Sougya : Le daf poursuit l'éloge de la Torah. Le figuier, la biche et le sein disent la même chose : chaque reprise donne un goût nouveau.
Les cavaliers d'ânes blancs sont les disciples qui rendent la Torah claire comme midi, qui jugent un jugement vrai, et qui vont du verset à la michna puis au Talmud. Rav Chizvi et Rav Chechet lisent le verset du chasseur ; Rav Dimi et Rav Houna en tirent la règle : revoir peu à peu, sinon l'étude s'envole.
La beraita décrit l'ordre par lequel Moché a transmis la Torah orale, quatre auditions pour chacun. Rabbi Eliezer et Rabbi Akiva en tirent le devoir du maître.
Rabbi Perida, qui répète quatre cents fois, reçoit les deux récompenses. Rav Hisda, Rabbi Abahou, Rabbi Eliezer et Rava fondent la mémoire sur les signes.
Chaque fois qu'un homme la palpe, il y trouve des figues. De même les paroles de Torah : chaque fois qu'un homme les médite, il y trouve un goût.
La comparaison est celle du figuier. Les figues ne viennent pas toutes ensemble : à chaque passage, il en reste de prêtes. La hagaya (méditation répétée) fait de même pour la Torah : le goût qui paraît est un goût qu'on n'avait pas encore pris.
Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : que signifie ce qui est écrit : "Biche des amours et gazelle de grâce, etc." ? Pourquoi a-t-on comparé les paroles de Torah à une biche ?
Pour te dire : de même que la biche a la matrice étroite, et qu'elle est chère à celui qui s'unit à elle à chaque heure comme à la première heure, de même les paroles de Torah sont chères à ceux qui les étudient à chaque heure comme à la première heure.
Le verset est Michlei 5, 19. Rahma tsar : la matrice étroite fait que chaque union a le goût de la première. La Torah reprise a le même statut : l'heure d'étude présente est chère comme la première heure.
"Et gazelle de grâce" : elle fait monter la grâce sur ceux qui l'étudient. "Ses seins t'abreuvent en tout temps" : pourquoi a-t-on comparé les paroles de Torah à un sein ?
De même que ce sein, chaque fois que le nourrisson le palpe, il y trouve du lait, de même les paroles de Torah : chaque fois qu'un homme les médite, il y trouve un goût.
Ya'alat hen est lu "elle fait monter la grâce". Dadeha yeravoukha reprend l'image du figuier : palper, et trouver. Le lait du sein et le goût de la Torah paraissent à chaque demande, sans s'épuiser d'un coup.
"Dans son amour tu t'égareras toujours" : comme Rabbi Eliezer ben Pedat. On a dit de Rabbi Eliezer qu'il siégeait et s'occupait de Torah au marché inférieur de Tsippori, et que son drap était posé au marché supérieur de Tsippori.
Il est enseigné que Rabbi Yitshak ben Elazar a dit : une fois, un homme est venu pour le prendre, et il y a trouvé un saraf.
Tichgueh : l'amour de la Torah détourne des affaires au point d'oublier où l'on a laissé son drap. La parenthèse du texte vise Rabbi Elazar ben Pedat. Le saraf trouvé sur le drap en est le gardien : personne ne l'emporte.
Un tanna de l'école de Rav Anan a enseigné : que signifie ce qui est écrit : "Cavaliers d'ânes blancs, assis sur midin, [et ceux qui marchent sur le chemin, parlez]" ? "Cavaliers d'ânes" : ce sont les disciples des sages, qui vont de ville en ville et de province en province pour apprendre la Torah.
"Blanches" : ils la rendent comme le midi. "Assis sur midin" : ils jugent un jugement vrai selon sa vérité.
"Et ceux qui marchent" : ce sont les maîtres du mikra. "Sur le chemin" : ce sont les maîtres de michna.
"Parlez" : ce sont les maîtres de Talmud, car toute leur conversation est paroles de Torah.
Le verset est Juges 5, 10, lu mot à mot. Tsehorot rejoint tsohorayim, le midi : rendre la Torah claire. Midin rejoint danin, juger. Les trois derniers mots classent trois degrés : mikra, michna, Talmud. Au degré du Talmud, même la conversation ordinaire est étude.
Rav Chizvi a dit au nom de Rabbi Elazar ben Azarya : que signifie ce qui est écrit : "Le trompeur ne rôtira pas sa chasse" ? Le chasseur trompeur ne vivra pas et n'allongera pas ses jours.
Lo yiharokh est découpé : lo yihye et lo yaarikh. Le chasseur qui prend sans garder ressemble à l'étudiant qui avance sans revoir : la prise ne reste pas, et les jours d'étude ne s'allongent pas.
Rav Chechet a dit : le chasseur trompeur rôtirait-il ?
Rav Chechet refuse d'appeler ramai celui qui prend sans garder. Selon Rachi, cet homme est un sot. Le rusé est celui qui amasse peu à peu : il brise l'aile, rôtit, et la prise tient. Le verset, lu comme une question, affirme qu'un tel chasseur rôtit.
Quand Rav Dimi est venu, il a dit : une parabole, un chasseur qui chasse des oiseaux. S'il brise les ailes du premier, puis du suivant, la prise se garde.
Sinon, elle ne se garde pas.
Rav Dimi, venu de la terre d'Israël, donne l'image qui porte la lecture de Rav Chechet. Richon richon : chaque oiseau est fixé avant d'en prendre un autre. Dans l'étude, chaque enseignement est revu avant d'ouvrir le suivant.
Rabba a dit que Rav Sehora a dit que Rav Houna a dit : que signifie ce qui est écrit : "Une fortune tirée du hevel diminue, et celui qui amasse sur la main augmente" ? Si un homme fait de sa Torah des faisceaux et des faisceaux, elle diminue.
Sinon, celui qui amasse sur la main augmente.
Le verset est Michlei 13, 11. Hevel est lu havilot, des faisceaux : le he s'échange avec le het. Apprendre par gros paquets fait diminuer. Kovets al yad, amasser sur la main, c'est reprendre une mesure petite, et la Torah augmente.
Rabba a dit : les maîtres connaissent cette parole, et ils passent outre. Rav Nahman bar Yitshak a dit : moi, je l'ai faite, et elle s'est maintenue dans ma main.
La règle est connue, et la pratique la laisse de côté. Rav Nahman bar Yitshak témoigne sur lui-même : il a tenu la reprise courte, et l'étude est restée.
Nos maîtres ont enseigné : quel est l'ordre de la michna ? Moché a appris de la bouche de la gevoura.
Aharon est entré, et Moché lui a répété son chapitre. Aharon s'est retiré et s'est assis à la gauche de Moché.
Ses fils sont entrés, et Moché leur a répété leur chapitre. Ses fils se sont retirés.
Elazar s'est assis à la droite de Moché, et Itamar à la gauche d'Aharon. Rabbi Yehouda dit : Aharon revient toujours à la droite de Moché.
Les anciens sont entrés, et Moché leur a répété leur chapitre. Les anciens se sont retirés.
Tout le peuple est entré, et Moché leur a répété leur chapitre. Il s'est trouvé qu'Aharon en avait quatre, ses fils trois, les anciens deux, et tout le peuple un.
La michna ici est la Torah orale, répétée par chapitres. Moché enseigne le même chapitre quatre fois : à Aharon, aux fils, aux anciens, au peuple. Chacun des premiers reste et réentend. D'où les comptes : 4, 3, 2, 1. La place à gauche, quand on est seul, vient de la règle : se tenir à la droite du maître est le fait d'un bor. Rabbi Yehouda : dès qu'un second existe, le plus grand revient à la droite.
Moché s'est retiré, et Aharon leur a répété son chapitre. Aharon s'est retiré, et ses fils leur ont répété leur chapitre.
Ses fils se sont retirés, et les anciens leur ont répété leur chapitre. Il s'est trouvé que tout le monde en avait quatre.
Après les auditions devant Moché, le chapitre redescend. Aharon l'enseigne à ceux qui restent, puis ses fils, puis les anciens. Le peuple, qui n'avait entendu Moché qu'une fois, reçoit les trois répétitions qui manquaient. Biyad hakol arbaa : chacun se retrouve à quatre.
De là Rabbi Eliezer a dit : un homme est tenu de répéter à son élève quatre fois. Et un kal va-homer : Aharon, qui a appris de la bouche de Moché, et Moché de la bouche de la gevoura, a été ainsi ; un simple qui apprend de la bouche d'un simple, à plus forte raison.
Le nombre quatre de la beraita devient une obligation du maître. Le kal va-homer va du plus fort au plus faible : Aharon, aidé parce que Moché tenait la Torah de la gevoura, a quand même eu besoin de quatre fois. L'élève ordinaire en a besoin au moins autant.
Rabbi Akiva dit : d'où sait-on qu'un homme est tenu de répéter à son élève jusqu'à le lui avoir enseigné ? Car il est dit : "et enseigne-la aux enfants d'Israël".
Et d'où, jusqu'à ce qu'elle soit ordonnée dans leur bouche ? Car il est dit : "place-la dans leur bouche".
Rabbi Akiva ne fixe pas un nombre. Le verset est Devarim 31, 19. Ve-lameda oblige à poursuivre jusqu'à ce que l'élève sache. Sima be-fihem oblige jusqu'à ce que le chapitre soit ordonné dans la bouche, prêt à être redit.
Et d'où sait-on qu'il est tenu de lui montrer des panim ? Car il est dit : "et voici les jugements que tu placeras devant eux".
Panim : les raisons, les faces par lesquelles la halakha se tient. Le verset est Chemot 21, 1, tassim lifneihem, "tu placeras devant eux", et non une simple transmission. Le maître range la raison devant l'élève.
Et qu'ils apprennent tous de Moché ! Afin de rendre honneur à Aharon et à ses fils, et honneur aux anciens.
La question : puisque quatre auditions sont nécessaires, que Moché les donne lui-même à tout le monde. La réponse est l'honneur : Aharon, ses fils et les anciens reçoivent un tour d'enseignement.
Et qu'Aharon entre et apprenne de Moché, que ses fils entrent et apprennent d'Aharon, que les anciens entrent et apprennent de ses fils, et qu'ils aillent l'enseigner à tout Israël ! Puisque Moché a appris de la bouche de la gevoura, sa parole est assistée.
Seconde question : une chaîne simple, chacun n'enseignant qu'au rang d'après, suffirait, et Moché n'enseignerait qu'à Aharon. Mistaye'a milteih : la parole qui sort de celui qui a entendu la gevoura prend mieux. Chacun doit donc l'entendre au moins une fois de Moché. Les répétitions suivantes peuvent venir des autres.
Le maître a dit : Rabbi Yehouda dit qu'Aharon revient toujours à la droite de Moché. Selon qui va ce qui est enseigné : trois qui marchaient en chemin, le maître au milieu, le grand à sa droite, et le petit à sa gauche ?
Dirons-nous que c'est Rabbi Yehouda, et non les maîtres ?
La beraita de la route place le grand à droite. Cela rejoint Rabbi Yehouda, qui ramène Aharon à la droite. Le premier tanna laisse Aharon à gauche même après l'entrée des fils. La Guemara demande si la beraita de la route ne peut donc être que Rabbi Yehouda.
Même si tu dis les maîtres : à cause de la peine d'Aharon.
Les maîtres de la première beraita tiennent eux aussi que la place du grand est à droite. Aharon est resté à gauche pour une raison de fait : il y était déjà, et le déplacer aurait été une tirha (peine). La beraita des trois en chemin peut donc suivre les maîtres.
Rabbi Perida avait un élève à qui il répétait quatre cents fois, et alors il savait. Un jour, on l'a demandé pour une affaire de mitsva.
Il lui a répété, et il n'a pas su.
Le cas pousse le devoir de Rabbi Akiva jusqu'au bout : répéter jusqu'à ce que l'élève sache, ici quatre cents fois. Le jour de la mitsva, le compte habituel ne suffit plus.
Il lui a dit : maintenant, qu'est-ce qui est différent ? Il lui a dit : depuis l'heure où l'on a dit au maître qu'il y a une affaire de mitsva, j'ai détourné mon attention, et à chaque instant je disais : maintenant le maître se lève, maintenant le maître se lève.
Il lui a dit : donne ton attention, et je te répéterai. Il est revenu et lui a répété quatre cents autres fois.
L'élève nomme la cause : l'hissah ha-daat, l'attention retirée. Chaque répétition était coupée par l'attente du départ. Rabbi Perida rend d'abord l'attention, puis refait le compte entier.
Une bat kol est sortie et lui a dit : te convient-il qu'on t'ajoute quatre cents ans, ou que toi et ta génération vous ayez droit au monde à venir ? Il a dit : que nous ayons droit, moi et ma génération, au monde à venir.
Le Saint, béni soit-Il, leur a dit : donnez-lui l'un et l'autre.
La bat kol met en balance quatre cents ans de vie et le olam ha-ba pour lui et sa génération. Il choisit le second. La réponse est les deux ensemble. Tossefot relie cela à Meguila 27b, où Rabbi Perida explique sa longue vie par le fait que personne ne l'a précédé au beth hamidrach : les deux causes tiennent, ou bien il n'a appris la promesse qu'au bout des quatre cents ans.
Rav Hisda a dit : la Torah ne s'acquiert que par des signes, car il est dit : "place-la dans leur bouche". Ne lis pas "place-la", lis "son signe".
Al tikrei sima ela simana. Le même mot qui, chez Rabbi Akiva, ordonnait le chapitre dans la bouche, est lu ici siman : un signe qui attache les enseignements entre eux, et les noms des sages, comme dans le Talmud.
Rav Tahlifa de l'Ouest l'a entendue. Il est allé la dire devant Rabbi Abahou.
Il a dit : vous, de là-bas, vous l'enseignez ainsi ; nous, d'ici, nous l'enseignons ainsi : "Dresse-toi des repères, place-toi, etc." Faites des repères pour la Torah. Et d'où sait-on que ce "tsiyoun" est un langage de signe ?
Car il est écrit : "il verra un os d'homme, et il bâtira à côté de lui un tsiyoun".
Rabbi Abahou, en terre d'Israël, prend le même enseignement dans Yirmeya 31, 20 : hatsivi lakh tsiyounim. La preuve que tsiyoun veut dire signe est Ye'hezkel 39, 15 : on bâtit un repère à côté de l'os, pour marquer l'endroit de l'impureté.
Rabbi Eliezer a dit, d'ici : "Dis à la sagesse : tu es ma sœur, et appelle l'intelligence une parente." Fais des parents à la Torah. Rava a dit : fais des temps fixés à la Torah.
Michlei 7, 4. Moda est lu modaïm, des signes qui font reconnaître la Torah, sur la voie de "parent", quelqu'un qu'on reconnaît. Rava lit moadim : des temps fixés. Rachi : des heures connues, pour que les élèves arrivent ensemble et répètent.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).