Chullin 142a — la récompense des mitsvot et le monde à venir (fin du traité)

Chullin 142a

Sougya : Dernier amud du traité Houlin. La Guemara achève l'affaire de Levi bar Simon : les pigeonneaux étaient des 'rejetons nouveaux' que Levi lui-même n'avait pas encore acquis (la mère couvant en empêchait l'acquisition), d'où le conseil de Chmouel de frapper le nid pour que Levi les acquière d'abord, puis les transfère par un linge (soudar).

La Michna finale enseigne qu'on ne prend pas la mère même pour purifier le metsora, et compare la récompense : puisqu'une mitsva légère (le renvoi du nid, qui ne coûte qu'un issar) promet 'afin que tu sois heureux et prolonges tes jours', à fortiori les mitsvot lourdes. La Guemara rapporte l'enseignement de Rabbi Yaakov : la récompense écrite à côté d'une mitsva (honneur des parents, renvoi du nid) ne se réalise que dans la résurrection ; l'histoire de l'enfant qui, accomplissant les deux mitsvot, tombe et meurt prouve que 'longs jours' et 'bien' visent 'le monde tout entier long' et 'tout bon'.

On écarte les objections (pensée fautive, idolâtrie ; les envoyés d'une mitsva ne sont pas blessés -- sauf au retour, sur une échelle branlante, en lieu de danger établi). Rav Yossef conclut : si Aher (Elicha ben Avouya) avait lu ce verset comme son petit-fils Rabbi Yaakov, il n'aurait pas péché.

La récompense de chilouah haken et le monde à venir Michna : ne pas prendre la mère même pour purifier le metsora. Mitsva LEGÈRE (coût : un issar) -> 'afin que tu sois heureux et prolonges tes jours' : à fortiori pour les mitsvot lourdes R. Yaakov : toute récompense écrite à côté d'une mitsva dépend de la résurrection honneur des parents et chilouah haken promettent la MÊME récompense ('bien' et 'longs jours') -> ces biens ne se réalisent pleinement que dans le monde à venir L'enfant envoyé chercher des oisillons (double mitsva : père + renvoi) tombe et meurt : où sont ses 'longs jours' ? -> 'prolonger tes jours' = monde tout entier long ; 'bien' = monde tout bon (échelle branlante, lieu de danger établi -> même l'envoyé d'une mitsva peut être blessé) Rav Yossef : si Aher (Elicha ben Avouya) avait lu ce verset comme R. Yaakov, son petit-fils, il n'aurait pas péché -- il ignorait que 'bien' et 'longs jours' visent le monde à venir
Segments 1-8 : la récompense de chilouah haken, l'enseignement de Rabbi Yaakov sur la résurrection, l'enfant tombé de l'échelle, et Aher.
1
בְּעוֹמֵד וְאוֹמֵר ״זֶה וָזֶה אֲנִי נוֹטֵל״ סַגְיָא! הָנְהוּ פֵּירֵי חַדְתֵי הֲווֹ, דְּלֵוִי בַּר סִימוֹן גּוּפֵיהּ לָא הֲוָה קָנֵי לְהוּ, וְהָכִי קָאָמַר לֵיהּ: זִיל וּטְרוֹף אַקֵּן, דְּלִיתְגַּבְהוּ וְנִיקְנִינְהוּ לֵוִי בַּר סִימוֹן, וַהֲדַר לַיקְנִינְהוּ נִיהֲלָךְ בְּסוּדָר.

[...] il aurait suffi qu'il se tienne [la veille] et dise 'celui-ci et celui-là, je [les] prendrai' [pour les préparer] ! [Réponse :] ces rejetons étaient nouveaux (perei hadtei), que Levi bar Simon lui-même n'avait pas [encore] acquis ; et voici ce que [Chmouel] lui dit : va et frappe sur le nid (terof aken) pour qu'ils se soulèvent et que Levi bar Simon les acquière, puis qu'il te les transfère par un linge (soudar).

📜 Rachi (3)
בְּעוֹמֵד וְאוֹמֵר זֶה וָזֶה אֲנִי נוֹטֵל סַגְיָא כְּבֵית הִלֵּל בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף י.):
Il aurait suffi qu'il se tienne et dise 'celui-ci et celui-là, je [les] prendrai' — comme [l'avis de] Beit Hillel au traité Betsa (10a).
פֵּירֵי חַדְתֵי בֵּיצִים שֶׁהֵטִילָה אוֹתָם הָאֵם וְלֹא עָמְדָה מֵעֲלֵיהֶם מֵעוֹלָם וְלֹא קָנְתָה לוֹ חֲצֵרוֹ לְלֵוִי דְּאָסוּר לִזְכּוֹת בָּהֶן כָּל זְמַן שֶׁהָאֵם רוֹבֶצֶת עֲלֵיהֶם וְלֵוִי הָיָה צָרִיךְ לֵילֵךְ לִקְנוֹת וּמַה שֶׁלֹּא קָנָה אֵינוֹ יָכוֹל לְהַקְנוֹת וְאִם יַקְנֶה לוֹ בְּסוּדָר יָכוֹל לַחֲזֹור בּוֹ:
Rejetons nouveaux — des œufs que la mère a pondus et sur lesquels elle ne s'est jamais tenue : la cour de Levi ne les lui a pas acquis, car il est interdit d'en acquérir [la propriété] tant que la mère les couve ; Levi devait [donc] aller [les] acquérir, et ce qu'il n'a pas acquis il ne peut [le] transférer ; et s'il [le] lui transférait par un linge, il pourrait se rétracter.
זִיל טְרוֹף אַקַּן דְּלִיתְגַּבְהוּ אִמָּהוֹת וְלִיקְנִינְהוּ לֵוִי לְפֵירוֹת עַל יָדוֹ חֲצֵירוֹ וְיִקְנֵהוּ לֵוִי נִיהֲלָךְ בְּסוּדָר:
Va et frappe sur le nid pour qu'ils se soulèvent — les mères, et que Levi acquière les rejetons par sa cour, puis que Levi te les transfère par un linge.
💡 Explication

Conclusion de l'affaire de Levi bar Simon (depuis 141b). Pour la préparation de yom tov, il aurait suffi de déclarer la veille 'je prendrai ceux-ci'. Pourquoi frapper le nid ? Parce que les pigeonneaux étaient des rejetons nouveaux (perei hadtei) que Levi lui-même n'avait pas encore acquis (la mère les couvant empêchait l'acquisition par la cour). Chmouel conseille donc de frapper le nid pour que les oisillons se soulèvent, que Levi les acquière d'abord, puis les transfère à Rav Yehouda par un kinyan soudar (acquisition par l'échange d'un linge).

2
מַתְנִי׳ לֹא יִטּוֹל אָדָם אֵם עַל בָּנִים, אֲפִילּוּ לְטַהֵר אֶת הַמְצֹורָע. וּמָה אִם מִצְוָה קַלָּה, שֶׁהִיא כְּאִיסָּר, אָמְרָה תּוֹרָה ״לְמַעַן יִיטַב לָךְ וְהַאֲרַכְתָּ יָמִים״, קַל וָחֹומֶר עַל מִצְוֹת חֲמוּרוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה.

MICHNA. Un homme ne prendra pas la mère sur les enfants (em al habanim), même pour purifier le metsora.

Et si, pour une mitsva légère (mitsva kala) qui [ne coûte] qu'un issar, la Torah a dit 'afin que tu sois heureux et que tu prolonges [tes] jours' (lemaan yitav lakh vehaarakhta yamim) — à plus forte raison [la récompense] pour les mitsvot lourdes (hamourot) de la Torah !

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' שֶׁהִיא כְּאִיסָּר שֶׁאֵין בָּהּ חֶסְרוֹן כִּיס אֶלָּא דָּבָר מוּעָט:
MICHNA. Qui [ne coûte] qu'un issar — où il n'y a pas de perte d'argent, sinon une chose minime.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמָה אִם מִצְוָה קַלָּה שֶׁהִיא כְּאִסָּר (דְּבָרִים כב, ז) . יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט שִׁיעוּר אִיסָּר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הָרַב נַחֲלַת בִּנְיָמִין (מִצְוָה קכז) שֶׁדַּם הַנֶּפֶשׁ הוּא תל"ב [432] אֱסָרִין וּבְיוֹם הַתַּעֲנִית יִתְמַעֵט מִדַּם הַנֶּפֶשׁ שִׁיעוּר אִיסָּר עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ דְּהַתַּעֲנִית הוּא תִּיקּוּן הַנֶּפֶשׁ וְהוּא תִּיקּוּן הָעֲשִׂיָּה נִמְצָא תִּיקּוּן הַנֶּפֶשׁ הוּא שִׁיעוּר אִיסָּר דְּאִם לֹא הִתְעַנָּה יוֹם שָׁלֵם שֶׁבּוֹ מִתְמַעֵט שִׁיעוּר אִיסָּר לֹא עָשָׂה תִּיקּוּן לַנֶּפֶשׁ וְיָדוּעַ כָּל הַמִּצְוֹת הֵם תִּיקּוּן הַנֶּפֶשׁ וְעֵסֶק הַתּוֹרָה תִּיקּוּן הָרוּחַ לָכֵן זָכַר בַּמִּצְוָה שֶׁהִיא תִּיקּוּן הַנֶּפֶשׁ שִׁיעוּר אִיסָּר כִּי זֶה הַשִּׁיעוּר הוּא תִּיקּוּן הַנֶּפֶשׁ בְּתַעֲנִית.
«Et si, pour une mitsva légère qui [ne coûte] qu'un issar» (Deutéronome 22, 7). Il y a lieu de poser une difficulté : pourquoi prendre précisément la mesure d'un issar ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, [de l'expliquer] selon ce qu'a dit le Rav Na'hâlât Binyamin (mitsva 127) : que le sang de l'âme (dam ha-nefech, le sang vital, siège de l'âme animale) représente 432 issarim, et que le jour du jeûne il se réduit, du sang de l'âme, de la valeur d'un issar — vois-y. Or il est connu que le jeûne est un tikoun ha-nefech (rectification de l'âme) et qu'il constitue le tikoun de la 'Assia (le monde de l'action, le plus bas des quatre mondes). Il se trouve [donc] que le tikoun de la nefech équivaut à la mesure d'un issar : car si l'on n'a pas jeûé un jour entier, [jeûne] par lequel se réduit la mesure d'un issar, on n'a pas accompli de tikoun pour la nefech. Et il est connu que toutes les mitsvot sont un tikoun de la nefech, tandis que l'étude de la Torah est un tikoun du roua'h (l'esprit, niveau d'âme supérieur à la nefech). C'est pourquoi [la Michna] a mentionné, à propos d'une mitsva qui est un tikoun de la nefech, la mesure d'un issar : car cette mesure-là est [précisément] le tikoun de la nefech [opéré] par le jeûne.
💡 Explication

Michna finale. On ne prend pas la mère avec les petits, même pour la mitsva de purifier le metsora (le renvoi prime). Puis un kal va-homer sur la récompense : si une mitsva légère (kala) -- le renvoi du nid, dont le coût n'est qu'un issar (petite pièce, valeur de l'oiseau) -- reçoit la promesse 'afin que tu sois heureux et prolonges tes jours' (Deut 22:7), à fortiori les mitsvot lourdes de la Torah.

3
גְּמ׳ תַּנְיָא, רַבִּי יַעֲקֹב אוֹמֵר: אֵין לְךָ כָּל מִצְוָה וּמִצְוָה שֶׁבַּתּוֹרָה שֶׁמַּתַּן שְׂכָרָהּ בְּצִדָּהּ, שֶׁאֵין תְּחִיַּית הַמֵּתִים תְּלוּיָה בָּהּ. בְּכִבּוּד אָב וָאֵם כְּתִיב: ״לְמַעַן יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ וּלְמַעַן יִיטַב לָךְ״, בְּשִׁילּוּחַ הַקֵּן כְּתִיב: ״לְמַעַן יִיטַב לָךְ וְהַאֲרַכְתָּ יָמִים״.

GUEMARA. Il est enseigné : Rabbi Yaakov dit : il n'est pas une seule mitsva de la Torah dont la récompense [soit écrite] à côté d'elle, qui ne soit suspendue à la résurrection des morts (tehiyat hametim).

Pour l'honneur du père et de la mère il est écrit 'afin que se prolongent tes jours et afin que tu sois heureux' (lemaan yaarikhoun yamekha oulemaan yitav lakh) ; pour le renvoi du nid il est écrit 'afin que tu sois heureux et que tu prolonges [tes] jours' (lemaan yitav lakh vehaarakhta yamim).

📜 Rachi (1)
גְּמ' שֶׁמַּתַּן שְׂכָרָהּ בְּצִדָּהּ כְּגוֹן כְּבוֹד אָב וָאֵם וְשִׁלּוּחַ הַקֵּן שֶׁלֹּא תּוּכַל לְהָבִין מַתַּן שְׂכָרָהּ שֶׁעֲתִידִין הַמֵּתִים לְהַחֲיוֹת:
GUEMARA. Dont la récompense [est] à côté d'elle — par exemple l'honneur du père et de la mère et le renvoi du nid, dont tu ne peux comprendre la récompense [autrement qu'en admettant] que les morts ressusciteront à l'avenir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"לְמַעַן יִיטַב לָךְ", בְּעוֹלָם שִׂכְלוֹ טוֹב "וּלְמַעַן יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ", בְּעוֹלָם שִׂכְלוֹ אֹרֶךְ (דְּבָרִים כב, ז) . הַקֻּושְׁיָא יְדוּעָה דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִנְקַט הַדְּרָשָׁה כְּסֵדֶר הַמִּקְרָא 'לְמַעַן יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ וּלְמַעַן יִיטַב לָךְ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָקֵיט 'לְמַעַן יִיטַב לָךְ' בְּרֵישָׁא כִּי הַהֶכְרֵחַ שֶׁיֵּשׁ לָנוּ לְפָרֵשׁ בָּעוֹלָם הַבָּא וְלֹא בָּעוֹלָם הַזֶּה הוּא רַק בַּחֲלֻוקָּה זוֹ דְּ'לְמַעַן יִיטַב לָךְ' אֲבָל בְּ'יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ' אֵין לָנוּ הֶכְרֵחַ לְפָרֵשׁ דְּקָאֵי עַל עוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ אָרֹוךְ אֶלָּא שַׁפִּיר מָצֵינַן לְמֵימַר דְּקָאֵי עַל עוֹלָם הַזֶּה וְרַק אַחַר דְּדָרְשִׁינַן 'לְמַעַן יִיטַב' עַל עוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ אָרֹוךְ אָז מֻוכְרָחִים לְפָרֵשׁ שֶׁגַּם בַּחֲלֻוקָּה דְּ'יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ' לָא קָאֵי עַל עוֹלָם הַזֶּה אֶלָּא עַל עוֹלָם הַבָּא שֶׁכֻּולּוֹ אָרֹוךְ, וְהַייְנוּ כִּי בַּגְּמָרָא (יְבָמוֹת נ.) פְּלִיגִי תַּנָּאֵי בְּעִנְיַן אֲרִיכוּת יָמִים חַד אָמַר זָכָה מוֹסִיפִין לוֹ וְחַד אָמַר זָכָה מַשְׁלִימִין לוֹ דְּהַיְינוּ שֶׁלֹּא יֵעָנֵשׁ לָמוּת קֹודֶם שֶׁיַּשְׁלִים סַךְ שָׁנִים הַקְּצוּבִים לוֹ וּלְמַאן דְּאָמַר זֶה סְבִירָא לֵיהּ גַּבֵּי חִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה מִשֶּׁלּוֹ הוֹסִיפוּ לוֹ דְּסָךְ הַשָּׁנִים שֶׁנִּגְזַר עָלָיו לְחַסֵּר מִן שְׁנוֹת חַיָּיו הֶחֱזִירוּם לוֹ יַעַן דִּסְבִירָא לֵיהּ לְמָאֵן דְּאָמַר זֶה אִי אֶפְשָׁר לְהוֹסִיף שָׁנִים עַל שָׁנִים הַקְּצוּבִים מֵאֵת ה' כְּלָל. וְהִנֵּה לְפִי דִּבְרֵי הַמַּאן דְּאָמַר כְּהַאי מַעֲשֶׂה חֲזָא שֶׁעָלָה בַּסֻּולָּם לְהָבִיא גּוֹזָלוֹת שֶׁעָשָׂה שְׁנֵי מִצְוֹת, כְּבוֹד אָב וָאֵם וְשִׁלּוּחַ הַקֵּן וּבַחֲזָרָתוֹ נָפַל וּמֵת דְּמִצַּד אֲרִיכוּת לֵיכָּא קֻושְׁיָא דְּאֶפְשָׁר אוֹתוֹ רֶגַע שָׁלְמוּ חַיָּיו הַקְּצוּבִים מֵאֵת ה' וְהַתּוֹרָה לֹא אָמְרָה 'יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ' שֶׁתּוֹעִיל מִצְוַת כִּבּוּד אָב וָאֵם לְהוֹסִיף עַל חַיָּיו הַקְּצוּבִים אֶלָּא 'יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ' הַקְּצוּבִים אַךְ שֶׁלֹּא יֶחְסַר לְךָ מִן סַךְ שָׁנִים הַקְּצוּבִים וְהַיְינוּ כְּמַאן דְּאָמַר זָכָה מַשְׁלִימִין לוֹ אַךְ מִצַּד שָׂכָר הַשֵּׁנִי דְּאָמַר 'וּלְמַעַן יִיטַב לָךְ' יֵשׁ קֻושְׁיָא הֵיכָן טוֹבָתוֹ שֶׁל זֶה שֶׁנָּפַל וּמֵת בָּזֶה הָרֶגַע שֶׁעָשָׂה הַמִּצְוָה הַזֹּאת? עַל כֵּן מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ ' לְמַעַן יִיטַב לָךְ ' בְּעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ טוֹב וְלָא קָאֵי קְרָא עַל עוֹלָם הַזֶּה וְכֵיוָן דְּמוֹקְמִינַן לִקְרָא דְּמִשְׁתַּעֵי בָּעוֹלָם הַבָּא וְלֹא בָּעוֹלָם הַזֶּה מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ גַּם רֵישָׁא דִקְרָא דְּאָמַר ' לְמַעַן יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ ' דְּקָאֵי בְּעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ אָרֹוךְ וְלֹא בָּעוֹלָם הַזֶּה מֵאַחַר דְּתַרְוַוייְהוּ נָקֵיט לְהוּ בְּיַחַד וּלְכָךְ הִקְדִּים בַּעַל הַמַּאֲמָר חֲלֻוקָּה דְּ'לְמַעַן יִיטַב לָךְ' בְּעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ טוֹב בְּרֵישָׁא. בְּרַם בְּמַאֲמָר זֶה אִיכָּא לְמֵידַק קֻושְׁיָא עֲצוּמָה דְּבִשְׁלָמָא בַּחֲלֻוקָּה דְּ'יִיטַב לָךְ' יֵשׁ לְפָרֵשׁ שַׁפִּיר בְּעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ טוֹב דְּמַרְבִּים לוֹ הַטּוֹב שָׁם בַּעֲבוּר מִצְוָה זוֹ אַךְ בַּאֲרִיכוּת יָמִים מַה שַׁייָּךְ לְמֵימַר עַל עוֹלָם הַבָּא 'יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ' וַהֲלֹא שָׁם לֹא יֵשׁ מָוֶת וְכֵיוָן שֶׁנִּכְנַס לָעוֹלָם הַבָּא יִשָּׁאֵר חַי לְעוֹלָם וְהַכֹּל שָׁוִים בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַבְטָחַת אֲרִיכוּת יָמִים הוּא עַל הַתְחָלַת בִּיאָתוֹ וּכְנִיסָתוֹ שָׁם וְהוּא כִּי אֵין אָדָם בָּא וְנִכְנָס בִּמְקוֹם עוֹלָם הַבָּא אֶלָּא עַד שֶׁיַּשְׁלִים תִּיקּוּן נַפְשׁוֹ בָּעוֹלָם הַזֶּה אַךְ יֵשׁ מַשְׁלִים תִּיקּוּן נַפְשׁוֹ בְּשָׁלֹשׁ וְאַרְבַּע גִּלְגּוּלִים וְאָז נִכְנַס לָעוֹלָם הַבָּא וְיֵשׁ צָרִיךְ לוֹ מֵאָה גִּלְגּוּלִים דְּהַייְנוּ יֵשׁ אֶחָד בָּאָה נַפְשׁוֹ לָעוֹלָם הַזֶּה בִּתְחִלַּת אֶלֶף הָרְבִיעִי וְאַחַר מֵאָה אוֹ מָאתַיִם שָׁנִים הִשְׁלִים תִּיקּוּן נַפְשׁוֹ וּבָאָה וְשֶׁכַּנָּהּ בִּמְקוֹם עוֹלָם הַבָּא וְיֵשׁ אֶחָד בָּאָה נַפְשׁוֹ לָעוֹלָם הַזֶּה כְּמוֹ אָדָם זֶה בִּתְחִלַּת אֶלֶף הָרְבִיעִי וְהֻוצְרְכָה לְגִלְגּוּלִים רַבִּים וְעַד אֶלֶף הַשִּׁישִּׁי לֹא נִשְׁלְמָה רָאָה כַּמָּה שָׁנִים חַי הָרִאשׁוֹן בָּעוֹלָם הַבָּא יוֹתֵר מִן הַשֵּׁנִי, וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ בְּתִיקּוּן הָרוּחַ וּבְתִיקּוּן הַנְּשָׁמָה וְיֵשׁ בָּזֶה חֲלוּקוֹת הַרְבֵּה בִּזְמַן הַשָּׁנִים אֲשֶׁר יִרְבּוּ לָאָדָם בָּעוֹלָם הַבָּא. וְעַל זֶה אָמַר ' לְמַעַן יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ ' בְּעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ אָרֹוךְ דְּהַייְנוּ שֶׁתָּגִין מִצְוָה זוֹ שֶׁל כִּבּוּד אָב וָאֵם אִם תַּעֲשֶׂנָּה כְּתִקְנָהּ שֶׁלֹּא תִּצְטָרֵךְ לְגִלְגּוּלִים רַבִּים עַד שֶׁתַּשְׁלִים תִּיקּוּן נַפְשְׁךָ אֶלָּא תַּשְׁלִים בָּעוֹלָם הַזֶּה בְּשָׁנִים מוּעָטוֹת וּמִמֵּילָא תַּקְדִּים לֵילֵךְ לִמְקוֹם עוֹלָם הַבָּא קֹודֶם וְאָז ' יַאֲרִיכֻן יָמֶיךָ ' שָׁם מִשְּׁאָר בְּנֵי גִּילְךָ שֶׁבָּאוּ עִמְּךָ בְּיַחַד בָּעוֹלָם הַזֶּה כִּי אַתָּה תַּקְדִּים לֵישֵׁב וְלִחְיוֹת זְמַן יוֹתֵר בְּאַרְצוֹת הַחַיִּים הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ יְזַכֵּינוּ לַעֲבֹוד עֲבוֹדָתוֹ כִּרְצוֹנוֹ וְנִזְכֶּה לְאֹורֶךְ יָמִים וּשְׁנוֹת חַיִּים.
« Afin que tu sois heureux », dans le monde dont l'essence (sikhlo, sa raison d'être intelligible) est le bien ; « et afin que se prolongent tes jours », dans le monde dont l'essence est la durée (Deutéronome 22, 7). La difficulté est connue : [la baraïta] aurait dû prendre la dracha selon l'ordre du verset, « afin que se prolongent tes jours et afin que tu sois heureux » ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que [la baratïta] place « afin que tu sois heureux » en premier parce que la nécessité qui nous oblige à interpréter [le verset] du monde à venir et non du monde-ci ne tient qu'à ce membre de phrase, « afin que tu sois heureux » ; mais pour « que se prolongent tes jours », nous n'avons aucune nécessité d'interpréter qu'il vise le monde qui est tout entier long — nous pouvons fort bien dire qu'il vise le monde-ci. Ce n'est qu'après avoir interprété « afin que tu sois heureux » du monde qui est tout entier long, que nous sommes contraints d'interpréter également le membre « que se prolongent tes jours » comme ne visant pas le monde-ci mais le monde à venir, qui est tout entier long. Et c'est [à rapprocher de ce] que, dans la Guemara (Yevamot 50a), des Tannaïm divergent au sujet de la prolongation des jours : l'un dit « s'il l'a mérité, on lui ajoute [des années] », et l'autre dit « s'il l'a mérité, on les lui complète » — c'est-à-dire qu'il ne sera pas puni de mourir avant d'avoir complété le total des années qui lui ont été imparties. Et selon ce dernier maître [« on les lui complète »], au sujet du roi Ézéchias — que la paix soit sur lui — c'est de son propre [capital d'années] qu'on lui a ajouté : le total des années qu'il avait été décrété de retrancher de ses années de vie, on les lui a restituées — parce que ce maître tient pour impossible d'ajouter des années par-dessus les années imparties par H' [le Nom], en aucune manière. Or, voici : selon les paroles de ce maître, dans cet épisode [que Rabbi Yaakov] vit — celui qui monta à l'échelle pour rapporter des oisillons, accomplissant deux mitsvot, l'honneur du père et de la mère et le renvoi du nid, et qui à son retour tomba et mourut — du côté de la prolongation [des jours] il n'y a pas de difficulté, car il est possible qu'à cet instant même se soient achevées ses années de vie imparties par H' [le Nom] ; et la Torah n'a pas dit « que se prolongent tes jours » au sens où la mitsva de l'honneur des parents servirait à ajouter à ses années imparties, mais « que se prolongent tes jours » impartis — [à savoir] qu'il ne te soit pas retranché du total des années qui te sont imparties ; et cela [s'accorde] avec [l'avis de] celui qui dit « s'il l'a mérité, on les lui complète ». Mais du côté de la seconde récompense, où il est dit « et afin que tu sois heureux », il y a une difficulté : où est le bien de celui-ci, qui est tombé et mort à l'instant même où il accomplissait cette mitsva ? C'est pourquoi l'on est contraint d'interpréter « afin que tu sois heureux » du monde qui est tout entier bon, et le verset ne vise pas le monde-ci. Et puisque nous établissons que le verset parle du monde à venir et non du monde-ci, on est contraint d'interpréter aussi le début du verset, « afin que se prolongent tes jours », comme visant le monde qui est tout entier long et non le monde-ci — du fait que [la baratïta] les prend tous deux ensemble. Et c'est pour cela que l'auteur de l'enseignement a placé en premier le membre « afin que tu sois heureux », [interprété] du monde qui est tout entier bon. Toutefois, dans cet enseignement, il y a lieu de relever une difficulté redoutable : passe encore pour le membre « afin que tu sois heureux », qu'on interprète fort bien du monde qui est tout entier bon, en ce qu'on lui multiplie le bien là-bas en récompense de cette mitsva ; mais pour la prolongation des jours, qu'y a-t-il à dire en parlant du monde à venir « que se prolongent tes jours » ? N'est-il pas vrai que là-bas il n'y a point de mort, et que, une fois entré dans le monde à venir, [l'homme] demeure vivant à jamais, et que tous y sont égaux ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, [que] la promesse de la prolongation des jours porte sur le commencement de sa venue et de son entrée là-bas. Et cela [s'explique] ainsi : nul homme ne vient et n'entre dans le lieu du monde à venir avant d'avoir achevé le tikoun de son âme (la rectification de sa nefech) dans le monde-ci ; or il en est qui achèvent le tikoun de leur nefech en trois ou quatre guilgoulim (transmigrations, réincarnations successives de l'âme), et alors ils entrent dans le monde à venir ; et il en est qui ont besoin de cent guilgoulim. C'est-à-dire : il en est un dont l'âme vient au monde-ci au commencement du quatrième millénaire, et après cent ou deux cents ans il a achevé le tikoun de sa nefech, [son âme] est venue et a élu demeure dans le lieu du monde à venir ; et il en est un autre dont l'âme vient au monde-ci, comme cet homme[-là], au commencement du quatrième millénaire, mais qui a eu besoin de nombreux guilgoulim, et qui jusqu'au sixième millénaire ne fut pas achevé [dans sa rectification] : vois combien d'années de plus le premier aura vécu dans le monde à venir par rapport au second. Et de même, sur cette voie, pour le tikoun du roua'h (l'esprit) et le tikoun de la nechama (l'âme supérieure, le plus haut des niveaux d'âme ici nommés) ; et il y a en cela de nombreuses distinctions quant à la durée des années qui se multiplieront pour l'homme dans le monde à venir. Et c'est sur cela qu'il dit « afin que se prolongent tes jours » dans le monde qui est tout entier long : c'est-à-dire que cette mitsva de l'honneur du père et de la mère te protégera (taguen, du sens de « faire bouclier », conférer un mérite protecteur), si tu l'accomplis comme il convient, en sorte que tu n'auras pas besoin de nombreux guilgoulim avant d'achever le tikoun de ta nefech, mais que tu l'achèveras dans le monde-ci en peu d'années ; et de ce fait tu te hâteras d'aller au lieu du monde à venir plus tôt, et alors « se prolongeront tes jours » là-bas par rapport au reste des hommes de ta génération venus avec toi au monde-ci — car toi, tu seras le premier à siéger et à vivre un temps plus long dans les terres des vivants. Que le Nom — qu'Il soit béni — nous accorde le mérite de Le servir selon Sa volonté, et que nous ayons part à la longueur des jours et aux années de vie.
💡 Explication

Guemara. Rabbi Yaakov : toute mitsva dont la récompense est écrite à côté est en réalité suspendue à la résurrection des morts (tehiyat hametim) -- la récompense se réalise dans le monde à venir. Deux exemples à la promesse identique : l'honneur des parents ('afin que se prolongent tes jours et que tu sois heureux', Deut 5:16) et le renvoi du nid ('afin que tu sois heureux et prolonges tes jours', Deut 22:7).

4
הֲרֵי שֶׁאָמַר לוֹ אָבִיו: עֲלֵה לַבִּירָה וְהָבֵא לִי גּוֹזָלוֹת! וְעָלָה, וְשִׁלַּח אֶת הָאֵם וְלָקַח אֶת הַבָּנִים, וּבַחֲזָרָתוֹ נָפַל וּמֵת. הֵיכָן אֲרִיכוּת יָמָיו שֶׁל זֶה? וְהֵיכָן טוֹבָתוֹ שֶׁל זֶה? אֶלָּא ״לְמַעַן יַאֲרִיכוּן יָמֶיךָ״ – בְּעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ אָרֹוךְ, ״וּלְמַעַן יִיטַב לָךְ״ – לְעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ טוֹב.

Voici que quelqu'un [dont] son père lui a dit : 'monte à l'étage (bira) et apporte-moi des oisillons (gozalot)' ; il est monté, à renvoyé la mère et pris les enfants, et à son retour il est tombé et est mort. Où [sont] les longs jours (arikhout yamav) de celui-ci ?

Et où [est] le bien (tovato) de celui-ci ? Plutôt : 'afin que se prolongent tes jours' — dans le monde qui est tout entier long (olam chekoulo aroukh) ; 'et afin que tu sois heureux' — dans le monde qui est tout entier bon (olam chekoulo tov).

📜 Rachi (1)
לְעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ טוֹב שֶׁאֵין בּוֹ לֹא הֶיזֵּק וְלֹא יִסּוּרִין אֶלָּא טוֹבָה. וּבְשִׁילְהֵי פֶּרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לט:) אָמְרִינַן דְּרַבִּי יַעֲקֹב עֻובְדָּא חֲזָא בְּאֶחָד שֶׁאָמַר לוֹ אָבִיו עֲלֵה לַבִּירָה וְהָבֵא לִי גּוֹזָלוֹת וְעָלָה וְשִׁלַּח אֶת הָאֵם וְנָטַל אֶת הַבָּנִים וְקִייֵּם כִּבּוּד אָב וָאֵם וְשִׁלּוּחַ הַקֵּן וּבַחֲזָרָתוֹ נָפַל וָמֵת הֵיכָן טוֹבָתוֹ שֶׁל זֶה וְהֵיכָן אֲרִיכוּת יָמָיו אֶלָּא הֱוֵי אוֹמֵר לְמַעַן יִיטַב לָךְ לְעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ טוֹב וּלְמַעַן יַאֲרִיכֻון יָמֶיךָ לְעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ אָרֹוךְ:
Dans le monde qui est tout entier bon — où il n'y a ni dommage ni souffrance, mais [seulement] le bien. Et à la fin du premier chapitre de Kiddouchin (39b) nous disons que Rabbi Yaakov a vu un fait : quelqu'un [dont] son père lui dit 'monte à l'étage et apporte-moi des oisillons' ; il monta, renvoya la mère et prit les enfants -- accomplissant [l'honneur du] père et le renvoi du nid -- et à son retour tomba et mourut ; où [est] le bien de celui-ci, et où [sont] ses longs jours ? Force est de dire : 'afin que tu sois heureux' -- dans le monde qui est tout entier bon, 'et afin que se prolongent tes jours' -- dans le monde qui est tout entier long.
💡 Explication

L'épisode-clé. Un fils, sur ordre de son père, monte à l'étage chercher des oisillons : il accomplit deux mitsvot d'un coup (honorer son père et renvoyer la mère). Au retour, il tombe et meurt. Où sont alors ses 'longs jours' et son 'bien' promis ici-bas ? Réponse : ces promesses visent le monde à venir -- 'prolonger les jours' = 'le monde tout entier long', et 'bien' = 'le monde tout entier bon'.

5
וְדִלְמָא לָא הֲוָה הָכִי? רַבִּי יַעֲקֹב מַעֲשֶׂה חֲזָא! וְדִלְמָא מְהַרְהֵר בַּעֲבֵירָה הֲוָה? מַחְשָׁבָה רָעָה אֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְצָרְפָהּ לְמַעֲשֶׂה.

Mais peut-être [cela] n'a-t-il pas eu lieu ainsi ? Rabbi Yaakov a vu le fait [de ses yeux] !

Mais peut-être était-il en train de méditer une transgression (meharher baavera) ? Une mauvaise pensée (ma'hchava raa), le Saint, béni soit-Il, ne la joint pas à l'acte [pour la châtier comme un acte].

💡 Explication

Objections. Peut-être l'histoire n'a-t-elle jamais eu lieu (et tous sont récompensés ici-bas) ? Réponse : Rabbi Yaakov l'a vu de ses yeux. Peut-être le fils méditait-il une transgression au moment de sa chute (et fut puni pour cela) ? Réponse : une simple mauvaise pensée (ma'hchava raa), Dieu ne la compte pas comme un acte -- on n'est pas châtié pour de seules pensées.

6
וְדִלְמָא מְהַרְהֵר בַּעֲבוֹדָה זָרָה הֲוָה, דִּכְתִיב: ״לְמַעַן תְּפֹשׂ אֶת בֵּית יִשְׂרָאֵל בְּלִבָּם״, וְאָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: זוֹ מַחְשֶׁבֶת עֲבוֹדָה זָרָה.

Mais peut-être méditait-il [une pensée] d'idolâtrie (avoda zara) ? Car il est écrit 'afin de saisir la maison d'Israël par leur cœur' (lemaan tefoss et beit Israël belibam), et Rav Aha bar Yaakov a dit : ceci [est] la pensée d'idolâtrie [, que Dieu châtie même sans acte].

💡 Explication

Objection plus fine. Peut-être le fils méditait-il une pensée d'idolâtrie (avoda zara) ? Car ce type de pensée est châtié même sans acte : 'afin de saisir la maison d'Israël par leur cœur' (Ezechiel 14:5), que Rav Aha bar Yaakov interprète comme visant la pensée d'idolâtrie. Sa chute pourrait donc s'expliquer ainsi, sans contredire la récompense terrestre.

7
הָכִי קָאָמַר: אִם אִיתָא דְּאִיכָּא שְׂכַר מִצְוֹת בְּהַאי עָלְמָא, תַּהֲנֵי לֵיהּ וְתַגֵּן עֲלֵיהּ דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי הִרְהוּר וְלִיתַּזַּק, אֶלָּא שְׂכַר מִצְוֹת בְּהַאי עָלְמָא לֵיכָּא. וְהָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שְׁלוּחֵי מִצְוָה אֵינָן נִזּוֹקִים! בַּחֲזָרָתָם שָׁאנֵי.

[Réponse :] voici ce qu'[il] dit : s'il était vrai qu'il y a une récompense des mitsvot en ce monde (behaï alma), elle lui aurait profité et l'aurait protégé pour qu'il n'en vienne pas à [une telle] méditation et ne soit pas blessé ; [donc] il n'y a pas de récompense des mitsvot en ce monde. Mais Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit : les envoyés [pour accomplir] une mitsva (chelouhei mitsva) ne sont pas blessés ?

Au retour, c'est différent.

💡 Explication

Réponse de Rabbi Yaakov. Même si le fils méditait l'idolâtrie : s'il y avait une récompense des mitsvot en ce monde, le mérite de ses deux mitsvot l'aurait protégé contre une telle pensée et contre le malheur. Puisqu'il n'en fut rien, c'est qu'il n'y a pas de récompense pleine ici-bas. Objection (Rabbi Elazar) : les envoyés d'une mitsva (chelouhei mitsva) ne sont pas blessés ! Réponse : au retour (la mitsva accomplie), c'est différent -- la protection ne vaut plus.

8
וְהָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שְׁלוּחֵי מִצְוָה אֵינָן נִזּוֹקִים, לֹא בַּהֲלִיכָתָן וְלֹא בַּחֲזָרָתָן! סֻולָּם רָעוּעַ הֲוָה, וּמָקוֹם דְּקָבוּעַ הֶיזֵּקָא שָׁאנֵי, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֵיךְ אֵלֵךְ וְשָׁמַע שָׁאוּל וַהֲרָגָנִי״.

Mais Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit : les envoyés [pour] une mitsva ne sont pas blessés, ni à l'aller ni au retour ? [Réponse :] c'était une échelle branlante (soulam raoua), et un endroit où le dommage est établi (mekom dekavia hezeka) est différent, car il est écrit 'et Samuel dit : comment irais-je ?

Saul l'entendra et me tuera' (vayomer Chmouel ekh elekh vechama Chaoul vaharagani).

💡 Explication

Objection plus forte : Rabbi Elazar dit que les envoyés d'une mitsva ne sont blessés ni à l'aller ni au retour. Réponse : ici, c'était une échelle branlante (soulam raoua) -- un lieu de danger établi (mekom dekavia hezeka), où même l'envoyé d'une mitsva peut être blessé. Preuve : Samuel, allant pourtant oindre David (une mitsva), craignit 'comment irais-je ? Saul l'entendra et me tuera' (I Sam 16:2) -- signe qu'un danger établi demeure redoutable.

9
אָמַר רַב יוֹסֵף: אִלְמָלֵא דַּרְשֵׁיהּ אַחֵר לְהַאי קְרָא כְּרַבִּי יַעֲקֹב בַּר בְּרַתֵּיה – לֹא חָטָא. מַאי חֲזָא? אִיכָּא דְאָמְרִי: כִּי הַאי מַעֲשֶׂה חֲזָא, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: לִישָּׁנָא דְּרַבִּי חוּצְפִּית הַמְתֻורְגְּמָן חֲזָא, דַּהֲוָה מֻוטֶּלֶת בָּאַשְׁפָּה. אָמַר: פֶּה שֶׁהֵפִיק מַרְגָּלִיּוֹת יִלְחֹוךְ עָפָר?! וְהוּא לֹא יָדַע ״לְמַעַן יִיטַב לָךְ״ – בְּעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ טוֹב, ״וּלְמַעַן יַאֲרִיכוּן יָמֶיךָ״ – בְּעוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ אָרֹוךְ.

Rav Yossef a dit : si Aher (Aher = Elicha ben Avouya) avait interprété ce verset comme Rabbi Yaakov fils de sa fille, il n'aurait pas péché. Qu'a-t-il vu [qui l'a fait fauter] ?

Il y a [ceux] qui disent : un fait comme celui-ci, il [l']a vu ; et il y a [ceux] qui disent : la langue de Rabbi Houtspit le metourgeman (traducteur), il [l']a vue traînant dans un tas d'ordures ; il dit : 'une bouche qui distillait des perles lécherait la poussière ?!' Et il ne savait pas [que] 'afin que tu sois heureux' [vise] le monde qui est tout entier bon, et 'afin que se prolongent tes jours' le monde qui est tout entier long.

💡 Explication

Rav Yossef : si Aher ('l'Autre', surnom d'Elicha ben Avouya devenu apostat) avait lu ce verset comme son petit-fils Rabbi Yaakov (récompense au monde à venir), il n'aurait pas péché. Qu'avait-il vu qui le fit douter ? Selon les uns, un fait comme celui-ci (un homme mort en accomplissant une mitsva) ; selon les autres, la langue de Rabbi Houtspit le metourgeman (martyr exécuté) traînant aux ordures -- il s'écria : 'une bouche qui distillait des perles [de Torah] lécherait la poussière ?!'. Il ignorait que 'bien' et 'longs jours' visent le monde à venir, tout bon et tout long.

10
הֲדַרַן עֲלָךְ שִׁילּוּחַ הַקֵּן, וּסְלִיקָא לַהּ מַסֶּכֶת חֻולִּין.

Nous revenons sur toi, [chapitre] Chilouah HaKen ; et le traité Houlin est achevé (vesalka la massekhet Houlin).

💡 Explication

Formule de clôture (Hadran) du chapitre Chilouah HaKen et, avec elle, l'achèvement du traité Houlin -- 'vesalka la massekhet Houlin'. Le traité se termine, comme il est de coutume, sur une note d'espérance : la récompense des mitsvot dans le monde à venir.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).