Sougya : Le daf poursuit la berera, la désignation qui ne se clarifie qu'après coup. On aligne Rabbi Yossi : le fagot de légumes et le sela de la bourse sont inversés devant le vin des Koutim, et la fin de la baraita du rachat force cette inversion.
Rava demande quel tanna refuse la berera même pour une loi derabbanan. La baraita des cinq hommes, puis celle de l'erouv pour toute l'année, mènent à Rabbi Chimon.
Rav Yossef tient la berera en bloc, deoraita comme derabbanan. Rava la maintient chez Rabbi Chimon et explique le vin par les prémices dont le reste doit être reconnaissable.
Abaye objecte avec deux grenades et le tas. Une autre lecture renvoie à la crainte que l'outre se fende.
Seulement : soit lors de l'acquisition par les propriétaires, soit lors de l'acte du cohen.
Fin du cas des oiseaux. Le nom d'ola et de hatat ne se pose que de deux manières : à l'achat, si les propriétaires ont dit laquelle est pour l'ola et laquelle pour la hatat, ou à l'acte du cohen, quand il les offre.
Achetées sans précision, un nom prononcé ensuite ne prend pas. Le cohen peut encore les intervertir. Rachi tire cela des deux versets de Vayikra que Rav Hisda expose dans Yoma. Ce cas sort donc de la berera (désignation qui ne se clarifie qu'après coup).
Et encore : Rabbi Yossi tient-il qu'il n'y a pas de berera ? Or on enseigne : un am ha-arets qui a dit à un haver : "Prends pour moi un fagot de légumes, ou un pain (gelouska)" - il n'a pas besoin de prélever la dîme.
Paroles de Rabbi Yossi.
Nouvelle source. L'am ha-arets demande au haver, qui va au marché, un fagot ou un pain. Rabbi Yossi : le haver ne prélève pas la dîme sur ce qu'il lui remet.
Rachi lit une berera. Les deux parts ont été achetées sans être désignées. Au moment où il donne, il se clarifie que ce fagot avait été pris pour l'am ha-arets. Le haver ne lui vend donc pas du sien. Le produit vient d'un am ha-arets : c'est du demai (dîme douteuse). La question vise Rabbi Yossi, qu'on avait aligné sur l'absence de berera.
Et les Sages disent : il doit prélever la dîme. Inverse.
Les Sages exigent la dîme : sans berera, le fagot a été acheté pour le haver, puis remis à l'am ha-arets. Ce serait une vente de produit non prélevé, interdite au haver.
Inverse : on retourne les noms, pour que Rabbi Yossi soit celui qui exige la dîme, donc celui qui refuse la berera, et que les Sages soient ceux qui dispensent.
Viens entendre. Celui qui dit : "La dîme que j'ai dans ma maison est rachetée sur le sela qui montera dans ma main depuis la bourse." Rabbi Yossi dit : elle est rachetée !
Deuxième source, le rachat du maaser cheni (seconde dîme). Il ne désigne pas la pièce. Il dit : celle qui montera de la bourse.
Rabbi Yossi : le rachat tient. Quand la pièce sort, on dit qu'elle était, dès le départ, la pièce du rachat. C'est encore une berera. Le mot sela désigne la pièce d'argent sur laquelle on désacralise la dîme.
Inverse. Dis : Rabbi Yossi dit : il n'a pas racheté.
Et qu'as-tu vu, pour inverser deux sources devant une seule ? Inverse la seule devant les deux !
Même traitement que le fagot : on retourne Rabbi Yossi. Dans la leçon redressée, il dit il n'a pas racheté. Rachi explique d'abord la leçon non inversée : avec berera, la pièce qui sort est celle du rachat. Sans berera, il mangerait du maaser cheni sans l'avoir racheté.
L'objection : le fagot et le rachat sont deux sources. Le vin des Koutim est la source unique où Rabbi Yossi refuse la berera. Pourquoi plier les deux à la une, plutôt que la une aux deux ?
Celle-ci est certainement enseignée à l'envers. Car la fin enseigne : et Rabbi Yossi convient, au sujet de celui qui dit : "La dîme que j'ai dans ma maison sera rachetée sur le sela neuf qui montera dans ma main depuis la bourse", qu'il a racheté.
Puisqu'il dit ici qu'il a racheté, on en tire que là-bas, il n'a pas racheté.
La fin de la même baraita tranche. Rabbi Yossi convient que, sur un sela neuf qui montera, il a racheté. Rachi : il n'y a dans la bourse qu'une seule pièce neuve. Elle est donc déjà reconnue. Le rachat ne dépend pas d'une berera.
Le style "il convient que, ici, il a racheté" implique le début : là-bas, il n'a pas racheté. Le début, où on lisait l'inverse au nom de Rabbi Yossi, est enseigné à l'envers. L'ipoukh du rachat est forcé. Celui du fagot le suit.
Ce sela neuf, de quel cas s'agit-il ? S'il y en a deux ou trois, cas où il y a berera, c'est le premier cas.
Plutôt : il n'y en a qu'un seul. Que signifie "montera" ?
Si la bourse contient deux ou trois pièces neuves, choisir celle qui montera est le même problème que le début. On ne comprendrait plus pourquoi, ici, le rachat tient.
Reste le cas d'une seule pièce neuve. Le verbe "montera" gêne : elle ne monte pas parmi d'autres. Tossefot donne l'enjeu pratique : on n'interdit pas ce cas unique par un décret calqué sur le cas de plusieurs pièces.
Puisque le début a enseigné "montera", la fin enseigne elle aussi "montera".
Réponse de style. La fin reprend le mot du début, montera, même quand la pièce neuve est unique et déjà connue. Le rachat de la fin tient parce que la pièce est reconnaissable, et le début, une fois redressé, refuse le rachat là où plusieurs pièces se mélangent.
Rava dit à Rav Nahman : quel est ce tanna qui, même pour une loi derabbanan, n'admet pas la berera ? Car on enseigne : il a dit à cinq : je fais un erouv pour celui d'entre vous que je voudrai.
Si je l'ai voulu, il ira. Si je ne l'ai pas voulu, il n'ira pas.
S'il a voulu pendant qu'il faisait encore jour, son erouv est un erouv. Après la nuit, son erouv n'est pas un erouv.
Rava cherche un tanna qui refuse la berera jusque dans une loi derabbanan. L'erouv en est une. La baraita : parmi cinq hommes, l'erouv va à celui qu'il voudra. Voulu de jour, l'erouv tient. Voulu après la nuit, il ne tient pas.
Rachi fixe la leçon et la raison : au bein ha-chemachot, moment où l'erouv prend effet, sa pensée n'était peut-être pas sur cet homme. Choisir plus tard ne remonte pas.
Tossefot : Rabbi Yossi du fagot aurait pu répondre, car le demai est derabbanan. On hésite, parce que la dîme, dans son principe, est deoraïta, et le cas est alors compté comme tel. Le Roch, sur cette phrase, fixe la halakha des erouvin : on suit l'avis léger, et Rabbi Yo'hanan ben Nouri, y compris un seul face à plusieurs, et il rappelle qu'Abaye et Rava tiennent les tehoumin pour derabbanan.
Il s'est tu, et ne lui a rien dit. Et qu'il lui dise : c'est un tanna de l'école d'Ayo !
Il ne l'avait pas entendu.
Rav Nahman ne répond pas. La Guemara propose un nom : le tanna de l'école d'Ayo, qui rapporte Rabbi Yehouda. Rachi : cet avis refuse la berera même pour l'erouv.
Rav Nahman ne l'avait pas entendu. Il ne pouvait pas non plus citer les tannaïm déjà vus, fagot, rachat, vin : Rachi les compte comme cas deoraita. La question de Rava vise un refus qui atteint la loi rabbinique.
Rav Yossef dit : as-tu retiré les tannaïm du monde ? C'est une discussion de tannaïm !
Car on enseigne : je fais un erouv pour les Chabbat de toute l'année. Si je l'ai voulu, j'irai.
Si je ne l'ai pas voulu, je n'irai pas. S'il a voulu pendant qu'il faisait encore jour, son erouv est un erouv.
Après la nuit, Rabbi Chimon dit : son erouv est un erouv. Et les Sages disent : son erouv n'est pas un erouv.
Rav Yossef : le refus de la berera, même derabbanan, est déjà une mahloket de tannaïm. L'erouv est placé une fois pour tous les Chabbat de l'année. De jour, tout le monde valide. Après la nuit, Rabbi Chimon valide, les Sages invalident.
Rachi place l'erouv à l'est, à deux mille amot, dans un lieu gardé. Le Chabbat où il veut partir vers l'est, l'erouv joue. Le Chabbat où il ne veut pas, il reste comme les gens de sa ville et conserve les deux mille amot de l'ouest. Chez Rabbi Chimon, la volonté du crépuscule se clarifie après coup : yech berera.
Or nous avons entendu que Rabbi Chimon n'admet pas la berera. Difficulté de Rabbi Chimon contre Rabbi Chimon !
Plutôt : inverse.
Le vin des Koutim a déjà montré Rabbi Chimon du côté de l'absence de berera. Ici, il valide l'erouv après la nuit. Les deux leçons se heurtent. Inverse : après la nuit, c'est Rabbi Chimon qui invalide, et les Sages qui valident. On tient alors le nom cherché : Rabbi Chimon refuse la berera, y compris pour l'erouv.
Tossefot : les Sages de cette baraita suffisaient déjà, sans ipoukh, comme tanna du refus derabbanan. L'ipoukh sert à nommer le tanna. Il note que la phrase suivante, le bloc deoraita et derabbanan, s'accorde mal avec cette seule raison.
Quelle est la difficulté ? Peut-être, là où Rabbi Chimon n'admet pas la berera, c'est pour une loi deoraita, mais pour une loi derabbanan, il l'admet !
L'ipoukh n'est pas encore forcé. Le vin peut être deoraita, et l'erouv derabbanan. Rabbi Chimon refuserait la berera d'un côté et l'admettrait de l'autre. La baraita de l'année resterait dans sa leçon : après la nuit, son erouv est un erouv.
Rav Yossef tient : celui qui admet la berera, sans distinction entre deoraita et derabbanan, l'admet. Et celui qui n'admet pas la berera, sans distinction entre deoraita et derabbanan, ne l'admet pas.
Pour Rav Yossef, la berera ne se coupe pas. Qui l'admet l'admet pour la Tora et pour le décret. Qui la refuse la refuse des deux côtés. Dès lors, le vin et l'erouv doivent coïncider, et l'ipoukh reste.
Tossefot confronte Guittin 25a, où Rav Yossef laisse la berera à Rabbi Chimon pour "je te prends pour épouse à condition que mon père consente". La coupure qu'il retient : condition qui dépend de soi, condition qui dépend d'autrui, comme Rav Mecharchia. Rava, qui ne coupe pas ainsi, lira ici Rabbi Chimon du côté de la berera, et déplacera l'interdit du vin sur les prémices.
Rava dit : là-bas, c'est différent, car nous exigeons "des prémices dont le reste est reconnaissable".
Rava laisse à Rabbi Chimon la berera, dans l'erouv comme ailleurs. Le vin des Koutim tombe pour une exigence propre à la terouma : elle est appelée reshit, prémices. Au moment du nom, on doit déjà voir ce qui est prélevé et ce qui reste.
Rachi le tire du verset des prémices du grain et du moût. Si la part prélevée et le reste ne se distinguent pas encore, le nom de terouma ne prend pas. La formule de la page : reshit she-shiraya nikarin.
Abaye lui dit : des lors, s'il avait devant lui deux grenades de tevel, et qu'il a dit : s'il pleut aujourd'hui, celle-ci sera terouma pour celle-là, et s'il ne pleut pas aujourd'hui, celle-là sera terouma pour celle-ci, de même, qu'il ait plu ou qu'il n'ait pas plu, ses paroles ne comptent pour rien ?
Abaye pousse la raison de Rava. Deux grenades de tevel. La pluie décide laquelle sera terouma pour l'autre. Au moment où il parle, aucune n'est encore reconnaissable comme prémices, et l'autre comme reste. Pluie ou sécheresse, ses paroles tomberaient.
Rachi : le vrai texte à citer est la michna du tas, qui vient. Les grenades sont un cas qu'on peut enseigner en public. Il rappelle que, pour le vin aussi, le reste ne se voit qu'après coup, et que Rabbi Chimon interdit déjà là.
Tossefot : l'objection ne surprendrait pas si la raison était l'absence de berera. Elle surprend si la raison est le reste reconnaissable, car cette raison cadre mal avec deux grenades, et pourtant on devrait l'y appliquer. Le Ri : sans berera, une des deux est tout de même terouma, et le cohen peut manger. Avec l'exigence des prémices, il n'y aurait aucune terouma.
Et si tu dis : de même. Or nous avons appris : la terouma de ce tas et ses dîmes sont à l'intérieur, et la terouma de la dîme de ceci est à l'intérieur.
Rabbi Chimon dit : il a prononcé le nom !
Abaye prévoit la réponse "de même, les grenades sont nulles", et cite une michna. On dit : la terouma de ce tas, et ses dîmes, sont à l'intérieur, sans montrer l'endroit. De même pour la teroumat maaser. Rabbi Chimon : le nom est prononcé. La désignation tient.
Rachi lit "à l'intérieur" comme le milieu, à la mesure voulue. Ce milieu permet dès maintenant le pourtour. Second cas : un tas qui est déjà du maaser. Avant le nom, le manger n'était que du tevel. Après, les coups visent la terouma, le maaser cheni hors de Yerouchalayim, et la terouma mangée en impureté.
Là-bas, c'est différent : il y a son pourtour.
Réponse de Rava. Dans le tas, il a placé la terouma au milieu. Le pourtour est donc, dès le nom, un reste certain : il n'est pas la terouma. L'exigence reshit she-shiraya nikarin est remplie, au moins pour une part du reste.
Les deux grenades n'ont pas ce pourtour. Chacune peut devenir la terouma de l'autre. Au moment du nom, rien n'est encore un reste sur.
Et si tu veux, dis selon la raison qui est enseignée. Ils ont dit à Rabbi Meir : n'admets-tu pas que l'outre peut se fendre, et que celui-ci se trouverait avoir bu du tevel rétroactivement ?
Il leur a dit : quand elle se fendra !
Autre lecture, qui cite la discussion déjà enseignée. Les Sages disent à Rabbi Meir : l'outre (nod) peut se fendre avant le prélèvement. Il aurait alors bu du tevel rétroactivement, puisque la terouma n'aura jamais été séparée. Rabbi Meir : on verra quand elle se fendra.
Rachi déploie les deux issues. S'il prélève plus tard, la berera dit : cette part était déjà la sienne dans l'outre, et il a bu du houlin. Si l'outre se fend sans prélèvement, rien n'est jamais devenu terouma, et la berera n'a plus rien à clarifier. On ne craint pas ce cas : il est rare, et il peut confier l'outre à un gardien. Le débat porte alors sur cette crainte, et Rabbi Chimon reste du côté de la berera.
Et selon ce qui nous était venu à l'esprit au début, que nous exigeons des prémices dont le reste est reconnaissable, que lui disaient-ils ?
Retour sur la première lecture, celle des prémices. Si c'était là la difficulté du vin, les Sages auraient dû la dire à Rabbi Meir. Or ils lui parlent de l'outre qui se fend. Que disaient-ils, dans cette lecture ?
Tossefot : la même question pouvait viser la lecture par la berera. La Guemara la pose sur la lecture qui était d'abord en vue.
Voici ce qu'ils lui disaient : pour nous, nous exigeons des prémices dont le reste est reconnaissable. Pour toi -
La réponse des Sages à Rabbi Meir se coupe à la fin du daf. Selon leur avis, la terouma doit être des prémices dont le reste se reconnaît. Selon l'avis de Rabbi Meir, la phrase continue au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).