Sougya : Dernier amud du traité Houlin. La Guemara achève l'affaire de Levi bar Simon : les pigeonneaux étaient des 'rejetons nouveaux' que Levi lui-même n'avait pas encore acquis (la mère couvant en empêchait l'acquisition), d'où le conseil de Chmouel de frapper le nid pour que Levi les acquière d'abord, puis les transfère par un linge (soudar).
La Michna finale enseigne qu'on ne prend pas la mère même pour purifier le metsora, et compare la récompense : puisqu'une mitsva légère (le renvoi du nid, qui ne coûte qu'un issar) promet 'afin que tu sois heureux et prolonges tes jours', à fortiori les mitsvot lourdes. La Guemara rapporte l'enseignement de Rabbi Yaakov : la récompense écrite à côté d'une mitsva (honneur des parents, renvoi du nid) ne se réalise que dans la résurrection ; l'histoire de l'enfant qui, accomplissant les deux mitsvot, tombe et meurt prouve que 'longs jours' et 'bien' visent 'le monde tout entier long' et 'tout bon'.
On écarte les objections (pensée fautive, idolâtrie ; les envoyés d'une mitsva ne sont pas blessés -- sauf au retour, sur une échelle branlante, en lieu de danger établi). Rav Yossef conclut : si Aher (Elicha ben Avouya) avait lu ce verset comme son petit-fils Rabbi Yaakov, il n'aurait pas péché.
[...] il aurait suffi qu'il se tienne [la veille] et dise 'celui-ci et celui-là, je [les] prendrai' [pour les préparer] ! [Réponse :] ces rejetons étaient nouveaux (perei hadtei), que Levi bar Simon lui-même n'avait pas [encore] acquis ; et voici ce que [Chmouel] lui dit : va et frappe sur le nid (terof aken) pour qu'ils se soulèvent et que Levi bar Simon les acquière, puis qu'il te les transfère par un linge (soudar).
Conclusion de l'affaire de Levi bar Simon (depuis 141b). Pour la préparation de yom tov, il aurait suffi de déclarer la veille 'je prendrai ceux-ci'. Pourquoi frapper le nid ? Parce que les pigeonneaux étaient des rejetons nouveaux (perei hadtei) que Levi lui-même n'avait pas encore acquis (la mère les couvant empêchait l'acquisition par la cour). Chmouel conseille donc de frapper le nid pour que les oisillons se soulèvent, que Levi les acquière d'abord, puis les transfère à Rav Yehouda par un kinyan soudar (acquisition par l'échange d'un linge).
MICHNA. Un homme ne prendra pas la mère sur les enfants (em al habanim), même pour purifier le metsora.
Et si, pour une mitsva légère (mitsva kala) qui [ne coûte] qu'un issar, la Torah a dit 'afin que tu sois heureux et que tu prolonges [tes] jours' (lemaan yitav lakh vehaarakhta yamim) — à plus forte raison [la récompense] pour les mitsvot lourdes (hamourot) de la Torah !
Michna finale. On ne prend pas la mère avec les petits, même pour la mitsva de purifier le metsora (le renvoi prime). Puis un kal va-homer sur la récompense : si une mitsva légère (kala) -- le renvoi du nid, dont le coût n'est qu'un issar (petite pièce, valeur de l'oiseau) -- reçoit la promesse 'afin que tu sois heureux et prolonges tes jours' (Deut 22:7), à fortiori les mitsvot lourdes de la Torah.
GUEMARA. Il est enseigné : Rabbi Yaakov dit : il n'est pas une seule mitsva de la Torah dont la récompense [soit écrite] à côté d'elle, qui ne soit suspendue à la résurrection des morts (tehiyat hametim).
Pour l'honneur du père et de la mère il est écrit 'afin que se prolongent tes jours et afin que tu sois heureux' (lemaan yaarikhoun yamekha oulemaan yitav lakh) ; pour le renvoi du nid il est écrit 'afin que tu sois heureux et que tu prolonges [tes] jours' (lemaan yitav lakh vehaarakhta yamim).
Guemara. Rabbi Yaakov : toute mitsva dont la récompense est écrite à côté est en réalité suspendue à la résurrection des morts (tehiyat hametim) -- la récompense se réalise dans le monde à venir. Deux exemples à la promesse identique : l'honneur des parents ('afin que se prolongent tes jours et que tu sois heureux', Deut 5:16) et le renvoi du nid ('afin que tu sois heureux et prolonges tes jours', Deut 22:7).
Voici que quelqu'un [dont] son père lui a dit : 'monte à l'étage (bira) et apporte-moi des oisillons (gozalot)' ; il est monté, à renvoyé la mère et pris les enfants, et à son retour il est tombé et est mort. Où [sont] les longs jours (arikhout yamav) de celui-ci ?
Et où [est] le bien (tovato) de celui-ci ? Plutôt : 'afin que se prolongent tes jours' — dans le monde qui est tout entier long (olam chekoulo aroukh) ; 'et afin que tu sois heureux' — dans le monde qui est tout entier bon (olam chekoulo tov).
L'épisode-clé. Un fils, sur ordre de son père, monte à l'étage chercher des oisillons : il accomplit deux mitsvot d'un coup (honorer son père et renvoyer la mère). Au retour, il tombe et meurt. Où sont alors ses 'longs jours' et son 'bien' promis ici-bas ? Réponse : ces promesses visent le monde à venir -- 'prolonger les jours' = 'le monde tout entier long', et 'bien' = 'le monde tout entier bon'.
Mais peut-être [cela] n'a-t-il pas eu lieu ainsi ? Rabbi Yaakov a vu le fait [de ses yeux] !
Mais peut-être était-il en train de méditer une transgression (meharher baavera) ? Une mauvaise pensée (ma'hchava raa), le Saint, béni soit-Il, ne la joint pas à l'acte [pour la châtier comme un acte].
Objections. Peut-être l'histoire n'a-t-elle jamais eu lieu (et tous sont récompensés ici-bas) ? Réponse : Rabbi Yaakov l'a vu de ses yeux. Peut-être le fils méditait-il une transgression au moment de sa chute (et fut puni pour cela) ? Réponse : une simple mauvaise pensée (ma'hchava raa), Dieu ne la compte pas comme un acte -- on n'est pas châtié pour de seules pensées.
Mais peut-être méditait-il [une pensée] d'idolâtrie (avoda zara) ? Car il est écrit 'afin de saisir la maison d'Israël par leur cœur' (lemaan tefoss et beit Israël belibam), et Rav Aha bar Yaakov a dit : ceci [est] la pensée d'idolâtrie [, que Dieu châtie même sans acte].
Objection plus fine. Peut-être le fils méditait-il une pensée d'idolâtrie (avoda zara) ? Car ce type de pensée est châtié même sans acte : 'afin de saisir la maison d'Israël par leur cœur' (Ezechiel 14:5), que Rav Aha bar Yaakov interprète comme visant la pensée d'idolâtrie. Sa chute pourrait donc s'expliquer ainsi, sans contredire la récompense terrestre.
[Réponse :] voici ce qu'[il] dit : s'il était vrai qu'il y a une récompense des mitsvot en ce monde (behaï alma), elle lui aurait profité et l'aurait protégé pour qu'il n'en vienne pas à [une telle] méditation et ne soit pas blessé ; [donc] il n'y a pas de récompense des mitsvot en ce monde. Mais Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit : les envoyés [pour accomplir] une mitsva (chelouhei mitsva) ne sont pas blessés ?
Au retour, c'est différent.
Réponse de Rabbi Yaakov. Même si le fils méditait l'idolâtrie : s'il y avait une récompense des mitsvot en ce monde, le mérite de ses deux mitsvot l'aurait protégé contre une telle pensée et contre le malheur. Puisqu'il n'en fut rien, c'est qu'il n'y a pas de récompense pleine ici-bas. Objection (Rabbi Elazar) : les envoyés d'une mitsva (chelouhei mitsva) ne sont pas blessés ! Réponse : au retour (la mitsva accomplie), c'est différent -- la protection ne vaut plus.
Mais Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit : les envoyés [pour] une mitsva ne sont pas blessés, ni à l'aller ni au retour ? [Réponse :] c'était une échelle branlante (soulam raoua), et un endroit où le dommage est établi (mekom dekavia hezeka) est différent, car il est écrit 'et Samuel dit : comment irais-je ?
Saul l'entendra et me tuera' (vayomer Chmouel ekh elekh vechama Chaoul vaharagani).
Objection plus forte : Rabbi Elazar dit que les envoyés d'une mitsva ne sont blessés ni à l'aller ni au retour. Réponse : ici, c'était une échelle branlante (soulam raoua) -- un lieu de danger établi (mekom dekavia hezeka), où même l'envoyé d'une mitsva peut être blessé. Preuve : Samuel, allant pourtant oindre David (une mitsva), craignit 'comment irais-je ? Saul l'entendra et me tuera' (I Sam 16:2) -- signe qu'un danger établi demeure redoutable.
Rav Yossef a dit : si Aher (Aher = Elicha ben Avouya) avait interprété ce verset comme Rabbi Yaakov fils de sa fille, il n'aurait pas péché. Qu'a-t-il vu [qui l'a fait fauter] ?
Il y a [ceux] qui disent : un fait comme celui-ci, il [l']a vu ; et il y a [ceux] qui disent : la langue de Rabbi Houtspit le metourgeman (traducteur), il [l']a vue traînant dans un tas d'ordures ; il dit : 'une bouche qui distillait des perles lécherait la poussière ?!' Et il ne savait pas [que] 'afin que tu sois heureux' [vise] le monde qui est tout entier bon, et 'afin que se prolongent tes jours' le monde qui est tout entier long.
Rav Yossef : si Aher ('l'Autre', surnom d'Elicha ben Avouya devenu apostat) avait lu ce verset comme son petit-fils Rabbi Yaakov (récompense au monde à venir), il n'aurait pas péché. Qu'avait-il vu qui le fit douter ? Selon les uns, un fait comme celui-ci (un homme mort en accomplissant une mitsva) ; selon les autres, la langue de Rabbi Houtspit le metourgeman (martyr exécuté) traînant aux ordures -- il s'écria : 'une bouche qui distillait des perles [de Torah] lécherait la poussière ?!'. Il ignorait que 'bien' et 'longs jours' visent le monde à venir, tout bon et tout long.
Nous revenons sur toi, [chapitre] Chilouah HaKen ; et le traité Houlin est achevé (vesalka la massekhet Houlin).
Formule de clôture (Hadran) du chapitre Chilouah HaKen et, avec elle, l'achèvement du traité Houlin -- 'vesalka la massekhet Houlin'. Le traité se termine, comme il est de coutume, sur une note d'espérance : la récompense des mitsvot dans le monde à venir.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).