Sougya : Ce daf fixe quand un disciple peut rendre une décision du vivant de son maître. Rav Hamnouna a tranché à Harta de-Argiz pendant les années de Rav Hisda, dont il était le talmid haver, et non pendant les années de Rav Houna, son maître principal.
Rava permet au tsourba me-rabbanan d'examiner le couteau pour sa propre bête, et permet d'écarter quelqu'un d'un interdit même devant le maître. Hors ce cas, devant le maître la décision est interdite et passible de mort ; hors de sa présence elle reste interdite, sans cette peine.
La suite aligne les sanctions : morsure du serpent, nom de pécheur, perte de la grandeur, Sheol sans enfant. Donner tous ses dons à un seul kohen amène la famine.
Rav Hamnouna a rendu des décisions à Harta de-Argiz pendant les années de Rav Hisda.
Ouverture du daf. Rav Hamnouna a rendu des décisions à Harta de-Argiz du vivant de Rav Hisda. La suite demandera si un disciple peut trancher pendant les années de son maître.
Rachi : Harta est le nom de la ville. Argiz est le nom de celui qui l'a bâtie, un mage, d'après une réponse des Gueonim.
Ravina a examiné un couteau à Bavel. Rav Achi lui a dit : pour quelle raison le maître a-t-il agi ainsi ?
Ravina examine un couteau à Bavel, du vivant de Rav Achi. Rav Achi lui demande la raison.
Rachi : on ne montre le couteau au sage que pour l'honneur du sage. Examiner à sa place, c'est prendre la couronne de la ville. Rav Achi siège à Mata Mehassia, qui est en Babylonie.
Il lui a dit : or Rav Hamnouna a rendu des décisions à Harta de-Argiz pendant les années de Rav Hisda ! Il lui a dit : on a rapporté : il n'a pas rendu de décision.
Ravina répond par le précédent : Rav Hamnouna a tranché à Harta du vivant de Rav Hisda, alors que son maître n'y habitait pas. Ravina, de même, n'a pas tranché à Mata Mehassia.
Rav Achi repousse la tradition : on a rapporté lo aouri, il n'a pas rendu de décision.
Tossefot : deux hommes portent le nom de Rav Hamnouna. L'un est le disciple de Rav Hisda, celui de notre passage et de Kiddouchin 25a. L'autre est le disciple de Rav, à Eruvin 54a.
Il lui a dit : on a rapporté il a rendu une décision, et on a rapporté il n'a pas rendu de décision. C'est pendant les années de Rav Houna, son maître, qu'il n'a pas rendu de décision.
Il en a rendu pendant les années de Rav Hisda, car il était son talmid haver (disciple-collègue). Et moi aussi, je suis un talmid haver du maître.
Les deux traditions tiennent ensemble. Du vivant de Rav Houna, son maître, Rav Hamnouna ne tranche pas. Du vivant de Rav Hisda, il tranche, parce qu'il est son talmid haver : un sage de son rang, qui a appris de lui une chose ou plus.
Ravina s'applique le même statut face à Rav Achi.
Rava a dit : un tsourba me-rabbanan (jeune savant) examine pour lui-même. Ravina est arrivé à Mehoza.
Son hôte a apporté un couteau et le lui montrait. Il lui a dit : va, porte-le à Rava.
Règle de Rava : le tsourba me-rabbanan examine le couteau pour lui-même, quand il abat sa propre bête. Il n'a pas à le montrer au sage du lieu.
Récit. À Mehoza, ville de Rava, l'hôte de Ravina lui tend un couteau. Ravina le renvoie à Rava.
Il lui a dit : le maître ne tient-il pas ce que Rava a dit, un tsourba me-rabbanan examine pour lui-même ? Il lui a dit : moi, j'achète.
L'hôte cite la règle de Rava : le savant peut examiner pour lui-même. Ravina répond : j'achète la viande. L'abattage reste celui de l'abatteur du lieu. La règle de Rava vise la bête du savant, abattue par lui.
(Signe : Zila, Lehanya, Mahlif, Ika, et Yaakov.)
Siman, signe pour les noms du récit qui suit. Zila Lehanya : Rabbi Elazar de Hagronya. Mahlif : Rav Abba bar Tahlifa. Ika : Rav Aha fils de Rav Ika. Yaakov : Rav Aha bar Yaakov.
Rabbi Elazar de Hagronya et Rav Abba bar Tahlifa sont arrivés chez Rav Aha, fils de Rav Ika, dans le ressort de Rav Aha bar Yaakov. Rav Aha, fils de Rav Ika, voulait leur préparer un veau tilta.
Il a apporté un couteau et le leur montrait.
Deux savants sont recus chez Rav Aha fils de Rav Ika, dans le ressort de Rav Aha bar Yaakov. On veut leur servir un veau tilta, et on leur montre le couteau.
Rachi donne deux lectures. Première : l'animal a grandi d'un tiers, moment où la chair a son goût. Seconde : le troisième né de la portée. Il objecte à la seconde le veau créé par le Sefer Yetsira, qui n'a jamais été dans un ventre.
Rav Aha bar Tahlifa leur a dit : ne prendrions-nous pas garde au vieillard ? Rabbi Elazar de Hagronya leur a dit : ainsi a dit Rava, un tsourba me-rabbanan examine pour lui-même.
Il a examiné. Et Rabbi Elazar de Hagronya a été puni.
Le texte nomme ici Rav Aha bar Tahlifa. Il demande si l'on prend garde au vieillard, Rav Aha bar Yaakov, sage du lieu. Rabbi Elazar répond par la règle de Rava et examine le couteau. Il est ensuite puni.
Or Rava a dit : un tsourba me-rabbanan examine pour lui-même ! Là, c'est différent : ils avaient commencé par son honneur.
La règle de Rava reste debout. Ici, on avait déjà ouvert sur l'honneur du vieillard. Une fois son nom mis dans l'échange, examiner sans le lui apporter traite cet honneur avec mépris.
Et si tu veux, dis : Rav Aha bar Yaakov est différent, car il était mouflag (éminent).
Seconde réponse. Rav Aha bar Yaakov est mouflag : son âge et sa sagesse dépassent ceux d'un sage ordinaire du lieu. L'examen pour soi ne suffit pas devant lui.
Rava a dit : et pour écarter d'un interdit, même en sa présence, c'est permis. Ravina était assis devant Rav Achi.
Il a vu un homme qui attachait son âne à un palmier, le Chabbat. Il a élevé la voix vers lui.
L'homme n'y a pas prêté attention. Il a dit : que cet homme soit en chamta (au ban).
Autre règle de Rava : afrouchei me-issoura, écarter quelqu'un d'un interdit, est permis même devant le maître.
Ravina, assis devant Rav Achi, voit un homme attacher son âne à un palmier le Chabbat. User d'un arbre est un chevout. Il crie. L'homme passe. Ravina le met en chamta.
Il lui a dit : une chose de ce genre a-t-elle l'air d'une afkrouta (insolence) ? Il lui a dit : Il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni conseil face à Hachem (Michlei 21, 30).
Partout où il y a profanation du Nom, on ne rend pas d'honneur au maître.
Ravina demande si son geste, devant Rav Achi, est une afkrouta. Rav Achi répond par Michlei 21, 30. Là où il y a hilloul ha-Chem, profanation du Nom, on ne maintient pas l'honneur du maître.
Rava a dit : en sa présence, c'est interdit, et il est passible de mort. Hors de sa présence, c'est interdit, et il n'est pas passible de mort.
Rava pose la règle générale, pour celui qui vient interroger. En présence du maître : interdit, et passible de mort par le Ciel. Hors de sa présence : l'interdit demeure, sans cette peine.
Rachi écarte le cas précédent. Écarter d'un interdit reste permis, même devant le maître.
Et hors de sa présence, non ? Or on a enseigné : Rabbi Eliezer dit : les fils d'Aharon ne sont morts que parce qu'ils ont rendu une décision devant Moché, leur maître.
Qu'ont-ils exposé ? Les fils d'Aharon, le kohen, mettront du feu sur l'autel.
Ils ont dit : bien que le feu descende du ciel, c'est une mitsva d'en apporter du commun.
La Guemara demande si l'absence dispense vraiment de la mort. Elle cite Rabbi Eliezer : les fils d'Aharon sont morts pour avoir tranché devant Moché.
Leur deracha : le verset ordonne aux fils d'Aharon de mettre le feu sur l'autel. Donc, même si le feu descend du ciel, apporter un feu hedyot (ordinaire) est une mitsva. Ils ont été punis pour avoir rendu cette décision devant leur maître.
Tossefot : en apparence, le ketoret vise ici l'autel extérieur, comme le second bûcher de Yoma 33a, et comme une horaat chaa. Le Torat Kohanim, lui, les fait entrer dans le Saint des saints. Le point reste ouvert.
Rabbi Eliezer avait un disciple, qui a rendu une décision devant lui. Rabbi Eliezer a dit à Imma Chalom, sa femme : je serais étonné que celui-ci achève son année.
Et il n'a pas achevé son année.
Fait. Un disciple tranche devant Rabbi Eliezer. Rabbi Eliezer dit à Imma Chalom qu'il serait étonné que cet homme achève son année. L'homme meurt dans l'année.
Elle lui a dit : es-tu un prophète ? Il lui a dit : je ne suis pas prophète, et je ne suis pas fils de prophète.
Voici ce que j'ai reçu : quiconque rend une décision devant son maître est passible de mort.
Imma Chalom demande s'il parle en prophète. Rabbi Eliezer reprend les mots d'Amos : il n'est ni prophète, ni fils de prophète. Il tient une kabala : quiconque rend une halakha devant son maître est passible de mort.
Et Rabba bar bar Hana a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : ce disciple, Yehouda ben Gourya était son nom, et il était éloigné de lui de trois parsaot !
Rabbi Yo'hanan nomme le disciple : Yehouda ben Gourya. Il était à trois parsaot de Rabbi Eliezer. La distance sert d'objection : la mort aurait frappé hors de la présence du maître.
C'était en sa présence. Or il dit qu'il était éloigné de lui de trois parsaot !
Et selon ton raisonnement : son nom et le nom de son père, pourquoi ? Afin que tu ne dises pas : c'était une parabole.
Réponse : au moment où il a tranché, c'était devant Rabbi Eliezer. Les trois parsaot sont la distance entre son lieu et le lieu de son maître.
La Guemara retourne la question. Si chaque détail devait viser l'instant de la décision, pourquoi donner le nom et le nom du père ? Ces détails empêchent de prendre le récit pour un machal (parabole). La distance des lieux est du même ordre.
Rabbi Hiya bar Abba a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque rend une décision devant son maître mérite qu'un serpent le morde. Car il est dit : Elihou, fils de Barakhel le Bouzi, répondit et dit : je suis jeune en jours, etc., c'est pourquoi je me suis retenu (zahalti).
Et il est écrit : avec le venin des reptiles de la poussière (zohalei afar).
Rabbi Yo'hanan, par Rabbi Hiya bar Abba : celui qui tranche devant son maître mérite la morsure du serpent.
Le mot zahalti (Iyov 32, 6), Elihou qui se retient de parler devant les anciens, est rapproché de zohalei afar (Devarim 32, 24), les reptiles au venin. Elihou s'excuse d'ouvrir la bouche devant plus grand que lui.
Zeiri a dit que Rabbi Hanina a dit : il est appelé pécheur. Car il est dit : Dans mon cœur j'ai caché Ta parole, afin que je ne faute pas envers Toi.
Zeiri, au nom de Rabbi Hanina : on l'appelle pécheur. Le verset (Tehilim 119, 11) : cacher la parole dans le cœur, pour ne pas fauter. Rachi : rentrer ses paroles, et ne pas trancher là où trancher serait une faute.
Rav Hamnouna oppose : il est écrit Dans mon cœur j'ai caché Ta parole, et il est écrit J'ai annoncé la justice dans une grande assemblée ! Il n'y a pas de difficulté.
Ici, au temps où Ira ha-Yaïri était en vie. Là, au temps où Ira ha-Yaïri n'était plus en vie.
Rav Hamnouna met deux versets de David face à face. L'un cache la parole. L'autre l'annonce dans une grande assemblée.
Résolution : tant que Ira ha-Yaïri, son maître, est en vie, David se tait. Après sa mort, David parle. Rachi lit tsedek comme les paroles de Torah, et kohen le-David comme maître de David.
Rabbi Abba bar Zavda a dit : quiconque donne ses dons à un seul kohen amène la famine dans le monde. Car il est dit : Ira ha-Yaïri était kohen pour David.
Était-il kohen pour David, et pour tout le monde il ne l'était pas ? C'est qu'il lui envoyait ses dons.
Et il est écrit ensuite : Il y eut une famine aux jours de David.
Enseignement voisin, à partir d'Ira. Rabbi Abba bar Zavda : donner ses dons à un seul kohen amène la famine. Le verset kohen pour David veut dire que David lui envoyait ses dons. Le verset suivant dit la famine aux jours de David.
Tossefot : le sens simple de kohen le-David est un officier, comme les fils de David appelés kohanim. Le nom Yaïri peut se lire d'un père d'Aharon et d'une mère de Menache. La famine du verset est aussi rattachée à Chaoul et à la maison du sang : les deux causes tiennent, par lecture de versets voisins.
Le Roch attribue la même halakha à Rabbi Abba bar Kahana, et il dit : tous ses dons.
Rabbi Eliezer dit : on le fait descendre de sa grandeur. Car il est dit : Elazar le kohen dit aux hommes de l'armée, etc.
Bien qu'il leur ait dit : c'est au frère de mon père qu'Il a ordonné, et à moi Il n'a pas ordonné, même ainsi, il a été puni.
Rabbi Eliezer : on le fait descendre de sa grandeur. Elazar enseigne aux hommes de l'armée les lois de guioul, la purge des ustensiles de Midian. Il dit que l'ordre a été donné à Moché, frère de son père, et non à lui. Il a donc partagé l'honneur. Il est puni quand même.
Car il est écrit : Et devant Elazar le kohen il se tiendra. Et nous ne trouvons pas que Yehochoua ait eu besoin de lui.
La grandeur promise : Yehochoua se tiendra devant Elazar et l'interrogera par les Ourim. Après la mort de Moché, l'Écriture ne montre pas que Yehochoua ait eu besoin de lui. La place annoncée ne s'est pas réalisée. C'est la descente.
Rabbi Levi a dit : quiconque répond une parole devant son maître s'en va au Sheol sans enfant. Car il est dit : Yehochoua bin Noun, serviteur de Moché depuis sa jeunesse, répondit et dit : mon seigneur Moché, enferme-les.
Rabbi Levi : répondre un mot devant son maître, c'est aller au Sheol sans enfant. Rachi glose Sheol par la mort, et le mot répondu par une horaa.
Le verset (Bamidbar 11, 28) : Yehochoua, serviteur de Moché depuis sa jeunesse, dit mon seigneur Moché, enferme-les, au sujet d'Eldad et Medad. Parler à la place du maître, même pour demander qu'on les fasse taire, compte comme une décision.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).