Sougya : La page ferme la sougya du 9 Av un vendredi. Rabba a interrogé Rav Yehouda et Rav Houna sans réponse : c'était avant qu'ils entendent Rav.
Ensuite Mar Zoutra expose au nom de Rav Houna : on jeûne et on complète. Le chapitre Bekhol me'arvin s'achève.
La michna suivante : celui que des non-Juifs ou un roua'h ra'a ont fait sortir du tehoum n'a que quatre amot, sauf si on le ramène. Dans une ville close, un dir, un sahar ou un bateau, Rabban Gamliel et Rabbi Elazar ben Azarya lui donnent tout l'espace ; Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva, quatre amot.
Chemouel traite celui qui est sorti de son gré. Rabba permet de quitter les quatre amot pour la dignité des créatures.
Rav Pappa : des fruits revenus, même de propos délibéré, n'ont pas perdu leur place, car ils sont contraints.
Car si tu penses que c'est pour tous les cas : or Rabba l'a demandé à Rav Yehouda, et il ne lui a pas tranché !
Suite directe de 41a. L'enseignement les Sages disent : on jeûne et on complète a été limité à 'Hanouka et à Pourim. La preuve avancée ici : s'il visait tous les cas, y compris le 9 Av un vendredi, Rabba n'aurait pas quitté Rav Yehouda sans psak.
Et selon ton raisonnement : ce que Mar Zoutra a exposé au nom de Rav Houna, la halakha est qu'on jeûne et qu'on complète. Or Rabba l'a demandé à Rav Houna, et il ne lui a pas tranché ?!
L'objection retourne l'argument. Mar Zoutra cite bien un psak de Rav Houna : on jeûne et on complète. Or Rabba l'avait aussi interrogé sans recevoir de réponse. Le silence d'un maître, à un moment donné, n'empêche donc pas un psak ultérieur.
Tossefot lisent le psak comme une permission de compléter si l'on veut. La glose du Rachal, au nom des Tossefot Chantz, y voit une obligation, sur le modèle du 9 Av un dimanche, où Rabbi Yossi parle d'un début de jeûne tant qu'il fait jour.
Dis plutôt : ceci, avant qu'il l'entende, et ceci, après qu'il l'entende. Ici de même : ceci, avant qu'il l'entende, ceci, après qu'il l'entende.
Même découpage pour les deux maîtres. Avant d'avoir entendu Rav, ni Rav Houna ni Rav Yehouda ne tranchent devant Rabba. Après, ils rapportent : on jeûne et on complète. Les deux sont élevés de Rav. Rachi rattache l'enseignement entendu à la formule mais les Sages disent.
Mar Zoutra a exposé au nom de Rav Houna : la halakha est qu'on jeûne et qu'on complète.
La Guemara reprend à part la formule citée en passant. Ici le verbe est au pluriel : ils jeûnent et ils complètent. Rachi, sur la formule au singulier, fixe le cas : la veille de Chabbat.
Nous reviendrons à toi, Bekhol me'arvin.
Hadran : formule de clôture du chapitre. Bekhol me'arvin, avec tout on peut faire un erouv. Le chapitre suivant, Mi che-hotziouhou, commence au segment suivant.
Michna. Celui que des non-Juifs ont fait sortir, ou un roua'h ra'a : il n'a que quatre amot.
Nouvelle michna. Deux causes de sortie hors du tehoum malgré soi : des non-Juifs, ou un roua'h ra'a. Rachi : un ched, l'esprit se trouble, puis il revient à lui, déjà dehors. La mesure qui lui reste : quatre amot.
Tossefot rattachent la formule de la baraïta, contre sa volonté et celle de son Créateur. Les sorcelleries entrent dans le roua'h ra'a. Le yetser ha-ra reste un terrain où l'homme peut encore se garder.
S'ils l'ont ramène : c'est comme s'il n'était pas sorti.
Le retour forcé annule la sortie forcée. Il retrouve la chevitah d'origine : la ville compte comme quatre amot, puis deux mille amot au-delà, dans chaque direction.
S'ils l'ont conduit dans une autre ville, ou placé dans un dir ou un sahar, Rabban Gamliel et Rabbi Elazar ben Azarya disent : il parcourt le tout. Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva disent : il n'a que quatre amot.
Troisième cas : on le dépose dans un espace clos, ville murée, dir (parc à bétail) ou sahar (enclos). Rabban Gamliel et Rabbi Elazar ben Azarya : les cloisons font de tout l'espace l'équivalent de quatre amot, il circule partout. Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva : quatre amot à partir du point où on l'a posé.
Le Roch reprend la michna, le psak de Chemouel, puis la question des besoins naturels : uriner ou seulement évacuer, d'après Rabbi Yehouda de Barcelone, Rav Haï Gaon, et la marche du pikeah vers son tehoum.
Un fait : ils vinrent de Pelandarsin, et leur bateau prit le large. Rabban Gamliel et Rabbi Elazar ben Azarya parcoururent le tout.
Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva ne bougèrent pas de quatre amot, car ils voulurent être stricts pour eux-mêmes.
Le bateau a des cloisons, comme le dir et le sahar. Rabban Gamliel et Rabbi Elazar ben Azarya appliquent leur avis et parcourent le navire. Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva restent dans quatre amot. La michna dit qu'ils ont voulu être stricts pour eux-mêmes : la Guemara reviendra sur cette formule.
Une fois, ils n'entrèrent au port qu'une fois la nuit venue. Ils dirent à Rabban Gamliel : qu'en est-il pour nous, de descendre ?
Autre épisode, le même voyage. Le bateau n'atteint le namel (port) qu'après la tombée de la nuit. Descendre en ville pose la question du tehoum : ont-ils acquis leur résidence dans la ville au bein ha-chemachot ?
Il leur dit : vous êtes permis, car je regardais déjà, et nous étions dans le tehoum avant que la nuit tombe.
Rabban Gamliel avait surveillé la côte. Au bein ha-chemachot, le bateau était déjà dans le tehoum de la ville. La chévitah est acquise là. Descendre ensuite est permis.
Guemara. Les Sages ont enseigné : trois choses font passer l'homme outre sa volonté et outre la volonté de son Créateur.
Les voici : des non-Juifs, un roua'h ra'a, et les rigueurs de la pauvreté.
La baraïta explique les deux premiers cas de la michna, et en ajoute un troisième : dikdoukei aniyout, les rigueurs de la pauvreté. Ces trois choses font agir l'homme outre sa da'at et outre la da'at de son Créateur.
Le Ben Yéhoiada répond à la question qui suit, la portée pratique. Deux lectures : prier avant que ces maux arrivent, parce qu'une fois là ils empêchent la prière ; ou prier même Chabbat et Yom Tov, là où, pour d'autres souffrances, on s'abstient de crier.
Quelle est la conséquence pratique ? Demander rahamim pour eux.
Nafka mina : ces trois cas appellent une demande de rahamim. Le Ben Yéhoiada, au segment précédent, précise le moment et le jour de cette demande.
Trois ne voient pas la face du Guehinom. Les voici : les rigueurs de la pauvreté, la maladie des intestins, et la réchoout.
Et certains disent : aussi celui qui a une femme mauvaise.
Deuxième liste. Ces souffrances tiennent lieu de Guehinom. Réchoout : Rachi, des créanciers ; Rabbeinou Hananel, le pouvoir, d'après Avot : soyez circonspects envers la réchoout. Une opinion ajoute la femme mauvaise.
Et l'autre [avis] ? Une femme mauvaise, c'est une mitsva de la renvoyer.
L'avis qui n'ajoute pas la femme mauvaise : on peut mettre fin à cette souffrance. La mitsva est de la renvoyer. Une peine dont on peut sortir ne compte pas dans la liste.
Et l'autre [avis] ? Parfois sa ketouba est élevée.
Ou bien il a d'elle des enfants, et il ne peut pas la renvoyer.
L'avis qui l'ajoute : le renvoi est parfois bloqué. Ketouba trop lourde à payer, ou des enfants qu'il ne peut élever seul. La souffrance reste, et elle compte.
Quelle est la conséquence pratique ? Les recevoir avec amour.
Nafka mina de la liste du Guehinom : kabbalah be-ahavah, recevoir ces peines avec amour. Rachi : elles expient.
Trois meurent alors qu'ils parlent. Les voici : la maladie des intestins, la femme en couches, et le hidrokan.
Troisième liste. La mort peut survenir en pleine parole, sans que la vitalité visible ait cessé. Haya : la femme en couches. Hidrokan : Rachi, une maladie de la bouche, le la'az mouchga.
Quelle est la conséquence pratique : leur préparer une zévada.
Nafka mina : la zévada, le viatique du mort. Rachi : préparer les tachrikhin, les linceuls, parce que la mort peut être immédiate.
Rav Nahman a dit au nom de Chemouel : s'il est sorti de son gré, il n'a que quatre amot. C'est évident !
Maintenant que celui que des non-Juifs ont fait sortir n'a que quatre amot, celui qui est sorti de son gré, faut-il [le dire] ?!
Retour à la michna. Première formulation de Chemouel : sortie le-da'at, de son gré, quatre amot. La Guemara la trouve trop évidente : la sortie forcée elle-même ne laisse que quatre amot.
Dis plutôt : s'il est revenu de son gré, il n'a que quatre amot.
Deuxième lecture : on corrige sorti en revenu. Sortie forcée, puis retour voulu : le tehoum d'origine ne revient pas. Seul le retour par ceux qui l'avaient sorti, dans la michna, le rétablit.
Ceci aussi, nous l'avons enseigné : s'ils l'ont ramené, c'est comme s'il n'était pas sorti. C'est lorsqu'ils l'ont ramené qu'il est comme s'il n'était pas sorti ; mais s'ils l'ont fait sortir et qu'il est revenu de son gré, il n'a que quatre amot !
Le diyuk de la michna donne déjà ce cas. Ils l'ont ramené est la condition du rétablissement. Un retour de son gré, après une sortie forcée, laisse les quatre amot.
Dis plutôt : s'il est sorti de son gré et que des non-Juifs l'ont ramené, il n'a que quatre amot.
Troisième lecture, celle qui reste. On garde sorti de son gré, et on ajoute le retour par des non-Juifs. Même ramené de force, il n'a que quatre amot : la sortie voulue a fait perdre le tehoum.
Ceci aussi, nous l'avons enseigné : s'ils l'ont fait sortir et qu'ils l'ont ramené, c'est comme s'il n'était pas sorti. C'est lorsqu'ils l'ont fait sortir et qu'ils l'ont ramené qu'il est comme s'il n'était pas sorti ; mais s'il est sorti de son gré, non !
Nouveau diyuk. La michna rétablit le tehoum quand les mêmes ont fait sortir et ont ramené. Une sortie de son gré, suivie d'un retour forcé, reste dehors de ce cas.
C'est que tu aurais pu dire : elle enseigne par cas distincts. Celui que des non-Juifs ont fait sortir et qui est revenu de son gré n'a que quatre amot ; mais celui qui est sorti de son gré et que des non-Juifs ont ramené est comme s'il n'était pas sorti.
Il vient nous l'apprendre.
Sans Chemouel, on pourrait lire la michna le-tzedadin, en deux cas indépendants. Rachi : ils l'ont fait sortir laisserait toujours quatre amot, dehors ou revenu de son gré ; ils l'ont ramené serait une autre phrase : tout homme hors du tehoum que des non-Juifs ramènent retrouverait son tehoum, même si la sortie avait été voulue.
Ka machma lan : Chemouel enseigne que cette seconde branche ne tient pas. Sorti de son gré, puis ramené par eux : quatre amot. Tossefot : la Guemara réserve le-tzedadin à cette étape, pour garder les premiers mots de Rav Nahman, sorti de son gré.
Ils demandèrent à Rabba : s'il a eu besoin de se soulager, qu'en est-il ? Il leur dit : grande est la dignité des créatures, qui repousse un interdit de la Torah.
Première glose de Rachi clôt la discussion précédente : la fin de la michna, ils l'ont ramené, se rattache au début, ils l'ont fait sortir. Un seul cas, pas deux phrases séparées.
Puis la question à Rabba. L'homme bloqué dans ses quatre amot doit se soulager, et aucun endroit discret n'est là. Kevod ha-beriyot repousse un lo ta'asseh. Rachi : il s'agit de lo tassour, et les tehoumim eux-mêmes sont rabbiniques. Il peut donc sortir de ses quatre amot.
Les gens de Nehardea ont dit : s'il est avisé, il entre dans son tehoum, et une fois entré, il est entré.
Le pikeah utilise la permission. Il oriente sa sortie vers son tehoum d'origine. L'entrée se fait avec permission. Dès lors, il est comme celui que l'on a ramené : son tehoum premier lui revient. Le Roch, plus haut, détaille l'arrêt si un endroit discret se présente avant la limite, et les quatre amot nouvelles une fois l'odeur cessée.
Rav Pappa a dit : des fruits sortis hors du tehoum et revenus, même de propos délibéré, n'ont pas perdu leur place. Quelle est la raison ?
Ils sont contraints.
Les fruits n'ont pas de volonté. Sortis puis revenus, même be-mezid, ils gardent leur place : ils sont anoussin. Rachi sépare Yom Tov, où l'on peut porter : ville comme quatre amot, plus deux mille ; et Chabbat, où la question est de les manger la où ils sont revenus.
Tossefot : l'interdit de ce qui vient de hors du tehoum vise la chose encore dehors. Une fois revenue à sa place, même celui qui l'a sortie peut s'en servir. Cuire le Chabbat reste autre : interdit de la Torah.
Le Roch fixe la halakha comme Rav Pappa, puis enchaîne les psakim du chapitre : pas moyens dans la vallée, cloison dressée le Chabbat, et dir, sahar, bateau. Il rapporte d'abord l'usage de trancher comme Chemouel pour le bateau seul, puis revient à la règle Rav dans les interdits, appuyée sur Erouvin 44a et sur le Rif.
Rav Yossef bar Chemaya objecta à Rav Pappa : Rabbi Nehemia et Rabbi Eliezer ben Yaakov disent : ils sont toujours interdits, jusqu'à ce qu'ils reviennent à leur place par inadvertance. Par inadvertance, oui ; de propos délibéré, non !
L'objection demande deux conditions à la fois : retour à leur place et chogeg. Le diyuk refuse le retour be-mezid. Rachi : ni les déplacer hors de quatre amot, ni les manger.
C'est une discussion de tannaim. Car on a enseigné : des fruits sortis hors du tehoum, par inadvertance on les mange ; de propos délibéré on ne les mange pas.
Tannaï hi : Rav Pappa suit un tanna, Rabbi Nehemia et Rabbi Eliezer ben Yaakov en suivent un autre. La baraïta citée parle de la sortie, pas du retour : Rachi retire les mots et ils sont revenus de la lecture. Chogeg : on mange les fruits là où ils sont, s'il existe un erouv de ce côté, ou une ville voisine dont les habitants sont auprès d'eux.
Tossefot : be-mezid, l'interdit vise toute personne. Ailleurs, un objet venu de hors du tehoum pour un Juif reste permis à un autre. Ici, un Juif a commis l'interdit, et l'on est strict.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).