Chullin 44b — la trachée sectionnée (roub oviah ou roub halalah), et l'éthique du sage qui statue puis achète

Chullin 44b

Sougya : La sougya fixe la mesure de la trachée sectionnée (pessoukat ha-gargeret) : selon une version la bête est tereifa dès [que coupée] la majorité de son épaisseur (roub oviah), selon une autre [seulement] la majorité de sa cavité (roub halalah). Un cas concret : Rav examinait une trachée selon l'épaisseur ; Rav Kahana et Rav Assi lui rappellent qu'il leur avait enseigné 'la majorité de la cavité' ; Rav l'envoie à Rabba bar bar Hana, qui la valide et lui achète de la viande pour treize istera.

De là, trois objections en chaîne : un sage peut-il valider ce qu'un autre allait interdire (chakham che-timme) ? — Rav n'avait pas formellement interdit ; un sage peut-il manger de ce qu'il a permis (Ye'hezkel : 'aucune chair piggoul n'est entrée dans ma bouche') ? — cela vaut pour ce qui dépend du raisonnement, or Rabba s'appuyait sur une tradition reçue (agmireih samakh) ; un sage peut-il en acheter, vu le soupçon (chashda) ? — la règle 'éloigne-toi de la laideur' ne concerne que la vente à l'estimation, non la vente au poids où la balance prouve [le prix juste]. Suit l'échange de Rabba avec la fille de Rav Hisda (le premier-né se vend à l'estimation, la viande au poids), puis les maximes de Rav Hisda sur le talmid 'hakham 'qui voit la tereifa sur sa propre bête' et sur le verset 'celui qui hait les présents vivra', illustrées par Rabbi Elazar et Rabbi Zera.

La trachée sectionnée (pessoukat ha-gargeret) : à partir de quand tereifa ? coupe transversale de la trachée (kaneh) ; deux lectures du mot 'roubo' (la majorité) Roub oviah la majorité de son épaisseur paroi comprise -> seuil atteint plus tôt Roub halalah la majorité de sa cavité cavité seule -> il faut couper davantage
Les deux mesures de la trachée sectionnée (segments 0-1) : majorité de l'épaisseur (paroi comprise) contre majorité de la seule cavité.
Le sage peut-il acheter de la viande qu'il a lui-même permise ? Principe : 'éloigne-toi de la laideur et de ce qui lui ressemble' crainte qu'on ne dise : il a permis pour toucher un prix de faveur (chashda) Vente à l'estimation (chouma) ex : le premier-né (bekhor) prix négocié, invisible -> ne pas acheter Vente au poids (mitkala) ex : la viande au litra la balance prouve le prix juste -> achat permis Rav Hisda : qui est un talmid 'hakham ? celui qui voit la tereifa sur sa propre bête (roeh tereifa le-atzmo) il l'interdit sans s'apitoyer sur sa perte ; c'est le 'sone matanot yihye'
L'éthique du sage qui statue (segments 6-9) : pourquoi le soupçon ne joue qu'à l'estimation, non au poids, et la maxime de Rav Hisda.
1
רֹוב עָובְיָהּ, וְאָמְרִי לָהּ: רֹוב חֲלָלָה.

[La trachée sectionnée est tereifa dès qu'a été coupée] la majorité de son épaisseur (roub oviah) ; et certains rapportent : la majorité de sa cavité (roub halalah).

📜 Rachi (3)
רֹוב עָובְיָהּ יֵשׁ אוֹמְרִים רֹוב עֹובִי הַדֹּופֶן אע"פ שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחַלֵּל וְשִׁיבּוּשׁ הוּא דְּאִם כֵּן חָמוּר הַקָּנֶה מִן הַוֶּושֶׁט דְּאִילּוּ וֵושֶׁט נִיקַּב עוֹר הַחִיצוֹן בְּלֹא עוֹר הַפְּנִימִי כָּשֵׁר עַד שֶׁיִּנָּקֵב לְחַלֵּל. רֹוב עָובְיָהּ כְּלוֹמַר כִּי מְשַׁעֲרִינַן רֻובָּהּ בְּרוֹב עָובְיָהּ מְשַׁעֲרִינַן וְעֹובִי הַקָּנֶה הַייְנוּ מִן הָעוֹר וְלַצַּוָּאר דְּאִילּוּ מִן הָרֹאשׁ וּלְחָזֶה הָוֵי אֹורֶךְ וּלְרֹוחַב הַצַּוָּאר הָוֵי רֹוחַב הַקָּנֶה וְלָעֳובִי הַצַּוָּאר קָרֵי נָמֵי עֹובִי הַקָּנֶה בְּשִׁיעוּר זֶה נִמְדָּד עֹובִי הַתְּנוּךְ וְקֹודֶם שֶׁיַּגִּיעַ לַחֲצִי חָלָל הָוֵי רֹוב עָובְיָהּ עִם הַדְּפָנוֹת וְהֶחָלָל מִפְּנֵי שֶׁדֹּופֶן הַקָּנֶה עָב מִלְמַעְלָה וּלְצַד הַצַּוָּאר אֵינוֹ אֶלָּא קְרוּם דַּק וּסְתָמָא כְּשֶׁנִּפְסַק הַקָּנֶה מִלְמַעְלָה לְמַטָּה הוּא נִפְסַק וּמְהַנֵּי עֹובִי הַתְּנוּךְ לְאַשְׁלוֹמֵי לְרֻובָּא וּבְמִיעוּט הַתַּחְתּוֹן הָוֵי חֲצִי הֶחָלָל אוֹ רֻובּוֹ:
La majorité de son épaisseur — certains disent [que c'est] la majorité de l'épaisseur de la paroi (dofen), bien qu'on ne soit pas parvenu à la cavité ; mais c'est une erreur, car s'il en était ainsi, la trachée [serait] plus grave (homer) que l'oesophage (veshet) : car l'oesophage, si sa peau extérieure se perfore sans [que se perfore] sa peau intérieure, [reste] cachere jusqu'à ce qu'il se perfore jusqu'à la cavité. 'La majorité de son épaisseur' veut dire que, lorsque nous mesurons sa majorité, [c'est] selon la majorité de son épaisseur que nous mesurons ; et l'épaisseur de la trachée, c'est [à compter] depuis la peau et vers le cou — car [à compter] de la tête vers le poitrail c'[est] la longueur (orekh), et selon la largeur du cou c'[est] la largeur (rohav) de la trachée, et l'épaisseur du cou s'appelle aussi épaisseur de la trachée ; [c'est] selon cette mesure[-là] qu'est mesurée l'épaisseur du cartilage (tinokh). Et avant qu'[on] ne parvienne à la moitié de la cavité, c'[est déjà] la majorité de son épaisseur avec les parois et la cavité — parce que la paroi de la trachée est épaisse en haut et, du côté du cou, n'est qu'une membrane fine ; et d'ordinaire, lorsque la trachée se rompt, c'est du haut vers le bas qu'elle se rompt, et l'épaisseur du cartilage sert à compléter la majorité ; et dans la part inférieure il y a la moitié de la cavité ou sa majorité.
רֹוב חֲלָלָה אֵינָהּ טְרֵפָה עַד שֶׁיִּפָּסֵק רֹוב הֶחָלָל וְעֹובִי הַתְּנוּךְ אֵינוֹ מַשְׁלִים לָרֹוב:
La majorité de sa cavité — elle n'est tereifa que lorsque se rompt la majorité de la cavité, et l'épaisseur du cartilage ne complète pas pour [former] la majorité.
וְאָמְרִי לָהּ בְּרוֹב חֲלָלָה אַלִּיבָּא דְּרַב פְּלִיגִי אָמוֹרָאֵי:
Et certains rapportent 'la majorité de sa cavité' — [c'est] selon [l'avis] de Rav [que] des Amoraim divergent.
💡 Explication

Suite de 44a sur la trachée sectionnée (pessoukat ha-gargeret). La trachée (kaneh) est-elle tereifa dès qu'on en a coupé la majorité de son épaisseur (roub oviah, paroi comprise) ou seulement la majorité de sa cavité intérieure (roub halalah) ? Voir le schéma de synthèse : la première lecture rend la bête tereifa plus tôt, la seconde exige de couper davantage.

🖼️ Schéma
La trachée sectionnée (pessoukat ha-gargeret) : à partir de quand tereifa ? coupe transversale de la trachée (kaneh) ; deux lectures du mot 'roubo' (la majorité) Roub oviah la majorité de son épaisseur paroi comprise -> seuil atteint plus tôt Roub halalah la majorité de sa cavité cavité seule -> il faut couper davantage
Roub oviah (majorité de l'épaisseur, paroi comprise) contre roub halalah (majorité de la seule cavité intérieure).
2
הָהִיא פְּסוּקַת הַגַּרְגֶּרֶת דַּאֲתַאי לְקַמֵּיהּ דְּרַב, יָתֵיב וְקָא בָּדֵיק לַהּ בְּרֹוב עָובְיָהּ. אֲמַרוּ לֵיהּ רַב כָּהֲנָא וְרַב אַסִּי לְרַב: לִימַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ בְּרֹוב חֲלָלָהּ! שַׁדְּרֵיהּ לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה, בַּדְקַהּ בְּרֹוב חֲלָלָהּ וְאַכְשְׁרַהּ, וּזְבַן מִינַּהּ בִּתְלֵיסַר אִיסְתֵּירֵי פְּשִׁיטֵי בִּישְׂרָא.

Une certaine [bête à la] trachée sectionnée (pessoukat ha-gargeret) vint devant Rav ; il était assis et l'examinait selon la majorité de son épaisseur. Rav Kahana et Rav Assi dirent à Rav : tu nous as enseigné, notre maître, [qu'on mesure] selon la majorité de sa cavité !

Il l'envoya devant Rabba bar bar Hana ; il l'examina selon la majorité de sa cavité et la valida, et [Rabba bar bar Hana] acheta de sa viande pour treize istera communes (istire pechite).

📜 Rachi (2)
שִׁדְרָה רַב לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּה:
Il [l']envoya — Rav, devant Rabba.
בִּתְלֵיסַר אִיסְתְּרִי פְּשִׁיטֵי אִיסְתְּרַי סַלְעִי מְדִינָה שֶׁהֵם פְּשׁוּטִים וְקַלִּים. אִיסְתְּרַי סְתָם הַיְינוּ סִלְעִין צֹורִי שֶׁהַסֶּלַע אַרְבַּע דִּינָרִים וְאִיסְתְּרִי פְּשִׁיטֵי הוּא סֶלַע מְדִינָה שְׁמִינִית שֶׁבְּסֶלַע צֹורִי דְּהַייְנוּ חֲצִי דִּינָר כִּדְאָמְרִינַן בְּהַחוֹבֵל אֶת חֲבֵירוֹ (ב"ק צ:) אִיסְתְּרָא פַּלְגָא דְּזוּזָא וְקָרֵי לֵיהּ הָתָם סֶלַע מְדִינָה:
Pour treize istera communes — les istera [sont] des sela de province (sela médina), qui sont communes (pechite) et légères. Une istera sans précision, c'est [le] sela de Tyr (tsouri), [car] le sela [vaut] quatre dinars ; et l'istera commune est le sela de province, un huitième du sela de Tyr, soit un demi-dinar, comme nous [le] disons au [chapitre] Ha-Hovel et havero (Baba Kama 90b) : 'istera [vaut] un demi-zouz', et on l'y appelle 'sela de province'.
💡 Explication

Cas concret : une trachée sectionnée arrive devant Rav, qui s'apprête à l'interdire en mesurant selon l'épaisseur. Ses élèves Rav Kahana et Rav Assi lui rappellent qu'il leur avait enseigné de mesurer selon la cavité. Rav, plutôt que de trancher, l'envoie à Rabba bar bar Hana, qui la valide et en achète la viande pour treize istera communes (monnaie locale légère). Ce double geste — valider après un autre, puis acheter — déclenche les trois objections qui suivent.

3
וְהֵיכִי עֲבִיד הָכִי? וְהַתַּנְיָא: חָכָם שֶׁטִּימֵּא – אֵין חֲבֵירוֹ רַשַּׁאי לְטַהֵר, אָסַר – אֵין חֲבֵירוֹ רַשַּׁאי לְהַתִּיר! שָׁאנֵי הָכָא, דְּרַב לָא אֲסַר מֵיסָר.

Et comment a-t-il pu agir ainsi ? Or il est enseigné : un sage qui a déclaré [une chose] impure — son collègue n'a pas le droit de [la] déclarer pure ; [s'il l']a interdite — son collègue n'a pas le droit de [la] permettre !

[Réponse :] ici c'est différent, car Rav n'avait pas [réellement] interdit.

📜 Rachi (1)
לָא מֵיסָר אָסַר דְּהָכִי הֲוָה בָּעֵי לְמִיבְדָּקֶיהָ בְּרוֹב עָובְיָהּ וְלָא שִׁבְקוּהָ תַּלְמִידִים וְשַׁדְּרוּהָ לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּה:
Il n'avait pas interdit — car il voulait [seulement] l'examiner selon la majorité de son épaisseur, et les élèves ne le laissèrent pas [faire] et l'envoyèrent devant Rabba.
🗂️ Tossefot (1)
הֵיכִי עֲבִיד הָכִי וְהָא תַּנְיָא חָכָם שֶׁטִּימֵּא כּוּ' וְא"ת דִּלְקַמָּן (חֻולִּין דַּף מט.) גַּבֵּי הָהוּא מַחְטָא דְּאִישְׁתְּכַח בְּסִמְפּוֹנָא דְּכַבְדָּא הוּנָא מָר בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי טָרֵיף רַב אַדָּא בַּר מִנְיוֹמֵי מַכְשִׁיר וְי"ל דְּהָתָם אַגְּמָרֵיהּ סְמִיךְ כִּדְאָמְרִינַן בְּסוֹף פ"ב דְּנִדָּה (דַּף כ:) גַּבֵּי יַלְתָּא דְּאַיְיתֵית דְּמָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה וְטַמִּי לַהּ וְאַיְיתֵית קַמֵּיהּ דְּרַב יִצְחָק בְּר' יְהוּדָה וּדְכִי לָהּ וּפָרִיךְ עָלֶיהָ מֵחָכָם שֶׁטִּימֵּא כּוּ' וּמְשַׁנֵּי דְּמֵעִיקָּרָא טַמִּי טִמּוּי לָהּ כֵּיוָן דְּאָמְרָה כָּל יוֹמָא הֲוָה דְּכִי לִי רַבָּה בב"ח כה"ג וְהַהוּא יוֹמָא חָשׁ בְּעֵינֵיהּ הֲוָה דְּכִי לָהּ וּבָעֵי הָתָם כָּזֶה הִתִּיר לִי פְּלוֹנִי חָכָם מַהוּ פֵּירוּשׁ נֶאֱמֶנֶת אוֹ אֵינָהּ נֶאֱמֶנֶת וּבָעֵי לְמִיפְשַׁט מֵעֻובְדָּא דְּיַלְתָּא דְּנֶאֱמֶנֶת וּמְשַׁנֵּי רַב יִצְחָק בְּר' יְהוּדָה אַגְּמָרֵיהּ סָמַךְ וּפֵירֵשׁ שָׁם בַּקּוֹנְטָר' דְּהָדַר בֵּיהּ מֵאִידָךְ שִׁנּוּיָא דְּשָׁנֵי מֵעִיקָּרָא טַמּוֹיֵי טַמִּי לָהּ דְּכֵיוָן דְּאַגְמְרֵיהּ סָמַךְ רַשַּׁאי לְהַתִּיר מַה שֶּׁאָסַר חֲבֵירוֹ וְכִי אָמַר דְּאֵין חֲבֵירוֹ רַשַּׁאי לְהַתִּיר הַיְינוּ מִסְּבָרָא וּלְפֵירוּשׁוֹ בִּשְׁמַעְתִּין נָמֵי לְמַאי דְּמַסִּיק דְּאַגְמְרֵיהּ סָמַךְ לֹא צָרִיךְ לְמַאי דִּמְשַׁנֵּי רַב לֹא אָסַר וְלָא מִידֵי אֶלָּא דְּהָאֱמֶת מְתָרֵץ וְלִכְאוֹרָה הָיָה נִרְאֶה פְּשַׁט הַהֲלָכָה דְּנִדָּה אַגְּמָרֵיהּ סָמַךְ וְלָכֵן הֶאֱמִין לִדְבָרֶיהָ וּלְעֵיל צְרִיכִין לְשִׁנּוּיָיא קַמָּא דְּמֵעִיקָּרָא טַמּוֹיֵי טַמִּי לָהּ וְהַהִיא עֻובְדָּא דִּלְקַמָּן (חֻולִּין דַּף מט.) דְּמַחַט שֶׁנִּמְצֵאת בְּסִמְפּוֹנָא דְּכַבְדָּא שֶׁמָּא הָיוּ שְׁנֵיהֶם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְנִשְׁאֲלָה הַשְּׁאֵלָה לִפְנֵיהֶם לִשְׁנֵיהֶם אִי נָמֵי לֹא יָדַע שֶׁאָסַר חֲבֵירוֹ:
'Comment a-t-il pu agir ainsi ? or il est enseigné : un sage qui a déclaré impur, etc.' — et si tu objectes : or, plus loin (Houlin 49a), à propos de cette aiguille qui fut trouvée dans le canal (sianponna) du foie, Houna Mar fils de Rav Idi [la] déclarait tereifa [et] Rav Ada bar Minyoumi validait ! Et l'on peut dire que là [Rav Ada] s'appuyait sur sa tradition (agmireih), comme nous [le] disons à la fin du chapitre 2 de Nidda (20b) à propos de Yalta, qui apporta du sang devant Rabba bar bar Hana, [lequel] le lui déclara impur, et [qui] l'apporta devant Rav Yitzhak fils de Rabbi Yehouda, [lequel] le lui déclara pur ; et l'on [y] objecte d'après 'un sage qui a déclaré impur, etc.', et l'on résout que [Rav Yitzhak] le lui déclara d'abord impur — car, dès lors qu'elle disait 'chaque jour Rabba bar bar Hana me déclarait pur un [sang] comme celui-ci, et ce jour-là il avait mal aux yeux', il [le] lui déclara pur ; et l'on [y] demande : 'comme celui-ci, [si] un tel sage me [l']a permis, quoi [son statut] ?' — c'est-à-dire : est-elle crédible ou non ? et l'on veut [le] résoudre du cas de Yalta, [à savoir] qu'elle est crédible ; et Rav Yitzhak fils de Rabbi Yehouda répond [qu']il s'appuyait sur sa tradition. Et il a expliqué là, dans le commentaire (Kontres), qu'il se rétracte de l'autre réponse qu'il avait donnée d'abord, [à savoir] qu'il le lui déclara d'abord impur ; car, dès lors qu'il s'appuie sur sa tradition, il a le droit de permettre ce que son collègue a interdit, et ce qu'on dit 'son collègue n'a pas le droit de permettre' [vaut seulement] quand [c'est] par raisonnement (svara). Et selon son explication, dans notre sougya aussi, d'après ce que [le Talmud] conclut [à savoir] qu'il s'appuyait sur sa tradition, on n'a pas besoin de ce qu'on a répondu 'Rav n'avait rien interdit', mais c'[est] la vérité [qu'il] résout [ainsi]. Et à première vue il semblerait que le sens simple de la halakha de Nidda [est qu']il s'appuyait sur sa tradition, et c'est pourquoi il a cru ses paroles ; et plus haut [dans Nidda] il faut [recourir] à la première réponse, [à savoir] qu'il le lui déclara d'abord impur. Et ce cas plus loin (Houlin 49a) de l'aiguille trouvée dans le canal du foie — peut-être étaient-ils tous deux à la maison d'étude et la question leur fut posée à tous deux ; ou bien [Rav Ada] ne savait pas que son collègue [l']avait interdite.
⚖️ Rosh (1)
וְהֵיכִי עָבֵיד הָכִי וְהָתַנְיָא חָכָם שֶׁטִּימֵּא אֵין חֲבֵירוֹ רַשַּׁאי לְטַהֵר אָסַר אֵין חֲבֵירוֹ רַשַּׁאי לְהַתִּיר. שָׁאנֵי הָכָא דְּרַב נָמֵי לֹא אֲסָרָהּ. וְכֵיוָן דְּאוֹרִי בַּהּ חָכָם הֵיכִי אָכִיל מִינָּהּ. וְהָכְתִיב וְלֹא בָא בְּפִי בְּשַׂר פִּיגּוּל. שֶׁלֹּא אָכַלְתִּי מִבְּהֵמָה שֶׁהוֹרָה בָּהּ חָכָם. הָנֵי מִילֵּי מִילְּתָא דְתַלְיָא בִּסְבָרָא. רַבָּה בב"ח אַגְּמָרֵיהּ סְמִיךְ. וְהַשְׁתָּא לָא צְרִיכְנָא לְשִׁנּוּיָא קַמָּא דְּקָאָמַר רַב נָמֵי לֹא אֲסָרָהּ דְּאִי נָמֵי דְּאָסְרָה רַב יָכוֹל רַבָּה בב"ח לְהַתִּיר כֵּיוָן דְּאַגְמְרֵיהּ סְמִיךְ דְּהָא דְּאָמַר חָכָם שֶׁאָסַר אֵין חֲבֵירוֹ רַשַּׁאי לְהַתִּיר הַייְנוּ מִסְּבָרַת עַצְמוֹ. אֲבָל אִי גְּמִיר מֵרַבֵּיהּ מָצֵי לְהַתִּיר כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף מט.) הָהִיא מַחְטָא דְּאִשְׁתְּכַח בְּסִימְפּוֹנָא רַבָּה דְּכַבְדָּא רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי טָרֵיף רַב אַדָּא בַּר מִנְיוֹמֵי מַכְשִׁיר אָתוּ לְקַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא אָמַר זִילוֹ שְׁקִילוּ גְּלִימָא דְּטָרוֹפָאֵי וַאֲמַר נָמֵי בְּפֶרֶק שֵׁנִי דְּנִדָּה דַּף כו: יַלְתָּא אַיְּיתִי דְּמָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה וְטַמִּי לַהּ. לְקַמֵּיהּ דְּרַב יִצְחָק וּדְכִי לָהּ. וּפָרִיךְ הֵיכִי מָצֵי לְמֶיעְבַּד הָכִי וּמְשַׁנֵּי אַגְּמָרֵיהּ סָמַךְ:
Et comment a-t-il pu agir ainsi ? Or il est enseigné : un sage qui a déclaré [une chose] impure (timmé) — son collègue n'a pas le droit de [la] déclarer pure (letaher) ; [s'il l']a interdite — son collègue n'a pas le droit de [la] permettre (lehatir). [Réponse :] ici c'est différent, car Rav non plus ne l'avait pas interdite. Et dès lors qu'un sage avait statué (ori) à son sujet, comment [Rabba] en a-t-il mange ? Or il est écrit : 'et il n'est pas entré dans ma bouche de chair piggoul' (Ezechiel 4:14) — [c'est-à-dire] que je n'ai pas mangé d'une bête au sujet de laquelle un sage a statué. Ces choses[-là valent seulement] pour une affaire qui dépend du raisonnement (svara) ; [mais] Rabba bar bar Hana s'appuyait sur sa tradition reçue (agmireih samikh). Et maintenant nous n'avons plus besoin de la première réponse, celle qui disait 'Rav non plus ne l'avait pas interdite' ; car même si Rav l'avait interdite, Rabba bar bar Hana pouvait [la] permettre, dès lors qu'il s'appuie sur sa tradition. Car ce qu'on dit 'un sage qui a interdit — son collègue n'a pas le droit de permettre', c'[est valable seulement] d'après son propre raisonnement (svara) ; mais s'il [le] tient par tradition (gamir) de son maître, il peut [le] permettre, comme nous [le] disons plus loin (Houlin 49a) : cette aiguille (mahta) qui fut trouvée dans le grand canal (simponna rabba) du foie — Rav Houna fils de Rav Idi [la] déclarait tereifa, Rav Ada bar Minyoumi [la] validait (makchir) ; ils vinrent devant Rav Houna, [qui] dit : 'allez prendre le manteau des [rendeurs de bêtes] tereifot' [c.-à-d. il donna raison à celui qui interdisait]. Et l'on dit aussi au chapitre 2 de Nidda (20b) : Yalta apporta du sang devant Rabba bar bar Hana, [lequel] le lui déclara impur (timmé) ; [elle l'apporta] devant Rav Yitzhak, [lequel] le lui déclara pur (dakhi). Et l'on [y] objecte : comment a-t-il pu agir ainsi ? et l'on résout : [c'est qu']il s'appuyait sur sa tradition (agmireih samakh).
💡 Explication

Première objection. Une braita pose : un sage qui a tranché (impur / interdit) lie son collègue, qui ne peut renverser sa décision. Comment Rabba bar bar Hana a-t-il pu valider ce que Rav allait interdire ? Réponse : Rav n'avait pas formellement interdit — il voulait seulement examiner selon l'épaisseur, et ses élèves ne l'ont pas laissé [trancher] avant qu'il n'envoie [la bête] à Rabba. Il n'y a donc pas eu de décision à renverser.

4
וְכֵיוָן דְּאוֹרִי בַּהּ חָכָם, הֵיכִי אָכַל מִינָּהּ? וְהָא כְּתִיב: ״וָאֹמַר אֲהָהּ ה׳ אֱ-לֹהִים הִנֵּה נַפְשִׁי לֹא מְטֻמָּאָה וּנְבֵלָה וּטְרֵפָה לֹא אָכַלְתִּי מִנְּעוּרַי וְעַד עַתָּה וְלֹא בָא בְּפִי בְּשַׂר פִּגּוּל״.

Et dès lors qu'un sage avait statué à son sujet, comment [Rabba bar bar Hana] en a-t-il mange ? Or il est écrit : 'Et je dis : Ah !

Seigneur Éternel, voici, mon âme ne s'est pas rendue impure, et de charogne (nevela) et de [bête] déchirée (tereifa) je n'ai pas mangé depuis ma jeunesse jusqu'à présent, et il n'est pas entré dans ma bouche de chair piggoul' (Ezechiel 4:14).

💡 Explication

Deuxième objection. Même si valider était permis, comment Rabba bar bar Hana a-t-il pu manger de cette bête ? Le prophète Ezechiel se loue de n'avoir jamais mangé de chair piggoul ; et la braita suivante interprète ce 'piggoul' comme [la viande] qu'un sage a [dû] permettre par ruling — chose techniquement permise mais peu séante.

5
״הִנֵּה נַפְשִׁי לֹא מְטֻמָּאָה״ – שֶׁלֹּא הִרְהַרְתִּי בַּיּוֹם לָבֹא לִידֵי טֻומְאָה בַּלַּיְלָה, ״וּנְבֵלָה וּטְרֵפָה לֹא אָכַלְתִּי״ – שֶׁלֹּא אָכַלְתִּי בָּשָׂר ״כּוֹס כּוֹס״ מֵעוֹלָם, ״וְלֹא בָא בְּפִי בְּשַׂר פִּגּוּל״ – שֶׁלֹּא אָכַלְתִּי מִבְּהֵמָה שֶׁהוֹרָה בָּהּ חָכָם. מִשּׁוּם רַבִּי נָתָן אָמְרוּ: שֶׁלֹּא אָכַלְתִּי מִבְּהֵמָה שֶׁלֹּא הוּרְמוּ מַתְּנוֹתֶיהָ.

'Voici, mon âme ne s'est pas rendue impure' — [signifie] que je n'ai pas eu de pensée [impure] le jour [qui m'aurait] amené à [l']impureté la nuit ; 'et de charogne et de [bête] déchirée je n'ai pas mangé' — [signifie] que je n'ai jamais mangé de viande [au sujet de laquelle on dit] 'tranche, tranche [vite, avant qu'elle ne crève]' (kous kous) ; 'et il n'est pas entré dans ma bouche de chair piggoul' — [signifie] que je n'ai pas mangé d'une bête au sujet de laquelle un sage a statué. Au nom de Rabbi Natan, ils ont dit : [signifie] que je n'ai pas mangé d'une bête dont les dons [sacerdotaux] (matanot) n'avaient pas été prélevés.

💡 Explication

La braita déroule chaque membre du verset. 'Mon âme ne s'est pas rendue impure' : pas de pensée impure de jour [risquant] une émission nocturne. 'Charogne et tereifa' : jamais de viande d'une bête agonisante qu'on se hâte d'abattre ('kous kous'). 'Chair piggoul' : jamais d'une bête permise par le ruling d'un sage — ou, selon Rabbi Natan, d'une bête dont on n'avait pas prélevé les dons sacerdotaux (matanot : épaule, mâchoires, caillette). Toutes choses permises mais inconvenantes — d'où la question sur Rabba.

6
הָנֵי מִילֵּי – מִילְּתָא דְתַלְיָא בִּסְבָרָא, רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אַגְּמָרֵיהּ סְמַךְ.

Ces choses[-là valent] pour une affaire qui dépend du raisonnement (svara) ; Rabba bar bar Hana s'appuyait sur sa tradition reçue (agmireih samakh).

📜 Rachi (1)
דְּתַלְיָא בִּסְבָרָא דְּהָתָם אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי דִּלְמָא לָא הָוֵי סְבָרָא מְעַלְּיָא וְהָכָא רַבָּה אַגְּמָרֵיהּ סָמוּךְ דְּהָכִי גְּמִיר מֵרַבֵּיהּ דִּפְסוּקַת הַגַּרְגֶּרֶת בְּרוֹב חֲלָלָה. מִלְּתָא דְתַלְיָא בִּסְבָרָא כְּגוֹן מַקִּיפִין בָּרֵיאָה דְּאִיכָּא לְמֵימַר דִּלְמָא לָא מִידְּמוּ חֲזוּתָא שַׁפִּיר וּכְגוֹן דָּמְיָא לְבִשְׂרָא וְדָמְיָא לְכַבְדָּא וְדָמְיָא לְבֵיעֲתָא וְדָמְיָא לְמוֹרִיקָא דְּאִיכָּא מִינַּייְהוּ כְּשֵׁרוֹת וְאִיכָּא מִינַּייְהוּ טְרֵפוֹת וּפְעָמִים שֶׁאָדָם טוֹעֶה בְּמַרְאוֹתֵיהֶן:
Qui dépend du raisonnement — car là [dans le cas du raisonnement] il y a [matière] à douter : peut-être le raisonnement n'était-il pas bon ; mais ici Rabba s'appuyait sur sa tradition, car ainsi l'avait-il reçu de son maître, [à savoir] que la trachée sectionnée [se mesure] selon la majorité de la cavité. 'Une affaire qui dépend du raisonnement', par exemple [le procédé de] comparer (makifin) [les couleurs d']un poumon — car il y a [matière] à dire 'peut-être les aspects (chazout) ne se ressemblent-ils pas vraiment' ; et comme [ce qui] ressemble à de la chair, [ce qui] ressemble à du foie, [ce qui] ressemble à un œuf, [ce qui] ressemble au safran (moriqa) — car parmi eux il y a du cachere et il y a de la tereifa, et parfois un homme se trompe sur leurs couleurs (mareot).
💡 Explication

Réponse à la deuxième objection. Le caractère inconvenant de manger ce qu'on a permis ne vaut que pour ce qui dépend du raisonnement (svara) — là [subsiste] un doute, peut-être le raisonnement était-il erroné. Mais Rabba bar bar Hana s'appuyait sur une tradition reçue de son maître (agmireih samakh) : la trachée sectionnée se mesure selon la majorité de la cavité. Sur une tradition certaine, rien d'inconvenant.

7
וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם חֲשָׁדָא, דְּתַנְיָא: דָּן אֶת הַדִּין, זִיכָּה וְחַיָּיב, טִימֵּא וְטִיהֵר, אָסַר וְהִתִּיר, וְכֵן הָעֵדִים שֶׁהֵעִידוּ – כֻּולָּן רַשָּׁאִין לִיקַּח, אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים: הַרְחֵק מִן הַכִּיעוּר וּמִן הַדּוֹמֶה לוֹ.

Mais qu'il [le] dérive [aussi] à cause du soupçon (chashda) ! Car il est enseigné : [un juge] qui a jugé un jugement, [qui] a acquitté ou condamné, déclaré impur ou pur, interdit ou permis ; et de même les témoins qui ont témoigné — tous ont le droit d'acheter [l'objet du litige] ; mais les Sages ont dit : éloigne-toi de la laideur (kiour) et de ce qui lui ressemble.

📜 Rachi (5)
מִשּׁוּם חֲשָׁדָא דְּלָא לֵימְרוּ מִשּׁוּם דְּשָׁרְיָא נִיהֲלֵיהּ מוֹזִיל גַּבֵּיהּ וְנִרְאֶה כְּנוֹטֵל שָׂכָר עַל הוֹרָאָתוֹ:
À cause du soupçon — qu'on ne dise pas : parce qu'il [la] lui a permise, il [la] lui cède à bas prix, et [il] paraît prendre salaire pour son ruling.
דָּן אֶת הַדִּין עַל שָׂדֶה אוֹ עַל טַלִּית בֵּין זֶה לְזֶה:
[Un juge] qui a jugé un jugement — sur un champ ou sur un manteau, entre celui-ci et celui-là.
וְכֵן עֵדִים שֶׁהֵעִידוּ עַל שָׂדֶה אוֹ עַל טַלִּית שֶׁהֵן שֶׁל פְּלוֹנִי:
Et de même les témoins qui ont témoigné — sur un champ ou sur un manteau, [à savoir] qu'ils sont d'un tel.
כֻּולָּן רַשָּׁאִים לִיקַּח אוֹתוֹ חֵפֶץ:
Tous ont le droit d'acheter — cet objet[-là].
הַרְחֵק מִן הַכִּיעוּר שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ בִּשְׁבִיל כָּךְ זִיכָּהוּ לָזֶה שֶׁיִּתְּנֶנָּה לוֹ בְּזוֹל:
Éloigne-toi de la laideur — afin qu'on ne dise pas [que] c'est pour cela [qu']il a donné gain de cause à celui-ci, pour qu'il [le] lui cède à bas prix.
🗂️ Tossefot (1)
וְכֵן הָעֵדִים שֶׁהֵעִידוּ כֻּולָּם רַשָּׁאִין לִיקַּח כו' דִּשְׁנַיִם אֵינָם חֲשׁוּדִים כִּדְאָמְרִינַן בפ"ב דִּיבָמוֹת (דַּף כֹּה:) ומ"מ לְבַעַל נֶפֶשׁ טוֹב לְהַרְחִיק וְאִם תֹּאמַר וְעֵדִים הֵיאַךְ רַשָּׁאִין לִיקַּח כו' בִּשְׁלָמָא חֲתוּמִים עַל גֵּט אִשָּׁה אוֹ עַל שְׁטַר מִקָּח לֹא חָשׁוּ חֲכָמִים לְמַעֲשֶׂה דְּמַעֲשֶׂה לָא עָבְדִי אֲבָל דִּבּוּרָא אָמְרִי כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק הִתְקַבֵּל (גִּיטִּין דַּף סז.) אָמַר לָעֵדִים אִמְרוּ לַסּוֹפֵר לִכְתֹּוב וְלָעֵדִים וְיַחְתְּמוּ לֹא תַעֲשֶׂה בְּיִשְׂרָאֵל כָּזֹאת דְּחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא תַּשְׂכִּיר עֵדִים וְכֵן מֵיאֲנָה אוֹ שֶׁחָלְצָה בְּפָנָיו הֵיאַךְ יִשָּׂאֶנָּה הָא לָא עָבְדִי הָתָם מַעֲשֶׂה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּכָל דָּבָר שֶׁנִּגְמַר עַל פִּיהֶם חֲשִׁיב מַעֲשֶׂה אֲבָל הָתָם שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא דִּבּוּר בְּעָלְמָא שֶׁאוֹמֵר מִן הַבַּעַל אֶל הַסּוֹפֵר לִכְתֹּוב וְלָעֵדִים לַחְתֹּום וְאֶפְשָׁר שֶׁהֵם לֹא יַעֲשׂוּ וְלֹא תִּתְגָּרֵשׁ וְגַם אִם אֵין גּוֹמְרִין הַדָּבָר אֵינָם חוֹשְׁשִׁין וְאִם תֹּאמַר דָּן אֶת הַדִּין דְּהָכָא הֵיאַךְ רַשַּׁאי לִיקַּח וַהֲלֹא יָחִיד הֲוָה מִדְּקָתָנֵי דָּן דְּמִכֹּחַ מַתְנֵי' דִּבְכוֹרוֹת (דַּף כֹּח:) דִּתְנַן דָּן אֶת הַדִּין מַייְתֵי בפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף ו.) דִּשְׁנַיִם שֶׁדָּנוּ דִּינֵיהֶם דִּין וְלָאו דַּוְקָא ב' אֶלָּא ה"ה אֶחָד וְאֵין לוֹמַר דְּדַיָּין לָא חֲשִׁיד דְּהָא אָמְרִינַן בפ"ב דִּיבָמוֹת (דַּף כֹּה:) הֶחָכָם שֶׁאָסַר אֶת הָאִשָּׁה בְּנֶדֶר דְּלָא יִשָּׂאֶנָּה וְשֶׁמָּא חָיְישִׁינַן הָתָם טְפֵי שֶׁמָּא עֵינָיו נָתַן בָּהּ וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר דְּהַהִיא דִּבְכוֹרוֹת מוֹכְחָא טְפֵי דִּבְיָחִיד אַיְירֵי דְּקָתָנֵי רֵישָׁא מִי שֶׁאֵינוֹ מֻומְחֶה וְרָאָה אֶת הַבְּכוֹר כּוּ' בְּפֶרֶק עַד כַּמָּה (בְּכוֹרוֹת דַּף כֹּח:) וּלְהָכִי דָּיֵיק מִינָּהּ בְּסַנְהֶדְרִין:
'Et de même les témoins qui ont témoigné, tous ont le droit d'acheter, etc.' — car deux [témoins] ne sont pas suspectés, comme nous [le] disons au chapitre 2 de Yevamot (25b) ; et néanmoins, pour l'homme scrupuleux (baal nefech), il est bon de s'[en] éloigner. Et si tu objectes : et les témoins, comment ont-ils le droit d'acheter, etc. ? — passe encore [pour] des signataires d'un acte de divorce ou d'un acte d'achat : les Sages n'ont pas craint pour un acte (maaseh), car [ils] ne font pas [un faux] acte ; mais une parole (dibbour), [ils peuvent bien] dire [un mensonge], comme nous [le] disons au chapitre Ha-mekabel (Gittin 67a) : '[s']il a dit aux témoins : dites au scribe d'écrire et aux témoins de signer — on ne fait pas en Israël une telle chose', car nous craignons qu'elle [ne] loue des témoins ; et de même '[si une femme] a refusé (mienna) ou a fait la halitsa devant lui, comment [l']épousera-t-il ? or [les témoins] n'ont pas fait la d'acte' ! Et l'on peut dire que toute chose qui s'achève sur leur parole est considérée comme un acte ; mais là [dans Gittin] ce n'est qu'une parole en l'air, car le mari dit au scribe d'écrire et aux témoins de signer, et il se peut qu'ils ne [le] fassent pas et qu'elle ne soit pas divorcée ; et même s'ils n'achèvent pas la chose, [les Sages] ne [s'en] inquiètent pas. Et si tu objectes : '[un juge] qui a jugé un jugement' ici, comment a-t-il le droit d'acheter ? or [c'est] un juge unique (yahid), du fait qu'il enseigne 'qui a jugé', car du fait de la michna de Bekhorot (28b) où l'on enseigne 'qui a jugé un jugement', on infère au chapitre 1 de Sanhédrin (6a) que deux qui ont jugé, leur jugement [est] valide — et non pas précisément deux, mais il en va de même [pour] un seul. Et il ne faut pas dire [que] le juge n'est pas suspect, car nous disons au chapitre 2 de Yevamot (25b) [que] le sage qui a interdit une femme par un vœu ne [doit] pas l'épouser ; et peut-être craint-on là davantage, [de peur] qu'il [n']ait jeté les yeux sur elle. Et l'on peut encore dire que ce [cas] de Bekhorot prouve mieux qu'il s'agit d'un [juge] unique, du fait qu'il enseigne en début [de michna] 'celui qui n'est pas expert (moumhe) et a vu le premier-né, etc.' au chapitre Ad kama (Bekhorot 28b) ; et c'est pourquoi on en infère [précisément] dans Sanhédrin.
⚖️ Rosh (1)
וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם חֲשָׁדָא דְּתַנְיָא דָּן אֶת הַדִּין זִיכָּה אֶת הַחַיָּיב חִייֵּב אֶת הַזַּכַּאי טִימֵּא וְטִיהֵר אָסַר וְהִתִּיר וְכֵן הָעֵדִים שֶׁהֵעִידוּ כֻּולָּן רַשָּׁאִין לִיקַּח. אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים הַרְחֵק מִן הַכִּיעוּר וּמִן הַדּוֹמֶה לוֹ. הָנֵי מִילֵּי מִידֵּי דְּמִזְדַּבַּן בְּשׁוּמָא. אֲבָל הָכָא מַתְקְלָא מוֹכַח כִּי הָא דְּרָבָא שְׁרָא טְרֵיפְתָא וְזַבֵּין מִינָּהּ. אֲמַרָה לֵיהּ בַּת רַב חִסְדָּא אַבָּא שְׁרָא בֻּוכְרָא וְלָא זָבֵן מִינֵּיהּ. אֲמַר לָהּ ה"מ בֻּוכְרָא דִּבְשׁוּמָא מִזְדַּבַּן. הָכָא מַתְקָלָא מוּכָח. מַאי אִיכָּא לְמֵימַר מִשּׁוּם אֻומְצָא מְעַלַּיְיתָא. כָּל יוֹמָא נָמֵי אֻומְצָא מְעַלַּיְיתָא מְשַׁדְּרָן לִי:
Mais qu'il [le] dérive [aussi] à cause du soupçon (chashda) ! Car il est enseigné : [un juge] qui a jugé un jugement, [qui] a acquitté le coupable [ou] condamné l'innocent, [qui] a déclaré impur ou pur, interdit ou permis ; et de même les témoins qui ont témoigné — tous ont le droit d'acheter [l'objet du litige]. Mais les Sages ont dit : éloigne-toi de la laideur (kiour) et de ce qui lui ressemble. Ces choses[-là valent] pour ce qui se vend à l'estimation (chouma) ; mais ici, le poids [le] prouve (matkela mokhah). Tel ce [cas] où Rava permit une [bête] tereifa [douteuse] et en acheta [de la viande]. La fille de Rav Hisda lui dit : [mon] père a permis un premier-né (boukhra) et n'en a pas acheté. Il lui dit : ces choses[-là valent] pour un premier-né, qui se vend à l'estimation (chouma) ; [mais] ici, le poids [le] prouve (matkela mokhah). Qu'y a-t-il [à soupçonner] ? À cause d'un morceau de choix (oumtsa maalyata) ? Chaque jour aussi on m'envoie un morceau de choix !
💡 Explication

Troisième objection : même la validation et la consommation admises, Rabba n'aurait pas dû acheter la viande, à cause du soupçon (chashda) — qu'on [ne] dise : il a permis pour qu'on la lui cède à bas prix, [comme] recevant salaire pour son ruling. Une braita pose pourtant que juges et témoins ont le droit d'acheter l'objet sur lequel ils ont statué ; mais les Sages ajoutent : 'éloigne-toi de la laideur et de ce qui lui ressemble' (là-couche, par scrupule). Donc Rabba aurait dû s'abstenir.

8
הָנֵי מִילֵּי מִידֵּי דִּמְזַבֵּין מִשּׁוּמָא, הָכָא מַתְקָלָא מוּכָח, כִּי הָא דְּרַבָּה שְׁרָא טְרֵפְתָּא וּזְבַן מִינַּהּ בִּישְׂרָא, אֲמַרָה לֵיהּ בַּת רַב חִסְדָּא: אַבָּא שָׁרֵי בֻּוכְרָא וְלָא זָבֵן מִינֵּיהּ בִּישְׂרָא.

Ces choses[-là valent] pour ce qui se vend à l'estimation (chouma) ; [mais] ici, le poids [le] prouve (mitkala moukhah). Tel ce [cas] où Rabba permit une [bête] tereifa [douteuse] et en acheta de la viande.

La fille de Rav Hisda lui dit : [mon] père a permis un premier-né (boukhra) et n'en a pas acheté de viande !

📜 Rachi (3)
שָׁרֵי בֻּוכְרָא כְּשֶׁהָיָה כֹּהֵן מֵבִיא לְפָנָיו בְּכוֹר לִרְאוֹת מוּמוֹ וְהָיָה מַתִּירוֹ לֹא הָיָה לוֹקֵחַ מִמֶּנּוּ מִבְּשַׂר אוֹתוֹ בְּכוֹר. בְּכוֹר נוֹהֵג בַּזְּמַן הַזֶּה וּכְשֶׁהוּא תָּם אֵינוֹ רָאוּי לִכְלוּם דְּשׁוֹחֵט קָדָשִׁים בַּחוּץ:
Permit un premier-né — quand un kohen apportait devant lui un premier-né pour [en] voir le défaut (moum) et qu'il le [lui] permettait, il n'en achetait pas de la viande de ce premier-né[-la]. Le premier-né s'applique [encore] de nos jours, et lorsqu'il est sans défaut (tam) il n'est propre à rien, car [celui qui en mange] égorge des [animaux] consacrés au-dehors [du Temple].
רַב חִסְדָּא כֹּהֵן הֲוָה כִּדְאָמְרִינַן בְּגִיטִּין בְּהַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף נז) שְׁמוֹנִים זוּגִים אַחִים כֹּהֲנִים נְשׂוּאִין שְׁמוֹנִים זוּגוֹת אֲחָיוֹת כֹּהֲנוֹת:
Rav Hisda était kohen, comme nous [le] disons dans Gittin, au [chapitre] Ha-niezakin (57a) : quatre-vingts couples de frères kohanim épousèrent quatre-vingts couples de sœurs kohanot.
בְּכוֹר נִמְכָּר בְּאֹומֶד וְלֹא בְּמִשְׁקָל כִּדְאָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת (דַּף לא.) כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין נִשְׁחָטִין וְנִמְכָּרִין בְּאִיטְלִיז וְנִמְכָּרִין בְּלִיטְרָא חוּץ מִן הַבְּכוֹר וְהַמַּעֲשֵׂר:
Le premier-né se vend à l'estimation et non au poids, comme nous [le] disons dans Bekhorot (31a) : tous les [animaux] consacrés devenus invalides (pessoulei ha-moukdachin) s'égorgent et se vendent à l'étal (itliz) et se vendent au litra, hormis le premier-né et la dîme (maaser).
💡 Explication

Réponse à la troisième objection : le soupçon ne vaut que pour ce qui se vend à l'estimation (chouma), où le prix est négocié et invisible ; mais ici la balance prouve (mitkala moukhah) que Rabba a payé le prix juste au poids. Illustration : Rabba acheta de la viande d'une bête qu'il avait permise ; sa femme, fille de Rav Hisda, objecte que son père, lui, ayant permis un premier-né [à un kohen], n'en achetait pas de viande.

9
אֲמַר לָהּ: הָנֵי מִילֵּי בֻּוכְרָא דְּאַשּׁוּמָא מִזְדְּבַן, הָכָא מַתְקָלָא מוּכָח, מַאי אִיכָּא – מִשּׁוּם אֻומְצָא מְעַלַּיְיתָא? כֹּל יוֹמָא אֻומְצָא מְעַלַּייְתָא זַבִּנוּ לִי.

Il lui dit : ces choses[-là valent] pour un premier-né, qui se vend à l'estimation (achouma) ; [mais] ici, le poids [le] prouve. Qu'y a-t-il [à soupçonner] ?

À cause d'un morceau de choix (oumtsa maalyata) ? Chaque jour on me vend un morceau de choix !

📜 Rachi (4)
מַתְקָלָא מוּכָח שֶׁהַכֹּל רוֹאִין שֶׁהוּא שׁוֹקֵל לִיטְּרָא בְּדִינָר כְּמוֹתוֹ לַאֲחֵרִים וְנוֹתֵן הַמָּעוֹת מִיָּד:
Le poids [le] prouve — car tous voient qu'il pèse [pour lui] un litra contre un dinar, comme [il pèse] pour les autres, et [qu']il donne l'argent sur-le-champ.
מַאי אִיכָּא בַּמֶּה יְכוֹלִין לְחָשְׁדֵנִי:
Qu'y a-t-il — en quoi peut-on me soupçonner ?
מִשּׁוּם אֻומְצָא מְעַלַּיְיתָא שֶׁשּׁוֹקְלִין לִי הֲלִיטְּרָא מִמֵּיטַב הַבָּשָׂר:
À cause d'un morceau de choix — qu'on lui pèse le litra du meilleur de la viande.
כָּל יוֹמָא נָמֵי חוֹלְקִין לִי כָּבוֹד וּמוֹכְרִין לִי מִן הַמֵּיטָב:
Chaque jour aussi — on me fait honneur et on me vend du meilleur.
⚖️ Rosh (1)
וּבְקָנֶה קי"ל דִּמְקוֹם שְׁחִיטָה מִשִּׁיפּוּי כּוֹבַע וּלְמַטָּה עַד כַּנְפֵי הָרֵיאָה הַתַּחְתּוֹנָה שֶׁהִיא עֶלְיוֹנָה כְּשֶׁמֵּעֲמִידָה הַטַּבָּח וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יֶאֱנֹוס אוֹתָהּ אַחֵר וְלֹא תֶּאֱנֹוס הִיא אֶת עַצְמָהּ. כְּלוֹמַר לֹא תִּמְשׁוֹךְ אֶת צַוָּארָהּ בְּאֹונֶס אֶלָּא כְּשֶׁהִיא מוֹשֶׁכֶת הַצַּוָּאר כְּדַרְכָּהּ וְרוֹעֶה זֶהוּ מְקוֹם שְׁחִיטָה: א"ר נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל תֻּורְבַּץ הַוֶּושֶׁט שֶׁנִּיטַּל כֻּולּוֹ מִלֶּחִי כָּשֵׁר. מַתְקִיף לַהּ רַב פָּפָּא וְהָא אִיכָּא עִיקּוּר סִימָנִים. לָא תֵּימָא שֶׁנִּיטַּל כֻּולּוֹ אֶלָּא שֶׁנִּיטַּל רֻובּוֹ. וְעִיקּוּר סִימָנִין הַייְנוּ שֶׁנֶּעֶקְרוּ לְגַמְרֵי. וְהָא אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן סִימָנִין שֶׁנִּדַּלְדְּלוּ בְּרֻובָּן טְרֵיפָה. א"ר שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי הָא דְּמִיקְפַּל אִיקַּפּוֹלֵי וְהָא דְּאִיפָּרַק אִיפְּרוֹקֵי. פֵּירוּשׁ הַהוּא דְּתֻורְבַּץ שֶׁנִּיטַּל מִלֶּחִי הַייְנוּ כְּשֶׁנִּקְלַף הָרֹוב בְּמָקוֹם אֶחָד וְהַמִּיעוּט הַמְחֻובָּר בְּמָקוֹם אֶחָד. אֲבָל סִימָנִין שֶׁנִּפְרְקוּ בְּכֹחַ מִכָּאן וּמִכָּאן וְהַמִּיעוּט הַנִּשְׁאָר אֵין מְחֻובָּר בְּמָקוֹם אֶחָד טְרֵיפָה. דְּאוֹתוֹ מִיעוּט לָא הֲוָה חִיבּוּר וְלָא הָדַר בָּרִיא זוֹ הִיא גִּירְסַת הַסְּפָרִים וּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל. וְרַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב תֻּורְבַּץ הַוֶּושֶׁט שֶׁנִּיטַּל רֻובּוֹ מִלֶּחִי כָּשֵׁר וְדַוְקָא דְּאִיפְּרִיק אַפֵּרוּקֵי אֲבָל אֵידֶלְדַּל אֵידֶלְדּוּלִי אוֹ אִיקַּפַּל אִיקַּפּוֹלֵי לָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל סִימָנִין שֶׁנִּדַּלְדְּלוּ בְּרֻובָּן טְרֵיפָה. כְּלוֹמַר אִם נִתְפָּרְקוּ מִן הַלֶּחִי בְּנַחַת הָרֹוב בְּמָקוֹם אֶחָד כָּשֵׁר. אֲבָל אֵידֶלְדַּל אֵידֶלְדּוּלִי הַוֶּושֶׁט מִן הַקָּנֶה בְּרֻובָּן אוֹ אִיקַּפַּל אִיקַּפּוֹלֵי הַווֶּשֶׁט מִן הַלֶּחִי הֵנָּה וָהֵנָּה טְרֵיפָה: וּפְסוּקַת הַגַּרְגֶּרֶת. תְּנָא פְּסוּקַת הַגַּרְגֶּרֶת בְּרֻובָּהּ. וְכַמָּה רִיבָּה. רַב אָמַר רֹוב עָובְיָהּ וְאָמְרִי לַהּ רֹוב חֲלָלָה וְהִלְכְתָא רֹוב חֲלָלָה. הַהִיא פְּסוּקַת גַּרְגֶּרֶת דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב. יָתֵיב וּבְדָיֵק לֵיהּ בְּרוֹב עָובְיָהּ א"ל רַב כָּהֲנָא וְרַב אַסִּי לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ בְּרֹוב חֲלָלָהּ. שַׁדְּרֵיהּ קַמֵּיהּ דְּרַבָּה בַּר בַּר חָנָה בַּדְקַהּ בְּרֹוב חֲלָלָהּ וְאַכְשְׁרַהּ וּזְבַן מִינַּהּ בִּתְלֵיסַר אִיסְתֵּרֵי פְּשִׁיטֵי:
Et pour la trachée (kaneh), nous tenons pour établi (ki'yema lan) que l'emplacement de la chehita [va] depuis la pente du 'bonnet' (chipouy kova) et vers le bas, jusqu'aux ailes du poumon inférieur — qui est [le] supérieur lorsque le boucher (tabbah) la [la bête] fait tenir debout — à condition qu'un autre ne [la] force pas et qu'elle ne se force pas elle-même. C'est-à-dire qu'elle ne tende pas son cou par contrainte (ones), mais lorsqu'elle tend le cou à sa manière et broute — c'est [là] l'emplacement de la chehita. Rav Nahman a dit au nom de Chmouel : la base de l'oesophage (tourbatz ha-veshet) qui a été arrachée tout entière de la mâchoire (lehi) — [la bête est] cachere (kacher). Rav Papa [y] fait objection : mais il y a [là] l'arrachement des simanim (ikkour simanim) [qui rend tereifa] ! Ne dis pas 'qui a été arrachée tout entière', mais 'dont la majorité a été arrachée' ; et l'arrachement des simanim, c'est lorsqu'ils ont été arrachés complètement. Mais Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : des simanim qui se sont détachés (nidaldelou) en [leur] majorité — [la bête est] tereifa ! Rav Chicha fils de Rav Idi a dit : ceci [le cas kacher] où ils se sont [seulement] pliés (mikpal ikpolei), et cela [le cas tereifa] où ils se sont déchirés/arrachés (ipparek ipperokei). Explication : ce [cas] de la base de l'oesophage arrachée de la mâchoire, c'est lorsque la majorité s'est détachée (niklaf) en un [seul] endroit, la minorité restant réunie (mehoubar) en un [seul] endroit. Mais des simanim qui se sont arrachés avec force de-ci de-là, la minorité restante n'étant pas réunie en un [seul] endroit — [la bête est] tereifa ; car cette minorité-là n'est pas [considérée comme] une jonction (hibbour) et ne revient pas à la santé (lo hadar bari). Telle est la leçon (girsa) des livres et l'explication de Rachi, de mémoire bénie. Et Rav Alfassi (le Rif), de mémoire bénie, a écrit : la base de l'oesophage (tourbatz ha-veshet) dont la majorité a été arrachée de la mâchoire — [la bête est] cachere ; et [ceci] précisément lorsqu'elle s'est arrachée (ipperik apperoukei), mais [si] elle s'est détachée (idaldal idaldouli) ou s'est pliée (ikpal ikpolei), non ; car Chmouel a dit : des simanim qui se sont détachés en [leur] majorité — [la bête est] tereifa. C'est-à-dire : s'ils se sont détachés de la mâchoire en douceur (be-nahat), la majorité [restant] en un [seul] endroit — [la bête est] cachere. Mais [si] l'oesophage s'est détaché (idaldal idaldouli) de la trachée en [sa] majorité, ou [si] l'oesophage s'est plié (ikpal ikpolei) hors de la mâchoire de-ci de-là — [la bête est] tereifa. Et [pour] la trachée sectionnée (pessoukat ha-gargeret) : il est enseigné (tana) que la trachée sectionnée [rend tereifa] en [sa] majorité. Et de combien [se compose] la majorité ? Rav a dit : la majorité de son épaisseur (roub oviah) ; et certains rapportent : la majorité de sa cavité (roub halalah) ; et la halakha [est] : la majorité de sa cavité (roub halalah). Cette [bête à la] trachée sectionnée vint devant Rav ; il était assis et l'examinait selon la majorité de son épaisseur. Rav Kahana et Rav Assi lui dirent : tu nous as enseigné, notre maître, [qu'on mesure] selon la majorité de sa cavité ! Il l'envoya devant Rabba bar bar Hana ; il l'examina selon la majorité de sa cavité et la valida (akhchrah), et [Rabba] en acheta pour treize istera communes (istere pechite).
💡 Explication

Réponse de Rabba à sa femme : le scrupule de Rav Hisda valait pour le premier-né, vendu à l'estimation ; mais la viande au marché se vend au poids, et la balance prouve [le prix juste]. Que pourrait-on lui reprocher ? Qu'on lui ait donné un morceau de choix (oumtsa maalyata) ? Mais cet honneur lui est rendu chaque jour, [indépendamment de tout ruling] — il n'y a donc nul soupçon.

10
אָמַר רַב חִסְדָּא: אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד חָכָם? זֶה הָרוֹאֶה טְרֵפָה לְעַצְמוֹ. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: אֵיזֶהוּ ״שׂוֹנֵא מַתְּנַת יִחְיֶה״? זֶה הָרוֹאֶה טְרֵפָה לְעַצְמוֹ.

Rav Hisda a dit : qui est un talmid 'hakham (savant) ? Celui qui voit la tereifa sur sa propre [bête] (roeh tereifa le-atsmo).

Et Rav Hisda a dit : qui est [visé par] 'celui qui hait les présents vivra' (sone matanot yihye, Proverbes 15:27) ? Celui qui voit la tereifa sur sa propre [bête].

📜 Rachi (2)
זֶה הָרוֹאֶה טְרֵפָה לְעַצְמוֹ כְּשֶׁנּוֹלַד סְפֵק טְרֵפוֹת בִּבְהֶמְתּוֹ וְנִרְאֶה בּוֹ טַעַם לְאִיסּוּר וְטַעַם לְהֶיתֵּר וְאֵינוֹ חָס עָלֶיהָ וְאוֹסְרָהּ:
Celui qui voit la tereifa sur sa propre [bête] — lorsque naît un doute de tereifa sur sa bête et [qu']il y apparaît un motif d'interdire et un motif de permettre, et [qu']il ne s'apitoie pas sur elle [mais] l'interdit.
הָרוֹאֶה טְרֵפָה לְעַצְמוֹ וַדַּאי שׂוֹנֵא מַתָּנוֹת אֲחֵרִים הוּא שֶׁאַף עַל שֶׁלּוֹ אֵינוֹ חוֹמֵד לְהַכְרִיעַ לְהֶיתֵּר:
Celui qui voit la tereifa sur sa propre [bête] — assurément [c'est lui qui] hait les présents d'autrui, car même pour le sien il ne convoite pas de trancher vers la permission.
🗂️ Tossefot (1)
אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד חָכָם דִּמְהַדְּרִי לֵיהּ אֲבֵידָתוֹ בִּטְבִיעַת עַיִן זֶה הָרוֹאֶה טְרֵפָה לְעַצְמוֹ:
Qui est un talmid 'hakham — [au sens] de celui à qui l'on rend son objet perdu sur reconnaissance visuelle (tevi'out ayin) : c'est celui qui voit la tereifa sur sa propre [bête].
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא: אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד חָכָם? זֶה הָרוֹאֶה טְרֵפָה לְעַצְמוֹ. קַשָּׁא מַה שְׁאֵלָה זוֹ כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ חָכְמָה בַּתּוֹרָה זֶה נִקְרָא תַּלְמִידֵי חֲכָמִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בַּעַל תּוֹרָה נִקְרָא חָכָם עַל שֵׁם הַחַיִּים שֶׁלּוֹקֵחַ מִן הַתּוֹרָה דִּכְתִיב בָּהּ כִּי מֹצְאִי מָצָא חַיִּים (מִשְׁלֵי ח, לָהּ) וְלָזֶה אָמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל גְּדוֹלָה תּוֹרָה שֶׁהִיא נוֹתֶנֶת חַיִּים לְעֹשֶׂיהָ (מִשְׁנָה אָבוֹת ו, ז) לָכֵן נִקְרָא חָכָם דְּאוֹת כ' יִהְיֶה מִמֶּנָּה שְׁנֵי יודי"ן וְאָז אוֹתִיּוֹת חָכָם הֵם אוֹתִיּוֹת חַיִּים . אָמְנָם עַל תֹּואַר חָכָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ לְפִי טַעַם זֶה בַּעֲבוּר הַחַיִּים קַשָּׁא וַהֲלֹא כְּתִיב 'שׂוֹנֵא מַתְּנַת יִחְיֶה' (מִשְׁלֵי טו, כז) וְרֹוב הַחֲכָמִים לוֹקְחִים הַסְפָּקָה מִן הָעֲשִׁירִים וְנִזּוֹנִין מִן הַמַּתָּנוֹת וְהַלּוֹקֵחַ מַתָּנוֹת אֵין לוֹ חַיִּים, וְאֵיךְ כֻּולָּם נִקְרָאִים בְּשֵׁם חָכָם? אָמְנָם יִשּׁוּב דָּבָר זֶה הוּא דְּאִם הוּא לוֹקֵחַ הַמַּתָּנוֹת מִצַּד הֶכְרֵחַ כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לוֹ יִשּׁוּב הַדַּעַת לִלְמֹוד תּוֹרָה וּבְלִבּוֹ שׂוֹנֵא הַמַּתָּנוֹת הִנֵּה זֶה אַף עַל פִּי שֶׁלּוֹקֵחַ מַתָּנוֹת יִחְיֶה דְּהָא שׂוֹנֵא אוֹתָם וּמַה שֶׁלּוֹקֵחַ הוּא מִצַּד הַהֶכְרֵחַ וְאִם לֹא הָיוּ נוֹתְנִים לוֹ הַסְפָּקָה גַּם כֵּן הָיָה עוֹסֵק בַּתּוֹרָה אֲבָל אִם הוּא אוֹהֵב הַמַּתָּנוֹת וְלוֹמֵד תּוֹרָה כְּדֵי שֶׁיִּתְּנוּ לוֹ מַתָּנוֹת עַל זֶה אָמְרוּ אֵין לוֹ חַיִּים כֵּיוָן דְּאֵינוֹ שׂוֹנֵא מַתָּנוֹת. אָמְנָם דָּבָר זֶה צָפוּן בַּלֵּב וְאֵיךְ יִתְבָּרֵר? אֲבָל אִם רוֹאֶה טְרֵיפָה לְעַצְמוֹ דְּהַייְנוּ שֶׁהָיָה יָכוֹל לַעֲשׂוֹת טְעָמִים שֶׁל הֶיתֵּר עַל פִּי חָכְמָתוֹ לְהַתִּיר הַבְּהֵמָה וְעִם כָּל זֶה עָשָׂה טְעָמִים לְאִיסּוּר וְהִטְרִיף אוֹתָהּ נִמְצָא זֶה אֵין לוֹ חִימּוּד מָמוֹן עַל כֵּן מִסְּתָמָא אֵינוֹ לוֹמֵד בִּשְׁבִיל מָמוֹן וּמַה שֶׁלּוֹקֵחַ מָמוֹן הוּא מִצַּד הֶכְרֵחַ וְלָכֵן זֶה חָיוּ יִחְיֶה וְשַׁפִּיר נִקְרָא חָכָם עַל שֵׁם הַחַיִּים כַּנִּזְכָּר לְעֵיל דְּמִסֵּפֶר חָכָם הוּא מִסֵּפֶר חַיִּים. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד חָכָם דְּהַיְינוּ שֶׁנִּקְרָא חָכָם עַל שֵׁם הַחַיִּים אַף עַל גַּב דַּחֲזֵינַן שֶׁהוּא לוֹקֵחַ מַתָּנוֹת וּכְתִיב 'שׂוֹנֵא מַתְּנַת יִחְיֶה' וּמֵהֵיכָא מוּכָח דְּזֶה לוֹקֵחַ הַמַּתָּנוֹת מִצַּד הַהֶכְרֵחַ וְהוּא שׂוֹנֵא אוֹתָם? לָזֶה אָמַר זֶה הָרוֹאֶה טְרֵפָה לְעַצְמוֹ דְּמוּכָח דְּאֵין לוֹ חִימּוּד מָמוֹן דְּאִם יֵשׁ לוֹ הָיָה יָכוֹל לְהַתִּיר הַבְּהֵמָה עַל פִּי טְעָמִים שֶׁל הֶיתֵּר וְכֵיוָן דְּאֵין לוֹ חִימּוּד מָמוֹן נִמְצָא מַה שֶׁלּוֹקֵחַ מַתָּנוֹת הוּא מֵחֲמַת הֶכְרֵחַ וְלֵיכָּא לְמֵימַר שֶׁהוּא לוֹמֵד תּוֹרָה בִּשְׁבִיל הַמַּתָּנוֹת אִם כֵּן זֶה חָיוּ יִחְיֶה אַף עַל פִּי שֶׁלּוֹקֵחַ מַתָּנוֹת וְשַׁפִּיר נִקְרָא תַּלְמִידֵי חֲכָמִים עַל שֵׁם הַחַיִּים. וּבָזֶה מוּבָן נָמֵי דִּבְרֵי רַב חִסְדָּא בְּמַה שֶׁאָמַר אֵיזֶהוּ ' וְשׂוֹנֵא מַתְּנַת יִחְיֶה '? זֶה הָרוֹאֶה טְרֵפָה לְעַצְמוֹ דְּגַם עַל זֶה הַמַּאֲמָר קַשָּׁא מַה שְׁאֵלָה זוֹ כֹּל שֶׁאֵינוֹ מְקַבֵּל הֲרֵי זֶה שׂוֹנֵא מַתָּנוֹת וְגַם זֶה מוּבָן עַל פִּי הָאָמוּר דְּיֵשׁ מְקַבֵּל מַתָּנוֹת וְהוּא שׂוֹנֵא אוֹתָם וּמַה שֶׁמְּקַבֵּל הוּא מִצַּד הֶכְרֵחַ וּבְמַה יִוָּודַע הַדָּבָר הַזֶּה לָזֶה אָמַר אִם רוֹאֶה טְרֵיפָה לְעַצְמוֹ אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה יָכוֹל לִמְצוֹא לָהּ טְעָמִים לְהַתּוֹרָה דְּמִזֶּה מוּכָח דְּאֵין לוֹ חִמּוּד מָמוֹן וְאָז מִמֵּילָא מוּכָח מַה שֶׁמְּקַבֵּל הַמַּתָּנוֹת אֵינוֹ אוֹהֵב אוֹתָם אֶלָּא שׂוֹנֵא אוֹתָם וּמְקַבֵּל מִצַּד הֶכְרֵחַ. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד נָמֵי מַה שֶׁאָמַר עוֹד דְּאִם רוֹאֶה טְרֵיפָה לְעַצְמוֹ עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר ' יְגִיעַ כַּפֶּיךָ כִּי תֹאכֵל ' (תְּהִלִּים קכח, ב) וְקַשָּׁא וְהָא קָחָזֵינַן דְּאוֹכֵל מִן הַסְפָּקָה וְלֹא מִן יַגִּיעַ כַּפָּיו? אַךְ בָּזֶה נִיחָא כֵּיוָן דְּרוֹאֶה טְרֵיפָה לְעַצְמוֹ דְּהַייְנוּ שֶׁהָיָה יָכוֹל לִמְצוֹא לָהּ הֶיתֵּר עַל פִּי אֵיזֶה טַעַם שֶׁל חֲרִיפוּת וְהוּא לֹא עָשָׂה חֲרִיפוּת שֶׁל הֶבֶל לְהַתִּיר אֶלָּא הָלַךְ בְּדֶרֶךְ יָשָׁר לִמְצוֹא טַעַם לֶאֱסֹור וְהִטְרִיף אִם כֵּן זֶה מוּכָח שֶׁהוּא לוֹמֵד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ וְיָדוּעַ דְּמַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הָעוֹלָם קַיָּים וְעוֹמֵד בַּעֲבוּר עֵסֶק הַתּוֹרָה הַייְנוּ תּוֹרָה לִשְׁמָהּ וְנִמְצָא זֶה הַלּוֹמֵד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ אֵינוֹ אוֹכֵל וְנֶהֱנָה מִשֶּׁל עֵשָׂו אֶלָּא אוֹכֵל מִיְּגִיעַ כַּפָּיו כִּי עַל יְדֵי לִימּוּדוֹ מְקַייֵּם הָעוֹלָם וְאָז זוֹכֶה בְּטוֹב עוֹלָם הַזֶּה מִדִּין מַצִּיל מִזּוֹטוֹ שֶׁל יָם.
Rav Hisda a dit : qui est un talmid 'hakham ? Celui qui voit la tereifa sur sa propre bête. [Le Ben Yehoyada objecte :] cette question est difficile — quiconque possède une sagesse dans la Torah, cela [ne suffit-il pas à ce qu']on l'appelle talmid 'hakham ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que le maître de Torah (baal Torah) est appelé 'hakham à cause de la vie (haïm) qu'il tire de la Torah, comme il y est écrit : 'car celui qui me trouve à trouvé la vie' (Proverbes 8:35) ; et c'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit : 'grande est la Torah, car elle donne la vie à ceux qui la pratiquent' (Michna Avot 6:7). C'est pourquoi il est appelé 'hakham (חכם) : car [si] de la lettre khaf (כ) on tire deux youd (יי), alors les lettres de 'hakham deviennent les lettres de haïm (חיים, vie). Cependant, sur ce titre de 'hakham qu'il possède selon cette explication, à cause de la vie, [une difficulté] se pose : or n'est-il pas écrit 'celui qui hait les présents vivra' (Proverbes 15:27) ? Or la plupart des sages reçoivent leur subsistance (haspaka) des riches et se nourrissent de présents (matanot) — et celui qui reçoit des présents n'a pas la vie ! Comment donc tous [ces sages] sont-ils appelés du nom de 'hakham ? Mais la résolution de cette question est [la suivante] : si [le sage] reçoit les présents par nécessité (hekhreah), afin d'avoir la sérénité d'esprit pour étudier la Torah, et [qu']en son cœur il hait les présents — celui-là, bien qu'il reçoive des présents, vivra, car il les hait, et ce qu'il reçoit [c'est] par nécessité ; et si on ne lui donnait pas sa subsistance, il s'adonnerait tout de même à la Torah. Mais s'il aime les présents et étudie la Torah afin qu'on lui donne des présents — de celui-là ils ont dit qu'il n'a pas la vie, puisqu'il ne hait pas les présents. Cependant cette chose[-là] est cachée dans le cœur, et comment se vérifiera-t-elle ? Mais s'il 'voit la tereifa sur sa propre bête' — c'est-à-dire qu'il aurait pu produire des raisons de permettre selon sa sagesse et [ainsi] permettre la bête, et qu'avec tout cela il a produit des raisons d'interdire et l'a déclarée tereifa — il se trouve que celui-là n'a pas de convoitise de l'argent (himoud mamon) ; dès lors, il est présumé ne pas étudier pour l'argent, et ce qu'il reçoit d'argent [c'est] par nécessité. C'est pourquoi celui-là 'vivra' vraiment, et il est à bon droit appelé 'hakham à cause de la vie, comme mentionné plus haut, car le compte [numérique] de 'hakham est [celui] de haïm. Et c'est [ce que Rav Hisda] a voulu dire [par] 'qui est un talmid 'hakham ?' — c'est-à-dire [celui] qu'on appelle 'hakham à cause de la vie, bien que nous [le] voyions recevoir des présents alors qu'il est écrit 'celui qui hait les présents vivra' ; et d'où [se] prouve-t-il que celui-là reçoit les présents par nécessité et qu'il les hait ? À cela il a répondu : 'celui qui voit la tereifa sur sa propre bête', [ce] dont il se prouve qu'il n'a pas de convoitise de l'argent — car s'il en avait, il aurait pu permettre la bête par des raisons de permettre ; et puisqu'il n'a pas de convoitise de l'argent, il se trouve que ce qu'il reçoit en présents [c'est] par nécessité, et l'on ne peut [plus] dire qu'il étudie la Torah pour les présents. Si [tel est le cas], celui-là 'vivra' vraiment, bien qu'il reçoive des présents, et il est à bon droit appelé talmid 'hakham à cause de la vie. Et par cela se comprennent aussi les paroles de Rav Hisda [dans] ce qu'il a dit : 'qui est [visé par] celui qui hait les présents vivra ? Celui qui voit la tereifa sur sa propre bête' — car sur cet énoncé aussi se pose une difficulté : cette question, [pourquoi la poser puisque] quiconque n'accepte pas [de présents] est [de fait] quelqu'un qui hait les présents ? Mais cela aussi se comprend d'après ce qui a été dit : il y a [tel] qui reçoit des présents tout en les haïssant, et ce qu'il reçoit [c'est] par nécessité ; et par quoi cette chose se fera-t-elle connaître ? À cela il a répondu : s'il voit la tereifa sur sa propre bête, bien qu'il eût pu lui trouver des raisons pour la permettre — [ce] dont il se prouve qu'il n'a pas de convoitise de l'argent ; et alors se prouve d'office que ce qu'il reçoit en présents, il ne les aime pas mais les hait, et [ne] les reçoit [que] par nécessité. Et par cela se comprend aussi, avec l'aide du Ciel, ce qu'il a dit encore : que si [le sage] voit la tereifa sur sa propre bête, à son sujet l'Écriture dit 'le labeur de tes mains, [oui] tu [en] mangeras' (Psaumes 128:2) — et [la] difficulté : or nous voyons [bien] qu'il mange de sa subsistance [reçue d'autrui] et non du labeur de ses mains ! Mais cela s'explique aisément : puisqu'il voit la tereifa sur sa propre bête — c'est-à-dire qu'il aurait pu lui trouver une permission par quelque raison de subtilité (harifout), et [qu']il n'a pas [usé] d'une subtilité vaine pour permettre, mais est allé par le droit chemin trouver une raison d'interdire et [l']a déclarée tereifa — alors il se prouve qu'il étudie la Torah pour elle-même (lichma) ; et il est connu que ce que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit [à savoir] que le monde subsiste et tient grâce à l'occupation de la Torah, [vaut pour] la Torah [étudiée] pour elle-même ; il se trouve donc que celui-là, qui étudie la Torah pour elle-même, ne mange pas et ne jouit pas de ce qui est d'Esav, mais mange du labeur de ses mains — car par son étude il fait subsister le monde, et alors il mérite le bien de ce monde-ci selon le principe de 'celui qui sauve [un bien] de la houle de la mer' [en a la propriété].
💡 Explication

Maximes de Rav Hisda. Le vrai talmid 'hakham est 'celui qui voit la tereifa sur sa propre bête' (roeh tereifa le-atsmo) : lorsqu'un doute de tereifa naît sur son animal, avec un motif d'interdire et un motif de permettre, il ne s'apitoie pas sur sa perte et [l']interdit. Et c'est lui le 'sone matanot yihye' (qui hait les présents vivra) : ne convoitant pas même son propre bien [vers la permissivité], à plus forte raison ne convoite-t-il pas le bien d'autrui.

11
דָּרֵשׁ מָר זוּטְרָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא: כָּל מִי שֶׁקּוֹרֵא וְשׁוֹנֶה, וְרוֹאֶה טְרֵפָה לְעַצְמוֹ, וְשִׁימֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים – עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״יְגִיעַ כַּפֶּיךָ כִּי תֹאכֵל אַשְׁרֶיךָ וְטוֹב לָךְ״. רַב זְבִיד אָמַר: זוֹכֶה וְנוֹחֵל שְׁנֵי עוֹלָמוֹת, הָעוֹלָם הַזֶּה וְהָעוֹלָם הַבָּא, ״אַשְׁרֶיךָ״ – בָּעוֹלָם הַזֶּה, ״וְטוֹב לָךְ״ – לָעוֹלָם הַבָּא.

Mar Zoutra exposa au nom de Rav Hisda : quiconque lit [l'Écriture] et étudie [la michna], et voit la tereifa sur sa propre [bête], et a servi des savants (talmide hakhamim) — à son sujet l'Écriture dit : 'le labeur de tes mains, [oui] tu [en] mangeras, heureux es-tu et bien [t'en sera]' (Psaumes 128:2). Rav Zevid a dit : il mérite et hérite de deux mondes, ce monde-ci et le monde à venir : 'heureux es-tu' — en ce monde-ci, 'et bien [t'en sera]' — pour le monde à venir.

📜 Rachi (2)
וְשַׁמַּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים גָּמַר לְתָרֵץ טַעֲמֵי הַמִּשְׁנָה וּמִשְׁנָיוֹת הַסּוֹתְרוֹת זוֹ אֶת זוֹ וְהַיְינוּ גְּמָרָא:
Et a servi des savants — il a appris à expliquer les raisons (taame) de la michna et les michnayot qui se contredisent l'une l'autre, et c'est [cela] la guemara.
יְגִיעַ כַּפֶּיךָ כִּי תֹאכֵל דְּכֵיוָן דְּעַל שֶׁלּוֹ אֵינוֹ חוֹמֵד כָּל שֶׁכֵּן שֶׁאֵינוֹ חוֹמֵד בְּשֶׁל אֲחֵרִים לִגְנֹוב וְלִגְזֹול:
Le labeur de tes mains, [oui] tu [en] mangeras — car, dès lors que pour le sien il ne convoite pas, à plus forte raison ne convoite-t-il pas le bien d'autrui pour voler et dérober.
💡 Explication

Développement de Mar Zoutra au nom de Rav Hisda : celui qui réunit les quatre traits — lire l'Écriture, étudier la michna, voir la tereifa sur sa propre bête, et avoir servi des savants (chimmech talmide hakhamim, c'est-à-dire appris le raisonnement de la guemara) — celui-là 'mange le labeur de ses mains' et est heureux. Rav Zevid précise : il hérite des deux mondes — 'heureux es-tu' ici-bas, 'et bien t'en sera' dans le monde à venir.

12
רַבִּי אֶלְעָזָר, כִּי הֲווֹ מְשַׁדְּרִי לֵיהּ מִבֵּי נְשִׂיאָה מִידֵּי, לָא שְׁקִיל, וְכִי הֲווֹ מְזַמְּנִי לֵיהּ, לָא אָזֵיל. אָמַר: לָא קָא בָּעֵי מָר דְּאֵיחֵי? דִּכְתִיב: ״וְשׂוֹנֵא מַתָּנוֹת יִחְיֶה״. רַבִּי זֵירָא, כִּי מְשַׁדְּרִי לֵיהּ, לָא שְׁקִיל, כִּי הֲווֹ מַזְמְנִין לֵיהּ, אָזֵיל. אָמַר:

Rabbi Elazar, lorsqu'on lui envoyait quelque chose de la maison du Nassi, ne [le] prenait pas ; et lorsqu'on l'[y] invitait, il n'[y] allait pas. Il disait : Maître ne veut-il pas que je vive ? car il est écrit : 'celui qui hait les présents vivra' (Proverbes 15:27).

Rabbi Zera, lorsqu'on lui envoyait [quelque chose], ne [le] prenait pas ; lorsqu'on l'invitait, il [y] allait. Il disait :

📜 Rachi (1)
מְזַמְּנִי לֵיהּ לֶאֱכֹול אֶצְלָם:
On l'invitait — à manger chez eux.
💡 Explication

Deux illustrations contrastées du verset 'celui qui hait les présents vivra'. Rabbi Elazar refusait tout de la maison du Nassi : ni présent ni invitation, par crainte de [diminuer sa] vie. Rabbi Zera, lui, refusait les présents [matériels] mais acceptait les invitations [à manger] — son raisonnement [pour distinguer les deux] commence ici et se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).