Sougya : Rava lève la contradiction de Rabbi Meir : la nuit, deux hazakot allègent ; pour la terouma de la michna, une seule hazaka ne suffit pas face aux témoins. Rabbi Yossi, rigoureux sur un doute d'immersion et souple sur l'erouv, reçoit trois réponses : l'impureté a un fondement dans la Tora, l'avis souple est celui d'Avtolmos, ou la hazaka de l'impur ne va que vers la rigueur.
Une baraita distingue le doute sur l'heure, qui laisse l'erouv valable, et le doute dès l'origine. Deux pains, le pur où qu'il soit, ne font pas un repas apte tant qu'il fait jour.
Un pain houlin aujourd'hui et hekdesh demain reste houlin au crépuscule ; l'inverse reste consacré. La cruche de tevoul yom enseigne que la fin du jour acquiert l'erouv.
Rava a dit : là-bas, deux hazakot (présomptions) pour alléger ; ici, une seule hazaka pour alléger.
Rava reprend la fin de 35b. Là-bas, un homme a touché quelqu'un la nuit, et on le trouve mort le matin. Ici, la terouma de la michna, devant deux groupes de témoins.
Même avec deux groupes opposés, Rabbi Meir déclare pur. Les témoins s'annulent, et il reste deux hazakot pour alléger : l'homme était vivant, et celui qui l'a touché était pur. Pour la terouma, une seule hazaka, la pureté du dépôt. Une seule hazaka n'affaiblit pas les témoins : il va vers la rigueur.
Difficulté de Rabbi Yossi contre Rabbi Yossi.
La difficulté change de personne. Dans la baraita de 35b, Rabbi Yossi déclare impur un doute d'immersion, même pour une impureté rabbinique. Dans notre michna, un erouv douteux est valable. Si les tehoumin sont rabbiniques, les deux enseignements se contredisent.
Rav Houna bar Hinana a dit : l'impureté est différente, puisqu'elle a un fondement dans la Tora. Chabbat aussi est de la Tora ?
Rabbi Yossi tient : les tehoumin sont rabbiniques.
Rav Houna bar Hinana : l'impureté a un fondement dans la Tora. Les Sages ont étendu la rigueur au doute d'immersion d'une impureté rabbinique, pour garder le sérieux du doute d'une impureté de la Tora.
Objection : Chabbat est de la Tora. Rachi vise les tehoumin, loi de la Tora pour Rabbi Akiva (Sota 30b). Réponse : pour Rabbi Yossi, les tehoumin sont rabbiniques. On ne décrète pas à partir des travaux de Chabbat : un travail ne ressemble pas à un tehoum. Les impuretés se ressemblent entre elles.
Et si tu veux, dis : ceci est le sien, cela est celui de son maître. C'est précis aussi, car on enseigne : Rabbi Yossi a dit : Avtolmos a témoigné au nom de cinq Anciens qu'un erouv douteux est valable.
Apprends-en.
Autre issue. L'avis rigoureux sur le doute d'immersion est le sien. L'erouv douteux valable, dans la michna, est l'avis de son maître.
Le texte le marque. Rabbi Yossi rapporte : Avtolmos a témoigné au nom de cinq Anciens. Chema mina : on conclut ainsi.
Rava a dit : là-bas, voici la raison de Rabbi Yossi : établis l'impur sur sa hazaka, et dis qu'il ne s'est pas immergé.
Rava laisse les deux textes à Rabbi Yossi. Dans le doute d'immersion, l'homme était impur. Sa hazaka le maintient ainsi : il ne s'est pas immergé. Cette hazaka ne va que vers la rigueur.
Dans la michna, deux hazakot se font face. Le tehoum de sa maison : il n'a pas fait d'erouv. La terouma était pure : il a fait l'erouv. Pour une loi rabbinique, on suit l'allègement.
Au contraire : établis le mikvé sur sa hazaka, et dis qu'il n'a pas manqué. Dans un mikvé qui n'a pas été mesuré.
Objection. Le mikvé a, lui aussi, une hazaka : il était valable, disons qu'il n'a pas manqué. Réponse : ce mikvé n'a jamais été mesuré. Il n'a pas de hazaka de validité.
Tossefot. La réponse de Nida 2a, le manque est devant nous, vise un mikvé mesuré puis trouvé en manque. Le débat de Rabbi Meir et de Rabbi Yossi, dans un doute rabbinique, porte sur l'homme. Les taharot qu'il a touchées restent pures, même pour Rabbi Yossi. Mikvaot 2:2 : doute d'être rendu impur, impur ; doute de rendre autrui impur, pur.
Une baraita enseigne : comment Rabbi Yossi a-t-il dit qu'un erouv douteux est valable ? Il a fait l'erouv avec de la terouma, doute si elle est devenue impure tant qu'il fait jour, doute si elle est devenue impure après la nuit ; et de même pour des fruits, doute s'ils ont été mis en état tant qu'il fait jour, doute s'ils ont été mis en état après la nuit.
Voilà un erouv douteux valable.
La baraita décrit le sefek erouv que Rabbi Yossi tient pour valable. Le doute porte sur l'heure. La terouma était pure au dépôt, puis elle est devenue impure : de jour, ou après la nuit ? Les fruits de tevel ont été mis en état : de jour, ou après la nuit ?
On maintient l'état du départ pendant le crépuscule (bein hashmashot). La terouma était encore pure : l'erouv a pris. Rachi annonce l'objection sur les fruits : leur état du départ est le tevel, et le tevel ne sert pas d'erouv.
Mais s'il a fait l'erouv avec de la terouma, doute si elle est pure, doute si elle est impure ; et de même pour des fruits, doute s'ils ont été mis en état, doute s'ils ne l'ont pas été : ceci n'est pas un erouv douteux valable.
Second cas, que Rabbi Yossi ne tient pas pour cet erouv valable. Le doute existe dès le dépôt. On ignore si cette terouma a été pure, et si ces fruits ont été mis en état. Aucune hazaka de validité de l'erouv ne précède le doute.
Tossefot : deux tas, l'un pur, l'autre impur. Il fait l'erouv avec l'un d'eux, sans savoir lequel.
En quoi la terouma est-elle différente, qu'on dise : établis la terouma sur sa hazaka, et dis qu'elle est pure ? Les fruits aussi : établis le tevel sur sa hazaka, et dis qu'ils n'ont pas été mis en état.
La hazaka du départ joue des deux côtés. Pour la terouma, elle était pure : on la tient pour pure au crépuscule, et Rabbi Yossi valide. Pour les fruits, ils étaient tevel : la même hazaka les tiendrait pour non mis en état, et l'erouv serait invalide.
Ne dis pas : doute s'ils ont été mis en état tant qu'il fait jour. Dis : doute s'ils ont été mélangés tant qu'il fait jour, doute s'ils ont été mélangés après la nuit.
La Guemara corrige la formule. On quitte le doute sur la mise en état des fruits. On lit un dimoua : un mélange arrivé ensuite. Doute : de jour, ou après la nuit ? L'état du départ est alors un aliment déjà apte.
Rachi donne deux lectures. Première : de la terouma tombe dans des houlin, et ce tanna suit Soumakhos, pas d'erouv de terouma pour un Israël. Seconde : du tevel tombe dans les houlin, impropre même à un kohen. Tossefot retient la seconde : la baraita parle elle-même d'un erouv fait avec de la terouma.
Rav Chemouel bar Rav Its'hak a demandé à Rav Houna : deux pains étaient devant lui, l'un impur et l'autre pur, et il a dit : faites-moi l'erouv avec le pur, où qu'il soit. Qu'en est-il ?
Rav Chemouel bar Rav Its'hak demande à Rav Houna. Deux pains de terouma, l'un pur, l'autre impur. Il dit : faites l'erouv avec le pur, où qu'il soit. Les deux sont déposés ensemble au bout du tehoum.
Rachi : ce sont des pains de terouma. Des houlin impurs restent mangeables, car tout homme ne mange pas ses houlin en état de pureté. Les deux pains seraient alors aptes.
La question se pose pour Rabbi Meir, la question se pose pour Rabbi Yossi. Pour Rabbi Meir : Rabbi Meir ne l'a dit, là-bas, que là où il n'y a pas de pure.
Ici, il y a une pure. Ou bien, même pour Rabbi Yossi : il ne l'a dit que là-bas, où, s'il est vrai qu'elle est pure, il la connaît.
Mais ici, il ne la connaît pas.
La question vaut dans les deux sens. Rabbi Meir, rigoureux dans la michna, allégerait peut-être ici : là-bas, aucune terouma n'était pure à coup sûr ; ici, l'un des deux pains est pur.
Rabbi Yossi, souple dans la michna, serait peut-être rigoureux ici. Là-bas, si la terouma est pure, il sait quel est son repas. Ici, il ne désigne pas son pain.
Il lui a dit : pour Rabbi Yossi comme pour Rabbi Meir, nous exigeons un repas apte tant qu'il fait jour, et il n'y en a pas.
Rav Houna tranche pour les deux avis. L'erouv exige une seouda raouya, un repas apte, tant qu'il fait jour. Ici, aucun des deux pains ne se mange avant la nuit : on ignore lequel est pur.
Rachi : on n'atteint pas le hamar gamal, figure de deux erouvin conditionnels. Dans la michna, le repas était apte au dépôt. Le doute est né ensuite.
Rava a demandé à Rav Nahman : ce pain, aujourd'hui houlin, et demain consacré ; et il a dit : faites-moi l'erouv avec celui-ci. Qu'en est-il ?
Il lui a dit : son erouv est un erouv.
Rava interroge Rav Nahman. Le vendredi, sur un pain : aujourd'hui houlin, demain hekdesh. Son envoyé en fait l'erouv.
Le bein hashmashot est un doute, fin du vendredi ou début de Chabbat. La consécration a-t-elle déjà pris avant que l'erouv s'acquière ? On ne fait pas d'erouv avec de l'hekdesh. Rav Nahman : son erouv est un erouv.
Aujourd'hui consacré, et demain houlin ; et il a dit : faites-moi l'erouv avec celui-ci. Qu'en est-il ?
Il lui a dit : son erouv n'est pas un erouv. Quelle différence ?
Déclaration inverse : aujourd'hui hekdesh, demain houlin. Rachi : le rachat se fera sur des pièces qui sont à la maison. Rav Nahman : son erouv n'est pas un erouv. Rava demande la différence. Le crépuscule est un doute dans les deux déclarations.
Tossefot. Plus loin, Rava dira que la fin du jour acquiert l'erouv, et les deux réponses de Rav Nahman suivent alors le statut du vendredi. Pour son compte, Rava tient que le début du jour acquiert l'erouv : il tranche comme Rav au début de Beitsa (4b), à cause de la hakhana, et cet avis lie l'erouv au début du jour (38b). La formule sur la fin du jour, il la dit selon la baraita, sans la tenir.
Il lui a dit : quand tu auras mangé là-dessus un kor de sel. Aujourd'hui houlin et demain consacré : par un doute, la sainteté ne descend pas sur lui.
Aujourd'hui consacré et demain houlin : par un doute, sa sainteté ne le quitte pas.
Rav Nahman ouvre par une formule : quand tu auras mangé là-dessus un kor de sel. Rachi lit : quand tu m'auras remis un kor de sel mesuré sur cette question, j'en dirai la raison. La raison vient aussitôt.
Un doute ne fait pas entrer un état nouveau, et ne fait pas sortir de l'état déjà là. Aujourd'hui houlin, demain hekdesh : au crépuscule, la sainteté ne descend pas. Le pain reste houlin, l'erouv est valable. Aujourd'hui hekdesh, demain houlin : la sainteté ne quitte pas le pain. Il reste hekdesh, l'erouv est invalide.
Nous avons appris là-bas : une cruche de tevoul yom (immergée le jour, pure à la nuit), qu'il a remplie depuis le tonneau de maasser (dîme) encore tevel, et il a dit : ceci sera teroumat maasser quand il fera nuit. Ses paroles tiennent.
Michna citée d'ailleurs. Un tevoul yom n'est pleinement pur qu'à la nuit. Son contact invalide la terouma. Il laisse entiers le maasser et les houlin.
La cruche est remplie d'un tonneau de maasser rishon encore tevel : le lévite n'a pas prélevé la teroumat maasser, la part du kohen. Il dit : le contenu de la cruche le deviendra quand il fera nuit. À cette heure la cruche est pure, et la terouma le reste. Ses paroles tiennent.
Et s'il a dit : faites-moi l'erouv avec ceci, il n'a rien dit. Rava a dit : cela enseigne que la fin du jour acquiert l'erouv.
S'il dit : faites l'erouv avec cette cruche, il n'a rien dit. Au crépuscule, le contenu est encore du tevel. La séparation n'est dite que pour la nuit. Le tevel ne sert pas d'erouv.
Rava en tire : la fin du jour acquiert l'erouv. Rachi : c'est le début du crépuscule, encore vendredi, et à cette heure c'est du tevel. Tossefot, plus haut : Rava énonce cela selon la baraita. Pour lui, le début du jour acquiert l'erouv.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).