Sougya : Le folio achève d'abord la baraita de Modi'im : Abaye montre que notre michna elle-même impose de distinguer le potier qui sort face au haver qui entre, ou les deux se croisent, des cas où tous deux entrent ou tous deux sortent. Vient ensuite la portée de cette confiance : elle vaut pour les ustensiles de terre fins, dont Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan discutent la définition et le statut lorsqu'ils sont pleins.
La michna suivante traite des gabaïm, collecteurs d'impôts, et des voleurs entrés dans une maison : leur déclaration « nous n'avons pas touché » est acceptée, sauf pour les gabaïm accompagnés d'un non-Juif, et pour les voleurs tant qu'ils n'ont pas fait techouva. La guemara explique la largesse de Jérusalem par l'absence de fours de potier dans la ville, puis tire du verset de la concubine de Guivéa que le reguel fait de tout Israël des haverim.
La dernière michna pose le cas du haver qui a ouvert sa jarre pendant la fête : Rabbi Yehouda lui permet d'achever la vente, les Sages le lui refusent, et Rabbi Ami et Rabbi Yits'hak Nappaha demandent s'il peut au moins la garder pour le reguel suivant. Le folio s'achève sur la purification de la azara au lendemain de la fête.
ou bien que les deux sortent — [le statut est] comme l'extérieur.
Fin de la baraita commencée à la fin de 25b. Le potier am haarets est cru sur la pureté de ses ustensiles de terre à l'intérieur du périmètre de Modi'im. La baraita examine les cas de la ville frontière elle-même, où tout dépend du mouvement des deux hommes : le haver peut-il encore attendre un meilleur moment pour acheter ?
Quand les deux entrent, ou quand les deux sortent, le haver n'a aucune urgence à acheter ici : la ville compte pour lui comme l'extérieur et il ne peut pas se fier au potier.
Abaye a dit : nous aussi nous l'avons appris [dans notre michna]. Le potier qui a vendu les marmites et qui est entré à l'intérieur de Modi'im [est cru].
La raison en est donc qu'il se trouve à l'intérieur de Modi'im ; mais dans Modi'im elle-même il ne serait pas cru. Dis alors la fin [de la michna] : s'il est sorti, il n'est pas cru — donc dans Modi'im elle-même il est cru !
Ne faut-il pas en conclure : ici, [la michna parle] du potier qui sort et du haver qui entre ; là, du cas où les deux sortent ou les deux entrent. Conclus-en [qu'il en est bien ainsi].
Abaye montre que la distinction de la baraita est déjà contenue dans la michna. Les deux clauses de la michna produisent des diyoukim (déductions par contraste) opposés : le début implique que dans Modi'im même le potier n'est pas cru, la fin implique qu'il l'est.
La seule lecture qui sauve les deux déductions consiste à dire qu'elles visent des configurations différentes : la fin parle du potier qui sort au moment où le haver entre, où l'achat est permis parce que l'occasion ne se représentera plus ; le début parle des deux mouvements parallèles, où le haver peut attendre.
On a enseigné : ils sont crus pour les ustensiles de terre fins, pour le kodech. Rech Lakich a dit : à condition qu'on puisse les prendre d'une seule main.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : même s'ils ne peuvent pas être pris d'une seule main.
La confiance accordée depuis Modi'im ne porte pas sur tout : la baraita la limite aux kele heres dakin, les ustensiles de terre fins, dont on ne peut pas se passer et qu'il faut nécessairement faire venir de l'extérieur.
Reste à définir ce qu'est un ustensile fin. Rech Lakich retient un critère de maniabilité : ce qui se prend d'une seule main. Rabbi Yo'hanan élargit. Rachi rapporte une autre tradition, où la finesse désigne l'étroitesse de l'ouverture, et il en marque lui-même la difficulté.
Rech Lakich a dit : on n'a enseigné cela que pour des [ustensiles] vides, mais pleins — non. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même pleins, et même si son apikarsout (vêtement de dessous) se trouve à l'intérieur.
Et Rava a dit : Rabbi Yo'hanan concède au sujet des liquides eux-mêmes qu'ils sont impurs. Et ne t'en étonne pas, car voici un laguin (cruche) plein de liquides : le laguin est impur d'une impureté de sept jours, et les liquides sont purs.
Second désaccord entre les deux maîtres : la confiance vaut-elle encore quand l'ustensile n'est pas vide ? Rech Lakich la limite aux récipients vides. Rabbi Yo'hanan la maintient même pleins, et même quand le vêtement du am haarets s'y trouve.
Rava précise la portée de la position de Rabbi Yo'hanan : le décret a été levé sur l'ustensile, et les liquides que le am haarets a touchés demeurent impurs. Pour lever l'étonnement, la guemara rappelle un cas connu : sous le toit d'un mort, un récipient de terre fermé d'un tsamid patil contracte une impureté de sept jours, tandis que les liquides qu'il protège restent purs. Le contenant et le contenu suivent bien des régimes distincts.
MICHNA. Les gabaïm (collecteurs d'impôts) qui sont entrés dans la maison, et de même les voleurs qui ont rendu les ustensiles, sont crus lorsqu'ils disent : nous n'avons pas touché.
Et à Jérusalem ils sont crus pour le kodech, et au moment du reguel (fête de pèlerinage), même pour la terouma.
La michna poursuit la série des largesses consenties au am haarets. Les gabaïm sont des Juifs chargés par le pouvoir de percevoir l'impôt, qui entrent chez les gens pour saisir un gage ; les gannavim sont des voleurs qui ont restitué ce qu'ils avaient pris. Dans les deux cas, leur parole est acceptée sur ce qu'ils n'ont pas touché.
Selon Rachi, cette créance vaut pour le kodech et non pour la terouma, conformément au fil de tout notre chapitre, qui énumère les rigueurs du kodech par rapport à la terouma. Les Tossefot, au nom de Rabbenou Chimon, lisent la Tossefta autrement et étendent la créance à la terouma.
GUEMARA. On oppose : les gabaïm qui sont entrés dans la maison — toute la maison est impure !
Ce n'est pas difficile : là, il y a un non-Juif avec eux ; ici, il n'y a pas de non-Juif avec eux. Car nous avons appris : s'il y a un non-Juif avec eux, ils sont crus lorsqu'ils disent « nous ne sommes pas entrés », mais ils ne sont pas crus lorsqu'ils disent « nous sommes entrés, mais nous n'avons pas touché ».
Une michna du traité Teharot enseigne que l'entrée des gabaïm rend impure toute la maison. La guemara concilie : cette michna-là vise le cas où un non-Juif les accompagne.
La distinction porte sur l'objet de la déclaration. Sur le fait même d'être entrés, ils restent crus, parce que le mensonge serait trop facilement démenti. Sur le détail de ce qu'ils ont touché à l'intérieur, la présence du non-Juif les contraint à une fouille complète, et leur parole ne tient plus.
Et quand il y a un non-Juif avec eux, qu'en résulte-t-il ? Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar : l'un a dit que la crainte du non-Juif est sur eux, et l'autre a dit que la crainte de la royauté est sur eux.
Quelle différence y a-t-il entre eux ? La différence entre eux porte sur un non-Juif qui n'est pas un personnage important.
La guemara cherche le ressort exact de la sévérité. Deux explications : la peur de l'homme présent, qui peut frapper au corps ou à la bourse, ou la peur du pouvoir auquel il pourrait rapporter une fouille menée trop mollement.
La nafka mina (conséquence pratique) apparaît avec un non-Juif sans autorité : il ne fait pas peur par lui-même, et il peut toujours dénoncer.
« Et de même les voleurs qui ont rendu les ustensiles. » On oppose : les voleurs qui sont entrés dans la maison — seul l'endroit foulé par les pieds des voleurs est impur ! Rav Pinhas a dit au nom de Rav : [notre michna parle] du cas où ils ont fait techouva.
Le langage [de la michna] le suggère aussi, puisqu'elle enseigne : qui ont rendu les ustensiles. Conclus-en [qu'il en est bien ainsi].
Même procédé que pour les gabaïm : une michna de Teharot limite l'impureté à l'endroit foulé, ce qui revient à ne pas croire les voleurs sur les ustensiles qu'ils ont manipulés.
Rav résout par l'état du voleur : notre michna parle de celui qui a fait techouva, et c'est précisément ce que signale la formulation « qui ont rendu les ustensiles ». Une restitution spontanée vaut garantie de sincérité.
« Et à Jérusalem ils sont crus pour le kodech. » On a enseigné : ils sont crus pour les ustensiles de terre gros, pour le kodech. Et pourquoi tant [de largesse] ?
Parce qu'on ne fait pas de fours de potier à Jérusalem.
Dans Jérusalem, la créance s'étend aux kele heres gassin, les gros ustensiles, jarres à vin comprises, la où depuis Modi'im elle se limitait aux fins.
La raison est matérielle : on n'installe pas de kivchonot, fours de potier, dans la ville, dont on préserve l'air. Toute la poterie vient donc du dehors, et sans cette largesse le service du Temple et les offrandes des particuliers deviendraient impraticables. Rachi explique que les particuliers, qui préparaient chez eux leurs libations et cuisaient leurs chelamim, avaient besoin des ustensiles fins dès Modi'im, tandis que les responsables de la chambre du Temple se contentaient de ce qui entrait dans la ville.
« Et au moment du reguel, même pour la terouma. » D'où ces choses [sont-elles tirées] ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : le verset dit « et tout homme d'Israël se rassembla vers la ville comme un seul homme, unis (haverim) » (Choftim 20, 11) — l'Écriture les a tous faits haverim.
La michna étend au réguel une créance qui touche jusqu'à la terouma, ce qui dépasse largement les largesses précédentes. La guemara en cherche la source.
Rabbi Yehochoua ben Levi la trouve dans le récit de la concubine de Guivéa, où l'Écriture qualifie de haverim tout Israël rassemblé. Rachi dégage le principe : le rassemblement fait la haverout, et le réguel est par excellence le temps du rassemblement.
MICHNA. Celui qui ouvre sa jarre et celui qui entame sa pâte à l'occasion du réguel : Rabbi Yehouda dit qu'il achèvera, et les Sages disent qu'il n'achèvera pas.
Un haver ouvre à Jérusalem une jarre de vin pour la vendre pendant la fête, ou entame une pâte : tous les acheteurs y portent la main, amei haarets compris. Pendant le réguel, cela ne pose aucun problème, puisque tous sont haverim.
La question porte sur l'après. Rabbi Yehouda permet d'achever la vente, au nom du principe énoncé dans Betsa : on a permis la fin à cause du commencement, sans quoi personne n'ouvrirait de jarre et les pèlerins manqueraient de nourriture. Les Sages refusent : la pureté du réguel est une suspension du décret, et le contact du am haarets redevient impur rétroactivement.
GUEMARA. Rabbi Ami et Rabbi Yits'hak Nappaha étaient assis dans le vestibule de Rabbi Yits'hak Nappaha.
L'un d'eux ouvrit [la discussion] et dit : qu'en est-il de la laisser pour un autre réguel ?
La question est posée selon les Sages, qui interdisent d'achever la vente après la fête. Le vendeur garde une jarre entamée et invendue : peut-il la conserver jusqu'à la fête suivante, où la pureté générale reviendra, et la vendre alors ?
L'autre lui dit : la main de tous l'a manipulée, et tu dis qu'il la laissera pour un autre réguel ! Il lui répondit : est-ce que jusqu'à maintenant la main de tous ne la manipulait pas ?
Il lui dit : comment comparer ? Jusqu'à maintenant, passé encore : l'impureté du am haarets pendant le réguel, la Torah l'a déclarée pure ; mais maintenant elle est impure.
L'objection porte sur le fait accompli : la jarre a été manipulée par tous, et on voudrait encore la vendre en état de pureté. La réplique retourne l'argument : pendant la fête aussi tous y portaient la main, et la vente était permise.
La distinction finale est décisive. Pendant le réguel, l'impureté du am haarets est écartée par l'Écriture elle-même ; la fête passée, le statut d'impureté reprend ses droits sur le passé comme sur le présent, et la jarre est désormais impure. Rachi ajoute qu'un haver ne vend jamais un produit impur, et il réfute la lecture qui attribuerait notre michna à un am haarets.
Dirons-nous que cela correspond à [une controverse de] Tanaïm ? Car une baraita enseigne : il la laissera pour un autre réguel ; et une autre baraita enseigne : il ne la laissera pas pour un autre réguel.
N'est-ce donc pas une controverse de Tanaïm ?
Procédé classique : la guemara essaie de résoudre la question des Amoraim en la ramenant à un désaccord déjà formulé entre Tanaïm. Deux baraitot donnent en apparence les deux réponses opposées.
Non : celle qui enseigne qu'il la laissera est Rabbi Yehouda, et celle qui enseigne qu'il ne la laissera pas est les Sages. Et peux-tu le soutenir ?
Rabbi Yehouda dit pourtant qu'il achèvera ! Plutôt : celle qui enseigne qu'il ne la laissera pas est Rabbi Yehouda, et celle qui enseigne qu'il la laissera est les Sages.
Et que signifie qu'il ne la laissera pas ? Qu'il n'a pas besoin de la laisser.
La première répartition s'effondre : si Rabbi Yehouda permet d'achever la vente aussitôt, la question de garder la jarre pour la fête suivante ne se pose même pas pour lui.
La guemara inverse donc l'attribution et relit la formule « il ne la laissera pas » comme un constat de superflu : selon Rabbi Yehouda, l'attente n'a aucune utilité. Les deux baraitot se trouvent conciliées, et la question posée au nom des Sages reste ouverte.
MICHNA. Une fois le réguel passé, on procède à la purification de la azara (parvis du Temple).
Si le réguel s'est achevé pour tomber le sixième jour, on n'y procédait pas, par égard pour le Chabbat. Rabbi Yehouda dit : pas davantage le cinquième jour, car les cohanim ne sont pas disponibles.
La michna tire la conséquence de la position des Sages : la pureté du réguel était une suspension, et les ustensiles du Temple manipulés pendant la fête par des cohanim amei haarets doivent être immergés dès la fête finie.
L'opération est reportée quand le lendemain de la fête tombe un vendredi, pour laisser aux cohanim le temps des préparatifs du Chabbat. Rabbi Yehouda ajoute le jeudi à cette exemption, et la guemara va en donner la raison.
GUEMARA. On a enseigné : parce que les cohanim ne sont pas disponibles, ayant à sortir la cendre.
La baraita explique Rabbi Yehouda. Pendant les jours de fête, les cendres des nombreux sacrifices s'accumulaient sur le tapouah, le monticule central de l'autel, sans qu'on les évacue. Au sortir de la fête, ce travail mobilisait les cohanim et ne leur laissait pas le loisir d'immerger les ustensiles.
MICHNA. Comment procède-t-on a la purification de la azara ?
On immerge les ustensiles qui étaient dans le Temple, et on leur dit : prenez garde
La michna décrit l'opération et s'interrompt au milieu de l'avertissement adressé aux cohanim amei haarets ; la suite se lit au début de 26b.
Rachi indique déjà l'objet de cet avertissement : la table des pains de proposition. Elle ne peut pas être immergée après la fête, puisqu'on ne la retire jamais de sa place, le verset ordonnant que le pain s'y trouve en permanence.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).