Sougya : Rava achève : les gens d'une petite ville ne parcourent pas toute une grande ville, parce que leur mesure de deux mille s'achève au milieu. Rabbi Idi lit les deux clauses au positif et les réserve à celui qui dépose l'eruv.
Rav Nahman tient les deux leçons, l'une pour celui qui place, l'autre pour celui qui mesure, et il complète la michna. Puis une ville au bord d'un ravin ne se mesure depuis le bord que s'il y a une barrière de quatre coudées.
La beraita de Geder et Hamtan reçoit trois lectures : la barrière, un décret contre les agressions, ou la forme des villes. La michna donne toute la ville de l'eruv plus deux mille.
Rabbi Akiva ne donne que deux mille depuis l'eruv. Les Sages distinguent la grotte habitée.
Celui qui mesure s'arrête là où ses deux mille s'achèvent.
Et les gens d'une petite ville ne parcourent pas toute une grande ville.
Suite de Rava, à la fin de 60b. Les gens de la grande ville parcourent toute la petite : leurs deux mille s'achèvent à la fin de la petite ville, qui vaut alors quatre coudées. Les gens de la petite ville, dans la grande, voient leur mesure s'achever au milieu : la ville leur est comptée dans les tehoumin.
Quelle est la raison ? N'est-ce pas parce que, pour ceux-ci, leur mesure s'est achevée au milieu de la ville, et pour ceux-là, leur mesure s'est achevée à la fin de la ville ?
Ceux-ci : les gens de la petite ville, mesure achevée au milieu de la grande. Ceux-là : les gens de la grande ville, mesure achevée à la fin de la petite. La question attend un oui.
Et Rabbi Idi enseigne 'anshei, anshei' (les gens, les gens), et il établit cela au sujet de celui qui place. Mais celui qui mesure, on ne l'a pas enseigné.
Rabbi Idi lit les deux clauses au positif : les gens parcourent. Il rapporte la michna à celui qui dépose l'eruv dans l'autre ville. L'eruv lui acquiert cette ville comme quatre coudées, comme s'il y avait sa chevita. Le cas de celui qui mesure, où le milieu et la fin se distinguent, n'y figure pas. De là son mot : paroles de prophétie.
Et non ?! Or nous avons appris : et celui qui mesure, dont ils ont dit qu'on lui donne deux mille coudées, même si la fin de sa mesure s'achève dans une grotte !
La michna de la fin de la page parle déjà de celui qui mesure. Si les deux mille s'achèvent dans une grotte, il n'entre pas plus loin. C'est le parallèle du milieu de la ville : le lieu est compté dans les deux mille. L'objection vise Rabbi Idi, qui disait que ce cas n'est pas enseigné.
C'est la fin de la ville qui lui était nécessaire, car on ne l'a pas enseignée.
Le milieu est déjà donné par la grotte. La nouveauté de Rabbi Yehochoua ben Levi est l'autre bout : si les deux mille s'achèvent exactement à la fin de la ville, toute la ville vaut quatre coudées, et l'on complète le reste de l'autre côté. Ce second cas n'est pas dans la michna.
Rav Nahman a dit : celui qui enseigne 'anshei' (les gens) ne se trompe pas, et celui qui enseigne 'ein anshei' (les gens ne...) ne se trompe pas.
Les deux leçons du texte sont recevables. Chacune vise un cas différent, que le segment suivant nomme.
Celui qui enseigne 'anshei' ne se trompe pas, car il l'établit au sujet de celui qui place. Et celui qui enseigne 'ein anshei' ne se trompe pas, car il l'établit au sujet de celui qui mesure.
La leçon positive vise celui qui place l'eruv dans l'autre ville : la michna le dit en clair. La leçon 'ils ne parcourent pas' vise celui qui mesure depuis sa ville. Chiffres de Rachi : petite ville à 1000, longue de 1000, elle est tout entière dans les 2000, elle vaut quatre coudées, et l'on complète 1000 au-delà. Grande ville à 1000, longue de 2000 : on n'y entre que de 1000.
Et elle est lacunaire, et voici ce qu'elle enseigne : les gens d'une grande ville parcourent toute une petite ville, et les gens d'une petite ville ne parcourent pas toute une grande ville. Dans quel cas cela a-t-il été dit ?
Pour celui qui mesure. Mais celui qui était dans une grande ville et a déposé son eruv dans une petite ville, ou qui était dans une petite ville et a déposé son eruv dans une grande ville, parcourt toute cette ville, et en dehors d'elle deux mille coudées.
Rav Nahman restitue les mots manquants. La distinction grande ville / petite ville ne vaut que pour celui qui mesure. Celui qui dépose l'eruv dans l'autre ville la parcourt toute, puis compte deux mille au-delà, que cette ville soit grande ou petite.
Rav Yossef a dit que Rami bar Abba a dit que Rav Houna a dit : une ville qui siège au bord du ravin, s'il y a devant elle une daka (barrière) de quatre, on mesure pour elle depuis le bord du ravin. Sinon, on ne mesure pour elle que depuis l'entrée de sa maison.
Nouveau sujet. Le ravin est profond. Une daka de quatre coudées, sur toute la face de la ville, permet de mesurer le tehum depuis le bord, comme pour une ville ordinaire. Sans elle, l'usage du lieu fait peur : la ville est traitée comme des cabanes, et chaque homme compte depuis sa porte. Le texte dit 'quatre' sans nommer l'unité. Rachi : quatre coudées.
Abaye lui a dit : une barrière de quatre coudées, tu nous l'as dite à ce sujet. En quoi diffère-t-elle de toutes les barrières ordinaires, qui sont de quatre ?
Abaye constate d'abord le chiffre, puis demande la raison. Partout ailleurs, une cloison de quatre tefahim suffit à faire cloison. Ici Rav Houna a exigé quatre coudées.
Il lui a dit : là-bas, l'usage du lieu ne fait pas peur. Ici, l'usage du lieu fait peur.
Une cloison basse suffit là où l'on se sert du lieu sans crainte : elle est symbolique. Au bord du ravin, sans une barrière haute de quatre coudées, on a peur d'utiliser le bord. La ville ne compte alors comme une implantation fixe qu'avec cette barrière.
Rav Yossef a dit : d'où le dis-je ? Car on a enseigné : Rabbi a permis que les gens de Geder descendent à Hamtan, et que les gens de Hamtan ne montent pas à Geder.
Quelle est la raison ? N'est-ce pas parce que ceux-ci ont fait une barrière, et que ceux-là n'ont pas fait de barrière ?
Rabbi désigne ici Rabbi Yehouda haNassi. Geder est en haut de la pente, Hamtan en bas. Rav Yossef lit la beraita comme sa règle : une barrière au bas de la pente permet de mesurer depuis le mur. Geder en a une, Hamtan est dans ses deux mille. Hamtan n'en a pas : on mesure depuis chaque porte, et l'on n'atteint Geder que depuis le haut du versant.
Tossefot discute la leçon 'et en outre'. Le dibour reprend un mot de la Tossefta, absent de notre ligne de Guemara.
Lorsque Rav Dimi vint, il dit : les gens de Geder agressent les gens de Hamtan. Et que signifie 'il a permis' ?
Il a institué.
Tradition rapportée d'Erets Israël. Le verbe permit de la beraita désigne ici un décret, non un calcul de tehum. Rachi : les gens de Geder frappaient et tuaient ceux de Hamtan. Rabbi règle qui peut aller chez l'autre le Chabbat.
Et pourquoi précisément Chabbat ? Parce que l'ivresse y est fréquente.
Le décret ne vise que Chabbat. Ce jour-là, on boit davantage, et les coups sont plus à craindre.
Lorsqu'ils vont là-bas, eux aussi les agressent ? Un chien hors de son lieu n'aboie pas pendant sept ans.
Objection : si Geder descend à Hamtan, l'agression se déplace. Réponse par un proverbe. Le chien aboie chez lui. Hors de son lieu, il se tait. Les gens de Geder, une fois à Hamtan, n'ont plus la même audace.
Maintenant aussi, les gens de Hamtan agressent les gens de Geder ! Ils ne se plient pas à ce point.
Seconde objection : chez eux, les gens de Hamtan pourraient se venger. Réponse : les gens de Geder ne se laissent pas faire à ce point. Même hors de chez eux, ils riposteraient. Hamtan n'engage donc pas le coup.
Rav Safra a dit : c'était une ville faite en arc.
Autre lecture de la beraita, sans barrière et sans décret. Une ville en arc (keshet) se mesure selon l'écart entre ses deux extrémités. Rachi : Hamtan est l'arc, et plus de quatre mille séparent les bouts. On mesure depuis l'arc, chacun depuis sa porte. Geder, mesurée depuis son mur, engloutit Hamtan. Les gens de l'arc n'atteignent pas Geder.
Tossefot juge cette lecture en difficulté, et suit Rabbenou Tam : c'est Geder qui est l'arc, avec moins de quatre mille entre les bouts. On mesure depuis la corde (yeter). Les gens de Geder atteignent Hamtan. Ceux de Hamtan n'atteignent pas le milieu de l'arc.
Rav Dimi bar Hinana a dit : c'étaient les gens d'une grande ville et les gens d'une petite ville.
Seconde lecture, dans la ligne du début de la page. Geder est la grande ville, Hamtan la petite. Les gens de Geder parcourent toute Hamtan. Ceux de Hamtan s'arrêtent là où leurs deux mille s'achèvent dans Geder.
Rav Kahana l'enseigne ainsi. Rav Tavyomi l'enseigne ainsi : Rav Safra et Rav Dimi bar Hinana, l'un a dit que c'était une ville faite en arc, et l'un a dit que c'étaient les gens d'une petite ville et les gens d'une grande ville.
Deux façons de rapporter le débat. Rav Kahana attribue chaque avis à son auteur. Rav Tavyomi dit seulement qu'ils divergent, sans dire qui tient l'arc et qui tient la grande ville.
Michna. Les gens d'une grande ville parcourent toute une petite ville, et les gens d'une petite ville parcourent toute une grande ville.
Comment ? Celui qui était dans une grande ville et a placé son eruv dans une petite ville, ou qui était dans une petite ville et a placé son eruv dans une grande ville, parcourt toute cette ville, et en dehors d'elle deux mille coudées.
Texte de la michna discutée plus haut, dans la leçon positive. Le 'comment' vise celui qui place son eruv dans l'autre ville. Cette ville vaut quatre coudées : il la traverse toute, puis ajoute deux mille. Rachi : ces deux mille s'ajoutent à la traversée de la ville.
Rabbi Akiva dit : il n'a que deux mille coudées depuis le lieu de son eruv. Rabbi Akiva leur a dit : ne m'accordez-vous pas que celui qui place son eruv dans une grotte n'a que deux mille coudées depuis le lieu de son eruv ?
Pour Rabbi Akiva, on part du point où l'eruv est posé, et la surface de la ville entre dans les deux mille. Sa preuve : la grotte. Les Sages, dit-il, n'en font pas quatre coudées.
Ils lui ont dit : quand cela ? Lorsqu'il n'y a pas d'habitants en elle.
Mais s'il y a des habitants en elle, il parcourt toute la grotte, et en dehors d'elle deux mille coudées. Il se trouve que son intérieur est plus indulgent que son dessus.
Les Sages limitent l'aveu de Rabbi Akiva à la grotte sans habitants. Avec des habitants, la grotte vaut une ville : on la parcourt toute, plus deux mille. Kal (indulgent) : déposer l'eruv à l'intérieur, là où l'on habite, donne plus que le déposer sur le dessus, là où personne n'habite.
Et celui qui mesure, dont ils ont dit qu'on donne deux mille coudées : même si la fin de sa mesure s'achève dans une grotte.
Dernière clause. Le désaccord des Sages et de Rabbi Akiva porte sur celui qui a fait de la ville sa résidence par l'eruv. Celui qui mesure en arrivant du dehors n'a que ses deux mille, même si elles s'achèvent au milieu d'une grotte habitée. C'est le texte cité plus haut contre Rabbi Idi.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).