Sougya : Suite de la baraita ouverte par Rava en 40b. Quand le 9 Av, ou sa veille, tombe un Chabbat, on mange à satiété, jusqu'au festin de Chelomo en son temps.
Quand le 9 Av tombe un vendredi, on apporte un kebeitsa pour ne pas entrer dans le Chabbat en état de me'ouneh. Rabbi Akiva le montre à ses élèves.
Rabbi Yossi exige de compléter le jeûne, et Oula tranche comme lui. La michna de Taanit, Rabban Gamliel et la baraita d'après sa mort tirent dans l'autre sens.
Ravina sépare la veille d'un yom tov rabbinique et la veille de Chabbat. Rav Yossef, rappelé par Abaye, rapporte que les Sages disent de compléter : la portée exacte s'ouvre ici et continue en 41b.
Et de même, la veille du 9 Av qui tombe un Chabbat : on mange et on boit selon son besoin, et l'on dispose sur sa table même un repas comme le festin de Chelomo en son temps. Si le 9 Av tombe un vendredi, on lui apporte un kebeitsa (mesure d'un œuf) et il mange, afin de ne pas entrer dans le Chabbat alors qu'il est affligé (me'ouneh).
La baraita a été ouverte par Rava à la fin de 40b, sur les mots : un 9 Av qui tombe un Chabbat. Ce segment ajoute la veille du 9 Av qui tombe un Chabbat. Dans les deux cas, le Chabbat porte le repas : on mange selon son besoin, jusqu'à un festin de Chelomo en son temps.
Rachi rappelle la veille ordinaire du 9 Av : pas deux plats cuits, pas de viande, pas de vin. Le Chabbat lève ces limites.
Second cas : le 9 Av lui-même tombe un vendredi. On apporte un kebeitsa et il mange, pour ne pas entrer dans le Chabbat en état de me'ouneh.
On a enseigné. Rabbi Yehouda a dit : Une fois, nous étions assis devant Rabbi Akiva, et c'était un 9 Av qui tombait un vendredi.
On lui apporta un œuf peu cuit (megoulguelet), et il l'avala sans sel. Il n'en avait pas envie.
Il le fit pour montrer la halakha aux élèves.
Rabbi Yehouda rapporte un fait chez Rabbi Akiva : 9 Av un vendredi, œuf peu cuit, avalé sans sel. Le geste enseigne qu'on ne complète pas le jeûne la veille de Chabbat.
Tossefot citent Rabbenou Hananel : Rabbi Akiva était malade cette année-là, et l'œuf venait des médecins. Rabbi Yehouda aurait pris un soin pour une démonstration de halakha. Ils notent le calendrier : Tamouz plein, Av défectif, Roch Hachana un Chabbat.
Et Rabbi Yossi dit : on jeûne et on complète. Rabbi Yossi leur dit : Ne m'accordez-vous pas, pour le 9 Av qui tombe un dimanche, qu'on interrompt [le repas] de jour encore ?
Ils lui dirent : En effet. Il leur dit : Qu'importe d'entrer dans [le Chabbat] alors qu'on est affligé, qu'importe d'en sortir alors qu'on est affligé.
Rabbi Yossi : on jeûne et on complète, jusqu'à la sortie des étoiles, même un vendredi.
Son argument : quand le 9 Av tombe un dimanche, on cesse le repas de jour encore, pendant le Chabbat, et l'on accepte le jeûne dès la fin du repas. On sort donc du Chabbat en état de me'ouneh. Entrer dans le Chabbat dans le même état lui paraît équivalent.
Tossefot : Chemouel permet le bein hachemashot du 9 Av. On commence pourtant de jour, parce qu'on ne vise pas le début exact de la nuit. Ils écartent aussi l'idée d'une kabbalat ta'anit (acceptation du jeûne) prononcée le Chabbat. Même la tossefet de Yom ha-Kippourim, qui est de la Torah, laisse encore manger après qu'on a cessé.
Ils lui dirent : Si tu as dit [cela] pour en sortir, c'est qu'il a mangé et bu toute la journée. Dira-t-on [la même chose] pour y entrer alors qu'il est affligé, lui qui n'a ni mangé ni bu de toute la journée ?
Les Sages séparent les deux bouts du Chabbat. En sortir affligé : la journée a été mangée et bue, le jeûne ne couvre que la fin. Y entrer affligé : rien n'a été pris de la journée. Le poids du me'ouneh n'est pas le même.
Et Oula dit : la halakha est comme Rabbi Yossi. Et pratique-t-on comme Rabbi Yossi ?
On objecte : On ne décrète pas de jeûne sur le public aux Roch Hodech, à 'Hanouka et à Pourim. Et s'ils ont commencé, on n'interrompt pas.
Paroles de Rabban Gamliel. Rabbi Meir dit : Bien que Rabban Gamliel ait dit qu'on n'interrompt pas, il reconnaissait qu'on ne complète pas.
Et de même pour le 9 Av qui tombe un vendredi.
Oula tranche comme Rabbi Yossi : on complète. La guemara demande si la pratique suit.
La michna de Taanit : pas de jeûne public nouveau à Roch Hodech, 'Hanouka, Pourim. Si la série a déjà commencé, Rabban Gamliel ne l'interrompt pas. Rabbi Meir : il reconnaissait pourtant qu'on ne complète pas la journée. La même règle vaut pour le 9 Av un vendredi. Cela heurte le pesak d'Oula.
Tossefot notent deux groupes appelés Sages. Ceux qui discutent avec Rabbi Meir font compléter. Ceux qui discutent avec Rabban Gamliel font interrompre la série. Le mot mishlimin (compléter) et le mot mafsikin (interrompre) ne visent pas le même débat.
Et on a enseigné : Après le décès de Rabban Gamliel, Rabbi Yehochoua entra pour annuler ses paroles. Rabbi Yo'hanan ben Nouri se leva et dit : Je vois que le corps suit la tête.
Tous les jours de Rabban Gamliel, nous avons fixé la halakha comme lui. Maintenant, tu cherches à annuler ses paroles ?
Yehochoua, on ne t'écoute pas, car la halakha a déjà été fixée comme Rabban Gamliel. Et il n'y eut personne qui contestât quoi que ce soit.
Après la mort de Rabban Gamliel, Rabbi Yehochoua veut annuler sa parole, donc faire compléter le jeûne. Rabbi Yo'hanan ben Nouri : le corps suit la tête, on reste sur la halakha déjà fixée. Personne ne conteste. Preuve, pour la guemara, que la pratique était de ne pas compléter.
Dans la génération de Rabban Gamliel, on a agi comme Rabban Gamliel. Dans la génération de Rabbi Yossi, on a agi comme Rabbi Yossi.
Réponse : chaque génération a suivi son maître. Au temps de Rabban Gamliel, on ne complète pas. Au temps de Rabbi Yossi, venu ensuite, on fixe la halakha comme lui.
Rachi écrit que cette halakha est permise (mutar). Dans la sougya, l'avis de Rabbi Yossi est de compléter : entrer dans le Chabbat en état de me'ouneh est admis.
Et dans la génération de Rabban Gamliel, a-t-on agi comme Rabban Gamliel ? Or on a enseigné.
Rabbi Elazar (ben) Tsadok a dit : Je suis (j'étais) des fils de Senav ben Binyamin. Une fois, le 9 Av tomba un Chabbat.
Nous l'avons reporté après le Chabbat, nous avons jeûné ce jour-là, et nous ne l'avons pas complété, parce que c'était notre yom tov. La raison, c'est le yom tov.
Donc, la veille d'un yom tov, on complète.
Rabbi Elazar ben Tsadok vivait au temps de Rabban Gamliel. Sa famille, les fils de Senav ben Binyamin, avait le korban etsim (offrande des bois) le 10 Av, yom tov familial depuis Ezra.
Une année, le 9 Av tomba un Chabbat. Ils le reportent au dimanche, jeûnent, et ne complètent pas, parce que ce dimanche est leur yom tov. La guemara en tire : la veille d'un yom tov, ils complètent. Or chaque 9 Av était la veille de leur fête. Donc, déjà au temps de Rabban Gamliel, on complétât.
Tossefot lisent Senaa, comme dans Ezra. Le nom de tribu, ben Binyamin, suit l'usage des familles du bois. Rabbi Elazar ben Tsadok étant cohen, ils proposent une mère de Binyamin, ou un lien de gendre.
Ravina dit : Un yom tov de leurs paroles (d'institution rabbinique) est à part. Puisqu'on y jeûne des heures, on y complète les veilles.
Le Chabbat, puisqu'on n'y jeûne pas des heures, on n'y complète pas les veilles.
Ravina sépare deux veilles. Un yom tov de leurs paroles : on peut y jeûner quelques heures, donc on peut compléter la veille et y entrer en me'ouneh. Le Chabbat : on n'y jeûne pas même quelques heures, donc on ne complète pas la veille. Compléter le vendredi, c'est jeûner pendant une part du Chabbat.
Le fait de Rabbi Elazar ben Tsadok reste ainsi dans le cas du yom tov rabbinique. Il ne montre pas que, du temps de Rabban Gamliel, on complétât la veille de Chabbat.
Tossefot limitent l'interdit des veilles de la Meguilat Taanit au jeûne de rechout. Le 9 Av, jeûne de hova, reste en place. Ils étendent ensuite Rabbi Yossi aux jeûnes facultatifs : entrer affligé dans le Chabbat ne compte pas comme un jeûne du Chabbat.
Rav Yossef dit : Je n'ai pas entendu cet enseignement. Abaye lui dit : C'est toi qui nous l'as dit, et c'est sur ceci que tu nous l'as dit : On ne décrète pas de jeûne sur le public aux Roch Hodech, etc.
Et nous disons à ce sujet : Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Ceci est la parole de Rabbi Meir, qui l'a dite au nom de Rabban Gamliel. Mais les Sages disent : on jeûne et on complète.
Rav Yossef, après sa maladie, ne se souvient plus du pesak d'Oula. Abaye le lui rappelle sur la michna déjà citée.
Rav Yehouda au nom de Rav : la phrase qui dit de ne pas compléter est l'avis de Rabbi Meir au nom de Rabban Gamliel. Les Sages disent : on jeûne et on complète. Rav donne donc à l'avis de Rabbi Yossi le nom des Sages.
Quoi, pas sur tous les cas ? Non : sur 'Hanouka et Pourim.
Question : les Sages visent-ils tous les cas de la michna, y compris le 9 Av un vendredi ? Réponse : 'Hanouka et Pourim seulement.
Rachi glose la question. Si les Sages couvraient aussi le vendredi, le fait que Rav parle leur langue prouverait la halakha comme Rabbi Yossi.
Ainsi aussi, cela se tient en raison,
La guemara amorce une preuve de vraisemblance : la réponse 'Hanouka et Pourim se comprend. La phrase continue au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).