Sougya : La Guemara achรจve le calcul de la mer de bronze de Chelomo : un mikve mesure une amma sur une amma sur trois ammot et contient quarante sea ; la mer, de dix ammot sur dix et haute de cinq, doit contenir cent cinquante mikvaot. Rami bar Ye'hezkel rรฉsout la difficultรฉ : les trois ammot infรฉrieures รฉtaient carrรฉes et les deux supรฉrieures rondes.
Les versets donnent deux mille bat pour les liquides et trois mille pour les solides, d'oรน Abaye dรฉduit que le comble (goudcha) vaut un tiers. Puis la michna fixe les mesures du lehi (montant latรฉral) : dix tefahim de haut et une largeur quelconque, contre Rabbi Yossi qui exige trois tefahim.
La Guemara discute le lehi placรฉ au milieu du mavoy, le lehi surรฉlevรฉ ou รฉcartรฉ du mur (Rava), et la halakha selon Rabbi Yossi, tranchรฉe par Abaye : va voir ce que fait le peuple.
ยซ Dans l'eau ยป (Lรฉvitique 15, 16) : dans l'eau d'un mikve. ยซ Toute sa chair ยป : une eau dans laquelle tout son corps entre.
Et combien est-ce ? Une amma sur une amma, sur une hauteur de trois ammot.
Et les Sages ont รฉvaluรฉ [le volume de] l'eau d'un mikve ร quarante sea.
Suite du calcul de la mer de bronze (yam) de Chelomo commence en 14a. On รฉtablit d'abord l'unitรฉ : un mikve doit permettre l'immersion de tout le corps ร la fois, soit un volume de 1 x 1 x 3 ammot (coudรฉes), que les Sages รฉvaluent ร quarante sea.
Combien cela fait-il ? Cinq cents garmidei (ammot cubes).
Pour trois cents : cent [mikvaot] ; pour cent cinquante : cinquante. Quatre cent cinquante suffisent !
La mer mesure 10 x 10 x 5 = 500 ammot cubes. Chaque mikve occupe 3 ammot cubes : 300 donnent 100 mikvaot et 150 en donnent 50. Pour 150 mikvaot, 450 suffiraient : pourquoi le verset donne-t-il davantage ?
Rachi rend le calcul concret : on dรฉcoupe le volume en colonnes d'une amma de section et on les empile, ce qui donne une colonne haute de 500 ammot.
Cela vaut pour un carrรฉ ; la mer que fit Chelomo รฉtait ronde.
Voyons : de combien le carrรฉ dรฉpasse-t-il le rond ? D'un quart.
Pour quatre cents : cent ; pour cent : vingt-cinq. Cela fait cent vingt-cinq !
Le cercle inscrit dans un carrรฉ a un pรฉrimรจtre de 3 (pour un diamรจtre de 1) contre 4 pour le carrรฉ : la Guemara en tire que le rond vaut les trois quarts du carrรฉ. Les 500 ammot deviennent 375, soit 125 mikvaot : cette fois il en manque.
Rami bar Ye'hezkel a enseignรฉ : la mer que fit Chelomo, ses trois ammot infรฉrieures รฉtaient carrรฉes, et ses deux [ammot] supรฉrieures rondes.
La solution de Rami bar Ye'hezkel combine les deux formes : 300 ammot cubes carrรฉes (100 mikvaot) et 200 ammot rondes rรฉduites d'un quart ร 150 (50 mikvaot). Total : exactement 150 mikvaot.
Admettons que tu ne puisses pas dire l'inverse, car il est รฉcrit : ยซ son bord รฉtait rond ยป ; mais dis [qu'une seule amma], une, [รฉtait ronde] !
Cela ne peut te venir ร l'esprit, car il est รฉcrit : ยซ elle contenait deux mille bat ยป (I Rois 7, 26). Combien vaut un bat ?
Trois sea, car il est รฉcrit : ยซ le dixiรจme du bat, [pris] sur le kor ยป (Ezechiel 45, 14). Cela fait six mille geriv (sea).
Le verset fixe la contenance : 2 000 bat x 3 = 6 000 sea = 150 mikvaot de 40 sea. Avec une seule amma ronde, on aurait 400 + 75 = 475 ammot cubes, soit plus de 150 mikvaot (environ 158) ; le chiffre du verset impose donc deux ammot rondes.
Mais il est รฉcrit : ยซ elle contenait trois mille bat ยป (II Chroniques 4, 5) ! Cela [concerne] le comble.
Les deux versets se concilient : 2 000 bat pour les liquides, 3 000 bat pour les solides, qu'on peut entasser au-dessus du bord (goudcha, le comble).
Abaye a dit : dรฉduis-en que ce comble vaut un tiers. Et nous avons aussi appris [dans une michna] : un chidda, une caisse et une armoire, une ruche de paille et une ruche de roseaux, et la citerne d'un navire alexandrin, bien qu'ils aient un fond et qu'ils contiennent quarante sea de liquide, qui font deux kor de solides, sont purs.
Abaye : le comble ajoute la moitiรฉ du volume liquide, soit un tiers du total (1 000 sur 3 000). La michna de Kelim le confirme : 40 sea de liquide = 2 kor = 60 sea de solides.
Ces grands rรฉcipients sont tehorim (purs) : au-delร de quarante sea, un contenant n'a plus le statut de kli et ne reรงoit pas l'impuretรฉ. Rachi prรฉcise que le rapport vaut pour un rรฉcipient dont la hauteur est la moitiรฉ de la largeur, comme la mer (10 sur 5).
Michna. Les lehayin (montants latรฉraux) dont [les Sages] ont parlรฉ : leur hauteur est de dix tefahim, et leur largeur et leur รฉpaisseur quelconques.
Rabbi Yossi dit : leur largeur est de trois tefahim.
Le lehi est un montant dressรฉ contre un mur ร l'entrรฉe du mavoy (impasse) pour y permettre le transport le Chabbat, comme la qora (poutre). Hauteur minimale : dix tefahim. Largeur : kol chehou (quelconque) selon le Tanna qamma ; trois tefahim selon Rabbi Yossi.
Guemara. Les lehayin dont [les Sages] ont parlรฉ, etc.
Dirons-nous que nous avons appris une [michna] anonyme selon Rabbi Eliezer, qui a dit : il nous faut des lehayin (deux) ?
Le pluriel lehayin semble suivre Rabbi Eliezer, qui exige deux lehayin par mavoy, contre les Hakhamim pour qui un seul suffit (michna 12b).
Non. Que sont les lehayin ?
Les lehayin en gรฉnรฉral. S'il en est ainsi, [pour] la poutre aussi, qu'on enseigne : les poutres, et [on dirait] : que sont les poutres ?
Les poutres en gรฉnรฉral !
Voici ce qu'elle dit : ces lehayin au sujet desquels Rabbi Eliezer et les Sages sont en dรฉsaccord, leur hauteur est de dix tefahim et leur largeur et leur รฉpaisseur quelconques. Et combien est ยซ quelconque ยป ?
Rabbi Hiya a enseignรฉ : mรชme comme le cordon du manteau (sarbal).
Le pluriel dรฉsigne les lehayin de la discussion entre Rabbi Eliezer et les Sages : la michna en donne la mesure sans trancher. La largeur minimale est aussi fine qu'un cordon de manteau.
Il a รฉtรฉ enseignรฉ : s'il a fait un lehi pour la moitiรฉ du mavoy, il n'a que la moitiรฉ du mavoy. C'est รฉvident !
Dis plutรดt : il a la moitiรฉ du mavoy. Cela aussi est รฉvident !
Tu aurais pu dire : craignons qu'il n'en vienne ร utiliser tout [le mavoy] ; elle nous apprend [qu'on ne le craint pas].
Si le lehi est placรฉ au milieu du mavoy, la partie intรฉrieure est permise. La nouveautรฉ : on ne dรฉcrรจte pas d'interdit par crainte que l'on porte aussi dans la partie extรฉrieure, non amรฉnagรฉe.
Le Roch cite ici notre baraita dans sa discussion du chapitre 5 (ville de la multitude, chiour). Il la concilie avec l'interdit de diviser par moitiรฉs une ville habituรฉe ร un erouv commun : selon le Yerouchalmi, le lehi au milieu suffit tant que les habitants de la partie extรฉrieure n'ont pas amรฉnagรฉ leur cรดtรฉ. Une tsourat hapetah ou deux poteaux permettent en tout cas de diviser.
Rava a dit : s'il a fait un lehi pour un mavoy et l'a surรฉlevรฉ du sol de trois [tefahim], ou l'a รฉcartรฉ du mur de trois, il n'a rien fait. Mรชme selon Rabban Chimon ben Gamliel, qui a dit : nous disons lavoud, cela vaut en haut ; mais en bas, puisque c'est une cloison que les chevreaux traversent, il ne l'a pas dit.
Lavoud (joint) : un รฉcart infรฉrieur ร la mesure fixรฉe est considรฉrรฉ comme fermรฉ. Rabban Chimon ben Gamliel l'รฉtend ร moins de quatre tefahim pour la poutre (14a). Pour un lehi, Rava n'applique pas cette extension en bas : une ouverture de trois tefahim au ras du sol laisse passer les chevreaux, et la cloison ne tient plus.
Rabbi Yossi dit : leur largeur est de trois tefahim. Rav Yossef a dit au nom de Rav Yehouda, au nom de Chemouel : la halakha n'est pas selon Rabbi Yossi, ni pour les hilmei (saumure), ni pour les lehayin.
Les hilmei : prรฉparation de saumure le Chabbat (Chabbat 108b), oรน Rabbi Yossi est plus strict que les Sages. Chemouel รฉcarte son avis dans les deux domaines.
Rav Houna bar Hinana lui a dit : pour les hilmei tu nous l'as dit ; pour les lehayin tu ne nous l'as pas dit. En quoi les hilmei sont-ils diffรฉrents ?
Parce que les Rabbanan sont en dรฉsaccord avec lui ; pour les lehayin aussi les Rabbanan sont en dรฉsaccord avec lui ! Il lui a dit : les lehayin sont diffรฉrents, parce que Rabbi se tient selon lui.
Rav Houna bar Hinana conteste la transmission : Chemouel ne parlait que des hilmei. Pour les lehayin, Rabbi (Rabbi Yehouda Hanassi) partage l'avis de Rabbi Yossi, ce qui peut faire pencher la halakha.
Rav Rehoumi enseignait ainsi : Rav Yehouda fils de Rav Chemouel [bar Chilat] a dit au nom de Rav : la halakha n'est pas selon Rabbi Yossi, ni pour les hilmei, ni pour les lehayin. On lui a dit : l'as-tu dit ?
Il leur a dit : non. Rava a dit : par D.ieu ! il l'a dit, et je l'ai appris de lui.
Et pour quelle raison est-il revenu [sur sa parole] ? Parce que Rabbi Yossi, ses raisons sont avec lui (nimoukko imo).
Nimoukko imo : Rabbi Yossi fonde toujours ses positions sur des raisons solides ; d'oรน la rรจgle que la halakha le suit face ร un collรจgue isolรฉ. C'est pourquoi Rav Yehouda s'est rรฉtractรฉ. Rava confirme par un serment qu'il avait bien entendu la premiรจre version.
Rava bar Rav Hanan a dit ร Abaye : quelle est la halakha ? Il lui a dit : sors et vois ce que fait le peuple.
Puk hazi mai ama davar : quand la halakha n'est pas tranchรฉe, l'usage รฉtabli fait rรจgle. Selon Rachi, l'usage est un lehi de largeur minime, contre Rabbi Yossi. Tossefot en dรฉduit ร plus forte raison la permission des hilmei.
Certains l'enseignent ร propos de ceci : celui qui boit de l'eau pour [รฉtancher] sa soif dit : ยซ chehakol nihya bidvaro ยป (par la parole de qui tout a รฉtรฉ crรฉรฉ). Rabbi Tarfon dit : ยซ borei nefachot rabbot vehesronan al kol ma chebarata ยป (qui crรฉe des รชtres nombreux et leurs besoins, pour tout ce que Tu as crรฉรฉ).
Rav Hanan a dit ร Abaye : quelle est la halakha ? Il lui a dit : sors et vois ce que fait le peuple.
Autre version : la rรฉponse d'Abaye concernait la bรฉnรฉdiction sur l'eau. Les Sages disent chehakol, Rabbi Tarfon borei nefachot. Rachi montre, par Nidda 51b, que Rabbi Tarfon parle de la bรฉnรฉdiction d'avant et non d'une bรฉnรฉdiction aprรจs. L'usage est de dire chehakol avant de boire.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).