Sougya : La page s'ouvre sur la fin du débat de l'outre : les Sages craignent qu'elle se fende et que l'on ait bu du tevel rétroactivement. Rabbi Meïr renvoie l'examen au moment où elle se fendrait.
La michna nouvelle porte sur un Yom tov attenant au Chabbat, avant ou après. Rabbi Eliezer permet deux érouvin, un par jour, vers des directions différentes, parce qu'il tient ces jours pour deux kédoushot.
Les Sages exigent une seule direction pour les deux jours, ou un érouv pour les deux jours ensemble. La Guemara montre que leurs deux phrases disent la même chose, puis déroule l'analogie du jour unique qu'on ne partage pas entre nord et sud.
Rabbi Eliezer répond par les deux kédoushot. Les Sages restent dans le doute et serrent des deux côtés.
Leur dernière objection, l'érouv qu'on ne pose pas d'abord le Yom tov pour le Chabbat, est renvoyée par Rabbi Eliezer à l'interdit de hakhana.
N'admets-tu pas que l'outre peut se fendre, et qu'il se trouve boire du tevel (denrées non prélevées) rétroactivement ? Il leur a dit : quand elle se fendra.
Dernière réplique de la sougya de l'outre, commencée à la page précédente. Les Sages disent à Rabbi Meir : l'outre (nod) peut se fendre avant que la terouma en soit prélevée. Il aurait alors bu du tevel rétroactivement. Rabbi Meir renvoie la question au jour où elle se fendrait.
Tossefot : ceux qui lisent le débat par la berera, ou par l'exigence de prémices dont le reste se reconnaît, doivent expliquer pourquoi la Guemara cite cette crainte de l'outre. Ce motif n'est pas le motif principal. On le pose quand même, pour entendre la réponse. Même démarche à Zevahim : la phrase " je les vois comme du bois " est une question adressée aux Sages, alors que le motif retenu par Rabbi Eliezer est le verset du moum.
Michna. Rabbi Eliezer dit : un Yom tov attenant au Chabbat, que ce soit avant lui ou après lui, un homme établit deux erouvin et dit : mon erouv, le premier jour vers l'est, et le second vers l'ouest ; le premier vers l'ouest, et le second vers l'est ; mon erouv le premier jour, et le second je suis comme les gens de ma ville ; mon erouv le second jour, et le premier je suis comme les gens de ma ville.
Michna du Yom tov collé au Chabbat : vendredi si le Yom tov précède, dimanche s'il suit. Rabbi Eliezer permet de fixer deux chevitot, une par jour. L'erouv de tehoumin déplace le centre des deux mille amot.
Quatre formules. Deux directions, est puis ouest, ou l'inverse. Ou un seul jour avec erouv, et l'autre comme les gens de la ville : deux mille amot dans toutes les directions, à partir de la ville, sans perdre le côté opposé. Rachi : les deux acquis se font des la veille du premier jour. Chacun ne vaut que pour son jour, parce que les deux journées sont deux kédoushot.
Le Roch recopie ici l'ensemble de la michna, jusqu'à la phrase où Rabbi Eliezer relève l'aveu des deux kédoushot. L'ordre de ses deux dernières formules est l'inverse de celui de la michna.
Et les Sages disent : ou bien il établit un erouv pour une seule direction, ou bien il n'établit aucun erouv. Ou bien il établit un erouv pour deux jours, ou bien il n'établit aucun erouv.
Les Sages ferment le partage. Première phrase : une seule direction, pour les deux jours, sinon pas d'erouv du tout. Rachi : même le cas où un seul jour serait comme la ville est refusé.
Deuxième phrase : un erouv qui couvre les deux jours, sinon rien. Rachi annonce l'objection de la Guemara : cette phrase répète la première.
Comment fait-il ? Il le porte le premier jour, il y fait tomber la nuit, il le prend et s'en va.
Le second jour, il y fait tomber la nuit, il le mange et s'en va. Il se trouve y gagner dans sa marche, et y gagner dans son erouv.
Procédure des Sages, pour un erouv valable les deux jours, dans une seule direction. Moli kho : le chalia'h porte le pain au lieu choisi. Machchikh alav : il reste jusqu'à la nuit, moment où l'erouv achète la chevita. Il reprend le pain, pour qu'il ne disparaisse pas avant le second soir, puis il le reporte.
Deux gains. La marche du lendemain, au-delà des deux mille de la ville, du côté de l'erouv. Et le pain, qu'il peut manger une fois la seconde nuit tombée. Rachi limite d'abord le récit au Yom tov d'avant le Chabbat, où le transport est possible. Si le Chabbat vient en premier, on ne déplace pas le pain ce jour-là : on va le lendemain vérifier qu'il est encore sur place.
S'il a été mangé le premier jour : son erouv vaut pour le premier, et son erouv ne vaut pas pour le second.
Cas où le pain disparaît après avoir acquis le premier soir. Le jour 1 garde son erouv. Le jour 2 n'en a plus. Rabbi Eliezer va s'appuyer sur cette coupure.
Rabbi Eliezer leur a dit : vous m'accordez que ce sont deux kédoushot.
Rabbi Eliezer retourne la fin de la michna. Si les Sages disent que le pain mangé ne vaut plus le jour 2, c'est que le premier bein ha-chemachot n'a pas acheté pour les deux jours. Donc deux kédoushot. Et s'il y en a deux, chacune peut prendre sa direction.
Guemara. Pour une seule direction : qu'est-ce donc ?
Pour deux jours. Pour deux jours : qu'est-ce donc ?
Pour une seule direction. C'est la première clause !
La Guemara lit les deux phrases des Sages l'une par l'autre. Une direction ne peut vouloir dire qu'un erouv posé pour les deux jours. Pour deux jours ne peut vouloir dire qu'une seule direction. Les deux clauses se répètent.
Rachi : le mai nihou n'est pas une vraie question. C'est une évidence, dite benihouta, d'un ton posé. D'où l'objection : pourquoi la michna le dit-elle deux fois ?
Voici ce que les Sages disaient à Rabbi Eliezer : n'admets-tu pas qu'on n'établit pas d'erouv pour un seul jour, moitié au nord et moitié au sud ? Il leur a dit : certes.
De même qu'on n'établit pas d'erouv pour un seul jour, moitié au sud et moitié au nord, de même on n'établit pas d'erouv pour deux jours, un jour à l'est et un jour à l'ouest.
Réponse à la répétition. Les deux phrases ne se copient pas : elles forment un raisonnement. Tu accordes, pour un seul jour, qu'on ne coupe pas la chevita entre nord et sud. Applique la même règle aux deux jours : pas l'est pour l'un et l'ouest pour l'autre.
Aval ici veut dire certes, c'est vrai. Rachi le rapproche de aval Sara, rendu par le Targoum kouchtah, en vérité. Rabbi Eliezer accorde le cas du jour unique. Il refuse le passage aux deux jours, au segment suivant.
Et Rabbi Eliezer ? Là-bas, une seule kedousha.
Ici, deux kédoushot.
La coupure du jour unique tient parce qu'il n'y a qu'une kedousha, donc une seule chevita. Yom tov et Chabbat collés sont, pour Rabbi Eliezer, deux kédoushot. Chacun des jours peut donc prendre sa direction.
Rabbi Eliezer leur dit : ne nous accordez-vous pas que, s'il a établi l'erouv par ses pieds le premier jour, il établit l'erouv par ses pieds le second jour ? Si son erouv a été mangé le premier jour, il ne sort pas en s'appuyant sur lui le second jour.
Deux faits que Rabbi Eliezer tient pour accordés. Érouv par les pieds : faute de pain, il se rend lui-même au bout des deux mille amot et y reste jusqu'à l'entrée du jour saint. Cet acquis ne dispense pas d'y retourner le second soir.
Pain mangé après le premier achat : le jour 2, on ne sort plus sur cet erouv. Dans les deux cas, le premier bein ha-chemachot ne couvre pas le second jour. C'est le signe, pour lui, de deux kedoushot.
Ils lui dirent : certes. Dès lors, ce sont bien deux kedoushot.
Et les Sages sont dans le doute : ici vers la houmra, et là vers la houmra.
Les Sages disent certes aux deux faits. Rabbi Eliezer conclut : ha là-i, dès lors ce sont deux kedoushot, même dans votre système. Rachi : l'expression est araméenne. Elle ne derache ni un verset ni une gezera chava.
Les Sages, eux, doutent. De crainte d'une seule kedousha, ils interdisent deux directions. De crainte de deux kedoushot, ils refusent, si le pain a été mangé, l'erouv du jour 2. Deux houmrot.
Tossefot : ce certes n'aligne pas les Sages sur Rabbi Eliezer. Lui, le pain disparu, rend l'homme comme les gens de sa ville. Eux, le doute le laisse hamor gamal, comme l'âne et le chameau : il ne marche que dans la zone permise selon les deux hypothèses à la fois. S'il n'y a qu'une kedousha, sa chevita reste au lieu de l'erouv. S'il y en a deux, il est ramené à la ville. L'intersection des deux tehoumim est plus étroite que chacun.
Le Roch enchaîne, au-delà de cet amoud, le psak de la sougya : la hakhana, l'achat de l'erouv au début du jour, la place à mille amot, l'erouv des pieds en silence, puis la baraïta de Rav Yehouda et le même pain selon Chmouel.
Ils dirent à Rabbi Eliezer : n'admets-tu pas qu'on n'établit pas d'erouv, pour la première fois, du Yom tov vers le Chabbat ? Il leur dit : certes.
Dès lors, c'est bien une seule kedousha !
Contre-attaque. Pour la première fois (batehila) : aucun erouv n'a été posé avant le Yom tov. On ne le pose pas pendant le Yom tov en vue du Chabbat. Les Sages lisent cet interdit comme la marque d'une seule kedousha : de même qu'au milieu d'un jour il est trop tard pour fixer la chevita.
Et Rabbi Eliezer : là-bas, c'est à cause de la hakhana.
Hakhana : préparer un jour saint pour un autre. Rabbi Eliezer accorde l'interdit de poser l'erouv le Yom tov pour le Chabbat, et il en donne ce motif. Rachi : il ne s'appuie pas ici sur l'idée d'un seul jour.
Tossefot demandent pourquoi ce motif est nécessaire. Sortir du tehoum est déjà interdit le Yom tov, et Beitsa 17a interdit déjà l'erouv de tehoumin d'un Yom tov à l'autre, la où la hakhana ne joue pas, puisque l'œuf pondu un jour est permis le suivant. Ri : le motif sert pour l'avis qui permet d'acquérir la chevita pendant le jour saint. Autre piste : l'objection vise aussi les erouvei hatserot, qui ne demandent pas de sortir du tehoum. Rav tient à la fois deux kedoushot, et l'interdit d'erouvin la veille quand le Yom tov tombe un vendredi : le motif qui reste est la hakhana. Rabbi, qui permet les cours et interdit les tehoumin, fait difficulté à qui permet l'acquisition de la chevita. Tossefot : Rabbi réserve la hakhana, et l'écarte des cours, parce que le Yom tov on peut déjà transporter d'une cour à l'autre.
Seconde glose. La hakhana est deoraïta. Cuire pour le Chabbat passe par l'erouv tavchilin, et Rabba l'appuie sur le hoil : puisque des invités peuvent venir, la cuisson sert aussi au Yom tov lui-même. Ritsba limite la hakhana à ce qui est nouveau, l'œuf et l'erouv. Cuire ou faire cuire au four reste, pour lui, une mise en état de l'aliment.
Nos maîtres ont enseigné : s'il a établi l'erouv par ses pieds le premier jour, il établit l'erouv par ses pieds le second jour. Si son erouv a été mangé le premier jour, il ne sort pas en s'appuyant sur lui le second jour.
Paroles de Rabbi.
Baraita. Rabbi, c'est Rabbi Yehouda ha-Nassi. Il reprend les deux règles que Rabbi Eliezer tenait pour accordées : refaire l'erouv des pieds, et ne plus sortir le jour 2 sur un pain déjà mangé.
Rachi ajoute l'issue pratique, du côté de Rabbi : le jour 2, l'homme est comme les gens de sa ville. Deux kedoushot certaines, sans le safek des Sages de la michna, donc sans la zone étroite du hamor gamal.
Rabbi Yehouda dit :
La phrase de Rabbi Yehouda s'ouvre ici et continue au daf suivant. Sur cette page, seul son nom est enseigné, en face des paroles de Rabbi.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).