Sougya : Rav Nahman achรจve sa lecture : les sages n'ont allรฉgรฉ que le pauvre pour "ร ma place" ; Rabbi Yehouda tient que l'essentiel de l'erouv est les pieds, pour le pauvre comme pour le riche, et que "en tel lieu" reste refusรฉ au riche. Rav Hisda inverse la dispute : elle porte sur "en tel lieu", et "ร ma place" vaut pour tous, parce que l'essentiel est les pieds.
Une beraita tranche comme Rav Nahman. Rav Ashi et Rav Houna lisent la michna de celui qu'on a fait revenir : deux maisons, deux tehoumim ; sorti sur la route, il est pauvre, les autres restent riches.
Rav fixe la halakha selon Rabbi Yehouda. La page s'ouvre sur le trajet de Rabba bar Rav Hanan, d'Artibena ร Pumbedita.
C'est envers le pauvre que les sages ont รฉtรฉ indulgents ; envers le riche, non.
Suite de Rav Nahman. L'indulgence de dire ma chevita est ร ma place, sans dรฉposer de pain, vise le pauvre. Le riche en est exclu.
Rachi prรฉcise le pauvre : il est en chemin, sans pain. S'il ne connaรฎt pas de repรจre, il dit "ร ma place". S'il en connaรฎt un, il dit "en tel lieu". Le riche assis chez lui n'a aucune de ces deux formules.
Et Rabbi Yehouda tient : l'essentiel de l'erouv est avec les pieds, le pauvre comme le riche. Mais "en tel lieu" : de l'avis de tous, le pauvre oui, le riche non.
Rabbi Yehouda, selon Rav Nahman : l'essentiel est l'erouv des pieds, "ma chevita est sous moi", et le riche y a droit comme le pauvre.
La formule en tel lieu, dite de loin, est un autre cas. Lร , tous s'accordent : le pauvre oui, le riche non.
"Et c'est ce qu'ils ont dit" : qui l'enseigne ? Rabbi Meir.
Et sur quoi cela porte-t-il ? Sur "il ne reconnaรฎt pas, oรน il n'est pas expert dans la halakha".
"Et l'on n'a dit qu'on fait l'erouv avec du pain que pour allรฉger" : qui l'enseigne ? Rabbi Yehouda.
Rav Nahman rattache les formules de la michna. "Et c'est ce qu'ils ont dit" est de Rabbi Meir, et vise celui qui ne connaรฎt pas de repรจre, oรน qui n'est pas expert dans la halakha : il ร dit "ร ma place".
"On n'a dit le pain que pour allรฉger" est de Rabbi Yehouda : l'essentiel est les pieds, le pain n'est qu'un allรฉgement pour le riche.
Tossefot refusent de rattacher "c'est ce qu'ils ont dit" au cas gรฉnรฉral du voyageur. La michna parle du point de la mahloket (divergence).
Et Rav Hisda ร dit : la dispute porte sur "en tel lieu". Car Rabbi Meir tient : le pauvre oui, le riche non ; et Rabbi Yehouda tient : le pauvre comme le riche.
Mais "ร ma place" : de l'avis de tous, le pauvre comme le riche, car l'essentiel de l'erouv est avec les pieds.
Rav Hisda renverse le tableau de Rav Nahman. La dispute vise "en tel lieu", une parole dite de loin, sans pain dรฉposรฉ et sans prรฉsence sur place. Rabbi Meir : pauvre seulement. Rabbi Yehouda : pauvre et riche.
Sur "ร ma place", ils s'accordent : pauvre et riche, parce que l'essentiel de l'erouv est les pieds.
"Et c'est ce qu'ils ont dit" : qui l'enseigne ? Rabbi Meir.
Et sur quoi cela porte-t-il ? Sur ceci : "celui qui vient en chemin et pour qui la nuit est tombรฉe".
"Et l'on n'a dit qu'on fait l'erouv avec du pain que pour allรฉger" : qui l'enseigne ? C'est l'avis de tous.
Mรชme questions, lecture de Rav Hisda. "Et c'est ce qu'ils ont dit" reste de Rabbi Meir, mais se rattache au voyageur pour qui la nuit tombe, celui qui fixe sa chevita au tronc : indulgence du pauvre. L'essentiel, pour les deux, est "ร ma place".
"Le pain, pour allรฉger" est ici l'avis de tous, puisque Rabbi Meir aussi tient que l'essentiel est les pieds.
Tossefot demandent oรน est l'allรฉgement pour Rabbi Yehouda, s'il peut dรฉjร parler depuis chez lui. Rรฉponse : le pain sert lorsqu'il n'y a aucun repรจre ร l'endroit de la chevita.
On enseignรฉ une beraita conforme ร Rav Nahman : le pauvre comme le riche font l'erouv avec du pain, et le riche ne sortira pas hors du tehoum pour dire "ma chevita est ร ma place", parce qu'on n'a dit qu'on fait l'erouv avec les pieds que pour celui qui vient en chemin et pour qui la nuit est tombรฉe. Paroles de Rabbi Meir.
La beraita suit Rav Nahman. Selon Rabbi Meir, pauvre et riche font l'erouv avec du pain. Le riche ne va pas au bout du tehoum dire "ร ma place". Les pieds sont rรฉservรฉs ร celui que la nuit surprend en chemin.
Rachi lit "hors du tehoum" au sens large : le bout des deux mille. Au sens strict, ce sont les quatre coudรฉes de la chevita elle-mรชme. La suite, chez Rabbi Yehouda, ne donnera au riche que la formule "ร ma place".
Rabbi Yehouda dit : le pauvre comme le riche font l'erouv avec les pieds. Et le riche sortira hors du tehoum, et il dira "que ma chevita soit ร ma place", et c'est lร l'essentiel de l'erouv.
Et les sages ont permis au maรฎtre de maison d'envoyer son erouv par la main de son serviteur, par la main de son fils, par la main de son mandataire, afin d'allรฉger pour lui.
Rabbi Yehouda : pauvre et riche font l'erouv avec les pieds. Le riche sort, dit "que ma chevita soit ร ma place", et c'est l'essentiel. Le pain envoyรฉ par un serviteur, un fils oรน un mandataire (chalia'h) est l'allรฉgement du maรฎtre de maison.
Le Ri bute sur le retour. Deux mille depuis l'erouv vers la ville ne laissent que quatre coudรฉes dans la maison. Premiรจre lecture : "hors du tehoum" veut dire hors de l'ibur de la ville, la bande qui l'entoure, donc tout prรจs. Seconde lecture : il revient acquรฉrir dans le tehoum. La formule rรฉpond ร Rabbi Meir. Sortir seulement pour faire l'erouv ne donne pas le statut du voyageur.
Rabbi Yehouda ร dit : il y eut un fait avec les gens de la maison de Mamal et les gens de la maison de Gouryon, ร Aroma, qui distribuaient des figues sรจches et des raisins secs aux pauvres dans les annรฉes de disette. Les pauvres de Kefar Shihin et les pauvres de Kefar Hanania venaient, et ils faisaient nuit sur le tehoum.
Le lendemain ils se levaient tรดt et venaient.
Le fait rapportรฉ par Rabbi Yehouda. ร Aroma, les maisons de Mamal et de Gouryon distribuent des figues sรจches et des raisins secs. Les pauvres de Kefar Shihin et de Kefar Hanania s'arrรชtent le soir sur le tehoum, puis entrent le lendemain matin.
Rachi : les villages sont ร moins de quatre mille coudรฉes. Ces pauvres ont une maison et du pain, donc le statut de riches pour l'erouv. Ils font pourtant l'erouv avec les pieds, "ร ma place". C'est la position de Rav Nahman. Sans mandataire pour porter le pain, les pieds restent permis.
Rav Ashi ร dit : la michna aussi est prรฉcise, car elle enseigne : celui qui est sorti pour aller vers une ville pour laquelle on fait l'erouv, et son compagnon l'a fait revenir : lui ร le droit d'y aller, et tous les habitants de la ville sont interdits. Paroles de Rabbi Yehouda.
Rav Ashi trouve Rav Nahman dรฉjร dans la formulation de la michna. Quelqu'un est parti vers une ville joignable par un erouv, ร quatre mille coudรฉes. Un compagnon le fait revenir, ร cause de la chaleur oรน du froid. Lui pourra y aller le lendemain. Les autres habitants, non.
Pour Rabbi Yehouda, le riche รฉchoue sur "en tel lieu". La divergence avec Rabbi Meir se joue sur "ร ma place".
Et nous avons examinรฉ cela : en quoi lui diffรจre-t-il, et en quoi eux diffรจrent-ils ? Et Rav Houna ร dit : de quoi traite-t-on ici ?
Par exemple, il ร deux maisons, et deux tehoumim de chabbat entre elles.
Pourquoi lui seul peut-il aller ? Rav Houna : il ร une maison dans chaque ville, et deux tehoumim les sรฉparent, soit quatre mille coudรฉes.
Rachi : il est parti pour rejoindre l'autre maison et y rester. Son projet รฉtait le trajet, et le retour aprรจs une chevita au bout du tehoum en รฉtait absent. Le compagnon l'a fait revenir.
Lui, dรจs lors qu'il est sorti sur la route, ร le statut de pauvre.
Dรจs qu'il ร pris la route pour aller vraiment, il est pauvre au sens de l'erouv. Il peut fixer sa chevita au bout du tehoum, sur un lieu reconnaissable.
Rachi montre que la michna parle d'un homme qui n'a rien dit. S'il avait parlรฉ, Rabbi Meir, qui convient pour le pauvre, ne le traiterait pas en hamor gamal (รขne-chameau : tirรฉ vers deux chevitot). Le doute de Rabbi Meir : chevita au bout du tehoum, oรน chevita chez lui, s'il s'est ravisรฉ. Seule la zone commune aux deux tehoumim lui reste ouverte.
Et ceux-lร sont des riches. On apprend que, dans tout "en tel lieu", le pauvre oui, le riche non.
On l'apprend de lร .
Les habitants restรฉs chez eux sont des riches. Mรชme "en tel lieu" ne leur ouvre pas le bout du tehoum. D'oรน la rรจgle, selon Rabbi Yehouda : pour cette formule, pauvre oui, riche non.
Rachi explique les deux maisons. Sans maison dans l'autre ville, le silence ne vaudrait pas une parole : il ร pu se raviser. La seconde maison rend crรฉdible l'intention d'y aller.
Rav Hiya bar Ashi enseignait ร Hiya bar Rav, devant Rav : "le pauvre comme le riche". Rav lui ร dit : conclus aussi par "la halakha est selon Rabbi Yehouda".
Devant Rav, on enseignรฉ la michna "le pauvre comme le riche". Rav fait ajouter : la halakha suit Rabbi Yehouda. Rachi aligne cela sur Rav Nahman : la formule est "ร ma place".
Le Roch reprend d'abord la mesure des deux mille coudรฉes et la diagonale, puis la dispute de Rav Nahman, puis la beraita. Il conclut que la halakha suit Rav Nahman, en citant l'enseignement devant Rav sous le nom de Rav Hama.
Rabba bar Rav Hanan avait l'habitude de venir d'Artibena ร Pumbedita.
La page ouvre un nouveau cas, qui se poursuit au daf suivant. Rabba bar Rav Hanan va chaque chabbat d'Artibena ร Pumbedita.
Rachi : la veille, depuis chez lui, il dit "ma chevita est ร Tsinata", un lieu fixรฉ entre les deux tehoumim.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).