Eruvin 37b - Bérera : Rabbi Yossi, l'erouv de l'année, le vin des Koutim

Eruvin 37b

Sougya : Le daf poursuit la berera, la désignation qui ne se clarifie qu'après coup. On aligne Rabbi Yossi : le fagot de légumes et le sela de la bourse sont inversés devant le vin des Koutim, et la fin de la baraita du rachat force cette inversion.

Rava demande quel tanna refuse la berera même pour une loi derabbanan. La baraita des cinq hommes, puis celle de l'erouv pour toute l'année, mènent à Rabbi Chimon.

Rav Yossef tient la berera en bloc, deoraita comme derabbanan. Rava la maintient chez Rabbi Chimon et explique le vin par les prémices dont le reste doit être reconnaissable.

Abaye objecte avec deux grenades et le tas. Une autre lecture renvoie à la crainte que l'outre se fende.

Rabbi Yossi tient-il la berera ? On inverse deux sources devant une. La fin du rachat force l'inversion. 1. Fagot ou pain 2. Sela de la bourse 3. Vin des Koutim Texte reçu Rabbi Yossi : pas de dîme à prélever. Sens : yech berera. Après ipoukh : il doit prélever. Sens : ein berera. Texte reçu Rabbi Yossi : racheté. Sens : yech berera. Fin : sela neuf unique, il a racheté. Donc le début, redressé : il n'a pas racheté. Source gardée. Rabbi Yossi refuse la berera. C'est devant elle qu'on inverse les deux autres. Pourquoi deux devant une, et pas une devant deux ? La fin de la baraita du rachat le montre. Il dit ici : il a racheté. On en tire que là, il n'a pas racheté. Le début, tel qu'il est écrit, est donc enseigné à l'envers. Le sela neuf unique n'est pas un cas de berera : il est déjà reconnu. S'il y en avait deux ou trois, ce serait le premier cas. Le mot montera est repris du début, par le style de la baraita. Tossefot : on n'étend pas l'interdit au cas de plusieurs pièces.
Trois sources sur Rabbi Yossi. Fagot et sela sont inversés devant le vin des Koutim. La fin du rachat, sela neuf unique, prouve que le début disait : il n'a pas racheté.
Érouv choisi après la nuit L'erouv doit être fixé au bein ha-chemachot. Après la nuit, la volonté arrive trop tard. Cinq hommes, ou tous les Chabbat de l'année : je ferai l'erouv pour qui je voudrai. Volonté encore de jour L'erouv est un erouv. Au crépuscule, la personne ou le Chabbat est déjà choisi. Volonté après la nuit Texte des cinq : invalide. Peut-être, au crépuscule, sa pensée n'allait pas là. Baraita de l'année, avant ipoukh Rabbi Chimon : valable. Il tient yech berera. Sages : invalide. Ils tiennent ein berera, même derabbanan. Après ipoukh Rabbi Chimon : invalide. C'est lui, le tanna cherché. Sages : valable. Rav Nahman se tait. L'école d'Ayo ne lui est pas connue. Rav Yossef : la berera se prend en bloc. Qui l'admet l'admet pour deoraita et pour derabbanan. Qui la refuse la refuse des deux côtés. D'où l'ipoukh. Rava : Rabbi Chimon admet la berera. Le vin des Koutim tombe pour une autre raison : reshit she-shiraya nikarin.
Choix de jour : erouv valable. Après la nuit : la baraita des cinq invalide. Pour l'année, on inverse Rabbi Chimon et les Sages. Rav Yossef prend la berera en bloc. Rava sépare le vin.
Quand le reste de la terouma est-il reconnaissable ? Rava : prémices dont le reste se voit. Abaye : grenades et tas. Autre lecture : l'outre. Deux grenades de tevel S'il pleut : celle-ci est terouma pour l'autre. Sinon : l'inverse. À l'heure du nom, on ne sait pas laquelle est terouma et laquelle est le reste. Abaye : paroles nulles, pluie ou pas. Tas : terouma au milieu Le pourtour est certain : il n'est pas terouma. Rabbi Chimon : le nom est prononcé. Rava : ici le reste se voit, autour. Les grenades n'ont pas ce pourtour. Outre de vin Autre réponse, enseignée. Sages à Rabbi Meir : l'outre peut se fendre, et il aurait bu du tevel rétroactivement. Rabbi Meir : quand elle se fendra. Peu fréquent. Un gardien suffit, dit Rachi. Lecture de Rava sur le vin : Rabbi Chimon admet la berera. La terouma doit paraître prémices, et son reste doit être reconnu, dès le nom. Lecture de Rav Yossef : qui refuse la berera la refuse partout. On inverse Rabbi Chimon. Tossefot : Rav Yossef distingue une condition qui dépend de soi et une condition qui dépend d'autrui. Rava, qui ne fait pas cette coupure à Guittin, conclut ici que Rabbi Chimon admet la berera. La page s'arrête sur la réponse des Sages à Rabbi Meir : pour nous, le reste doit se voir. Pour toi...
Grenades : au moment du nom, terouma et reste se confondent. Tas : le pourtour est un reste certain. Outre : autre raison, la crainte qu'elle se fende avant le prélèvement.
1
אֶלָּא אִי בִּלְקִיחַת בְּעָלִים, אִי בַּעֲשִׂיַּית כֹּהֵן.

Seulement : soit lors de l'acquisition par les propriétaires, soit lors de l'acte du cohen.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא אִי בִּלְקִיחַת בְּעָלִים שֶׁאָמְרוּ בִּשְׁעַת לְקִיחָה זוֹ אֲנִי לוֹקֵחַ לְעוֹלָה וְזוֹ לְחַטָּאת:
Ils ont dit au moment de l'acquisition : celle-ci, je l'achète pour une ola (holocauste), et celle-ci pour une hatat (sacrifice expiatoire).
אוֹ בַּעֲשִׂיַּית כֹּהֵן אֲבָל אִם לְקָחוּם סְתָם וְאַחַר כָּךְ קָרָא עֲלֵיהֶן שֵׁם אֵין הַשֵּׁם חָל עֲלֵיהֶן וְיָכוֹל הַכֹּהֵן לְשַׁנּוֹתָן וּקְרָא דְּרֵישׁ רַב חִסְדָּא בְּסֵדֶר יוֹמָא וְלָקְחָה שְׁתֵּי תֹורִים אוֹ שְׁנֵי בְּנֵי יוֹנָה אֶחָד לְעֹולָה וְאֶחָד לְחַטָּאת וּכְתִיב גַּבֵּי כֹּהֵן וְעָשָׂה הַכֹּהֵן אֶת הָאֶחָד חַטָּאת וְהָאֶחָד עוֹלָה אַלְמָא אֵין שֵׁם עוֹלָה וְחַטָּאת חָל עֲלֵיהֶן אֶלָּא בִּלְקִיחָה אוֹ בַּעֲשִׂיָּיה:
Mais s'ils les ont achetés sans précision, et qu'ensuite on a prononcé un nom sur elles, le nom ne prend pas effet, et le cohen peut les changer. Le verset qu'expose Rav Hisda dans l'ordre de Yoma : "Elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l'un pour une ola et l'un pour une hatat." Et il est écrit au sujet du cohen : "Le cohen fera de l'un une hatat et de l'autre une ola." On en déduit que le nom d'ola et de hatat ne prend effet sur elles que lors de l'acquisition ou lors de l'acte.
💡 Explication

Fin du cas des oiseaux. Le nom d'ola et de hatat ne se pose que de deux manières : à l'achat, si les propriétaires ont dit laquelle est pour l'ola et laquelle pour la hatat, ou à l'acte du cohen, quand il les offre.

Achetées sans précision, un nom prononcé ensuite ne prend pas. Le cohen peut encore les intervertir. Rachi tire cela des deux versets de Vayikra que Rav Hisda expose dans Yoma. Ce cas sort donc de la berera (désignation qui ne se clarifie qu'après coup).

2
וְאַכַּתִּי: סָבַר רַבִּי יוֹסֵי אֵין בְּרֵירָה? וְהָתַנְיָא: עַם הָאָרֶץ שֶׁאָמַר לְחָבֵר ״קַח לִי אֲגֻודָּה אַחַת שֶׁל יָרָק אוֹ גְּלוּסְקָא אַחַת״ — אֵינוֹ צָרִיךְ לְעַשֵּׂר, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי.

Et encore : Rabbi Yossi tient-il qu'il n'y a pas de berera ? Or on enseigne : un am ha-arets qui a dit à un haver : "Prends pour moi un fagot de légumes, ou un pain (gelouska)" - il n'a pas besoin de prélever la dîme.

Paroles de Rabbi Yossi.

📜 Rachi (1)
עַם הָאָרֶץ שֶׁאָמַר לְחָבֵר שֶׁהָיָה חָבֵר הוֹלֵךְ לַשּׁוּק לִיקַּח לוֹ יָרָק לְעַצְמוֹ וְאָמַר לוֹ עַם הָאָרֶץ קַח גַּם לִי אֲגֻודַּת יָרָק אֵין צָרִיךְ חָבֵר לְעַשֵּׂר דְּמַאי מֵאוֹתָהּ שֶׁנָּתַן לְעַם הָאָרֶץ אע"פ שֶׁלָּקַח שֶׁלּוֹ וְשֶׁל עַם הָאָרֶץ סָתַם וְלֹא פֵּירֵשׁ כְּשֶׁקְּנָאָן זֶה לִי וְזֶה לְעַם הָאָרֶץ וְהוּא מֵעַם הָאָרֶץ לְקָחָן יֵשׁ בְּרֵירָה כְּשֶׁנּוֹתְנוֹ לְעַם הָאָרֶץ שֶׁזּוֹ לְצָורְכּוֹ לוֹקְחָהּ וְאֵין חָבֵר זֶה מוֹכְרָהּ לוֹ:
Le haver allait au marché prendre des légumes pour lui-même, et l'am ha-arets lui a dit : prends aussi pour moi un fagot de légumes. Le haver n'a pas besoin de prélever le demai de ce qu'il a donné à l'am ha-arets, bien qu'il ait acheté le sien et celui de l'am ha-arets sans précision, et qu'il n'ait pas expliqué, en les achetant : celui-ci pour moi, et celui-ci pour l'am ha-arets. Et c'est à un am ha-arets qu'il les a achetés. Il y a berera au moment où il le donne à l'am ha-arets : c'est pour le besoin de celui-ci qu'il l'avait pris, et ce haver ne le lui vend pas.
💡 Explication

Nouvelle source. L'am ha-arets demande au haver, qui va au marché, un fagot ou un pain. Rabbi Yossi : le haver ne prélève pas la dîme sur ce qu'il lui remet.

Rachi lit une berera. Les deux parts ont été achetées sans être désignées. Au moment où il donne, il se clarifie que ce fagot avait été pris pour l'am ha-arets. Le haver ne lui vend donc pas du sien. Le produit vient d'un am ha-arets : c'est du demai (dîme douteuse). La question vise Rabbi Yossi, qu'on avait aligné sur l'absence de berera.

3
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: צָרִיךְ לְעַשֵּׂר. אִיפּוּךְ.

Et les Sages disent : il doit prélever la dîme. Inverse.

📜 Rachi (1)
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים צָרִיךְ לְעַשֵּׂר דְּאֵין בְּרֵירָה וי"ל זוֹ לְצֹורֶךְ חָבֵר לוֹקְחָהּ וְהוּא חוֹזֵר וּמַחֲלִיפָהּ לְעַם הָאָרֶץ וְחָבֵר אֵינוֹ רַשַּׁאי לִמְכֹּור לְעַם הָאָרֶץ דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מְתֻוקָּן:
Car il n'y a pas de berera. On peut dire : c'est pour le besoin du haver qu'il l'a pris, et il le remet ensuite à l'am ha-arets. Or un haver n'a pas le droit de vendre à un am ha-arets une chose qui n'est pas en règle.
💡 Explication

Les Sages exigent la dîme : sans berera, le fagot a été acheté pour le haver, puis remis à l'am ha-arets. Ce serait une vente de produit non prélevé, interdite au haver.

Inverse : on retourne les noms, pour que Rabbi Yossi soit celui qui exige la dîme, donc celui qui refuse la berera, et que les Sages soient ceux qui dispensent.

4
תָּא שְׁמַע, הָאוֹמֵר: ״מַעֲשֵׂר שֶׁיֵּשׁ לִי בְּבֵיתִי מְחֻולָּל עַל סֶלַע שֶׁתַּעֲלֶה בְּיָדִי מִן הַכִּיס״. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מְחֻולָּל!

Viens entendre. Celui qui dit : "La dîme que j'ai dans ma maison est rachetée sur le sela qui montera dans ma main depuis la bourse." Rabbi Yossi dit : elle est rachetée !

💡 Explication

Deuxième source, le rachat du maaser cheni (seconde dîme). Il ne désigne pas la pièce. Il dit : celle qui montera de la bourse.

Rabbi Yossi : le rachat tient. Quand la pièce sort, on dit qu'elle était, dès le départ, la pièce du rachat. C'est encore une berera. Le mot sela désigne la pièce d'argent sur laquelle on désacralise la dîme.

5
אִיפּוּךְ, אֵימָא: רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא חִילֵּל. וּמַאי חֲזֵית דְּאָפְכַתְּ תַּרְתֵּי מִקַּמֵּי חֲדָא, אֵיפוֹךְ חֲדָא מִקַּמֵּי תַּרְתֵּי!

Inverse. Dis : Rabbi Yossi dit : il n'a pas racheté.

Et qu'as-tu vu, pour inverser deux sources devant une seule ? Inverse la seule devant les deux !

📜 Rachi (3)
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר חִילֵּל וְכִי סָלֵיק סֶלַע בִּידֵיהּ אָמְרִינַן יֵשׁ בְּרֵירָה שֶׁזֶּה שֶׁחִילֵּל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי עָלֶיהָ דְּאִי אֵין בְּרֵירָה לָא אָמַר מִידִי אֶלָּא אָמְרִינַן דְּהָא סֶלַע דְּסָלְקָא בִּידֵיהּ הַשְׁתָּא לָא הֲוָה דַּעְתֵּיהּ לְהַחֲלִיף וְאִישְׁתְּכַח דְּקָא אָכִיל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי בְּלֹא פְּדִיָּה:
Quand le sela monte dans sa main, nous disons qu'il y a berera : c'est sur celui-ci qu'il a racheté le maaser cheni. S'il n'y avait pas de berera, il n'aurait rien dit. Nous dirions : ce sela qui monte maintenant dans sa main, son intention n'était pas de l'échanger sur lui, et il se trouve qu'il mange du maaser cheni sans rachat.
דְּאָפְכַתְּ תַּרְתֵּי אֲגֻודָּה וְחִילּוּל:
Le fagot et le rachat.
מִקַּמֵּי חֲדָא יַיִן מִבֵּין הַכּוּתִים:
Le vin venu d'entre les Koutim.
💡 Explication

Même traitement que le fagot : on retourne Rabbi Yossi. Dans la leçon redressée, il dit il n'a pas racheté. Rachi explique d'abord la leçon non inversée : avec berera, la pièce qui sort est celle du rachat. Sans berera, il mangerait du maaser cheni sans l'avoir racheté.

L'objection : le fagot et le rachat sont deux sources. Le vin des Koutim est la source unique où Rabbi Yossi refuse la berera. Pourquoi plier les deux à la une, plutôt que la une aux deux ?

6
הָא וַדַּאי אִיפְּכָא תַּנְיָא, דְּקָתָנֵי סֵיפָא: וּמוֹדֶה רַבִּי יוֹסֵי בְּאוֹמֵר ״מַעֲשֵׂר שֶׁיֵּשׁ לִי בְּתוֹךְ בֵּיתִי יְהֵא מְחֻולָּל עַל סֶלַע חֲדָשָׁה שֶׁתַּעֲלֶה בְּיָדִי מִן הַכִּיס״ — שֶׁחִילֵּל. מִדְּקָאָמַר הָכָא שֶׁחִילֵּל, מִכְּלָל דְּהָתָם — לֹא חִילֵּל.

Celle-ci est certainement enseignée à l'envers. Car la fin enseigne : et Rabbi Yossi convient, au sujet de celui qui dit : "La dîme que j'ai dans ma maison sera rachetée sur le sela neuf qui montera dans ma main depuis la bourse", qu'il a racheté.

Puisqu'il dit ici qu'il a racheté, on en tire que là-bas, il n'a pas racheté.

📜 Rachi (3)
דְּקָתָנֵי סֵיפָא דְּהַךְ דְּחִילּוּל:
De cette baraita du rachat.
סֶלַע חֲדָשָׁה וְאֵין שָׁם אֶלָּא הִיא וּלְקַמָּן פָּרִיךְ מַאי תַּעֲלֶה:
Et il n'y a qu'elle. Plus loin, on objecte : que signifie "montera" ?
שֶׁחִילֵּל דְּכֵיוָן דְּאֵין שָׁם חֲדָשָׁה אֶלָּא הִיא מִנַּכְרָא מִלְּתָא:
Puisqu'il n'y a de neuve qu'elle, la chose est reconnaissable.
💡 Explication

La fin de la même baraita tranche. Rabbi Yossi convient que, sur un sela neuf qui montera, il a racheté. Rachi : il n'y a dans la bourse qu'une seule pièce neuve. Elle est donc déjà reconnue. Le rachat ne dépend pas d'une berera.

Le style "il convient que, ici, il a racheté" implique le début : là-bas, il n'a pas racheté. Le début, où on lisait l'inverse au nom de Rabbi Yossi, est enseigné à l'envers. L'ipoukh du rachat est forcé. Celui du fagot le suit.

🖼️ Schéma
Quel sela neuf monte de la bourse ? Deux ou trois sela neufs. On ne sait pas lequel montera. Même cas que le début. Pourquoi ici aurait-il racheté ? Un seul sela neuf. Il est déjà reconnu. Pas de berera. Le mot montera est repris du début, parce que le début l'a enseigné. Tossefot L'enseignement : on ne décrète pas l'interdit à cause du cas où il y a deux ou trois pièces. Début : plusieurs pièces, berera, Rabbi Yossi n'a pas racheté, une fois le texte redressé. Fin : une seule pièce neuve, le rachat tient, parce que la pièce est reconnaissable.
Plusieurs sela neufs : même cas que le début. Un seul : il est reconnu, le mot montera est de style. Tossefot : pas de décret à cause des autres pièces.
7
הַאי סֶלַע חֲדָשָׁה הֵיכִי דָּמֵי? אִי דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי תְּלָת, דְּיֵשׁ בְּרֵירָה — הַייְנוּ קַמַּיְיתָא? אֶלָּא דְּלֵיכָּא אֶלָּא חֲדָא — מַאי ״תַּעֲלֶה״?

Ce sela neuf, de quel cas s'agit-il ? S'il y en a deux ou trois, cas où il y a berera, c'est le premier cas.

Plutôt : il n'y en a qu'un seul. Que signifie "montera" ?

📜 Rachi (1)
אִי דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי תְּלָת חֲדָשׁוֹת הַייְנוּ קַמַּיְיתָא וְאַמַּאי חִילֵּל:
Des neuves : c'est le premier cas. Et pourquoi aurait-il racheté ?
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא דְּלֵיכָּא אֶלָּא חֲדָא וקמ"ל דְּלָא גָּזְרִינַן אַטּוּ הֵיכָא דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי אוֹ תְּלָת:
Et cela nous apprend qu'on ne décrète pas à cause du cas où il y en a deux ou trois.
💡 Explication

Si la bourse contient deux ou trois pièces neuves, choisir celle qui montera est le même problème que le début. On ne comprendrait plus pourquoi, ici, le rachat tient.

Reste le cas d'une seule pièce neuve. Le verbe "montera" gêne : elle ne monte pas parmi d'autres. Tossefot donne l'enjeu pratique : on n'interdit pas ce cas unique par un décret calqué sur le cas de plusieurs pièces.

8
אַיְּידֵי דְּתָנֵי רֵישָׁא ״תַּעֲלֶה״, תְּנָא סֵיפָא נָמֵי ״תַּעֲלֶה״.

Puisque le début a enseigné "montera", la fin enseigne elle aussi "montera".

💡 Explication

Réponse de style. La fin reprend le mot du début, montera, même quand la pièce neuve est unique et déjà connue. Le rachat de la fin tient parce que la pièce est reconnaissable, et le début, une fois redressé, refuse le rachat là où plusieurs pièces se mélangent.

9
אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְרַב נַחְמָן: מַאן הַאי תַּנָּא דַּאֲפִילּוּ בִּדְרַבָּנַן לֵית לֵיהּ בְּרֵירָה? דְּתַנְיָא: אָמַר לַחֲמִשָּׁה הֲרֵינִי מְעָרֵב עַל אֵיזֶה מִכֶּם שֶׁאֶרְצֶה, רָצִיתִי — יֵלֵךְ, לֹא רָצִיתִי — לֹא יֵלֵךְ. רָצָה מִבְּעוֹד יוֹם — עֵירוּבוֹ עֵירוּב, מִשֶּׁחָשֵׁיכָה — אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב.

Rava dit à Rav Nahman : quel est ce tanna qui, même pour une loi derabbanan, n'admet pas la berera ? Car on enseigne : il a dit à cinq : je fais un erouv pour celui d'entre vous que je voudrai.

Si je l'ai voulu, il ira. Si je ne l'ai pas voulu, il n'ira pas.

S'il a voulu pendant qu'il faisait encore jour, son erouv est un erouv. Après la nuit, son erouv n'est pas un erouv.

📜 Rachi (2)
מַאן הַאי תַּנָּא דְּבָעֵי לְמֵימַר דְּלֵית לֵיהּ בְּרֵירָה אֲפִילּוּ בְּעֵירוּב דְּמִדְּרַבָּנָן הוּא:
Il veut dire qu'il n'admet pas la berera, même pour un erouv, qui est derabbanan.
ה"ג עַל אֵיזֶה מֵהֶן שֶׁאֶרְצֶה רָצִיתִי יֵלֵךְ לֹא רָצִיתִי לֹא יֵלֵךְ רָצָה מִבְּעוֹד יוֹם כו' מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה אֵינוֹ עֵירוּב דִּילְמָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לָא הֲוָה דַּעְתֵּיהּ לְהַאי:
Voici la leçon : pour celui d'entre eux que je voudrai. Si je l'ai voulu, il ira. Si je ne l'ai pas voulu, il n'ira pas. S'il a voulu pendant qu'il faisait encore jour, etc. Après la nuit, l'erouv ne vaut pas. Peut-être, au bein ha-chemachot, sa pensée n'allait pas vers celui-ci.
🗂️ Tossefot (1)
מַאן הַאי תַּנָּא דַּאֲפִילּוּ בִּדְרַבָּנַן לֵית לֵיהּ בְּרֵירָה הָוֵי מָצֵי לְמֵימַר רַבִּי יוֹסֵי דַּאֲגֻודָּה שֶׁל יָרָק הִיא דְּהָוֵי מִדְּרַבָּנָן וְשֶׁמָּא כֵּיוָן דְּעִיקַּר מַעֲשֵׂר מִן הַתּוֹרָה חֲשִׁיב לֵיהּ כִּדְאוֹרָייְתָא כדפ"ל (דַּף לב. בד"ה תְּאֵנִים) גַּבֵּי לֶקֶט תְּאֵנִים מִתְּאֵנָתִי:
Il aurait pu dire Rabbi Yossi, du fagot de légumes, qui est un cas derabbanan. Peut-être, puisque l'essentiel de la dîme est de la Tora, il le compte comme deoraita, comme on l'a expliqué plus haut (daf 32a, dibour hamatchil Te'enim) au sujet de la cueillette de figues sur son figuier.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר ר' יַעֲקֹב בַּר אִידִי אַרִיבָּ"ל הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי. וְתַרְתֵּי לָמָּה לִי. אָמַר ר' זֵירָא צְרִיכָא דְּאִי אָמַר הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי הֵ"א בֵּן לְקֻולָּא בֵּין לְחוּמְרָא. לְקֻולָּא פִּי' דְּיָשֵׁן קוֹנֶה שְׁבִיתָה כְּמוֹ נֵיעוֹר. וּפִי' לְחוּמְרָא דְּחֶפְצֵי הֶפְקֵר לְרַבִּי יוֹחָנָן קוֹנִין שְׁבִיתָה וְהַיְינוּ לְחוּמְרָא. קמ"ל הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב דְּחֶפְצֵי הֶפְקֵר לֹא קָנוּ שְׁבִיתָה כְּרַבָּנָן אֶלָּא הֲרֵי הֵן כְּרַגְלֵי כָּל אָדָם. וְאֵין זֶה תְּרֵי קֻולֵּי דְּסָתְרוּ אַהֲדָדֵי דִּסְבִירָא לָן כְּרַבָּנָן דְּדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ דַּעַת לָא קְנִי שְׁבִיתָה. וְהָא דִּסְבִירָא לָן דְּיָשֵׁן קָנָה הַיְינוּ טַעְמָא כדפרש"י הוֹאִיל וְנֵיעוֹר קָנָה יָשֵׁן נָמֵי קָנָה. וְלֵימָא הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּבִין וְלָא בָּעֵי לְמֵימַר הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אָמַר אַבַּיֵּי אִיצְטְרִיךְ סד"א הנ"מ יָחִיד בִּמְקוֹם יָחִיד וְרַבִּים בִּמְקוֹם רַבָּם אֲבָל יָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים אֵימָא לָא קמ"ל הֲלָכָה כְּר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי דְּהָוֵי יָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים. אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְאַבָּיֵי מִכְּדֵי עֵירוּבִין דְּרַבָּנַן מַה לִי יְחִיֵּר בִּמְקוֹם יָחִיד וּמַה לִי יָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים. הָכִי קִים לָן דְּעֵירוּבֵי תְּחוּמִין דְּרַבָּנָן כְּאַבַּיֵּי וְרָבָא דְּאָמוֹרָאֵי בָּתְרָאֵי נִינְהוּ וְאָמְרִינַן נַמֵּי לְעֵיל בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף לז:) מַאן הַאי תַּנָּא דַּאֲפִילּוּ בִּדְרַבָּנַן לֵית לֵיהּ בְּרֵירָה דְּתַנְיָא הָאוֹמֵר לַחֲמִשָּׁה הֲרֵינִי מְעָרֵב וְכוּ'. ואע"ג דְּשָׁמְעִינַן לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר תְּחוּמִין דְּאוֹרָיְיתָא גַּבֵּי סְפֵק עֵירוּב לְעֵיל בְּפֶ' בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף לה.) וּלְקַמָּן בְּשִׁלְהֵי חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף פֹּא:) קָאָמַר שְׁמוּאֵל כ"מ שֶׁשּׁוֹנֶה ר"י בְּעֵירוּבִין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ. בְּהָא לֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ. וְרַב אַשִּׁי שֶׁדָּחָה בספ"ק דַּף יז: אַל יֵצֵא כְּתִיב. אַלִּיבָּא דְּרַבִּי חַייָּא קָאָמַר דְּסָבַר תְּחוּמִין דְּאוֹרָיְיתָא וְלֵיהּ לָא סְבִירָא לֵיהּ. רַב פָּפָּא אָמַר אִיצְטְרִיךְ סד"א הנ"מ בְּעֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת אֲבָל בְּעֵירוּבֵי תְחוּמִין אֵימָא לָא קמ"ל הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי דַּאֲפִילּוּ בְּעֵירוּבֵי תְּחוּמִין. רַב אָשֵׁי אָמַר אִיצְטְרִיךְ סד"א הנ"מ בְּשִׁיּוּרֵי עֵירוּב אֲבָל בִּתְחִלַּת עֵירוּב אֵימָא לָא קמ"ל דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי בִּתְחִלַּת עֵירוּב. דְּדִבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן בִּתְחִלַּת עֵירוּב הֵן:
Rabbi Yaakov bar Idi a dit au nom de Rabbi Yehoshoua ben Levi : la halakha suit les paroles de celui qui allège en matière d'erouv, et la halakha suit Rabbi Yo'hanan ben Nouri. Et pourquoi ces deux-là ? Rabbi Zeira a dit : c'est nécessaire. Si l'on disait seulement : la halakha suit Rabbi Yo'hanan ben Nouri, j'aurais dit : aussi bien pour la kola (indulgence) que pour la houmera (sévérité). Kola, explication : l'homme endormi acquiert une chevita (résidence de Chabbat) comme l'homme éveillé. Houmera, explication : les biens hefker (sans propriétaire), selon Rabbi Yo'hanan (ben Nouri), acquièrent une chevita, et c'est une sévérité. Cela nous apprend : la halakha suit celui qui allège en matière d'erouv, de sorte que les biens hefker n'acquièrent pas de chevita, comme les Sages ; ils sont comme les pieds de tout homme. Ces deux indulgences ne se contredisent pas. Nous tenons comme les Sages qu'une chose dépourvue de daat (conscience) n'acquiert pas de chevita. Et si nous tenons que l'endormi acquiert, la raison est celle de Rachi : puisque l'éveille acquiert, l'endormi acquiert aussi. Et qu'on dise : la halakha suit celui qui allège en matière d'erouv, sans qu'il faille dire : la halakha suit Rabbi Yo'hanan ben Nouri ? Abaye a dit : c'était nécessaire. J'aurais dit : ces paroles valent pour un seul à la place d'un seul, et pour plusieurs à la place de plusieurs, mais un seul à la place de plusieurs, dis que non. Cela nous apprend que la halakha suit Rabbi Yo'hanan ben Nouri, qui est un seul à la place de plusieurs. Rava a dit à Abaye : puisque les erouvin sont derabbanan, qu'importe un seul à la place d'un seul, et qu'importe un seul à la place de plusieurs ? Nous tenons ainsi que les erouvei tehoumin (erouvin de limite) sont derabbanan, comme Abaye et Rava, qui sont des amoraim tardifs. Et nous disons aussi plus haut, dans le chapitre Bekhol mearvin (Eruvin 37b) : quel est ce tanna qui, même pour une loi derabbanan, n'admet pas la berera ? Comme on l'enseigne : celui qui dit à cinq : je fais un erouv, etc. Et bien que nous ayons entendu Rabbi Yehouda dire que les tehoumin sont deoraita, au sujet d'un erouv douteux, plus haut dans le chapitre Bekhol mearvin (Eruvin 35a), et que plus loin, à la fin de Halon (Eruvin 81b), Chemouel dise : partout où Rabbi Yehouda enseigne dans les erouvin, la halakha est selon lui, ici la halakha ne suit pas son avis. Et Rav Achi, qui écarte à la fin du premier chapitre, daf 17b, par : al yetse est écrit, parle selon Rabbi Hiya, qui tient que les tehoumin sont deoraita, et lui-même ne le tient pas. Rav Papa a dit : c'était nécessaire. J'aurais dit : ces paroles valent pour les erouvei hatserot (erouvin de cours), mais pour les erouvei tehoumin, dis que non. Cela nous apprend que la halakha suit Rabbi Yo'hanan ben Nouri, même pour les erouvei tehoumin. Rav Achi a dit : c'était nécessaire. J'aurais dit : ces paroles valent pour le reste d'un erouv (chiyourei erouv), mais au début de l'erouv, dis que non. Cela nous apprend que la halakha suit Rabbi Yo'hanan ben Nouri au début de l'erouv. Car les paroles de Rabbi Yo'hanan portent sur le début de l'erouv.
💡 Explication

Rava cherche un tanna qui refuse la berera jusque dans une loi derabbanan. L'erouv en est une. La baraita : parmi cinq hommes, l'erouv va à celui qu'il voudra. Voulu de jour, l'erouv tient. Voulu après la nuit, il ne tient pas.

Rachi fixe la leçon et la raison : au bein ha-chemachot, moment où l'erouv prend effet, sa pensée n'était peut-être pas sur cet homme. Choisir plus tard ne remonte pas.

Tossefot : Rabbi Yossi du fagot aurait pu répondre, car le demai est derabbanan. On hésite, parce que la dîme, dans son principe, est deoraïta, et le cas est alors compté comme tel. Le Roch, sur cette phrase, fixe la halakha des erouvin : on suit l'avis léger, et Rabbi Yo'hanan ben Nouri, y compris un seul face à plusieurs, et il rappelle qu'Abaye et Rava tiennent les tehoumin pour derabbanan.

🖼️ Schéma
Je fais l'erouv pour celui des cinq que je voudrai Encore de jour Il désigne l'un des cinq. Au crépuscule, la pensée est fixée. Érouv valable. Celui-là peut aller. Après la nuit Le choix arrive quand l'erouv a déjà du prendre effet. Érouv invalide. Rachi : peut-être pas de pensée pour lui. Toute l'année L'erouv reste à l'est, à deux mille amot. Chabbat voulu : il part. Chabbat non voulu : il reste comme la ville, et garde l'ouest. Après la nuit, Rabbi Chimon et les Sages se partagent. La Guemara inverse leurs noms. But : nommer le tanna qui refuse la berera même pour l'erouv, loi derabbanan.
De jour, le choix est fixé avant le crépuscule. Après la nuit, l'erouv des cinq tombe. Pour l'année, l'erouv reste à l'est : on ne le fait jouer que le Chabbat voulu.
10
אִישָּׁתֵיק, וְלָא אֲמַר לֵיהּ וְלָא מִידִי. וְלֵימָא לֵיהּ תַּנָּא דְּבֵי אַיּוֹ הוּא! לָא שְׁמִיעַ לֵיהּ.

Il s'est tu, et ne lui a rien dit. Et qu'il lui dise : c'est un tanna de l'école d'Ayo !

Il ne l'avait pas entendu.

📜 Rachi (2)
תַּנָּא דְּבֵי אַיּוֹ אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה דִּבְעֵירוּב נָמֵי קָאָמַר אֵין בְּרֵירָה:
Selon l'avis de Rabbi Yehouda, qui dit aussi pour l'erouv qu'il n'y a pas de berera.
לָא שְׁמִיעַ לֵיהּ וּמֵהָנָךְ תַּנָּאֵי דִּלְעֵיל לָא מָצֵי אָמַר דְּכוּלְּהוּ מִילֵּי דְּאוֹרָייְתָא נִינְהוּ:
Et de ces tannaïm d'en haut, il ne pouvait pas le dire, car toutes ces choses sont deoraita.
💡 Explication

Rav Nahman ne répond pas. La Guemara propose un nom : le tanna de l'école d'Ayo, qui rapporte Rabbi Yehouda. Rachi : cet avis refuse la berera même pour l'erouv.

Rav Nahman ne l'avait pas entendu. Il ne pouvait pas non plus citer les tannaïm déjà vus, fagot, rachat, vin : Rachi les compte comme cas deoraita. La question de Rava vise un refus qui atteint la loi rabbinique.

11
רַב יוֹסֵף אָמַר: תַּנָּאֵי שָׁקְלַתְּ מֵעָלְמָא? תַּנָּאֵי הִיא! דְּתַנְיָא: הֲרֵינִי מְעָרֵב לְשַׁבָּתוֹת שֶׁל כָּל הַשָּׁנָה, רָצִיתִי — אֵלֵךְ, לֹא רָצִיתִי — לֹא אֵלֵךְ. רָצָה מִבְּעוֹד יוֹם — עֵירוּבוֹ עֵירוּב. מִשֶּׁחָשֵׁיכָה, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: עֵירוּבוֹ עֵירוּב, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב.

Rav Yossef dit : as-tu retiré les tannaïm du monde ? C'est une discussion de tannaïm !

Car on enseigne : je fais un erouv pour les Chabbat de toute l'année. Si je l'ai voulu, j'irai.

Si je ne l'ai pas voulu, je n'irai pas. S'il a voulu pendant qu'il faisait encore jour, son erouv est un erouv.

Après la nuit, Rabbi Chimon dit : son erouv est un erouv. Et les Sages disent : son erouv n'est pas un erouv.

📜 Rachi (2)
רָצִיתִי אֵלֵךְ לֹא רָצִיתִי לֹא אֵלֵךְ הָיָה מֻונָּח עֵירוּבוֹ בְּסוֹף אַלְפַּיִם לַמִּזְרָח בְּמָקוֹם הַמִּשְׁתַּמֵּר וַהֲרֵי הוּא מַנִּיחוֹ שָׁם עַכְשָׁיו לְכָל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ שֶׁבְּשַׁבָּת שֶׁיִּרְצֶה יִקְנֶה לוֹ עֵירוּבוֹ וּבְשַׁבָּת שֶׁלֹּא יִרְצֶה יִהְיֶה כִּבְנֵי עִירוֹ וְלֹא יִקְנֶה לוֹ הָעֵירוּב לְהַפְסִידוֹ אַלְפַּיִם אַמָּה שֶׁבַּמַּעֲרָב:
Son erouv était déposé au bout de deux mille amot à l'est, dans un lieu gardé. Il le laisse la dès maintenant pour toute l'année. Le Chabbat où il voudra, son erouv lui acquerra le droit d'aller. Le Chabbat où il ne voudra pas, il sera comme les gens de sa ville, et l'erouv ne lui acquerra pas, afin de ne pas lui faire perdre les deux mille amot de l'ouest.
עֵירוּבוֹ עֵירוּב וְיֵשׁ בְּרֵירָה דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת דַּעְתֵּיהּ הָכִי הֲוָה:
Et il y a berera : au bein ha-chemachot, telle était sa pensée.
💡 Explication

Rav Yossef : le refus de la berera, même derabbanan, est déjà une mahloket de tannaïm. L'erouv est placé une fois pour tous les Chabbat de l'année. De jour, tout le monde valide. Après la nuit, Rabbi Chimon valide, les Sages invalident.

Rachi place l'erouv à l'est, à deux mille amot, dans un lieu gardé. Le Chabbat où il veut partir vers l'est, l'erouv joue. Le Chabbat où il ne veut pas, il reste comme les gens de sa ville et conserve les deux mille amot de l'ouest. Chez Rabbi Chimon, la volonté du crépuscule se clarifie après coup : yech berera.

12
וְהָא שָׁמְעִינַן לְרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּלֵית לֵיהּ בְּרֵירָה, קַשְׁיָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אַדְּרַבִּי שִׁמְעוֹן! אֶלָּא אִיפּוּךְ.

Or nous avons entendu que Rabbi Chimon n'admet pas la berera. Difficulté de Rabbi Chimon contre Rabbi Chimon !

Plutôt : inverse.

📜 Rachi (1)
וְהָא שָׁמְעִינַן לר"ש גַּבֵּי יַיִן הַבָּא מִבֵּין הַכּוּתִים:
Au sujet du vin qui vient d'entre les Koutim.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אִיפּוּךְ בְּלֹא אִיפּוּךְ הֲוָה אַשְׁכְּחַן תַּנָּא דְּבִדְרַבָּנַן לֵית לֵיהּ בְּרֵירָה רַבָּנָן דְּר"ש אֶלָּא דְּבָעֵי לְאוֹכוֹחֵי בְּהֶדְיָא שֵׁם הַתַּנָּא וּלְהָכִי מוּכָח דְּמִבַּעְיָא לָן לְמֵימַר אִיפּוּךְ וּלְכָךְ קָאָמַר אֶלָּא וּמִיהוּ לְפִי זֶה לָא אָתֵי שַׁפִּיר הָא דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ קָסָבַר מַאן דְּלֵית לֵיהּ בְּרֵירָה לָא שְׁנָא בִּדְרַבָּנָן לָא שְׁנָא בִּדְאוֹרָיְיתָא:
Sans inverser, nous aurions trouvé un tanna qui, pour une loi derabbanan, n'admet pas la berera : les Sages qui discutent avec Rabbi Chimon. Mais on veut prouver explicitement le nom du tanna. C'est pourquoi il est établi qu'il nous faut dire : inverse. C'est pourquoi il dit "plutôt". Toutefois, selon cela, ce qui est dit aussitôt après ne vient pas bien : il tient que celui qui n'admet pas la berera, sans distinction entre derabbanan et deoraita.
💡 Explication

Le vin des Koutim a déjà montré Rabbi Chimon du côté de l'absence de berera. Ici, il valide l'erouv après la nuit. Les deux leçons se heurtent. Inverse : après la nuit, c'est Rabbi Chimon qui invalide, et les Sages qui valident. On tient alors le nom cherché : Rabbi Chimon refuse la berera, y compris pour l'erouv.

Tossefot : les Sages de cette baraita suffisaient déjà, sans ipoukh, comme tanna du refus derabbanan. L'ipoukh sert à nommer le tanna. Il note que la phrase suivante, le bloc deoraita et derabbanan, s'accorde mal avec cette seule raison.

13
מַאי קַשְׁיָא? דִּילְמָא כִּי לֵית לֵיהּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרֵירָה — בִּדְאוֹרָייְתָא, אֲבָל בִּדְרַבָּנָן — אִית לֵיהּ!

Quelle est la difficulté ? Peut-être, là où Rabbi Chimon n'admet pas la berera, c'est pour une loi deoraita, mais pour une loi derabbanan, il l'admet !

💡 Explication

L'ipoukh n'est pas encore forcé. Le vin peut être deoraita, et l'erouv derabbanan. Rabbi Chimon refuserait la berera d'un côté et l'admettrait de l'autre. La baraita de l'année resterait dans sa leçon : après la nuit, son erouv est un erouv.

14
קָסָבַר רַב יוֹסֵף: מַאן דְּאִית לֵיהּ בְּרֵירָה, לָא שְׁנָא בִּדְאוֹרָייְתָא, לָא שְׁנָא בִּדְרַבָּנָן — אִית לֵיהּ. וּמַאן דְּלֵית לֵיהּ בְּרֵירָה, לָא שְׁנָא בִּדְאוֹרָיְיתָא וְלָא שְׁנָא בִּדְרַבָּנַן — לֵית לֵיהּ.

Rav Yossef tient : celui qui admet la berera, sans distinction entre deoraita et derabbanan, l'admet. Et celui qui n'admet pas la berera, sans distinction entre deoraita et derabbanan, ne l'admet pas.

🗂️ Tossefot (1)
קָסָבַר רַב יוֹסֵף וא"ת דְּהָכָא מַסִּיק רַב יוֹסֵף דִּלְרַבִּי שִׁמְעוֹן אֵין בְּרֵירָה וּבְרֵישׁ כָּל הַגֵּט (גִּיטִּין דַּף כֹּה.) אִית לֵיהּ בְּרֵירָה גַּבֵּי הֲרֵינִי בּוֹעֲלִיךְ עַל מְנָת שֶׁיִּרְצֶה אַבָּא וְי"ל דְּרַב יוֹסֵף מְחַלֵּק בֵּין תּוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ לְתוֹלֶה בְּדַעַת אֲחֵרִים כְּרַב מִשָּׁרְשְׁיָא דְּהָתָם וְרָבָא דְּלָא מְחַלֵּק הָתָם מַסִּיק הָכָא דִּלְרַבִּי שִׁמְעוֹן יֵשׁ בְּרֵירָה וְטַעֲמָא דְּאָסַר מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן רֵאשִׁית שֶׁשְּׁיָרֶיהָ נִיכָּרִין:
Et si tu dis : ici Rav Yossef conclut que, pour Rabbi Chimon, il n'y a pas de berera, et au début de Kol ha-Get (Guittin 25a) il admet la berera, au sujet de "je te prends pour épouse à condition que mon père consente". Il y a lieu de dire que Rav Yossef distingue entre celui qui suspend à sa propre décision et celui qui suspend à la décision d'autrui, comme Rav Mecharchia là-bas. Et Rava, qui ne distingue pas là-bas, conclut ici que, pour Rabbi Chimon, il y a berera, et la raison de l'interdit est que nous exigeons des prémices dont le reste est reconnaissable.
💡 Explication

Pour Rav Yossef, la berera ne se coupe pas. Qui l'admet l'admet pour la Tora et pour le décret. Qui la refuse la refuse des deux côtés. Dès lors, le vin et l'erouv doivent coïncider, et l'ipoukh reste.

Tossefot confronte Guittin 25a, où Rav Yossef laisse la berera à Rabbi Chimon pour "je te prends pour épouse à condition que mon père consente". La coupure qu'il retient : condition qui dépend de soi, condition qui dépend d'autrui, comme Rav Mecharchia. Rava, qui ne coupe pas ainsi, lira ici Rabbi Chimon du côté de la berera, et déplacera l'interdit du vin sur les prémices.

15
רָבָא אָמַר: שָׁאנֵי הָתָם, דְּבָעֵינַן ״רֵאשִׁית שֶׁשְּׁיָרֶיהָ נִיכָּרִין״.

Rava dit : là-bas, c'est différent, car nous exigeons "des prémices dont le reste est reconnaissable".

📜 Rachi (1)
רָבָא אָמַר טַעְמָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּיַיִן לָאו מִשּׁוּם דְּאֵין בְּרֵירָה הוּא דְּאִית לֵיהּ בְּרֵירָה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּקַרְייֵהּ רַחֲמָנָא לִתְרוּמָה רֵאשִׁית דְּגָנְךָ וְתִירוֹשְׁךָ מִכְּלָל שֶׁתְּהֵא מֻובְדֶּלֶת תְּרוּמָה מִשְּׁיָרֶיהָ בְּשָׁעָה שֶׁקּוֹרֵא עָלֶיהָ שֵׁם שֶׁתְּהֵא הִיא נִרְאֵית רֵאשִׁית וְאֵלּוּ שְׁיָרֶיהָ:
La raison de Rabbi Chimon pour le vin relève de ceci. Il admet la berera. L'interdit vient de ce que le Miséricordieux a appelé la terouma reshit deganekha ve-tirochekha (prémices de ton grain et de ton moût). On en tire que la terouma doit être séparée de son reste à l'heure où l'on prononce le nom sur elle, qu'elle paraisse comme prémices, et que ceci soit son reste.
💡 Explication

Rava laisse à Rabbi Chimon la berera, dans l'erouv comme ailleurs. Le vin des Koutim tombe pour une exigence propre à la terouma : elle est appelée reshit, prémices. Au moment du nom, on doit déjà voir ce qui est prélevé et ce qui reste.

Rachi le tire du verset des prémices du grain et du moût. Si la part prélevée et le reste ne se distinguent pas encore, le nom de terouma ne prend pas. La formule de la page : reshit she-shiraya nikarin.

16
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אֶלָּא מֵעַתָּה, הָיוּ לְפָנָיו שְׁנֵי רִמּוֹנִים שֶׁל טֶבֶל, וְאָמַר: אִם יֵרְדוּ גְּשָׁמִים הַיּוֹם יְהֵא זֶה תְּרוּמָה עַל זֶה, וְאִם לֹא יֵרְדוּ גְּשָׁמִים הַיּוֹם יְהֵא זֶה תְּרוּמָה עַל זֶה, הָכִי נָמֵי בֵּין יָרְדוּ בֵּין לֹא יָרְדוּ דְּאֵין בִּדְבָרָיו כְּלוּם?

Abaye lui dit : des lors, s'il avait devant lui deux grenades de tevel, et qu'il a dit : s'il pleut aujourd'hui, celle-ci sera terouma pour celle-là, et s'il ne pleut pas aujourd'hui, celle-là sera terouma pour celle-ci, de même, qu'il ait plu ou qu'il n'ait pas plu, ses paroles ne comptent pour rien ?

📜 Rachi (2)
הָיוּ לְפָנָיו שְׁנֵי רִמּוֹנִים כו' בְּהֶדְיָא הָוֵי לֵיהּ לְמִיפְרַךְ מֵהָא דִּלְקַמָּן דִּתְנַן תְּרוּמַת הַכְּרִי כו' אֶלָּא הִלְכְתָא דְּעָלְמָא נְקַט כְּלוֹמַר אִם בָּאתָה לִדְרֹושׁ בָּרַבִּים אַלִּיבָּא דר"ש אַתָּה דּוֹרֵשׁ עַל אֶחָד שֶׁהָיוּ לְפָנָיו שְׁנֵי רִמּוֹנִים כו':
Il aurait dû objecter explicitement de ce qui suit, la michna : la terouma du tas, etc. Il prend un cas courant. C'est-à-dire : si tu viens enseigner en public selon Rabbi Chimon, tu enseigneras au sujet d'un homme qui avait devant lui deux grenades, etc.
אֵין בִּדְבָרָיו כְּלוּם הוֹאִיל וּבִשְׁעַת קְרִיאַת הַשֵּׁם אֵינוֹ נִיכָּר אֵיזוֹ תְּרוּמָה וְאֵיזוֹ שְׁיָרֶיהָ דְּהָא הָכָא גַּבֵּי יַיִן נִיכָּרִין שְׁיָרֶיהָ לְאַחַר זְמַן כִּי הָכָא וְקָאָסַר ר' שִׁמְעוֹן:
Puisqu'à l'heure où l'on prononce le nom, on ne reconnaît pas laquelle est terouma et laquelle est son reste. Car voici : ici, pour le vin, le reste est reconnaissable après un temps, comme dans ce cas, et Rabbi Chimon interdit.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא מֵעַתָּה הָיוּ לְפָנָיו שְׁנֵי רִמּוֹנִים וא"ת וְלִיפְרֹוךְ ה"נ אִי הָוֵי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּאֵין בְּרֵירָה וְי"ל דְּאִי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּאֵין בְּרֵירָה הוּא אֵין תֵּימ' דְּוַדַּאי כֵּיוָן דְּאֵין בְּרֵירָה הָכִי נָמֵי דְּלָא הָוְיָא תְּרוּמָה אֲבָל אִי מִטַּעְמָא דְּבָעֵינַן רֵאשִׁית שֶׁשְּׁיָרֶיהָ נִיכָּרִין ה"נ דְּבִשְׁנֵי רִמּוֹנִין לָא הָוְיָא תְּרוּמָה וְהָא בִּשְׁנֵי רִמּוֹנִים לָא מִסְתַּבְּרָא שַׁפִּיר הַאי טַעְמָא וּמִיהוּ אִי אָמַר הָתָם הַאי טַעְמָא דְּרֵאשִׁית ה"נ אִית לָן לְמֵימַר גַּבֵּי רִמּוֹנִים דְּלָא מִסְתַּבֵּר לִפְלוּגֵי בְּהוּ וְהָא דְּמַיְיתִי מִתְּרוּמַת הַכְּרִי בְּתוֹכוֹ ר' שִׁמְעוֹן אוֹמֵר קָרָא שֵׁם לְמַאי דְּלָא יָדַע דְּאִיכָּא סְבִיבָיו הָוֵי מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי נָמֵי לְטַעְמָא דְּאֵין בְּרֵירָה וּמָהָרִ"י מְפָרֵשׁ דְּאִי טַעְמָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן מִשּׁוּם דְּאֵין בְּרֵירָה אָתֵי שַׁפִּיר דְּוַדַּאי הָיְתָה אַחַת מֵהֶן תְּרוּמָה וּמֻותָּר הַכֹּהֵן לְאָכְלָן ואע"ג דְּאֵין בְּרֵירָה דְּחַד מִינַּייְהוּ וַדַּאי תְּרוּמָה אֲבָל אַטַּעְמָא דְּרֵאשִׁית פָּרִיךְ שַׁפִּיר הָכִי נָמֵי דְּלָא הָוֵי כְּלָל תְּרוּמָה וְיִהְיֶה כֹּהֵן אָסוּר לְאָכְלָן וְכֵן בְּהַהִיא דִּתְרוּמַת הַכְּרִי בְּתוֹכוֹ קָרָא שֵׁם וְכֹהֵן מָצֵי אָכִיל לְכָל מַה שֶׁבְּתוֹךְ הַכְּרִי אע"ג דְּאֵין בְּרֵירָה:
Et si tu dis : qu'on objecte de même si la raison était l'absence de berera. Il y a lieu de dire : si la raison était l'absence de berera, il n'y a pas lieu de s'étonner. Puisqu'il n'y a pas de berera, de même il n'y aurait pas de terouma. Mais si la raison est que nous exigeons des prémices dont le reste est reconnaissable, de même, pour deux grenades, il n'y aurait pas de terouma. Or, pour deux grenades, cette raison ne se tient pas bien. Toutefois, s'il a dit là-bas cette raison des prémices, nous devons aussi la dire pour les grenades : il ne se tient pas de les distinguer. Et ce qu'il apporte de "la terouma de ce tas est à l'intérieur", où Rabbi Chimon dit qu'il a prononcé le nom, alors qu'on ne savait pas qu'il y a un pourtour : il aurait pu objecter aussi contre la raison de l'absence de berera. Le Ri explique : si la raison de Rabbi Chimon était l'absence de berera, cela s'arrange. L'une d'elles était certainement terouma, et le cohen peut les manger, bien qu'il n'y ait pas de berera, car l'une d'elles est certainement terouma. Contre la raison des prémices, l'objection porte bien : de même, il n'y aurait aucune terouma, et le cohen serait interdit de les manger. De même, dans le cas "la terouma de ce tas est à l'intérieur", il a prononcé le nom, et le cohen peut manger tout ce qui est à l'intérieur du tas, bien qu'il n'y ait pas de berera.
💡 Explication

Abaye pousse la raison de Rava. Deux grenades de tevel. La pluie décide laquelle sera terouma pour l'autre. Au moment où il parle, aucune n'est encore reconnaissable comme prémices, et l'autre comme reste. Pluie ou sécheresse, ses paroles tomberaient.

Rachi : le vrai texte à citer est la michna du tas, qui vient. Les grenades sont un cas qu'on peut enseigner en public. Il rappelle que, pour le vin aussi, le reste ne se voit qu'après coup, et que Rabbi Chimon interdit déjà là.

Tossefot : l'objection ne surprendrait pas si la raison était l'absence de berera. Elle surprend si la raison est le reste reconnaissable, car cette raison cadre mal avec deux grenades, et pourtant on devrait l'y appliquer. Le Ri : sans berera, une des deux est tout de même terouma, et le cohen peut manger. Avec l'exigence des prémices, il n'y aurait aucune terouma.

🖼️ Schéma
Deux grenades, une pluie, un seul nom S'il pleut aujourd'hui Grenade A = terouma pour la grenade B. B reste le reste, tevel mis en règle. S'il ne pleut pas Grenade B = terouma pour la grenade A. A reste le reste. Même phrase, rôles inversés. À l'heure où il parle, aucune des deux n'est encore reconnaissable comme prémices. Abaye : pluie ou pas, si le reste doit déjà se voir, ses paroles ne comptent pour rien.
La pluie donne la grenade A comme terouma. L'absence de pluie donne la grenade B. Au moment du nom, les deux rôles sont encore ouverts.
17
וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי, וְהִתְנָן: תְּרוּמַת הַכְּרִי הַזֶּה וּמַעְשְׂרוֹתָיו בְּתוֹכוֹ, וּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר זֶה בְּתוֹכוֹ. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: קָרָא הַשֵּׁם!

Et si tu dis : de même. Or nous avons appris : la terouma de ce tas et ses dîmes sont à l'intérieur, et la terouma de la dîme de ceci est à l'intérieur.

Rabbi Chimon dit : il a prononcé le nom !

📜 Rachi (2)
בְּתוֹכוֹ בְּאֶמְצָעִיתוֹ תְּהֵא תְּרוּמָתוֹ כְּדֵי שִׁיעוּר תְּרוּמָה וּמֵעַכְשָׁיו תְּהֵא לְהַתִּיר סְבִיבָיו:
En son milieu sera sa terouma, à la mesure de la terouma, et dès maintenant elle permettra ce qui est autour d'elle.
וּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר בְּתוֹכוֹ מִילְּתָא אַחֲרִיתִי הִיא כְּלוֹמַר אוֹ אִם הָיָה כְּרִי שֶׁל מַעֲשֵׂר וְאָמַר תְּהֵא תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁלּוֹ בְּתוֹכוֹ קָרָא שֵׁם וְעַד עַכְשָׁיו אִם אָכַל מִמֶּנּוּ לֹא הָיָה בּוֹ אֶלָּא אִיסּוּר שֶׁל טֶבֶל וּמֵעַתָּה אִם אֲכָלוֹ לוֹקֶה עָלָיו מִשּׁוּם תְּרוּמָה וּמִשּׁוּם מַעֲשֵׂר שֵׁנִי חוּץ לִירוּשָׁלַיִם וְאִם נִיטְמָא וַאֲכָלוֹ חַייָּב מִשּׁוּם אוֹכֵל תְּרוּמָה בְּטֻומְאָה:
C'est une autre chose. C'est-à-dire : ou bien, s'il y avait un tas de maaser, et qu'il a dit : que la terouma de la dîme de celui-ci soit à l'intérieur, il a prononcé le nom. Jusqu'à présent, s'il en mangeait, il n'y avait que l'interdit du tevel. Désormais, s'il le mange, il reçoit des coups pour la terouma et pour le maaser cheni hors de Yerouchalayim. Et s'il est devenu impur et qu'il le mange, il est coupable pour avoir mangé de la terouma en état d'impureté.
💡 Explication

Abaye prévoit la réponse "de même, les grenades sont nulles", et cite une michna. On dit : la terouma de ce tas, et ses dîmes, sont à l'intérieur, sans montrer l'endroit. De même pour la teroumat maaser. Rabbi Chimon : le nom est prononcé. La désignation tient.

Rachi lit "à l'intérieur" comme le milieu, à la mesure voulue. Ce milieu permet dès maintenant le pourtour. Second cas : un tas qui est déjà du maaser. Avant le nom, le manger n'était que du tevel. Après, les coups visent la terouma, le maaser cheni hors de Yerouchalayim, et la terouma mangée en impureté.

🖼️ Schéma
Le tas : terouma au milieu, reste autour Pourtour : reste certain dès maintenant, il est permis Milieu terouma, à sa mesure Rabbi Chimon : le nom est prononcé. Rava : le pourtour fait voir le reste. Il a dit au milieu. Les deux grenades n'ont pas ce pourtour. La phrase du tas, si.
Le milieu du tas porte la terouma, à sa mesure. Le pourtour est un reste déjà certain, et il est permis dès le nom.
18
שָׁאנֵי הָתָם — דְּאִיכָּא סְבִיבָיו.

Là-bas, c'est différent : il y a son pourtour.

📜 Rachi (1)
דְּאִיכָּא סְבִיבָיו שְׁיָרֶיהָ נִיכָּרִים דְּאִיהוּ בְּתוֹכוֹ קָאָמַר:
Son reste est reconnaissable, car c'est "à l'intérieur" qu'il a dit.
💡 Explication

Réponse de Rava. Dans le tas, il a placé la terouma au milieu. Le pourtour est donc, dès le nom, un reste certain : il n'est pas la terouma. L'exigence reshit she-shiraya nikarin est remplie, au moins pour une part du reste.

Les deux grenades n'ont pas ce pourtour. Chacune peut devenir la terouma de l'autre. Au moment du nom, rien n'est encore un reste sur.

19
וְאִי בָּעֵית אֵימָא — כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא, אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי מֵאִיר: אִי אַתָּה מוֹדֶה שֶׁמָּא יִבָּקַע הַנּוֹד, וְנִמְצָא זֶה שׁוֹתֶה טְבָלִים לְמַפְרֵעַ! אָמַר לָהֶן: לִכְשֶׁיִּבָּקַע!

Et si tu veux, dis selon la raison qui est enseignée. Ils ont dit à Rabbi Meir : n'admets-tu pas que l'outre peut se fendre, et que celui-ci se trouverait avoir bu du tevel rétroactivement ?

Il leur a dit : quand elle se fendra !

📜 Rachi (2)
וְאִיבָּעֵית אֵימָא ר' שִׁמְעוֹן אִית לֵיהּ בְּרֵירָה וְגַבֵּי יַיִן דְּקָאָסַר לָאו מִשּׁוּם דְּקָסָבַר אֵין בְּרֵירָה אֶלָּא כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא שֶׁמָּא יִבָּקַע הַנּוֹד קֹודֶם שֶׁיַּפְרִישׁ הֵימֶנּוּ וְנִמְצָא שֶׁשָּׁתָה טְבָלִין לְמַפְרֵעַ דְּבִשְׁלָמָא כִּי מַפְרִישׁ לָהּ לְאַחַר זְמַן אִיכָּא לְמֵימַר הַךְ דִּמְטָא הַשְׁתָּא לְחַלֵּק (בָּהֶן) יֵשׁ בְּרֵירָה דְּמֵעִיקָּרָא בְּתוֹךְ הַנּוֹד נָמֵי דִּידֵיהּ הֲוַאי מִשְּׁעַת קְרִיאַת שֵׁם וְחֻולִּין שָׁתָה אֲבָל כִּי בָּקַע הַנּוֹד וְלָא אִיבָּרַר לָהּ תְּרוּמָה מִינֵּיהּ מַאי יֵשׁ בְּרֵירָה אִיכָּא לְמֵימַר הָא אֲפִילּוּ לְבַסּוֹף לָאו לִכְלַל תְּרוּמָה אֲתַאי:
Rabbi Chimon admet la berera. Et pour le vin qu'il interdit, la raison enseignée est celle-ci : l'outre peut se fendre avant qu'il en prélève, et il se trouve avoir bu du tevel rétroactivement. Quand il prélève après un temps, on peut dire : cette part qui arrive maintenant au partage, il y a berera. Dès le début, à l'intérieur de l'outre aussi, elle était sienne dès l'heure où le nom a été prononcé, et c'est du houlin qu'il a bu. Mais si l'outre s'est fendue et que la terouma n'en a pas été clarifiée, quelle berera y a-t-il à dire ? Voici : même à la fin, elle n'est pas entrée dans la catégorie de terouma.
לִכְשֶׁיִּבָּקַע נְעַייֵּן בַּדָּבָר לְאָוסְרוֹ כְּלוֹמַר דְּלָא חָייְשִׁינַן לְהָכִי דְּלָא שְׁכִיחַ דְּאִי בָּעֵי מָסַר לֵיהּ לְשׁוֹמֵר:
Nous examinerons la chose pour l'interdire. C'est-à-dire : nous ne craignons pas cela, car cela arrive rarement. S'il veut, il le confie à un gardien.
💡 Explication

Autre lecture, qui cite la discussion déjà enseignée. Les Sages disent à Rabbi Meir : l'outre (nod) peut se fendre avant le prélèvement. Il aurait alors bu du tevel rétroactivement, puisque la terouma n'aura jamais été séparée. Rabbi Meir : on verra quand elle se fendra.

Rachi déploie les deux issues. S'il prélève plus tard, la berera dit : cette part était déjà la sienne dans l'outre, et il a bu du houlin. Si l'outre se fend sans prélèvement, rien n'est jamais devenu terouma, et la berera n'a plus rien à clarifier. On ne craint pas ce cas : il est rare, et il peut confier l'outre à un gardien. Le débat porte alors sur cette crainte, et Rabbi Chimon reste du côté de la berera.

20
וּלְמַאי דִּסְלֵיק אַדַּעְתִּין מֵעִיקָּרָא דְּבָעֵינַן רֵאשִׁית שֶׁשְּׁיָרֶיהָ נִיכָּרִין, מַאי קָאָמְרִי לֵיהּ?

Et selon ce qui nous était venu à l'esprit au début, que nous exigeons des prémices dont le reste est reconnaissable, que lui disaient-ils ?

🗂️ Tossefot (1)
וּלְמַאי דִּסְלֵיק אַדַּעְתִּין מֵעִיקָּרָא דְּבָעֲיָא רֵאשִׁית שֶׁשְּׁיָרֶיהָ נִיכָּרִין הָכִי נָמֵי הֲוָה מָצֵי לְמֵימְרָא לְטַעְמָא דִּבְרֵירָה:
Il aurait pu dire de même pour la raison de la berera.
💡 Explication

Retour sur la première lecture, celle des prémices. Si c'était là la difficulté du vin, les Sages auraient dû la dire à Rabbi Meir. Or ils lui parlent de l'outre qui se fend. Que disaient-ils, dans cette lecture ?

Tossefot : la même question pouvait viser la lecture par la berera. La Guemara la pose sur la lecture qui était d'abord en vue.

21
הָכִי קָאָמְרִי לֵיהּ: לְדִידַן — בָּעֵינַן רֵאשִׁית שֶׁשְּׁיָרֶיהָ נִיכָּרִין. לְדִידָךְ —

Voici ce qu'ils lui disaient : pour nous, nous exigeons des prémices dont le reste est reconnaissable. Pour toi -

💡 Explication

La réponse des Sages à Rabbi Meir se coupe à la fin du daf. Selon leur avis, la terouma doit être des prémices dont le reste se reconnaît. Selon l'avis de Rabbi Meir, la phrase continue au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).