Sougya : La page répond à la baraita qui interdit de se promener vers le bain à la fin du jour saint. Rabba ne se rétracte pas : là, la chose est manifeste ; pour l'erouv, elle ne l'est pas.
Un savant a été entraîné par son enseignement, un am ha-arets cherche son âne. La Guemara reprend la règle de Rav Yehouda : pieds et pain, d'un jour à l'autre.
Passer des pieds au pain est interdit, car nommer un erouv ce jour-là est une hakhana. Chmouel exige le même pain.
Rav Ashi le lit dans la michna. Les Rabbins y voient un conseil.
La michna de Rabbi Yehouda ouvre ensuite les deux jours de Roch Hachana : deux erouvin conditionnels, une condition sur la corbeille de tevel, un œuf pondu le premier jour. Rav identifie ceux qui refusent : Rabbi Yossi.
Pour lui, les deux jours sont une seule kedousha, dès lors que des témoins venus après la minha rendent les deux jours saints.
Un homme ne se promène pas à l'entrée de la ville (médina) afin d'entrer au bain aussitôt. Il s'est rétracté !
Fin de la question ouverte en 38b. La baraita interdit de s'avancer, avant la nuit, vers le bain. Rachi : la marche seule, sans aucune parole, suffit. Si l'erouv était interdit dès qu'on le dit, le silence le serait aussi. La Guemara en tire : Rabba s'est rétracté.
Le Roch reprend ici tout le psak de la sougya précédente : l'aveu de Rabbi Eliezer, les deux kedoushot selon Rav, la hakhana, l'achat au début du jour, le lagin, les pains à mille amot, le silence de l'éveille, puis la distinction de cette page et la règle de Rav Yehouda jusqu'au même pain de Chmouel.
Et il n'en est rien. Il l'a entendue, et il ne s'est pas rétracté.
Là, la chose est manifeste. Ici, la chose n'est pas manifeste.
Rabba a bien entendu la baraita. Il maintient l'erouv des pieds fait en silence. Le critère est moukha milta : est-ce que l'acte montre son but ?
Au champ, et à la porte de la ville, le but se lit. Le verset d'Isaie 58, 13 interdit de préparer son affaire. Jusqu'au tehoum, la marche vers l'erouv de demain ne se lit pas. Rachi commence ici le cas du savant. Le segment suivant le dit en clair, avec l'am ha-arets.
S'il est un savant (tsourba me-rabbanan), nous disons : un enseignement l'a entraîné. Et s'il est un am ha-arets, nous disons : son âne s'est perdu.
Deux lectures innocentes. Le savant est absorbé par une chemata. L'am ha-arets cherche un âne perdu. Personne n'en conclut qu'il pose un erouv pour demain.
Rachi, sur l'âne : le ramener dans le tehoum est permis même le Chabbat. L'observateur peut donc lui prêter ce but. Se préparer à un acte interdit le Chabbat, en revanche, reste interdit. La première glose, amri lakh, répond déjà à la michna du pain : la reprendre serait un conseil, pour ne pas la perdre. La Guemara le dira plus bas, face à Rav Ashi.
Le corps même de l'enseignement. Rav Yehouda a dit : s'il a établi l'erouv par ses pieds le premier jour, il établit l'erouv par ses pieds le second.
S'il a établi l'erouv avec du pain le premier jour, il établit l'erouv avec du pain le second jour.
Goufa : on reprend la phrase de Rav Yehouda pour elle-même. Deux cas où le mode reste le même d'un jour à l'autre : raglav, les pieds, ou pat, le pain. Le segment suivant ajoute le croisement des deux modes.
S'il a établi l'erouv avec du pain le premier jour, il établit l'erouv par ses pieds le second. S'il a établi l'erouv par ses pieds le premier jour, il n'établit pas l'erouv avec du pain le second, car on n'établit pas d'erouv pour la première fois avec du pain.
Le croisement n'est permis que dans un sens. Pain le premier jour, puis pieds le second : permis. Rachi précise : c'est quand le pain a été mangé.
Pieds le premier jour, puis pain le second : interdit. Ce pain n'a jamais porté le nom d'erouv. Le nommer maintenant, un jour saint, pour l'autre jour, est une hakhana. Rachi : on l'appelle chem erouv à l'instant même.
S'il a établi l'erouv avec du pain le premier jour, il établit l'erouv avec du pain le second jour. Chmouel a dit : et avec ce même pain.
Rav Ashi a dit : la michna aussi est précise, car elle enseigne : comment fait-il ? Il le porte le premier jour, il y fait tomber la nuit, il le prend et s'en va.
Le second, il y fait tomber la nuit, il le mange et s'en va.
Chmouel serre la règle du pain. Le second erouv reprend le même pain. Rachi : le nom a été posé hier. Aujourd'hui il se tait. Un pain neuf exigerait de dire maintenant chem erouv, et ce serait une hakhana.
Rav Ashi lit la michna. On emporte ce pain, on le rapporte le second soir, on peut alors le manger. Le texte suit un seul pain, pas un pain de rechange.
Et les Rabbins : peut-être que là, elle nous enseigne un bon conseil.
Les Rabbins refusent la précision de Rav Ashi. Rachi les nomme : Abaye et Rabba bar Hanan, ceux qui ont déjà pressé Rabba sur la hakhana.
Reprendre le pain serait une etsa tova, un conseil : ne pas le laisser sur place, où il se perd, et devoir en préparer un autre. S'il veut, un autre pain reste possible. La formule qu'il n'y a pas d'erouv pour le second vise la première acquisition, quand il ne refait pas d'erouv. Elle ne ferme pas la porte à un pain neuf.
Michna. Rabbi Yehouda dit : Roch Hachana, celui qui craignait qu'il soit fait plein, un homme établit deux erouvin, et il dit : mon erouv le premier jour à l'est, et le second à l'ouest.
Le premier à l'ouest, et le second à l'est. Mon erouv le premier jour, et le second comme les gens de ma ville.
Mon erouv le second jour, et le premier comme les gens de ma ville. Et les Sages ne l'ont pas admis.
Nouvelle michna. Le calendrier dépend encore des témoins. Roch Hachana peut durer un jour ou deux, selon que le tribunal a fait Eloul plein. Rachi : la michna parle de la diaspora, loin du tribunal.
Rabbi Yehouda permet de partager les deux jours. Deux erouvin, posés la veille, avec une condition : l'est pour l'un, l'ouest pour l'autre. Ou bien l'erouv un seul des deux jours, et l'autre jour ke-bnei iri, comme les gens de sa ville, dans les deux mille d'origine. Les Sages refusent : une seule kedousha.
Et Rabbi Yehouda a dit encore : un homme pose une condition sur la corbeille le premier jour saint, et il la mange le second.
Kalkala : une corbeille de tevel. Rabbi Yehouda permet un tenai, une condition à deux branches, parce qu'un des deux jours est hol à coup sûr.
Le jour 1 : si c'est hol, la part dite est terouma. Si c'est saint, la phrase est nulle. Séparer la terouma ce jour-là est une chevout. Le jour 2 : la phrase d'hier prend effet si aujourd'hui seul est hol. Si c'est l'inverse, la terouma date d'hier. Il mange le reste, il met de côté la terouma.
Et de même, un œuf pondu le premier jour sera mangé le second. Et les Sages ne l'ont pas admis.
Même logique pour l'œuf pondu le premier jour : un des deux jours est hol, donc on le mange le second. Les Sages refusent. Rachi relie le refus à la kedousha unique, et à l'interdit de séparer la terouma ces deux jours.
Tossefot. Le refus porte aussi sur l'œuf, même le second jour. Beitsa 3a confronte ce Rabbi Yehouda à celui de Chabbat 143a, sur les liquides sortis d'un fruit destiné à être mangé. Rabbi Yo'hanan répond par muhlefet ha-chita : on inverse les noms. Tossefot place l'inversion dans Hé-Havit. L'inverser ici ne servirait à rien : les Rabbins y sont déjà plus sévères que Rabbi Yehouda. Le psak de Rabbi Yo'hanan, halakha comme Rabbi Yehouda, vise la michna avant inversion. Après inversion, il suit Rabbi Meir. On n'inverse pas non plus toutes les clauses de notre michna.
Rabbi Dosa ben Harkinas dit : celui qui passe devant le teva (il officie) le jour saint de Roch Hachana dit : Fortifie-nous, Hachem notre D.ieu, le jour de ce Roch Hodesh, que ce soit aujourd'hui, que ce soit demain. Et le lendemain il dit : que ce soit aujourd'hui, que ce soit hier.
Et les Sages ne l'ont pas admis.
Rabbi Dosa met le doute dans la prière de celui qui passe devant le teva. Le jour 1 : fortifie-nous pour ce Roch Hodesh, aujourd'hui où demain. Le jour 2 : aujourd'hui où hier. Rachi lit hahalitsenou comme Nombres 32 : s'équiper, se presser.
Les Sages refusent. Rachi ouvre deux lectures, que la Guemara tranchera plus loin. Soit le refus vise le tenai : pour eux le premier jour est Roch Hodesh, sans doute. Soit il vise l'azkara : on ne mentionne pas Roch Hodesh dans Roch Hachana.
Guemara. Qui sont ceux qui ne l'ont pas admis ?
Rav a dit : c'est Rabbi Yossi. Car on a enseigné : les Sages conviennent à Rabbi Eliezer, pour Roch Hachana, quand on craignait qu'il soit fait plein : un homme établit deux erouvin, et il dit : mon erouv le premier jour à l'est, et le second à l'ouest.
Le premier à l'ouest, et le second à l'est. Mon erouv le premier jour, et le second comme les gens de ma ville.
Mon erouv le second jour, et le premier comme les gens de ma ville. Rabbi Yossi interdit.
Rav nomme l'auteur du refus : Rabbi Yossi. La baraita dit d'abord l'inverse pour les autres Sages. Eux contestent Rabbi Eliezer quand Chabbat et Yom tov se suivent : une seule kedousha. Pour Roch Hachana, ils conviennent : deux kedoushot, on peut poser deux erouvin. Rachi : un des deux jours est hol. On ignore si le mois a été sanctifié le 31, et le premier jour est hol, ou le 30, et le second est hol.
Rabbi Yossi interdit. Pour lui, les deux jours ont été institués aussi pour le cas des témoins après la minha. Le matin du 30, tamid et chant de hol. L'après-midi, un autre chant. Si les témoins arrivent après ce tamid, on sanctifie le lendemain, afin de dire le chant du jour saint, et l'on garde néanmoins le 30 saint jusqu'au bout. Les éloignés du tribunal gardent deux jours pour cette institution. Les deux jours sont saints ensemble.
Tossefot note l'inversion avec la halakha tenue. Comme Rav et les quatre anciens : Chabbat et Yom tov, deux kedoushot. Et l'œuf pondu l'un des jours de Roch Hachana reste interdit l'autre. Les Sages de la baraita tiennent le couple opposé : une kedousha pour Chabbat et Yom tov, deux pour Roch Hachana.
Le Roch fixe le psak. Comme Rabbi Yossi pour Roch Hachana : une kedousha. Pour les jours saints des galouyot, deux kedoushot. Corbeille et œuf : comme Rabbi Yehouda là-bas, pas à Roch Hachana.
Rabbi Yossi leur dit : ne convenez-vous pas que, si les témoins sont venus depuis la minha et au-delà, on tient ce jour-là pour saint, et le lendemain pour saint ?
La preuve de Rabbi Yossi tient en un aveu. Des témoins venus min ha-minha ou-lemaala, depuis la minha et au-delà : ce jour reste saint, et le lendemain aussi. Rachi : nous, éloignés du beit din, gardons le doute que ce cas ait eu lieu. Les deux jours sont alors saints ensemble. On ne les partage pas.
Tossefot demande ce qui reste de la divergence après Rabbi Yo'hanan ben Zakai, qui fait recevoir les témoins tout le jour. Pour Rabba, Beitsa 5a, l'œuf devient permis. Réponse : la portée reste vive pour Babel. En Erets Israël, l'usage a changé, on le voit. L'œuf est permis. À Babel, on a toujours fait deux jours. Rien n'a changé à leurs yeux. L'œuf reste interdit, une seule kedousha, comme du temps du Temple.
Rava, Beitsa 5b, interdit l'œuf même après cette institution. Tout près de la nuit, il n'y a plus le temps de recevoir les témoins. On tient quand même les deux jours pour saints. Les Nehardeens, qui permettent l'œuf, ne suivent pas Rabbi Yossi. Hors du tribunal, ils comptent deux kedoushot, en suivant la majorité des années où Eloul n'est pas plein, sur le modèle du seul jour de Yom Kippour (Roch Hachana 21a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).