Eruvin 35b — Doute d'erouv : force de Rabbi Yossi et de Rabbi Meir

Eruvin 35b

Sougya : La page reprend la michna de l'erouv brûlé et de la terouma devenue impure. Brûlé montre la force de Rabbi Yossi : même disparu, l'erouv douteux reste valable.

Terouma devenue impure montre la force de Rabbi Meir : il est rigoureux alors que l'erouv est encore là, et qu'on pourrait suivre sa hazaka de pureté. Pour une touma légère, rabbinique, Rabbi Meir déclare le doute pur.

Il tient donc que les tehoumin sont de la Tora. On lui oppose la mesure qui perce les montagnes, puis celui qui touche un homme la nuit.

Rabbi Yirmeya place un sheretz sur la terouma pendant tout le crépuscule. Rabba et Rav Yossef posent deux groupes de témoins.

Pourquoi les deux cas de la michna Suite de 35a. Brûlé, et terouma devenue impure. Rabbi Yossi Cas du brûlé L'erouv n'est plus au monde. Même disparu, en cas de doute, il le tient pour valable. C'est sa force : il allège loin. Rabbi Meir Terouma devenue impure L'erouv est encore là. On pourrait le laisser sur sa hazaka : déposé pur, il reste pur. Il tranche pourtant le doute vers la rigueur. D'où la question sur Rabbi Meir Pour une touma légère, de rang rabbinique, la michna anonyme, qui est la sienne, déclare le doute pur. Sa rigueur sur l'erouv demande donc un autre motif.
Brûlé : force de Rabbi Yossi, qui valide un erouv déjà disparu. Terouma impure : force de Rabbi Meir, rigoureux alors que la hazaka de pureté était ouverte.
Le fil de la page Chaque réponse ouvre la question suivante. 1. Rabbi Meir : les tehoumin sont de la Tora Un doute de la Tora se traite avec rigueur. 2. Objection : on perce les montagnes Mesure légère. Pour une loi de la Tora, on ne perce pas. 3. Percer vient du maître. J'ai entendu. Lui-même tient que les tehoumin sont de la Tora. 4. Objection : il touche un homme la nuit Rabbi Meir suit la hazaka de vie et déclare pur. 5. Rabbi Yirmeya : un sheretz tout le crépuscule La question : Rabbi Yossi parlerait-il encore d'un doute ? 6. Rabba et Rav Yossef : deux groupes de témoins L'un : impure tant qu'il fait jour. L'autre : après la nuit. Rabbi Yossi revient à la hazaka. Rabbi Meir, un groupe l'en sort.
Tehoumin de la Tora, percement des montagnes, parole du maître, hazaka de la nuit, sheretz, puis deux groupes de témoins.
Percer, ou mesurer le relief Mekadrin raccourcit la distance. Une loi de la Tora garde le relief. Tehoum de Chabbat Rabbi Dostai au nom de Rabbi Meir : j'ai entendu qu'on perce les montagnes. La mesure est plus courte. Arei miklat Villes de refuge. La ville accueille, son tehoum aussi. On mesure montagnes et vallons tels qu'ils sont. Pas de percement. Egla aroufa Génisse à la nuque brisée. Quelle ville est la plus proche du mort ? La pente compte, elle éloigne la ville. Rav Nahman, au nom de Rabba bar Avouha On ne perce ni pour les villes de refuge, ni pour l'egla aroufa, parce que ces lois sont de la Tora.
On perce pour le tehoum transmis au nom de Rabbi Meir. On ne perce pas pour les villes de refuge ni pour l'egla aroufa : ces mesures sont de la Tora.
1
לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי יוֹסֵי. תְּנָא תְּרוּמָה וְנִטְמֵאת — לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי מֵאִיר.

pour te faire connaître la force de Rabbi Yossi. Il a enseigné : terouma, et elle est devenue impure, pour te faire connaître la force de Rabbi Meir.

📜 Rachi (2)
לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּר' יוֹסֵי דאע"ג דְּאֵינוֹ בָּעוֹלָם לָא מִיתְּסַר:
Même s'il n'est plus au monde, Rabbi Yossi ne l'interdit pas.
לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דר"מ דאע"ג דְּיֶשְׁנָהּ בָּעוֹלָם וי"ל הַעֲמִידֶנָּה בְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת עַל חֶזְקָתָהּ וְקֹודֶם לָכֵן טְהוֹרָה הָיְתָה אַפֵּ"ה לָא אָמְרִינַן חֲזָקָה לְקֻולָּא:
Même si elle est encore au monde, et qu'on peut dire : établis-la au crépuscule sur sa hazaka (présomption), et auparavant elle était pure, malgré tout on ne dit pas la hazaka pour alléger.
💡 Explication

La phrase continue le folio 35a. La michna a enseigné l'erouv brûlé et la terouma devenue impure. Les deux cas servent. Brûlé montre jusqu'où va Rabbi Yossi : l'erouv a disparu, et dans le doute il le tient quand même pour valable.

La terouma devenue impure montre jusqu'où va Rabbi Meir. L'erouv est encore là. On pourrait l'établir, au bein hashmashot (crépuscule), sur sa hazaka : au moment où on l'a déposé, il était pur. Rabbi Meir ne suit pas cette hazaka pour alléger.

2
וְסָבַר רַבִּי מֵאִיר סְפֵיקָא לְחֻומְרָא? וְהִתְנָן: טָמֵא שֶׁיָּרַד לִטְבֹּול, סָפֵק טָבַל סָפֵק לֹא טָבַל; וַאֲפִילּוּ טָבַל — סָפֵק טָבַל בְּאַרְבָּעִים סְאָה, סָפֵק לֹא טָבַל בְּאַרְבָּעִים סְאָה; וְכֵן שְׁנֵי מִקְווָאוֹת — בְּאַחַת יֵשׁ בָּהּ אַרְבָּעִים סְאָה, וּבְאַחַת אֵין בָּהּ אַרְבָּעִים סְאָה; וְטָבַל בְּאַחַת מֵהֶן, וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ בְּאֵיזֶה מֵהֶן טָבַל — סְפֵיקוֹ טָמֵא.

Et Rabbi Meir tient-il qu'un doute va vers la rigueur ? Or nous avons appris : un impur qui est descendu pour s'immerger, doute s'il s'est immergé, doute s'il ne s'est pas immergé ; et même s'il s'est immergé, doute s'il s'est immergé dans quarante se'a, doute s'il ne s'est pas immergé dans quarante se'a ; et de même deux mikvaot, dans l'un il y a quarante se'a, et dans l'un il n'y a pas quarante se'a ; il s'est immergé dans l'un d'eux, et il ne sait pas dans lequel il s'est immergé : son doute est impur.

💡 Explication

La Guemara cherche si Rabbi Meir traite vraiment tout safek (doute) vers la rigueur. Elle cite une michna. Un homme impur descend au mikvé. Trois doutes : a-t-il immergé ? Le bain avait-il quarante se'a, la mesure qui le rend valable ? Lequel des deux mikvaot a-t-il utilisé ?

Dans ces cas, son doute est impur : il reste impur. La suite dira pour quel rang de touma.

3
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּטֻומְאָה חֲמוּרָה.

Dans quel cas ces paroles sont-elles dites ? Pour une impureté grave.

📜 Rachi (1)
בְּטֻומְאָה חֲמוּרָה שֶׁנִּיטְמָא בְּטֻומְאָה הַמְטַמֵּאתוֹ מִן הַתּוֹרָה כְּגוֹן בְּאַב הַטֻּומְאָה:
Dont il s'est rendu impur par une impureté qui le rend impur de par la Tora, par exemple par un av hatuma (père d'impureté).
💡 Explication

Le doute impur ne vise que la touma hamoura, l'impureté grave : une touma de la Tora, par contact avec un av hatuma. Là, le safek reste impur.

4
אֲבָל בְּטֻומְאָה קַלָּה, כְּגוֹן שֶׁאָכַל אֳוכָלִין טְמֵאִין וְשָׁתָה מַשְׁקִין טְמֵאִין, וְהַבָּא רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בְּמַיִם שְׁאוּבִין, אוֹ שֶׁנָּפְלוּ עַל רֹאשׁוֹ וְעַל רֻובּוֹ שְׁלֹשָׁה לֻוגִּין מַיִם שְׁאוּבִין, וְיָרַד לִטְבֹּול; סָפֵק טָבַל סָפֵק לֹא טָבַל; וַאֲפִילּוּ טָבַל — סָפֵק טָבַל בְּאַרְבָּעִים סְאָה, סָפֵק לֹא טָבַל בְּאַרְבָּעִים סְאָה; וְכֵן שְׁנֵי מִקְווָאוֹת — בְּאַחַת יֵשׁ בָּהּ אַרְבָּעִים סְאָה, וְאַחַת אֵין בָּהּ אַרְבָּעִים סְאָה; וְטָבַל בְּאַחַת מֵהֶן, וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ בְּאֵיזֶה מֵהֶן טָבַל — סְפֵיקוֹ טָהוֹר.

Mais pour une impureté légère, par exemple s'il a mangé des aliments impurs et bu des boissons impures, et celui qui fait venir sa tête et la majeure partie de son corps dans de l'eau puisée, ou si trois log d'eau puisée sont tombés sur sa tête et sur la majeure partie de son corps, et qu'il est descendu pour s'immerger ; doute s'il s'est immergé, doute s'il ne s'est pas immergé ; et même s'il s'est immergé, doute s'il s'est immergé dans quarante se'a, doute s'il ne s'est pas immergé dans quarante se'a ; et de même deux mikvaot, dans l'un il y a quarante se'a, et dans l'un il n'y a pas quarante se'a ; il s'est immergé dans l'un d'eux, et il ne sait pas dans lequel il s'est immergé : son doute est pur.

📜 Rachi (4)
אֲבָל טֻומְאָה קַלָּה דְּרַבָּנָן הִיא וְאֵיזוֹ טֻומְאַת דִּבְרֵי סוֹפְרִים לְטֻמְאוֹת אָדָם כְּגוֹן אָכַל חֲצִי פְּרָס אֳוכָלִין טְמֵאִין וְהַבָּא רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ כו' מי"ח דָּבָר הֵן בִּיצִיאוֹת הַשַּׁבָּת:
Elle est rabbinique. Quelle impureté des paroles des scribes rend une personne impure ? Par exemple, il a mangé un demi-peras d'aliments impurs, et celui qui fait venir sa tête et la majeure partie de son corps, et la suite. Elles font partie des dix-huit décrets, dans le chapitre Yetsiot HaShabbat.
וַאֲפִילּוּ טָבַל י"ל בּוֹ סָפֵק כְּגוֹן סָפֵק טָבַל בְּאַרְבָּעִים סְאָה שֶׁהָיָה מִקְוֶה לְפָנֵינוּ וְנִמְצָא חָסֵר וְאֵין אָנוּ יוֹדְעִים אִם בִּשְׁעַת טְבִילָה הָיָה שָׁלֵם וְאַחַ"כּ חִיסֵּר אוֹ לֹא:
On peut y voir un doute. Par exemple, doute s'il s'est immergé dans quarante se'a : un mikvé était devant nous et on l'a trouvé en manque, et nous ne savons pas si, au moment de l'immersion, il était complet et s'est trouvé en manque ensuite, ou non.
וְכֵן שְׁנֵי מִקְוָאוֹת שֶׁאָנוּ בְּקִיאִים בַּא' מֵהֶן שֶׁלֹּא הָיוּ בּוֹ מ' סְאָה מֵעוֹלָם:
Nous savons, pour l'un d'eux, qu'il n'y a jamais eu quarante se'a.
סְפֵיקוֹ טָהוֹר וּסְתַם מִשְׁנָה ר"מ:
Et la michna anonyme est Rabbi Meir.
🗂️ Tossefot (2)
סָפֵק לֹא טָבַל וַאֲפִילּוּ טָבַל כו' הַךְ סְפֵק סְפֵיקָא נְקַט מִשּׁוּם רְבוּתָא דְּסֵיפָא דְּאַפֵּ"ה בְּטֻומְאָה קַלָּה טָהוֹר וריצב"א מְפָרֵשׁ דְּאוֹ אוֹ קָתָנֵי וַאֲפִילּוּ טָבַל הַייְנוּ אוֹ שֶׁטָּבַל מִדְּפָרִיךְ בָּתַר הָכִי אַדְּרַבָּה וְאֵימָא הַעֲמֵד מִקְוֶה עַל חֶזְקָתוֹ וְאֵימָא לֹא חָסַר וְהָא לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיפְרַךְ אַסָּפֵק טָבַל אוֹ לֹא טָבַל אֶלָּא אוֹ אוֹ קָתָנֵי וּפָרִיךְ אַסָּפֵק טָבַל בְּאַרְבָּעִים סְאָה סָפֵק לֹא טָבַל:
Ce doute sur un doute est pris à cause de la nouveauté de la fin : même ainsi, pour une impureté légère, il est pur. Et le Ritsba explique qu'on enseigne ou, ou : et même s'il s'est immergé veut dire ou s'il s'est immergé. La preuve : ensuite on objecte : au contraire, dis : établis le mikvé sur sa hazaka, et dis qu'il n'a pas manqué. Cette objection ne porte pas sur doute s'il s'est immergé ou non. On enseigne donc deux cas séparés, et l'objection porte sur doute s'il s'est immergé dans quarante se'a, doute s'il ne s'est pas immergé.
(סְפֵיקוֹ טָהוֹר). ר"מ ברה"ר אַייְרֵי כִּדְתָנֵי' בַּתּוֹסֶפְתָּא [טְהָרוֹת פ"ו] ר"מ מְטַהֵר שֶׁסְּפֵק טֻומְאָה בִּרה"ר טָהוֹר:
Rabbi Meir parle d'un domaine public, comme l'enseigne la Tossefta (Taharot, chapitre six) : Rabbi Meir déclare pur, car un doute d'impureté dans un domaine public est pur.
💡 Explication

Pour une touma kala, impureté légère, le même doute laisse l'homme pur. Rachi : ces toumot sont rabbiniques, parmi les dix-huit décrets. Manger des aliments impurs, ici un demi-peras ; faire entrer tête et rov (majeure partie du corps) dans des mayim she'uvin (eaux puisées) ; ou trois log d'eau puisée tombés sur la tête et le rov.

La michna anonyme est Rabbi Meir. Pour un doute rabbinique, il allège. Tossefot : le Ritsba lit des cas séparés, ou bien l'immersion est douteuse, ou bien la mesure du mikvé l'est. Et cette pureté vise le reshut harabim (domaine public), d'après la Tossefta.

🖼️ Schéma
Doute sur l'immersion Trois doutes. L'issue dépend du rang de la touma. S'est-il immergé, ou non ? Quarante se'a, ou mikvé trouvé ensuite en manque ? Deux mikvaot. Lequel a-t-il utilisé ? Touma hamoura Impureté de la Tora, par un av hatuma. Le doute le laisse impur. Même Rabbi Meir. Touma kala Impureté rabbinique. Aliments, boissons, eau puisée. Michna anonyme : doute pur. Rabbi Yossi : impur. La michna anonyme est Rabbi Meir. Pour le rabbinique, il allège. D'où la suite : les tehoumin seraient de la Tora.
Touma de la Tora : le doute reste impur. Touma rabbinique : la michna anonyme, Rabbi Meir, déclare le doute pur. Rabbi Yossi déclare impur.
5
רַבִּי יוֹסֵי מְטַמֵּא.

Rabbi Yossi déclare impur.

📜 Rachi (1)
וְר' יוֹסֵי מְטַמֵּא וּלְקַמָּן מַקְּשִׁינַן דְּרַבִּי יוֹסֵי אֶדֶר' יוֹסֵי:
Et plus loin, nous opposons Rabbi Yossi à Rabbi Yossi.
💡 Explication

Rabbi Yossi tient le doute pour impur même dans la touma légère. Rachi signale qu'on lui opposera plus loin un autre enseignement de Rabbi Yossi.

6
קָסָבַר רַבִּי מֵאִיר: תְּחוּמִין דְּאוֹרָיְיתָא נִינְהוּ.

Rabbi Meir tient : les tehoumin (limites de Chabbat) sont de la Tora.

📜 Rachi (1)
תְּחוּמִין דְּאוֹרָיְיתָא וּסְפֵיקָא דְּאוֹרָיְיתָא לְחוּמְרָא:
Et un doute de la Tora va vers la rigueur.
💡 Explication

Réponse. Pour Rabbi Meir, les tehoumin sont une loi de la Tora. Un safek de-oraita (doute sur une loi de la Tora) se traite avec rigueur. D'où sa rigueur sur l'erouv douteux.

7
וְסָבַר רַבִּי מֵאִיר תְּחוּמִין דְּאוֹרָייְתָא?! וְהָא תְנַן: אִם אֵין יָכוֹל לְהַבְלִיעוֹ, בְּזוֹ אָמַר רַבִּי דּוֹסְתַּאי בַּר יַנַּאי מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: שָׁמַעְתִּי שֶׁמְּקַדְּרִין בֶּהָרִים.

Et Rabbi Meir tient-il que les tehoumin sont de la Tora ? Or nous avons appris : s'il ne peut pas l'engloutir, en ce cas Rabbi Dostai bar Yannai a dit au nom de Rabbi Meir : j'ai entendu qu'on perce les montagnes.

📜 Rachi (2)
אִם אֵינוֹ יָכוֹל לְהַבְלִיעוֹ בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְעַבְּרִין (עֵירוּבִין נז:) הִיא הָיָה מוֹדֵד וְרוֹצֶה לְסַייֵּם תְּחוּמֵי הָעִיר וְלַעֲשׂוֹת שָׁם סִימָן וּתְנַן אֵין מוֹדְדִין אֶלָּא בְּחֶבֶל שֶׁל נ' אַמָּה וְהִגִּיעַ לְגַיְא אוֹ לְגָדֵר מְשֻׁופָּע וְיָכוֹל לְהַבְלִיעוֹ בְּחֶבֶל שֶׁל נ' אַמָּה מַבְלִיעוֹ וְאַף עַל פִּי שֶׁשִּׁפּוּעוֹ מַרְבֶּה אֶת הַדֶּרֶךְ וְאִם הָיָה מוֹדֵד שִׁיפּוּעוֹ מִכָּאן וַעֲלִייָּתוֹ לָעֵבֶר הַשֵּׁנִי יֵשׁ בּוֹ ק' אוֹ ר' אַמּוֹת לֹא אִיכְפַּת לָן הוֹאִיל וּמִשְּׂפָתוֹ אֶל שְׂפָתוֹ אֵין יוֹתֵר מִנ' אַמָּה וְאִם אֵינוֹ יָכוֹל לְהַבְלִיעוֹ בְּחֶבֶל שֶׁל חֲמִשִּׁים אַמָּה:
C'est dans le chapitre Keitsad Meabrin (Eruvin 57b). Il mesurait, et il voulait achever les tehoumin de la ville et y placer un signe. Nous avons appris : on ne mesure qu'avec une corde de cinquante coudées. Il arrive à un vallon ou à une clôture en pente, et il peut l'engloutir dans une corde de cinquante coudées : il l'engloutit, même si la pente allonge le chemin. Même si l'on mesurait sa pente d'un côté et sa montée vers l'autre côté, et qu'il y a cent ou deux cents coudées, cela ne nous importe pas, dès lors que d'un bord à l'autre il n'y a pas plus de cinquante coudées. Et s'il ne peut pas l'engloutir dans une corde de cinquante coudées :
בְּזוֹ אָמַר רַבִּי דּוֹסְתַּאי בַּר רַבִּי יַנַּאי מִשּׁוּם ר"מ שָׁמַעְתִּי שֶׁמְּקַדְּרִין בֶּהָרִים לֹא מַבְלִיעוֹ בְּחֶבֶל אָרֹוךְ יוֹתֵר מִנ' דְּהִתְנָן אֵין מוֹדְדִין אֶלָּא בְּחֶבֶל שֶׁל נ' אַמָּה וְלֹא מוֹדֵד כָּל מִדְרוֹנוֹ כְּמוֹת שֶׁהוּא בְּחֶבֶל שֶׁל חֲמִישִּׁים בְּקַרְקַע חֲלָקָה דְּאִיכָּא חוּמְרָא טְפֵי אֶלָּא מוֹדְדוֹ בַּחֲבָלִים קְטַנִּים שֶׁל אַרְבַּע אַמּוֹת וְאוֹחֲזִין בּוֹ ב' בְּנֵי אָדָם בָּב' רָאשֵׁי הַחֶבֶל הַתַּחְתּוֹן נוֹתֵן רֹאשׁ הַחֶבֶל כְּנֶגֶד לִבּוֹ וְהָעֶלְיוֹן כְּנֶגֶד מַרְגְּלוֹתָיו וּמִשְׁתַּכְּרִין בְּכָל אַרְבַּע אַמּוֹת כְּשִׁיעוּר חֲצִי קוֹמַת אָדָם וּלְשׁוֹן מְקַדְּרִין כְּמוֹ נֻוקְבִּין דְּמַשְׁוֶה מִדַּת הָהָר כְּאִילּוּ הוּא נָקוּב בִּמְקוֹם מַעֲמַד רַגְלֵי הָעֶלְיוֹן וְנִמְצָא לִבּוֹ בְּמָקוֹם שֶׁרַגְלָיו עוֹמְדוֹת עַכְשָׁיו וּכְשֶׁנּוֹתֵן הַחֶבֶל עַכְשָׁיו כְּנֶגֶד מַרְגְּלוֹתָיו ה"ל כְּאִילּוּ נוֹתֵן אוֹתוֹ כְּנֶגֶד לִבּוֹ בְּקַרְקַע חֲלָקָה כְּדֶרֶךְ כָּל הַמּוֹדְדִין:
Il ne l'engloutit pas avec une corde plus longue que cinquante, car nous avons appris : on ne mesure qu'avec une corde de cinquante coudées. Et il ne mesure pas toute la pente telle qu'elle, à la corde de cinquante, comme sur un sol plat, car la rigueur serait plus grande. Il la mesure avec de petites cordes de quatre coudées, et deux hommes les tiennent par les deux bouts. Celui d'en bas place le bout de la corde en face de son cœur, celui d'en haut en face de ses pieds. Toutes les quatre coudées, ils gagnent la mesure d'une demi-taille d'homme. Le mot mekadrin est comme nokvin (ils percent) : il égale la mesure de la montagne comme si elle était percée à l'endroit où se tiennent les pieds de celui d'en haut, et son cœur se trouve à l'endroit où ses pieds se tiennent maintenant. Quand il place à présent la corde en face de ses pieds, c'est comme s'il la plaçait en face de son cœur sur un sol plat, à la manière de tous ceux qui mesurent.
💡 Explication

Objection. Si les tehoumin sont de la Tora, Rabbi Meir ne devrait pas transmettre une mesure légère. La michna, au chapitre Keitsad Meabrin : on mesure avec une corde de cinquante coudées. Si la pente entre dans cette corde, d'un bord à l'autre, on l'engloutit : la longueur du relief ne compte pas.

Si la corde de cinquante ne joint pas les bords, Rabbi Dostai bar Yannai au nom de Rabbi Meir : j'ai entendu qu'on mekadrin, qu'on perce les montagnes. Cordes de quatre coudées. En bas, la corde au cœur. En haut, aux pieds. Toutes les quatre coudées, on gagne une demi-taille. La distance retenue est plus courte que la pente.

🖼️ Schéma
Comment on perce la pente Corde de quatre coudées. En bas, au cœur. En haut, aux pieds. pente bas cœur pieds haut percement Engloutir De bord à bord, la corde de 50 coudées suffit. On ignore la longueur de la pente. Percer La corde de 50 ne joint pas les bords. Cordes de 4 coudées. Gain : une demi-taille toutes les 4 coudées. Comme un sol plat. Celui d'en bas tient la corde à hauteur du cœur. Celui d'en haut la tient à hauteur des pieds. La corde est plus plate que la pente.
Engloutir : la corde de cinquante joint les bords, la pente ne compte pas. Percer : cordes de quatre coudées, cœur contre pieds, comme un sol plat.
8
וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ תְּחוּמִין דְּאוֹרָייְתָא — מִי מְקַדְּרִין? וְהָא אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: אֵין מְקַדְּרִין לֹא בְּעָרֵי מִקְלָט, וְלֹא בַּעֲגָלָה עֲרוּפָה — מִפְּנֵי שֶׁהֵן שֶׁל תּוֹרָה.

Et si tu supposes que les tehoumin sont de la Tora, perce-t-on ? Or Rav Nahman a dit que Rabba bar Avouha a dit : on ne perce ni pour les arei miklat (villes de refuge), ni pour l'egla aroufa (génisse à la nuque brisée), parce qu'elles sont de la Tora.

📜 Rachi (2)
אֵין מְקַדְּרִין בַּעֲגָלָה עֲרוּפָה כְּשֶׁבָּא לִמְדֹּוד הֶעָרִים שֶׁסְּבִיבוֹת הֶחָלָל לֵידַע אֵיזוֹ הִיא קְרוֹבָה מִכֻּולָּן מוֹדֵד אֶת הֶהָרִים וְאֶת הַגֵּאָיוֹת כְּמוֹת שֶׁהֵן וְאַף עַל פִּי שֶׁהַמִּדְרוֹן מְרַבֶּה אֶת הַמִּדָּה וּמַרְחִיק אֶת הָעִיר:
Quand on vient mesurer les villes autour du mort pour savoir laquelle est la plus proche de toutes, on mesure les montagnes et les vallons tels qu'ils sont, même si la pente augmente la mesure et éloigne la ville.
וְכֵן בִּתְחוּם עָרֵי מִקְלָט דקי"ל כְּשֵׁם שֶׁהָעִיר קוֹלֶטֶת כָּךְ תְּחוּמָהּ קוֹלֵט:
Car nous tenons : de même que la ville donne refuge, son tehoum donne refuge.
💡 Explication

Preuve que le percement est une mesure légère, refusée quand la distance est de la Tora. Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouha : on ne perce pas pour les arei miklat. La ville de refuge accueille, et son tehoum aussi : la mesure doit garder le relief.

Même règle pour l'egla aroufa. On cherche la ville la plus proche du mort. On mesure montagnes et vallons tels qu'ils sont. La pente allonge et peut éloigner une ville. Si les tehoumin de Chabbat étaient de la Tora, on ne les percerait pas.

9
לָא קַשְׁיָא: הָא דִּידֵיהּ, הָא דְּרַבֵּיהּ. דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי: ״בְּזוֹ אָמַר רַבִּי דּוֹסְתַּאי בַּר יַנַּאי מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: שָׁמַעְתִּי שֶׁמְּקַדְּרִין בֶּהָרִים״. שְׁמַע מִינָּה.

Pas de difficulté : ceci est le sien, cela est celui de son maître. C'est précis aussi, car on enseigne : En ce cas, Rabbi Dostai bar Yannai a dit au nom de Rabbi Meir : j'ai entendu qu'on perce les montagnes.

Apprends-en.

📜 Rachi (1)
שָׁמַעְתִּי ר' מֵאִיר קָאָמַר לֵיהּ וְשָׁמַעְתִּי אִיכָּא לְמֵימַר שָׁמַעְתִּי מֵרַבּוֹתַי וּלְדִידֵיהּ לָא ס"ל:
C'est Rabbi Meir qui le dit. Et j'ai entendu se comprend : je l'ai entendu de mes maîtres, et lui-même ne le tient pas.
💡 Explication

Ceci, les tehoumin sont de la Tora, est l'avis de Rabbi Meir. Cela, on perce les montagnes, est l'avis de son maître.

Le texte le marque. Rabbi Meir ne dit pas la règle en son nom. Il dit j'ai entendu. Rachi : entendu de mes maîtres, et lui-même ne retient pas cette mesure. Chema mina : on peut conclure ainsi.

10
וּרְמִי דְּאוֹרָיְיתָא אַדְּאוֹרָייְתָא לְרַבִּי מֵאִיר,

Et l'on oppose une loi de la Tora à une loi de la Tora, pour Rabbi Meir.

💡 Explication

La page tient maintenant que, pour Rabbi Meir, les tehoumin sont de la Tora. Reste une contradiction entre deux règles de la Tora dans sa bouche. La michna qui suit la pose.

11
דִּתְנַן: נָגַע בְּאֶחָד בַּלַּיְלָה, וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם חַי אִם מֵת, וּלְמָחָר הִשְׁכִּים וּמְצָאוֹ מֵת. רַבִּי מֵאִיר מְטַהֵר וַחֲכָמִים מְטַמְּאִין, שֶׁכָּל הַטֻּמְאוֹת כִּשְׁעַת מְצִיאָתָן.

Car nous avons appris : il a touché quelqu'un la nuit, et il ne sait pas s'il était vivant ou s'il était mort, et le lendemain il s'est levé tôt et l'a trouvé mort. Rabbi Meir déclare pur, et les Sages déclarent impur, parce que toutes les impuretés sont selon l'heure de leur découverte.

📜 Rachi (2)
נָגַע בְּאֶחָד בְּאָדָם אֶחָד:
Une personne.
ר"מ מְטַהֵר דְּאָמַר אוֹקְמֵיהּ אַחֲזָקֵיהּ וְאֶתְמוֹל חַי הָיָה אַלְמָא בִּסְפֵיקָא דְּאוֹרָיְיתָא וְאִיכָּא חֲזָקָה לְקֻולָּא אָזֵיל ר"מ בָּתַר חֲזָקָה וּמַתְנִי' נָמֵי נֵיזִיל בָּתַר חֲזָקָה וּמֵעִיקָּרָא כִּי אַנַּח הָתָם טָהוֹר הֲוַאי:
Car il dit : établis-le sur sa hazaka, et hier il était vivant. Ainsi, dans un doute de la Tora, lorsqu'il y a une hazaka pour alléger, Rabbi Meir suit la hazaka. Dans notre michna aussi, suivons la hazaka : au départ, quand il l'a déposée là, elle était pure.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַטֻּמְאוֹת כִּשְׁעַת מְצִיאָתָן תֵּימַהּ דִּבְרֵישׁ נִדָּה (ב.) תְּנַן ב"ש אוֹמֵר כָּל הַנָּשִׁים דַּייָּן שְׁעָתָן וַאֲפִילּוּ הִלֵּל וַחֲכָמִים דִּמְטַמְּאִין מֵעֵת לְעֵת אוֹ מִפְּקִידָה לִפְקִידָה הַיְינוּ דַּווְקָא לִתְרוּמָה וְקָדָשִׁים אוֹ לְקַדֵּשׁ דַּוְוקָא לְחַד לִישָּׁנָא אֲבָל לְחֻולִּין טָהוֹר לכ"ע וְאַמַּאי לָא אָמְרִינַן דְּכָל הַטְּמֵאוֹת כִּשְׁעַת מְצִיאָתָן כִּי הָכָא וְלָא הֲוָה לָן לְאוֹקְמָה אִשָּׁה עַל חֶזְקָתָהּ וְעוֹד דְּהָתָם מְטַהֲרִינַן לָהּ אֲפִילּוּ בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד כִּדְמוֹכַח הָתָם בִּשְׁמַעְתָּא קַמַּייְתָא וְהָכָא מְטַמְּאִין אֲפִילּוּ בִּרה"ר כִּדְמוֹכַח בַּתּוֹסֶפְתָּא שֶׁהֵבֵאתִי וכ"ת דְּהָכָא לָא מוֹקְמִינַן אַחֲזָקֵיהּ מִשּׁוּם דְּלָא נִבְדַּק מִבְּעוֹד יוֹם אִם הָיָה חַי כִּדְקָתָנֵי סֵיפָא וּמוֹדִים חֲכָמִים לר"מ בְּרָאוּהוּ חַי מִבְּעֶרֶב וְכוּ' דְּאִשָּׁה נָמֵי כֵּיוָן דִּשְׁכִיחִי בָּהּ דָּמִים כְּאֵינָהּ בְּדוּקָה דָּמְיָא כִּדְאָמְרִינַן בְּנִדָּה (דַּף ד.) ואור"י דְּכָל הַטֻּמְאוֹת כִּשְׁעַת מְצִיאָתָן לָא הָוֵי אֶלָּא לִתְרוּמָה וְקָדָשִׁים כְּמוֹ מֵעֵת לְעֵת שֶׁבְּנִדָּה וּלְפִי זֶה צָרִיךְ לְיַישֵּׁב סֻוגְיָא דְּנִדָּה וְשָׁם פִּי' וְשַׁמַּאי נָמֵי אִית לֵיהּ דְּכָל הַטְּמֵאוֹת כִּשְׁעַת מְצִיאָתָן וְהָא דִּמְטַהֵר מֵעֵת לְעֵת אֲפִילּוּ לְקָדָשִׁים הַייְנוּ מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיב אִשָּׁה כִּבְדוּקָה אִי נָמֵי מִשּׁוּם בִּטּוּל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה כִּדְאָמַר הָתָם (דַּף ג:) וא"ת ולר"מ דִּמְטַהֵר ברה"ר מַאי שְׁנָא דְּבִמְעַת לְעֵת דִּמְטַמֵּא אֲפִילּוּ בִּרה"ר כִּדְאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי וי"ל בְּאִשָּׁה דְּאִיכָּא רֵיעוּתָא מִגּוּפָהּ הֶחְמִירוּ טְפֵי:
Difficulté. Au début de Nidda (2a), nous avons appris : Beit Shammai dit : pour toutes les femmes, leur heure leur suffit. Même Hillel et les Sages, qui déclarent impur d'un moment à l'autre (me'et le-et), ou d'un examen à l'autre, ne le font que pour la terouma et les kodashim, ou pour le kodech seulement selon une version. Pour le houlin, c'est pur selon tous. Pourquoi ne dit-on pas que toutes les impuretés suivent l'heure de leur découverte, comme ici ? On n'établirait pas la femme sur sa hazaka. De plus, là-bas on la déclare pure même dans un domaine privé, comme le montre là-bas la première sougya, et ici on déclare impur même dans un domaine public, comme le montre la Tossefta que j'ai citée. Et si tu dis : ici, on ne l'établit pas sur sa hazaka, parce qu'on ne l'a pas examiné tant qu'il faisait jour pour savoir s'il était vivant, comme l'enseigne la fin : et les Sages conviennent avec Rabbi Meir s'ils l'ont vu vivant dès le soir, et la suite. Une femme aussi : le sang est fréquent chez elle, elle compte comme une femme non examinée, comme nous disons dans Nidda (4a). Et le Ri dit : toutes les impuretés selon l'heure de leur découverte ne valent que pour la terouma et les kodashim, comme le me'et le-et de Nidda. Selon cela, il faut résoudre la sougya de Nidda, et là-bas c'est expliqué. Shammai aussi tient que toutes les impuretés suivent l'heure de leur découverte. Et s'il déclare pur le délai d'un moment à l'autre même pour les kodashim, c'est qu'il compte la femme comme examinée, ou encore à cause de l'annulation de la procréation (pirya ve-rivya), comme il est dit là-bas (3b). Et si tu demandes : pour Rabbi Meir, qui déclare pur dans un domaine public, quelle est la différence ? Pour le délai d'un moment à l'autre, il déclare impur même dans un domaine public, comme le dit le Yerouchalmi. On peut dire : pour une femme, il y a un défaut qui vient de son propre corps, ils ont été plus rigoureux.
💡 Explication

Michna. La nuit, il touche un homme. Vivant ou mort, il ne le sait pas. Le matin, l'homme est mort. Rabbi Meir le déclare pur : on le laisse sur sa hazaka, hier il était vivant. Les Sages le déclarent impur : toute touma se juge selon l'heure où on la trouve.

La touma d'un mort est de la Tora. Rabbi Meir suit donc une hazaka pour alléger, dans un doute de la Tora. Rachi en tire la question sur notre michna : la terouma aussi, au moment où on l'a déposée, était pure. Pourquoi ne pas suivre cette hazaka ?

Tossefot rapproche la règle de Nidda. Le report d'impureté, me'et le-et, ne joue pas de la même façon pour le houlin, le domaine privé et le domaine public. Le Ri limite l'heure de la découverte à la terouma et aux kodashim.

🖼️ Schéma
Il a touché quelqu'un la nuit Le matin, l'homme est mort. Était-il déjà mort au contact ? La nuit : contact. On ne sait pas s'il était vivant ou mort. Le matin : on le trouve mort. Rabbi Meir : pur On l'établit sur sa hazaka. Hier, il était vivant. Même un doute de la Tora, s'il y a une hazaka pour alléger, il la suit. Les Sages : impur Toutes les impuretés sont selon l'heure de leur découverte. Trouvé mort le matin : on le tient pour mort la nuit.
Rabbi Meir : hazaka de vie, il déclare pur. Les Sages : l'état au moment où on le trouve, ils déclarent impur.
12
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: מִשְׁנָתֵנוּ שֶׁהָיָה עָלֶיהָ שֶׁרֶץ כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. אִי הָכִי, בְּהָא לֵימָא רַבִּי יוֹסֵי סְפֵק עֵירוּב כָּשֵׁר?!

Rabbi Yirmeya a dit : notre michna, c'est qu'un sheretz (rampant qui rend impur) était sur elle pendant tout le bein hashmashot (crépuscule). S'il en est ainsi, dans ce cas Rabbi Yossi dirait-il qu'un erouv douteux est valable ?

📜 Rachi (2)
כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מִתְּחִילָּתוֹ וְעַד סוֹפוֹ דְּוַדַּאי אִיטַּמִּי מִבְּעוֹד יוֹם דִּתְחִילַּת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מֵעֶרֶב שַׁבָּת הוּא:
De son début jusqu'à sa fin. Elle est donc devenue impure à coup sûr tant qu'il faisait jour, car le début du crépuscule appartient à la veille de Chabbat.
בְּהָא לֵימָא כו' הָא וַדַּאי מִבְּעוֹד יוֹם אִיטַּמִּי וּמַתְנִי' קָתָנֵי מִבְּעוֹד יוֹם אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב דִּבְרֵי הַכֹּל:
Or elle est devenue impure à coup sûr tant qu'il faisait jour. Et la michna enseigne : tant qu'il fait jour, son erouv n'est pas un erouv, de l'avis de tous.
🗂️ Tossefot (2)
אָמַר ר' יִרְמְיָה מִשְׁנָתֵנוּ כְּשֶׁהָיָה עָלֶיהָ כּוּ' וְא"ת וּמַאי קֻושְׁיָא דר"מ אֶדֶר' מֵאִיר דִּבְמַתְנִי' הָא דְּלָא אוֹקְמֵיהּ תְּרוּמָה אַחֲזָקָה לָאו מִשּׁוּם דְּהַשְׁתָּא הִיא טְמֵאָה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא חֲזָקָה אַחֶרֶת כְּנֶגְדָּהּ דְּמוֹקְמִינַן לְגַבְרָא בְּחֶזְקַת שֶׁלֹּא עֵירֵב וּלְקַמָּן נָמֵי דְּקָאָמַר הַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי הַעֲמֵד טָמֵא עַל חֶזְקָתוֹ וְאֵימָא לֹא טָבַל בְּמָתְנֵי' נָמֵי נֵימָא הַעֲמֵד אָדָם עַל חֶזְקַת תְּחוּם בֵּיתוֹ וְאֵימָא לֹא עֵירֵב וְאִי הֲוָה אָמְרִינַן דַּחֲזָקָה שֶׁלֹּא עֵירֵב לָא חֲשִׁיב לֵיהּ הַשַּׁ"ס חֲזָקָה אָתֵי שַׁפִּיר וּמִיהוּ רַשִׁ"י פִּי' לְקַמָּן הַעֲמֵד טָמֵא עַל חֶזְקָתוֹ חֲזָקָה לְחוּמְרָא אִיכָּא וּלְקֻולָּא לֵיכָּא אֲבָל בְּמָתְנֵי' אִיכָּא חֲזָקָה לְקֻולָּא דְּהַעֲמֵד תְּרוּמָה עַל חֶזְקָתָהּ וְאִיכָּא נָמֵי חֲזָקָה לְחוּמְרָא דְּהַעֲמֵד אָדָם עַל חֶזְקַת תְּחוּם בֵּיתוֹ וְאֵימָא לֹא עֵירֵב וּבִדְרַבָּנָן אָזְלִינַן לְקֻולָּא וְהָכֵי נָמֵי י"ל דְּנִיחָא לֵיהּ לְשַׁנּוּיֵי אַפֵּי' סָבַר ר"מ עֵירוּבֵי תְּחוּמִין דְּרַבָּנָן דְּהַשְׁתָּא לָא מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי הָכִי מִשּׁוּם דְּמַתְנִי' אִיכָּא חֲזָקָה לְחוּמְרָא דְּכֵיוָן דְּאִיכָּא נָמֵי חֲזָקָה לְקֻולָּא הָוֵי מָצֵי לְמֵימַר דְּהָוֵי עֵירוּב דִּסְפֵיקָא דְּרַבָּנָן לְקֻולָּא מִשּׁוּם הָכִי מוּקֵי מַתְנֵי' בִּשְׁנֵי כִּיתֵּי עֵדִים דְּלָא שַׁייָּךְ לְמֵימַר הָכִי כֵּיוָן דְּאִיכָּא כַּת דְּמַפְּקִי לֵיהּ מֵחֶזְקָתָהּ וְרַבָּה וְרַב יוֹסֵף אָתוּ לְפָרוֹשֵׁי דִּבְרֵי רַבִּי יִרְמְיָה:
Si l'on demande quelle est la contradiction de Rabbi Meir avec lui-même : dans notre michna, on n'établit pas la terouma sur sa hazaka. Son impureté actuelle n'en est pas le motif. Une autre hazaka lui fait face : on établit l'homme sur la hazaka qu'il n'a pas fait d'erouv. Plus loin aussi, quand on dit : voici le motif de Rabbi Yossi, établis l'impur sur sa hazaka et dis qu'il ne s'est pas immergé, dans notre michna aussi disons : établis l'homme sur la hazaka du tehoum de sa maison, et dis qu'il n'a pas fait d'erouv. Si l'on disait que la hazaka de celui qui n'a pas fait d'erouv n'est pas, pour le Talmud, une hazaka, cela s'arrangerait. Toutefois Rachi explique plus loin : établis l'impur sur sa hazaka, il y a une hazaka pour la rigueur, et pour alléger il n'y en a pas. Mais dans notre michna, il y a une hazaka pour alléger : établis la terouma sur sa hazaka. Il y a aussi une hazaka pour la rigueur : établis l'homme sur la hazaka du tehoum de sa maison, et dis qu'il n'a pas fait d'erouv. Et pour une règle rabbinique, on va vers l'allègement. On peut dire de même qu'il lui convient de répondre ainsi même si Rabbi Meir tient que les erouv de tehoumin sont rabbiniques. Maintenant, il ne peut pas répondre ainsi. Dans notre michna, il y a une hazaka pour la rigueur. Comme il y a aussi une hazaka pour alléger, on aurait pu dire que c'est un erouv, car un doute rabbinique va vers l'allègement. C'est pourquoi il établit notre michna dans deux groupes de témoins : on ne peut plus dire cela, puisqu'un groupe la sort de sa hazaka. Et Rabba et Rav Yossef viennent expliquer les paroles de Rabbi Yirmeya.
בְּהָא לֵימָא רַבִּי יוֹסֵי סְפֵק עֵירוּב כָּשֵׁר הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ בְּהָא לֵימָא רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה הֲרֵי זֶה חַמָּר גַּמָּל אֶלָּא דַּעֲדִיפָא טְפֵי פָּרִיךְ:
Il aurait pu objecter : dans ce cas, Rabbi Meir et Rabbi Yehouda diraient-ils : le voilà conducteur d'âne et de chameau ? Il objecte par un point plus fort.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya fixe le cas. Un sheretz est resté sur la terouma pendant tout le crépuscule, du début à la fin. Le début du bein hashmashot est encore la veille de Chabbat. L'impureté est donc acquise tant qu'il fait jour.

La Guemara demande : Rabbi Yossi parlerait-il encore d'un erouv douteux valable ? Le doute a disparu. La michna elle-même : tant qu'il fait jour, l'erouv est nul, pour tous.

Tossefot prépare la suite. Deux hazakot se font face : la terouma était pure, l'homme n'avait pas encore son erouv. Rabba et Rav Yossef viendront lire les mots de Rabbi Yirmeya par deux groupes de témoins. L'objection vise Rabbi Yossi, plus fortement que le conducteur d'âne et de chameau.

13
רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: הָכָא בִּשְׁתֵּי כִּיתֵּי עֵדִים עָסְקִינַן, אַחַת אוֹמֶרֶת: מִבְּעוֹד יוֹם נִטְמְאָה, וְאַחַת אוֹמֶרֶת: מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה.

Rabba et Rav Yossef disent tous deux : ici, nous traitons de deux groupes de témoins. L'un dit : elle est devenue impure tant qu'il faisait jour.

Et l'un dit : après la nuit.

📜 Rachi (1)
אַחַת אוֹמֶרֶת מִבְּעוֹד יוֹם כו' וּבְהָא פְּלִיגִי ר' יוֹסֵי סָבַר אוֹקֵי תְּרֵי לְבַהֲדֵי תְּרֵי וְאוֹקֵי תְּרוּמָה אַחֲזָקָה קַמַּיְיתָא וְכִי אַנְּחָהּ טְהוֹרָה הֲוַאי רַבִּי מֵאִיר סָבַר כֵּיוָן דְּאִיכָּא כַּת דְּמַפְּקָא לֵיהּ מֵחִזְקִיָּה בִּסְפֵיקָא דְּאוֹרָייְתָא לָא אָזְלִינַן בָּתַר חֲזָקָה אֲבָל בְּנוֹגֵעַ בְּאֶחָד בַּלַּיְלָה דְּאֵין כַּת מוֹצִיאָתוֹ מֵחֶזְקָתוֹ מוֹקְמִינַן לֵיהּ כָּל הַלַּיְלָה בְּחֶזְקָתוֹ וּבָתַר שְׁעַת מְצִיאָתוֹ לָא אָזְלִינַן דְּאִיכָּא לְמֵימַר הַשְׁתָּא הוּא דְּמָיֵית:
Et c'est sur ce point qu'ils divergent. Rabbi Yossi tient : place deux face à deux, et établis la terouma sur sa hazaka première. Quand il l'a déposée, elle était pure. Rabbi Meir tient : puisqu'il y a un groupe qui la sort de sa hazaka, dans un doute de la Tora on ne suit pas la hazaka. Mais pour celui qui a touché quelqu'un la nuit, où aucun groupe ne le sort de sa hazaka, on l'établit toute la nuit sur sa hazaka, et on ne suit pas l'heure de la découverte, car on peut dire : c'est maintenant qu'il est mort.
🗂️ Tossefot (1)
הָכָא בִּשְׁתֵּי כִּיתֵּי עֵדִים דְּר' מֵאִיר לֵית לֵיהּ אוֹקֵי תְּרֵי בַּהֲדֵי תְּרֵי כו' אע"ג דִּבְפֶרֶק שֵׁנִי דִּכְתֻובּוֹת (דַּף כ.) אָמְרִינַן אוֹקֵי תְּרֵי בַּהֲדֵי תְּרֵי אֲפִילּוּ בִּדְאוֹרָייְתָא הָכָא שָׁאנֵי דְּהַשְׁתָּא וַדַּאי טְמֵאָה הִיא:
Car Rabbi Meir ne tient pas qu'on place deux face à deux, et la suite. Même si, au chapitre deux de Ketoubot (20a), nous disons qu'on place deux face à deux même pour une loi de la Tora, ici c'est autre : maintenant, elle est certainement impure.
💡 Explication

Rabba et Rav Yossef donnent au doute une autre source. Deux kitot (groupes de témoins) s'opposent. L'une : la terouma est devenue impure tant qu'il fait jour. L'autre : après la nuit.

Rachi. Rabbi Yossi : les deux groupes s'annulent. On revient à la hazaka du début, la terouma était pure quand on l'a déposée. Rabbi Meir : un groupe l'a déjà sortie de sa hazaka. Dans un doute de la Tora, il ne revient pas à la hazaka. La nuit, personne ne sort l'homme de sa hazaka de vie : il reste pur, et l'heure de la découverte ne décide pas. On peut dire qu'il est mort seulement le matin.

Tossefot. Ailleurs, deux groupes face à deux s'annulent même pour une loi de la Tora. Ici, la terouma est maintenant certainement impure. Le débat ne porte que sur l'heure.

🖼️ Schéma
Deux groupes de témoins Le doute vient des témoignages, pas d'un fait inconnu. Groupe 1 Elle est devenue impure tant qu'il faisait jour. L'erouv n'aurait pas tenu. Groupe 2 Elle est devenue impure après la nuit. Au crépuscule, elle était pure. Rabbi Yossi Deux contre deux : les groupes s'annulent. On revient à la hazaka première. Déposée, la terouma était pure. Erouv douteux valable. Rabbi Meir Un groupe la sort de sa hazaka. Doute de la Tora : on ne suit pas la hazaka. La nuit, sans témoin qui sort de la hazaka, il déclare pur.
Deux témoignages sur l'heure de l'impureté. Rabbi Yossi annule les groupes et revient à la hazaka. Rabbi Meir, un groupe suffit à l'en sortir.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).