Sougya : La sougya poursuit l'examen des tereifot. D'abord le cordon rachidien (chut ha-shidra) : Chmouel a dit que la coupe rend tereifa 'jusqu'aux premières ramifications' (parashot) ; la Guemara demande si 'jusqu'à' inclut ou non l'intervalle lui-même, et Rav Papa puis Rabbi Yirmeya raffinent (l'embouchure de la ramification, la ramification elle-même).
Une braita ('la paracha est jugée comme de la chair') est invoquée puis renvoyée à la troisième paire. Pour l'oiseau, Rabbi Yannai et Resh Lakich divergent sur la limite basse (sous les ailes ou entre les ailes), et Oulla rapporte une scène chez ben Pazi laissée indécidée.
Vient ensuite le foie (kaved) : combien doit-il en rester (un kazayit) et à quel endroit — au lieu de la vésicule biliaire (mara) selon Rabbi Zeira, au lieu où il 'vit' selon Rav Adda bar Ahava, les deux selon Rav Papa ; Rabbi Yirmeya et Rav Achi posent des cas (foie en miettes, en lanniere, aplati) laissés en suspens (teikou), et un foie décollé mais tenant à ses membranes reste cachere. Enfin le poumon (ria) perforé : Rav, Chmouel et Rav Assi visent la membrane externe — ou, selon une autre version, la membrane interne (rouge) — et il est évident que si seule l'externe est perforée, l'interne protège.
'Jusqu'à' et 'jusqu'à' inclus [dans la mesure], ou peut-être 'jusqu'à' et non 'jusqu'à' inclus ? [Lorsque Chmouel dit que la coupe du cordon rend tereifa 'jusqu'aux premières ramifications', veut-il dire jusqu'à l'intervalle des premières ramifications inclus, ou exclu ?]
Suite du propos de Chmouel (45b) : la coupe du chut ha-shidra (cordon rachidien) rend la bête tereifa 'jusqu'aux premières ramifications' (les premières paires de nerfs qui se détachent du cordon). La Guemara demande si la formule 'jusqu'à' (ad) inclut l'intervalle visé (ad ve-ad bikhlal) ou l'exclut (ad ve-lo ad bikhlal). C'est la question de base, illustrée par le schéma de synthèse.
Rav Papa a soulevé une question : si tu dis [que c'est] 'jusqu'à' et non 'jusqu'à' inclus, [alors] l'embouchure (pi) de la ramification, quoi [son statut] ?
Rav Papa raffine : à supposer que 'jusqu'à' n'inclut pas l'intervalle (donc une coupe dans l'intervalle laisse le statut 'je ne sais pas'), qu'en est-il de l'embouchure (pi) de la ramification — le point exact où le nerf se détache du cordon ? Est-il compté avec l'intervalle douteux, ou bien en deçà (donc tereifa) ?
Rabbi Yirmeya a soulevé une question : si tu dis [que c'est] 'jusqu'à' et 'jusqu'à' inclus, [alors] la ramification elle-même, quoi [son statut] ?
Rabbi Yirmeya raffine dans l'autre direction : à supposer que 'jusqu'à' inclut l'intervalle (donc une coupe dans l'intervalle est tereifa), qu'en est-il de la ramification elle-même (le pitzoul, le nerf qui se détache) si c'est elle qui est sectionnée du cordon ? Cette question ne se pose que dans la branche 'jusqu'à inclus'.
Viens et entends [une preuve] : 'la ramification (paracha) est jugée comme de la chair' [si elle est coupée, la bête est cachere]. N'est-ce pas [que cela vaut pour] la première et la deuxième ramification ?
Non, [pour] la troisième.
Tentative de trancher les questions par une braita : 'la paracha est jugée comme de la chair' — donc si une ramification est coupée, la bête reste cachere (la ramification n'a pas le statut du cordon lui-même). Cela ne réglerait-il pas le cas de la première et deuxième ramification (qui seraient donc cacheres) ? Réponse : non, la braita ne vise que la troisième ramification ; les deux premières, elles, restent tereifa ou douteuses.
Pour l'oiseau (ofa) : Rabbi Yannai dit [que le cordon va] jusqu'au-dessous des ailes (agpayim), et Resh Lakich dit : jusqu'à l'intervalle des ailes (entre les ailes).
Pour un oiseau, jusqu'où s'étend le cordon rachidien (au-delà duquel la coupe ne rend plus tereifa) ? Rabbi Yannai : jusqu'au-dessous des ailes (agpayim). Resh Lakich : seulement jusqu'entre les ailes, pas au-delà.
Oulla a dit : je me tenais devant ben Pazi, et l'on apporta devant lui un oiseau, et il l'examina jusqu'à l'intervalle des ailes ; et la maison du Nassi (prince) envoya [le chercher], et il se leva et s'en alla. Et je ne sais pas si [c'est] parce qu'il n'avait pas besoin d'examiner davantage, [ou] si [c'est] à cause de l'honneur du Nassi.
Oulla rapporte une scène chez ben Pazi : il examina le cordon d'un oiseau seulement jusqu'entre les ailes (comme Resh Lakich) puis s'interrompit, appelé par la maison du Nassi. Oulla ne sait pas trancher si l'examen s'est arrêté là parce qu'il était inutile d'aller plus loin, ou seulement par égard pour le Nassi — la scène ne prouve donc rien.
[La michna :] 'le foie (kaved) qui a été enlevé etc.' [a été totalement enlevé, la bête est tereifa]. Or [s']il en est resté quelque chose — cachere, bien que ce ne soit pas un kazayit (volume d'olive) !
Mais n'avons-nous pas appris : 'le foie a été enlevé et il en est resté un kazayit — cachere' [d'où : moins d'un kazayit, tereifa] ?
La michna enseigne que si le foie (kaved) a été totalement enlevé, la bête est tereifa. On en infère que s'il en reste quoi que ce soit, même moins d'un kazayit (volume d'une olive), elle serait cachere. Or une autre michna (54a) dit qu'il faut qu'il en reste un kazayit — donc moins, tereifa. Contradiction.
Rav Yossef a dit : ce n'est pas une difficulté. Ceci [suit] Rabbi Hiya, cela [suit] Rabbi Chimon fils de Rabbi [Yehouda ha-Nassi].
Comme dans ce [cas] où Rabbi Hiya la jetait, et Rabbi Chimon fils de Rabbi la trempait [pour la manger]. Et ton signe [mnémotechnique] : 'les riches sont avares' [makmetsin].
Rav Yossef lève la contradiction : les deux michnayot suivent des avis différents. Pour Rabbi Hiya, un foie dont il reste moins d'un kazayit est tereifa — il la jetait (la bête). Pour Rabbi Chimon fils de Rabbi, elle reste cachere — il la trempait (dans un condiment) pour la manger. Signe mnémotechnique : 'les riches sont avares' — Rabbi Chimon, qui était riche, ne gaspillait pas la viande.
Une certaine armée (poulmoussa) arriva à Poumbedita ; Rabba et Rav Yossef s'enfuirent. Rabbi Zeira les rencontra [et] leur dit : fugitifs !
Le kazayit dont [les Sages] ont parlé [doit être] à l'endroit de la vésicule biliaire (mara). Rav Adda bar Ahava dit : à l'endroit où il (le foie) 'vit' [est attaché vivant].
Rav Papa a dit : dès lors, nous requérons un kazayit à l'endroit de la vésicule biliaire, et nous requérons [aussi] un kazayit à l'endroit où il 'vit'.
Une armée (poulmoussa) arrive à Poumbedita ; Rabba et Rav Yossef fuient. Rabbi Zeira leur transmet une halakha : le kazayit qui doit rester du foie doit être à l'endroit de la vésicule biliaire (mara). Rav Adda bar Ahava dit plutôt : à l'endroit où le foie 'vit' (son point d'attache sous les reins). Rav Papa tranche en cumulant : il faut un kazayit aux deux endroits (voir le schéma).
Rabbi Yirmeya a soulevé une question : [un foie dont le reste est] ramassé [en morceaux dispersés] (mitlaket), quoi [son statut] ? [Reste] comme une lannière (ke-retsoua), quoi ?
Rav Achi a soulevé une question : un kazayit aplati (merouddad), quoi ? [La question] demeure (teikou).
Cas-limites sur la forme du reste de foie. Rabbi Yirmeya : et s'il faut rassembler des morceaux dispersés (un demi-kazayit ici, un demi-kazayit là) pour atteindre le volume ? Et s'il reste en lannière (long et mince) ? Rav Achi : et un kazayit aplati (étalé, plus mince qu'une olive) ? Toutes ces questions restent non tranchées (teikou).
Rabbi Zerika demanda à Rabbi Ami : [si] le foie s'est décroché (nidaldela) [de ses attaches en plusieurs endroits] mais [reste] accolé à ses membranes (tarpach), quoi [son statut] ? Il lui dit : ce décrochement[-là], je ne sais pas ce qu'il [en est] : si [l'on suit] celui qui dit 'à l'endroit de la vésicule biliaire' — voici qu'[il y] est ; si [l'on suit] celui qui dit 'à l'endroit où il vit' — voici qu'[il y] est [aussi].
Rabbi Zerika interroge sur un foie décroché (nidaldela) de ses attaches en de nombreux points mais tenant encore à ses membranes (tarpach), le foie lui-même restant entier. Rabbi Ami répond que ce 'décrochement' ne change rien : que l'on exige le kazayit au lieu de la vésicule biliaire ou au lieu où il vit, dans les deux cas le foie entier est présent — donc cachere, sans doute.
[La michna :] 'le poumon (ria) qui a été perforé [rend tereifa]'. Rav et Chmouel et Rav Assi disent : la membrane supérieure (kerouma ilaa) [externe] ; et certains disent [au nom des mêmes] : la membrane inférieure (kerouma tataa) [interne].
Rav Yossef bar Minyoumi a dit au nom de Rav Nahman : et ton signe [mnémotechnique] : la tunique rouge (kitouna de-vourda) dans laquelle repose le poumon.
La michna : un poumon (ria) perforé rend tereifa. Mais le poumon a deux membranes : laquelle, perforée, invalide ? Rav, Chmouel et Rav Assi visent la membrane externe (kerouma ilaa) ; une autre version leur attribue la membrane interne (kerouma tataa). Signe (Rav Nahman) : la 'tunique rouge' (kitouna de-vourda) où repose le poumon — la membrane interne étant rouge, ce signe indique l'interne.
[C'est] évident : si la [membrane] supérieure a été perforée et [que] la [membrane] inférieure n'a pas été perforée — l'inférieure protège (meguina), selon [l'enseignement de] Rabba ; car Rabba a dit : ce poumon qui s'est écorché (de-aglid) [dont la membrane supérieure a été retirée et la chair mise à nu]...
La Guemara note une évidence : si seule la membrane supérieure (externe) est perforée mais l'inférieure (interne) reste intacte, l'inférieure protège le poumon (meguina) et la bête reste cachere. C'est l'enseignement de Rabba sur le poumon 'écorché' (de-aglid), dont la membrane externe a été entièrement retirée — propos qui se poursuit au verso (46b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).