Eruvin 41a - Compléter le jeûne du 9 Av quand il tombe un vendredi

Eruvin 41a

Sougya : Suite de la baraita ouverte par Rava en 40b. Quand le 9 Av, ou sa veille, tombe un Chabbat, on mange à satiété, jusqu'au festin de Chelomo en son temps.

Quand le 9 Av tombe un vendredi, on apporte un kebeitsa pour ne pas entrer dans le Chabbat en état de me'ouneh. Rabbi Akiva le montre à ses élèves.

Rabbi Yossi exige de compléter le jeûne, et Oula tranche comme lui. La michna de Taanit, Rabban Gamliel et la baraita d'après sa mort tirent dans l'autre sens.

Ravina sépare la veille d'un yom tov rabbinique et la veille de Chabbat. Rav Yossef, rappelé par Abaye, rapporte que les Sages disent de compléter : la portée exacte s'ouvre ici et continue en 41b.

Que mange-t-on autour du 9 Av ? Baraita citée par Rava. Suite du dernier segment de 40b. Chabbat porte le jour ou la veille du 9 Av On mange et on boit selon son besoin. Même un festin de Chelomo en son temps. Rachi : en semaine, ni deux plats, ni viande, ni vin. Le Chabbat lève cela. Le 9 Av tombe un vendredi On apporte un kebeitsa (mesure d'un œuf). Il mange. But : ne pas entrer dans le Chabbat en état de me'ouneh (affligé par le jeûne). Rabbi Akiva, un vendredi de 9 Av : un œuf peu cuit, sans sel, pour montrer cette halakha.
Deux cas de la baraita : repas plein quand le Chabbat porte le 9 Av ou sa veille ; un kebeitsa quand le 9 Av est un vendredi.
Compléter le jeûne du vendredi ? Rabbi Yossi, la réponse des Sages, la michna de Rabban Gamliel. Rabbi Yossi On jeûne et on complète, jusqu'à la nuit. Preuve : 9 Av un dimanche. On cesse de manger de jour encore, Chabbat. On sort du Chabbat déjà affligé. Entrer affligé revient au même. Les Sages lui répondent Sortir du Chabbat : il a mangé et bu toute la journée. Le jeûne ne prend que la fin du jour. Entrer dans le Chabbat : il n'a rien pris de toute la journée. Michna, Rabbi Meir au nom de Rabban Gamliel Série déjà commencée : on n'interrompt pas. On ne complète pas Roch Hodech, 'Hanouka, Pourim. De même le 9 Av un vendredi. Oula : la halakha est comme Rabbi Yossi, on complète. Après la mort de Rabban Gamliel, Rabbi Yehochoua veut annuler. Rabbi Yo'hanan ben Nouri : la halakha est déjà fixée, on ne complète pas. Réponse : chaque génération a suivi son maître. Rav, rappelé à Rav Yossef : les Sages disent de compléter. La guemara limite d'abord cela à 'Hanouka et à Pourim. Suite en 41b.
Rabbi Yossi veut compléter. Les Sages séparent l'entrée et la sortie du Chabbat. La michna, elle, ne fait pas compléter.
Du fait familial à la distinction de Ravina Pourquoi le 10 Av des fils de Senav ne tranche pas pour le Chabbat. Rabbi Elazar ben Tsadok, au temps de Rabban Gamliel. Famille de Binyamin : korban etsim le 10 Av, yom tov depuis Ezra. Le 9 Av tombe un Chabbat : on le reporte au dimanche. On jeûne, on ne complète pas, parce que ce jour est leur yom tov. Yom tov de leurs paroles On peut y jeûner quelques heures. Donc on complète la veille. On entre dans le jour en état de me'ouneh. Le 10 Av entre dans ce cas. Chabbat On n'y jeûne pas, même quelques heures. Donc on ne complète pas la veille. Compléter le vendredi, c'est jeûner une part du Chabbat. Ravina : le fait de Rabbi Elazar ben Tsadok vise un yom tov rabbinique. Il ne prouve pas qu'au temps de Rabban Gamliel on complétât un vendredi de Chabbat.
Le yom tov du 10 Av explique un jeûne non complété. Ravina refuse d'en tirer la même règle pour la veille de Chabbat.
1
וְכֵן עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה כָּל צָרְכּוֹ, וּמַעֲלֶה עַל שֻׁולְחָנוֹ אֲפִילּוּ כִּסְעוּדַת שְׁלֹמֹה בִּשְׁעָתוֹ. חָל לִהְיוֹת תִּשְׁעָה בְּאָב בְּעֶרֶב שַׁבָּת — מְבִיאִין לוֹ כְּבֵיצָה וְאוֹכֵל, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּנֵס לַשַּׁבָּת כְּשֶׁהוּא מְעֻונֶּה.

Et de même, la veille du 9 Av qui tombe un Chabbat : on mange et on boit selon son besoin, et l'on dispose sur sa table même un repas comme le festin de Chelomo en son temps. Si le 9 Av tombe un vendredi, on lui apporte un kebeitsa (mesure d'un œuf) et il mange, afin de ne pas entrer dans le Chabbat alors qu'il est affligé (me'ouneh).

📜 Rachi (2)
וְכֵן עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת אע"פ שֶׁאִם חָל לִהְיוֹת בְּחוֹל לֹא יֹאכַל שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין וְלֹא יֹאכַל בָּשָׂר וְלֹא יִשְׁתֶּה יַיִן עַכְשָׁיו שֶׁהוּא שַׁבָּת אוֹכֵל כָּל צָרְכּוֹ:
Bien que, si cela tombe un jour de semaine, on ne mange pas deux plats cuits, on ne mange pas de viande et on ne boit pas de vin, maintenant que c'est Chabbat on mange selon son besoin.
בִּשְׁעָתוֹ שֶׁהָיְתָה שְׁעָתוֹ עוֹמֶדֶת לוֹ בְּמַלְכוּתוֹ דְּמֶלֶךְ וְהֶדְיוֹט הֲוָה:
En son temps : son temps le maintenait dans sa royauté, car il fut roi et simple particulier (hedyot).
💡 Explication

La baraita a été ouverte par Rava à la fin de 40b, sur les mots : un 9 Av qui tombe un Chabbat. Ce segment ajoute la veille du 9 Av qui tombe un Chabbat. Dans les deux cas, le Chabbat porte le repas : on mange selon son besoin, jusqu'à un festin de Chelomo en son temps.

Rachi rappelle la veille ordinaire du 9 Av : pas deux plats cuits, pas de viande, pas de vin. Le Chabbat lève ces limites.

Second cas : le 9 Av lui-même tombe un vendredi. On apporte un kebeitsa et il mange, pour ne pas entrer dans le Chabbat en état de me'ouneh.

2
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: פַּעַם אַחַת הָיִינוּ יוֹשְׁבִין לִפְנֵי רַבִּי עֲקִיבָא, וְתִשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת הָיָה. וְהֵבִיאוּ לוֹ בֵּיצָה מְגֻולְגֶּלֶת, וְגָמְעָה בְּלֹא מֶלַח. וְלֹא שֶׁהָיָה תָּאֵב לָהּ, אֶלָּא לְהַרְאוֹת לַתַּלְמִידִים הֲלָכָה.

On a enseigné. Rabbi Yehouda a dit : Une fois, nous étions assis devant Rabbi Akiva, et c'était un 9 Av qui tombait un vendredi.

On lui apporta un œuf peu cuit (megoulguelet), et il l'avala sans sel. Il n'en avait pas envie.

Il le fit pour montrer la halakha aux élèves.

📜 Rachi (2)
מְגֻולְגֶּלֶת צְלוּיָה רַכָּה:
Peu cuite : rôtie tendre.
לְהַרְאוֹת הֲלָכָה שֶׁאֵין מַשְׁלִימִין תַּעֲנִית עֶרֶב שַׁבָּת:
Pour montrer la halakha : on ne complète pas un jeûne la veille de Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
[בֵּיצָה מְגֻולְגֶּלֶת בְּפִי' ר"ח קַבָּלָה בְּיָדֵינוּ כִּי ר' עֲקִיבָא אוֹתָהּ שָׁנָה מְסֻוכָּן הָיָה וְהֵבִיאוּ לר"ע הָרוֹפְאִים לְגַמֵּעַ בֵּיצָה מְגֻולְגֶּלֶת בְּאַחֲרִית הַיּוֹם וְר' יְהוּדָה לֹא דִּקְדֵּק לְפִיכָךְ סָמַךְ עַל מַה שֶׁרָאָה וְלֹא יָדַע הָעִיקָּר עַל מֶה עָשָׂה כָּךְ וְתַמּוּז דְּהַאי שַׁתָּא מַלְּייֵהּ מַלְּיוּהּ לְפִיכָךְ חָל תִּשְׁעָה בְּאָב בְּעֶרֶב שַׁבָּת וְחָסְרוּ אָב וּבָא ר"ה בְּשַׁבָּת תוס' שאנ"ץ]:
Dans le commentaire de Rabbenou Hananel, nous tenons par tradition que Rabbi Akiva, cette année-là, était en danger. Les médecins lui firent apporter d'avaler un œuf peu cuit à la fin du jour. Rabbi Yehouda n'a pas scruté la chose. Il s'est appuyé sur ce qu'il avait vu, et il ne connaissait pas la raison véritable pour laquelle [Rabbi Akiva] avait agi ainsi. Le Tamouz de cette année fut un mois plein. C'est pourquoi le 9 Av tomba un vendredi. Ils rendirent Av défectif, et Roch Hachana arriva un Chabbat. Tossefot Chantz.
💡 Explication

Rabbi Yehouda rapporte un fait chez Rabbi Akiva : 9 Av un vendredi, œuf peu cuit, avalé sans sel. Le geste enseigne qu'on ne complète pas le jeûne la veille de Chabbat.

Tossefot citent Rabbenou Hananel : Rabbi Akiva était malade cette année-là, et l'œuf venait des médecins. Rabbi Yehouda aurait pris un soin pour une démonstration de halakha. Ils notent le calendrier : Tamouz plein, Av défectif, Roch Hachana un Chabbat.

3
וְרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים. אָמַר לָהֶן רַבִּי יוֹסֵי: אִי אַתֶּם מוֹדִים לִי בְּתִשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּאֶחָד בַּשַּׁבָּת, שֶׁמַּפְסִיק מִבְּעוֹד יוֹם? אָמְרוּ לוֹ: אָבֵל. אָמַר לָהֶם: מַה לִּי לִיכָּנֵס בָּהּ כְּשֶׁהוּא מְעֻונֶּה, מַה לִּי לָצֵאת מִמֶּנָּה כְּשֶׁהוּא מְעֻונֶּה.

Et Rabbi Yossi dit : on jeûne et on complète. Rabbi Yossi leur dit : Ne m'accordez-vous pas, pour le 9 Av qui tombe un dimanche, qu'on interrompt [le repas] de jour encore ?

Ils lui dirent : En effet. Il leur dit : Qu'importe d'entrer dans [le Chabbat] alors qu'on est affligé, qu'importe d'en sortir alors qu'on est affligé.

📜 Rachi (5)
שֶׁהוּא מַפְסִיק סְעוּדָה:
Qu'il interrompt : le repas.
מִבְּעוֹד יוֹם שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱכֹול מִבְּעוֹד יוֹם וּמְקַבֵּל תַּעֲנִית עָלָיו מִשֶּׁגָּמַר לֶאֱכֹול ואע"פ שֶׁהוּא שַׁבָּת:
De jour encore : il doit manger de jour encore, et il accepte le jeûne sur lui dès qu'il a fini de manger, bien que ce soit encore Chabbat.
אֲבָל בֶּאֱמֶת:
En effet : en vérité.
וּמַה לִי לִיכָּנֵס כְּשֶׁהוּא מְעֻונֶּה כְּגוֹן שֶׁהִשְׁלִים בְּעֶרֶב שַׁבָּת תַּעֲנִיתוֹ:
Et qu'importe d'entrer alors qu'il est affligé : par exemple s'il a complété son jeûne le vendredi.
וּמַה לִי לָצֵאת מִמֶּנָּה כְּשֶׁהוּא מִתְעַנֶּה שֶׁמַּתְחִיל תַּעֲנִיתוֹ מִבְּעוֹד יוֹם:
Et qu'importe d'en sortir alors qu'il jeûne : car il commence son jeûne de jour encore.
🗂️ Tossefot (1)
אִי אַתֶּם מוֹדִים בְּתִשְׁעָה בְּאָב וא"ת וְהָא אָמַר שְׁמוּאֵל בְּפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נד:) תִּשְׁעָה בְּאָב בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ מֻותָּר וְי"ל דְּמ"מ מַתְחִיל מִבְּעוֹד יוֹם לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְכַוֵּין תְּחִילַּת הַלַּיְלָה וְעוֹד דְּר' יוֹסֵי סְבִירָא לֵיהּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כְּהֶרֶף עַיִן וְאֵין אָדָם יָכוֹל לַעֲמֹוד עָלָיו וְאֵין לְפָרֵשׁ דְּהָכִי קָאָמַר דְּהֵיכָא דְּהִפְסִיק סְעֻודָּתוֹ דְּהָוֵי כְּמוֹ קַבָּלַת תַּעֲנִית בְּשַׁבָּת דְּהָא לָא מָצֵי קַבֵּיל תַּעֲנִית בְּשַׁבָּת עָלֶיהָ וְעוֹד דְּאָמְרִינַן דַּאֲפִילּוּ יוה"כ דְּתוֹסֶפֶת שֶׁלּוֹ דְּאוֹרָיְיתָא שָׁרִי לֶאֱכֹול אע"פ שֶׁכְּבָר הִפְסִיק כִּדְאָמְרִינַן בְּאִיְּכָה רַבָּתִי ר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אֲזַל לִנְצִיבִין בְּעַרְבָּא צוֹמָא רַבָּא אֲזַל רֵישׁ כְּנִישְׁתָּא לְזַמּוֹנֵי לֵיהּ א"ל כְּבָר אֲכַלִי וּפָסְקִי א"ל אַשְׁגַּחאי עָלַי דְּלָא לֵימָא גַּבְרָא רַבָּא הוּא דְּלָא אַשְׁגַּח עִילָּוֵיהּ אָזֵיל עִמֵּיהּ וּמַסִּיק הָתָם דְּאָכַל מִכָּל עִיגּוּל חַד פְּתִיתָא וּמִכָּל מַאֲכָל פַּת אֶחָד וּמִכָּל חָבִית חַד כּוֹס:
Ne m'accordez-vous pas au sujet du 9 Av. Et si tu dis : or Chemouel a dit, au chapitre Makom chenahagou (Pessahim 54b), que le bein hachemashot (crépuscule) du 9 Av est permis. On répond : malgré cela, on commence de jour encore, car on ne peut pas viser le début de la nuit. Et encore : Rabbi Yossi tient que le bein hachemashot est comme un clin d'œil, et personne ne peut le cerner. On ne peut expliquer ainsi : là où il a interrompu son repas, ce serait comme une acceptation du jeûne pendant Chabbat. Car on ne peut pas accepter un jeûne sur soi pendant Chabbat. Et encore : nous disons que même pour Yom ha-Kippourim, dont la tossefet (temps ajouté) est de la Torah, il est permis de manger bien qu'on ait déjà cessé, comme nous le disons dans Eikha Rabbati. Rabbi Yehouda ben Beteira alla à Netzivin la veille du grand jeûne. Le chef de la synagogue alla l'inviter. Il lui dit : j'ai déjà mangé et j'ai cessé. [L'autre] lui dit : fais attention à moi, afin qu'on ne dise pas qu'un grand homme n'a pas fait attention à lui. Il alla avec lui. Et l'on conclut là-bas qu'il mangea, de chaque galette, une miette, de chaque plat un morceau, et de chaque tonneau une coupe.
💡 Explication

Rabbi Yossi : on jeûne et on complète, jusqu'à la sortie des étoiles, même un vendredi.

Son argument : quand le 9 Av tombe un dimanche, on cesse le repas de jour encore, pendant le Chabbat, et l'on accepte le jeûne dès la fin du repas. On sort donc du Chabbat en état de me'ouneh. Entrer dans le Chabbat dans le même état lui paraît équivalent.

Tossefot : Chemouel permet le bein hachemashot du 9 Av. On commence pourtant de jour, parce qu'on ne vise pas le début exact de la nuit. Ils écartent aussi l'idée d'une kabbalat ta'anit (acceptation du jeûne) prononcée le Chabbat. Même la tossefet de Yom ha-Kippourim, qui est de la Torah, laisse encore manger après qu'on a cessé.

🖼️ Schéma
Rabbi Yossi : sortir affligé, entrer affligé 9 Av un dimanche Veille = Chabbat. On cesse le repas de jour encore. On sort du Chabbat en me'ouneh. 9 Av un vendredi On complète. On entre dans le Chabbat en me'ouneh. Rabbi Yossi : même situation. Réponse des Sages Sortir : journée mangée. Entrer : journée à jeun. L'affliction n'a pas le même poids. Voir le segment suivant. Rachi : dès la fin du repas, on accepte le jeûne, bien que ce soit encore Chabbat.
Le parallèle de Rabbi Yossi : la fin du Chabbat veille de 9 Av, et l'entrée du Chabbat quand le 9 Av est un vendredi.
4
אָמְרוּ לוֹ: אִם אָמַרְתָּ לָצֵאת מִמֶּנָּה — שֶׁהֲרֵי אָכַל וְשָׁתָה כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ, תֹּאמַר לִיכָּנֵס בָּהּ כְּשֶׁהוּא מְעֻונֶּה, שֶׁלֹּא אָכַל וְשָׁתָה כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ.

Ils lui dirent : Si tu as dit [cela] pour en sortir, c'est qu'il a mangé et bu toute la journée. Dira-t-on [la même chose] pour y entrer alors qu'il est affligé, lui qui n'a ni mangé ni bu de toute la journée ?

💡 Explication

Les Sages séparent les deux bouts du Chabbat. En sortir affligé : la journée a été mangée et bue, le jeûne ne couvre que la fin. Y entrer affligé : rien n'a été pris de la journée. Le poids du me'ouneh n'est pas le même.

5
וְאָמַר עֻולָּא: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. וּמִי עָבְדִינַן כְּרַבִּי יוֹסֵי? וּרְמִינְהִי: אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית עַל הַצִּיבּוּר בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים, בַּחֲנֻוכָּה וּבְפוּרִים. וְאִם הִתְחִילוּ — אֵין מַפְסִיקִין, דִּבְרֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל. אָמַר רַבִּי מֵאִיר: אַף עַל פִּי שֶׁאָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֵין מַפְסִיקִין, מוֹדֶה הָיָה שֶׁאֵין מַשְׁלִימִין, וְכֵן בְּתִשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת.

Et Oula dit : la halakha est comme Rabbi Yossi. Et pratique-t-on comme Rabbi Yossi ?

On objecte : On ne décrète pas de jeûne sur le public aux Roch Hodech, à 'Hanouka et à Pourim. Et s'ils ont commencé, on n'interrompt pas.

Paroles de Rabban Gamliel. Rabbi Meir dit : Bien que Rabban Gamliel ait dit qu'on n'interrompt pas, il reconnaissait qu'on ne complète pas.

Et de même pour le 9 Av qui tombe un vendredi.

📜 Rachi (3)
וְאִם הִתְחִילוּ שֶׁהִתְחִילוּ לְהִתְעַנּוֹת כ' אוֹ ל' יוֹם וְנִכְנְסוּ בָּהֶן יְמֵי חֲנֻוכָּה אוֹ רֹאשׁ חֹדֶשׁ:
Et s'ils ont commencé : ils ont commencé à jeûner vingt ou trente jours, et les jours de 'Hanouka ou un Roch Hodech sont tombés au milieu.
שֶׁאֵין מַשְׁלִימִין תַּעֲנִית בַּחֲנֻוכָּה וְרֹאשׁ חֹדֶשׁ לְהִתְעַנּוֹת כָּל הַיּוֹם:
Qu'on ne complète pas : le jeûne, à 'Hanouka et à Roch Hodech, [on ne le poursuit] pas toute la journée.
וְכֵן בְּתִשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל בע"ש נָמֵי אֵין מַשְׁלִימִין:
Et de même pour le 9 Av qui tombe un vendredi : on ne complète pas non plus.
🗂️ Tossefot (1)
מוֹדֶה הָיָה שֶׁאֵין מַשְׁלִימִין מַשְׁמַע דְּרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ סָבְרִי דַּאֲפִילּוּ מַפְסִיקִין וּלְקַמָּן אָמְרִינַן זוֹ דִּבְרֵי ר' מֵאִיר שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר"ג אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים אַלְמָא אַדְּרַבָּה דִּלְרַבָּנָן מַשְׁלִימִין וְשֶׁמָּא הָנְהוּ חֲכָמִים דִּפְלִיגִי אַדְּרַבִּי מֵאִיר סָבְרִי דְּמַשְׁלִימִין וְהָכָא קָאָמַר מוֹדֶה לְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי אַרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְהָנְהוּ סְבִירָא לְהוּ דְּמַפְסִיקִין:
Il reconnaissait qu'on ne complète pas. Cela implique que les Sages qui discutent avec lui tiennent qu'on interrompt même. Et plus loin nous disons : ceci est la parole de Rabbi Meir, dite au nom de Rabban Gamliel, mais les Sages disent : on jeûne et on complète. On en tire donc que, pour les Sages, on complète. Peut-être : ces Sages qui discutent avec Rabbi Meir tiennent qu'on complète, et ici il dit qu'[Rabban Gamliel] reconnaissait [le point] aux Sages qui discutent avec Rabban Gamliel, et ceux-là tiennent qu'on interrompt.
💡 Explication

Oula tranche comme Rabbi Yossi : on complète. La guemara demande si la pratique suit.

La michna de Taanit : pas de jeûne public nouveau à Roch Hodech, 'Hanouka, Pourim. Si la série a déjà commencé, Rabban Gamliel ne l'interrompt pas. Rabbi Meir : il reconnaissait pourtant qu'on ne complète pas la journée. La même règle vaut pour le 9 Av un vendredi. Cela heurte le pesak d'Oula.

Tossefot notent deux groupes appelés Sages. Ceux qui discutent avec Rabbi Meir font compléter. Ceux qui discutent avec Rabban Gamliel font interrompre la série. Le mot mishlimin (compléter) et le mot mafsikin (interrompre) ne visent pas le même débat.

6
וְתַנְיָא: לְאַחַר פְּטִירָתוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל, נִכְנַס רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְהָפֵר אֶת דְּבָרָיו. עָמַד רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי עַל רַגְלָיו וְאָמַר: חָזֵי אֲנָא דְּבָתַר רֵישָׁא גּוּפָא אָזֵיל. כָּל יָמָיו שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל קָבַעְנוּ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ, עַכְשָׁיו אַתָּה מְבַקֵּשׁ לְבַטֵּל דְּבָרָיו?! יְהוֹשֻׁעַ, אֵין שׁוֹמְעִין לְךָ, שֶׁכְּבָר נִקְבְּעָה הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְלֹא הָיָה אָדָם שֶׁעִרְעֵר בַּדָּבָר כְּלוּם.

Et on a enseigné : Après le décès de Rabban Gamliel, Rabbi Yehochoua entra pour annuler ses paroles. Rabbi Yo'hanan ben Nouri se leva et dit : Je vois que le corps suit la tête.

Tous les jours de Rabban Gamliel, nous avons fixé la halakha comme lui. Maintenant, tu cherches à annuler ses paroles ?

Yehochoua, on ne t'écoute pas, car la halakha a déjà été fixée comme Rabban Gamliel. Et il n'y eut personne qui contestât quoi que ce soit.

📜 Rachi (3)
לְבַטֵּל אֶת דְּבָרָיו וְלוֹמַר מַשְׁלִימִין:
Pour annuler ses paroles : et pour dire qu'on complète.
חָזֵי אֲנָא דְּבָתַר רֵישָׁא גּוּפָא אָזֵיל רוֹאֶה אֲנִי בְּדִין וּבְדָת שֶׁצְּרִיכִין אָנוּ לְהַלֵּךְ אַחַר דִּבְרֵי הָרִאשׁוֹנִים:
Je vois que le corps suit la tête : je vois, en droit et en usage, que nous devons suivre les paroles des premiers.
וְלֹא הָיָה אָדָם כו' אַלְמָא אֵין מַשְׁלִימִין:
Et il n'y eut personne, etc. : on en tire qu'on ne complète pas.
💡 Explication

Après la mort de Rabban Gamliel, Rabbi Yehochoua veut annuler sa parole, donc faire compléter le jeûne. Rabbi Yo'hanan ben Nouri : le corps suit la tête, on reste sur la halakha déjà fixée. Personne ne conteste. Preuve, pour la guemara, que la pratique était de ne pas compléter.

7
בְּדוֹרוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל עֲבוּד כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל, בְּדוֹרוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי עֲבוּד כְּרַבִּי יוֹסֵי.

Dans la génération de Rabban Gamliel, on a agi comme Rabban Gamliel. Dans la génération de Rabbi Yossi, on a agi comme Rabbi Yossi.

📜 Rachi (1)
בְּדוֹרוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי דַּהֲוָה בָּתַר הָכִי שִׁבְקוּהָ לדר"ג וְקָבְעוּ הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּמֻותָּר:
Dans la génération de Rabbi Yossi : qui vint ensuite. On abandonna l'avis de Rabban Gamliel et l'on fixa la halakha comme Rabbi Yossi, à savoir que c'est permis.
💡 Explication

Réponse : chaque génération a suivi son maître. Au temps de Rabban Gamliel, on ne complète pas. Au temps de Rabbi Yossi, venu ensuite, on fixe la halakha comme lui.

Rachi écrit que cette halakha est permise (mutar). Dans la sougya, l'avis de Rabbi Yossi est de compléter : entrer dans le Chabbat en état de me'ouneh est admis.

8
וּבְדוֹרוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל עֲבוּד כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל? וְהָתַנְיָא, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר (בֶּן) צָדוֹק: אֲנִי (הָיִיתִי) מִבְּנֵי סְנָאָב בֶּן בִּנְיָמִין. פַּעַם אַחַת חָל תִּשְׁעָה בְּאָב לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, וּדְחִינוּהוּ לְאַחַר הַשַּׁבָּת, וְהִתְעַנִּינוּ בּוֹ, וְלֹא הִשְׁלַמְנוּהוּ, מִפְּנֵי שֶׁיּוֹם טוֹב שֶׁלָּנוּ הָיָה. טַעְמָא דְּיוֹם טוֹב, הָא עֶרֶב יוֹם טוֹב — מַשְׁלִימִין!

Et dans la génération de Rabban Gamliel, a-t-on agi comme Rabban Gamliel ? Or on a enseigné.

Rabbi Elazar (ben) Tsadok a dit : Je suis (j'étais) des fils de Senav ben Binyamin. Une fois, le 9 Av tomba un Chabbat.

Nous l'avons reporté après le Chabbat, nous avons jeûné ce jour-là, et nous ne l'avons pas complété, parce que c'était notre yom tov. La raison, c'est le yom tov.

Donc, la veille d'un yom tov, on complète.

📜 Rachi (3)
מִבְּנֵי סְנָאָב בֶּן בִּנְיָמִין מִשְׁפָּחָה הִיא מִשֵּׁבֶט בִּנְיָמִין שֶׁנָּפַל לָהֶן גּוֹרָל לְקָרְבַּן עֵצִים בִּי' בְּאָב בִּימֵי עֶזְרָא ויו"ט הָיָה לָהֶם לְעוֹלָם כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּתַעֲנִית:
Des fils de Senav ben Binyamin : c'est une famille de la tribu de Binyamin. Le sort leur échut pour l'offrande des bois le 10 Av, aux jours d'Ezra, et ce fut pour eux un yom tov à jamais, comme la michna l'enseigne dans le dernier chapitre de Taanit.
לְאַחַר הַשַּׁבָּת שֶׁהוּא עֲשָׂרָה בְּאָב וְהָוֵי יו"ט שֶׁלָּנוּ:
Après le Chabbat : c'est le 10 Av, et c'était notre yom tov.
טַעְמָא דיו"ט הָא בִּשְׁאָר ט' בְּאָב הָיוּ מַשְׁלִימִין אע"פ שֶׁכָּל ט' בְּאָב הָוֵי עֶרֶב יו"ט שֶׁלָּהֶם וְרַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק בְּדוֹרוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל הֲוָה כִּדְתַנְיָא בְּבֵיצָה (דַּף כב:) א"ר אֶלְעָזָר בַּר' צָדוֹק פְּעָמִים הַרְבֵּה נִכְנַסְתִּי אַחַר אַבָּא לְבֵית ר"ג:
La raison, c'est le yom tov : donc, les autres 9 Av, ils complètent, bien que chaque 9 Av fût la veille de leur yom tov. Et Rabbi Elazar bar Tsadok était de la génération de Rabban Gamliel, comme on l'enseigne à Beitsa (22b) : Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok a dit : bien des fois, je suis entré derrière mon père dans la maison de Rabban Gamliel.
🗂️ Tossefot (1)
מִבְּנֵי סְנָאָב בֶּן בִּנְיָמִין סְנָאָה גָּרְסִינַן וְלָא גָּרְסִינַן סְנָאָב דְּהָכִי כְּתִיב בְּעֶזְרָא וְעַל שֵׁם שִׁבְטוֹ נִקְרָא בֶּן בִּנְיָמִין דְּגַבֵּי עֲצֵי מַעֲרָכָה חֲשִׁיב לֵיהּ בְּפֶרֶק ד' דְּתַעֲנִית (דַּף כו.) וְכָל הָנְהוּ דְּחָשֵׁיב הָתָם בְּנֵי אָרַח בֶּן יְהוּדָה בְּנֵי דָוִד בֶּן יְהוּדָה כֻּולָּם עַל שֵׁם שִׁבְטָן ואע"ג דָּר' אֶלְעָזָר בֶּן צָדוֹק כֹּהֵן הָיָה כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (בְּכוֹרוֹת דַּף לו.) גַּבֵּי רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק הֲוָה לֵיהּ בֻּוכְרָא וְכוּ' שֶׁמָּא אִמּוֹ הָיְתָה מִבִּנְיָמִין אוֹ חֲתָנָם הָיָה וְהָיָה עִמָּהֶם בְּסִיְּיעָתַם:
Des fils de Senav ben Binyamin. La leçon est Senaa. On ne lit pas Senav, car c'est ainsi que c'est écrit dans Ezra. Et il est appelé ben Binyamin du nom de sa tribu. Au sujet des bois de l'autel, on le compte au quatrième chapitre de Taanit (26a). Et tous ceux qu'on compte là-bas, les fils de Arah ben Yehouda, les fils de David ben Yehouda, le sont tous du nom de leur tribu. Et bien que Rabbi Elazar ben Tsadok fût cohen, comme il ressort au chapitre Kol pesoulei hamoukdachin (Bekhorot 36a), là où il est dit : Rabbi Elazar bar Tsadok avait un premier-né, etc. Peut-être sa mère était-elle de Binyamin, ou bien il était leur gendre et se trouvait avec eux dans leur groupe.
💡 Explication

Rabbi Elazar ben Tsadok vivait au temps de Rabban Gamliel. Sa famille, les fils de Senav ben Binyamin, avait le korban etsim (offrande des bois) le 10 Av, yom tov familial depuis Ezra.

Une année, le 9 Av tomba un Chabbat. Ils le reportent au dimanche, jeûnent, et ne complètent pas, parce que ce dimanche est leur yom tov. La guemara en tire : la veille d'un yom tov, ils complètent. Or chaque 9 Av était la veille de leur fête. Donc, déjà au temps de Rabban Gamliel, on complétât.

Tossefot lisent Senaa, comme dans Ezra. Le nom de tribu, ben Binyamin, suit l'usage des familles du bois. Rabbi Elazar ben Tsadok étant cohen, ils proposent une mère de Binyamin, ou un lien de gendre.

🖼️ Schéma
L'année où le 9 Av tombe un Chabbat Chabbat 9 Av On ne jeûne pas le Chabbat. On repousse. Dimanche 10 Av Jour reporté. Yom tov familial : korban etsim. Pratique ce dimanche-là On jeûne. On ne complète pas. Raison dite : c'est notre yom tov. Inférence : une veille de yom tov, on complète. Rachi : les autres 9 Av, veille de leur fête, ils complètent. Il est du temps de Rabban Gamliel.
9 Av un Chabbat : le jeûne passe au 10 Av, jour du korban etsim, et n'est pas complété.
9
אָמַר רָבִינָא: שָׁאנֵי יוֹם טוֹב שֶׁל דִּבְרֵיהֶם, מִתּוֹךְ שֶׁמִּתְעַנִּין בּוֹ שָׁעוֹת — מַשְׁלִימִין בּוֹ עַרְבִיּוֹת. שַׁבָּת, הוֹאִיל וְאֵין מִתְעַנִּין בָּהּ שָׁעוֹת — אֵין מַשְׁלִימִין בָּהּ עַרְבִיּוֹת.

Ravina dit : Un yom tov de leurs paroles (d'institution rabbinique) est à part. Puisqu'on y jeûne des heures, on y complète les veilles.

Le Chabbat, puisqu'on n'y jeûne pas des heures, on n'y complète pas les veilles.

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי יוֹם טוֹב דְּרַבָּנָן כְּגוֹן הַאי קָרְבַּן עֵצִים הוֹאִיל וְקַל הוּא שֶׁמִּתְעַנִּין בּוֹ לְשָׁעוֹת כִּדְקָתָנֵי וְהִתְעַנִּינוּ בּוֹ לְפִיכָךְ מַשְׁלִימִין בּוֹ עַרְבִיּוֹת כְּלוֹמַר מֻותָּר לְהַשְׁלִים עֶרֶב אוֹתוֹ יוֹם טוֹב וְלִיכָּנֵס לְתוֹכוֹ כְּשֶׁהוּא מְעֻונֶּה דְּהָא אֲפִילּוּ בְּעִיקָּרוֹ מֻותָּר לְהִתְעַנּוֹת בּוֹ קְצָת הַיּוֹם אֲבָל שַׁבָּת שֶׁאָסוּר לְהִתְעַנּוֹת בּוֹ קְצָת לְשׁוּם תַּעֲנִית אָסוּר נָמֵי לְהַשְׁלִים בּוֹ עַרְבִיּוֹת שֶׁהַמַּשְׁלִים ע"ש מִתְעַנֶּה בְּמִקְצָת שַׁבָּת:
Un yom tov rabbinique est à part : par exemple cette offrande des bois. Puisqu'il est léger, en ce qu'on y jeûne pendant des heures, comme l'enseigne [la baraita] : et nous avons jeûné ce jour-là, c'est pourquoi on y complète les veilles. C'est-à-dire : il est permis de compléter la veille de ce yom tov et d'y entrer alors qu'on est affligé. Car même dans le jour lui-même, il est permis d'y jeûner une partie de la journée. Mais le Chabbat, où il est interdit de jeûner une partie [du jour] pour un jeûne quelconque, il est interdit aussi d'en compléter les veilles. Car celui qui complète le vendredi jeûne pendant une partie du Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁאנֵי יָמִים טוֹבִים מִדִּבְרֵיהֶם מִתּוֹךְ שֶׁמִּתְעַנִּין בּוֹ שָׁעוֹת מַשְׁלִימִין בּוֹ עַרְבִיּוֹת וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּסוֹף פ"ק דר"ה (דַּף יט) דְּיָמִים הַכְּתוּבִים בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית אֲסוּרִין בֵּין לִפְנֵיהֶם בֵּין לְאַחֲרֵיהֶם וּתְנַן נָמֵי בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית בְּפֶרֶק שֵׁנִי (דַּף טז:) כָּל הַכְּתוּבִים בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית דְּלָא לְמִסְפַּד בְּהוֹן לְפָנָיו אָסוּר וּלְאַחֲרָיו מֻותָּר וַעֲשָׂרָה בְּאָב כְּתִיב בְּהָנְהוּ דְּלָא לְמִסְפַּד בְּהוֹן מַשְׁמַע דיו"ט דְּדִבְרֵיהֶם נָמֵי אָסוּר לְהִתְעַנּוֹת בּוֹ עַרְבִיּוֹת הָנֵי מִילֵּי תַּעֲנִית דִּרְשׁוּת אֲבָל תַּעֲנִית חוֹבָה כְּגוֹן תִּשְׁעָה בְּאָב מִתְעַנִּין וא"ת וְהֵיכִי פְּשִׁיט לְעֵיל מֵרַבִּי יוֹסֵי דְּאַיְּירִי בְּתַעֲנִית חוֹבָה עַל בְּנֵי בֵּי רַב דְּיָתְבִי בְּתַעֲנִית דְּמַשְׁמַע דְּאַייְרֵי בְּתַעֲנִית הָרְשׁוּת וְכֵן מַשְׁמַע בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּמַיְירֵי בְּכָל תַּעֲנִיּוֹת וּמִנְהָג נָמֵי דַּאֲפִילּוּ בְּתַעֲנִית הָרְשׁוּת מַשְׁלִימִין וּבַיְּרוּשַׁלְמִי נָמֵי אָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית בְּשֵׁם רַב הוּנָא אֲפִילּוּ יָחִיד הַגּוֹזֵר עַל עַצְמוֹ בע"ש תַּעֲנִית מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים וי"ל דְּשַׁפִּיר מוּכָח לְעֵיל דְּכֵיוָן דְּאָמַר ר' יוֹסֵי מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים אע"ג דְּתַעֲנִית ט' בְּאָב לָא דָּחֵי שַׁבָּת ש"מ דִּבְמַה שֶׁנִּכְנַס בְּשַׁבָּת כְּשֶׁהוּא מְעֻונֶּה לָא חֲשִׁיב כְּמִתְעַנֶּה בְּשַׁבָּת וא"כ בְּתַעֲנִית הָרְשׁוּת נָמֵי שָׁרִי לְהַשְׁלִים אֲבָל עֶרֶב יוֹם טוֹב דְּדִבְרֵיהֶם שַׁייָּךְ לִפְלוּגֵי בֵּין תִּשְׁעָה בְּאָב לְתַעֲנִית הָרְשׁוּת דְּמַה שֶׁאָסוּר לְהִתְעַנּוֹת בְּעֶרֶב יו"ט דְּדִבְרֵיהֶם לָאו מִשּׁוּם דְּחָשׁוּב כְּמִתְעַנֶּה ביו"ט דְּהָא לְאַחֲרָיו נָמֵי אָסוּר אַף עַל גַּב דְּאֵין מִתְעַנִּין ביו"ט אֶלָּא מִשּׁוּם דְּעָשׂוּ חִיזּוּק ביו"ט דְּדִבְרֵיהֶם שֶׁלֹּא יָבֹא לְהִתְעַנּוֹת ביו"ט עַצְמוֹ וְכִי גָּזְרוּ בְּתַעֲנִית רְשׁוּת אֲבָל בְּתִשְׁעָה בְּאָב לֹא גָּזְרוּ:
Un yom tov de leurs paroles est à part : puisqu'on y jeûne des heures, on y complète les veilles. Or nous disons à la fin du premier chapitre de Roch Hachana (19a) que les jours écrits dans la Meguilat Taanit sont interdits, avant eux comme après eux. Et nous enseignons aussi dans le traité Taanit, au second chapitre (16b) : tous ceux qui sont écrits dans la Meguilat Taanit, [les jours] où l'on ne se lamente pas, la veille est interdite et le lendemain est permis. Et le 10 Av est écrit parmi ceux où l'on ne se lamente pas. Cela implique que, pour un yom tov de leurs paroles aussi, il est interdit d'en jeûner les veilles. Ces paroles visent un jeûne de rechout (facultatif). Un jeûne de hova (obligation), comme le 9 Av, on le jeûne. Et si tu dis : comment a-t-on, plus haut, tiré de Rabbi Yossi, qui parle d'un jeûne de hova, une règle pour les gens de la maison du maître qui siègent en jeûne, ce qui vise un jeûne de rechout ? De même, les Cheiltot montrent que cela vise tous les jeûnes. L'usage aussi : même pour un jeûne de rechout, on complète. Et dans le Yerouchalmi aussi, nous disons dans le traité Taanit, au nom de Rav Houna : même un particulier qui décrète sur lui-même un jeûne le vendredi jeûne et complète. On répond : la preuve plus haut est bien posée. Puisque Rabbi Yossi a dit qu'on jeûne et qu'on complète, bien que le jeûne du 9 Av ne repousse pas le Chabbat, on en tire que le fait d'entrer dans le Chabbat alors qu'on est affligé ne compte pas comme un jeûne du Chabbat. Dès lors, pour un jeûne de rechout aussi, il est permis de compléter. Mais la veille d'un yom tov de leurs paroles, il y a lieu de distinguer le 9 Av et un jeûne de rechout. Car l'interdit de jeûner la veille d'un yom tov de leurs paroles a un autre motif que de compter cela comme un jeûne du yom tov : le lendemain est interdit lui aussi, bien qu'on ne jeûne pas pendant le yom tov. Ils ont posé un renforcement (hizouk) sur le yom tov de leurs paroles, afin qu'on n'en vienne pas à jeûner le yom tov lui-même. Ils ont décrété pour un jeûne de rechout. Pour le 9 Av, ils n'ont pas décrété.
💡 Explication

Ravina sépare deux veilles. Un yom tov de leurs paroles : on peut y jeûner quelques heures, donc on peut compléter la veille et y entrer en me'ouneh. Le Chabbat : on n'y jeûne pas même quelques heures, donc on ne complète pas la veille. Compléter le vendredi, c'est jeûner pendant une part du Chabbat.

Le fait de Rabbi Elazar ben Tsadok reste ainsi dans le cas du yom tov rabbinique. Il ne montre pas que, du temps de Rabban Gamliel, on complétât la veille de Chabbat.

Tossefot limitent l'interdit des veilles de la Meguilat Taanit au jeûne de rechout. Le 9 Av, jeûne de hova, reste en place. Ils étendent ensuite Rabbi Yossi aux jeûnes facultatifs : entrer affligé dans le Chabbat ne compte pas comme un jeûne du Chabbat.

🖼️ Schéma
Ravina : le jour lui-même décide de sa veille Yom tov rabbinique Jeûne de quelques heures : permis. Veille : on complète. Entrer affligé : permis. Exemple : korban etsim. Chabbat Jeûne de quelques heures : interdit. Veille : on ne complète pas. Compléter le vendredi = part de jeûne dans le Chabbat.
Si le jour admet un jeûne de quelques heures, sa veille peut être complété. Le Chabbat n'admet pas ce jeûne.
10
אָמַר רַב יוֹסֵף: לָא שְׁמִיעַ לִי הָא שְׁמַעְתָּא. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אַתְּ אָמְרַתְּ נִיהֲלָן, וְאַהָא אָמְרַתְּ נִיהֲלָן: אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית עַל הַצִּבּוּר בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וְכוּ׳, וְאָמְרִינַן עֲלָהּ, אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבָּן גַּמְלִיאֵל, אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים.

Rav Yossef dit : Je n'ai pas entendu cet enseignement. Abaye lui dit : C'est toi qui nous l'as dit, et c'est sur ceci que tu nous l'as dit : On ne décrète pas de jeûne sur le public aux Roch Hodech, etc.

Et nous disons à ce sujet : Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Ceci est la parole de Rabbi Meir, qui l'a dite au nom de Rabban Gamliel. Mais les Sages disent : on jeûne et on complète.

📜 Rachi (3)
לָא שְׁמִיעַ לִי הָא שְׁמַעְתָּא דְּקָבַע עֻולָּא לְעֵיל הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי:
Je n'ai pas entendu cet enseignement : celui où Oula a fixé plus haut la halakha comme Rabbi Yossi.
אַתְּ אֲמַרְתְּ נִיהֲלָן רַב יוֹסֵף חָלָה וְשָׁכַח תַּלְמוּדוֹ וְהָיָה אַבַּיֵּי תַּלְמִידוֹ מַזְכִּירוֹ:
C'est toi qui nous l'as dit : Rav Yossef était tombé malade et avait oublié son étude, et Abaye, son élève, la lui rappelait.
זוֹ דִּבְרֵי ר' מֵאִיר דְּאָמַר לְעֵיל מִשּׁוּם ר"ג מוֹדֶה הָיָה שֶׁאֵין מַשְׁלִימִין וְכֵן ט' בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים:
Ceci est la parole de Rabbi Meir : qui a dit plus haut, au nom de Rabban Gamliel, qu'il reconnaissait qu'on ne complète pas, et de même le 9 Av qui tombe un vendredi. Mais les Sages disent : on jeûne et on complète.
💡 Explication

Rav Yossef, après sa maladie, ne se souvient plus du pesak d'Oula. Abaye le lui rappelle sur la michna déjà citée.

Rav Yehouda au nom de Rav : la phrase qui dit de ne pas compléter est l'avis de Rabbi Meir au nom de Rabban Gamliel. Les Sages disent : on jeûne et on complète. Rav donne donc à l'avis de Rabbi Yossi le nom des Sages.

11
מַאי לַָאו, אַכּוּלְּהוּ? לֹא, אַחֲנֻוכָּה וּפוּרִים.

Quoi, pas sur tous les cas ? Non : sur 'Hanouka et Pourim.

📜 Rachi (1)
מַאי לַָאו חֲכָמִים אַכֻּולְּהוּ קָייְמִי בֵּין אַחֲנֻוכָּה וּפוּרִים בֵּין אַעֶרֶב שַׁבָּת וּמִדְּאַגְמַר' רַב לְר' יוֹסֵי בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים ש"מ הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי:
Quoi, pas sur tous : les Sages visent tous les cas, tant 'Hanouka et Pourim que la veille de Chabbat. Et puisque Rav a enseigné l'avis de Rabbi Yossi dans la langue des Sages, on en tire que la halakha est comme Rabbi Yossi.
💡 Explication

Question : les Sages visent-ils tous les cas de la michna, y compris le 9 Av un vendredi ? Réponse : 'Hanouka et Pourim seulement.

Rachi glose la question. Si les Sages couvraient aussi le vendredi, le fait que Rav parle leur langue prouverait la halakha comme Rabbi Yossi.

12
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא,

Ainsi aussi, cela se tient en raison,

💡 Explication

La guemara amorce une preuve de vraisemblance : la réponse 'Hanouka et Pourim se comprend. La phrase continue au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).