Sougya : La Guemara achรจve la discussion de 13a sur la meguila de la sota : le guet exige une รฉcriture lichmah (ยซ il รฉcrira pour elle ยป), la sota une action lichmah (ยซ il fera pour elle ยป), et cette action est l'effacement. ร propos de Rabbi Meir, elle rapporte son รฉloge : nul ne l'รฉgalait dans sa gรฉnรฉration, mais la halakha n'a pas รฉtรฉ fixรฉe selon lui parce que ses collรจgues ne pouvaient saisir le fond de sa pensรฉe.
Suivent son vrai nom (Nehorai), Rabbi qui l'a vu de dos, Soumakhos et ses quarante-huit raisons, l'รฉlรจve de Yavne qui purifiait le cheretz et le kal va-homer rรฉfutรฉ de Ravina. Puis la bat qol : les paroles des deux รฉcoles sont les paroles du D.ieu vivant, mais la halakha suit Beit Hillel, parce qu'ils รฉtaient doux et humbles.
Le daf se termine par la michna sur la qora (poutre transversale) du mavoy : sa largeur minimale d'un tefah, la soliditรฉ exigรฉe, et la poutre ronde.
et il se ravise, et un homme de sa ville le trouve et lui dit : ton nom est comme mon nom et le nom de ta femme est comme le nom de ma femme โ [ce guet] est invalide pour divorcer avec lui !
Suite de la question ouverte en 13a. La michna de Guittin enseigne qu'un guet รฉcrit pour une femme ne peut servir ร divorcer une autre femme, mรชme si les noms sont identiques : il doit รชtre รฉcrit lichmah (en son nom). Si la meguila de la sota est comparable, comment Rabbi Ahai bar Yochiya peut-il valider une meguila รฉcrite pour une sota et utilisรฉe pour une autre ?
Comment compares-tu ? Lร -bas il est รฉcrit ยซ il รฉcrira pour elle ยป : nous exigeons une รฉcriture en son nom.
Ici il est รฉcrit ยซ il fera pour elle ยป : nous exigeons une action en son nom, et l'action la concernant, c'est l'effacement.
La Guemara distingue les deux versets. Pour le guet, le mot ยซ lah ยป (pour elle) suit vekhatav (il รฉcrira) : c'est l'รฉcriture qui doit รชtre lichmah. Pour la sota, ยซ lah ยป suit veasa (il fera), et l'acte accompli sur la sota est l'effacement (mehika) de la meguila dans l'eau. Il suffit donc que l'effacement soit fait pour Lรฉa.
Tossefot : l'รฉcriture n'est pas pour autant libre de toute exigence. Le verset ยซ il รฉcrira ces alot ยป demande qu'elle soit faite en vue des malรฉdictions ; un Sefer Torah, รฉcrit pour l'รฉtude, n'y rรฉpond pas.
Rabbi Aha bar Hanina a dit : il est rรฉvรฉlรฉ et connu devant Celui qui a parlรฉ et le monde fut, que dans la gรฉnรฉration de Rabbi Meir il n'y avait personne comme lui. Pourquoi alors n'a-t-on pas fixรฉ la halakha selon lui ?
Parce que ses collรจgues ne pouvaient saisir le fond de sa pensรฉe. Car il disait d'un [objet] impur qu'il est pur et lui montrait des raisons, et d'un [objet] pur qu'il est impur et lui montrait des raisons.
รloge de Rabbi Meir : il surpassait tous les sages de sa gรฉnรฉration. Pourtant, en rรจgle gรฉnรฉrale, la halakha n'est pas fixรฉe selon lui face ร ses collรจgues. La raison donnรฉe : sa capacitรฉ ร construire une argumentation convaincante pour la position contraire (dรฉclarer pur ce qui est impur) empรชchait ses collรจgues de distinguer ses conclusions rรฉelles de ses exercices de raisonnement.
Le Ben Yehoyada explique que ces exercices servaient ร aiguiser les รฉlรจves, et que les sages ont craint que ses dรฉcisions rรฉelles soient mises en doute.
On a enseignรฉ : Rabbi Meir n'รฉtait pas son nom, son nom รฉtait Rabbi Nehorai. Pourquoi l'appelait-on Rabbi Meir ?
Parce qu'il รฉclairait (meir) les yeux des sages dans la halakha. Et Nehorai n'รฉtait pas [non plus] son nom : son nom รฉtait Rabbi Nehemia, et certains disent que son nom รฉtait Rabbi Elazar ben Arakh.
Pourquoi l'appelait-on Nehorai ? Parce qu'il illuminait (manhir) les yeux des sages dans la halakha.
La baraita explique que ยซ Meir ยป est un surnom tirรฉ de la racine or (lumiรจre) : il รฉclairait les sages. De mรชme, le tanna connu comme ยซ Nehorai ยป (de l'aramรฉen nehora, lumiรจre) s'appelait en rรฉalitรฉ Rabbi Nehemia ou Rabbi Elazar ben Arakh.
Rabbi a dit : si je suis plus perspicace que mes collรจgues, c'est que j'ai vu Rabbi Meir de dos ; si je l'avais vu de face, j'aurais รฉtรฉ encore plus perspicace, car il est รฉcrit : ยซ Et tes yeux verront ton maรฎtre ยป (Yechaya 30, 20).
Rabbi (Rabbi Yehouda HaNassi) attribue sa perspicacitรฉ au fait d'avoir รฉtudiรฉ devant Rabbi Meir, mรชme assis derriรจre lui. Voir le visage du maรฎtre ajoute ร la comprรฉhension, comme le dit le verset de Yechaya.
Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Rabbi Meir avait un รฉlรจve nommรฉ Soumakhos, qui disait sur chaque sujet d'impuretรฉ quarante-huit raisons d'impuretรฉ, et sur chaque sujet de puretรฉ quarante-huit raisons de puretรฉ.
L'รฉlรจve hรฉrite de la mรฉthode du maรฎtre : Soumakhos savait construire quarante-huit arguments pour chaque position, dans un sens comme dans l'autre.
On a enseignรฉ : il y avait ร Yavne un รฉlรจve รฉprouvรฉ qui purifiait le cheretz par cent cinquante raisons.
Le cheretz (reptile ou petit animal rampant des huit espรจces impures) est explicitement impur dans la Torah. Savoir argumenter sa puretรฉ en cent cinquante raisons est un exercice de virtuositรฉ dialectique, dans la ligne de Rabbi Meir et de Soumakhos.
Tossefot s'รฉtonne : pourquoi louer quelqu'un qui contredit un verset explicite ? Rabbenou Tam en dรฉduit que la discussion porte sur un point dรฉrivรฉ : l'impuretรฉ de nevela par le port (massa), et non l'impuretรฉ du cheretz par contact.
Ravina a dit : moi aussi je raisonnerai et je le purifierai. Si le serpent, qui tue et multiplie l'impuretรฉ, est pur, le cheretz, qui ne tue pas et ne multiplie pas l'impuretรฉ, ร plus forte raison !
Exemple de ce genre de raisonnement : un kal va-homer (ร fortiori). Le serpent, en tuant, produit des cadavres, source d'impuretรฉ ; pourtant il n'est pas comptรฉ parmi les huit cheratsim impurs. Le cheretz devrait donc รชtre pur ร plus forte raison.
Il n'en est pas ainsi : il ne fait que l'acte d'une รฉpine.
Rรฉfutation : le serpent qui tue agit comme une รฉpine (qots) qui blesse ; causer la mort n'a pas de lien avec la puretรฉ ou l'impuretรฉ de celui qui la cause. Le point de dรฉpart du kal va-homer est donc sans pertinence.
Rabbi Abba a dit au nom de Chmouel : pendant trois ans, Beit Chamai et Beit Hillel furent en dรฉsaccord. Ceux-ci disaient : la halakha est comme nous, et ceux-lร disaient : la halakha est comme nous.
Une bat qol sortit et dit : celles-ci et celles-lร sont les paroles du D.ieu vivant, et la halakha est comme Beit Hillel.
La bat qol (voix cรฉleste) reconnaรฎt que les deux รฉcoles expriment une vรฉritรฉ de la Torah (elou va-elou), mais que la pratique suit Beit Hillel. La Guemara va demander pourquoi.
Mais puisque celles-ci et celles-lร sont les paroles du D.ieu vivant, pourquoi Beit Hillel ont-ils mรฉritรฉ que la halakha soit fixรฉe selon eux ? Parce qu'ils รฉtaient doux et patients (aluvin), et qu'ils enseignaient leurs paroles et les paroles de Beit Chamai ; bien plus, ils faisaient prรฉcรฉder les paroles de Beit Chamai aux leurs.
Le mรฉrite de Beit Hillel tient ร leur caractรจre et ร leur mรฉthode : nohin (accommodants), aluvin (supportant l'offense sans rรฉpliquer), ils รฉtudiaient sรฉrieusement la position adverse (Rachi : ils expliquaient le verset citรฉ par Beit Chamai) et la citaient avant la leur.
Comme ce que nous avons appris : celui qui avait la tรชte et la plus grande partie [du corps] dans la soukka et sa table dans la maison, Beit Chamai invalident et Beit Hillel valident. Beit Hillel dirent ร Beit Chamai : n'est-il pas arrivรฉ que les anciens de Beit Chamai et les anciens de Beit Hillel allรจrent visiter Rabbi Yo'hanan ben HaHoranit, et le trouvรจrent assis la tรชte et la plus grande partie [du corps] dans la soukka et sa table dans la maison ?
Beit Chamai leur dirent : de lร une preuve ?! Eux aussi lui dirent : si tu agissais ainsi, tu n'as jamais accompli la mitsva de soukka de tes jours.
Illustration tirรฉe de la michna de Soukka (28a). En rapportant l'รฉpisode qui soutient leur propre position, Beit Hillel nomment d'abord les anciens de Beit Chamai, puis les leurs.
Pour t'apprendre que quiconque s'abaisse, le Saint bรฉni soit-Il l'รฉlรจve, et quiconque s'รฉlรจve, le Saint bรฉni soit-Il l'abaisse. Quiconque court aprรจs la grandeur, la grandeur le fuit, et quiconque fuit la grandeur, la grandeur court aprรจs lui.
Quiconque force le moment, le moment le repousse, et quiconque s'efface devant le moment, le moment se tient pour lui.
La Guemara tire de l'humilitรฉ de Beit Hillel trois รฉnoncรฉs parallรจles : l'abaissement qui mรจne ร l'รฉlรฉvation, la fuite de la grandeur qui l'attire, et la patience face au moment. Rachi prรฉcise que ยซ forcer le moment ยป dรฉsigne celui qui s'obstine ร s'enrichir malgrรฉ les รฉchecs.
Nos maรฎtres ont enseignรฉ : pendant deux ans et demi, Beit Chamai et Beit Hillel furent en dรฉsaccord. Ceux-ci disaient : il aurait mieux valu pour l'homme ne pas รชtre crรฉรฉ que d'รชtre crรฉรฉ ; et ceux-lร disaient : il vaut mieux pour l'homme avoir รฉtรฉ crรฉรฉ que de ne pas l'avoir รฉtรฉ.
Ils se comptรจrent et conclurent : il aurait mieux valu pour l'homme ne pas รชtre crรฉรฉ que d'รชtre crรฉรฉ ; maintenant qu'il a รฉtรฉ crรฉรฉ, qu'il examine ses actes. Et certains disent : qu'il palpe (yemachmech) ses actes.
Deuxiรจme dรฉsaccord des deux รฉcoles, cette fois sur une question de pensรฉe. La conclusion, obtenue par un vote (nimnou ve-gamrou), donne raison ร la position sรฉvรจre, mais la tempรจre par une consigne pratique : puisque l'homme existe, il doit examiner ses actes passรฉs (yefachpech) ou, selon l'autre version, peser ses actes ร venir (yemachmech), comme l'explique Rachi.
MICHNA. La qora dont on a dit [qu'elle doit รชtre] large de faรงon ร recevoir un ariah.
Et l'ariah est la moitiรฉ d'une brique de trois tefahim. Il suffit ร la qora d'รชtre large d'un tefah, de faรงon ร recevoir un ariah dans sa largeur.
Retour ร la halakha des mevoot (impasses). Pour permettre le transport dans un mavoy, on pose ร son entrรฉe une qora (poutre transversale). Sa largeur minimale se mesure par l'ariah, une demi-brique. La brique (levena) mesure trois tefahim, l'ariah un tefah et demi. La michna se contente d'une qora d'un tefah, sur laquelle l'ariah posรฉ dans sa largeur peut tenir. Rachi : la qora doit ressembler ร un รฉlรฉment de construction stable.
Large de faรงon ร recevoir un ariah et solide de faรงon ร recevoir un ariah. Rabbi Yehouda dit : large, mรชme si elle n'est pas solide.
Si elle รฉtait de paille ou de roseaux, on la considรจre comme si elle รฉtait de mรฉtal.
Mahloket : le premier tanna exige que la qora soit large et solide (beria) pour porter rรฉellement l'ariah. Rabbi Yehouda se contente de la largeur. Selon Rachi, la rรจgle de la qora de paille ou de roseaux, considรฉrรฉe comme de mรฉtal, appartient ร Rabbi Yehouda.
Si elle est courbe, on la considรจre comme si elle รฉtait droite ; si elle est ronde, on la considรจre comme si elle รฉtait carrรฉe. Tout ce qui a trois tefahim de circonfรฉrence a un tefah de largeur.
La forme n'empรชche pas la validitรฉ : une qora courbe est vue comme droite, une qora ronde comme carrรฉe. Pour la poutre ronde, la michna donne une rรจgle de mesure : une circonfรฉrence de trois tefahim correspond ร un diamรจtre d'un tefah (rapport de 3 pour 1 utilisรฉ par la michna).
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).