Chullin 44a — le torbatz ha-veshet, les bornes du lieu d'abattage, l'arrachement des simanim et la trachée sectionnée

Chullin 44a

Sougya : Le daf clôt d'abord la règle des deux écoles : qui cumule les rigueurs de Beit Chammai et de Beit Hillel, de lui le verset dit 'le sot marche dans l'obscurité' ; on suit Beit Chammai ou Beit Hillel d'un seul bloc, et la halakha tranche comme Beit Hillel après la bat kol (voix céleste), sauf pour Rabbi Yehochoua qui n'en tient pas compte. On revient alors à Rava : sa double rigueur (de Rav et de Chmouel) était contradictoire ; Rav Tavout répond qu'il a tout tranché selon Rav seul.

De là, la sougya établit que l'entrée du veshet (torbatz ha-veshet) n'est pas un lieu d'abattage, et délimite la zone valide entre deux bornes : en haut jusqu'à 'la prise de main' (Rav Nahman), en bas jusqu'au point où paraissent les poils du rumen (Rabba bar Avouh). Puis Chmouel : un torbatz ha-veshet entièrement détaché de la mâchoire reste kacher, appuyé par la michna 'la mâchoire inférieure arrachée : kacher'.

Rav Papa objecte l'arrachement des simanim (ikkur simanim) ; on distingue la mâchoire tranchée au-dessus des simanim (kacher) du veshet arraché lui-même. On corrige Chmouel ('la majorité', non 'tout'), et Rav Checha concilie : pelé en douceur (akpoulei) -> kacher ; arraché de force (afroukei) -> tereifa.

Le daf s'achève sur la trachée sectionnée (pesoukat ha-gargeret), tereifa dès sa majorité — combien est 'sa majorité' ?

Le veshet (oesophage) : où peut-on abattre ? deux bornes encadrent la zone valide pour la chehita (abattage) tête (haut) torbatz ha-veshet (entrée du veshet) PAS un lieu d'abattage ; perforé au moindre point -> tereifa borne haute (Rav Nahman) : à kedi tefissat yad (prise de main) ZONE VALIDE pour l'abattage le corps du veshet (entre les deux bornes) borne basse (Rabba bar Avouh) : ad kedi che-yiss'ir (jusqu'aux poils du rumen) kares (rumen / panse) -> bas (vers la panse)
Les deux bornes du veshet (segments 5-8) : l'entrée (torbatz) en haut et le rumen en bas encadrent la zone valide pour l'abattage.
Simanim détachés : kacher ou tereifa ? (Rav Checha) concilier Chmouel (kacher si majorité) et R. bar bar Hana (tereifa si majorité) de-akpel akpoulei (s'est pelé en douceur de la chair) décollé d'un bloc, le reste tient encore d'un seul tenant peut se ressouder (hadra bri) -> KACHER (cas de Chmouel) de-afrouk afroukei (arraché de force) arrache un peu ici, un peu là, le reste n'est plus solidaire ne se ressoude pas (lo hadra bri) -> TEREIFA (cas de R. b. b. Hana)
La conciliation de Rav Checha (segment 14) : 'pelé' (kacher) contre 'arraché de force' (tereifa) pour des simanim détachés en majorité.
1
מֵחֻומְרֵי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחֻומְרֵי בֵּית הִלֵּל – עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״הַכְּסִיל בַּחֹושֶׁךְ הוֹלֵךְ״. אֶלָּא אִי כְּבֵית שַׁמַּאי – כְּקֻולֵּיהֶן וּכְחָומְרֵיהֶן, אִי כְּבֵית הִלֵּל – כְּקֻולֵּיהֶן וּכְחָומְרֵיהֶן.

[Celui qui prend] les rigueurs de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel — de lui le verset dit : 'le sot marche dans l'obscurité' (Ecclésiaste 2:14). Plutôt : ou bien comme Beit Chammai — selon leurs indulgences et leurs rigueurs ; ou bien comme Beit Hillel — selon leurs indulgences et leurs rigueurs.

📜 Rachi (1)
מֵחֻומְרֵי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחֻומְרֵי בֵּית הִלֵּל מְפָרֵשׁ בְּפ"ק דְּעֵירוּבִין (דַּף ז.) בִּתְרֵי חוּמְרֵי דְּסָתְרָן אַהֲדָדֵי כְּגוֹן הַךְ דְּשִׁדְרָה וְגֻולְגֹּולֶת דְּאִפְּלוּג בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל לְגַבֵּי אֹהֶל דְּהָווּ לְהוּ בֵּית שַׁמַּאי לְחֻומְרָא וְאָמְרִי עַד שֶׁתֶּחְסַר שְׁתֵּי חֻולְיוֹת מְטַמֵּא בְּאֹהֶל וּבֵית הִלֵּל לְקֻולָּא וְקָאָמְרִינַן וְכֵן לִטְרֵפָה דִּלְבֵית הִלֵּל בַּחֲדָא חֻולְיָא הָוֵי חִסָּרוֹן וּטְרֵפָה ולב"ש כְּשֵׁרָה וְהָווּ לְהוּ ב"ש לְקֻולָּא וב"ה לְחוּמְרָא וּמַאן דַּעֲבִיד בִּטְרֵפוֹת כְּחֻומְרֵי ב"ה וּבְטֻומְאָה כְּחֻומְרֵי ב"ש כְּסִיל הוּא דְּהָכָא חֲשִׁיב לֵיהּ חִסָּרוֹן וְהָכָא לָא חֲשִׁיב לֵיהּ חִסָּרוֹן. וְהָנֵי דְּרָבָא נָמֵי סָתְרָן אַהֲדָדֵי דְּכֵיוָן דְּאָמַר נְקוּבָתוֹ בְּמַשֶּׁהוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דִּמְקוֹם שְׁחִיטָה הוּא וְחֻומְרֵי דִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר לָאו מְקוֹם שְׁחִיטָה הוּא וְאִשְׁתְּכַח דְּסָתְרָן מִילְּתֵיהּ דְּרָבָא אַהֲדָדֵי:
Les rigueurs de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel — [cela] est expliqué au premier chapitre de Erouvin (page 7a), [à propos] de deux rigueurs qui se contredisent l'une l'autre, comme ce [cas] de la colonne vertébrale (chidra) et du crâne (goulgolet) où Beit Chammai et Beit Hillel ont divergé quant à l'impureté par tente (ohel) : Beit Chammai [se prononce] vers la rigueur et dit [qu']il faut qu'il manque deux vertèbres [pour que la colonne ne] transmette [plus] l'impureté par tente, et Beit Hillel [se prononce] vers l'indulgence [à une seule vertèbre manquante] ; et nous disons 'et de même pour [définir] la tereifa', [où] pour Beit Hillel [le manque] d'une seule vertèbre est un manque [rendant la bête] tereifa, et pour Beit Chammai [elle est] cachere — de sorte que [là] Beit Chammai [se prononce ici] vers l'indulgence et Beit Hillel vers la rigueur. Et celui qui agit, pour les [lois de] tereifa, selon les rigueurs de Beit Hillel, et pour l'[impureté] selon les rigueurs de Beit Chammai, [c'est] un sot, car ici il [le] compte comme un manque et là il ne [le] compte pas comme un manque. Et ces [propos] de Rava [aussi] se contredisent l'un l'autre, car puisqu'il a dit [que] sa perforation [rend tereifa] au moindre point, [c'est] que [la] raison [en est que c']est un lieu d'abattage ; et les rigueurs de Chmouel [proviennent de ce] qu'il dit [que ce] n'est pas un lieu d'abattage — et il se trouve que les propos de Rava se contredisent l'un l'autre.
💡 Explication

Fin de la règle sur les deux écoles. Celui qui veut cumuler les rigueurs de Beit Chammai et celles de Beit Hillel (quand elles se contredisent) est traité de sot qui marche dans l'obscurité. Il faut suivre une école d'un seul bloc : ses indulgences avec ses rigueurs. Lien avec Rava : sa double rigueur (de Rav et de Chmouel) était justement contradictoire.

2
הָא גוּפָא קַשְׁיָא, אֲמַרְתְּ: לְעוֹלָם הֲלָכָה כְּדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל, וַהֲדַר תָּנֵי: וְהָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי יַעֲשֶׂה!

[La braita] elle-même [présente] une difficulté : tu as dit 'la halakha [est] toujours selon Beit Hillel', et ensuite tu enseignes 'celui qui veut agir selon Beit Chammai [le] fait' !

💡 Explication

Contradiction interne à la braita : elle pose d'abord que la halakha suit toujours Beit Hillel, puis admet que l'on peut agir selon Beit Chammai. Comment concilier ?

3
לָא קַשְׁיָא, כָּאן – קֹודֶם בַּת קוֹל, כָּאן – לְאַחַר בַּת קוֹל.

Ce n'est pas une difficulté : ici [c'est] avant la bat kol (voix céleste), là [c'est] après la bat kol.

📜 Rachi (1)
בַּת קוֹל בְּפֶרֶק קַמָּא דְּעֵירוּבִין (דַּף יג:) יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל:
Bat kol — au premier chapitre de Erouvin (page 13b) [il est dit qu']une bat kol sortit et dit : la halakha [est] selon Beit Hillel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָא קַשְׁיָא כָּאן קֹדֶם בַּת קוֹל כָּאן לְאַחַר בַּת קוֹל. מַקְשִׁים כֵּיוָן דְּמִשְׁנָה זוֹ שֶׁל הָרוֹצֶה נִשְׁנֵית קֹודֶם בַּת קוֹל, לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ סִדְּרוּ אוֹתָהּ עִם הַמִּשְׁנָיוֹת וַהֲלֹא מַה דַּהֲוָה הֲוָה וּמְסַדֵּר הַמִּשְׁנָיוֹת הוּא רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ שֶׁסִּידֵּר הַמִּשְׁנָיוֹת לְאַחַר בַּת קוֹל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּשַׁפִּיר נָפְקָא מִינַּהּ גַּם לְאַחַר בַּת קוֹל וּכְגוֹן שֶׁטִּיהֲרוּ בֵּית שַׁמַּאי לְפִי סְבָרָתָם לְמָקוֹם אַחֵר קֹודֶם הַבַּת קוֹל וְעָשׂוּ הוֹרָאָה עַל פִּיהֶם שֶׁהִכְנִיסוּ בּוֹ טְהָרוֹת הִנֵּה גַּם אַחַר הַבַּת קוֹל יִשָּׁאֵר הַמָּקוֹם בְּטָהֳרָתוֹ עַל פִּי הוֹרָאַת בֵּית שַׁמַּאי כִּי כֵּיוָן שֶׁהֻותַּר מִקֹּודֶם עַל פִּי בֵּית שַׁמַּאי הֻותַּר וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּמַכֻלְתִּין (דַּף יז.) בִּבְשַׂר נְחִירָה כֵּיוָן שֶׁהֻותַּר הֻותַּר וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה אִתְּמַר בִּשְׁאָר דֻּוכְתֵי וְלָכֵן הֻוצְרַךְ לְלַמְּדֵנוּ דְּקֹודֶם בַּת קוֹל מַה דַּעֲבִיד כְּבֵית שַׁמַּאי עֲבִיד דְּנָפְקָא מִינָּהּ גַּם לְאַחַר בַּת קוֹל תִּשָּׁאֵר הוֹרָאַת הַמַּעֲשֶׂה הַהִיא כַּאֲשֶׁר הָיְתָה.
'Ce n'est pas une difficulté : ici [c'est] avant la bat kol, là [c'est] après la bat kol.' On objecte : puisque cette michna [enseignant le cas] de 'celui qui veut [agir selon Beit Chammai]' a été enseignée avant la bat kol, quelle différence [pratique cela fait-il] qu'on l'ait rangée parmi les michnayot -- n'est-ce pas [que] ce qui fut fut [et n'a plus de portée], d'autant que celui qui a ordonné les michnayot [c'est] Rabbenou ha-Kadoch, qui les a ordonnées après la bat kol ? Et il me paraît, avec l'aide de Dieu, qu'il y a bel et bien une conséquence [pratique] même après la bat kol : par exemple, si Beit Chammai, selon leur raisonnement, avaient déclaré pur un [certain] endroit avant la bat kol et rendu une décision suivant leur avis, [de sorte] qu'on y avait introduit des choses pures -- voici que même après la bat kol l'endroit demeurera dans sa pureté selon la décision de Beit Chammai ; car puisque [cela] avait été permis auparavant selon Beit Chammai, [cela reste] permis, comme ils ont dit dans notre traité (page 17a) au sujet de la viande [d'un animal tué] par nehira (mise à mort sans chehita) : 'puisque [cela] a été permis, [cela reste] permis' ; et de même un cas semblable à été énoncé en d'autres endroits. C'est pourquoi il était nécessaire de nous enseigner qu'avant la bat kol, celui qui agissait selon Beit Chammai [pouvait] agir [ainsi], car il en résulte une conséquence [pratique] : même après la bat kol, la décision de cet acte-là demeurera telle qu'elle était.
💡 Explication

Résolution chronologique : la permission d'agir selon Beit Chammai vaut avant la bat kol ; la règle 'toujours comme Beit Hillel' vaut après la bat kol qui proclama que la halakha suit Beit Hillel.

4
וְאִי בָּעֵית אֵימָא, אַף לְאַחַר בַּת קוֹל, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִיא, דְּאָמַר: אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּבַת קוֹל.

Et si tu veux, dis [autrement] : même après la bat kol, et [cette permission] est [l'avis de] Rabbi Yehochoua, qui dit : on ne tient pas compte d'une bat kol.

📜 Rachi (1)
דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּבָבָא מְצִיעָא בְּהַזָּהָב (בָּבָא מְצִיעָא דַּף נט:):
[L'avis] de Rabbi Yehochoua [se trouve] dans [le traité] Baba Metsia, au [chapitre] Ha-Zahav (Baba Metsia page 59b).
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִיא דְּאָמַר אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּבַת קוֹל מִדְּקָאָמַר נָתְנוּ בּוֹ חֲכָמִים שִׁיעוּר כּוּ' וְלָא בָּעֵי לְמֵימַר דְּנָתְנוּ בּוֹ שִׁיעוּר לְמַטָּה דְּמִדְּלָא פֵּירֵשׁ דְּבָרָיו מִסְּתָמָא בֵּין לְמַעְלָה בֵּין לְמַטָּה קָאָמַר:תֵּימַהּ דְּקַייְמָא לָן כְּבֵית הִלֵּל מִשּׁוּם בַּת קוֹל וְקַייְמָא לָן דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שַׁמּוּתִי הוּא וְלָא חָיְישִׁינַן בְּבַת קוֹל שֶׁפָּסַק כְּוָותֵיהּ בְּפֶרֶק הַזָּהָב (בּ"מ דַּף נט:) וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי הָתָם שֶׁלֹּא יָצְתָה אֶלָּא לִכְבוֹדוֹ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר מִן הַשָּׁמַיִם יוֹכִיחוּ וְעוֹד דְּבַת קוֹל דְּבֵית הִלֵּל מְסַיֵּיעַ קְרָא דִּכְתִיב (שְׁמוֹת כג) אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטּוֹת דְּבֵית הִלֵּל רֻובָּא הָווּ אֶלָּא דְּמֵעִיקָּרָא מְסַפְּקָא לָן מִשּׁוּם דְּבֵית שַׁמַּאי מְחֻודָּדִין טְפֵי אֲבָל בַּת קוֹל דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר רַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ הָווּ רֻובָּא וְאִם תֹּאמַר אַמַּאי קָאָמַר הָכָא הָא מַנִּי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִיא דְּאָמַר אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּבַת קוֹל הָא אִיהוּ לָא קָאָמַר אֶלָּא אַעֻובְדָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דַּאֲנַן נָמֵי לָא קַייְמָא לַן כְּבַת קוֹל דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְי"ל דְּכֵיוָן דְּקָאָמַר לֹא בַּשָּׁמַיִם הִיא מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ דִּבְשׁוּם דֻּוכְתָּא אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּבַת קוֹל:
'Et [c'est l'avis de] Rabbi Yehochoua qui dit : on ne tient pas compte d'une bat kol', du fait qu'il dit 'les Sages y ont fixé une mesure etc.' — et il n'a pas voulu dire [seulement] qu'ils y ont fixé une mesure vers le bas, car, du fait qu'il n'a pas précisé ses propos, [c'est] vraisemblablement aussi bien vers le haut que vers le bas qu'il [le] dit. [Cela fait] difficulté : nous tranchons comme Beit Hillel à cause de la bat kol, et nous tranchons [pourtant que] Rabbi Eliezer [est] un 'chamouti' (mis au ban), et nous ne tenons pas compte de la bat kol qui trancha comme lui au chapitre Ha-Zahav (Baba Metsia page 59b). Et l'on peut dire que là-bas [c'est] différent, car elle n'est sortie que pour l'honneur de Rabbi Eliezer, qui avait dit 'des cieux [on] le prouvera' ; et de plus, la bat kol de Beit Hillel s'appuie sur le verset, car il est écrit (Exode 23) 'après la majorité [il faut] incliner', et Beit Hillel étaient la majorité — seulement, au départ nous étions dans le doute parce que Beit Chammai étaient plus aiguisés (mehoudadin) ; mais [pour] la bat kol de Rabbi Eliezer, les Sages qui divergeaient de lui étaient la majorité. Et si tu objectes : pourquoi dit-il ici 'qui [est l'auteur] ? c'est Rabbi Yehochoua qui dit : on ne tient pas compte d'une bat kol', alors que lui, [Rabbi Yehochoua,] n'a dit [cela] qu'à propos de l'épisode de Rabbi Eliezer, [où] nous non plus ne tranchons pas selon la bat kol de Rabbi Eliezer ? Et l'on peut dire : puisqu'il dit 'elle n'est pas dans les cieux', [cela] implique qu'il tient [qu']en aucun lieu on ne tient compte d'une bat kol.
💡 Explication

Autre résolution : la permission d'agir selon Beit Chammai vaut même après la bat kol, et exprime l'avis de Rabbi Yehochoua, pour qui 'on ne tient pas compte d'une bat kol' en matière de halakha — la divergence des deux écoles n'est donc pas tranchée.

5
מִכָּל מָקוֹם, קַשְׁיָא.

En tout cas, [cela reste] une difficulté.

📜 Rachi (1)
מִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא דְּכִתְרֵי חוּמְרֵי לָא עָבְדִינַן:
En tout cas [cela reste] une difficulté — car nous n'agissons pas selon deux rigueurs [contradictoires].
💡 Explication

Retour à Rava : quelle que soit la résolution sur la braita, le propos de Rava demeure problématique — il a cumulé deux rigueurs contradictoires (de Rav et de Chmouel) pour déclarer la bête tereifa, ce qui est précisément la conduite du 'sot'.

6
אָמַר רַב טֹבוֹת: כֻּולָּהּ כְּרַב עָבְדָה, דְּכִי אֲתָא רָמֵי בַּר יְחֶזְקֵאל אָמַר: לָא תְּצִיתוּ לְהוּ לְהָנֵי כְּלָלֵי דְּכָיֵיל יְהוּדָה אֲחִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב! הָכִי אָמַר רַב: ווֵשֶׁט נָתְנוּ [בּוֹ] חֲכָמִים שִׁיעוּר, מִכְּלָל דְּתֻורְבַּץ הַווֶּשֶׁט לָאו מְקוֹם שְׁחִיטָה הוּא, וְקָאָמַר בְּמַשֶּׁהוּ.

Rav Tavout dit : il [Rava] a tout fait selon Rav. Car lorsque Rami bar Ye'hezkel vint, il dit : n'écoutez pas ces principes que mon frère Yehouda a formules au nom de Rav !

Ainsi a dit Rav : le veshet (oesophage), les Sages y ont fixé une mesure — d'où il ressort que le torbatz ha-veshet (l'entrée du veshet) n'est pas un lieu d'abattage ; et [pourtant] il dit [que sa perforation rend tereifa] au moindre point.

📜 Rachi (3)
סְתָם שֶׁמְּעֻתָּתֶיהָ דְּרַב בְּדָרֵי בָּתְרָאֵי רַב יְהוּדָה הֲוָה אֲמַר לְהוּ בְּבֵי מִדְרְשָׁא:
Les enseignements anonymes de Rav [provenaient] des rangs du fond [du beth midrach] : [c'est] Rav Yehouda [qui] les transmettait à la maison d'étude.
נָתְנוּ בּוֹ שִׁיעוּר עַד כַּמָּה הוּא כָּשֵׁר לִשְׁחִיטָה:
Ils y ont fixé une mesure — jusqu'où il [le veshet] est valide pour l'abattage.
לָאו מְקוֹם שְׁחִיטָה הוּא אַפֵּ"ה אָמַר רַב בְּמַשֶּׁהוּ מִידִי דַּהֲוָה אַגַּרְגֶּרֶת דְּבֵין בִּמְקוֹם שְׁחִיטָה בֵּין שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם שְׁחִיטָה שָׁוֶה שִׁיעוּרֵיהּ:
N'est pas un lieu d'abattage — [et] malgré cela Rav dit [que sa perforation rend tereifa] au moindre point, de même que pour la trachée (gargeret), dont la mesure [requise] est la même, que [ce soit] dans le lieu d'abattage ou hors du lieu d'abattage.
🗂️ Tossefot (2)
כֻּולָּהּ כְּרַב עֲבַדָא וְהָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל רָמֵינַן עֲלֵיהּ חֻומְרֵי דְּרַב וְחֻומְרֵי דִּשְׁמוּאֵל הַייְנוּ לְמַאי דס"ד וַהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר כֻּולָּהּ כִּשְׁמוּאֵל עֲבַדָא דְּלָאו מְקוֹם שְׁחִיטָה הוּא וְאָסַר נָמֵי בְּהַגֵּרִים שְׁלִישׁ וְשָׁחַט שְׁנֵי שְׁלִישִׁי אֶלָּא נְקַט כְּרַב מִשּׁוּם דקי"ל כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי:
Il a tout fait selon Rav — et ce que nous avons dit plus haut 'nous lui imposons les rigueurs de Rav et les rigueurs de Chmouel', c'[était] selon ce qu'on [aurait] pu penser [à première vue] ; et il aurait pu dire [qu']il a tout fait selon Chmouel, [pour qui le torbatz] n'est pas un lieu d'abattage, et qui interdit aussi [le cas où] il a raccourci [le couteau] d'un tiers et abattu les deux tiers [restants] ; mais il a [plutôt] dit 'selon Rav' parce que nous tranchons comme Rav pour les interdits.
מִדְּקָאָמַר נָתְנוּ בּוֹ חֲכָמִים שִׁיעוּר כּוּ' וְלָא בָּעֵי לְמֵימַר דְּנָתְנוּ בּוֹ שִׁיעוּר לְמַטָּה דְּמִדְּלָא פֵּירֵשׁ דְּבָרָיו מִסְּתָמָא בֵּין לְמַעְלָה בֵּין לְמַטָּה קָאָמַר:
Du fait qu'il dit 'les Sages y ont fixé une mesure etc.' — et il n'a pas voulu dire [seulement] qu'ils y ont fixé une mesure vers le bas, car, du fait qu'il n'a pas précisé ses propos, [c'est] vraisemblablement aussi bien vers le haut que vers le bas qu'il [le] dit.
💡 Explication

Rav Tavout dissout la contradiction : Rava a tranché entièrement selon Rav, pas en cumulant Rav et Chmouel. Rami bar Ye'hezkel rectifie une tradition : Rav tient que les Sages ont fixé une mesure du veshet valide pour l'abattage, donc que le torbatz ha-veshet (l'entrée haute) n'est pas un lieu d'abattage — et que, malgré cela, sa perforation au moindre point rend tereifa (comme la trachée, dont la mesure est la même dans et hors du lieu d'abattage).

7
לְמַעְלָה עַד כַּמָּה? אָמַר רַב נַחְמָן: עַד כְּדֵי תְּפִיסַת יָד. לְמַטָּה עַד כַּמָּה? אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: עַד כְּדֵי שֶׁיַּשְׂעִיר.

[La mesure] vers le haut, jusqu'où ? Rav Nahman a dit : jusqu'à la prise de main (tefissat yad).

[La mesure] vers le bas, jusqu'où ? Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : jusqu'au point où [cela] devient poilu (che-yiss'ir).

📜 Rachi (2)
עַד כְּדֵי תְּפִיסַת יָד צָרִיךְ לְהַנִּיחַ לְצַד הָרֹאשׁ כְּשָׁלֹשׁ אֶצְבָּעוֹת וְאַרְבַּע לְשׁוֹן מוֹרִי הַזָּקָן וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי אֲחִיזַת חֻודֵּי צִפָּרְנַיִם וְהָרִאשׁוֹן נִרְאֶה בְּעֵינַי דְּכִי הַאי גַוְונָא לָא מִיקְּרֵי תְּפִיסַת יָד:
Jusqu'à la prise de main — il faut laisser, du côté de la tête, environ trois doigts ou quatre — langue de mon maître l'Ancien ; mais moi j'ai entendu [qu'il s'agit de] la prise [du veshet] avec le bout des ongles ; et le premier [avis] me paraît [juste], car en [ce] genre [de prise] on n'appelle pas [cela] 'prise de main'.
עַד מָקוֹם שֶׁיַּשְׂעִיר שֶׁיֵּשׁ שָׁם שֵׂעָר שֶׁגּוֹרְרִין בְּסַכִּין מִכֶּרֶס הַפְּנִימִי:
Jusqu'au point où [cela] devient poilu — là où il y a des poils que l'on racle au couteau [en venant] du rumen intérieur (kares ha-penimi).
🗂️ Tossefot (1)
כְּדֵי תְּפִיסַת יָד פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת תֵּימַהּ דִּבְעוֹף מַאי וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ יִצְחָק בֶּן רַבֵּינוּ מֵאִיר אַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת בִּרְאֵמִים גְּדוֹלִים מִכָּאן וְאֵילָךְ כֹּל חַד וְחַד לְפִי מַה שֶׁהוּא גָּדוֹל ובה"ג מְפָרֵשׁ כְּדֵי תְּפִיסַת יָד כִּדְנָקֵיט אִינִישׁ בִּשְׁתֵּי אֶצְבְּעוֹתָיו וְדִבְרֵיהֶם דִּבְרֵי קַבָּלָה וְיֵשׁ לִסְמֹוךְ עֲלֵיהֶם וְהַאי דְּקָרֵי לְקַמָּן (חֻולִּין דַּף נ:) גַּבֵּי חַלְחֹולֶת בִּתְפִיסַת יָד כִּמְלֹא בטדא דְּתוֹרָא דְּהַייְנוּ אַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת הָתָם נְקַט כְּדֵי תְּפִיסָה סְתָם אֲבָל הָכָא כְּדֵי תְּפִיסַת יָד קָאָמַר דְּמַשְׁמַע כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לִתְפֹּוס בִּשְׁתֵּי אֶצְבָּעוֹת וְאַפֵּי' כָּל שֶׁהוּא:
'La prise de main' — il [Rachi] a expliqué dans son commentaire [que c'est] quatre doigts. [Cela fait] difficulté : pour l'oiseau (of), que [serait-ce] ? Et Rabbenou Yitzhak fils de Rabbenou Meir a expliqué : quatre doigts pour les grands aurochs (re'emim), et au-delà [pour chaque animal] chacun selon sa taille. Et le Behag (Halakhot Guedolot) explique 'la prise de main' [comme] ce qu'un homme saisit entre ses deux doigts ; et leurs propos [sont] des propos de tradition (divrei kabbala) et l'on peut s'appuyer sur eux. Et ce que [le Talmud] appelle plus loin (Houlin 50b), à propos du gros intestin (halhoulet), 'une prise de main' [valant] 'pleine [paume] (batda) de bœuf', c'est-à-dire quatre doigts — là, il a employé 'une prise' au sens général ; mais ici il dit 'une prise de main', ce qui implique [la mesure nécessaire] pour pouvoir saisir entre deux doigts, et [cela vaut] même [pour] une quantité minime.
⚖️ Rosh (1)
תֻּורְבַּץ הַווֶּשֶׁט. שֶׁנִּיקַּב בְּמַשֶּׁהוּ טְרֵיפָה וְלָאו מְקוֹם שְׁחִיטָה הוּא הִלְכָּךְ אִם הִתְחִיל הַשְּׁחִיטָה כָּל דְּהוּ בְּתֻורְבַּץ וּגְמָרָהּ בַּווֶּשֶׁט פְּסוּלָה. וְכֵן בִּבְהֵמָה אִם שָׁחַט הַוֶּושֶׁט תְּחִלָּה וְאַחַר שֶׁשָּׁחַט רֻובּוֹ הַגֵּרִים וְשָׁחַט בְּתֻורְבַּץ פְּסוּלָה. אַף אִם שָׁחַט כָּל הַקָּנֶה כְּהִלְכָתוֹ. הֵי נִינְהוּ תֻּורְבַּץ הַווֶּשֶׁט. רַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי אָמַר כֹּל שֶׁחוֹתְכוֹ וְעוֹמֵד בִּמְקוֹמוֹ זֶהוּ תֻּורְבַּץ הַווֶּשֶׁט. כֹּל שֶׁחוֹתְכוֹ וְכָוֵוץ זֶהוּ ווֵשֶׁט עַצְמוֹ. יוֹנָה א"ר זֵירָא מַבְלַעְתָּא. וְכַמָּה. א"ר אַוְיָא פָּחוֹת מִשֶּׁעֲוַרְתָּא וְעָדִיף מֵחִטְּתָא. וְאַסִּיקְנָא לְמַעְלָה דְּלָא חֲזִי לִשְׁחִיטָה בַּוֶּושֶׁט עַד כַּמָּה א"ר נַחְמָן עַד כְּדֵי תְּפִיסַת יָד ופרש"י ד' אֶצְבָּעוֹת וְהַייְנוּ בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל. וּבִשְׁאָר בְּהֵמָה חַיָּה וְעוֹף כָּל אֶחָד לְפִי מַה שֶׁהוּא וּבַעַל הֲלָכוֹת פֵּירֵשׁ כְּשֶׁיִּתְפֹּוס בִּשְׁתֵּי אֶצְבָּעוֹת. וּלְמַטָּה עַד כַּמָּה הוּא מְקוֹם שְׁחִיטָה. א"ר נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ עַד כְּדֵי שֶׁיַּשְׂעִיר הַוֶּושֶׁט פִּי' דְּקָאֵי פִּירְצֵי פִּירְצֵי וְדָמֵי לִכְרְסָא. וּבָעוֹף עַד הַזֶּפֶק:
Le tourbats ha-veshet (le vestibule, l'entrée supérieure de l'oesophage). [S'il] a été perforé d'une quelconque mesure (be-machehou, la moindre chose), [l'animal] est treifa (impropre à la consommation en raison d'un défaut organique), et ce n'est pas un lieu de chehita (abattage rituel) [valide] ; c'est pourquoi, si l'on a commencé la chehita d'un tant soit peu dans le tourbats et qu'on l'a achevée dans le veshet (l'oesophage [proprement dit]), [la chehita] est passoul (invalide). Et de même pour une behema (animal domestique) : si l'on a d'abord tranché le veshet, et qu'après avoir tranché la majeure partie [des simanim, les organes à sectionner] on a mené la [chehita] vers le veshet (variante : et l'on a tranché dans le tourbats), [elle est] passoul ; et cela même si l'on a tranché tout le kaneh (la trachée) selon sa règle (ke-hilkhato). Lesquels [de ces endroits] sont-ils le tourbats ha-veshet ? Rav Bibi bar Abaye a dit : tout [endroit] qui, lorsqu'on le coupe, demeure à sa place [sans se rétracter], c'est cela le tourbats ha-veshet ; tout [endroit] qui, lorsqu'on le coupe, se rétracte, c'est le veshet lui-même. Yona a dit au nom de Rabbi Zeira : [le tourbats est] la partie recouverte (mavla'ta, [la portion de l'oesophage] cachée/engainée [dans le corps de la gorge]). Et de combien [est sa mesure] ? Rav Avya a dit : moins qu'un [grain d']orge (se'arta) et plus qu'un [grain de] blé (chitta). Et nous avons conclu (assikna) [que la question porte sur] la [partie] supérieure, [où] il n'est pas apte à la chehita dans le veshet : jusqu'où [s'étend-elle] ? Rav Nahman a dit : jusqu'à la mesure d'une prise de main (kedei tefissat yad), et Rachi a expliqué : quatre doigts (etsba'ot), et cela [vaut] pour un grand bœuf (chor ha-gadol) ; mais pour le reste des behemot, des animaux sauvages (chaya) et de la volaille (of), chacun selon ce qu'il est [selon sa taille] ; et le Baal Halakhot a expliqué : lorsqu'on saisit avec deux doigts. Et [du côté] inférieur, jusqu'où [s'étend] le lieu de la chehita ? Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : jusqu'à la mesure où le veshet se couvre de poils (che-yass'ir), c'est-à-dire, explication : là où il se tient parsemé d'orifices (pirtse pirtse) et ressemble à la panse (kersa). Et pour la volaille, jusqu'au jabot (zefek).
💡 Explication

Les deux bornes de la zone valide (voir le schéma). En haut : jusqu'à la 'prise de main' (Rav Nahman) — il faut laisser côté tête l'espace d'une main qui empoigne. En bas : jusqu'au point où apparaissent les poils du rumen (Rabba bar Avouh).

8
אֵינִי? וְהָאָמַר רָבִינָא אָמַר גְּנִיבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: טֶפַח בַּווֶּשֶׁט סָמוּךְ לַכָּרֵס – זֶהוּ כֶּרֶס הַפְּנִימִי. אַמַּאי? כִּי קָא שָׁחֵט בְּכָרֵס קָא שָׁחֵיט!

Est-ce ainsi ? Mais Ravina n'a-t-il pas dit au nom de Geneiva, au nom de Rav : un tefah (paume) dans le veshet, proche du rumen (kares), c'est cela le rumen intérieur (kares ha-penimi) !

Pourquoi [Rav Nahman permet-il jusqu'au point poilu] ? Lorsqu'il abat [si bas], c'est dans le rumen qu'il abat [donc invalide] !

📜 Rachi (1)
טֶפַח בַּוֶּושֶׁט מִיקְּרֵי כֶּרֶס וְקָא סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּלָא אָזֵיל שֵׂעָר בְּתוֹךְ הַוֶּושֶׁט וְלָא מִידֵּי וְאַתְּ אָמְרַתְּ עַד מָקוֹם שֶׁיַּשְׂעִיר דְּהָא עַד סוֹף הַוֶּושֶׁט כֻּולּוֹ מָצֵי שָׁחֵיט וְכֵיוָן דְּלָאו ווֵשֶׁט הוּא הֵיכִי מָצֵי שָׁחֵיט בֵּיהּ:
Un tefah dans le veshet — est appelé 'rumen', et il te vient à l'esprit que les poils ne pénètrent nullement dans le veshet ; or toi tu dis 'jusqu'au point où [cela] devient poilu', [ce qui implique] que jusqu'au bout du veshet entier il peut abattre ; et puisque [le dernier tefah] n'est pas du veshet, comment peut-il y abattre ?
💡 Explication

Objection : selon Ravina au nom de Rav, le dernier tefah (paume) du veshet, contre le rumen, est déjà considéré comme 'rumen intérieur' — donc pas un lieu d'abattage. Or Rav Nahman autorise l'abattage jusqu'au point poilu, qui descend dans ce dernier tefah. Contradiction.

9
אֵימָא: טֶפַח בְּכָרֵס סָמוּךְ לַווֶּשֶׁט – זֶהוּ כֶּרֶס הַפְּנִימִי. אִיבָּעֵית אֵימָא: כִּי קָאָמַר רַב – בְּתוֹרָא, דִּמְשַׁעֵר טְפֵי.

Dis [plutôt] : un tefah dans le rumen, proche du veshet, c'est cela le rumen intérieur. [Ou] si tu veux, dis : lorsque Rav a dit [cela], [c'était] pour le bœuf (tora), qui est plus poilu (mecha'er tefi).

📜 Rachi (3)
אֵימָא טֶפַח בְּכָרֵס סָמוּךְ לַוֶּושֶׁט דְּהַייְנוּ טֶפַח רִאשׁוֹן שֶׁל כֶּרֶס הָוֵי כֶּרֶס הַפְּנִימִי וּנְקוּבָתוֹ בְּמַשֶּׁהוּ וּלְפִי שֶׁהוּא נֶחְבָּא בְּמָקוֹם הַמֵּיצַר בֵּין צְלָעוֹת הֶחָזֶה קָרֵי לֵיהּ פְּנִימִי וְכָל שְׁאָר הַכָּרֵס קָרוּי בְּמָתְנֵי' הַחִיצוֹנָה וְנִידּוֹנֵית בִּקְרִיעַת רֻובּוֹ:
Dis : un tefah dans le rumen proche du veshet — c'est-à-dire que le premier tefah du rumen est le 'rumen intérieur', et sa perforation [rend tereifa] au moindre point ; et parce qu'il est caché à l'endroit étroit, entre les côtés de la poitrine, on l'appelle 'intérieur' ; et tout le reste du rumen est appelé dans la michna 'l'extérieur (ha-hitzona)', et il est jugé par la déchirure de sa majorité.
כִּי קָאָמַר רַב טֶפַח בַּווֶּשֶׁט מִקְּרֵי כֶּרֶס:
Lorsque Rav a dit — [qu']un tefah dans le veshet est appelé 'rumen'.
בְּתוֹרָא דְּמִשָּׂעִיר טְפֵי שֶׁהַשֵּׂעָר נִכְנָס בְּתוֹךְ הַווֶּשֶׁט טֶפַח וּלְעוֹלָם מְקוֹם שְׁחִיטָה הָוֵי בַּוֶּושֶׁט עַד מְקוֹם הַשֵּׂעָר:
Pour le bœuf qui est plus poilu — car les poils pénètrent dans le veshet [sur] un tefah ; et toujours le lieu d'abattage est dans le veshet jusqu'au point des poils.
💡 Explication

Deux corrections. (1) Inverser : c'est le premier tefah du rumen, contre le veshet, qui est le 'rumen intérieur' (et le dernier tefah du veshet reste valide). (2) L'énoncé de Rav vise spécifiquement le bœuf, plus poilu, chez qui les poils pénètrent un tefah dans le veshet — mais le lieu d'abattage reste le veshet jusqu'au point poilu.

10
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל: תֻּורְבַּץ הַוֶּושֶׁט שֶׁנִּיטַּל כֻּולּוֹ מִלֶּחִי – כָּשֵׁר, וְתַנָּא תּוּנָא: נִיטַּל לֶחִי הַתַּחְתּוֹן – כָּשֵׁר.

Rav Nahman a dit au nom de Chmouel : un torbatz ha-veshet (entrée du veshet) qui s'est entièrement détaché de la mâchoire (lehi) — [la bête est] cachere. Et le tana, notre tana, [l']enseigne [aussi] : 'la mâchoire inférieure arrachée — [la bête est] cachere'.

📜 Rachi (3)
תֻּורְבַּץ הַוֶּושֶׁט שֶׁנִּיטַּל כֻּולּוֹ לְקַמֵּיהּ פָּרֵיךְ וְהָא אִיכָּא עִיקּוּר סִימָנִים:
Un torbatz ha-veshet qui s'est entièrement détaché — plus loin [le Talmud] objecte : mais il y a [pourtant l']arrachement des simanim (ikkur simanim) !
וְתַנָּא תּוּנָא תַּנָּא דְּמַתְנִיתִין דְּפִרְקִין מְסַיַּיע לֵיהּ. תּוּנָא כְּמוֹ תַּנָּא דִידַן:
Et le tana, notre tana — le tana de notre michna, [dans notre] chapitre, l'appuie. 'Tona' [est] comme 'tana didan' (notre tana).
נִיטַּל לֶחִי הַתַּחְתּוֹן כָּשֵׁר וְכֵיוָן שֶׁנִּיטַּל הַלֶּחִי נִתְלְשׁוּ הַסִּימָנִים שֶׁבַּלֶּחִי הַתַּחְתּוֹן הֵם מְחֻובָּרַי':
'La mâchoire inférieure arrachée — cachere' — et puisque la mâchoire s'est arrachée, les simanim qui [tiennent] à la mâchoire inférieure se sont arrachés [avec elle], [car] ils [y] sont attachés.
💡 Explication

Nouvelle règle de Chmouel : si l'entrée du veshet s'est entièrement détachée de la mâchoire, la bête reste cachere. Appui dans la michna (54a) : 'la mâchoire inférieure arrachée — cachere' (et avec elle se détachent les simanim qui y sont attachés).

11
מַתְקִיף לַהּ רַב פָּפָּא: וְהָאִיכָּא עִיקּוּר סִימָנִים?

Rav Papa objecte : mais il y a [pourtant l']arrachement des simanim (ikkur simanim) !

🗂️ Tossefot (1)
וְהָאִיכָּא עִיקּוּר סִימָנִים לְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס דפ"ק (לְעֵיל חֻולִּין כ.) דִּבְעִיקּוּר סִימָנִים הָוְיָא טְרֵפָה תֵּימַהּ דְּהֵיכִי פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּהָוְיָא טְרֵפָה עַל כָּרְחָךְ אֵינָהּ נִטְרְפָה בְּתֻורְבַּץ הַווֶּשֶׁט בְּנֶקֶב בְּעָלְמָא כְּמוֹ בַּווֶּשֶׁט עַצְמוֹ וּכְמוֹ כֵּן נֵימָא דְּנִיטַּל כֻּולּוֹ כְּשֵׁרָה וְכִי תֵּימָא דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּלָא גָּרַע מִשֶּׁמּוֹטַת הַגַּרְגֶּרֶת שֶׁהִיא טְרֵפָה זֶהוּ דֹּוחַק גָּדוֹל וְעוֹד דְּקָא מְשַׁנֵּי דִּבְרֻובּוֹ כְּשֵׁרָה אַף עַל פִּי דִּפְסוּקַת הַגַּרְגֶּרֶת תְּנַן בְּרֻובּוֹ טְרֵפָה וּלְפֵירוּשׁ הֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת פָּרֵיךְ שַׁפִּיר וְהָא אִיכָּא עִיקּוּר סִימָנִים אַף ע"ג דְּלָא הָוְיָא טְרֵפָה בִּשְׁמוּטָה זוֹ מ"מ בַּמֶּה יִכְשַׁר כֵּיוָן דְּאֵין לוֹ הֶיתֵּר בִּשְׁחִיטָה וּמִיהוּ קָשֶׁה לְפִי' ה"ג דְּמַאי פָּרֵיךְ וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה סִימָנִים שֶׁנִּדַּלְדְּלוּ בְּרֻובָּן טְרֵפָה לְפִי הַמַּקְשָׁן תִּקְשֶׁה לֵיהּ אַרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה גּוּפֵיהּ דְּאִי טְרֵפָה הָוְיָא בְּהָכִי אִם כֵּן מַהוּ עִיקּוּר דְּקַייְמָא לָן דְּלָא הָוְיָא טְרֵפָה אֶלָּא שֶׁאֵין שְׁחִיטָה מוֹעֶלֶת בּוֹ וּמִיהוּ סְפָרִים דְּגָרְסִי מֵעִיקָּרָא לָא קַשְׁיָא (הָא דְּאִקַּפַּל אַקִּפּוּלַי) וְהָא דְּאַדִּלְדּוּל אַדִּלְדּוּלֵי וי"ל שֶׁיּוֹדֵעַ הַמַּקְשָׁן כִּדְמַסִּיק לְבַסּוֹף דְּרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה אַיְירֵי דְּאִיפָּרוּק אַפֵּרוּקֵי בְּכֹחַ כָּאן מְעַט וְכָאן מְעַט דְּלָא הָדְרָא בָּרִיא וְהָוֵי טְרֵפָה וְעִיקּוּר סִימָנִין דְּלָא הָוֵי טְרֵפָה דְּאִקַּפּוּל אַקִּפּוּלֵי בְּנַחַת מֵעַל הַבָּשָׂר ומ"מ פָּרִיךְ מִדִּלְדּוּל דְּרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה אַלְּשׁוֹן דִּלְדּוּל שֶׁהִזְכִּיר הַמְתָרֵץ וְחוֹזֵר וּמְפָרֵשׁ לוֹ דְּדִלְדּוּל שֶׁאָמַרְתִּי אֵינוֹ כְּשֶׁל רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אֲבָל לִסְפָרִים דְּגָרְסִי בָּתַר וְהָא אָמַר שְׁמוּאֵל בְּרֻובּוֹ לָא קַשְׁיָא הָא דְּאַנָּקוּב אִנְּקוֹבֵי הָא דְּאִקַּפַּל אַקִּפּוּלֵי קָשֶׁה וְכֵן קָשֶׁה לְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל דִּמְפָרֵשׁ דְּאֶפְרוֹק אִיפְּרוֹקֵי שֶׁנִּפְרְדוּ הַסִּימָנִין זֶה מִזֶּה לֵיכָּא לְמֵימַר שֶׁהַמַּקְשָׁן הָיָה יוֹדֵעַ הָאֱמֶת דא"כ לָא הֲוָה פָּרֵיךְ מִידִי וי"ל דְּכִי פָּרִיךְ מֵרַבָּה בַּר בַּר חָנָה הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר וְלִיטַעְמָיךְ תִּקְשֶׁה לָךְ דְּרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה גּוּפֵיהּ אִי טְרֵפָה הָוְיָא עִיקּוּר סִימָנִים הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ:
'Mais il y a [pourtant l']arrachement des simanim' — selon l'explication du commentaire [de Rachi] au premier chapitre (plus haut, Houlin 20a) [voulant] que par l'arrachement des simanim [la bête] devienne tereifa, [cela fait] difficulté : comment lui [Rav Papa] tient-il pour évident qu'elle [serait] tereifa ? Forcément, elle n'est pas rendue tereifa par [une atteinte] au torbatz ha-veshet [consistant] en une simple perforation, comme [c'est le cas] dans le veshet lui-même ; et de même pourrions-nous dire que [même] s'il s'est entièrement détaché [la bête est] cachere. Et si tu dis qu'il tient qu'[un torbatz arraché] n'est pas moins [grave] qu'une trachée disloquée (chemouttat ha-gargeret), qui est tereifa — [c'est] un [argument] très forcé ; et de plus, [le Talmud] répond [ensuite] que par sa majorité [elle est] cachere, alors même que nous avons appris [au sujet] de la trachée sectionnée (pesoukat ha-gargeret) [qu'elle est] tereifa dès sa majorité. Et selon l'explication des Halakhot Guedolot, [Rav Papa] objecte bien : 'mais il y a [pourtant l']arrachement des simanim' — bien qu'elle ne [devienne] pas tereifa par cet arrachement (chemita), néanmoins comment serait-elle rendue cachere [par l'abattage], puisqu'elle n'a pas de validité par l'abattage [si les simanim sont détachés] ? Toutefois, [cela fait] difficulté selon l'explication des Halakhot Guedolot : que vient objecter [le Talmud par] 'mais Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit [que] les simanim qui se sont détachés en leur majorité [sont] tereifa' ? selon celui qui objecte, qu'il lui objecte sur Rabba bar bar Hana lui-même : si [la bête] devient tereifa par cela, alors qu'est-ce que 'l'arrachement (ikkur)' [dont] nous tenons [qu']il ne rend pas tereifa mais [seulement] que l'abattage n'y est d'aucun effet ? Toutefois, les livres qui lisent au départ 'ce n'est pas une difficulté : [ce cas-]ci [c'est] de l'éplucher (akafouli), et [ce cas-]là [c'est] du détacher (dildoul)' — l'on peut dire que celui qui objecte sait [déjà] ce que [le Talmud] conclut à la fin, [à savoir] que Rabba bar bar Hana parle [d'un cas] où [les simanim] se sont arrachés de force (de-ifrouk afroukei), un peu ici et un peu là, [de sorte] qu'[ils] ne se ressoudent pas (lo hadra bri) et [que la bête est] tereifa ; et 'l'arrachement des simanim' qui ne rend pas tereifa, [c'est] quand [ils] se sont épluchés (de-akfoul akfoulei) en douceur de [dessus] la chair. Et néanmoins il objecte [par] le 'détacher' (dildoul) de Rabba bar bar Hana sur le terme 'détacher' qu'a mentionné celui qui répond, et [le Talmud] revient le lui expliquer : le 'détacher' que j'ai dit n'est pas comme celui de Rabba bar bar Hana. Mais pour les livres qui lisent, après 'mais Chmouel n'a-t-il pas dit [que] par sa majorité [elle est cachere]', 'ce n'est pas une difficulté : [ce cas-]ci [c'est] qu'il s'est perforé (anekouv), [ce cas-]là [c'est] qu'il s'est arraché (akfoul)' — [cela fait] difficulté ; et de même [cela fait] difficulté selon l'explication de Rabbenou Hananel, qui explique [que] 'de-afrouk afroukei' [signifie] que les simanim se sont séparés l'un de l'autre — on ne peut dire [alors] que celui qui objecte connaissait la vérité, car si [c'était] le cas, il n'aurait rien objecté. Et l'on peut dire : lorsqu'il objecte par Rabba bar bar Hana, il aurait pu dire 'et selon ton raisonnement, [cela] te fait [aussi] difficulté sur Rabba bar bar Hana lui-même : si [la bête] devient tereifa, [l']arrachement des simanim, comment le trouves-tu [un cas qui ne rend pas tereifa] ?'
💡 Explication

Objection de Rav Papa : si le torbatz ha-veshet s'arrache, c'est un cas d'ikkur simanim (arrachement des simanim) — ce qui devrait rendre la bête tereifa. Comment Chmouel la déclare-t-il cachere ?

12
וּלְרַב פָּפָּא קַשְׁיָא מַתְנִיתִין: נִיטַּל לֶחִי הַתַּחְתּוֹן – כָּשֵׁר.

Et pour Rav Papa, la michna [aussi] fait difficulté : 'la mâchoire inférieure arrachée — cachere' !

📜 Rachi (1)
קַשְׁיָא מַתְנִי' דְּקָתָנֵי כָּשֵׁר:
La michna fait difficulté — qui enseigne 'cachere'.
💡 Explication

Le Talmud retourne l'objection contre Rav Papa lui-même : la michna déclare cachere la bête dont la mâchoire inférieure est arrachée — or les simanim, attachés à cette mâchoire, s'arrachent nécessairement avec elle. Comment Rav Papa, qui tient l'ikkur simanim pour tereifa, l'explique-t-il ?

13
בִּשְׁלָמָא מַתְנִיתִין לְרַב פָּפָּא לָא קַשְׁיָא, הָא דְּאִיעַקּוּר אִיעַקּוֹרֵי, הָא דְּאִיגּוּם אִיגּוֹמֵי מֵעִילָּוֵי סִימָנִים, אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל קַשְׁיָא!

Certes, la michna ne fait pas difficulté pour Rav Papa : ceci [le cas tereifa] — [c'est] qu'ils se sont arrachés (di-ikour ikkourei) ; cela [le cas de la michna, cachere] — [c'est] qu'[on] a tranché (di-igoum igoumei) au-dessus des simanim. Mais pour Chmouel, [cela] fait difficulté !

📜 Rachi (3)
הָא דְּאִיעַקּוּר אִיעַקּוֹרֵי עִיקּוּר סִימָנִים כְּשֶׁנֶּעֱקַר הַווֶּשֶׁט מִן הַלֶּחִי וּמִן הַבָּשָׂר:
Ceci [c'est] qu'ils se sont arrachés — l'arrachement des simanim, [c'est] quand le veshet s'est arraché de la mâchoire et de la chair.
הָא דְּאִיגּוּם אִיגּוֹמֵי מֵעִילָּוֵי סִימָנִים שֶׁנִּגְמַם הַלֶּחִי מִן הַבָּשָׂר שֶׁמֻּוטָּל עַל הַסִּימָנִים בֵּין הַלֶּחִי וְהַסִּימָן דְּלָאו עִיקּוּר הוּא שֶׁהַסִּימָנִים מְעֹורִין בַּבָּשָׂר:
Cela [c'est] qu'[on] a tranché au-dessus des simanim — que la mâchoire a été tranchée [en s'éloignant] de la chair qui repose sur les simanim, entre la mâchoire et le siman ; [ce] n'est pas un arrachement, car les simanim [restent] attachés à la chair.
אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל קַשְׁיָא הָא דְרַב פָּפָּא דִּלְדִידֵיהּ אִיכָּא עִיקּוּר סִימָנִים דְּקָאָמַר תֻּורְבַּץ הַוֶּושֶׁט שֶׁנִּיטַּל דְּמַשְׁמַע שֶׁהַוֶּושֶׁט לְבַדּוֹ נִיתַּק וְנִתְלַשׁ מִן הַבָּשָׂר:
Mais pour Chmouel [cela] fait difficulté — ce [propos] de Rav Papa, [car] pour lui [Chmouel] il y a [bien] arrachement des simanim, puisqu'il dit 'un torbatz ha-veshet qui s'est détaché', ce qui implique que le veshet seul s'est détaché et arraché de la chair.
💡 Explication

Distinction sauvant Rav Papa. La michna 'cachere' vise le cas où la mâchoire est tranchée au-dessus de l'attache des simanim (di-igoum igoumei) — les simanim restant solidaires de la chair : pas d'arrachement. Le cas tereifa est celui où les simanim eux-mêmes s'arrachent (di-ikour ikkourei). Mais Chmouel, lui, parle bien du veshet arraché — donc la difficulté subsiste pour lui.

14
לָא תֵּימָא כֻּולּוֹ, אֶלָּא אֵימָא רֻובּוֹ.

Ne dis pas 'entièrement', mais dis 'sa majorité' (roubo).

💡 Explication

Correction de l'énoncé de Chmouel : il ne faut pas comprendre 'le veshet entièrement détaché', mais 'sa majorité' (roubo) détachée — ce qui atténue la difficulté de l'ikkur simanim.

15
וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר שְׁמוּאֵל: סִימָנִים שֶׁנִּדַּלְדְּלוּ בְּרֻובָּן – טְרֵפָה? אָמַר רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: הָא דְּאִקַּפַּל אִיקַּפּוֹלֵי, הָתָם דְּאַפְרוּק אַפֵּרוּקֵי.

Mais Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Chmouel : des simanim qui se sont détachés en leur majorité — [la bête est] tereifa ! Rav Checha fils de Rav Idi a dit : ceci [le cas cachere] — [c'est] qu'[ils] se sont épluchés (de-akpel ikpoulei) ; là [le cas tereifa] — [c'est] qu'[ils] se sont arrachés de force (de-afrouk afroukei).

📜 Rachi (2)
דְּאִקַּפַּל אַקִּפּוּלֵי שֶׁנִּקְלַף מֵעַל הַבָּשָׂר. אֲקַפֵּל כְּמוֹ וְנִקְלָף וְדוֹמֶה לוֹ וְקִפְּלוּ אֶת הָאֲבָנִים דְּמַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף לה:):
[Qu'ils] se sont épluchés — qu'[il] s'est pelé de [dessus] la chair. 'Akpel' [est] comme 've-niklaf' (et il a été pelé), et lui ressemble [l'expression] 've-kiplou et ha-avanim' (et ils épluchaient les pierres) du traité Sota (page 35b).
דְּאִיפְּרוּק אִפָּרוֹקֵי כְּדָבָר הַנֶּעֱקָר בְּכֹחַ שֶׁנֶּעֱקַר כָּאן מְעַט וְכָאן מְעַט עַד רֻובּוֹ דְּאוֹתוֹ מִיעוּט הַמְחֻובָּר אֵינוֹ מְחֻובָּר בְּיַחַד הִילְכָּךְ לָאו חִבּוּר הוּא דְּלָא הָדַר בָּרִיא:
[Qu'ils] se sont arrachés de force — comme une chose qu'on extirpe avec force, qui s'arrache un peu ici et un peu là jusqu'à sa majorité, [de sorte] que ce peu [encore] attaché n'est pas attaché d'un seul tenant ; dès lors [ce] n'est pas une attache [valable], car [cela] ne se ressoude pas (lo hadra bri).
💡 Explication

Nouvelle contradiction, dans la bouche même de Chmouel : des simanim détachés en majorité seraient tereifa (Rabba bar bar Hana). Conciliation de Rav Checha (voir le schéma) : cachere quand ils se sont pelés en douceur de la chair (akpoulei, le reste tient d'un bloc et peut se ressouder) ; tereifa quand ils se sont arrachés de force (afroukei, un peu ici, un peu là, sans pouvoir se ressouder).

16
וּפְסוּקַת הַגַּרְגֶּרֶת. תַּנָּא: כַּמָּה פְּסוּקַת הַגַּרְגֶּרֶת? בְּרֻובָּהּ. וְכַמָּה רֻובָּהּ? רַב אָמַר:

'Et [l'animal a] la trachée sectionnée (pesoukat ha-gargeret) [est tereifa].' On a enseigné : combien [doit mesurer] la section de la trachée [pour rendre tereifa] ? Sa majorité (roubah).

Et combien [est] sa majorité ? Rav dit :

💡 Explication

Retour à la michna et nouveau sujet : la trachée sectionnée (pesoukat ha-gargeret) rend la bête tereifa dès que la coupe atteint 'sa majorité' (roubah). La braita demande alors combien vaut précisément cette majorité — la réponse de Rav se poursuit au daf suivant (44b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).