Eruvin 62a - La cour du non-Juif : demeure, décret et location

Eruvin 62a

Sougya : Abaye bar Avin et Rav Hinena bar Avin partent de l'idée que Rabbi Meir tient la demeure du goy pour une demeure, et ils ne voient plus ce que tient Rabbi Eliezer ben Yaakov. Abaye renverse cette lecture : tous tiennent que cette demeure ne compte pas.

Le débat porte sur un décret, de peur que l'Israélite apprenne des actes du goy. Rabbi Eliezer ben Yaakov ne l'applique qu'à deux Israélites ; Rabbi Meir l'applique même à un seul, parce que l'eruv et le bitoul reshout ne valent pas tant que le goy n'a pas loué, et le goy ne loue pas.

La Guemara précise la location solide et la location fragile, puis rapporte la beraita de la cour du goy.

Qui interdit le transport dans la cour Demeure du goy, puis le décret Accord : la demeure du goy n'est pas une demeure. Décret : de peur que l'Israélite apprenne ses actes. Rabbi Eliezer ben Yaakov Le goy est suspect de sang versé. Deux habitants : cas fréquent. Les Sages ont décrété. Un seul : cas rare. Les Sages n'ont pas décrété. Un Israélite seul peut transporter. Rabbi Meir Parfois un seul habite aussi. L'eruv n'est pas efficace. Le bitoul reshout non plus. Il faut une sekhira (location). Le goy ne loue pas. Même un seul est interdit. Sans location, Rabbi Meir interdit dès qu'un Israélite habite. Rabbi Eliezer ben Yaakov n'interdit que s'ils sont deux à s'interdire.
Rabbi Meir et Rabbi Eliezer ben Yaakov s'accordent : la demeure du goy ne compte pas. Ils divergent sur le décret, selon qu'un Israélite habite seul ou à deux.
Location solide et location fragile Sekhira beria et sekhira reoua Lecture écartée Lecture retenue Solide : une perouta. Fragile : moins d'une perouta. Rabbi Yo'hanan : on loue même pour moins d'une perouta. Un ben Noah est mis à mort pour moins d'une perouta. Solide : moharki et aburganei. Fragile : sans eux. Rav Hisda exige la solide. Rav Chechet, la fragile suffit. Même fragile : le goy craint la sorcellerie, et ne loue pas. Rachi : droit de remplir la cour. Tossefot : acte scellé et envoyés.
La différence solide / fragile n'est pas la perouta. Elle porte sur moharki et aburganei. Même une location fragile, le goy craint la sorcellerie.
La beraita de la cour Enclos de bête, puis le cas de l'Israélite Cour du goy : comme un enclos de bête. Le droit n'est pas divisé. Aucun Israélite Entrer et sortir : permis. Un Israélite, Rabbi Meir Il interdit le transport. Un Israélite, R. Eliezer b. Yaakov Il n'interdit pas. Deux Israélites, deux maisons Ils s'interdisent : le goy interdit.
Beraita : cour du goy comme un enclos. Rabbi Meir interdit dès un Israélite. Rabbi Eliezer ben Yaakov attend deux Israélites qui s'interdisent.
1
גְּמָ׳ יָתֵיב אַבָּיֵי בַּר אָבִין וְרַב חִינָּנָא בַּר אָבִין, וְיָתֵיב אַבַּיֵּי גַּבַּייְהוּ, וְיָתְבִי וְקָאָמְרִי: בִּשְׁלָמָא רַבִּי מֵאִיר קָסָבַר דִּירַת גּוֹי שְׁמָהּ דִּירָה, וְלָא שְׁנָא חַד וְלָא שְׁנָא תְּרֵי.

Guemara. Abaye bar Avin et Rav Hinena bar Avin étaient assis, et Abaye était assis auprès d'eux.

Ils étaient assis et disaient : cela se comprend pour Rabbi Meir, qui estime que la demeure d'un goy (non-Juif) est appelée demeure, et il n'y a pas de différence entre un et deux.

📜 Rachi (1)
גְּמ' לָא שְׁנָא חַד יִשְׂרָאֵל יְחִידִי דָּר עִמּוֹ:
Un Israélite seul habite avec lui.
💡 Explication

Deux amoraim, avec Abaye à côté d'eux, ouvrent sur la michna. Rabbi Meir, tana anonyme de la michna, tiendrait que la dira du goy compte comme une demeure. Dès lors, un Israélite seul ou deux Israélites : le goy a une part dans la cour et interdit le transport.

2
אֶלָּא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב מַאי קָסָבַר? אִי קָסָבַר דִּירַת גּוֹי שְׁמָהּ דִּירָה — אֲפִילּוּ חַד נָמֵי נִיתְּסַר! וְאִי לָא שְׁמָהּ דִּירָה — אֲפִילּוּ תְּרֵי נָמֵי לָא נִיתְּסַר!

Mais Rabbi Eliezer ben Yaakov, que tient-il ? S'il tient que la demeure d'un goy est appelée demeure, même un seul devrait aussi être interdit.

Et si elle n'est pas appelée demeure, même deux ne devraient pas non plus être interdits.

📜 Rachi (1)
שְׁמָהּ דִּירָה וְיֵשׁ לוֹ רְשׁוּת בֶּחָצֵר וְנִמְצָא יִשְׂרָאֵל הַמּוֹצִיא לֶחָצֵר מִבֵּיתוֹ שֶׁהוּא מְיֻוחָד לוֹ מוֹצִיא מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת וְרַבָּנָן גָּזְרוּ שֶׁלֹּא לְהוֹצִיא מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת בְּלֹא עֵירוּב דִּלְמָא אָתֵי לְאַפּוּקֵי מרה"י לרה"ר:
Et il a un droit dans la cour. L'Israélite qui sort vers la cour depuis sa maison, qui lui est réservée, sort d'un domaine vers un domaine. Les Sages ont décrété de ne pas sortir d'un domaine vers un domaine sans eruv, de peur qu'il en vienne à sortir d'un domaine privé vers le domaine public.
💡 Explication

Le dilemme vise Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui n'interdit que lorsqu'il y a déjà deux Israélites. Si la demeure du goy compte, un seul suffit à l'interdiction. Si elle ne compte pas, deux n'y changent rien. Aucune des deux branches ne laisse de place à sa distinction.

Rachi rappelle le fond de l'interdit : sortir de sa maison vers la cour, c'est passer d'un domaine à un domaine. Les Sages l'ont interdit sans eruv, de peur du domaine public.

🖼️ Schéma
Le dilemme posé devant Abaye Demeure du goy : un seul, ou deux Que tient Rabbi Eliezer ben Yaakov ? Si la demeure compte Même un seul devrait être interdit. Si elle ne compte pas Même deux ne devraient pas être interdits. Les deux lectures manquent l'avis de Rabbi Eliezer ben Yaakov.
Les deux lectures de la demeure du goy manquent l'avis de Rabbi Eliezer ben Yaakov.
3
אֲמַר לְהוּ אַבַּיֵּי: וְסָבַר רַבִּי מֵאִיר דִּירַת גּוֹי שְׁמָהּ דִּירָה? וְהָתַנְיָא: חֲצֵירוֹ שֶׁל נָכְרִי — הֲרֵי הוּא כְּדִיר שֶׁל בְּהֵמָה.

Abaye leur dit : et Rabbi Meir tient-il que la demeure d'un goy est appelée demeure ? Or on a enseigné : la cour d'un nokhri, la voici comme un enclos de bête.

📜 Rachi (1)
הֲרֵי הוּא כְּדִיר שֶׁל בְּהֵמָה וְאֵין לוֹ כֹּחַ לֶאֱסֹור ור"מ קָאָמַר לָהּ לְקַמָּן בַּבָּרַייְתָא בִּשְׁמַעְתִּין וְרָמֵינַן מַתְנֵי' עֲלָהּ וּמוֹקְמִינַן בִּדְלֵיתֵיהּ וְיִשְׂרָאֵל אַפֵּי' כִּי לֵיתֵיהּ אוֹסֵר אַלְמָא דִּירַת עַכּוּ"ם לָאו שְׁמָהּ דִּירָה:
Et il n'a pas le pouvoir d'interdire. Rabbi Meir le dit plus bas, dans la beraita de notre passage. On oppose la michna à cette beraita, et on l'établit dans le cas où il est absent. Un Israélite, même absent, interdit. On en tire que la demeure de l'idolâtre n'est pas appelée demeure.
🗂️ Tossefot (1)
חֲצֵירוֹ שֶׁל עַכּוּ"ם הֲרֵי הוּא כְּדִיר שֶׁל בְּהֵמָה וְאִם יֵשׁ בָּתִּים הַרְבֵּה שֶׁל עַכּוּ"ם פִּתּוּחִין בֶּחָצֵר מֻותָּר לְיִשְׂרָאֵל לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא לְשָׁם מֵאַחַר שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל דָּר שָׁם:
Et s'il y a beaucoup de maisons d'idolâtres ouvertes sur la cour, il est permis à l'Israélite d'y faire entrer et d'en faire sortir, puisqu'aucun Israélite n'y habite.
💡 Explication

Abaye retire la prémisse. La beraita, dite par Rabbi Meir, compare la cour du nokhri à un enclos de bête : elle n'interdit pas par elle-même. Rachi renvoie à la suite du passage, où l'on en tire que la demeure de l'idolâtre n'est pas appelée demeure.

Tossefot : plusieurs maisons d'idolâtres ouvertes sur la même cour, sans Israélite qui y habite, laissent le transport permis.

4
אֶלָּא: דְּכֻולֵּי עָלְמָא דִּירַת גּוֹי לֹא שְׁמָהּ דִּירָה, וְהָכָא בִּגְזֵירָה שֶׁמָּא יִלְמַד מִמַּעֲשָׂיו קָא מִיפַּלְגִי.

En réalité : tout le monde tient que la demeure d'un goy n'est pas appelée demeure. Et ici, ils divergent sur le décret : de peur qu'il apprenne de ses actes.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא דכ"ע לָאו שְׁמָהּ דִּירָה אֶלָּא מִשּׁוּם גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִלְמֹוד יִשְׂרָאֵל מַעֲשָׂיו שֶׁל עַכּוּ"ם הִטְרִיחוּהוּ וְהִפְסִידוּהוּ חֲכָמִים לְיִשְׂרָאֵל הַדָּר עִמּוֹ כְּדֵי שֶׁיִּקְשֶׁה בְּעֵינָיו לִיתֵּן שָׂכָר בְּכָל שַׁבָּת וְשַׁבָּת וְיֵצֵא מִשָּׁם וּבְהַהִיא גְּזֵרָה פְּלִיגִי ר"מ ור"א בֶּן יַעֲקֹב אִי גָּזְרִינַן לֵיהּ עַל יִשְׂרָאֵל יָחִיד הַדָּר עִם הָעַכּוּ"ם אוֹ לֹא:
Mais à cause du décret, de peur que l'Israélite apprenne les actes de l'idolâtre, les Sages ont imposé une charge et un dommage à l'Israélite qui habite avec lui, afin qu'il lui soit pénible de donner un salaire chaque Chabbat, et qu'il parte de là. Sur ce décret divergent Rabbi Meir et Rabbi Eliezer ben Yaakov : décrète-t-on aussi pour un Israélite seul qui habite avec l'idolâtre, ou non.
💡 Explication

Nouvelle lecture, commune aux deux tanas : dirat goy lo shmah dira, la demeure du goy ne compte pas. Le débat est un décret. Les Sages ont rendu la vie avec le goy pénible, par un salaire à verser chaque Chabbat, afin que l'Israélite parte et n'apprenne pas ses actes. Rabbi Meir et Rabbi Eliezer ben Yaakov divergent sur la portée : le décret vise-t-il aussi l'Israélite seul ?

5
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב סָבַר: כֵּיוָן דְּגוֹי חָשׁוּד אַשְּׁפִיכוּת דָּמִים, תְּרֵי דִּשְׁכִיחִי דְּדָיְירִי — גָּזְרוּ בְּהוּ, חַד לָא שְׁכִיחַ — לָא גָּזְרוּ בֵּיהּ רַבָּנָן.

Rabbi Eliezer ben Yaakov estime : puisque le goy est suspect d'effusion de sang, pour deux, qui ont coutume d'habiter, on a décrété à leur sujet ; pour un, qui n'a pas coutume, les Sages n'ont pas décrété à son sujet.

💡 Explication

Le goy est suspect d'effusion de sang. Un Israélite seul n'habite pas volontiers avec lui : cas rare, et les Sages ne décrètent pas pour un cas rare. Deux Israélites se protègent l'un l'autre : cas fréquent, le décret s'applique, et le goy interdit le transport.

6
וְרַבִּי מֵאִיר סָבַר: זִמְנִין דְּמִקְּרֵי וּדְיִיר. וְאָמְרוּ רַבָּנָן: אֵין עֵירוּב מוֹעִיל בִּמְקוֹם גּוֹי, וְאֵין בִּיטּוּל רְשׁוּת מוֹעִיל בִּמְקוֹם גּוֹי, עַד שֶׁיַּשְׂכִּיר. וְגוֹי לָא מוֹגַר.

Et Rabbi Meir estime : parfois il arrive qu'il habite. Et les Sages ont dit : l'eruv n'est pas efficace là où se trouve un goy, et le bitoul reshout (annulation du droit) n'est pas efficace là où se trouve un goy, jusqu'à ce qu'il loue.

Et le goy ne loue pas.

📜 Rachi (2)
ר"א סָבַר כֵּיוָן דְּעַכּוּ"ם חָשׁוּד עַל שְׁפִיכוּת דָּמִים לָא שְׁכִיחַ יְחִידִי דְּדָיַיר בַּהֲדֵיהּ וּמִילְּתָא דְּלָא שְׁכִיחָא לָא גְּזוּר בָּהּ רַבָּנָן ור"מ סָבַר יְחִידִי נָמֵי זִימְנִין דְּדָייַר ומש"ה אֲמוּר רַבָּנַן אֵין עֵירוּב מוֹעִיל כו':
Il n'est pas fréquent qu'un seul habite avec lui, et une chose qui n'est pas fréquente, les Sages n'ont pas décrété à son sujet. Rabbi Meir estime : même seul, parfois il habite. C'est pourquoi les Sages ont dit : l'eruv n'est pas efficace, etc.
וְעַכּוּ"ם לָא מוֹגַר לֹא יְהֵא רוֹצֶה לִשְׂכֹּור וְיֵצֵא יִשְׂרָאֵל זֶה מִשָּׁם:
Il ne voudra pas louer, et cet Israélite sortira de là.
🗂️ Tossefot (1)
וְעַכּוּ"ם לָא מוֹגַר וא"ת וּמֵעִיקָּרָא דס"ד דְּטַעְמָא מִשּׁוּם דְּדִירַת עַכּוּ"ם שְׁמָהּ דִּירָה מ"ט דְּעֵירוּב לָא מְהַנֵּי וּשְׂכִירוּת מְהַנֵּי וי"ל דְּעֵירוּב וּבִיטּוּל בְּדִין הוּא דְּלָא מְהַנֵּי שֶׁאֵין הָעַכּוּ"ם מַכִּיר בָּהֶן אֲבָל יוֹדֵעַ הוּא שֶׁיִּשְׂרָאֵל קוֹנֶה רְשׁוּתוֹ בִּשְׂכִירוּת אֲבָל הַשְׁתָּא דְּאַסִּיקְנָא שֶׁהוּא כְּדִיר שֶׁל בְּהֵמָה וּמִן הַדִּין לָא בָּעֵי מִידֵּי צָרִיךְ הוּא לְפָרֵשׁ מ"ט תַּקִּינוּ רַבָּנָן שְׂכִירוּת טְפֵי מֵעֵירוּב וּבִיטּוּל:
Et si l'on objecte : au départ, lorsque l'on pensait que la raison est que la demeure de l'idolâtre est appelée demeure, pourquoi l'eruv n'est-il pas efficace, et pourquoi la location l'est-elle ? On peut dire : l'eruv et le bitoul, de droit, ne sont pas efficaces, car l'idolâtre ne les connaît pas ; mais il sait que l'Israélite acquiert son droit par une location. Mais maintenant que nous concluons que sa cour est comme un enclos de bête, et que de droit l'on n'a besoin de rien, il faut expliquer pourquoi les Sages ont institué la location de préférence à l'eruv et au bitoul.
💡 Explication

Rabbi Meir : même un seul habite parfois avec le goy. Le décret couvre donc ce cas. Ni l'eruv ni le bitoul reshout ne lèvent l'interdit. Il faut une sekhira (location). Le goy refuse de louer, la charge devient trop lourde, l'Israélite s'en va.

Tossefot séparent deux temps. Tant que l'on croyait la demeure du goy réelle, l'eruv et le bitoul échouaient de droit, faute que le goy les connaisse, alors que la location, il la comprend. Une fois la cour ramenée à un enclos, de droit l'on n'a besoin de rien : reste à dire pourquoi les Sages ont fixé la location, et non l'eruv ni le bitoul.

7
מַאי טַעְמָא? אִילֵימָא מִשּׁוּם דְּסָבַר: דִּלְמָא אָתֵי לְאַחְזוֹקֵי בִּרְשׁוּתוֹ, הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר: שְׂכִירוּת בְּרִיאָה בָּעֵינַן.

Quelle est la raison ? Si l'on dit : c'est parce qu'il estime que peut-être l'on viendra à prendre pied dans son droit (hazaka), cela se comprend selon celui qui dit : nous exigeons une location solide (sekhira beria).

📜 Rachi (2)
מַאי טַעְמָא לָא מוֹגַר עַכּוּ"ם:
L'idolâtre ne loue pas.
בְּרִיאָה חֲזָקָה שֶׁיַּתְנֶה יִשְׂרָאֵל עִמּוֹ לְמַלֹּאות כָּל הַמָּבוֹי כֵּלִים אִם יִרְצֶה:
Forte : l'Israélite stipule avec lui qu'il pourra remplir toute la ruelle d'ustensiles, s'il le veut.
💡 Explication

Pourquoi le goy ne loue pas ? Première piste : il craint une hazaka, une prise de pied durable dans son droit. Cela ne tient que si la location exigée est solide. Rachi : solide, c'est une stipulation forte, le droit de remplir toute la ruelle d'ustensiles.

8
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר: שְׂכִירוּת רְעוּעָה בָּעֵינַן, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? דְּאִתְּמַר, רַב חִסְדָּא אָמַר: שְׂכִירוּת בְּרִיאָה. וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר: שְׂכִירוּת רְעוּעָה.

Mais selon celui qui dit : nous exigeons une location fragile (sekhira reoua), que peut-on dire ? Car il a été dit : Rav Hisda a dit : location solide.

Et Rav Chechet a dit : location fragile.

💡 Explication

Si la location exigée n'est que fragile, un geste sans vraie prise de possession, le goy n'a plus de raison de craindre une hazaka. Le débat est fixé : Rav Hisda exige la location solide, Rav Chechet se contente de la fragile.

9
מַאי רְעוּעָה, מַאי בְּרִיאָה? אִילֵּימָא: בְּרִיאָה — בִּפְרוּטָה, רְעוּעָה — פָּחוֹת מִשְּׁוֵה פְּרוּטָה. מִי אִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר מִגּוֹי בְּפָחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה לָא? וְהָא שָׁלַח רַבִּי יִצְחָק בְּרַבִּי יַעֲקֹב בַּר גִּיּוֹרֵי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: הֲווֹ יוֹדְעִין שֶׁשּׂוֹכְרִין מִן הַגּוֹי אֲפִילּוּ בְּפָחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה.

Qu'est-ce que fragile, qu'est-ce que solide ? Si l'on dit : solide, pour une perouta ; fragile, pour moins que la valeur d'une perouta.

Y a-t-il quelqu'un qui dise : d'un goy, pour moins que la valeur d'une perouta, non ? Or Rabbi Yitshak, fils de Rabbi Yaakov bar Giyorei, a envoyé au nom de Rabbi Yo'hanan : sachez que l'on loue du goy même pour moins que la valeur d'une perouta.

💡 Explication

Première définition, écartée. Solide serait une perouta, fragile serait en dessous. Rabbi Yo'hanan, transmis par Rabbi Yitshak bar Yaakov bar Giyorei, enseigne que la location au goy vaut même en dessous d'une perouta. Personne ne tient le contraire.

10
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בֶּן נֹחַ נֶהֱרָג עַל פָּחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה, וְלֹא נִיתַּן לְהִשָּׁבוֹן.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : un ben Noah (fils de Noé) est mis à mort pour moins que la valeur d'une perouta, et cela n'a pas été donné à restitution.

📜 Rachi (2)
בֶּן נֹחַ נֶהֱרָג עַל הַגֶּזֶל דְּהִיא מז' מִצְוֹת כִּדְאָמַר בַּד' מִיתוֹת בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף נו.) וְאָמַר אַזְהָרָה שֶׁלָּהֶן זוֹ הִיא מִיתָתָן וְאַשְׁמוֹעִינַן ר' יוֹחָנָן דְּעַכּוּ"ם לָא מֵחֵיל אֲפִילּוּ אַפָּחוּת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה וְהָוֵי גֶּזֶל לְדִידְהוּ:
Car c'est l'un des sept commandements, comme il est dit au chapitre des quatre mises à mort, Sanhédrin 56a. Et l'on dit : leur avertissement, c'est leur mort. Rabbi Yo'hanan nous apprend que l'idolâtre ne renonce même pas à moins que la valeur d'une perouta, et c'est un vol pour eux.
לֹא נִיתַּן לְהִישָּׁבוֹן דְּגַבֵּי יִשְׂרָאֵל כְּתִיב וְהֵשִׁיב אֶת הַגְּזֵלָה אֲבָל בְּנָכְרִי לָא כְּתִיב הֲשָׁבָה הִלְכָּךְ כֵּיוָן שֶׁעָבַר נֶהֱרַג וְאֵינוֹ מְשַׁלֵּם:
Car au sujet d'Israël il est écrit : il restituera le bien volé. Au sujet du nokhri, la restitution n'est pas écrite. Dès lors, dès qu'il a transgressé, il est mis à mort, et il ne paie pas.
🗂️ Tossefot (1)
בֶּן נֹחַ נֶהֱרָג עַל פָּחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה וְלֹא נִיתָּן לְהִשָּׁבוֹן פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּגַבֵּי יִשְׂרָאֵל כְּתִיב וְהֵשִׁיב אֶת הַגְּזֵלָה אֲשֶׁר גָּזָל אֲבָל בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא כְּתִיב הִלְכָּךְ כֵּיוָן שֶׁעָבַר נֶהֱרָג וְאֵין מְשַׁלֵּם מַשְׁמַע מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁוֹ דַּאֲפִילּוּ בְּגָזַל מֵעַכּוּ"ם חֲבֵירוֹ לָא מִיחַייַּב בַּהֲשָׁבָה וְלֹא יִתָּכֵן לוֹמַר כֵּן לְפִי אוֹתָהּ שִׁיטָה דְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּעַכּוּ"ם (דַּף עא:) דְּבָעֵי לְמֵידַק דִּמְשִׁיכָה בְּעַכּוּ"ם קוֹנָה דְּאִי אֵינָהּ קוֹנָה אַמַּאי נֶהֱרָג אֲבָל בְּהָא דְּנֶהֱרָג עַל שָׁוֶה פְּרוּטָה לָא קַשְׁיָא לֵיהּ דִּבְדִין הוּא שֶׁיֵּהָרֵג אע"ג דְּלָא קָנֵי בֵּיהּ מְשִׁיכָה כֵּיוָן דְּהָוֵי מָמוֹן חָשׁוּב אֲבָל בְּפָחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה דְּלָאו מָמוֹן הוּא וּבִמְשִׁיכָה נָמֵי לָא קָנֵי אַמַּאי נֶהֱרָג וְאִי בְּגוֹזֵל מֵעַכּוּ"ם אַייְרֵי א"כ אַפֵּי' בְּפָחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה מָמוֹן חָשׁוּב הוּא לְגַבֵּי עַכּוּ"ם דְּלָא מֵחֵיל עַל פָּחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה וּבְדִין הוּא שֶׁיֵּהָרֵג אַף עַל גַּב דְּלָא קָנֵי לֵיהּ כֵּיוָן דַּחֲשִׁיב מָמוֹן לְגַבֵּיהּ כְּמוֹ שָׁוֶה פְּרוּטָה לְיִשְׂרָאֵל וְכָל הַגַּזְלָנִים דְּמִיחַייְּבִי עַל הַגְּזֵילָה אע"ג דְּלָא קָנוּ לֵיהּ אֲבָל מֵהָא דְּנֶהֱרָג עַל גֶּזֶל פָּחוֹת מִשְּׁוֵה פְּרוּטָה מִיִּשְׂרָאֵל דִּיֵּיק שַׁפִּיר כִּדְפֵרַשְׁתִּי וּמַשְׁמַע לֵיהּ דְּאַייְרֵי בְּגוֹזֵל מִיִּשְׂרָאֵל מִדְּקָתָנֵי וְלֹא נִיתַּן לְהִשָּׁבוֹן כְּלוֹמַר דְּאֵינוֹ חַייָּב לְהַחֲזִיר וּבְגוֹזֵל מֵעַכּוּ"ם הָיָה חַיָּיב כֵּיוָן דְּקָפֵיד וְלֹא כְּפֵ"ה דְּפָטַר בְּגוֹזֵל מִן הָעַכּוּ"ם מִשּׁוּם דְּלָא כְּתִיבָא בֵּיהּ הֲשָׁבָה וּמִשּׁוּם קָם לֵיהּ בִּדְרַבָּה מִינֵּיהּ לָא מִיפְטָר דְּלָא שַׁייָּךְ גַּבֵּי עַכּוּ"ם דְּהָא נָטְלוּ לִסְטִין כְּסוּתוֹ בְּהַגּוֹזֵל בָּתְרָא (בּ"ק דַּף קיד.) מַשְׁמַע דְּלָא קָנוּ אֶלָּא בְּיֵיאוּשׁ וּמוֹקְמִינַן בְּלִסְטִים עַכּוּ"ם וְעוֹד דַּאֲפִילּוּ בְּיִשְׂרָאֵל אִי הָוֵי בְּעַיִן חַיָּיב לְהַחֲזִיר וְלָא אָמְרִינַן קִים לֵיהּ בִּדְרַבָּה מִינֵּיהּ כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק בֵּן סוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין דַּף עב.) גַּבֵּי בָּא בַּמַּחְתֶּרֶת וּמְשַׁנֵּי דְּהָא דְּמִיחַייַּב מִיתָה מִשּׁוּם דִּמְצַעֵר לְיִשְׂרָאֵל כְּלוֹמַר שֶׁהוּא חָשׁוּב מָמוֹן בְּיַד עַכּוּ"ם דְּאֵין סְבָרָא לוֹמַר שֶׁאִם צִיעֲרוֹ בְּשׁוּם עִנְיָן שֶׁיִּתְחַיֵּיב מִיתָה וּמַאי לֹא נִיתַּן לְהִשָּׁבוֹן כְּלוֹמַר כֵּיוָן דְּלָא קָנְיָא בִּמְשִׁיכָה א"כ כָּל הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ שֶׁל יִשְׂרָאֵל הוּא דְּאִי מִשּׁוּם דְּמִיַּיאַשׁ זִימְנִין דְּלָא מִייַּאַשׁ וּמְפָרֵשׁ שֶׁאֵינוֹ בְּתוֹרַת הִשָּׁבוֹן כְּלוֹמַר אִם אֲכָלוֹ שֶׁאֵינוֹ בְּעַיִן לָא מִיחַייַּב לִיתֵּן דָּמָיו אֲבָל כָּל זְמַן שֶׁהוּא בְּעַיִן וַדַּאי חַייָּב לְהַחֲזִיר אֲבָל אֵין לְפָרֵשׁ אֵינוֹ בְּתוֹרַת הִשָּׁבוֹן לְעִנְיָן שֶׁיִּפָּטֵר בַּהֲשָׁבָתוֹ מִמִּיתָה כְּמוֹ יִשְׂרָאֵל מִמַּלְקוּת דְּהָוֵי בְּכָךְ נִיתַּק לַעֲשֵׂה דְּאִם כֵּן דָּחַק בְּחִנָּם לְהַעֲמִידָהּ בְּיִשְׂרָאֵל וּמִשּׁוּם דִּמְצַעֲרִינָא דְּלוֹקְמֵהּ בְּגוֹזֵל מַעֲכוּם:
Rachi a expliqué dans le commentaire : au sujet d'Israël il est écrit, et il restituera le bien volé qu'il a volé ; au sujet de l'idolâtre, cela n'est pas écrit. Dès lors, dès qu'il a transgressé, il est mis à mort et il ne paie pas. Il ressort de son explication que, même s'il vole un idolâtre son semblable, il n'est pas tenu à la restitution. Et l'on ne peut pas dire ainsi selon la méthode du dernier chapitre d'Avoda Zara (71b), qui veut déduire que la mechkha (traction qui acquiert) acquiert chez l'idolâtre. Car si elle n'acquiert pas, pourquoi est-il mis à mort ? Mais sur le fait qu'il est mis à mort pour la valeur d'une perouta, cela ne fait pas difficulté : il est juste qu'il soit mis à mort même si la mechkha n'acquiert pas l'objet, puisque c'est un bien de valeur. Mais pour moins que la valeur d'une perouta, qui n'est pas un bien, et que la mechkha n'acquiert pas non plus, pourquoi est-il mis à mort ? Et si le cas est celui qui vole un idolâtre, alors même moins que la valeur d'une perouta est un bien de valeur pour l'idolâtre, puisqu'il ne renonce pas à moins que la valeur d'une perouta. Et il est juste qu'il soit mis à mort même s'il ne l'acquiert pas, puisque cela compte comme un bien pour lui, comme la valeur d'une perouta pour un Israélite. Et tous les voleurs sont tenus pour le vol même s'ils ne l'ont pas acquis. Mais du fait qu'il est mis à mort pour avoir volé moins que la valeur d'une perouta à un Israélite, la déduction tient, comme je l'ai expliqué. Et le texte lui indique que le cas est celui qui vole un Israélite, puisqu'on enseigne : et cela n'a pas été donné à restitution, c'est-à-dire qu'il n'est pas tenu de le rendre. Celui qui vole un idolâtre serait tenu, puisque l'idolâtre est pointilleux. Et cela va contre l'explication de Rachi, qui exempte celui qui vole l'idolâtre parce que la restitution n'est pas écrite à son sujet. Et l'on n'est pas exempté par kam lei bidraba minei (la peine capitale absorbe le paiement), car cela ne s'applique pas à l'idolâtre. En effet, des bandits ont pris son vêtement, dans le second chapitre du voleur (Bava Kama 114a), montre qu'ils n'acquièrent que par le yeouch (renoncement), et l'on établit le cas sur des bandits idolâtres. De plus, même chez un Israélite, si l'objet est encore là, il est tenu de le rendre, et l'on ne dit pas kam lei bidraba minei, comme le prouve le chapitre Ben Sorer (Sanhédrin 72a) au sujet de celui qui entre par effraction. Et l'on répond : il est passible de mort parce qu'il cause un tort à l'Israélite, c'est-à-dire que l'objet compte comme un bien entre les mains de l'idolâtre. Il n'y a pas de raison de dire que s'il lui causait un tort de n'importe quelle façon, il serait passible de mort. Et que veut dire : cela n'a pas été donné à restitution ? Puisque la mechkha n'acquiert pas, partout où se trouve l'objet il appartient à l'Israélite : si c'était à cause du yeouch, parfois il ne renonce pas. Et l'on explique qu'il n'est pas dans la catégorie de la restitution : s'il l'a consommé et qu'il n'est plus là, il n'est pas tenu d'en payer la valeur ; tant qu'il est là, il est certainement tenu de le rendre. Mais l'on n'expliquera pas : hors de la catégorie de la restitution, en ce sens que la restitution l'exempterait de la mort, comme un Israélite est exempté des coups, ce qui en ferait un interdit rattaché à un commandement positif (lav hanitak la'asse). Car alors il se serait astreint pour rien à poser le cas sur un Israélite et sur le tort causé : qu'il le pose sur celui qui vole un idolâtre.
💡 Explication

Appui de Rabbi Yo'hanan : le ben Noah est passible de mort pour un vol inférieur à une perouta, l'un des sept commandements, et la restitution ne lui a pas été donnée. Rachi : l'idolâtre ne renonce pas même à cette somme, donc c'est un vol ; le verset de la restitution n'est écrit que pour Israël. Une fois la faute faite, il est mis à mort et il ne paie pas. En dessous d'une perouta reste donc une valeur chez le goy, et la location pour cette somme tient.

Tossefot refusent d'étendre l'exemption de restitution au vol entre idolâtres. La discussion d'Avoda Zara 71b veut prouver que la mechkha acquiert chez l'idolâtre : cette preuve ne tient que si le vol porte sur un Israélite, pour moins d'une perouta. L'objet encore là se rend ; consommé, on n'en paie pas le prix. La mort vient du tort causé à l'Israélite, parce que l'objet compte comme un bien. Kam lei bidraba minei, la peine capitale qui absorberait le paiement, ne s'applique pas ici.

🖼️ Schéma
Ben Noah et moins d'une perouta Mort, restitution, mechkha Rachi Tossefot Mis à mort pour le vol, même sous une perouta. La restitution est écrite pour Israël, pas pour lui. Il est tué, il ne paie pas. La preuve vise un vol fait à un Israélite. Objet encore là : on le rend. Objet consommé : pas de prix. La mort vient du tort causé.
Rachi : mort sans restitution. Tossefot : le cas décisif est le vol fait à un Israélite.
11
אֶלָּא: בְּרִיאָה — בְּמוּהְרְקֵי וָאבוּרְגָנֵי, רְעוּעָה — בְּלֹא מוּהְרְקֵי וְאַבֻּורְגָּנִי. הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר: שְׂכִירוּת בְּרִיאָה בָּעֵינַן.

En réalité : solide, avec moharki et aburganei ; fragile, sans moharki ni aburganei. Cela se comprend selon celui qui dit : nous exigeons une location solide.

📜 Rachi (1)
בְּמוּהְרְקֵי וָאבוּרְגָנֵי לְמַלֹּאות הֶחָצֵר בְּסַפְסָלִין וְקַתֶּידְרָאוֹת אִם יִרְצֶה:
Pour remplir la cour de bancs et de chaires, s'il le veut.
🗂️ Tossefot (1)
מוּהְרְקֵי וָאבוּרְגָנֵי פֵּירוּשׁ מוּהְרְקֵי כְּתִיבָה וְחוֹתָמוֹת כְּמוֹ מֻוהְרְקַייְהוּ דְּהָנֵי בְּטֻפְסָא דְמַלְכָּא מַנַּח בְּסוֹף הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף מו:) וְאַבֻּורְגָּנִי שְׁלוּחִים ור"ח פֵּירֵשׁ מוּהְרְקֵי וָאבוּרְגָנֵי כְּמוֹ בִּנְיָין:
Explication : moharki, une écriture et des sceaux, comme : leurs moharki à eux sont déposés dans les archives du roi, à la fin du chapitre HaHolets (Yevamot 46b). Et aburganei : des envoyés. Rabbeinou Hananel a expliqué moharki et aburganei comme une construction.
💡 Explication

Définition retenue. La location solide comporte moharki et aburganei ; la fragile s'en passe. Selon Rav Hisda, qui exige la solide, on comprend que le goy refuse : l'acte lui fait craindre une prise de pied dans son droit.

Rachi lit ces mots comme le droit de remplir la cour de bancs et de chaires. Tossefot : moharki, écriture et sceaux, comme les actes déposés aux archives du roi (Yevamot 46b) ; aburganei, des envoyés. Rabbeinou Hananel y voit une construction.

12
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר: שְׂכִירוּת רְעוּעָה בָּעֵינַן, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אֲפִילּוּ הָכִי חָשֵׁישׁ גּוֹי לִכְשָׁפִים, וְלָא מוֹגַר.

Mais selon celui qui dit : nous exigeons une location fragile, que peut-on dire ? Même ainsi, le goy craint la sorcellerie, et il ne loue pas.

💡 Explication

Reste l'avis de Rav Chechet : une location fragile, sans acte qui saisirait le droit. Le goy n'a plus la crainte d'une hazaka. La Guemara répond quand même : il craint la sorcellerie (kechafim) dans ce geste, et il ne loue pas. Le décret de Rabbi Meir tient dans les deux avis.

🖼️ Schéma
Pourquoi le goy ne loue pas Hazaka, ou sorcellerie Location solide Il craint qu'on prenne pied dans son droit. Location fragile Même alors, il craint la sorcellerie. Dans les deux avis, le goy ne loue pas.
Location solide : crainte d'une hazaka. Location fragile : crainte de sorcellerie. Le goy ne loue pas.
13
גּוּפָא: חֲצֵירוֹ שֶׁל גּוֹי הֲרֵי הוּא כְּדִיר שֶׁל בְּהֵמָה, וּמֻותָּר לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא מִן חָצֵר לַבָּתִּים וּמִן בָּתִּים לֶחָצֵר.

Le corps de l'enseignement : la cour d'un goy, la voici comme un enclos de bête, et il est permis de faire entrer et de faire sortir, de la cour vers les maisons et des maisons vers la cour.

📜 Rachi (1)
חֲצֵירוֹ שֶׁל עַכּוּ"ם אע"ג שֶׁסְּתָם חֲצֵירוֹת פִּתּוּחִין לְתוֹכָן בָּתִּים הַרְבֵּה אֵין רְשׁוּת נָכְרִי חֲלוּקָה לְהֵיחָשֵׁב רְשׁוּת לְכָל אֶחָד וְאֶחָד לְבַדּוֹ דְּדִירַת עַכּוּ"ם לֹא שְׁמָהּ דִּירָה וְיִשְׂרָאֵל שֶׁאֵינוֹ דָּר עִמָּהֶן שֶׁנִּכְנָס לְאֶחָד מִן הַבָּתִּים בְּשַׁבָּת מֻותָּר לְהוֹצִיא מִן הַבָּתִּים לֶחָצֵר וְלָא הָוֵי מוֹצִיא מֵרְשׁוּת הַמְיֻוחֶדֶת לְעַכּוּ"ם זֶה לִרְשׁוּת שֶׁהִיא לְכֻולָּן:
Même si les cours ordinaires ont beaucoup de maisons ouvertes sur elles, le droit du nokhri n'est pas divisé pour compter comme un droit pour chacun à part, car la demeure de l'idolâtre n'est pas appelée demeure. Un Israélite qui n'habite pas avec eux et qui entre dans l'une des maisons le Chabbat peut sortir des maisons vers la cour. Il ne sort pas d'un domaine réservé à cet idolâtre vers un domaine qui est à tous.
💡 Explication

Goufa : on reprend la beraita citée plus haut. Sans Israélite, la cour du goy est un enclos de bête. Plusieurs maisons ouvertes sur elle ne divisent pas le droit : la demeure de l'idolâtre ne compte pas. Un Israélite qui n'y habite pas peut transporter entre une maison et la cour.

14
וְאִם יֵשׁ שָׁם יִשְׂרָאֵל אֶחָד — אוֹסֵר, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.

Et s'il y a là un Israélite, il interdit : paroles de Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
וְאִם יֵשׁ שָׁם יִשְׂרָאֵל אֶחָד דָּר עִמָּהֶן אוֹסֵר עַל כָּל יִשְׂרָאֵל לְהוֹצִיא מִן הַבָּתִּים לֶחָצֵר מִפְּנֵי שֶׁהִיא כַּחֲצֵירוֹ:
Qui habite avec eux : il interdit à tout Israélite de sortir des maisons vers la cour, parce qu'elle est comme sa cour.
💡 Explication

Dès qu'un Israélite habite avec eux, Rabbi Meir dit qu'il interdit. Rachi : il interdit à tout Israélite de sortir des maisons vers la cour, parce que la cour est comme la sienne. C'est le décret, même pour un seul.

15
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: לְעוֹלָם אֵינוֹ אוֹסֵר עַד שֶׁיְּהוּ שְׁנֵי יִשְׂרְאֵלִים אוֹסְרִים זֶה עַל זֶה.

Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : en fait, il n'interdit pas, jusqu'à ce qu'il y ait deux Israélites qui s'interdisent l'un à l'autre.

📜 Rachi (1)
ר"א בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר עַד שֶׁיְּהוּ שְׁנֵי יִשְׂרְאֵלִים דָּרִין בִּשְׁנֵי בָּתִּים וְאוֹסְרִין זֶה עַל זֶה רְשׁוּת הָעַכּוּ"ם חֲלֻוקָּה מֵהֶן וְאוֹסֵר הָעַכּוּ"ם עַל בָּתֵּיהֶם וְהֵן אוֹסְרִין עַל בָּתֵּי הָעַכּוּ"ם מִלְּהוֹצִיא לֶחָצֵר דְּשַׁוְּיוּהָ רַבָּנָן לְדִירַת עַכּוּ"ם דִּירָה כִּדְאָמַר לְעֵיל אֲבָל בְּיִשְׂרָאֵל יְחִידִי לָא שַׁוְּיוּהָ רַבָּנָן לְדִירַת עַכּוּ"ם דִּירָה וְלָא הֲוָה אוֹסֵר עַל בֵּיתוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל וְלֹא יִשְׂרָאֵל אוֹסֵר עַל בֵּיתוֹ שֶׁאֵין חִילּוּק רְשׁוּת בְּעַכּוּ"ם:
Qui habitent dans deux maisons et s'interdisent l'un à l'autre. Le droit de l'idolâtre est séparé d'eux : l'idolâtre interdit sur leurs maisons, et eux interdisent sur les maisons de l'idolâtre d'en sortir vers la cour, car les Sages ont fait de la demeure de l'idolâtre une demeure, comme il a été dit plus haut. Pour un Israélite seul, les Sages n'ont pas fait de la demeure de l'idolâtre une demeure. Il n'interdit pas sur la maison de l'Israélite, et l'Israélite n'interdit pas sur sa maison, car il n'y a pas de division de domaine chez l'idolâtre.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' דְּכֻולֵּי עָלְמָא בֵּין רַבִּי מֵאִיר בֵּין רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב ס"ל דִּירַת נָכְרִי לָא שְׁמֵיהּ דִּירָה. וּבִגְזֵירָה שֶׁמָּא יִלְמֹוד יִשְׂרָאֵל מִמַּעֲשָׂיו שֶׁל נָכְרִי פְּלִיגִי. דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב סָבַר כֵּיוָן דְּחָשׁוּד אַשְּׁפִיכוּת דָּמִים תְּרֵי דִּשְׁכִיחִי דְּדָיְירִי גְּזַרוּ בְּהוּ רַבָּנָן. חַד דְּלָא שְׁכִיחַ דְּדָיַיר לֹא גָּזְרוּ בֵּיהּ רַבָּנָן. וְרַבִּי מֵאִיר סָבַר זִימְנִין דְּמִיקְּרֵי וְדָייֵר וַאֲמַרוּ רַבָּנַן אֵין עֵירוּב מוֹעִיל בִּמְקוֹמוֹ וְאֵין בִּיטּוּל רְשׁוּת מוֹעִיל בִּמְקוֹמוֹ עַד שֶׁיִּשְׂכֹּור וְנָכְרִי לָא מוֹגַר דְּחָייֵשׁ לִכְשָׁפִים. שָׁלַח רַבִּי יִצְחָק בַּר גִּיּוֹרֵי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן הֲווֹ יוֹדְעִין שֶׁשּׂוֹכְרִין מִן הַנָּכְרִי אֲפִילּוּ בְּפָחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה. אִיתְּמַר רַב חִסְדָּא אָמַר שְׂכִירוּת בְּרִיאָה בָּעֵינַן. וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר שְׂכִירוּת רְעוּעָה בָּעֵינַן. פֵּירוּשׁ בְּרִיאָה בְּמוּהְרְקֵי וְאַבֻּרְגָּנִי. רְעוּעָה בְּלֹא מוּהְרְקֵי וְאַבֻּרְגָּנִי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י אִם יִרְצֶה לְמַלֹּאות כָּל הֶחָצֵר סַפְסָלִים וְקָתֶדְרָאוֹת. וּבֶעָרוּךְ פֵּירֵשׁ מוּהְרְקֵי כְּתִיבָה וַחֲתִימָה. כְּמוֹ מֻוהְרְקַיְהוּ דְּהָנֵי בְּטֻפְסָא דְמַלְכָּא מַנַּח ב"מ עג: יְבָמוֹת מו. אַבֻּרְגָּנִי פִּי' שְׁלוּחִים מְשָׁרְתֵי הָעִיר. ור"ח זַ"ל פִּי' מוּהְרְקִי וְאַבֻּרְגָּנִי כְּמוֹ בִּנְיָן. וַהֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב וּבִשְׂכִירוּת סְתָם סַגִּי. כָּתַב ר"מ זַ"ל וְאֵין צָרִיךְ לִשְׂכֹּור מִמֶּנּוּ בְּכָל ע"ש דְּקי"ל לְקַמָּן (עֵירוּבִין דַּף סו.) דְּשׂוֹכֵר כִּמְעָרֵב דָּמֵי מַה מְעָרֵב אִם עֵירֵב לְכַמָּה שָׁנִים כָּל זְמַן שֶׁהָעֵירוּב קַיָּים עֵירוּבוֹ עֵירוּב וכ"ש שְׂכִירוּת דְּלָא בָּעֵי לִשְׂכֹּור בְּכָל ע"ש דְּקָאָמְרִינַן לְקַמָּן שָׁם דִּלְקֻולָּא אָמַר שׂוֹכֵר כִּמְעָרֵב וְלֹא לְחוּמְרָא דְּהָא מְעָרֵב מִבְּעוֹד יוֹם אִין מִשֶּׁחֲשֵׁכָה לָא וְשׂוֹכְרִים מִן הַנָּכְרִי אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת וְכָל שֶׁכֵּן בְּמִילְּתָא דִּמְקִילִּינַן בַּמַּעֲרָב דְּלָא בָּעֵי לְעָרֵב בְּכָל ע"ש דִּמְקִילִּינַן נָמֵי גַּבֵּי שְׂכִירוּת וְאֵין צָרִיךְ לִשְׂכֹּור בְּכָל ע"ש. וּמַה שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל וְנָכְרִי חָייֵשׁ לִכְשָׁפִים וְלָא מוֹגַר וּמִתּוֹךְ שֶׁיְּהֵא טוֹרֵחַ לְיִשְׂרָאֵל לִשְׂכֹּור בְּכָל ע"ש יוֹצֵא נִרְאֶה לִי לָאו מִשּׁוּם דְּבָעֵי לִשְׂכֹּור בְּכָל ע"ש הֵיכָא דְּאֵין הַנָּכְרִי חוֹזֵר בּוֹ מִן הַשְּׂכִירוּת אֶלָּא כְּשֶׁהַנָּכְרִי חוֹזֵר בּוֹ מִן הַשְּׂכִירוּת אָז צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלִשְׂכֹּור הֵימֶנּוּ כְּשֶׁיִּתְרַצֶּה. מִידֵּי דַּהֲוָה אַמַּעֲרָב שֶׁאִם אָמַר חוֹזְרַנִי בִּי מִן הָעֵירוּב וְאֵינִי רוֹצֶה לְעָרֵב עִם בְּנֵי הֶחָצֵר וּבְנֵי הַמָּבוֹי צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלִזְכּוֹת פַּעַם אַחֶרֶת וּלְעָרֵב. ואע"ג דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף פ.) אֶחָד מִבְּנֵי מָבוֹי שֶׁרָגִיל לְהִשְׁתַּתֵּף עִם בְּנֵי מָבוֹי וְלֹא נִשְׁתַּתֵּף בָּאִין בְּנֵי מָבוֹי וְנִכְנָסִים לְתוֹךְ בֵּיתוֹ וְנוֹטְלִין עֵירוּבוֹ בְּעַל כָּרְחוֹ הָנֵי מִילֵּי בְּרָגִיל לְהִשְׁתַּתֵּף אֲבָל שֶׁאֵינוֹ רָגִיל לֹא. וְנָכְרִי שֶׁהָיָה רָגִיל לְהַשְׂכִּיר וְעַתָּה אֵינוֹ רוֹצֶה לְהַשְׂכִּיר לְעִנְיַן שְׂכִירוּת בַּעַל כָּרְחוֹ לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵילַף שְׂכִירוּת מֵעֵירוּב: אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. וְרַב הוּנָא אָמַר מִנְהָג כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר נָהֲגוּ כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר ב"י. גָּרְסִינַן בְּתַעֲנִית בְּפֶרֶק בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים (תַּעֲנִית דַּף כו:) מַאן דְּאָמַר הֲלָכָה דָּרְשִׁינַן לָהּ בְּפִירְקִין. וּמַאן דְּאָמַר מִנְהָג מִידְרָשׁ לָא דָּרְשִׁינַן וְכִי אֲתָא לְקַמָּן מוֹרִינַן. וּמַאן דְּאָמַר נָהֲגוּ אוֹרוֹיֵי נָמֵי לָא מוֹרֵינַן וְאִי עָבֵיד לָא מְהַדְּרִינַן לְהוּ. ואע"ג. דְּקַייְמָא לָן דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן לְגַבֵּי רַב וּשְׁמוּאֵל בְּהָא הִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר הֲלָכָה דַּאֲפִילּוּ בְּפִירְקִין דָּרְשִׁינַן לָהּ כִּדְקַייְמָא לַן הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב כִּדְאָמַר רִיבָּ"ל לְעֵיל (עֵירוּבִין דַּף מו.) וְקַיְימָא לָן כְּוָותֵיהּ לְגַבֵּי רַבִּי יוֹחָנָן. וְאַבַּיֵּי וְרַב יוֹסֵף חָשְׁבִי לְהָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב כְּבֵיעֲתָא בְּכוּתְחָא. וְאַבַּיֵּי וְרָבָא אִית לְהוּ הָכִי בְּעֻובְדָּא דְּהָמָן בַּר רִיסְתַּק: הִלְכָּךְ יִשְׂרָאֵל הֲדַר יְחִידִי בָּעִיר הַמֻּוקֶּפֶת חוֹמָה מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּכֻולָּהּ. וַאֲפִילּוּ הַרְבֵּה יִשְׂרְאֵלִים דָּרִים בְּבַיִת א' כָּל זְמַן שֶׁאֵין שְׁנֵי יִשְׂרְאֵלִים דָּרִים בָּב' בָּתִּים שֶׁאוֹסְרִים זֶה עַל זֶה. וְיֵרָאֶה לִי דַּאֲפִילּוּ יֵשׁ כַּמָּה בָּתִּים שֶׁל יִשְׂרְאֵלִים פִּתּוּחִין לְחָצֵר אַחַת מֻותָּרִין לְטַלְטֵל בְּכָל הָעִיר. כְּמוֹ שֶׁשְּׁנֵי יִשְׂרְאֵלִים בְּבַיִת א' אִיקְּרוֹ יָחִיד בִּמְקוֹם נָכְרִי לְגַבֵּי הֶחָצֵר. כַּמָּה בָּתִּים פְּתוּחִים לְחָצֵר אַחַת מִיקְּרוּ יָחִיד בִּמְקוֹם נָכְרִי לְגַבֵּי הַמְּבוֹאוֹת. עַד שֶׁיְּהֵא שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל פְּתוּחוֹת לַמָּבוֹי וְאוֹסְרִין זֶה עַל זֶה בַּמָּבוֹי אָז הַנָּכְרִי אוֹסֵר עֲלֵיהֶם וּרְאָיָה מִדְּהַמִּן בַּר רִיסְתַּק דְּהָוֵי דַּיָּיר בְּהַהוּא מְבוֹאָה וּמִקְּרֵי יָחִיד בִּמְקוֹם נָכְרִי עַל יְדֵי בִּיטּוּל שֶׁבִּטְּלוּ רְשׁוּתָם לִבְנֵי חָצֵר אַחֶרֶת אע"פ שֶׁסָּחָם חָצֵר יֵשׁ לָהּ שְׁנֵי בָּתִּים:
Guemara. Tout le monde, Rabbi Meir comme Rabbi Eliezer ben Yaakov, estime que la demeure d'un nokhri n'est pas appelée demeure. Ils divergent sur le décret : de peur que l'Israélite apprenne des actes du nokhri. Rabbi Eliezer ben Yaakov estime : puisqu'il est suspect d'effusion de sang, pour deux, cas où il est fréquent qu'ils habitent, les Sages ont décrété ; pour un, cas où il n'est pas fréquent qu'il habite, les Sages n'ont pas décrété. Rabbi Meir estime : parfois il arrive qu'il habite. Les Sages ont dit : l'eruv n'est pas efficace à sa place, et le bitoul reshout (annulation du droit) n'est pas efficace à sa place, jusqu'à ce qu'il loue. Et le nokhri ne loue pas, car il craint la sorcellerie. Rabbi Yitshak bar Giyorei a envoyé au nom de Rabbi Yo'hanan : sachez que l'on loue du nokhri même pour moins que la valeur d'une perouta. Il a été dit : Rav Hisda a dit que nous exigeons une location solide (sekhira beria). Et Rav Chechet a dit que nous exigeons une location fragile (sekhira reoua). Explication : solide, avec moharki et abarganei ; fragile, sans moharki ni abarganei. Rachi a expliqué : s'il veut remplir toute la cour de bancs et de chaires. L'Aroukh a expliqué : moharki, écriture et signature, comme : leurs moharki à eux sont déposés dans les archives du roi (Bava Metsia 73b ; Yevamot 46a). Abarganei : des envoyés, serviteurs de la ville. Rabbeinou Hananel, de mémoire bénie, a expliqué moharki et abarganei comme une construction. La halakha suit l'avis indulgent en matière d'eruv, et pour la location une location simple suffit. Le Rambam, de mémoire bénie, a écrit : l'on n'a pas besoin de louer de lui chaque veille de Chabbat. Car nous tenons plus bas (Erouvin 66a) que celui qui loue est assimilé à celui qui fait un eruv. De même que celui qui fait un eruv, s'il a fait un eruv pour plusieurs années, tant que l'eruv subsiste son eruv est un eruv, à plus forte raison la location : l'on n'a pas besoin de louer chaque veille de Chabbat. Car nous disons plus bas, là-bas, qu'il a dit que celui qui loue est comme celui qui fait un eruv, pour l'indulgence, et non pour la sévérité. En effet, celui qui fait un eruv le fait de jour, et non après la tombée de la nuit ; et l'on loue du nokhri même le Chabbat. À plus forte raison, là où l'on est indulgent pour celui qui fait un eruv, en ce qu'il n'a pas besoin de faire un eruv chaque veille de Chabbat, l'on est aussi indulgent pour la location, et l'on n'a pas besoin de louer chaque veille de Chabbat. Sur ce qu'a écrit Rachi, de mémoire bénie, que le nokhri craint la sorcellerie et ne loue pas, et que la peine de louer chaque veille de Chabbat fera partir l'Israélite : il me semble que, lorsque le nokhri ne se rétracte pas de la location, on n'a pas à relouer chaque veille de Chabbat. Lorsque le nokhri se rétracte de la location, alors il faut revenir et louer de lui quand il y consent. Comme pour celui qui fait un eruv : s'il a dit qu'il se rétracte de l'eruv et qu'il ne veut pas faire d'eruv avec les gens de la cour et les gens de la ruelle, il faut revenir, faire acquérir une autre fois, et faire l'eruv. Et bien qu'il soit dit plus bas, au chapitre de la Fenêtre (Erouvin 80a) : l'un des gens d'une ruelle, qui a l'habitude de s'associer avec les gens de la ruelle et qui ne s'est pas associé, les gens de la ruelle viennent, entrent dans sa maison et prennent son eruv malgré lui. Cela ne vise que celui qui a l'habitude de s'associer, et non celui qui n'en a pas l'habitude. Un nokhri qui avait l'habitude de louer et qui maintenant ne veut plus louer : pour une location forcée, on ne déduit pas la location de l'eruv. Rav Yehouda a dit que Chmouel a dit : la halakha est comme Rabbi Eliezer ben Yaakov. Rav Houna a dit : la coutume est comme Rabbi Eliezer ben Yaakov. Rabbi Yo'hanan a dit : on a pratiqué comme Rabbi Eliezer ben Yaakov. Nous lisons dans Taanit, au chapitre Des trois périodes (Taanit 26b) : celui qui dit halakha, on l'enseigne dans la leçon publique (pirka). Celui qui dit coutume (minhag), on ne l'enseigne pas, et lorsqu'un cas se présente on tranche. Celui qui dit on a pratiqué (nahagou), on ne tranche même pas, et si l'on a agi on ne le fait pas revenir. Et bien que nous tenions que la halakha suit Rabbi Yo'hanan face à Rav et à Chmouel, ici la halakha est comme Chmouel, qui a dit halakha, de sorte qu'on l'enseigne même dans la leçon publique. Car nous tenons que la halakha suit l'avis indulgent en matière d'eruv, comme l'a dit Rabbi Yehochoua ben Levi plus haut (Erouvin 46a), et nous tenons comme lui face à Rabbi Yo'hanan. Abaye et Rav Yossef tiennent cet enseignement de Rabbi Eliezer ben Yaakov pour un œuf dans le koutah (chose évidente). Abaye et Rava tiennent de même dans le fait de Haman bar Ristak. Dès lors, un Israélite qui habite seul dans une ville entourée d'une muraille peut transporter dans toute la ville. Même si beaucoup d'Israélites habitent dans une seule maison, tant que deux Israélites n'habitent pas dans deux maisons en s'interdisant l'un à l'autre. Il me semble que, même s'il y a plusieurs maisons d'Israélites ouvertes sur une seule cour, ils peuvent transporter dans toute la ville. De même que deux Israélites dans une seule maison sont appelés un seul en présence d'un nokhri à l'égard de la cour, plusieurs maisons ouvertes sur une seule cour sont appelées un seul en présence d'un nokhri à l'égard des ruelles. Jusqu'à ce qu'il y ait deux cours d'Israélites ouvertes sur la ruelle et qu'elles s'interdisent l'une à l'autre dans la ruelle : alors le nokhri les interdit. Une preuve vient de Haman bar Ristak, qui habitait dans cette ruelle et qui est appelé un seul en présence d'un nokhri, par le bitoul par lequel ils ont annulé leur droit au profit des gens d'une autre cour, même si une cour ordinaire a deux maisons.
💡 Explication

Rabbi Eliezer ben Yaakov attend deux Israélites dans deux maisons, qui s'interdiraient déjà l'un à l'autre. Alors les Sages traitent la demeure de l'idolâtre comme une demeure : il interdit sur leurs maisons, et eux sur les siennes. Pour un seul, pas de division de domaine, pas d'interdit.

Le Roch reprend la sougya et tranche. La halakha suit l'indulgent en matière d'eruv : on enseigne comme Chmouel, la halakha est selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, même face à Rabbi Yo'hanan qui ne disait que : on a pratiqué. Une location simple suffit, et l'on ne reloue pas chaque veille de Chabbat tant que le nokhri ne se rétracte pas. Un Israélite seul, ou plusieurs dans une seule maison, transporte dans toute la ville close de murailles. Le nokhri n'interdit dans la ruelle que lorsque deux cours d'Israélites s'y interdisent l'une à l'autre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).