Sougya : Suite des tereifot de la tête et du tronc. La Guemara précise d'abord les 'fèves' (poulin) posées à la jonction du crâne : en deçà = comme le dedans (le cerveau, perforé d'un rien la bête est tereifa), au-delà = comme le dehors (le cordon, qui requiert la majeure partie) ; les fèves elles-mêmes : indécis, mais on penche pour le dedans.
Puis la michna 'le cœur perforé jusqu'à sa cavité' : Rabbi Zira hésite entre petite et grande cavité, et l'on conclut [pour] la grande. L'aorte (kane ha-lev) : Rav dit un rien, Chmouel la majeure partie ; Amemar établit trois conduits qui se séparent dans la poitrine — vers le cœur, le poumon, le foie — chacun jugé selon son organe ; Mar bar Hiya enseigne à l'inverse pour le poumon et le foie.
Sur le cordon médullaire (hout ha-chidra) : Rabbi tranche, contre Rav Houna, comme Rabbi Yaakov [même une perforation invalide], et l'on débat de ce qu'est 'la majeure partie' — la peau (les méninges) ou la moelle. Rabbi Yehochoua ben Levi traite de la liquéfaction (nitmarekh) et du ramollissement (nitmasmes) du cordon, distingués du simple vidage (nitmazmez).
Enfin Chmouel fixe jusqu'où s'étend le cordon — jusqu'à l'entre-deux des ramifications, face aux cuisses — et Rabbi Yehouda l'explique à Rav Dimi bar Yitzhak : première ramification = tereifa, troisième = cachere, deuxième = je ne sais pas.
Des fèves (poulin) se tiennent posées à l'orifice de la 'marmite' (le crâne, là où sort le cordon médullaire). [Le tissu] depuis les fèves vers l'intérieur — [il est jugé] comme le dedans [c'est-à-dire le cerveau : perforé d'un rien, la bête est tereifa] ; depuis les fèves vers l'extérieur — comme le dehors [c'est-à-dire le cordon médullaire : il faut que la majeure partie soit tranchée] ; et quant aux fèves elles-mêmes, je ne sais pas [quelle est la règle].
Et il est vraisemblable [qu'elles soient jugées] comme le dedans.
Suite de la sougya des tereifot de la tête. À la jonction du crâne et de la nuque se trouvent deux protubérances en forme de fèves (poulin). Ce qui est en deçà (vers le crâne) relève du statut du cerveau (moah) : une perforation de sa membrane, même infime, rend la bête tereifa. Ce qui est au-delà (vers la queue) relève du statut du cordon médullaire (hout ha-chidra) : il faut que la majeure partie soit tranchée. Pour les fèves elles-mêmes : indécis, mais on penche pour le statut, plus sévère, du dedans.
Rabbi Yirmeya examina un oiseau (ofa), et il trouva comme deux fèves posées à l'orifice de la 'marmite' (le crâne).
Confirmation concrète par l'examen : Rabbi Yirmeya inspecte un oiseau et y trouve effectivement deux protubérances en forme de fèves à la jonction du crâne, comme l'enseigne le propos précédent.
[La michna :] 'le cœur perforé jusqu'à sa cavité' [la bête est tereifa]. Rabbi Zira demanda : [s'agit-il] de la petite cavité (bet halal katan) ou de la grande cavité (bet halal gadol) ?
Abaye lui dit : qu'as-tu à demander ? N'avons-nous pas appris [dans la michna, à propos du poumon] : Rabbi Chimon dit '[ce n'est tereifa] que si [le poumon] est perforé jusqu'aux bronches (bet ha-simponot)' ; et Rabba bar Tahlifa a dit au nom de Rabbi Yirmeya bar Abba au nom de Rav : [cela signifie ce n'est tereifa] que si [le poumon] est perforé jusqu'à la grande bronche (simpon gadol) !
[De même ici, c'est la grande cavité.]
La michna : un cœur perforé jusqu'à sa cavité rend la bête tereifa. Rabbi Zira hésite : la petite cavité (un des nombreux petits ventricules) ou la grande cavité centrale ? Abaye résout par analogie : pour le poumon, 'jusqu'aux bronches' a été interprété par Rav comme 'jusqu'à la grande bronche' — de même ici, la grande cavité.
Comment cela [peut-on comparer] ? Là-bas [pour le poumon], il enseigne 'jusqu'aux bronches' (au pluriel), [c'est-à-dire] jusqu'à l'endroit où toutes les bronches se déversent [la grande bronche centrale] ; mais ici, il enseigne 'jusqu'à sa cavité' [au singulier] — que m'importe une grande cavité, que m'importe une petite cavité !
[Le langage n'indique ni l'une ni l'autre, la difficulté demeure.]
Objection à l'analogie d'Abaye : pour le poumon, le pluriel 'bronches' a permis à Rav de viser la bronche maîtresse où toutes se rejoignent. Mais pour le cœur, le texte dit 'sa cavité' au singulier, sans rien préciser — l'analogie ne s'applique pas, et la question de Rabbi Zira reste ouverte.
[Quant à] l'aorte du cœur (kane ha-lev) : Rav dit [perforée] d'un rien (be-machehou) [la bête est tereifa, comme le cœur lui-même] ; et Chmouel dit [qu'elle ne devient tereifa] que [si elle est perforée] sur la majeure partie (be-roubo).
L'aorte (kane ha-lev), gros vaisseau sortant du cœur. Rav : perforée même d'un rien, la bête est tereifa (comme le cœur lui-même). Chmouel : tereifa seulement si elle est perforée sur la majeure partie.
Quelle est donc cette aorte du cœur ? Rabba bar Yitzhak a dit au nom de Rav : la graisse qui se trouve sur les parois (defanot).
Les parois [du corps], cela te viendrait-il à l'esprit ? Plutôt : [le conduit graisseux] qui se trouve sur les parois du poumon (dofnei réa).
Identification du vaisseau visé : selon Rav, c'est le conduit logé dans la graisse 'sur les parois'. Objection : les parois du corps (les côtés) sont éloignées du cœur et n'engagent pas la vie de la bête. Donc il s'agit du conduit graisseux qui longe les parois du poumon et rejoint la cavité du cœur.
Amemar a dit au nom de Rav Nahman : il y a trois conduits (telata kanei) [qui se séparent dans la poitrine] : l'un se sépare vers le cœur, l'un se sépare vers le poumon, et l'un se sépare vers le foie. Celui du poumon — [il est jugé] comme le poumon ; celui du foie — comme le foie ; celui du cœur — [Rav et Chmouel] divergent.
Amemar précise l'anatomie : la trachée, en entrant dans la poitrine, se subdivise en trois conduits — vers le cœur (l'aorte), vers le poumon, vers le foie. Chacun est jugé selon son organe : celui du poumon comme le poumon (un rien perforé -> tereifa) ; celui du foie comme le foie (tereifa seulement s'il manque en totalité) ; celui du cœur reste l'objet du différend Rav/Chmouel.
Mar bar Hiya enseigne à l'inverse (ipkha) : celui du poumon — comme le foie ; celui du foie — comme le poumon ; celui du cœur — [Rav et Chmouel] divergent.
Mar bar Hiya inverse les deux premiers : pour lui, le conduit du poumon est jugé comme le foie (tereifa seulement s'il manque en totalité), et celui du foie comme le poumon (un rien -> tereifa) ; celui du cœur, comme avant, Rav et Chmouel divergent. Rachi note que la première version (celle d'Amemar) est plus vraisemblable.
Rabbi Hiya bar Yossef alla rapporter l'enseignement de Rav [que l'aorte perforée d'un rien rend tereifa] devant Chmouel. [Chmouel] lui dit : si Abba (Rav) a dit ainsi — il ne connaît rien du tout aux tereifot !
Anecdote : Rabbi Hiya bar Yossef rapporte à Chmouel l'opinion de Rav (aorte perforée d'un rien -> tereifa). Chmouel, en désaccord, lance un mot vif : si Rav a vraiment dit cela, 'il ne connaît rien aux tereifot'. Rachi précise que Chmouel appelle Rav 'Abba' par respect, le tenant pour supérieur à lui.
[La michna :] 'la colonne vertébrale brisée [et son cordon tranché, la bête est tereifa]'. Nos Maîtres ont enseigné : le cordon médullaire (hout ha-chidra) qui a été sectionné sur la majeure partie (be-roubo) — [telles sont] les paroles de Rabbi.
Rabbi Yaakov dit : même [s'il a été seulement] perforé (afilou nikav).
La michna : colonne brisée et cordon tranché -> tereifa. La braita précise la mesure : pour Rabbi, il faut que le cordon médullaire (hout ha-chidra) soit sectionné sur sa majeure partie ; pour Rabbi Yaakov, même une simple perforation suffit à rendre tereifa.
Rabbi a tranché [en pratique] comme Rabbi Yaakov. Rav Houna a dit : la loi n'est pas comme Rabbi Yaakov.
Dans un cas concret, Rabbi a rendu une décision pratique conforme à Rabbi Yaakov (sévère : même une perforation invalide), n'osant pas s'en remettre à sa propre opinion plus indulgente. Rav Houna, lui, statue que la loi n'est pas comme Rabbi Yaakov.
Et combien [vaut] 'la majeure partie' [de Rabbi] ? Rav dit : la majeure partie de sa peau (rouv oro) [les méninges] ; et certains rapportent [au nom de Rav] : la majeure partie de sa moelle (rouv moho).
On précise le 'rouvo' de Rabbi. Selon une version, c'est la majeure partie de la peau du cordon — son enveloppe, les méninges — même si la moelle interne n'est pas entamée. Selon une autre version au nom de Rav, c'est la majeure partie de la moelle elle-même, même si l'enveloppe est entière.
Pour celui qui dit 'la majeure partie de sa moelle' — à plus forte raison 'la majeure partie de sa peau' [rend-elle tereifa, car si l'enveloppe cède, la moelle finira par céder]. Pour celui qui dit 'la majeure partie de sa peau' — qu'en est-il de 'la majeure partie de sa moelle' [seule] ?
La Guemara compare les deux versions. Si 'la majeure partie de la moelle' suffit, alors 'la majeure partie de la peau' suffit à fortiori (l'enveloppe rompue entraîne bientôt la moelle). Mais pour qui retient 'la majeure partie de la peau', que dire de la moelle seule majoritairement sectionnée, l'enveloppe restant intacte ? La question reste ouverte ici.
Viens et entends [une preuve] : car Nayyoli a dit au nom de Rav Houna : 'la majeure partie' dont ils ont parlé [c'est] la majeure partie de sa peau ; cette moelle-ci — ne fait ni monter ni descendre [elle n'entre pas en ligne de compte].
Preuve tranchant le débat : Nayyoli rapporte au nom de Rav Houna que 'la majeure partie' qui rend tereifa est celle de la peau (les méninges) ; la moelle seule 'ne fait ni monter ni descendre' — elle n'entre pas en compte. Donc le critère est l'enveloppe.
Rav Natan bar Avin était assis devant Rav. Il examina [le cordon, et constata que] sa peau [était intacte] sur la majeure partie, puis il [se mit] à examiner sa moelle sur la majeure partie.
[Rav] lui dit : si la majeure partie de sa peau subsiste, cette moelle-ci ne fait ni monter ni descendre.
Mise en pratique devant Rav : Rav Natan bar Avin vérifie d'abord que la majeure partie de la peau du cordon est intacte, puis entreprend de vérifier aussi la moelle. Rav l'arrête : du moment que la peau majoritaire subsiste, l'état de la moelle est sans incidence — confirmant que seul l'enveloppe compte.
Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : [le cordon] liquéfie (nitmarekh) — [la bête est] invalide (passoul) ; ramolli (nitmasmes) — invalide. Qu'est-ce que la liquéfaction (ha-markha) et qu'est-ce que le ramollissement (ha-masmasa) ?
La liquéfaction — tout [cas] où [la moelle] se verse comme [d'une] cruche (ke-kiton) ; le ramollissement — tout [cas] où [le cordon] ne peut [plus] se tenir [debout].
Au-delà de la section, l'altération de la substance du cordon. Rabbi Yehochoua ben Levi : un cordon liquéfié (nitmarekh) ou ramolli (nitmasmes) rend la bête passoul. Définitions : la liquéfaction = la moelle devenue liquide se verse comme d'une cruche si l'on perce la membrane ; le ramollissement = le cordon ne tient plus debout de lui-même et fléchit.
Rabbi Yirmeya demanda : [si le cordon] ne peut [plus] se tenir [debout] à cause de son poids (mipnei kovdo) [et non parce qu'il s'est ramolli], qu'en est-il ? [La question] demeure (teikou).
[Dans la maison d'étude de] Rav, on dit : ramolli (nitmasmes) — invalide ; vide (nitmazmez) — cachere (kacher). On objecte [une braita] : Rabbi Chimon ben Elazar dit : une bête dont la moelle s'est vidée (chenitmazmez moha) — [elle est] tereifa !
[Réponse :] cette [braita-là], 'ramolli' (nitmasmes) a été énoncé [et non 'vide'].
Trois points. (1) Rabbi Yirmeya : un cordon qui ne tient pas debout à cause de son poids (alourdi, mais non ramolli à l'intérieur) — indécis, teikou (et tout doute en matière d'interdit se tranche vers la sévérité). (2) À l'école de Rav : ramolli (nitmasmes) = passoul, mais simplement vide de sa substance par endroits (nitmazmez) = cachere. (3) Objection d'une braita où Rabbi Chimon ben Elazar déclare tereifa la bête dont la moelle 's'est vidée' — résolue en corrigeant le texte : on y a dit 'ramolli', non 'vide'.
Est-ce ainsi [qu'un cordon vide serait cachere] ? Mais [voici] : Levi était assis dans la maison de bain (bei masouta) ; il vit un certain homme qui s'était cogné la tête (de-tareih le-reicheh) [violemment], et il dit : 'la moelle de celui-ci s'est vidée (nitmazmez)' — n'[est-ce] pas [pour dire] qu'il ne vivra pas ?
Abaye dit : non — [c'était] pour dire qu'il n'engendrera pas (cheeino molid).
Objection au 'vide = cachere' : Levi, au bain, voit un homme qui s'est violemment cogné la tête et dit 'sa moelle s'est vidée (nitmazmez)' — ce qui semble signifier qu'il ne survivra pas (donc le vidage serait fatal, et la bête tereifa). Abaye répond : non, Levi voulait dire qu'il ne pourra plus engendrer (le traumatisme crânien atteignant la faculté de procréation), non qu'il va mourir.
Jusqu'où [s'étend] le cordon médullaire (ad heikhan hout ha-chidra) [pour que sa section rende tereifa] ? Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : jusqu'à l'entre-deux des ramifications (ad bein ha-perachot).
Question d'étendue : jusqu'à quel point, vers le bas, une section du cordon rend-elle tereifa ? Chmouel (par Rav Yehouda) : jusqu'à l'entre-deux des ramifications (bein ha-perachot), l'endroit, face aux cuisses, où le cordon se subdivise en branches. Plus bas, le cordon a déjà perdu sa force et les cuisses soutiennent la colonne.
Rav Dimi bar Yitzhak voulait aller à Bei Hozai. Il vint devant Rabbi Yehouda [et] lui dit : que le Maître me montre où est l'entre-deux des ramifications !
[Rabbi Yehouda] lui dit : va m'apporter un chevreau (gedi) et je te [le] montrerai. Il lui apporta un chevreau gras (gedi chamen) ; [Rabbi Yehouda] lui dit : [les ramifications] y sont trop enfouies (belian tefei) et l'on ne [les] distingue pas.
Il lui apporta [un chevreau] maigre (kahoch) ; [Rabbi Yehouda] lui dit : [les os] y saillent trop (belitan tefei) et l'on ne [les] distingue pas.
Anecdote pratique : Rav Dimi bar Yitzhak, sur le point de partir pour Bei Hozai, demande à Rabbi Yehouda de lui montrer où se situe l'entre-deux des ramifications. Sur un chevreau gras, l'endroit est trop enfoui dans la graisse pour être vu ; sur un chevreau maigre, les os saillent trop et masquent le repère. La démonstration visuelle échoue dans les deux cas.
[Rabbi Yehouda] lui dit : viens, je t'enseignerai la tradition (gemara). Ainsi a dit Chmouel : jusqu'à la première [ramification] — [si le cordon a été sectionné là, la bête est] tereifa ; [à partir de] la troisième — cachere ; [pour] la deuxième — je ne sais pas.
Faute de pouvoir montrer, Rabbi Yehouda transmet la tradition de Chmouel : si la section se trouve jusqu'à la première ramification, la bête est tereifa ; à partir de la troisième, elle est cachere ; pour la zone de la deuxième ramification, l'incertitude demeure — 'je ne sais pas'.
Rav Houna fils de Rav Yehochoua demanda :
Ouverture d'une nouvelle question posée par Rav Houna fils de Rav Yehochoua, dont le développement se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).