisonnement, du hekech au sac jusqu'au soulèvement de la table.
8
וְתִיפּוֹק לִי מִשּׁוּם צִיפּוּי. דְּהִתְנָן: הַשֻּׁלְחָן וְהַדֻּולְפְּקִי שֶׁנִּפְחֲתוּ, אוֹ שֶׁחִיפָּן בְּשַׁיִישׁ, וְשִׁייֵּר בָּהֶם מְקוֹם הַנָּחַת כּוֹסוֹת — טָמֵא. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מְקוֹם הַנָּחַת הַחֲתִיכוֹת.

Mais qu'on le déduise du revêtement (tsipouy) ! Car nous avons appris [dans une michna] : la table et le doulpaki qui se sont ébréchés, ou que l'on a recouverts de marbre, et dans lesquels on a laissé subsister la place où l'on pose les coupes — sont susceptibles d'impureté.

Rabbi Yehouda dit : la place où l'on pose les morceaux.

📜 Rachi (8)
וְתִיפּוֹק לִי דִּמְקַבֵּל טֻומְאָה וַאֲפִילּוּ הוּא עָשׂוּי לְנַחַת:
Mais qu'on le déduise : qu'elle reçoit l'impureté, même si elle est destinée à demeurer en place.
מִשּׁוּם צִיפּוּיוֹ שֶׁהוּא מַתֶּכֶת דִּכְלִי מַתֶּכֶת לָא אִיתַּקַּשׁ לְשַׂק:
En raison de son revêtement : qui est de métal, et les ustensiles de métal n'ont pas été rapprochés du sac.
דְּהִתְנָן דְּבָתַר צִיפּוּי אָזְלִינַן:
Car nous avons appris : que l'on suit le revêtement.
הַדּוּלְפְּקִי כִּסֵּא הַמִּתְקַפֵּל וּמְכֻוסֶּה עוֹר:
Le doulpaki : un siège pliant recouvert de cuir.
שֶׁחִיפָּהוּ בְּשַׁיִישׁ דְּשׁוּב הָוֵי כִּכְלֵי אֲבָנִים שֶׁאֵין מְקַבְּלִין טֻומְאָה:
Qu'on l'a recouvert de marbre : car il devient dès lors comme un ustensile de pierre, et ceux-ci ne reçoivent pas l'impureté.
וְשִׁייֵּר בָּהֶן מִן הַפְּחִיתָה אוֹ מִן הַחִיפּוּי כְּדֵי הַנָּחַת כּוֹסוֹת:
Et l'on y a laissé subsister : de la partie ébréchée ou du revêtement, de quoi poser des coupes.
טָמֵא שֶׁעֲדַייִן רָאוּי לִמְלַאכְתּוֹ רִאשׁוֹנָה:
Susceptible d'impureté : car il demeure apte à son usage premier.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר צָרִיךְ אַף הַנָּחַת חֲתִיכוֹת לֶחֶם וּבָשָׂר וְאִי לֹא לָאו שֻׁלְחָן הוּא אַלְמָא צִיפּוּיוֹ מְבַטְּלוֹ אֲפִילּוּ לְהָקֵל וְכָל שֶׁכֵּן לְהַחְמִיר:
Rabbi Yehouda dit : il faut aussi de quoi poser les morceaux de pain et de viande ; à défaut, ce n'est plus une table. On voit donc que son revêtement l'annule, même pour alléger, et à plus forte raison pour aggraver.
💡 Explication

La guemara propose une voie plus courte. La table du Mikdach était plaquée d'or, et un ustensile de métal n'est pas soumis au hekech du sac : il reçoit l'impureté même s'il demeure en place. Le détour par Rech Lakich serait alors superflu.

La michna de Kelim fournit le principe : une table de bois entièrement recouverte de marbre suit son revêtement et cesse de recevoir l'impureté, la pierre ne la recevant pas. Elle ne la reçoit que si l'on a laissé subsister assez de bois pour conserver son usage — la place des coupes pour le tana kama, et de surcroît celle des morceaux pour Rabbi Yehouda. Le principe vaut alors dans les deux sens, pour alléger comme pour aggraver.

🖼️ Schéma
La michna de Kelim : ce qui reste de bois décide du statut marbre partout Rien n'est laissé de bois bois Place laissée pour les coupes bois Place pour les morceaux aussi Pur Impur pour le tana kama Impur pour Rabbi Yehouda Conséquence tirée par la guemara : le statut d'un ustensile suit son revêtement. La table du Mikdach, plaquée d'or, devrait donc compter comme ustensile de métal.
La michna de Kelim : trois états d'une même table, selon ce qui reste de bois apparent.
9
וְכִי תֵּימָא: שָׁאנֵי עֲצֵי שִׁטִּים דַּחֲשִׁיבִי וְלָא בָּטְלִי, הַנִּיחָא לְרֵישׁ לָקִישׁ, דְּאָמַר: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּכְלֵי אֶכְּסְלָגֵים הַבָּאִין מִמְּדִינַת הַיָּם, אֲבָל בִּכְלִי מִסַּמִּים — לָא בָּטְלִי, שַׁפִּיר. אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן, דְּאָמַר: אֲפִילּוּ בִּכְלֵי מְסִמֵים נָמֵי בָּטְלִי, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Et si tu disais : le bois de chittim (acacia) est différent, car il est de valeur et ne s'annule pas — cela va bien selon Rech Lakich, qui a dit : on n'a enseigné [cette règle] qu'à propos des ustensiles d'akhselaguim qui viennent d'outre-mer, mais les ustensiles de masmim ne s'annulent pas ; à la bonne heure. Mais selon Rabbi Yo'hanan, qui a dit : même les ustensiles de masmim s'annulent eux aussi — que peut-on dire ?

📜 Rachi (1)
לֹא שָׁנוּ הַךְ דְּקָתָנֵי צִיפּוּיוֹ מְבַטְּלוֹ אֶלָּא בַּעֲצֵי אֶכְּסְלָגִים שֶׁאֵינוֹ חָשׁוּב כ"כ:
On n'a enseigné : ce qui est enseigné, à savoir que le revêtement l'annule, qu'à propos du bois d'akhselaguim, qui n'est pas si précieux.
🗂️ Tossefot (1)
בִּכְלֵי אֶכְּסְלָגִים. יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ שֶׁהִיא שֵׁם עִיר וַחֲשׁוּבִים כֵּלִים הַבָּאִים מִשָּׁם וְקָשֶׁה דְּהָכָא מַשְׁמַע שֶׁל עֵץ הָיוּ וְהָתָם בִּזְבָחִים פֶּרֶק דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צַד.) מַשְׁמַע שֶׁהָיוּ שֶׁל עוֹר כִּדְפֵי' רַשִׁ"י גַּבֵּי הָעוֹר טָעוּן כִּבּוּס בָּמָקוֹ' קָדוֹשׁ: [וְעַ' תּוֹס' מְנָחוֹת צז. ד"ה כְּלִי]:
Des ustensiles d'akhselaguim. On peut expliquer que c'est un nom de ville, et que les ustensiles qui en proviennent sont de valeur. Difficulté : ici il ressort qu'ils étaient de bois, alors que là-bas, dans Zevahim, chapitre Dam Hatat (Zevahim 94a), il ressort qu'ils étaient de cuir, comme l'a expliqué Rachi a propos de la peau qui exige un lavage en lieu saint. [Voir Tossefot Menahot 97a, dibour hamatchil keli.]
💡 Explication

Première tentative pour sauver la table de la règle du revêtement : son bois est de l'acacia, un bois hachouv (de valeur), qui ne s'efface pas devant le placage d'or. Le statut suivrait alors le bois, et l'impureté resterait à démontrer autrement.

La réponse dépend d'une divergence. Rech Lakich restreint la règle du revêtement aux bois ordinaires venus d'outre-mer et maintient les bois précieux ; la tentative tient debout. Rabbi Yo'hanan étend la règle à tous les bois, y compris les plus précieux, et la tentative tombe.

10
וְכִי תֵּימָא: כָּאן בְּצִיפּוּי עוֹמֵד, כָּאן בְּצִיפּוּי שֶׁאֵינוֹ עוֹמֵד — הָא בְּעָא מִינֵּיהּ רֵישׁ לָקִישׁ מֵרַבִּי יוֹחָנָן: בְּצִיפּוּי עוֹמֵד, אוֹ בְּצִיפּוּי שֶׁאֵינוֹ עוֹמֵד? בְּחֻופָּה אֶת לְבָזְבְּזָיו, אוֹ בְּשֶׁאֵינוֹ חוֹפֶה אֶת לְבִזְבְּזָיו?

Et si tu disais : ici [il s'agit] d'un revêtement stable, là d'un revêtement qui n'est pas stable — mais Rech Lakich a posé la question à Rabbi Yo'hanan : [parle-t-on] d'un revêtement stable ou d'un revêtement qui n'est pas stable ? [D'un revêtement] qui recouvre ses rebords ou qui ne recouvre pas ses rebords ?

📜 Rachi (2)
צִיפּוּי שֶׁאֵינוֹ עוֹמֵד שֶׁאֵינוֹ מְחֻוזָּק בְּמַסְמְרִים יָפֶה וְתֹאמַר דְּהַהוּא דְּמִקְדָּשׁ לָאו עוֹמֵד הוּא:
Un revêtement qui n'est pas stable : qui n'est pas bien assujetti par des clous ; et tu diras que celui du Mikdach n'était pas stable.
לְבִזְבְּזִין שָׂפָה לַשֻּׁלְחָן סָבִיב:
Levazbezin : le rebord qui entoure la table.
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן בְּצִפּוּי עוֹמֵד. וְשֶׁל מִקְדָּשׁ לֹא הָיָה עוֹמֵד דְּשָׁלֹשׁ שֻׁולְחָנוֹת הָיוּ בַּמִּקְדָּשׁ כְּמִין שְׁלֹשָׁה אֲרוֹנוֹת שֶׁעָשָׂה בְּצַלְאֵל וְהַצִּפּוּי נוֹחַ לַהֲסִירוֹ וי"מ בְּצִפּוּי עוֹמֵד צִפּוּי דְּשַׁיִישׁ כְּגוֹן שֻׁלְחָן וְדֻולְבְּקִי דְּשַׁייִשׁ עָב וְחָזָק וְגַם בְּלֹא עֵץ נָמֵי עוֹמֵד מֵאֵלָיו לְכָךְ לָא חֲשִׁיב הָעֵץ אֲבָל שֻׁלְחָן שֶׁל מֹשֶׁה הַזָּהָב הָיָה דַּק וְקָלוּשׁ וּבְלֹא עֵץ לָא מָצֵי קָאֵי לְפִיכָךְ הָעֵץ עִיקָּר וְהַצִּפּוּי בָּטֵל לְגַבֵּיהּ:
Ici, un revêtement stable. Et celui du Mikdach n'était pas stable, car il y avait trois tables dans le Mikdach, à la manière des trois arches qu'a faites Betsalel, et le revêtement était aisé à retirer. Certains expliquent un revêtement stable comme le revêtement de marbre, par exemple la table et le doulpaki de marbre, qui est épais et solide et tient de lui-même même sans le bois : c'est pourquoi le bois n'y compte pas. Mais pour la table de Moche, l'or était mince et léger, et sans le bois il ne pourrait pas tenir ; dès lors le bois est l'essentiel et le revêtement s'annule devant lui.
💡 Explication

Deuxième tentative : distinguer selon la tenue du revêtement. La michna de Kelim viserait un placage stable, solidement fixé, tandis que l'or de la table du Mikdach se retirait aisément. Une seconde variable s'ajoute : le placage recouvre-t-il les levazbezin, les rebords qui entourent le plateau ?

La guemara coupe court en rappelant que Rech Lakich avait posé exactement ces deux questions à Rabbi Yo'hanan. La réponse reçue figure au segment suivant.

11
וַאֲמַר לֵיהּ: לָא שְׁנָא בְּצִיפּוּי עוֹמֵד וְלָא שְׁנָא בְּצִיפּוּי שֶׁאֵינוֹ עוֹמֵד, לָא שְׁנָא בְּחוֹפֶה אֶת לְבִזְבְּזָיו וְלָא שְׁנָא בְּשֶׁאֵינוֹ חוֹפֶה אֶת לְבִזְבְּזָיו. אֶלָּא: שָׁאנֵי שֻׁלְחָן —

Et il lui a répondu : il n'y a pas de différence entre un revêtement stable et un revêtement qui n'est pas stable, pas de différence entre celui qui recouvre ses rebords et celui qui ne recouvre pas ses rebords. Il faut donc dire : la table est différente —

🗂️ Tossefot (1)
שָׁאנֵי שֻׁלְחָן דְּרַחֲמָנָא קַרְייֵהּ עֵץ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מִזְבֵּחַ נָמֵי אִיקְּרִי עֵץ דִּכְתִיב הַמִּזְבֵּחַ עֵץ שָׁלֹשׁ אַמּוֹת וּתְנַן לֵיהּ בְּמָתְנֵי' דִּפְלִיגִי בֵּיהּ מִשּׁוּם דְּלָא בְּטִיל הַצִּפּוּי אַגַּב הָעֵץ אֶלָּא הָעֵץ בָּטֵל וְעוֹד אָמַר בְּסָמוּךְ וְאִיבָּעֵית אֵימָא רַבָּנָן לר"א קָאָמְרִי מַאי דַּעְתָּךְ מִשּׁוּם דִּמְצֻופִּין מִיבְטָל בָּטֵל צִפּוּי לְגַבַּייְהוּ אַלְמָא טַעְמָא מִשּׁוּם דְּהַצִּפּוּי בָּטֵל לְגַבֵּי הָעֵץ וְאִילּוּ גַּבֵּי שֻׁלְחָן וְדֻולְבְּקִי הֵיכָא דְּלָא שִׁייֵּר כְּלוּם בָּטֵל הָעֵץ אַגַּב הַצִּפּוּי וּמִיהוּ הַךְ קְרָא דְּמִזְבֵּחַ שֶׁל עֵץ מְתַרְגֵּם יְהוֹנָתָן פָּתוּרָא דְּסָמוּךְ לַמִּזְבֵּחַ דְּדַהֲבָא אֲבָל מִזְבֵּחַ לָא מִיקְּרֵי שֶׁל עֵץ וְגַם שֻׁלְחָן לֹא מָצִינוּ דְּאִיקְרֵי עֵץ כִּי אִם הַשֻּׁלְחָן דְּסָמוּךְ לַמִּזְבֵּחַ מִדְּאַפְקִי' בִּלְשׁוֹן מִזְבֵּחַ אֲבָל שֶׁמָּא שֻׁלְחָן וְדֻולְבְּקִי עֵץ לָא אִיקְּרִי לְפִיכָךְ לָא בְּטִיל הַצִּפּוּי לְגַבַּיְיהוּ אִי לֹא שִׁייֵּר כְּלוּם והר"ר אֶלְחָנָן תי' דְּלָא קָשֶׁה מִידִי כְּדִתְנַן בְּמָתְנֵי' כָּל הַכֵּלִים שֶׁהָיוּ בַּמִּקְדָּשׁ טְעוּנִים טְבִילָה חוּץ מִמִּזְבַּח הַזָּהָב וְהַנְּחֹשֶׁת מִזְבַּח הַנְּחֹשֶׁת דִּכְתִיב מִזְבַּח אֲבָנִים תַּעֲשֶׂה לִּי מִזְבַּח הַזָּהָב דִּכְתִיב הַמְּנוֹרָה וְהַמִּזְבְּחוֹת וְאִיתַּקּוּשׁ לְהָדְדִי לְפִיכָךְ נְבַטֵּל צִפּוּי גַּבֵּי מִזְבַּח הַנְּחֹשֶׁת הִלְכָּךְ לָא מְקַבְּלִי טֻומְאָה אַךְ צָרִיךְ עִיּוּן הַאי קְרָא דְּמִזְבֵּחַ שָׁלֹשׁ אַמּוֹת בְּמַאי מִיתּוֹקַם אִי מִזְבַּח הַזָּהָב אַמָּתַיִם וְתוּ לָא:
La table est différente, car la Torah l'a appelée bois. Il y a lieu d'objecter : le mizbeah aussi est appelé bois, car il est écrit le mizbeah de bois, de trois coudées ; or notre michna l'enseigne, et l'on y diverge à son sujet parce que le revêtement ne s'annule pas devant le bois — c'est le bois qui s'annule. En outre, il est dit plus loin : et si tu veux, dis que les Sages parlaient selon Rabbi Eliezer : quelle est ta raison ? parce qu'ils sont revêtus — [or] le revêtement s'annule devant eux. On voit donc que la raison tient à ce que le revêtement s'annule devant le bois, alors que pour la table et le doulpaki, là où l'on n'a rien laissé subsister, c'est le bois qui s'annule devant le revêtement. Toutefois, ce verset du mizbeah de bois, Yonatan le traduit : la table qui se tient auprès du mizbeah d'or ; le mizbeah, lui, n'est pas appelé de bois. Et nous n'avons pas trouvé non plus qu'une table soit appelée bois, si ce n'est la table qui se tient auprès du mizbeah, du fait qu'on l'a désignée par le terme de mizbeah. Peut-être qu'une table et un doulpaki ne sont pas appelés bois, et c'est pourquoi le revêtement ne s'annule pas devant eux si l'on n'a rien laissé subsister. Et le Rav Elhanan a répondu qu'il n'y a là aucune difficulté, comme l'enseigne notre michna : tous les ustensiles qui étaient dans le Mikdach exigent la tevila, à l'exception du mizbeah d'or et du mizbeah de cuivre. Le mizbeah de cuivre, parce qu'il est écrit tu me feras un mizbeah de pierres ; le mizbeah d'or, parce qu'il est écrit la menora et les mizbehot, et qu'ils ont été rapprochés l'un de l'autre par un hekech. C'est pourquoi le revêtement s'annule pour le mizbeah de cuivre, et dès lors ils ne reçoivent pas l'impureté. Mais il reste à examiner à quoi appliquer ce verset du mizbeah de trois coudées : s'il s'agit du mizbeah d'or, il fait deux coudées, et pas davantage.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan répond que la règle du revêtement vaut dans tous les cas : ni la solidité du placage ni le sort des rebords n'y changent rien. Les deux échappatoires sont donc fermées.

La guemara ouvre alors la réponse retenue, chani choulhan (la table est différente), dont le motif est énoncé au début de 27a : l'Écriture l'a appelée bois. Le long Tossefot de ce segment discute déjà cette raison en la confrontant au mizbeah.

🖼️ Schéma
Le revêtement d'or : trois tentatives pour expliquer la table Michna de Kelim : une table entièrement recouverte de marbre ne reçoit plus l'impureté. Le statut de l'ustensile suit donc son revêtement, non son corps de bois. 1. Le bois de chittim Il est de valeur, donc il ne s'annule pas devant son revêtement 2. Revêtement stable La michna de Kelim parle d'un revêtement fixe ; celui de la table ne l'est pas 3. La table est différente La guemara ouvre ici la réponse retenue, achevée au début de 27a Ecartée Rech Lakich l'accepterait : seuls les akhselaguim s'annulent. Rabbi Yo'hanan : les masmim s'annulent eux aussi. Ecartée Rech Lakich avait posé cette question même, et Rabbi Yo'hanan répond : aucune différence. Retenue La dernière question portait aussi sur les levazbezin, les rebords de la table : là encore, aucune différence. Enjeu : si l'on suit le revêtement d'or, la table devient un ustensile de métal, que le hekech du sac ne limite pas — et le détour par Rech Lakich deviendrait inutile.
Les trois tentatives de la guemara et leur sort, la troisième s'achevant au début de 27a.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).