Sougya : La page reprend la michna de l'erouv brûlé et de la terouma devenue impure. Brûlé montre la force de Rabbi Yossi : même disparu, l'erouv douteux reste valable.
Terouma devenue impure montre la force de Rabbi Meir : il est rigoureux alors que l'erouv est encore là, et qu'on pourrait suivre sa hazaka de pureté. Pour une touma légère, rabbinique, Rabbi Meir déclare le doute pur.
Il tient donc que les tehoumin sont de la Tora. On lui oppose la mesure qui perce les montagnes, puis celui qui touche un homme la nuit.
Rabbi Yirmeya place un sheretz sur la terouma pendant tout le crépuscule. Rabba et Rav Yossef posent deux groupes de témoins.
pour te faire connaître la force de Rabbi Yossi. Il a enseigné : terouma, et elle est devenue impure, pour te faire connaître la force de Rabbi Meir.
La phrase continue le folio 35a. La michna a enseigné l'erouv brûlé et la terouma devenue impure. Les deux cas servent. Brûlé montre jusqu'où va Rabbi Yossi : l'erouv a disparu, et dans le doute il le tient quand même pour valable.
La terouma devenue impure montre jusqu'où va Rabbi Meir. L'erouv est encore là. On pourrait l'établir, au bein hashmashot (crépuscule), sur sa hazaka : au moment où on l'a déposé, il était pur. Rabbi Meir ne suit pas cette hazaka pour alléger.
Et Rabbi Meir tient-il qu'un doute va vers la rigueur ? Or nous avons appris : un impur qui est descendu pour s'immerger, doute s'il s'est immergé, doute s'il ne s'est pas immergé ; et même s'il s'est immergé, doute s'il s'est immergé dans quarante se'a, doute s'il ne s'est pas immergé dans quarante se'a ; et de même deux mikvaot, dans l'un il y a quarante se'a, et dans l'un il n'y a pas quarante se'a ; il s'est immergé dans l'un d'eux, et il ne sait pas dans lequel il s'est immergé : son doute est impur.
La Guemara cherche si Rabbi Meir traite vraiment tout safek (doute) vers la rigueur. Elle cite une michna. Un homme impur descend au mikvé. Trois doutes : a-t-il immergé ? Le bain avait-il quarante se'a, la mesure qui le rend valable ? Lequel des deux mikvaot a-t-il utilisé ?
Dans ces cas, son doute est impur : il reste impur. La suite dira pour quel rang de touma.
Dans quel cas ces paroles sont-elles dites ? Pour une impureté grave.
Le doute impur ne vise que la touma hamoura, l'impureté grave : une touma de la Tora, par contact avec un av hatuma. Là, le safek reste impur.
Mais pour une impureté légère, par exemple s'il a mangé des aliments impurs et bu des boissons impures, et celui qui fait venir sa tête et la majeure partie de son corps dans de l'eau puisée, ou si trois log d'eau puisée sont tombés sur sa tête et sur la majeure partie de son corps, et qu'il est descendu pour s'immerger ; doute s'il s'est immergé, doute s'il ne s'est pas immergé ; et même s'il s'est immergé, doute s'il s'est immergé dans quarante se'a, doute s'il ne s'est pas immergé dans quarante se'a ; et de même deux mikvaot, dans l'un il y a quarante se'a, et dans l'un il n'y a pas quarante se'a ; il s'est immergé dans l'un d'eux, et il ne sait pas dans lequel il s'est immergé : son doute est pur.
Pour une touma kala, impureté légère, le même doute laisse l'homme pur. Rachi : ces toumot sont rabbiniques, parmi les dix-huit décrets. Manger des aliments impurs, ici un demi-peras ; faire entrer tête et rov (majeure partie du corps) dans des mayim she'uvin (eaux puisées) ; ou trois log d'eau puisée tombés sur la tête et le rov.
La michna anonyme est Rabbi Meir. Pour un doute rabbinique, il allège. Tossefot : le Ritsba lit des cas séparés, ou bien l'immersion est douteuse, ou bien la mesure du mikvé l'est. Et cette pureté vise le reshut harabim (domaine public), d'après la Tossefta.
Rabbi Yossi déclare impur.
Rabbi Yossi tient le doute pour impur même dans la touma légère. Rachi signale qu'on lui opposera plus loin un autre enseignement de Rabbi Yossi.
Rabbi Meir tient : les tehoumin (limites de Chabbat) sont de la Tora.
Réponse. Pour Rabbi Meir, les tehoumin sont une loi de la Tora. Un safek de-oraita (doute sur une loi de la Tora) se traite avec rigueur. D'où sa rigueur sur l'erouv douteux.
Et Rabbi Meir tient-il que les tehoumin sont de la Tora ? Or nous avons appris : s'il ne peut pas l'engloutir, en ce cas Rabbi Dostai bar Yannai a dit au nom de Rabbi Meir : j'ai entendu qu'on perce les montagnes.
Objection. Si les tehoumin sont de la Tora, Rabbi Meir ne devrait pas transmettre une mesure légère. La michna, au chapitre Keitsad Meabrin : on mesure avec une corde de cinquante coudées. Si la pente entre dans cette corde, d'un bord à l'autre, on l'engloutit : la longueur du relief ne compte pas.
Si la corde de cinquante ne joint pas les bords, Rabbi Dostai bar Yannai au nom de Rabbi Meir : j'ai entendu qu'on mekadrin, qu'on perce les montagnes. Cordes de quatre coudées. En bas, la corde au cœur. En haut, aux pieds. Toutes les quatre coudées, on gagne une demi-taille. La distance retenue est plus courte que la pente.
Et si tu supposes que les tehoumin sont de la Tora, perce-t-on ? Or Rav Nahman a dit que Rabba bar Avouha a dit : on ne perce ni pour les arei miklat (villes de refuge), ni pour l'egla aroufa (génisse à la nuque brisée), parce qu'elles sont de la Tora.
Preuve que le percement est une mesure légère, refusée quand la distance est de la Tora. Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouha : on ne perce pas pour les arei miklat. La ville de refuge accueille, et son tehoum aussi : la mesure doit garder le relief.
Même règle pour l'egla aroufa. On cherche la ville la plus proche du mort. On mesure montagnes et vallons tels qu'ils sont. La pente allonge et peut éloigner une ville. Si les tehoumin de Chabbat étaient de la Tora, on ne les percerait pas.
Pas de difficulté : ceci est le sien, cela est celui de son maître. C'est précis aussi, car on enseigne : En ce cas, Rabbi Dostai bar Yannai a dit au nom de Rabbi Meir : j'ai entendu qu'on perce les montagnes.
Apprends-en.
Ceci, les tehoumin sont de la Tora, est l'avis de Rabbi Meir. Cela, on perce les montagnes, est l'avis de son maître.
Le texte le marque. Rabbi Meir ne dit pas la règle en son nom. Il dit j'ai entendu. Rachi : entendu de mes maîtres, et lui-même ne retient pas cette mesure. Chema mina : on peut conclure ainsi.
Et l'on oppose une loi de la Tora à une loi de la Tora, pour Rabbi Meir.
La page tient maintenant que, pour Rabbi Meir, les tehoumin sont de la Tora. Reste une contradiction entre deux règles de la Tora dans sa bouche. La michna qui suit la pose.
Car nous avons appris : il a touché quelqu'un la nuit, et il ne sait pas s'il était vivant ou s'il était mort, et le lendemain il s'est levé tôt et l'a trouvé mort. Rabbi Meir déclare pur, et les Sages déclarent impur, parce que toutes les impuretés sont selon l'heure de leur découverte.
Michna. La nuit, il touche un homme. Vivant ou mort, il ne le sait pas. Le matin, l'homme est mort. Rabbi Meir le déclare pur : on le laisse sur sa hazaka, hier il était vivant. Les Sages le déclarent impur : toute touma se juge selon l'heure où on la trouve.
La touma d'un mort est de la Tora. Rabbi Meir suit donc une hazaka pour alléger, dans un doute de la Tora. Rachi en tire la question sur notre michna : la terouma aussi, au moment où on l'a déposée, était pure. Pourquoi ne pas suivre cette hazaka ?
Tossefot rapproche la règle de Nidda. Le report d'impureté, me'et le-et, ne joue pas de la même façon pour le houlin, le domaine privé et le domaine public. Le Ri limite l'heure de la découverte à la terouma et aux kodashim.
Rabbi Yirmeya a dit : notre michna, c'est qu'un sheretz (rampant qui rend impur) était sur elle pendant tout le bein hashmashot (crépuscule). S'il en est ainsi, dans ce cas Rabbi Yossi dirait-il qu'un erouv douteux est valable ?
Rabbi Yirmeya fixe le cas. Un sheretz est resté sur la terouma pendant tout le crépuscule, du début à la fin. Le début du bein hashmashot est encore la veille de Chabbat. L'impureté est donc acquise tant qu'il fait jour.
La Guemara demande : Rabbi Yossi parlerait-il encore d'un erouv douteux valable ? Le doute a disparu. La michna elle-même : tant qu'il fait jour, l'erouv est nul, pour tous.
Tossefot prépare la suite. Deux hazakot se font face : la terouma était pure, l'homme n'avait pas encore son erouv. Rabba et Rav Yossef viendront lire les mots de Rabbi Yirmeya par deux groupes de témoins. L'objection vise Rabbi Yossi, plus fortement que le conducteur d'âne et de chameau.
Rabba et Rav Yossef disent tous deux : ici, nous traitons de deux groupes de témoins. L'un dit : elle est devenue impure tant qu'il faisait jour.
Et l'un dit : après la nuit.
Rabba et Rav Yossef donnent au doute une autre source. Deux kitot (groupes de témoins) s'opposent. L'une : la terouma est devenue impure tant qu'il fait jour. L'autre : après la nuit.
Rachi. Rabbi Yossi : les deux groupes s'annulent. On revient à la hazaka du début, la terouma était pure quand on l'a déposée. Rabbi Meir : un groupe l'a déjà sortie de sa hazaka. Dans un doute de la Tora, il ne revient pas à la hazaka. La nuit, personne ne sort l'homme de sa hazaka de vie : il reste pur, et l'heure de la découverte ne décide pas. On peut dire qu'il est mort seulement le matin.
Tossefot. Ailleurs, deux groupes face à deux s'annulent même pour une loi de la Tora. Ici, la terouma est maintenant certainement impure. Le débat ne porte que sur l'heure.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).