Sougya : Rava limite la chevita au tronc : il faut pouvoir l'atteindre en courant avant la nuit. Abaye objecte la formule "il à fait nuit pour lui" ; la Guemara sépare la maison, hors d'atteinte, et le tronc, encore accessible.
Rabba fixe leur chevita sous un palmier reconnaissable, et Rav Yossef, qui ne le connaît pas, s'en remet à lui. Rav Hisda fait sortir les deux mille coudées d'une chaîne de gezera shava, du mot "lieu" jusqu'au migrash des leviim.
Rabbi Hanina ben Antigenos mesure un cercle ; les sages, un carré. Rabbi Aha bar Yaakov ne rend passible le transport de quatre coudées qu'avec leur diagonale.
Rava à dit : et c'est lorsqu'en courant jusqu'à son tronc, il arrive. Abaye lui à dit : or la michna enseigné "il à fait nuit pour lui" !
Suite de la michna sur celui qui précise sa chevita au tronc. Rava pose une condition : la déclaration ne vaut que s'il peut, en courant, atteindre le tronc avant la nuit. Une fois la chevita acquise là, il rejoint sa maison dans le tehoum (limite de chabbat), sans avoir à courir.
Abaye objecte les mots "il à fait nuit pour lui". Rachi les lit ainsi : la maison reste hors d'atteinte, même en courant ; le tronc, lui, est encore à portée de course.
"Il à fait nuit" : pour sa maison. Jusqu'au tronc de l'arbre, il peut aller.
Certains disent que Rava à dit : il à fait nuit pour lui lorsqu'il marche peu à peu ; s'il court, il arrive.
La Guemara répond à Abaye. "Il à fait nuit" vise la maison. Le tronc reste accessible avant l'entrée de chabbat.
Autre version des paroles de Rava. "Il à fait nuit" se mesure au pas : au pas menu, kali kali, il n'arrive pas ; en courant, il arrive. Rachi glose seulement : il marche peu à peu.
Rabba et Rav Yossef allaient en chemin. Rabba dit à Rav Yossef : que notre chevita soit sous le palmier qui soutient son frère.
Et certains disent : sous le palmier qui a dégagé son maître du karga.
Le palmier doit être reconnaissable. Première formule : il soutient un autre arbre, son "frère". Seconde formule : ses dattes suffisent à payer le karga, l'impôt foncier du maître.
Le maître le connaît-il ? Il lui dit : je ne le connais pas.
Il lui dit : appuie-toi sur moi. Car on enseigné : Rabbi Yossi dit : s'ils étaient deux, l'un qui reconnaît et l'autre qui ne reconnaît pas, celui qui ne reconnaît pas remet sa chevita à celui qui reconnaît, et celui qui reconnaît dit : que notre chevita soit en tel lieu.
Rav Yossef ne connaît pas le palmier. Rabba lui dit de s'appuyer sur lui, et cité Rabbi Yossi : celui qui ne reconnaît pas le lieu remet sa chevita à celui qui le reconnaît. Rachi : la formule de la remise est "ma chevita est avec toi". Celui qui connaît achève : "que notre chevita soit en tel lieu".
Il n'en est pas ainsi. Il ne le lui à pas enseigné selon Rabbi Yossi.
Il l'a fait afin qu'il l'accepte de lui, parce que le raisonnement de Rabbi Yossi l'accompagne.
La Guemara écarte l'attribution. La beraita est anonyme ; Rabba l'a mise au nom de Rabbi Yossi pour que Rav Yossef l'accepte. On suit d'ordinaire Rabbi Yossi, parce que son nimouk (son raisonnement) l'accompagne.
Rachi donne une autre leçon : "cela n'est pas enseigné", là où le texte dit "il ne le lui à pas enseigné". Il décompose nimouk en nim (fil) et kav (ligne) : droit comme le fil à plomb. L'éloge est celui de Gittin 67a.
S'il ne reconnaît pas, où s'il n'est pas expert, etc.
Reprise de la michna. Sans repère connu, où sans être expert dans la halakha, il dit "ma chevita est à ma place" : le lieu lui est acquis, avec deux mille coudées dans chaque direction.
Le Roch rapporté la suite. Rabbi Hanina ben Antigenos : ces deux mille sont circulaires. Les sages : carrées, comme une tablette, afin de gagner les angles. Puis le pauvre qui fait l'erouv avec ses pieds.
Ces deux mille coudées, où sont-elles écrites ? Comme on enseigné : "Demeurez chacun à sa place", ce sont quatre coudées.
"Que nul ne sorte de son lieu", ce sont deux mille coudées.
Question de fond : d'où la Torah tient-elle les deux mille coudées ? La beraita partage le verset de la manne (Exode 16, 29). "Demeurez chacun à sa place" : les quatre coudées. Rachi : elles visent celui qui est déjà sorti hors du tehoum. "Que nul ne sorte de son lieu" : les deux mille.
Le chiffre deux mille n'est pas dans ce verset. Le segment suivant le fait venir, par gezera shava (analogie de mots), du migrash des leviim.
D'où tenons-nous cela ? Rav Hisda à dit : nous avons appris lieu de lieu, lieu de fuite, fuite de fuite, fuite de frontière, frontière de frontière, frontière de dehors, et dehors de dehors.
Car il est écrit : "Vous mesurerez en dehors de la ville le côté est, deux mille coudées, etc."
Rav Hisda construit une chaîne. Chaque gezera shava transporte un mot nouveau sur "que nul ne sorte de son lieu", jusqu'à ce que ce verset soit traité comme s'il contenait "dehors". Ce "dehors" rejoint alors "vous mesurerez en dehors de la ville", où la Torah écrit deux mille coudées.
Rachi détaille l'ordre : lieu, puis fuite, puis frontière, puis dehors. Le point d'arrivée est le migrash (terrain ouvert) des villes des leviim.
Et que l'on apprenne de "depuis le mur de la ville et au-dehors, mille coudées" ? On apprend "dehors" de "dehors", et l'on n'apprend pas "dehors" de "et au-dehors".
Un autre verset du même chapitre donne mille coudées, "depuis le mur de la ville et au-dehors". Le mot y est hutza ("et au-dehors"), pas hutz ("dehors"). La gezera shava se fait d'un mot à son identique. Les deux mille restent la mesure du tehoum.
Et quelle différence cela fait-il ? Or l'école de Rabbi Yishmael enseigné : "le kohen reviendra", "le kohen viendra" : ce retour est cette venue !
L'objection : si hutz et hutza ne s'équivalent pas, pourquoi l'école de Rabbi Yishmael fait-elle une gezera shava entre "le kohen reviendra" et "le kohen viendra", deux mots différents ?
Rachi déroule la halakha des néga'im (atteintes) de maison. Retour et venue désignent tous deux le trajet du kohen, de sa maison vers la maison atteinte. De là, la même suite : retirer les pierres, racler, enduire, donner une semaine. La démolition vient si l'atteinte revient ensuite.
Ces paroles valent là où rien ne lui ressemble. Là où quelque chose lui ressemble, c'est de ce qui lui ressemble que nous apprenons.
La gezera shava entre deux mots proches, comme retour et venue, à sa place lorsqu'aucun mot identique n'est disponible. Pour "dehors", un hutz identique existe, celui des deux mille coudées. On apprend de celui-là, et l'on laisse hutza, le verset des mille.
Deux mille coudées, circulaires. Et Rabbi Hanina ben Antigenos, de toute manière : s'il tient la gezera shava, des côtés sont écrits ; s'il ne tient pas la gezera shava, d'où tient-il deux mille coudées ?
La michna donne à Rabbi Hanina ben Antigenos un tehoum rond. La Guemara le prend de deux côtés. S'il accepté la gezera shava des leviim, le verset écrit des pe'ot (côtés), donc un carré. S'il la refuse, les deux mille coudées n'ont plus de source.
Rachi : "côté" est le mot du verset du migrash, et ce mot implique le carré.
En fait, il tient la gezera shava. Ici, c'est différent, car le verset dit : "Ceci sera pour eux le migrash des villes".
À ceci tu donnés des côtés. Tu ne donnés pas de côtés à ceux qui font la chevita de chabbat.
Réponse : Rabbi Hanina ben Antigenos tient la gezera shava, d'où les deux mille. Le mot zeh ("ceci") limite les pe'ot au migrash des villes levitiques. Ceux qui font la chevita de chabbat reçoivent les deux mille sans les côtés : le tehoum est un cercle.
Et les sages ? On enseigné : Rav Hananya dit : comme ceci seront tous ceux qui font la chevita de chabbat.
Les sages lisent le même mot "ceci" en sens inverse. Rav Hananya : comme cette mesure-là seront tous ceux qui font la chevita de chabbat. Le carré du migrash devient aussi le carré du tehoum.
Tossefot ouvrent trois lectures de "elles et leur diagonale", reprises au segment suivant. Rachi allongé le transport jusqu'à la diagonale, faute de pouvoir y tracer carré et cercle. Rabbi Chmouel (le Rachbam) aligne les quatre coudées sur le carré du monde : quatre suffisent dans l'axe est-ouest où nord-sud ; la diagonale du monde exige le supplément. Rabbenou Tam donne la diagonale dans chaque direction. Tossefot retiennent les côtés du monde, comme pour les villes des leviim : le migrash aboutit à un quart, un carré aligné sur le monde.
Rabbi Aha bar Yaakov à dit : celui qui transporte quatre coudées dans le domaine public n'est passible que lorsqu'il transporte elles et leur diagonale.
Dans le reshut harabim (domaine public), transporter un objet quatre coudées est un interdit. Rabbi Aha bar Yaakov ne rend passible qu'à partir des quatre coudées plus leur diagonale.
Rachi chiffre : quatre coudées et huit cinquièmes, soit cinq coudées et trois cinquièmes. Le carré et le cercle concernent un espace. Un trajet de transport reçoit, à la place des côtés, cet allongement.
Rav Papa à dit : Rava nous à mis à l'épreuve. Une colonne dans le domaine public, haute de dix et large de quatre : faut-il elles et leur diagonale, où non ?
Et nous lui avons dit : n'est-ce pas l'enseignement de Rav Hananya ? Car on enseigné : Rav Hananya dit : comme ceci seront tous ceux qui font la chevita de chabbat.
Rava interroge ses élèves sur une colonne du domaine public : dix de haut, quatre de large. Cette mesure est celle qui peut faire de la colonne un domaine à part. Faut-il les quatre et leur diagonale ?
Les élèves renvoient à Rav Hananya : "comme ceci" vaut pour toute chevita de chabbat, donc les mesures de chabbat suivent le carré. Rachi précise la question : les quatre doivent former un carré, où une diagonale se trace. Un cercle n'en a pas.
Et c'est ce qu'ils ont dit : le pauvre fait l'erouv avec ses pieds. Rabbi Meir à dit : nous n'avons que le pauvre, etc.
La michna en vient à l'erouv tehumin fait avec les pieds : aller sur place fixer sa chevita, sans déposer de pain. Rabbi Meir réserve cela au pauvre. Le "etc." annonce Rabbi Yehouda, que Rav Nahman reprend aussitôt.
Rav Nahman à dit : la dispute porte sur "à ma place". Car Rabbi Meir tient : l'essentiel de l'erouv est le pain.
L'amud s'arrête sur Rav Nahman. La dispute entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda vise la formule "ma chevita est à ma place". Rabbi Meir : l'essentiel de l'erouv est le pain.
Rachi complète la leçon. Rabbi Yehouda permet les pieds même au riche, pour cette formule. Il prépare aussi la question de la page suivante : "c'est ce qu'ils ont dit" porte-t-il sur celui qui connaît un arbre, où sur celui qui n'est pas expert ?
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).