Sougya : Le daf clôt d'abord la règle des deux écoles : qui cumule les rigueurs de Beit Chammai et de Beit Hillel, de lui le verset dit 'le sot marche dans l'obscurité' ; on suit Beit Chammai ou Beit Hillel d'un seul bloc, et la halakha tranche comme Beit Hillel après la bat kol (voix céleste), sauf pour Rabbi Yehochoua qui n'en tient pas compte. On revient alors à Rava : sa double rigueur (de Rav et de Chmouel) était contradictoire ; Rav Tavout répond qu'il a tout tranché selon Rav seul.
De là, la sougya établit que l'entrée du veshet (torbatz ha-veshet) n'est pas un lieu d'abattage, et délimite la zone valide entre deux bornes : en haut jusqu'à 'la prise de main' (Rav Nahman), en bas jusqu'au point où paraissent les poils du rumen (Rabba bar Avouh). Puis Chmouel : un torbatz ha-veshet entièrement détaché de la mâchoire reste kacher, appuyé par la michna 'la mâchoire inférieure arrachée : kacher'.
Rav Papa objecte l'arrachement des simanim (ikkur simanim) ; on distingue la mâchoire tranchée au-dessus des simanim (kacher) du veshet arraché lui-même. On corrige Chmouel ('la majorité', non 'tout'), et Rav Checha concilie : pelé en douceur (akpoulei) -> kacher ; arraché de force (afroukei) -> tereifa.
Le daf s'achève sur la trachée sectionnée (pesoukat ha-gargeret), tereifa dès sa majorité — combien est 'sa majorité' ?
[Celui qui prend] les rigueurs de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel — de lui le verset dit : 'le sot marche dans l'obscurité' (Ecclésiaste 2:14). Plutôt : ou bien comme Beit Chammai — selon leurs indulgences et leurs rigueurs ; ou bien comme Beit Hillel — selon leurs indulgences et leurs rigueurs.
Fin de la règle sur les deux écoles. Celui qui veut cumuler les rigueurs de Beit Chammai et celles de Beit Hillel (quand elles se contredisent) est traité de sot qui marche dans l'obscurité. Il faut suivre une école d'un seul bloc : ses indulgences avec ses rigueurs. Lien avec Rava : sa double rigueur (de Rav et de Chmouel) était justement contradictoire.
[La braita] elle-même [présente] une difficulté : tu as dit 'la halakha [est] toujours selon Beit Hillel', et ensuite tu enseignes 'celui qui veut agir selon Beit Chammai [le] fait' !
Contradiction interne à la braita : elle pose d'abord que la halakha suit toujours Beit Hillel, puis admet que l'on peut agir selon Beit Chammai. Comment concilier ?
Ce n'est pas une difficulté : ici [c'est] avant la bat kol (voix céleste), là [c'est] après la bat kol.
Résolution chronologique : la permission d'agir selon Beit Chammai vaut avant la bat kol ; la règle 'toujours comme Beit Hillel' vaut après la bat kol qui proclama que la halakha suit Beit Hillel.
Et si tu veux, dis [autrement] : même après la bat kol, et [cette permission] est [l'avis de] Rabbi Yehochoua, qui dit : on ne tient pas compte d'une bat kol.
Autre résolution : la permission d'agir selon Beit Chammai vaut même après la bat kol, et exprime l'avis de Rabbi Yehochoua, pour qui 'on ne tient pas compte d'une bat kol' en matière de halakha — la divergence des deux écoles n'est donc pas tranchée.
En tout cas, [cela reste] une difficulté.
Retour à Rava : quelle que soit la résolution sur la braita, le propos de Rava demeure problématique — il a cumulé deux rigueurs contradictoires (de Rav et de Chmouel) pour déclarer la bête tereifa, ce qui est précisément la conduite du 'sot'.
Rav Tavout dit : il [Rava] a tout fait selon Rav. Car lorsque Rami bar Ye'hezkel vint, il dit : n'écoutez pas ces principes que mon frère Yehouda a formules au nom de Rav !
Ainsi a dit Rav : le veshet (oesophage), les Sages y ont fixé une mesure — d'où il ressort que le torbatz ha-veshet (l'entrée du veshet) n'est pas un lieu d'abattage ; et [pourtant] il dit [que sa perforation rend tereifa] au moindre point.
Rav Tavout dissout la contradiction : Rava a tranché entièrement selon Rav, pas en cumulant Rav et Chmouel. Rami bar Ye'hezkel rectifie une tradition : Rav tient que les Sages ont fixé une mesure du veshet valide pour l'abattage, donc que le torbatz ha-veshet (l'entrée haute) n'est pas un lieu d'abattage — et que, malgré cela, sa perforation au moindre point rend tereifa (comme la trachée, dont la mesure est la même dans et hors du lieu d'abattage).
[La mesure] vers le haut, jusqu'où ? Rav Nahman a dit : jusqu'à la prise de main (tefissat yad).
[La mesure] vers le bas, jusqu'où ? Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : jusqu'au point où [cela] devient poilu (che-yiss'ir).
Les deux bornes de la zone valide (voir le schéma). En haut : jusqu'à la 'prise de main' (Rav Nahman) — il faut laisser côté tête l'espace d'une main qui empoigne. En bas : jusqu'au point où apparaissent les poils du rumen (Rabba bar Avouh).
Est-ce ainsi ? Mais Ravina n'a-t-il pas dit au nom de Geneiva, au nom de Rav : un tefah (paume) dans le veshet, proche du rumen (kares), c'est cela le rumen intérieur (kares ha-penimi) !
Pourquoi [Rav Nahman permet-il jusqu'au point poilu] ? Lorsqu'il abat [si bas], c'est dans le rumen qu'il abat [donc invalide] !
Objection : selon Ravina au nom de Rav, le dernier tefah (paume) du veshet, contre le rumen, est déjà considéré comme 'rumen intérieur' — donc pas un lieu d'abattage. Or Rav Nahman autorise l'abattage jusqu'au point poilu, qui descend dans ce dernier tefah. Contradiction.
Dis [plutôt] : un tefah dans le rumen, proche du veshet, c'est cela le rumen intérieur. [Ou] si tu veux, dis : lorsque Rav a dit [cela], [c'était] pour le bœuf (tora), qui est plus poilu (mecha'er tefi).
Deux corrections. (1) Inverser : c'est le premier tefah du rumen, contre le veshet, qui est le 'rumen intérieur' (et le dernier tefah du veshet reste valide). (2) L'énoncé de Rav vise spécifiquement le bœuf, plus poilu, chez qui les poils pénètrent un tefah dans le veshet — mais le lieu d'abattage reste le veshet jusqu'au point poilu.
Rav Nahman a dit au nom de Chmouel : un torbatz ha-veshet (entrée du veshet) qui s'est entièrement détaché de la mâchoire (lehi) — [la bête est] cachere. Et le tana, notre tana, [l']enseigne [aussi] : 'la mâchoire inférieure arrachée — [la bête est] cachere'.
Nouvelle règle de Chmouel : si l'entrée du veshet s'est entièrement détachée de la mâchoire, la bête reste cachere. Appui dans la michna (54a) : 'la mâchoire inférieure arrachée — cachere' (et avec elle se détachent les simanim qui y sont attachés).
Rav Papa objecte : mais il y a [pourtant l']arrachement des simanim (ikkur simanim) !
Objection de Rav Papa : si le torbatz ha-veshet s'arrache, c'est un cas d'ikkur simanim (arrachement des simanim) — ce qui devrait rendre la bête tereifa. Comment Chmouel la déclare-t-il cachere ?
Et pour Rav Papa, la michna [aussi] fait difficulté : 'la mâchoire inférieure arrachée — cachere' !
Le Talmud retourne l'objection contre Rav Papa lui-même : la michna déclare cachere la bête dont la mâchoire inférieure est arrachée — or les simanim, attachés à cette mâchoire, s'arrachent nécessairement avec elle. Comment Rav Papa, qui tient l'ikkur simanim pour tereifa, l'explique-t-il ?
Certes, la michna ne fait pas difficulté pour Rav Papa : ceci [le cas tereifa] — [c'est] qu'ils se sont arrachés (di-ikour ikkourei) ; cela [le cas de la michna, cachere] — [c'est] qu'[on] a tranché (di-igoum igoumei) au-dessus des simanim. Mais pour Chmouel, [cela] fait difficulté !
Distinction sauvant Rav Papa. La michna 'cachere' vise le cas où la mâchoire est tranchée au-dessus de l'attache des simanim (di-igoum igoumei) — les simanim restant solidaires de la chair : pas d'arrachement. Le cas tereifa est celui où les simanim eux-mêmes s'arrachent (di-ikour ikkourei). Mais Chmouel, lui, parle bien du veshet arraché — donc la difficulté subsiste pour lui.
Ne dis pas 'entièrement', mais dis 'sa majorité' (roubo).
Correction de l'énoncé de Chmouel : il ne faut pas comprendre 'le veshet entièrement détaché', mais 'sa majorité' (roubo) détachée — ce qui atténue la difficulté de l'ikkur simanim.
Mais Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Chmouel : des simanim qui se sont détachés en leur majorité — [la bête est] tereifa ! Rav Checha fils de Rav Idi a dit : ceci [le cas cachere] — [c'est] qu'[ils] se sont épluchés (de-akpel ikpoulei) ; là [le cas tereifa] — [c'est] qu'[ils] se sont arrachés de force (de-afrouk afroukei).
Nouvelle contradiction, dans la bouche même de Chmouel : des simanim détachés en majorité seraient tereifa (Rabba bar bar Hana). Conciliation de Rav Checha (voir le schéma) : cachere quand ils se sont pelés en douceur de la chair (akpoulei, le reste tient d'un bloc et peut se ressouder) ; tereifa quand ils se sont arrachés de force (afroukei, un peu ici, un peu là, sans pouvoir se ressouder).
'Et [l'animal a] la trachée sectionnée (pesoukat ha-gargeret) [est tereifa].' On a enseigné : combien [doit mesurer] la section de la trachée [pour rendre tereifa] ? Sa majorité (roubah).
Et combien [est] sa majorité ? Rav dit :
Retour à la michna et nouveau sujet : la trachée sectionnée (pesoukat ha-gargeret) rend la bête tereifa dès que la coupe atteint 'sa majorité' (roubah). La braita demande alors combien vaut précisément cette majorité — la réponse de Rav se poursuit au daf suivant (44b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).