Sougya : La Guemara achève la michna du mavoy : Rabbi Akiva dit que Beit Chamai et Beit Hillel sont en désaccord dans les deux cas, et l'on cherche ce qui le distingue du premier tanna. Une baraita rapporte que Rabbi Akiva a nié que Rabbi Ishmael ait dit cela, tout en tranchant comme « cet élève » ; Rav Yehouda au nom de Chmouel et Rav Nahman bar Its'hak lèvent la contradiction.
Rabbi Yehochoua ben Levi identifie cet élève à Rabbi Meir, disciple des deux maîtres, ce qui amène deux récits opposés sur le qanqantom (vitriol) que Rabbi Meir mettait dans son encre de scribe. La fin du daf examine si l'on peut effacer la paracha de la sota d'un Sefer Torah, en la rattachant au débat sur la meguila d'une sota réutilisée pour une autre.
Rabbi Akiva dit : sur ce cas-ci et sur ce cas-là ils sont en désaccord, etc.
Suite de la michna (12b) : un élève à rapporté au nom de Rabbi Ishmael que Beit Chamai et Beit Hillel ne discutent pas sur un mavoy de moins de quatre coudées. Rabbi Akiva répond qu'ils discutent dans les deux cas. Tossefot explique qu'il réagit à la version de l'élève, sans chercher à donner un motif nouveau à Beit Chamai.
Rabbi Akiva, c'est [l'avis du] premier tanna ! Il y a entre eux [la différence] de Rav Ahlai, et certains disent Rav Yehiel.
Mais on ne précise pas [qui tient quoi].
Le premier tanna et Rabbi Akiva disent tous deux que la dispute porte sur tout mavoy. La différence concerne la règle de Rav Ahlai : un mavoy de moins de quatre tefahim de large n'a besoin d'aucune régularisation. L'un des deux tannaim l'admet, l'autre non ; la Guemara ne sait pas lequel (ve-la messaymei).
Il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Akiva a dit : Rabbi Ishmael n'a pas dit cette chose ; c'est cet élève qui a dit cette chose, et la halakha est comme cet élève.
Cette [baraita] elle-même est difficile : tu as dit « Rabbi Ishmael n'a pas dit cette chose », il en ressort que la halakha n'est pas comme lui ; et ensuite tu dis « la halakha est comme cet élève » !
Contradiction interne (ha goufa kachia) : nier que Rabbi Ishmael ait tenu cette position montre qu'on la rejette, et pourtant Rabbi Akiva tranche en sa faveur.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : Rabbi Akiva ne l'a dit que pour aiguiser par elle [l'esprit des] élèves.
Lehaded (aiguiser) : Rabbi Akiva loue l'élève pour encourager les autres à proposer leurs propres raisonnements. Tossefot précise qu'ici le but n'est pas de tester les élèves, puisque la première phrase montrait déjà qu'il ne suivait pas cet avis.
Et Rav Nahman bar Its'hak a dit : on a dit « [ses paroles] paraissent [justes] ».
Seconde réponse : il faut corriger la baraita. Rabbi Akiva a dit nir'in (ses paroles sont plausibles), et non « la halakha est comme lui ».
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : partout où tu trouves « au nom de Rabbi Ishmael, un élève à dit devant Rabbi Akiva », il ne s'agit que de Rabbi Meir, qui a servi Rabbi Ishmael et Rabbi Akiva.
Chimouch (servir un maître) désigne l'apprentissage auprès de lui. Rabbi Meir a été disciple des deux ; la Guemara le prouve par un récit où il mentionne ses deux maîtres.
Comme il a été enseigné : Rabbi Meir a dit : quand j'étais auprès de Rabbi Ishmael, je mettais du qanqantom dans l'encre, et il ne m'a rien dit. Quand je suis venu auprès de Rabbi Akiva, il me l'a interdit.
Le qanqantom est un sel métallique (sulfate de fer ou de cuivre, le vitriol) qui fixe l'encre et la rend difficile à effacer. Rachi et Tossefot discutent de son identité exacte ; selon Rabbenou Tam, l'adrimant de Rachi est une autre substance, permise dans l'encre d'un Sefer Torah.
Est-ce vrai ? Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Chmouel, au nom de Rabbi Meir : quand j'étudiais auprès de Rabbi Akiva, je mettais du qanqantom dans l'encre, et il ne m'a rien dit.
Quand je suis venu auprès de Rabbi Ishmael, il m'a dit : mon fils, quel est ton métier ? Je lui ai dit : je suis scribe (lavlar).
Il m'a dit : mon fils, sois prudent dans ton métier, car ton métier est un travail du Ciel ; peut-être omettras-tu une seule lettre ou ajouteras-tu une seule lettre, et tu te trouveras détruire le monde entier.
Deuxième version du récit, inversée : Rabbi Meir étudie d'abord chez Rabbi Akiva, puis chez Rabbi Ishmael. Rabbi Ishmael met en garde le lavlar (scribe) : une lettre en trop ou en moins peut changer le sens d'un verset en une négation de la foi. Rachi donne des exemples ; le Ben Yehoyada lit « travail du Ciel » comme une allusion à la Torah écrite.
Je lui ai dit : j'ai une chose, qui s'appelle qanqantom, que je mets dans l'encre. Il m'a dit : met-on du qanqantom dans l'encre ?
La Torah n'a-t-elle pas dit « il écrira… et il effacera » (Nombres 5, 23) : une écriture qui peut être effacée.
Pour la sota (femme soupçonnée d'adultère), le cohen écrit les malédictions puis les efface dans l'eau (vekhatav oumaha). Rabbi Ishmael en déduit que l'encre de la Torah doit pouvoir s'effacer, ce qui exclut le qanqantom.
Que lui dit-il, et que lui répond-il ?
Voici ce qu'il lui dit : inutile de parler des [mots écrits] défectifs et pleins, [ou je ne me trompe pas] car je suis expert ; mais même la crainte d'une mouche [est écartée] : peut-être viendrait-elle se poser sur la couronne du dalet, l'effacerait et en ferait un reich. J'ai une chose, qui s'appelle qanqantom, que je mets dans l'encre.
Hasserot vi-yterot : l'orthographe défective ou pleine des mots. Rabbi Meir dit la connaître. Le qanqantom sert contre un risque matériel : l'encre fraîche du coin du dalet, effacée, le transformerait en reich.
Il y a une difficulté, [le récit du] service contre [le récit du] service ; il y a une difficulté, « il me l'a interdit » contre « il me l'a interdit ».
Certes, [le récit du] service contre [le récit du] service n'est pas difficile : au début, il est venu devant Rabbi Akiva, et comme il ne pouvait pas saisir son raisonnement, il est venu devant Rabbi Ishmael, a appris la guemara (la tradition reçue), puis est revenu devant Rabbi Akiva et a appris la sevara (le raisonnement).
Trois étapes : Akiva (trop difficile), Ishmael (guemara, le contenu transmis), Akiva à nouveau (sevara, l'analyse). Chaque récit décrit un moment différent de ce parcours.
Mais « il me l'a interdit » contre « il me l'a interdit » est difficile ! C'est [effectivement] difficile.
Kachia : la question reste sans réponse. On ne sait pas lequel des deux maîtres a interdit le qanqantom.
Il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit : Rabbi Meir disait : pour tout [écrit] on met du qanqantom dans l'encre, sauf pour la paracha de la sota. Et Rabbi Yaakov dit en son nom : sauf pour la paracha de la sota [écrite] au Sanctuaire.
Selon Rabbi Yehouda, Rabbi Meir exclut la paracha de la sota même dans un Sefer Torah, car on pourrait l'y effacer pour une sota. Selon Rabbi Yaakov, seule la meguila écrite spécialement au Temple est concernée.
Quelle [différence] entre eux ? Rav Yirmeya a dit : l'effacer de la Torah, voilà [la différence] entre eux.
Nafka mina : peut-on prendre la paracha d'un Sefer Torah pour l'effacer dans l'eau de la sota ? Rabbi Yehouda : oui, donc pas de qanqantom dans ce passage ; Rabbi Yaakov : non.
Et ces tannaim sont comme ces tannaim-là, car il a été enseigné : sa meguila n'est pas apte pour faire boire une autre sota. Rabbi Ahai bar Yochiya dit : sa meguila est apte pour faire boire une autre sota.
La Guemara rattache la dispute à une autre : une meguila écrite pour une sota qui avoue avant de boire peut-elle servir pour une autre ? Le premier tanna exige une écriture lichmah ; Rabbi Ahai bar Yochiya ne l'exige pas.
Rav Papa a dit : peut-être n'en est-il pas ainsi. Le premier tanna ne le dit que là-bas : puisqu'elle a été détachée [désignée] au nom de Rahel, elle ne peut plus être détachée au nom de Léa ; mais pour la Torah, qui est écrite sans intention précise, il [admet] aussi que nous l'effaçons.
Rav Papa réfute le rapprochement. Une meguila déjà désignée pour une femme précise (« Rahel ») ne peut être redésignée pour une autre (« Léa »). Un Sefer Torah est écrit be-stama (sans désignation) : même le premier tanna pourrait y admettre l'effacement. Tossefot confronte cela aux lois du guet, qui exige aussi lichmah.
Rav Nahman bar Its'hak a dit : peut-être n'en est-il pas ainsi. Rabbi Ahai bar Yochiya ne le dit que là-bas, parce qu'elle a été écrite du moins au nom d'une sota au monde ; mais pour la Torah, qui est écrite pour l'étude, il [admet] aussi que nous ne l'effaçons pas.
Seconde réfutation, dans l'autre sens : Rabbi Ahai valide la meguila parce qu'elle fut écrite pour une sota, même une autre. Un Sefer Torah, écrit lehitlamed (pour l'étude), n'a pas cette qualité : même lui pourrait en interdire l'effacement.
Et Rabbi Ahai bar Yochiya n'admet-il pas ce que nous avons appris : s'il a écrit [un guet] pour divorcer de sa femme,
La Guemara ouvre une question qui se poursuit en 13b : la michna de Guittin exige qu'un guet soit écrit au nom de la femme concernée. Comment Rabbi Ahai peut-il alors valider la meguila d'une sota pour une autre ?
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).