Sougya : Chmouel distingue, dans une ville en ruine dont les murs tiennent : celui qui y a passé Chabbat parcourt toute la ville plus deux mille coudées ; celui qui y a seulement déposé son eruv n'a que deux mille depuis l'eruv. Rabbi Elazar donne les deux mille au-delà de la ville dans les deux cas.
La Guemara oppose la michna de la grotte, puis une beraita sur Antioche et la grotte de Tsidkiyahou, et elle retourne la comparaison pour maintenir Rabbi Elazar. Mar Yehouda fait enfoncer l'eruv dans une synagogue ; Rava rappelle que l'on ne suit pas Rabbi Akiva en matière d'eruv.
Le chapitre s'achève. La michna suivante : habiter avec un non-Juif, ou avec qui ne reconnaît pas l'eruv, interdit le transport.
Rabbi Eliezer ben Yaakov n'interdit que s'il y a déjà deux Israélites. Rabban Gamliel raconte le Tsédouki de la ruelle, à Jérusalem.
Guemara. Rav Yehouda a dit que Chmouel a dit : s'il a passé Chabbat dans une ville en ruine, selon les Sages il parcourt toute la ville et, en dehors d'elle, deux mille coudées.
S'il a déposé son eruv dans une ville en ruine, il n'a depuis le lieu de son eruv que deux mille coudées. Rabbi Elazar dit : qu'il ait passé Chabbat ou qu'il ait déposé, il parcourt toute la ville et, en dehors d'elle, deux mille coudées.
Ville en ruine (ir hareva) : plus d'habitants, et les cloisons tiennent. Passer Chabbat sur place, c'est fixer sa chevita dans l'espace des murs : toute la ville vaut quatre coudées, puis l'on compte deux mille. Déposer l'eruv sans y être : Chmouel, au nom des Sages, ne donne que deux mille depuis le point de dépôt. Rabbi Elazar ne distingue pas les deux cas.
Rachi : pour la présence, Rabbi Akiva lui-même accorde toute la ville. Chmouel cite les Sages à cause du dépôt, où eux et Rabbi Akiva se séparent dès que la ville est habitée.
On objecte : Rabbi Akiva leur a dit : ne m'accordez-vous pas que celui qui dépose son eruv dans une grotte n'a depuis le lieu de son eruv que deux mille coudées ? Ils lui ont dit : quand cela ?
Lorsqu'il n'y a pas d'habitants en elle. Donc, lorsqu'il n'y a pas d'habitants en elle, ils en conviennent avec lui ?!
L'objection vise Rabbi Elazar. Dans la michna, les Sages limitent leur accord avec Rabbi Akiva au cas sans habitants : alors, seulement deux mille depuis l'eruv. Une ville en ruine serait ce cas. Rachi fixe la leçon : hachi garsinan, ils en conviennent lorsqu'il n'y a pas d'habitants.
Que signifie : il n'y a pas d'habitants en elle ? Elle n'est pas propre à l'habitation.
La réponse resserre les mots de la michna. Sans habitants veut dire : le lieu ne peut pas servir de demeure, parce que les cloisons sont tombées. Une ville vide dont les murs tiennent reste propre à l'habitation : le débat de Chmouel et de Rabbi Elazar la concerne encore.
Viens et entends. S'il a passé Chabbat dans une ville, même grande comme Antioche, dans une grotte, même comme la grotte de Tsidkiyahou roi de Yehouda, il parcourt toute la ville et, en dehors d'elle, deux mille coudées.
On enseigne la ville à l'image de la grotte : de même que la grotte est en ruine, de même la ville est en ruine. Et s'il a passé Chabbat, oui ; mais s'il a déposé, non.
Beraita. Antioche donne la grandeur de la ville, la grotte de Tsidkiyahou celle de la grotte : c'est par elle qu'il est sorti de Jérusalem, de nuit, devant les Kasdim (Yirmeya 52). La Guemara aligne la ville sur la grotte : les deux sont en ruine, en ruine d'habitants, murs debout. La beraita ne dit que passer Chabbat. Le dépôt n'y est pas. Cela revient à l'avis de Chmouel.
Selon qui ? Si tu dis : selon Rabbi Akiva, pourquoi précisément une ville en ruine ?
Même une ville habitée aussi ! Alors, n'est-ce pas selon les Sages ?
Et la raison est : s'il a passé Chabbat, oui ; mais s'il a déposé, non !
Si la beraita était de Rabbi Akiva, le mot en ruine serait de trop : même dans une ville habitée, celui qui dépose n'a que deux mille depuis l'eruv. Rachi écarte une autre lecture : la ruine n'est pas là pour enseigner la seule présence, car un tertre, une crevasse, une moisson coupée entourée d'épis suffisent déjà, au premier chapitre (15a). Reste l'avis des Sages : ils n'accordent toute la ville en ruine qu'à celui qui y a passé Chabbat.
Ne dis pas : la ville à l'image de la grotte. Dis plutôt : la grotte à l'image de la ville.
De même que la ville est habitée, de même la grotte est habitée. Et c'est selon Rabbi Akiva, qui a dit : il n'a depuis le lieu de son eruv que deux mille coudées, et pour celui qui passe Chabbat, il en convient.
La Guemara inverse la comparaison. La ville de la beraita est une ville habitée, et la grotte l'est aussi. Alors le texte est de Rabbi Akiva : le dépôt ne donne que deux mille depuis l'eruv, et la présence donne toute la grotte plus deux mille, même si des gens y habitent. L'appui à Chmouel tombe.
Mais on enseigne : comme la grotte de Tsidkiyahou ! Comme la grotte de Tsidkiyahou, et non comme la grotte de Tsidkiyahou.
Comme la grotte de Tsidkiyahou : elle est grande. Et non comme la grotte de Tsidkiyahou : là-bas, elle est en ruine, et ici, elle est habitée.
La grotte de Tsidkiyahou n'était pas habitée : grotte du roi, ou grotte vide aujourd'hui. La beraita n'en retient que la grandeur. L'habitation, elle, est celle du cas enseigné. Le Roch : Rav Alfas ne rapporte pas le débat de Chmouel et de Rabbi Elazar, parce que la halakha suit Rabbi Elazar, qui est indulgent. Présence et dépôt donnent l'un et l'autre toute la ville, puis deux mille.
Mar Yehouda trouva les gens de Mavrakhta qui déposaient leurs eruvin dans la synagogue de Beit Agovar. Il leur dit : enfoncez-le davantage, afin qu'il vous soit permis davantage.
La synagogue est grande, et tout entière à l'intérieur des deux mille de Mavrakhta. Eux posent l'eruv sans aller au fond : selon les Sages, dès qu'il est dans les cloisons, on parcourt toute la salle, puis deux mille. Mar Yehouda leur dit d'aller jusqu'au bout, parce qu'il mesure depuis le lieu de l'eruv. C'est la mesure de Rabbi Akiva, même dans un lieu habité.
Rava lui a dit : disputeur (palgaa). En matière d'eruvin, personne ne tient compte de cet avis de Rabbi Akiva.
Palgaa : tu te sépares des Sages. Règle reçue : en matière d'eruv, la halakha suit l'avis indulgent. Tossefot ajoute : les tehoumin eux-mêmes sont d'ordre rabbinique (Erouvin 46a). Dès lors, dans une ville close, on ne mesure pas depuis le point précis de l'eruv.
Nous reviendrons à toi, Comment on prolonge (keitzad me'abrin).
Formule de clôture du chapitre. Keitzad me'abrin : comment on prolonge les limites de la ville. La michna qui suit ouvre le chapitre de celui qui habite avec le non-Juif.
Michna. Celui qui habite avec le non-Juif dans une cour, ou avec celui qui ne reconnaît pas l'eruv : celui-ci le lui interdit.
Nouveau chapitre. Interdit : le transport (tiltoul) de sa maison vers la cour, tant qu'il n'a pas loué le droit que l'autre a dans la cour. Rachi : celui qui ne reconnaît pas l'eruv est un Kouti. Tossefot : Rabbi Eliezer ben Yaakov parle et de l'idolâtre et du Kouti. Le décret vise d'abord l'idolâtre, suspect d'effusion de sang, et le cas de deux Israélites, parce que c'est alors qu'on habite avec lui. Le Kouti y est joint par extension, sans sévérité de plus.
Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : en fait, il n'interdit pas, jusqu'à ce qu'il y ait deux Israélites qui s'interdisent l'un à l'autre.
Deux Israélites dans deux maisons s'interdisent déjà le transport, tant qu'ils n'ont pas fait d'eruv entre eux. C'est alors que le non-Juif le leur interdit encore. Sur un Israélite seul, il n'interdit pas. La Guemara donnera la raison plus loin.
Rabban Gamliel a dit : il est arrivé qu'un Tsédouki habitait avec nous dans une ruelle à Jérusalem, et notre père nous a dit : hâtez-vous et sortez les ustensiles vers la ruelle, avant qu'il ne sorte et qu'il ne vous l'interdise.
Le Tsédouki, pour Rabban Gamliel, reste un Israélite : il peut annuler son droit sans qu'on le lui loue. Le père dit de sortir les ustensiles dès l'entrée de Chabbat, pour prendre la ruelle avant que le Tsédouki ne sorte les siens et ne revienne sur l'annulation. S'il s'était agi d'une location, l'argent reçu empêcherait ce retour.
Tossefot discute longuement le Kouti. Rabbenou Yitshak : pour l'habitation, ni le Tsédouki ni le Kouti ne sont traités comme un idolâtre. Le fond retenu de Rabbi Eliezer ben Yaakov est ailleurs : il n'interdit pas pour un seul Israélite.
Rabbi Yehouda dit : selon une autre formulation : hâtez-vous et faites vos affaires dans la ruelle, avant qu'il ne sorte et qu'il ne vous l'interdise.
Autre formulation : le père parlait encore de jour. Pour Rabbi Yehouda, une fois Chabbat entré, l'annulation du droit ne suffit pas. Même si les gens de la ruelle ont pris possession les premiers, le Tsédouki peut revenir et interdire la ruelle en sortant ses ustensiles.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).