Sougya : Le daf s'ouvre sur le hamor gamal : dans le doute des Sages, l'homme ne marche que dans les deux mille amot permises selon les deux lectures. Rav fixe la halakha comme quatre anciens, selon Rabbi Eliezer, deux kedoushot, et la Guemara inverse pour cela la baraita de Rabban Chimon ben Gamliel et de Rabbi Yichmael.
Rav Hisda, après la mort de Rav Houna, oppose à ce psak l'œuf que Rav interdit d'un jour saint à l'autre. Rabba répond par la hakhana : préparer un jour saint pour l'autre.
Abaye teste cette réponse sur l'erouv porté d'un jour à l'autre, sur le lagin, sur deux erouvin éloignés, et sur l'erouv des pieds. Rabba répond par l'achat au début du Chabbat, par le repas déjà propre dans la journée, par des pains posés à mille amot, et par le silence de celui qui est éveillé.
Le voici ânier et chamelier (hamor gamal).
Suite du doute des Sages, page précédente. L'homme est hamor gamal : l'ânier pousse par derrière, le chamelier mène par devant. Il ne marche que là où les deux lectures le laissent aller.
Rachi pose les deux craintes. Une seule kedousha : l'erouv vaut pour les deux jours, et les deux mille d'en face sont perdues. Deux kedoushot : l'erouv ne vaut qu'un jour, et l'autre jour il est comme la ville. Mima nafshakh, de toute façon, les deux mille d'origine restent permises.
Rabban Chimon ben Gamliel et Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, disent : s'il a établi l'erouv par ses pieds le premier jour, il n'établit pas l'erouv par ses pieds le second ; si son erouv a été mangé le premier jour, il sort en s'appuyant sur lui le second.
Baraita telle qu'elle est écrite ici : une seule kedousha. L'erouv des pieds du premier soir couvre le second, et le pain mangé le jour 1 fait encore sortir le jour 2. Rachi : les deux jours sont un seul jour long. Plus bas, la Guemara demandera d'inverser ce texte.
Rav a dit : la halakha suit ces quatre anciens, et selon l'avis de Rabbi Eliezer, qui a dit que ce sont deux kedoushot. Et voici les quatre anciens : Rabban Chimon ben Gamliel, Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, Rabbi Eliezer fils de Rabbi Chimon, et Rabbi Yossi bar Yehouda le setoumta.
Et il en est qui disent : l'un d'eux est Rabbi Elazar, et l'on en retire Rabbi Yossi bar Yehouda le setoumta.
Rav tranche comme quatre anciens, et ce psak est aligné sur Rabbi Eliezer : deux kedoushot. La liste nomme Rabban Chimon et Rabbi Yichmael, que la baraita précédente faisait parler pour une seule kedousha. Le heurt est pour le segment suivant.
Setoumta : Rachi, celui dont Rabbi a repris les dires, en beaucoup d'endroits, dans la Michna anonyme. Variante de la liste : Rabbi Elazar remplace Rabbi Yossi. Rachi : le tanna appelé Rabbi Elazar sans précision est Rabbi Elazar ben Chamoua. À distinguer de Rabbi Eliezer, l'auteur de la michna, et de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Chimon, qui est dans la liste.
Or Rabban Chimon ben Gamliel et Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, nous les avons entendus à l'inverse ! Inverse.
La baraita du début de page leur prête une seule kedousha. Rav les compte parmi ceux qui tiennent deux kedoushot. Réponse, un seul mot : inverse (ippoukh). On retourne les attributions de la baraita.
S'il en est ainsi, c'est exactement Rabbi ! Dis : et ainsi a dit Rabban Chimon ben Gamliel, etc.
Une fois la baraita inversée, leur avis coïncide avec celui de Rabbi, enseigné à la fin de la page précédente. La Guemara demande ce qui reste de leur parole. Réponse : lis ve-khen amar, et ainsi a dit. Ils s'alignent, ils n'ouvrent pas un autre différend.
Rachi donne le contenu de cet ainsi : pain mangé le jour 1, pas de sortie sur cet erouv le jour 2. C'est la lecture à deux kedoushot.
Comptons aussi Rabbi ! Rabbi l'a enseigné, et il ne le tenait pas.
Si l'avis est celui de Rabbi, pourquoi les quatre anciens sans lui ? Réponse : tani ve-la savar, il a enseigné et il ne tenait pas. Rachi : il rapporte la position de Rabbi Eliezer, sans en faire la sienne. On ne le compte donc pas parmi ceux dont Rav dit que la halakha suit l'avis.
Les Rabbins aussi l'ont enseigné et ne le tenaient pas ? Rav la tient d'une tradition reçue (guemara).
La même réserve pourrait viser Rabban Chimon et Rabbi Yichmael : le ve-khen serait une transmission, pas leur avis. Réponse : Rav ne lit pas seulement le libellé. Il a reçu de son maître que ces quatre tiennent comme Rabbi Eliezer. Rabbi, lui, reste dans le cas de celui qui enseigne sans tenir.
Quand Rav Houna mourut, Rav Hisda entra pour opposer une parole de Rav à une parole de Rav. Rav a-t-il dit : la halakha suit les quatre anciens, et selon l'avis de Rabbi Eliezer, qui a dit que ce sont deux kedoushot ?
Après la mort de Rav Houna, élève de Rav, Rav Hisda ouvre au beit hamidrach une contradiction interne : Rav contre Rav. La première parole est le psak de notre page, deux kedoushot.
Or on a enseigné : Chabbat et Yom tov, Rav a dit : un œuf pondu (nolada) dans l'un est interdit dans l'autre !
Seconde parole de Rav. Nolada : l'œuf pondu l'un des deux jours reste interdit l'autre jour, comme l'œuf pondu un Yom tov l'est ce jour-là. Cette rigueur se lit d'abord comme une seule kedousha. Elle heurte le psak des deux kedoushot.
Rabba a dit : là-bas, c'est à cause de la hakhana (préparation).
Rabba sépare les deux paroles de Rav. L'œuf interdit d'un jour à l'autre vient de la hakhana : on ne prépare pas un jour saint pour l'autre. Le psak des deux kedoushot peut rester.
Tossefot. Rabbeinou Tam retirait detanya, pour que le verset soit la parole de Rabba, comme le litemeih de Beitsa 2b. Réponse : Rabba a le premier apporté cette baraita au beit hamidrach, d'où le mot selon son raisonnement. On ne l'oppose pas à Rabbi Yo'hanan, qui refuse la hakhana : la baraita n'était peut-être pas de la maison de Rabbi Hiya et Rabbi Ochaya, et les tannaim divergent déjà en Beitsa 3a. L'autre lecture de Rachi, le mouktse deoraïta depuis Pessahim 47b, ne tient pas pour Tossefot, et là-bas Rabba s'est rétracté.
Car on a enseigné : Et ce sera le sixième jour, et ils prépareront. Un jour de hol (jour ordinaire) prépare pour le Chabbat, et un jour de hol prépare pour le Yom tov.
Le Yom tov ne prépare pas pour le Chabbat, et le Chabbat ne prépare pas pour le Yom tov.
Baraita du verset de la manne (Chemoth 16, 5). Le hol prépare pour le Chabbat et pour le Yom tov. Un jour saint ne prépare pas pour l'autre. C'est la hakhana que Rabba met sous l'interdit de l'œuf.
Tossefot. Une Mekhilta lit le verset : la manne ne tombait ni le Chabbat ni le Yom tov. D'autres midrachim, et la formule d'Ata kidashta, bénissent et sanctifient le jour par la manne, ce qui suppose qu'elle tombait un Yom tov. Alors ha-chichi, le sixième, désigne le jour déterminé, le hol, sur le modèle de la cuisse déterminée, la droite, à Houlin 91a.
Le Roch reprend ici tout le psak de la sougya, depuis l'aveu de Rabbi Eliezer jusqu'à la baraita de Rav Yehouda et au même pain selon Chmouel, y compris la suite qui dépasse cet amoud.
Abaye lui dit : mais ce que nous avons appris : comment fait-il ? Il le porte le premier jour, il y fait tomber la nuit, il le prend et s'en va.
Le second jour, il y fait tomber la nuit, il le mange et s'en va. Or il prépare du Yom tov pour le Chabbat !
Abaye ramène la michna du début du chapitre. La veille du premier jour, on porte le pain, on attend la nuit, on le reprend. La veille du second, on le reporte, on attend la nuit, on peut le manger. Si le premier jour est un Yom tov et le second le Chabbat, ce second geste a l'air d'une hakhana : préparer le Chabbat depuis le Yom tov.
Rabba lui dit : penses-tu que la fin du jour acquiert l'erouv ? Le début du jour acquiert l'erouv, et le Chabbat prépare pour lui-même.
Rabba déplace l'instant de l'achat. L'erouv acquiert la chevita au début du jour, quand le Chabbat est déjà entré. Le Chabbat prépare alors pour lui-même. Rachi : si l'achat était à la fin de la veille, encore Yom tov, le Yom tov préparerait pour le Chabbat.
S'il en est ainsi, qu'on établisse l'erouv avec un lagin (cruche) !
Lagin : la cruche d'Erouvin 36a. On la remplit de tevel et l'on dit : ceci sera teroumat maasser à la nuit. La désignation tient. Dire faites-en mon erouv ne tient pas.
Rachi lit la michna comme une preuve que l'erouv s'achète en fin de jour, tant que le vin est encore tevel. Abaye la retourne contre Rabba : si l'achat était au début du jour, après la nuit, le vin serait déjà prélevé et l'erouv aurait pu tenir.
Nous exigeons un repas propre dès qu'il fait encore jour, et il n'y en a pas.
Réponse à Abaye. L'erouv exige une seouda reouya, un repas déjà propre à être mangé mibeod yom, tant qu'il fait jour. Le vin du lagin est encore du tevel dans la journée. Il échoue pour cela. L'achat au début du jour, posé par Rabba, reste en place.
Mais ce que nous avons appris : Rabbi Eliezer dit : un Yom tov attenant au Chabbat, avant lui ou après lui, un homme établit deux erouvin. Or nous exigeons un repas propre dès qu'il fait encore jour, et il n'y en a pas.
Deuxième vague d'Abaye. Rabbi Eliezer permet deux erouvin, un par jour, en sens opposé. Si chaque pain est au bout des deux mille, le jour où la chevita est à l'est, le pain de l'ouest est à quatre mille. On ne peut pas l'atteindre tant qu'il fait jour. Le repas propre mibeod yom manque, et l'erouv du second jour ne devrait pas tenir.
Rachi : la ville où il a passé la nuit compte comme quatre amot. Il la traverse. Il ne fait pas un pas au-delà, vers le pain opposé. La première glose fixe la leçon : la question sur le repas propre fait bien partie du texte.
Tossefot. On ne se contente pas qu'un autre, dans le tehoum du pain, puisse le manger, sur le modèle de la terouma propre aux cohanim. Lui et son erouv doivent être dans le même tehoum, la nuit comme des le jour. Reste un étonnement : même l'achat en fin de jour suppose qu'il ne soit pas à quatre mille de son erouv. La question de la Guemara est donc plus étroite que la distance, à elle seule, ne le permettrait.
Penses-tu qu'il le dépose au bout de deux mille amot de ce côté, et au bout de deux mille amot de l'autre côté ? Non : il le dépose au bout de mille amot de ce côté, et au bout de mille amot de l'autre côté.
Dans le cas retenu, chaque pain de Rabbi Eliezer est à mille amot. De l'erouv de l'est à l'erouv de l'ouest, il y a deux mille : le jour où la chevita est à l'est, il atteint encore le pain de l'ouest tant qu'il fait jour.
Rachi compte le besoin de marche : trois mille. Mille jusqu'au pain, puis deux mille au-delà, du côté choisi ce jour-là. À deux mille de pose, le côté opposé est fermé dès le premier jour.
Mais ce qu'a dit Rav Yehouda : s'il a établi l'erouv par ses pieds le premier jour, il établit l'erouv par ses pieds le second jour ; s'il a établi l'erouv avec du pain le premier jour, il établit l'erouv avec du pain le second jour. Or il prépare du Yom tov pour le Chabbat !
Troisième vague. Rav Yehouda : on refait le second soir l'erouv des pieds, et l'erouv de pain. Abaye y voit une hakhana du Yom tov vers le Chabbat.
Rachi serre la question sur les pieds. Le pain du second soir est déjà résolu : l'achat est au début du jour, et le silence suffit. Pour les pieds, on aurait cru qu'il faut dire cheviti bi-mekomi, ma chevita est en mon lieu. On ne peut pas viser pile le début du jour. La formule serait dite tant qu'il fait jour, donc le Yom tov, et la parole elle-même préparerait le Chabbat.
Tossefot : pourquoi ne pas renvoyer la question à Rav Yehouda, qui tient la hakhana puisqu'il refuse un erouv de pain posé pour la première fois le second jour, et qui permet pourtant l'erouv des pieds ce second soir. Réponse : la phrase sur les pieds est la baraita d'en haut, où le tanna Rabbi Yehouda diverge de Rabban Chimon. On la cite sous le nom de l'amora Rav Yehouda parce qu'elle n'était pas connue. Preuve : Chmouel, son maître, la glose par le même pain. Rav Yehouda transmet une baraita.
Il lui dit : penses-tu qu'il y aille et qu'il dise quelque chose ? Il y va, il se tait, et il s'assoit.
Rabba retire la parole. Pour l'erouv des pieds du second soir, il va au lieu, il se tait, il s'assoit. Aucune formule n'est dite le Yom tov en vue du Chabbat. La hakhana par la parole ne s'y trouve pas.
Selon qui ? Selon Rabbi Yo'hanan ben Nouri, qui a dit : les biens en hefker (sans maître) acquièrent une chevita.
Abaye cherche l'auteur de l'acquisition sans parole. Rabbi Yo'hanan ben Nouri : les heftsei hefker, biens sans maître, acquièrent une chevita là où ils se trouvent. Rachi : le dormeur, assimilé à ces biens, acquiert aussi, au chapitre Mi chehotsiouhou.
Tossefot limitent d'abord cet avis au dormeur hors du tehoum. Dans la ville, il suit les pieds des gens de la ville. Réponse : là-bas, setam daato, son intention ordinaire est d'être comme eux. Le principe du hefker n'est pas réduit à l'extérieur du tehoum.
Même si tu dis les Rabbins. Les Rabbins ne contestent Rabbi Yo'hanan ben Nouri que pour celui qui dort, qui ne peut pas parler.
Mais pour celui qui est éveillé, qui, s'il voulait parler, le pourrait : même s'il n'a pas parlé, il est tenu pour quelqu'un qui a parlé.
Rabba ne se limite pas à Rabbi Yo'hanan ben Nouri. Selon les Rabbins aussi, le différend ne porte que sur le dormeur, qui ne peut pas parler. L'éveillé le pourrait. Son silence compte comme la parole. L'erouv des pieds sans formule tient, et aucune hakhana dite le Yom tov n'a eu lieu. Rachi fixe la leçon : be-ni'or, celui qui est éveillé.
Le Roch greffe ici la michna de celui qui ne reconnaît pas le lieu. Rabbi Hanina ben Antignos donne deux mille amot en rond. Les Sages, un carré, pour gagner les angles. Le Roch lit et il a dit sans en faire une condition : l'éveille acquiert même sans parole, comme notre sugya. Le riche au bord du tehoum, lui, n'acquiert que s'il a eu l'intention. Même démarche en Bava Metsia 11a : le champ acquiert le cerf blessé sans qu'on le dise. La parole de la michna sert la fin du texte, là où le cerf court encore et où les oisillons volent : là, dire mon champ me l'a acquis ne fait rien.
Rabba bar Rav Hanin dit à Abaye : si le maître avait entendu ce qu'on enseigne : qu'un homme n'aille pas jusqu'au bout de son champ pour savoir ce dont il a besoin ; de même,
Rabba bar Rav Hanin ouvre une objection que l'amoud coupe à kayotsa bo, de même. La baraita interdit, le Chabbat, d'aller au bout de son champ pour voir ce qu'il faudra y faire après le Chabbat. Rachi : la pointe vise Rabba, qui permet d'aller sur place des le jour, dès lors qu'on ne dit rien.
La suite de la baraita, la promenade jusqu'à la porte en vue du bain, est dans le Roch du segment précédent et au daf suivant. Ici le texte s'arrête sur de même.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).