Eruvin 63a - Décider devant son maître : le couteau, l'interdit, la peine

Eruvin 63a

Sougya : Ce daf fixe quand un disciple peut rendre une décision du vivant de son maître. Rav Hamnouna a tranché à Harta de-Argiz pendant les années de Rav Hisda, dont il était le talmid haver, et non pendant les années de Rav Houna, son maître principal.

Rava permet au tsourba me-rabbanan d'examiner le couteau pour sa propre bête, et permet d'écarter quelqu'un d'un interdit même devant le maître. Hors ce cas, devant le maître la décision est interdite et passible de mort ; hors de sa présence elle reste interdite, sans cette peine.

La suite aligne les sanctions : morsure du serpent, nom de pécheur, perte de la grandeur, Sheol sans enfant. Donner tous ses dons à un seul kohen amène la famine.

Qui peut trancher du vivant du maître ? Rava, et les cas du couteau Écarter d'un interdit Même devant le maître : permis Couteau pour sa propre bête Le tsourba examine lui-même Talmid haver, autre ville Permis : Harta, Ravina à Bavel Question posee devant lui Interdit, et mort par le Ciel Même question, hors de lui Interdit, sans peine de mort Exception : l'honneur du sage a déjà été dit, ou le sage est mouflag. Examiner est puni.
Écarter d'un interdit, examiner pour soi, ou trancher comme talmid haver : permis. Une question devant le maître : interdit, et mort par le Ciel.
Traduire une halakha devant son maître Cinq suites dites sur ce daf Suite Qui le dit Appui dans le daf Mort par le Ciel Rava, en sa présence Fils d'Aharon. Disciple de R. Eliezer Morsure du serpent R. Hiya bar Abba zahalti et zohalei afar Appele pécheur Zeiri, R. Hanina Parole cachée dans le cœur Perte de la grandeur Rabbi Eliezer Elazar. Yehochoua ne consulte pas Sheol sans enfant Rabbi Levi Yehochoua : mon seigneur Moché, enferme-les
Cinq suites pour qui rend une décision devant son maître : mort, serpent, nom de pécheur, perte de la grandeur, Sheol sans enfant.
Trois examens de couteau L'honneur du sage du lieu Ravina à Bavel Il examine un couteau. Rav Achi, son maître, est à Mata Mehassia. Réponse : talmid haver de Rav Hisda. Ravina à Mehoza L'hôte montre le couteau. Ravina achète la viande. L'abattage reste celui du lieu. Il envoie le couteau a Rava, sage du lieu. R. Elazar de Hagronya Veau tilta, couteau. On a nommé le vieillard. Il examine quand même. Puni. Autre lecture : Rav Aha bar Yaakov, mouflag.
Ravina à Bavel se dit talmid haver. À Mehoza, il achète la viande et envoie le couteau à Rava. Rabbi Elazar examine après qu'on a nommé le vieillard, et il est puni.
1
רַב הַמְנוּנָא אוֹרִי בְּחַרְתָּא דְּאַרְגֵּז בִּשְׁנֵי דְּרַב חִסְדָּא.

Rav Hamnouna a rendu des décisions à Harta de-Argiz pendant les années de Rav Hisda.

📜 Rachi (2)
חַרְתָּא שֵׁם הָעִיר:
Nom de la ville.
דְּאַרְגַּז שֵׁם הָאִישׁ שֶׁבְּנָאָהּ וַהֲוָה אַמְגּוּשִׁי כָּךְ רָאִיתִי בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים:
Nom de l'homme qui l'a bâtie. C'était un mage. Ainsi ai-je vu dans une réponse des Gueonim.
💡 Explication

Ouverture du daf. Rav Hamnouna a rendu des décisions à Harta de-Argiz du vivant de Rav Hisda. La suite demandera si un disciple peut trancher pendant les années de son maître.

Rachi : Harta est le nom de la ville. Argiz est le nom de celui qui l'a bâtie, un mage, d'après une réponse des Gueonim.

2
רָבִינָא סָר סַכִּינָא בְּבָבֶל. אָמַר לֵיהּ רַב אַשִּׁי: מַאי טַעְמָא עֲבַד מַר הָכִי?

Ravina a examiné un couteau à Bavel. Rav Achi lui a dit : pour quelle raison le maître a-t-il agi ainsi ?

📜 Rachi (1)
סָר סַכִּינָא בָּדַק סַכִּין לְטַבָּח וְלֹא אָמְרוּ לְהַרְאוֹת סַכִּין לְחָכָם אֶלָּא מִפְּנֵי כְּבוֹדוֹ שֶׁל חָכָם וְנִמְצָא רָבִינָא נוֹטֵל לוֹ עֲטֶרֶת כְּבוֹד הָעִיר וְרַב אַשִּׁי רַבּוֹ בְּמָתָא מְחַסְיָא הֲוָה וְהִיא מִבָּבֶל:
Il a vérifié un couteau pour un abatteur. On n'a dit de montrer le couteau au sage qu'à cause de l'honneur du sage. Ravina prend donc la couronne d'honneur de la ville. Or Rav Achi, son maître, était à Mata Mehassia, qui fait partie de Bavel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: עַל אֵיזֶה מֵהֶם בָּאתָ? אָמַר לֵיהּ: "עַתָּה בָּאתִי". מַקְשִׁים כֵּיוָן דִּתְלָת מִילֵּי הָווּ בִּיטּוּל פְּרִיָּה וּרְבִיָּה וּבִיטּוּל תָּמִיד וּבִיטּוּל תּוֹרָה, לָמָּה אָמַר לוֹ שֶׁבָּא עַל בִּיטּוּל תַּלְמוּד תּוֹרָה וְלֹא אַהָנָךְ תַּרְתֵּי נָמֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם לֹא הָיָה בִּיטּוּל תּוֹרָה לֹא הָיָה לָהֶם עֹונֶשׁ עַל בִּיטּוּל תָּמִיד, כִּי לִימּוּד הַתּוֹרָה יַסְפִּיק לָזֶה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ז, לז) 'זֹאת הַתּוֹרָה לְעֹלָה' כָּל הַקּוֹרֵא בְּפָרָשַׁת עוֹלָה וְכוּ' (מְנָחוֹת קי.), וְגַם הָיָה מַסְפִּיק לִפְרִיָּה וּרְבִיָּה, כִּי בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה נַעֲשֶׂה פְּרִיָּה וּרְבִיָּה בִּנְשָׁמוֹת, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר בֶּן עַזַּאי מָה אֶעֱשֶׂה נַפְשִׁי חָשְׁקָה בַּתּוֹרָה (יְבָמוֹת סג:), וּפֵרֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הַכַּוָּנָה שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה פְּרִיָּה וּרְבִיָּה בִּנְשָׁמוֹת עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה, וְעַיֵּין לְקַמָּן בִּמְגִילָּה מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד בְּמַאֲמָר זֶה.
On lui a dit : pour lequel d'entre eux es-tu venu ? Il lui a dit : Maintenant je suis venu. On objecte : puisqu'il y avait trois choses, l'arrêt de la peria ourvia (procréation), l'arrêt du tamid (sacrifice perpétuel) et l'arrêt de la Torah, pourquoi lui a-t-il dit qu'il venait pour l'arrêt de l'étude de la Torah, et non pour ces deux-là aussi ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : s'il n'y avait pas eu arrêt de la Torah, ils n'auraient pas eu de châtiment pour l'arrêt du tamid. L'étude de la Torah suffit pour cela, comme il est écrit (Vayikra 7, 37) : Voici la Torah de l'ola. Quiconque lit le passage de l'ola, etc. (Menahot 110a). Elle aurait aussi suffi pour la peria ourvia, car par l'occupation de la Torah se fait une peria ourvia dans les nechamot (âmes). Comme Ben Azaï a dit : que ferai-je, mon âme désire la Torah (Yevamot 63b). Notre maître l'Ari zal a expliqué : l'intention est qu'il faisait une peria ourvia dans les nechamot par l'occupation de la Torah. Voir plus loin, dans Meguila, ce que j'ai écrit, avec l'aide du Ciel, sur cette parole.
💡 Explication

Ravina examine un couteau à Bavel, du vivant de Rav Achi. Rav Achi lui demande la raison.

Rachi : on ne montre le couteau au sage que pour l'honneur du sage. Examiner à sa place, c'est prendre la couronne de la ville. Rav Achi siège à Mata Mehassia, qui est en Babylonie.

3
אֲמַר לֵיהּ: וְהָא רַב הַמְנוּנָא אוֹרִי בְּחַרְתָּא דְּאַרְגֵּז בִּשְׁנֵי דְּרַב חִסְדָּא! אֲמַר לֵיהּ: ״לָאו אוֹרִי״ אִתְּמַר.

Il lui a dit : or Rav Hamnouna a rendu des décisions à Harta de-Argiz pendant les années de Rav Hisda ! Il lui a dit : on a rapporté : il n'a pas rendu de décision.

📜 Rachi (1)
דְּהָא רַב הַמְנוּנָא אוֹרִי בְּחַרְתָּא דְאַרְגֵּז הוֹאִיל וְלֹא הָיָה רַבּוֹ דָּר בָּהּ אע"פ שֶׁהָיְתָה בְּבָבֶל וַאֲנִי לֹא הוֹרֵיתִי בְּמָתָא מְחַסְיָא שֶׁהִיא מְקוֹמְךָ:
Puisque son maître n'habitait pas là, bien que la ville fût en Babylonie. Et moi, je n'ai pas rendu de décision à Mata Mehassia, qui est ton lieu.
🗂️ Tossefot (1)
רַב הַמְנוּנָא אוֹרִי בְּחַרְתָּא דְאַרְגֵּז תְּרֵי רַב הַמְנוּנָא הָווּ חַד שֶׁהָיָה תַּלְמִידוֹ שֶׁל רַב חִסְדָּא כִּדְמַשְׁמַע הָכָא וּבְפֶרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף כֹּה.) גַּבֵּי סָבֵי דְּנָזוֹנְיָא דַּאֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַב הַמְנוּנָא זִיל צַנְּעִינְהוּ וְעוֹד הָיָה אַחֵר שֶׁהָיָה תַּלְמִידוֹ שֶׁל רַב כְּדִלְעֵיל בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְעַבְּרִין (עֵירוּבִין דַּף נד.) דְּאָמַר לֵיהּ רַב לְרַב הַמְנוּנָא בָּרִי מִדְּאִית לָךְ אוֹטִיב לָךְ:
Il y a eu deux Rav Hamnouna. L'un était le disciple de Rav Hisda, comme il ressort d'ici et du premier chapitre de Kiddouchin (25a), au sujet des anciens de Nezounia, où Rav Hisda a dit à Rav Hamnouna : va, mets-les à l'écart. Il y en a eu un autre, disciple de Rav, comme plus haut, au chapitre Keitsad meabrin (Eruvin 54a), où Rav a dit à Rav Hamnouna : mon fils, puisque tu as, je te ferai asseoir.
💡 Explication

Ravina répond par le précédent : Rav Hamnouna a tranché à Harta du vivant de Rav Hisda, alors que son maître n'y habitait pas. Ravina, de même, n'a pas tranché à Mata Mehassia.

Rav Achi repousse la tradition : on a rapporté lo aouri, il n'a pas rendu de décision.

Tossefot : deux hommes portent le nom de Rav Hamnouna. L'un est le disciple de Rav Hisda, celui de notre passage et de Kiddouchin 25a. L'autre est le disciple de Rav, à Eruvin 54a.

4
אֲמַר לֵיהּ: אִתְּמַר ״אוֹרִי״, וְאִתְּמַר ״לָא אוֹרִי״, בִּשְׁנֵי דְּרַב הוּנָא רַבֵּיהּ הוּא דְּלָא אוֹרִי, וְאוֹרִי בִּשְׁנֵי דְּרַב חִסְדָּא, דְּתַלְמִיד חָבֵר דִּילֵיהּ הֲוָה. וַאֲנָא נָמֵי תַּלְמִיד חָבֵר דְּמָר אֲנָא.

Il lui a dit : on a rapporté il a rendu une décision, et on a rapporté il n'a pas rendu de décision. C'est pendant les années de Rav Houna, son maître, qu'il n'a pas rendu de décision.

Il en a rendu pendant les années de Rav Hisda, car il était son talmid haver (disciple-collègue). Et moi aussi, je suis un talmid haver du maître.

📜 Rachi (1)
תַּלְמִיד חָבֵר חָכָם כְּמוֹתוֹ אֶלָּא שֶׁלָּמַד מִמֶּנּוּ דָּבָר אֶחָד אוֹ יוֹתֵר:
Un sage comme lui, sauf qu'il a appris de lui une chose, ou davantage.
💡 Explication

Les deux traditions tiennent ensemble. Du vivant de Rav Houna, son maître, Rav Hamnouna ne tranche pas. Du vivant de Rav Hisda, il tranche, parce qu'il est son talmid haver : un sage de son rang, qui a appris de lui une chose ou plus.

Ravina s'applique le même statut face à Rav Achi.

🖼️ Schéma
Les deux traditions sur Rav Hamnouna Aouri, et lo aouri Années de Rav Houna Son maître principal Il ne tranche pas Années de Rav Hisda Talmid haver Il tranche à Harta de-Argiz Ravina se range dans le second cas : talmid haver de Rav Achi.
Devant le maître principal, pas de décision. Devant le collègue dont on a appris, le talmid haver tranche.
5
אָמַר רָבָא: צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן חָזֵי לְנַפְשֵׁיהּ. רָבִינָא אִיקְּלַע לְמָחוֹזָא, אַיְיתִי אֻושְׁפִּיזְכָנֵיהּ סַכִּינָא וְקָא מַחְוֵי לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: זִיל אַמְטְיֵיהּ לְרָבָא.

Rava a dit : un tsourba me-rabbanan (jeune savant) examine pour lui-même. Ravina est arrivé à Mehoza.

Son hôte a apporté un couteau et le lui montrait. Il lui a dit : va, porte-le à Rava.

📜 Rachi (2)
לְנַפְשֵׁיהּ בּוֹדֵק סַכִּין לִשְׁחֹוט בּוֹ הוּא עַצְמוֹ בְּהֵמָה שֶׁלּוֹ וְאֵין צָרִיךְ לְהַרְאוֹת לְרַבּוֹ:
Il vérifie un couteau pour abattre lui-même sa propre bête, et il n'a pas à le montrer à son maître.
לְמָחוֹזָא אַתְרֵיהּ דְּרָבָא:
Le lieu de Rava.
💡 Explication

Règle de Rava : le tsourba me-rabbanan examine le couteau pour lui-même, quand il abat sa propre bête. Il n'a pas à le montrer au sage du lieu.

Récit. À Mehoza, ville de Rava, l'hôte de Ravina lui tend un couteau. Ravina le renvoie à Rava.

6
אֲמַר לֵיהּ: לָא סָבַר מָר הָא דְּאָמַר רָבָא צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן חָזֵי לְנַפְשֵׁיהּ. אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא מִיזְבָּן זְבִינָא.

Il lui a dit : le maître ne tient-il pas ce que Rava a dit, un tsourba me-rabbanan examine pour lui-même ? Il lui a dit : moi, j'achète.

📜 Rachi (1)
אֲנָא מִיזְבָּן זְבִינָא כִּי אַכִּילָנָא מֵהַאי בִּישְׂרָא בִּדְמֵי אֲנָא זָבִין לָהּ מִינָּךְ הִלְכָּךְ לָאו לְנַפְשַׁאי אֶלָּא כִּשְׁאָר טַבָּחָא הֲוֵית לִי:
Lorsque je mange de cette viande, c'est à prix d'argent que je te l'achète. Dès lors, ce n'est pas pour moi-même. Tu es pour moi comme n'importe quel autre abatteur.
💡 Explication

L'hôte cite la règle de Rava : le savant peut examiner pour lui-même. Ravina répond : j'achète la viande. L'abattage reste celui de l'abatteur du lieu. La règle de Rava vise la bête du savant, abattue par lui.

7
(סִימָן: זִילָא לְהָנִיא, מַחְלִיף, אִיקָא, וְיַעֲקֹב).

(Signe : Zila, Lehanya, Mahlif, Ika, et Yaakov.)

💡 Explication

Siman, signe pour les noms du récit qui suit. Zila Lehanya : Rabbi Elazar de Hagronya. Mahlif : Rav Abba bar Tahlifa. Ika : Rav Aha fils de Rav Ika. Yaakov : Rav Aha bar Yaakov.

8
רַבִּי אֶלְעָזָר מֵהַגְרוֹנְיָא וְרַב אַבָּא בַּר תַּחְלִיפָא אִיקְּלַעוּ לְבֵי רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא, בְּאַתְרֵיהּ דְּרַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב. בָּעֵי רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא לְמִיעְבַּד לְהוּ עִיגְלָא תִּילְתָּא, אַייְתִי סַכִּינָא וְקָא מַחְוֵי לְהוּ.

Rabbi Elazar de Hagronya et Rav Abba bar Tahlifa sont arrivés chez Rav Aha, fils de Rav Ika, dans le ressort de Rav Aha bar Yaakov. Rav Aha, fils de Rav Ika, voulait leur préparer un veau tilta.

Il a apporté un couteau et le leur montrait.

📜 Rachi (1)
עִגְלָא תִּילְתָּא גָּדֵל שְׁלִישׁ וְאָז הוּא עוֹמֵד בְּעִיקַּר טַעַם בְּשָׂרוֹ כְּדִתְנַן (בּ"מ דַּף סח.) וּמְגַדְּלִין אוֹתָן עַד שֶׁיְּהוּ מְשֻׁולָּשִׁין וְאָמְרִינַן נָמֵי (שָׁם דַּף סט.) מוֹתַר שְׁלִישׁ בִּשְׂכָרְךָ אַלְמָא אוֹרְחֵיהּ עַד שְׁלִישׁ ל"א שְׁלִישִׁי לַבֶּטֶן וְקָשֶׁה לִי הָא דְּאָמַר בְּעָלְמָא (סַנְהֶדְרִין דַּף סה:) רַב חֲנִינָא וְרַב אוֹשַׁעְיָא הֲווֹ עִסְקֵי בְּסֵפֶר יְצִירָה וְכָל מַעֲלֵי שַׁבְּתָא אִיבְרֵי לְהוּ עִגְלָא תִּילְתָּא דְּהָתָם מַאי שְׁלִישִׁי לַבֶּטֶן אִיכָּא הָא לֹא הָיָה בַּבֶּטֶן מֵעוֹלָם:
Il a grandi d'un tiers, et c'est alors qu'il atteint le fond du goût de sa chair, comme nous l'avons appris (Bava Metsia 68a) : on les élève jusqu'à ce qu'ils soient au tiers. Nous disons aussi (là, 69a) : le surplus d'un tiers dans ton salaire. On voit que sa manière va jusqu'àu tiers. Autre leçon : le troisième de la portée. Et ceci m'est difficile. Ce qu'on dit ailleurs (Sanhedrin 65b) : Rav Hanina et Rav Ochaya s'occupaient du Sefer Yetsira, et chaque veille de Chabbat on créait pour eux un veau tilta. La, quel troisième de la portée y a-t-il ? Il n'a jamais été dans un ventre.
💡 Explication

Deux savants sont recus chez Rav Aha fils de Rav Ika, dans le ressort de Rav Aha bar Yaakov. On veut leur servir un veau tilta, et on leur montre le couteau.

Rachi donne deux lectures. Première : l'animal a grandi d'un tiers, moment où la chair a son goût. Seconde : le troisième né de la portée. Il objecte à la seconde le veau créé par le Sefer Yetsira, qui n'a jamais été dans un ventre.

9
אֲמַר לְהוּ רַב אַחָא בַּר תַּחְלִיפָא: לָא לֵיחוּשׁ לֵיהּ לְסָבָא? אֲמַר לְהוּ רַבִּי אֶלְעָזָר מֵהַגְרוֹנְיָא: הָכִי אָמַר רָבָא, צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן חָזֵי לְנַפְשֵׁיהּ. חָזֵי, וְאִיעֲנִישׁ רַבִּי אֶלְעָזָר מֵהַגְרוֹנְיָא.

Rav Aha bar Tahlifa leur a dit : ne prendrions-nous pas garde au vieillard ? Rabbi Elazar de Hagronya leur a dit : ainsi a dit Rava, un tsourba me-rabbanan examine pour lui-même.

Il a examiné. Et Rabbi Elazar de Hagronya a été puni.

📜 Rachi (1)
לָא לִיחוּשׁ לְסָבָא לְרַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב וּבִתְמִיהָה קָאָמַר:
Pour Rav Aha bar Yaakov. Il le dit sur le ton de l'étonnement.
💡 Explication

Le texte nomme ici Rav Aha bar Tahlifa. Il demande si l'on prend garde au vieillard, Rav Aha bar Yaakov, sage du lieu. Rabbi Elazar répond par la règle de Rava et examine le couteau. Il est ensuite puni.

10
וְהָאָמַר רָבָא: צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן חָזֵי לְנַפְשֵׁיהּ! שָׁאנֵי הָתָם דְּאַתְחִילוּ בִּכְבוֹדוֹ.

Or Rava a dit : un tsourba me-rabbanan examine pour lui-même ! Là, c'est différent : ils avaient commencé par son honneur.

📜 Rachi (1)
דְּאַתְחִילוּ בִּכְבוֹדוֹ מֵאַחַר שֶׁנֶּאֱמַר לוֹ דְּנִיחוּשׁ לְסָבָא וְהִתְחִילוּ לְדַבֵּר בִּכְבוֹדוֹ לֹא הָיָה לוֹ לְזַלְזֵל בַּדָּבָר:
Après qu'on lui a dit de prendre garde au vieillard, et qu'ils ont commencé à parler de son honneur, il ne devait pas méprisér la chose.
💡 Explication

La règle de Rava reste debout. Ici, on avait déjà ouvert sur l'honneur du vieillard. Une fois son nom mis dans l'échange, examiner sans le lui apporter traite cet honneur avec mépris.

11
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: שָׁאנֵי רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב דְּמֻופְלָג.

Et si tu veux, dis : Rav Aha bar Yaakov est différent, car il était mouflag (éminent).

📜 Rachi (1)
ואב"א שָׁאנֵי רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב דִּמְפַלֵּיג הַרְבֵּה מְאֹד הָיָה זָקֵן וְחָכָם:
Il était extrêmement âgé, et sage.
💡 Explication

Seconde réponse. Rav Aha bar Yaakov est mouflag : son âge et sa sagesse dépassent ceux d'un sage ordinaire du lieu. L'examen pour soi ne suffit pas devant lui.

12
אָמַר רָבָא: וּלְאַפְרוֹשֵׁי מֵאִיסּוּרָא — אֲפִילּוּ בְּפָנָיו שַׁפִּיר דָּמֵי. רָבִינָא הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי, חַזְייֵהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דְּקָא אָסַר לֵיהּ לְחַמְרֵיהּ בְּצִינְתָא בְּשַׁבְּתָא. רְמָא בֵּיהּ קָלָא, וְלָא אַשְׁגַּח בֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: לֶיהֱוֵי הַאי גַּבְרָא בְּשַׁמְתָּא.

Rava a dit : et pour écarter d'un interdit, même en sa présence, c'est permis. Ravina était assis devant Rav Achi.

Il a vu un homme qui attachait son âne à un palmier, le Chabbat. Il a élevé la voix vers lui.

L'homme n'y a pas prêté attention. Il a dit : que cet homme soit en chamta (au ban).

📜 Rachi (2)
וּלְאַפְרוֹשֵׁי מֵאִיסּוּרָא רָאָה תַּלְמִיד אָדָם רוֹצֶה לַעֲבֹור עֲבֵירָה וְרַבּוֹ שָׁם וְשׁוֹתֵק מֻותָּר לְתַלְמִיד לִקְפֹּוץ וְלִגְעֹור:
Un disciple a vu un homme qui veut transgresser. Son maître est la, et il se tait. Il est permis au disciple de se lever et de le réprimander.
בְּצִינְתָא בְּדֶקֶל וְאֵין מִשְׁתַּמְּשִׁין בְּאִילָן מִשּׁוּם שְׁבוּת:
Un dattier. On ne se sert pas d'un arbre, à cause d'un chevout (défense rabbinique du Chabbat).
💡 Explication

Autre règle de Rava : afrouchei me-issoura, écarter quelqu'un d'un interdit, est permis même devant le maître.

Ravina, assis devant Rav Achi, voit un homme attacher son âne à un palmier le Chabbat. User d'un arbre est un chevout. Il crie. L'homme passe. Ravina le met en chamta.

13
אֲמַר לֵיהּ: כִּי הַאי גַווְנָא, מִי מִתְחַזָּא כְּאַפְקָרוּתָא? אֲמַר לֵיהּ: ״אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״, כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חִילּוּל הַשֵּׁם — אֵין חוֹלְקִין כָּבוֹד לָרַב.

Il lui a dit : une chose de ce genre a-t-elle l'air d'une afkrouta (insolence) ? Il lui a dit : Il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni conseil face à Hachem (Michlei 21, 30).

Partout où il y a profanation du Nom, on ne rend pas d'honneur au maître.

📜 Rachi (2)
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי הָא מִילְּתָא דַּעֲבִידַת קַמָּךְ הַשְׁתָּא מִי הָוְיָא אַפְקִירוּתָא חֻוצְפָּה אוֹ לָא:
Ravina à Rav Achi : cette chose que je viens de faire devant toi, est-ce une afkrouta, une houtspa (insolence), ou non ?
אֵין חָכְמָה וְגוֹ' אֵין תּוֹרַת חָכְמָה וְכָבוֹד וּתְבוּנָה וְיוֹעֵץ עוֹמֶדֶת כְּנֶגֶד חִילּוּל הַשֵּׁם:
Aucune règle de sagesse, d'honneur, d'intelligence et de conseil ne tient face à la profanation du Nom.
💡 Explication

Ravina demande si son geste, devant Rav Achi, est une afkrouta. Rav Achi répond par Michlei 21, 30. Là où il y a hilloul ha-Chem, profanation du Nom, on ne maintient pas l'honneur du maître.

14
אָמַר רָבָא: בְּפָנָיו — אָסוּר, וְחַייָּב מִיתָה. שֶׁלֹּא בְּפָנָיו — אָסוּר, וְאֵין חַיָּיב מִיתָה.

Rava a dit : en sa présence, c'est interdit, et il est passible de mort. Hors de sa présence, c'est interdit, et il n'est pas passible de mort.

📜 Rachi (1)
בְּפָנָיו אָסוּר לְהוֹרוֹת וְחַייָּב מִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם וְהָא דְּרָבָא לָאו לְאַפְרוֹשֵׁי מֵאִיסּוּר קָאֵי אֶלָּא עַל הַבָּא לִישָּׁאֵל:
De rendre une décision, et il est passible de mort par le Ciel. Cette parole de Rava ne porte pas sur le fait d'écarter d'un interdit. Elle porte sur celui qui vient interroger.
💡 Explication

Rava pose la règle générale, pour celui qui vient interroger. En présence du maître : interdit, et passible de mort par le Ciel. Hors de sa présence : l'interdit demeure, sans cette peine.

Rachi écarte le cas précédent. Écarter d'un interdit reste permis, même devant le maître.

15
וְשֶׁלֹּא בְּפָנָיו לֹא? וְהָא תַּנְיָא: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: לֹא מֵתוּ בְּנֵי אַהֲרֹן עַד שֶׁהוֹרוּ הֲלָכָה בִּפְנֵי מֹשֶׁה רַבָּן. מַאי דְּרוֹשׁ: ״וְנָתְנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ״, אָמְרוּ: אַף עַל פִּי שֶׁהָאֵשׁ יוֹרֶדֶת מִן הַשָּׁמַיִם, מִצְוָה לְהָבִיא מִן הַהֶדְיוֹט.

Et hors de sa présence, non ? Or on a enseigné : Rabbi Eliezer dit : les fils d'Aharon ne sont morts que parce qu'ils ont rendu une décision devant Moché, leur maître.

Qu'ont-ils exposé ? Les fils d'Aharon, le kohen, mettront du feu sur l'autel.

Ils ont dit : bien que le feu descende du ciel, c'est une mitsva d'en apporter du commun.

🗂️ Tossefot (1)
מַאי דְּרוּשׁ וְנָתְנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ אע"פ שֶׁהָאֵשׁ יוֹרֶדֶת מִן הַשָּׁמַיִם מִצְוָה לְהָבִיא מִן הַהֶדְיוֹט לִכְאוֹרָה מַשְׁמַע שֶׁהַקְטָרַת שֶׁהִקְטִירוּ עַל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן הָיָה וְהוֹרָאַת שָׁעָה הָיְתָה כִּדְאַשְׁכַּחְנָא בִּקְטֹרֶת שֶׁל נְשִׂיאִים כִּדְאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף נ:) דְּאִי עַל מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי הִקְטִירוּ מַאי שָׁייְכָא אוֹתָהּ דְּרָשָׁה לְשָׁם וְהָא לֹא הָיָה יוֹרֵד אֵשׁ עַל מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי לְשֵׁם קְטֹרֶת דְּהָא קי"ל בְּפֶרֶק אָמַר לָהֶן הַמְמֻונֶּה (יוֹמָא דַּף לג.) דְּמַעֲרָכָה שְׁנִיָּה שֶׁעַל מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן לִקְטֹרֶת מִיהוּ בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים מַשְׁמַע שֶׁלְּבֵית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים נִכְנְסוּ לְהַקְטִיר וּלְשָׁם נִשְׂרְפוּ וצ"ע:
En apparence, il ressort que le ketoret (encens) qu'ils ont fait fumer était sur l'autel extérieur, et que c'était une horaat chaa (disposition pour l'heure), comme nous trouvons pour le ketoret des nessiim (princes), ainsi qu'on le dit à la fin de Ha-tekhelet (Menahot 50b). Car s'ils avaient fait fumer sur l'autel intérieur, quel lien cette deracha aurait-elle la ? Le feu ne descendait pas sur l'autel intérieur pour le ketoret. Nous tenons, au chapitre Amar lahen ha-memoune (Yoma 33a), que le second bûcher, sur l'autel extérieur, est pour le ketoret. Toutefois, dans le Torat Kohanim, il ressort qu'ils sont entrés dans le Saint des saints pour faire fumer, et que c'est là qu'ils ont été brûlés. Cela demande étude.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לֹא מֵתוּ בָּנָיו שֶׁל אַהֲרֹן אֶלָּא עַל שֶׁהוֹרוּ הֲלָכָה בִּפְנֵי מֹשֶׁה רַבָּן. אַף עַל גַּב דְּכַמָּה חֲטָאִים מָנוּ לָהֶם רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, וְגַם בַּכָּתוּב מְפֹורָשׁ עַל שֶׁהִקְרִיבוּ אֵשׁ זָרָה אֲשֶׁר לֹא צִוָּה אֹתָם (וַיִּקְרָא י, א), לֹא בָּא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לִשְׁלֹול כָּל זֶה, דְּהוּא מוֹדֶה דְּכֻלְּהוּ אִיתַנְהוּ, אַךְ אוֹמֵר אִם לֹא הָיוּ מְזַלְזְלִים בִּכְבוֹד מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְהוֹרוֹת הֲלָכָה בְּפָנָיו הָיָה מֵגֵין זְכוּתוֹ עֲלֵיהֶם לְהַצִּילָם מִן הַפֻּורְעָנִיּוֹת, וְרַק אַחַר שֶׁנָּגְעוּ בִּכְבוֹדוֹ לֹא הַגִּין זְכוּתוֹ עֲלֵיהֶם וּלְכָךְ נֶחְשָׁב שֶׁהֵם לֹא מֵתוּ אֶלָּא בַּעֲבוּר שֶׁנָּגְעוּ בִּכְבוֹד מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה. וְעַל דֶּרֶךְ זֶה פֵּירְשׁוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל מַאֲמַר לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלִַם וְלֹא גָּלוּ יִשְׂרָאֵל אֶלָּא עַל שֶׁבִּיזּוּ בָּהּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים (שַׁבָּת קיט:). וְהִנֵּה הָרִי"ף זַ"ל הִקְשָׁה דְּמִן בְּנֵי אַהֲרֹן לֵיכָּא קֻושְׁיָא דְּקָאָמַר לְהֶדְיָא הוֹרוּ הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבָּם, וְרַק הַקֻּושְׁיָא הוּא מִן תַּלְמִיד רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דִּמְפָרֵשׁ לָהּ רַבִּי יוֹחָנָן דְּהָיָה שֶׁלֹּא בְּפָנָיו וַהֲוָה לֵיהּ לְהָבִיא זֶה דַּוְקָא יְעֻוייַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּדִבְרֵי רָבָא סוֹבְלִים שְׁנֵי פֵּירוּשִׁים, חֲדָא יֵשׁ לְפָרֵשׁ בְּפָנָיו וְשֶׁלֹּא בְּפָנָיו, הַייְנוּ שֶׁהוֹרָה בִּמְקוֹם רַבּוֹ אֶלָּא שֶׁלֹּא הוֹרָה בְּפָנָיו מַמָּשׁ, וְעַל זֶה הַפֵּירוּשׁ מַקְשֶׁה מִן בָּנָיו שֶׁל אַהֲרֹן דְּלָא הָיָה בְּפָנָיו מַמָּשׁ וּמֵתוּ. וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי רָבָא בְּפָנָיו לָאו מַמָּשׁ אֶלָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּעִירוֹ וּמְקוֹמוֹ עַד מֶשֶׁךְ ג' פַּרְסָאוֹת, וְשֶׁלֹּא בְּפָנָיו הוּא רָחוֹק שְׁלֹשָׁה פַּרְסָאוֹת, וְעַל זֶה הַפֵּירוּשׁ מַקְשֵׁי מִן אוֹתוֹ תַּלְמִיד שֶׁהָיָה רָחוֹק שְׁלֹשָׁה פַּרְסָאוֹת וּמֵת.
Les fils d'Aharon ne sont morts que pour avoir rendu une décision devant Moché, leur maître. Bien que nos maîtres zal leur aient compte plusieurs fautes, et que l'Écriture le dise expressément : ils ont offert un feu étranger qu'Il ne leur avait pas ordonné (Vayikra 10, 1), Rabbi Eliezer ne vient pas écarter tout cela. Il convient que tout cela s'y trouve. Il dit : s'ils n'avaient pas méprisé l'honneur de Moché notre maître, que la paix soit sur lui, en rendant une décision devant lui, son mérite les aurait protégés et les aurait sauvés du malheur. C'est seulement après qu'ils ont touché à son honneur que son mérite ne les a plus protégés. C'est pourquoi l'on compte qu'ils ne sont morts que pour avoir touché à l'honneur de Moché notre maître. Dans cette voie, les commentateurs zal ont expliqué la parole : Yerouchalayim n'a été détruite et Israël n'a été exilé que parce qu'on y a méprisé les disciples des sages (Chabbat 119b). Or le Rif zal a objecté : des fils d'Aharon il n'y a pas de difficulté, car il dit expressément qu'ils ont rendu une décision devant leur maître. La difficulté vient seulement du disciple de Rabbi Eliezer, que Rabbi Yo'hanan explique comme ayant été hors de sa présence. Il aurait dû citer celui-la seulement. Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel : les paroles de Rava supportent deux lectures. L'une : en sa présence et hors de sa présence, c'est-à-dire qu'il a rendu la décision dans le lieu de son maître, sans la rendre devant lui au sens strict. Sur cette lecture, on objecte par les fils d'Aharon, qui n'étaient pas devant lui au sens strict, et qui sont morts. L'autre lecture : dans les paroles de Rava, en sa présence ne vise pas le face à face. Il veut dire : dans sa ville et son lieu, jusqu'à une distance de trois parsaot. Hors de sa présence, c'est au-delà de trois parsaot. Sur cette lecture, on objecte par ce disciple, qui était à trois parsaot, et qui est mort.
מְלַמֵּד, שֶׁלָּן בְּעֻמְקָהּ שֶׁל הֲלָכָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַמִּלּוּי נִקְרָא עֹומֶק שֶׁל אוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט, וְהִנֵּה מִלּוּי אוֹתִיּוֹת הֲלָכָה בָּזֶה הַ" א ל מֵ " ד כ" ף הַ" ה הוּא אוֹתִיּוֹת פֶּה אָדָם. וְיָדוּעַ כִּי לִימּוּד הַתּוֹרָה בְּקוֹל וְלֹא בִּלְחִישׁוּ, שֶׁבָּזֶה נִתְקַן עֲוֹן הַפֶּה שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן אֲכִילַת עֵץ הַדַּעַת, מִפְּנֵי כִּי הוּא הַקּוֹל שֶׁלּוֹ לֹא נִפְגַּם בְּעָוֹן זֶה וכמ"ש רַבֵּינוּ חִידָ"א זַ"ל. וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁרָאָה יְהוֹשֻׁעַ אֶת הַמַּלְאָךְ חַרְבּוֹ שְׁלוּפָה הֵבִין כִּי רָמַז לוֹ שֶׁעַתָּה צָרִיךְ לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה בְּקוֹל, כִּי קוֹל הַתּוֹרָה הוּא הַמְבַטֵּל חֶרֶב עֵשָׂו, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ 'כְּשֶׁהַקּוֹל קוֹל יַעֲקֹב אֵין הַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו' וְלָכֵן לָן בְּעָמְקָהּ שֶׁל הֲלָכָה , שֶׁגָּרַס בַּהֲלָכוֹת בְּקוֹל לְתַקֵּן פֶּה אָדָם הָרָמוּז בְּעֹומֶק אוֹתִיּוֹת ה' הֲלָכָה ' שֶׁהוּא הָעִלּוּי שֶׁלָּהּ.
Cela enseigné qu'il a passé la nuit dans la profondeur de la halakha. Il me semble, avec l'aide du Ciel : le miloui (remplissage des lettres) est appelé profondeur des lettres simples. Or le miloui des lettres de halakha, ainsi he-alef, lamed-mem, dalet, kaf-pe, he-he, donne les lettres de peh adam (bouche de l'homme). On sait que l'étude de la Torah se fait à voix haute, et non en chuchotement. Par là se répare la faute de la bouche du premier homme, le fait de manger de l'arbre de la connaissance, car sa voix n'a pas été atteinte par cette faute, comme l'a écrit notre maître le Hida zal. C'est pourquoi, lorsque Yehochoua a vu l'ange, l'épée dégainée, il a compris le signe : il faut maintenant s'occuper de Torah à voix haute. Car la voix de la Torah annule l'épée d'Essav, comme nos maîtres zal l'ont dit : lorsque la voix est la voix de Yaakov, les mains ne sont pas les mains d'Essav. C'est pourquoi il a passé la nuit dans la profondeur de la halakha : il a répété les halakhot à voix haute, pour réparer la bouche de l'homme, visée dans la profondeur des lettres du mot halakha, qui est son iloui (élévation).
💡 Explication

La Guemara demande si l'absence dispense vraiment de la mort. Elle cite Rabbi Eliezer : les fils d'Aharon sont morts pour avoir tranché devant Moché.

Leur deracha : le verset ordonne aux fils d'Aharon de mettre le feu sur l'autel. Donc, même si le feu descend du ciel, apporter un feu hedyot (ordinaire) est une mitsva. Ils ont été punis pour avoir rendu cette décision devant leur maître.

Tossefot : en apparence, le ketoret vise ici l'autel extérieur, comme le second bûcher de Yoma 33a, et comme une horaat chaa. Le Torat Kohanim, lui, les fait entrer dans le Saint des saints. Le point reste ouvert.

16
וְתַלְמִיד אֶחָד הָיָה לוֹ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, שֶׁהוֹרָה הֲלָכָה בְּפָנָיו. אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְאִימָּא שָׁלוֹם אִשְׁתּוֹ: תָּמֵיהַּ אֲנִי אִם יוֹצִיא זֶה שְׁנָתוֹ. וְלֹא הוֹצִיא שְׁנָתוֹ.

Rabbi Eliezer avait un disciple, qui a rendu une décision devant lui. Rabbi Eliezer a dit à Imma Chalom, sa femme : je serais étonné que celui-ci achève son année.

Et il n'a pas achevé son année.

💡 Explication

Fait. Un disciple tranche devant Rabbi Eliezer. Rabbi Eliezer dit à Imma Chalom qu'il serait étonné que cet homme achève son année. L'homme meurt dans l'année.

17
אָמְרָה לוֹ: נָבִיא אַתָּה? אָמַר לָהּ: לֹא נָבִיא אָנֹכִי וְלֹא בֶן נָבִיא אָנֹכִי, אֶלָּא כָּךְ מִקּוֹבְלָנִי: כָּל הַמּוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבּוֹ חַיָּיב מִיתָה.

Elle lui a dit : es-tu un prophète ? Il lui a dit : je ne suis pas prophète, et je ne suis pas fils de prophète.

Voici ce que j'ai reçu : quiconque rend une décision devant son maître est passible de mort.

🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא נָבִיא אָנֹכִי וְלֹא בֶן נָבִיא אָנֹכִי. קָשֶׁה אַמַּאי אִצְטְרִיךְ לוֹמַר לָהּ 'לֹא בֶּן נָבִיא אָנֹכִי' דְּדַי לוֹמַר 'לֹא נָבִיא אָנֹכִי', כִּי הִיא גַּם הִיא לֹא אָמְרָה לוֹ אֶלָּא וְכִי נָבִיא אַתָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד בֶּן נָבִיא כְּלוֹמַר תַּלְמִיד שֶׁל נָבִיא, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מְלָכִים ב' ו, א) וַיֹּאמְרוּ בְנֵי הַנְּבִיאִים אֶל אֱלִישָׁע, וְתִרְגֵּם הַתַּרְגּוּם תַּלְמִידֵי נְבִיאַיָּיא וְכֵן פֵּירֵשׁ הָרַדַ"ק זַ"ל, וּבָא לוֹמַר לָהּ רְבוּתָא שֶׁאֲפִילּוּ תַּלְמִיד נָבִיא אֵין אֲנִי נִקְרָא. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בַּעַל רוּחַ הַקֹּודֶשׁ נִקְרָא בֶּן נָבִיא וְהוּא מַדְרֵיגָה פְּחוּתָה מִנְּבוּאָה. וְרָצָה לוֹמַר לֹא יָדַעְתִּי דָּבָר זֶה לֹא עַל פִּי הַנְּבוּאָה וְלֹא עַל פִּי רוּחַ הַקֹּודֶשׁ.
Je ne suis pas prophète, et je ne suis pas fils de prophète. Difficulté : pourquoi a-t-il eu besoin de lui dire je ne suis pas fils de prophète ? Il lui suffisait de dire je ne suis pas prophète, car elle ne lui avait dit que : es-tu un prophète ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : fils de prophète, c'est-à-dire disciple d'un prophète, comme il est dit (Melakhim II 6, 1) : les fils des prophètes dirent à Elicha. Le Targoum traduit : les disciples des prophètes. Le Radak zal l'explique de même. Il vient lui dire une chose plus forte : même le nom de disciple de prophète, je ne le porte pas. Ou bien, il me semble, avec l'aide du Ciel : celui qui a l'esprit saint est appelé fils de prophète, et c'est un degré moindre que la prophétie. Il veut dire : je n'ai pas connu cette chose par la prophétie, ni par l'esprit saint.
💡 Explication

Imma Chalom demande s'il parle en prophète. Rabbi Eliezer reprend les mots d'Amos : il n'est ni prophète, ni fils de prophète. Il tient une kabala : quiconque rend une halakha devant son maître est passible de mort.

18
וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אוֹתוֹ תַּלְמִיד יְהוּדָה בֶּן גֻּורְיָא שְׁמוֹ, וְהָיָה רָחוֹק מִמֶּנּוּ שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת?!

Et Rabba bar bar Hana a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : ce disciple, Yehouda ben Gourya était son nom, et il était éloigné de lui de trois parsaot !

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan nomme le disciple : Yehouda ben Gourya. Il était à trois parsaot de Rabbi Eliezer. La distance sert d'objection : la mort aurait frappé hors de la présence du maître.

19
בְּפָנָיו הֲוָה. וְהָא רָחוֹק מִמֶּנּוּ שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת קָאָמַר! וְלִיטַעֲמֵיךְ: שְׁמוֹ וְשֵׁם אָבִיו לָמָּה? אֶלָּא שֶׁלֹּא תֹּאמַר מָשָׁל הָיָה.

C'était en sa présence. Or il dit qu'il était éloigné de lui de trois parsaot !

Et selon ton raisonnement : son nom et le nom de son père, pourquoi ? Afin que tu ne dises pas : c'était une parabole.

📜 Rachi (2)
בְּפָנָיו הֲוָה וְהַאי דְּקָתָנֵי רָחוֹק מִמֶּנּוּ שֶׁהָיָה רָחוֹק מְקוֹמוֹ מִמְּקוֹם רַבּוֹ שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת וּמִיהוּ כִּי אוֹרִי קַמֵּיהּ אוֹרִי:
Et ce qu'on enseigne, éloigné de lui, c'est que son lieu était éloigné du lieu de son maître de trois parsaot. Toutefois, lorsqu'il a rendu la décision, il l'a rendue devant lui.
וְהָא רָחוֹק מִמֶּנּוּ קָאָמַר וְאִי הוֹרָאָה לָאו רָחוֹק מִמֶּנּוּ הֲוָה מַאי אֲתָא רַבִּי יוֹחָנָן לְאַשְׁמוֹעִינַן:
Et si, au moment de la décision, il n'était pas éloigné de lui, qu'est venu nous apprendre Rabbi Yo'hanan ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁמוֹ וְשֵׁם אָבִיו לָמָּה? אֶלָּא, שֶׁלֹּא תֹּאמַר 'מִשֶּׁל' הָיָה. רָאִיתִי דְּמִכָּאן מְבִיאִים הוֹכָחָה גְּדוֹלָה וּרְאָיָה עֲצוּמָה שֶׁכָּל מַעֲשִׂיּוֹת הַנִּזְכָּרִים בַּתַּלְמוּד לֹא הֱבִיאוּם אֶלָּא דֶּרֶךְ מָשָׁל וְחִידָה, דְּהָא מַעֲשֶׂה זוֹ אֵין דָּבָר פֶּלִאי וְהֻוצְרַךְ לוֹמַר שְׁמוֹ וְשֵׁם עִירוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא תֹּאמַר 'מָשָׁל' הָיָה, וְאִם כֵּן כָּל שֶׁכֵּן קַל וָחֹומֶר לַמַּעֲשִׂיּוֹת הַנִּפְלָאִים וּתְמוּהִים כְּמוֹ מַאַמְרֵי רַבָּה בַּר בַּר חָנָה (בָּבָא בָּתְרָא דַּף עג:) וְכַיּוֹצֵא. וּבָזֶה יִשָּׂכֵר פֶּה דּוֹבְרֵי שֶׁקֶר הַמַּלְעִיגִים עַל דִּבְרֵי חֲכָמֵינוּ זַ"ל בִּדְבָרִים שֶׁנִּרְאֶה פְּשׁוּטָן זָר מְאֹד, וְהוֹכָחָה גְּדוֹלָה יֵשׁ מִכָּאן וְהוּא דָּבָר נָכוֹן וְיַצִּיב וּבָרוּר.
Son nom et le nom de son père, pourquoi ? Afin que tu ne dises pas : c'était une parabole. J'ai vu que d'ici l'on apporte une grande preuve : tous les récits mentionnés dans le Talmud n'ont été rapportes que par voie de parabole et d'enigme. Car ce récit n'a rien d'étonnant, et il a fallu dire son nom et le nom de sa ville afin que tu ne dises pas : c'était une parabole. À plus forte raison, kal va-homer, pour les récits étonnants et difficiles, comme les paroles de Rabba bar bar Hana (Bava Batra 73b) et les semblables. Par là se ferme la bouche de ceux qui disent le mensonge et qui raillent les paroles de nos sages zal, dans des choses dont le sens simple paraît très étrange. Il y a d'ici une grande preuve, et c'est une chose juste, ferme et claire.
💡 Explication

Réponse : au moment où il a tranché, c'était devant Rabbi Eliezer. Les trois parsaot sont la distance entre son lieu et le lieu de son maître.

La Guemara retourne la question. Si chaque détail devait viser l'instant de la décision, pourquoi donner le nom et le nom du père ? Ces détails empêchent de prendre le récit pour un machal (parabole). La distance des lieux est du même ordre.

20
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַמּוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבּוֹ, רָאוּי לְהִכִּישׁוּ נָחָשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּעַן אֱלִיהוּא בֶן בַּרַכְאֵל הַבּוּזִי וַיֹּאמַר צָעִיר אֲנִי לְיָמִים וְגוֹ׳ עַל כֵּן זָחַלְתִּי״. וּכְתִיב: ״עִם חֲמַת זֹוחֲלֵי עָפָר״.

Rabbi Hiya bar Abba a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque rend une décision devant son maître mérite qu'un serpent le morde. Car il est dit : Elihou, fils de Barakhel le Bouzi, répondit et dit : je suis jeune en jours, etc., c'est pourquoi je me suis retenu (zahalti).

Et il est écrit : avec le venin des reptiles de la poussière (zohalei afar).

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמּוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבּוֹ, רָאוּי לְהִכִּישׁוּ נָחָשׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כֵּיוָן דְּהוּא חַיָּיב מִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם כִּדְאָמַר בַּבָּרַייְתָא לְעֵיל, לְכָךְ רָאוּי לְהִכִּישׁוּ נָחָשׁ שֶׁהוּא שָׁלִיחַ מוּכָן לִשְׁלִיחוּת מִן הַשָּׁמַיִם כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת י, יא) אִם יִשֹּׁךְ הַנָּחָשׁ בְּלוֹא לָחַשׁ. אוֹ יוּבָן בס"ד כֵּיוָן דְּהוֹרָה הֲלָכָה חֵטְא בַּפֶּה וְלָכֵן רָאוּי לְהִכִּישׁוּ נָחָשׁ שֶׁהוּא מֵמִית בַּפֶּה דַּוְקָא. אוֹ יוּבָן הַטַּעַם כִּי תַּלְמִיד חָכָם צָרִיךְ לִהְיוֹת 'נוֹקֵם וְנוֹטֵר כְּנָחָשׁ' (יוֹמָא כג.) וּלְכָךְ זֶה שֶׁהוֹרָה בִּפְנֵי רַבּוֹ יִשְׁלְחוּ מִן הַשָּׁמַיִם בִּמְקוֹמוֹ אֶת הַנָּחָשׁ דְּתַלְמִיד חָכָם נוֹקֵם וְנוֹטֵר כְּנָחָשׁ. אוֹ יוּבָן בס"ד הַטַּעַם הַמּוֹרֶה בִּפְנֵי רַבּוֹ חָטְאוּ ב' קוֹל ' ו' דִּיבּוּר ' [358] שֶׁעוֹלֶה מִסְפָּרָם נָחָשׁ [358] לְכָךְ רָאוּי לְהִכִּישׁוּ נָחָשׁ. אוֹ יוּבָן בס"ד זֶה שֶׁהוֹרָה הֲלָכָה נִכְנַס בִּתְחוּם שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ, וּבָזֶה עָשָׂה מַעֲשֵׂה נָחָשׁ שֶׁנִּכְנַס בִּתְחוּם שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ לְכָךְ יִשְּׁכֶנּוּ נָחָשׁ.
Quiconque rend une décision devant son maître mérite qu'un serpent le morde. Il me semble, avec l'aide du Ciel, la raison : puisqu'il est passible de mort par le Ciel, comme le dit la beraita plus haut, il mérite qu'un serpent le morde. Le serpent est un envoyé prêt pour une mission du Ciel, comme il est dit (Kohelet 10, 11) : si le serpent mord sans enchantement. Ou bien l'on comprend, avec l'aide du Ciel : puisqu'il a rendu une décision, il a fauté par la bouche. Il mérite donc qu'un serpent le morde, car le serpent fait mourir par la bouche. Ou bien l'on comprend la raison : un talmid 'hakham doit etre vengeur et rancunier comme un serpent (Yoma 23a). C'est pourquoi, à celui qui a rendu une décision devant son maître, on enverra du Ciel, à sa place, le serpent. Ou bien l'on comprend, avec l'aide du Ciel : sa faute tient dans kol (voix) et dibour (parole). Leur compte est 358, qui est le compte de nahach (serpent), 358. C'est pourquoi il mérite qu'un serpent le morde. Ou bien l'on comprend, avec l'aide du Ciel : celui qui a rendu une décision est entre dans un domaine qui n'est pas le sien. En cela il a fait l'acte du serpent, qui entre dans un domaine qui n'est pas le sien. C'est pourquoi un serpent le mordra.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan, par Rabbi Hiya bar Abba : celui qui tranche devant son maître mérite la morsure du serpent.

Le mot zahalti (Iyov 32, 6), Elihou qui se retient de parler devant les anciens, est rapproché de zohalei afar (Devarim 32, 24), les reptiles au venin. Elihou s'excuse d'ouvrir la bouche devant plus grand que lui.

🖼️ Schéma
Zahalti et zohalei Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan Iyov 32, 6 al ken zahalti je me suis retenu Devarim 32, 24 zohalei afar reptiles de la poussière Même racine. Qui tranche devant son maître mérite la morsure du serpent.
Zahalti, je me suis retenu, et zohalei afar, les reptiles : même racine, morsure du serpent.
21
זְעֵירִי אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: נִקְרָא חוֹטֵא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּלִבִּי צָפַנְתִּי אִמְרָתֶךָ לְמַעַן לֹא אֶחֱטָא לָךְ״.

Zeiri a dit que Rabbi Hanina a dit : il est appelé pécheur. Car il est dit : Dans mon cœur j'ai caché Ta parole, afin que je ne faute pas envers Toi.

📜 Rachi (1)
צָפַנְתִּי אִמְרָתֶךָ כָּנַסְתִּי דְּבָרַי מִלְּהוֹרוֹת בְּמָקוֹם שֶׁאֱהֵא חוֹטֵא עֲלֵיהֶן:
J'ai rentré mes paroles, pour ne pas rendre de décision dans un lieu où je serais pécheur à cause d'elles.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נִקְרָא 'חוֹטֵא'. קָשֶׁה פְּשִׁיטָא כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִיסּוּרָא וְחִיּוּב מִיתָה? וְנִרְאֶה לִי רְצוֹנוֹ לוֹמַר נִקְרָא 'חוֹטֵא' לְמָקוֹם אַף עַל פִּי שֶׁדְּבָרִים אֵלּוּ מִפְּנֵי הַכָּבוֹד שֶׁל רַבּוֹ הֵם שֶׁהֵם בִּכְלַל בֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ.
Il est appelé pécheur. Difficulté : c'est évident, puisqu'il y a un interdit et une peine de mort. Il me semble : il veut dire qu'il est appelé pécheur envers le Lieu, bien que ces choses viennent de l'honneur de son maître, et qu'elles entrent dans le domaine de l'homme envers son prochain.
💡 Explication

Zeiri, au nom de Rabbi Hanina : on l'appelle pécheur. Le verset (Tehilim 119, 11) : cacher la parole dans le cœur, pour ne pas fauter. Rachi : rentrer ses paroles, et ne pas trancher là où trancher serait une faute.

22
רַב הַמְנוּנָא רָמֵי: כְּתִיב ״בְּלִבִּי צָפַנְתִּי אִמְרָתֶךָ״, וּכְתִיב ״בִּשַּׂרְתִּי צֶדֶק בְּקָהָל רָב״! לָא קַשְׁיָא: כָּאן — בִּזְמַן שֶׁעִירָא הַיָּאִירִי קַיָּים, כָּאן — בִּזְמַן שֶׁאֵין עִירָא הַיָּאִירִי קַיָּים.

Rav Hamnouna oppose : il est écrit Dans mon cœur j'ai caché Ta parole, et il est écrit J'ai annoncé la justice dans une grande assemblée ! Il n'y a pas de difficulté.

Ici, au temps où Ira ha-Yaïri était en vie. Là, au temps où Ira ha-Yaïri n'était plus en vie.

📜 Rachi (2)
צֶדֶק דִבְרֵי תוֹרָה:
Paroles de Torah.
עִירָא הַיָּאִירִי רַבּוֹ הֲוָה כְּדִכְתִיב הָיָה כֹּהֵן לְדָוִד רַב לְדָוִד:
Il était son maître, comme il est écrit : il était kohen pour David, c'est-à-dire maître pour David.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לָא קַשְׁיָא, כָּאן בִּזְמַן שֶׁעִירָא הַיָּאִירִי קַיָּם, כָּאן בִּזְמַן שֶׁאֵין עִירָא הַיָּאִירִי קַיָּם. מַקְשִׁים כֵּיוָן דִּלְדַעַת רֹוב הַפּוֹסְקִים סְבִירָא לֵיהּ דְּאִם נָתַן לוֹ רַבּוֹ רְשׁוּת מֻותָּר לְהוֹרוֹת, אַמַּאי עִירָא הַיָּאִרִי לֹא נָתַן רְשׁוּת לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיָה גְּדוֹל הַדּוֹר וּמְכַוֵּין לַהֲלָכָה תָּמִיד כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (סַנְהֶדְרִין צג:) וָהּ' עִמּוֹ (שְׁמוּאֵל א' טז, יח), שֶׁהֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּכָל מָקוֹם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְעוֹלָם נָתַן לוֹ רְשׁוּת, אַךְ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לֹא סָמַךְ עַל נְתִינַת הָרְשׁוּת מִפְּנֵי שֶׁהוּא הָיָה מֶלֶךְ, דְּאֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁנָּתַן רְשׁוּת מִפְּנֵי אֵימַת מַלְכוּת וַחֲשִׁיב זֶה כְּמוֹ אֹונֶס, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ אִם מֶלֶךְ בָּא עַל אֵשֶׁת אִישׁ אֵינָהּ נֶאֱסֶרֶת עַל בַּעְלָהּ דְּנֶחְשֶׁבֶת כַּאֲנוּסָה מִפְּנֵי אֵימַת מַלְכוּת. וְדַע דְּמַה שֶׁכָּתוּב בְּפֶרֶק קַמָּא דִּבְרָכוֹת (בְּרָכוֹת ד.) עַל הַפָּסוּק (תְּהִלִּים פו, ב) כִּי חָסִיד אֲנִי, שֶׁהָיָה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה מוֹרֶה הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה, מֻוכְרָח לוֹמַר שֶׁזֶּה הָיָה אַחַר פְּטִירַת עִירָא הַיָּאִרִי.
Il n'y a pas de difficulté : ici, au temps où Ira ha-Yaïri était en vie ; là, au temps où Ira ha-Yaïri n'était plus en vie. On objecte : selon l'avis de la plupart des décisionnaires, si son maître lui a donné permission, il est permis de rendre une décision. Pourquoi Ira ha-Yaïri n'a-t-il pas donné permission au roi David, que la paix soit sur lui, qui était le grand de la génération et qui visait toujours la halakha, comme ils l'ont dit (Sanhedrin 93b) sur et Hachem était avec lui (Chmouel I 16, 18) : la halakha est comme lui en tout lieu ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : en realite, il lui a donné permission. Mais le roi David, que la paix soit sur lui, ne s'est pas appuye sur cette permission, parce qu'il était roi. On peut dire que la permission a été donnée par crainte de la royauté, et cela compte comme une contrainte (oness). Comme ils l'ont dit : si un roi a eu un rapport avec une femme mariée, elle n'est pas interdite à son mari, car elle compte comme contrainte, à cause de la crainte de la royauté. Sache que ce qui est écrit au premier chapitre de Berakhot (Berakhot 4a) sur le verset (Tehilim 86, 2) car je suis un hassid, à savoir que le roi David, que la paix soit sur lui, rendait une décision pour la pratique, il faut dire que c'était après la mort d'Ira ha-Yaïri.
רַב הַמְנוּנָא רָמֵי, כְּתִיב: (תְּהִלִּים קיט, יא) "בְּלִבִּי צָפַנְתִּי אִמְרָתֶךָ", וּכְתִיב: (תְּהִלִּים מ, י) "בִּשַּׂרְתִּי צֶדֶק בְּקָהָל רָב". קָשֶׁה, פָּסוּק בִּשַּׂרְתִּי קָדִים וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּרֵישָׁא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַמַּקְשָׁן הוּא עַצְמוֹ הַתָּרְצָן, שֶׁבָּא לְאוֹקֵים קְרָא שֶׁל בְּלִבִּי צָפַנְתִּי מְדַבֵּר בַּזְּמַן הָרִאשׁוֹן שֶׁהָיָה עִירָא הַיָּאִרִי קַייָּם, וּפָסוּק בִּשַּׂרְתִּי צֶדֶק מְדַבֵּר בַּזְּמַן הָאַחֲרוֹן אַחַר שֶׁנִּפְטַר עִירָא הַיָּאִרִי, לְהָכִי נַקְטִינְהוּ בְּסֵדֶר הַזְּמַן דְּמוֹקֵים לְהוּ בַּמַּסְּקָנָא.
Rav Hamnouna oppose. Il est écrit (Tehilim 119, 11) : Dans mon cœur j'ai caché Ta parole, et il est écrit (Tehilim 40, 10) : J'ai annoncé la justice dans une grande assemblée. Difficulté : le verset J'ai annoncé est antérieur, et il aurait fallu le dire en premier. Il me semble, avec l'aide du Ciel : celui qui objecte est lui-même celui qui résout. Il vient établir que le verset Dans mon cœur j'ai caché parle du premier temps, ou Ira ha-Yaïri était en vie, et que le verset J'ai annoncé la justice parle du dernier temps, après la mort d'Ira ha-Yaïri. C'est pourquoi il les a pris dans l'ordre du temps, selon l'établissement qu'il en fait dans la conclusion.
💡 Explication

Rav Hamnouna met deux versets de David face à face. L'un cache la parole. L'autre l'annonce dans une grande assemblée.

Résolution : tant que Ira ha-Yaïri, son maître, est en vie, David se tait. Après sa mort, David parle. Rachi lit tsedek comme les paroles de Torah, et kohen le-David comme maître de David.

🖼️ Schéma
David se tait, puis il parle Rav Hamnouna accorde les deux versets Ira ha-Yaïri en vie Dans mon cœur j'ai caché Ta parole Ira ha-Yaïri n'est plus J'ai annoncé la justice dans une grande assemblée Rachi : Ira était le maître de David. Tsedek désigne les paroles de Torah.
Du vivant d'Ira, David cache la parole. Après lui, il l'annonce en assemblée.
23
אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא: כָּל הַנּוֹתֵן מַתְּנוֹתָיו לְכֹהֵן אֶחָד, מֵבִיא רָעָב לְעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר ״עִירָא הַיָּאִירִי הָיָה כֹהֵן לְדָוִד״. לְדָוִד הוּא דַּהֲוָה כֹּהֵן, לְכֻולֵּי עָלְמָא לָא?! אֶלָּא שֶׁהָיָה מְשַׁגֵּר לוֹ מַתְּנוֹתָיו, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וַיְהִי רָעָב בִּימֵי דָוִד״.

Rabbi Abba bar Zavda a dit : quiconque donne ses dons à un seul kohen amène la famine dans le monde. Car il est dit : Ira ha-Yaïri était kohen pour David.

Était-il kohen pour David, et pour tout le monde il ne l'était pas ? C'est qu'il lui envoyait ses dons.

Et il est écrit ensuite : Il y eut une famine aux jours de David.

🗂️ Tossefot (2)
כָּל הַנּוֹתֵן מַתְּנוֹתָיו לְכֹהֵן אֶחָד כו' הָא דְּקָרֵי לֵיהּ עִירָא הַיָּאִירִי אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה כֹּהֵן שֶׁמָּא אָבִיו מֵאַהֲרֹן וְאִמּוֹ מִמְּנַשֶּׁה כִּדְאָמַר בִּמְגִילָּה (דַּף יב:) אָבִיו מִבִּנְיָמִין וְאִמּוֹ מִיהוּדָה וּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא כֹּהֵן לְדָוִד לָאו כֹּהֵן מַמָּשׁ הוּא אֶלָּא שַׂר כְּמוֹ דְּאָמַר וּבְנֵי דָוִד כֹּהֲנִים הָיוּ (שְׁמוּאֵל ב ח׳:י״ח):
Ce qu'on l'appelle Ira ha-Yaïri, bien qu'il fût kohen : peut-être son père était d'Aharon et sa mère de Menache, comme on le dit dans Meguila (12b), son père de Binyamin et sa mère de Yehouda. Et le sens simple du verset kohen pour David ne vise pas un kohen au sens propre. Il vise un officier, comme on le dit : les fils de David étaient kohanim (Chmouel II 8, 18).
מֵבִיא רָעָב לְעוֹלָם וְאַף עַל גַּב דִּכְתִיב עַל שָׁאוּל וְעַל בֵּית הַדָּמִים הָא וְהָא גָּרַם וְסִמּוּכִין קָדָרֵשׁ:
Bien qu'il soit écrit : à cause de Chaoul et de la maison du sang, l'un et l'autre ont causé. Et il a exposé par des versets voisins (semoukhim).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְשַׁגֵּר מַתְּנוֹתָיו לְכֹהֵן אֶחָד, מֵבִיא רָעָב לְעוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּעַל יְדֵי תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת שֶׁנּוֹתְנִים יִשְׂרָאֵל תְּהֵא בְּרָכָה לְעוֹלָם, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מַלְאָכִי ג, י) הָבִיאוּ אֶת כָּל הַמַּעֲשֵׂר וְכוּ' וַהֲרִיקֹתִי לָכֶם בְּרָכָה עַד בְּלִי דָי, וְיָדוּעַ דְּכָל מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה מְסֻוגָּלִים לְדָבָר זֶה שֶׁל הַבְּרָכָה וּכְרִבּוּי הָעוֹשִׂים תִּתְרַבֶּה הַבְּרָכָה. וְלָכֵן זֶה הַנּוֹתֵן מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה לְכֹהֵן אֶחָד נִמְצָא אֵינוֹ עוֹשֶׂה מִצְוָה שְׁלֵימָה לִכְבוֹד שְׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁצִּוָּהוּ עַל כָּךְ, אֶלָּא מְצֹורָף בָּזֶה אַהֲבָתוֹ לְהַמְקַבֵּל, וְכֵיוָן דְּנֶחְסְרָה שְׁלֵימוֹת הַמִּצְוָה נֶחְסְרָה הַבְּרָכָה, לְכָךְ מֵבִיא רָעָב כִּי חֶסְרוֹן הַבְּרָכָה בְּצַד מַה קוֹרְאוֹ 'רָעָב' וְאָדָם גָּדוֹל כְּדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה נִמְשָׁךְ עַל יְדֵי מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה שֶׁעוֹשֶׂה שֶׁפַע רַב שֶׁל בְּרָכָה כְּפִי עֶרְכּוֹ, וְכֵיוָן שֶׁהָיָה נוֹתֵן לְכֹהֵן אֶחָד אָז נַעֲשֶׂה חִסָּרוֹן גָּדוֹל בְּשֶׁפַע הַבְּרָכָה וְהוּא חִסָּרוֹן הַנִּיכָּר לְכָךְ הִגִּיעַ הַחִסָּרוֹן לְמַדְרֵגַת רָעָב, וְגַם מִשּׁוּם שֶׁלֹּא הַגִּינָּה הַמִּצְוָה שֶׁלּוֹ לִדְחוֹת הָרָעָב מֵחֲמַת חֶסְרוֹן שְׁלִימוּתֵהּ עַל פִּי שֶׁבֵּיאַרְנוּ לְכָךְ נֶחְשָׁב כְּאִלּוּ בָּא הָרָעָב בִּשְׁבִיל זֶה. אוֹ יוּבָן בס"ד הַטַּעַם שֶׁמֵּבִיא רָעָב לְעוֹלָם עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, דְּהָרָעָב בָּא עַל יְדֵי חִיבּוּר שֵׁם הֲוָיָ"ה דיודי"ן שֶׁהוּא ע"ב עִם שֵׁם אֱלֹקִים בְּרִבּוּעַ שֶׁהוּא ר' [200] , כָּזֶה א ' א " ל אֶל " ה אֵלֶּה " י אֱ-לֹהַי " ם סַךְ הַכֹּל ר', אַךְ הַשֶּׁבַע יָבֹא עַל יְדֵי חִיבּוּר שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁל מִלּוּי ע"ב עִם שֵׁם אֱלֹקִים בְּמִלּוּי יודי"ן שֶׁעוֹלֶה ש' וְיִהְיֶה צֵירוּף שֶׁבַע. וְלָכֵן זֶה שֶׁנּוֹתֵן מַתְּנוֹת כְּהֻנָּה לְכֹהֵן אֶחָד דְּנִמְצָא הוּא כּוֹפֵל הַמַּתָּנָה לַכֹּהֵן זֶה פַּעַם וּשְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ וְאַרְבַּע וְחָמֵשׁ, לְכָךְ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה יִצְטָרֵף שֵׁם ע " ב עִם שֵׁם אֱלֹקִים הַכָּפוּל וּמְשֻׁולָּשׁ וּמְרֻובָּע וּמֵחֻומָּשׁ שֶׁאָז עוֹלֶה ר ' וְיִהְיֶה בָּזֶה צֵירוּף רָעָב , מַה שֶׁאֵין כֵּן מִי שֶׁנּוֹתֵן הַמַּתָּנוֹת לְהַרְבֵּה כֹּהֲנִים פַּעַם לָזֶה וּפַעַם לָזֶה, שֶׁאֵינוֹ כּוֹפֵל וּמְשַׁלֵּשׁ וּמְרַבֵּעַ בְּמָקוֹם אֶחָד, זוֹכֶה לְהָבִיא שֶׁפַע שֶׁבַע עַל יְדֵי מִצְוָתוֹ שֶׁיִּתְחַבֵּר ע " ב עִם אלקי"ם דְּמִלּוּי שֶׁ '.
Quiconque envoie ses dons à un seul kohen amène la famine dans le monde. Il me semble, avec l'aide du Ciel, la raison : par les teroumot et les maasserot qu'Israël donne, il y a une bénédiction pour le monde, comme il est dit (Malakhi 3, 10) : apportez toute la dîme, etc., et Je répandrai pour vous une bénédiction jusqu'à plus de suffisance. On sait que tous les dons de la kehouna sont propres à cette bénédiction, et que plus les destinataires sont nombreux, plus la bénédiction augmente. C'est pourquoi celui qui donne les dons de la kehouna à un seul kohen ne fait pas une mitsva entière pour l'honneur de Son Nom, béni soit-Il, qui le lui a ordonné. S'y joint son affection pour celui qui reçoit. Puisque la plénitude de la mitsva est diminuée, la bénédiction est diminuée. C'est pourquoi il amène la famine : un manque de bénédiction, d'un certain côté, on l'appelle famine. Un homme grand comme le roi David, que la paix soit sur lui, par les dons de la kehouna qu'il fait, attire un large flux de bénédiction à la mesure de son rang. Puisqu'il donnait à un seul kohen, il s'est fait un grand manque dans le flux de bénédiction, un manque visible. Le manque a donc atteint le degré de la famine. Et parce que sa mitsva ne l'a pas protégé pour repousser la famine, à cause du manque de sa plénitude, selon ce que nous avons expliqué, on compte que la famine est venue à cause de cela. Ou bien l'on comprend, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle il amène la famine dans le monde, d'après ce qu'a dit notre maître l'Ari zal. La famine vient par la jonction du Nom de ה', en miloui de youdin, qui vaut 72 (ayin-bet), avec le nom אֱ-לֹהִים au carré, qui vaut 200 (rech). Le compte se fait forme après forme, d'une lettre jusqu'à cinq, et le total est 200. La satiété vient par la jonction du Nom de ה', miloui de 72, avec le nom אֱ-לֹהִים en miloui de youdin, qui monte à 300 (chin) : la jonction fait cheva (satiété). C'est pourquoi celui qui donne les dons de la kehouna à un seul kohen double le don pour ce kohen, une fois, deux fois, trois, quatre et cinq. Mesure pour mesure, le nom de 72 se joint au nom אֱ-לֹהִים double, triple, au carré et quintuplé, qui monte alors à 200, et la jonction fait raav (famine). Celui qui donne les dons à plusieurs kohanim, une fois à l'un et une fois à l'autre, sans doubler, tripler ni mettre au carré en un seul lieu, mérite d'amener un flux de satiété par sa mitsva : le 72 se joint au nom אֱ-לֹהִים du miloui de 300.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר ר' אַבָּא בַּר כָּהֲנָא כָּל הַמְשַׁגֵּר מַתְּנוֹתָיו לְכֹהֵן אֶחָד מֵבִיא רָעָב לְעוֹלָם שֶׁנֶּאֱמַר שְׁמוּאֵל ב כ וְעִירָא הַיָּאִירִי הָיָה כֹהֵן לְדָוִד וְכִי לְדָוִד הָיָה כֹּהֵן לכ"ע לֹא הָיָה כֹּהֵן אֶלָּא שֶׁהָיָה מְשַׁגֵּר לוֹ כָּל מַתְּנוֹתָיו וּכְתִיב וַיְהִי רָעָב בִּימֵי דָוִד:
Rabbi Abba bar Kahana a dit : quiconque envoie ses dons à un seul kohen amène la famine dans le monde. Car il est dit (Chmouel II 20) : et Ira ha-Yaïri était kohen pour David. Était-il kohen pour David ? Pour tout le monde, ne l'était-il pas ? C'est qu'il lui envoyait tous ses dons. Et il est écrit : il y eut une famine aux jours de David.
💡 Explication

Enseignement voisin, à partir d'Ira. Rabbi Abba bar Zavda : donner ses dons à un seul kohen amène la famine. Le verset kohen pour David veut dire que David lui envoyait ses dons. Le verset suivant dit la famine aux jours de David.

Tossefot : le sens simple de kohen le-David est un officier, comme les fils de David appelés kohanim. Le nom Yaïri peut se lire d'un père d'Aharon et d'une mère de Menache. La famine du verset est aussi rattachée à Chaoul et à la maison du sang : les deux causes tiennent, par lecture de versets voisins.

Le Roch attribue la même halakha à Rabbi Abba bar Kahana, et il dit : tous ses dons.

🖼️ Schéma
Un seul kohen, et la famine Semoukhim : le verset d'Ira, puis la famine Dons à un seul kohen Rabbi Abba bar Zavda > Kohen pour David Chmouel II 20, 26 > Famine Chmouel II 21, 1 Tossefot : Chaoul et la maison du sang ont aussi causé. Les deux versets voisins sont lus ensemble.
Ira, kohen pour David : David lui envoyait ses dons. Le verset suivant dit la famine.
24
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מוֹרִידִין אוֹתוֹ מִגְּדֻולָּתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן אֶל אַנְשֵׁי הַצָּבָא וְגוֹ׳״. אַף עַל גַּב דַּאֲמַר לְהוּ: לַאֲחִי אַבָּא צִוָּה, וְאוֹתִי לֹא צִוָּה — אֲפִילּוּ הָכֵי, אֵיעָנֵשׁ.

Rabbi Eliezer dit : on le fait descendre de sa grandeur. Car il est dit : Elazar le kohen dit aux hommes de l'armée, etc.

Bien qu'il leur ait dit : c'est au frère de mon père qu'Il a ordonné, et à moi Il n'a pas ordonné, même ainsi, il a été puni.

📜 Rachi (3)
מוֹרִידִין אוֹתוֹ מִגְּדֻולָּתוֹ לְעֵיל קָאֵי אַדִּזְעֵירִי בְּמוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבּוֹ:
Cela se rattache à ce qui précède, à Zeiri, au sujet de celui qui rend une décision devant son maître.
אֶת אֲחִי אַבָּא צִוָּה דְּחָלַק כָּבוֹד לְמֹשֶׁה דִּכְתִיב אֲשֶׁר צִוָּה ה' אֶת מֹשֶׁה וְהוֹרָה הִלְכוֹת גִּיעוּל אַךְ אֶת הַזָּהָב:
Il a rendu honneur à Moché, car il est écrit que Hachem a ordonné à Moché. Et il a enseigné les halakhot de guioul (purge des ustensiles), le passage de seulement l'or.
אֵיעָנֵשׁ לֵירֵד מִגְּדוֹלָה שֶׁפָּסְקוּ לוֹ מִקַּמֵּי הָכִי:
Pour descendre d'une grandeur qu'on lui avait attribuée auparavant.
💡 Explication

Rabbi Eliezer : on le fait descendre de sa grandeur. Elazar enseigne aux hommes de l'armée les lois de guioul, la purge des ustensiles de Midian. Il dit que l'ordre a été donné à Moché, frère de son père, et non à lui. Il a donc partagé l'honneur. Il est puni quand même.

25
דִּכְתִיב: ״וְלִפְנֵי אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן יַעֲמֹד״, וְלָא אַשְׁכְּחַן דְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ יְהוֹשֻׁעַ.

Car il est écrit : Et devant Elazar le kohen il se tiendra. Et nous ne trouvons pas que Yehochoua ait eu besoin de lui.

📜 Rachi (2)
דִּכְתִיב וְלִפְנֵי אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן יַעֲמֹוד וְשָׁאַל לוֹ שֶׁהָיָה עָתִיד יְהוֹשֻׁעַ לִהְיוֹת צָרִיךְ לִישָּׁאֵל דְּבַר הֲלָכָה מֵאֶלְעָזָר:
Yehochoua devait avoir besoin d'interroger Elazar sur une chose de halakha.
וְלָא אַשְׁכְּחַן לְאַחַר מִיתַת מֹשֶׁה דְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ יְהוֹשֻׁעַ לְאֶלְעָזָר לִשְׁאוֹל כְּלוּם:
Après la mort de Moché, que Yehochoua ait eu besoin d'Elazar pour lui demander quoi que ce soit.
💡 Explication

La grandeur promise : Yehochoua se tiendra devant Elazar et l'interrogera par les Ourim. Après la mort de Moché, l'Écriture ne montre pas que Yehochoua ait eu besoin de lui. La place annoncée ne s'est pas réalisée. C'est la descente.

26
אָמַר רַבִּי לֵוִי: כָּל דְּמוֹתֵיב מִלָּה קַמֵּיהּ רַבֵּיהּ — אָזֵיל לִשְׁאוֹל בְּלֹא וָלָד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּעַן יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן מְשָׁרֵת מֹשֶׁה מִבְּחֻורָיו וַיֹּאמַר אֲדֹונִי מֹשֶׁה כְּלָאֵם״.

Rabbi Levi a dit : quiconque répond une parole devant son maître s'en va au Sheol sans enfant. Car il est dit : Yehochoua bin Noun, serviteur de Moché depuis sa jeunesse, répondit et dit : mon seigneur Moché, enferme-les.

📜 Rachi (3)
מוֹתֵיב מֵשִׁיב דָּבָר מוֹרֵה הֲלָכָה:
Il répond une chose, il rend une décision.
לִשְׁאוֹל לְמִיתָה:
A la mort.
כְּלָאֵם רְאוּיִים הֵם לְכָךְ דְּהָוֵי לֵיהּ כְּמוֹרֶה הֲלָכָה:
Ils méritent cela. C'est comme rendre une décision.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל דְּמוֹתֵיב מִלָּה קַמֵּיהּ רַבֵּיהּ, אָזֵיל לִשְׁאוֹל בְּלֹא וָלָד. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם הוּא זִלְזֵל בִּכְבוֹד רַבּוֹ לְכָךְ לֹא יִהְיֶה לוֹ בֵּן שֶׁיְּכַבְּדֵהוּ, כִּי הַתַּלְמִיד נֶחְשָׁב בֵּן לְרַבּוֹ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין יט:) כָּל הַמְלַמֵּד בֶּן חֲבֵירוֹ תּוֹרָה כְּאִלּוּ יָלְדוּ, וְכֵן אָמַר יְשַׁעְיָה הַנָּבִיא ע"ה (יְשַׁעְיָהוּ ה, יח) הִנֵּה אָנֹכִי וְהַיְלָדִים אֲשֶׁר נָתַן לִי ה', וְהַייְנוּ רְצוֹנוֹ לוֹמַר תַּלְמִידִים. אוֹ יוּבָן בס"ד הַכַּוָּנָה דְּלָא יִהְיֶה לוֹ בֵּן זָכָר אֲבָל בַּת יִהְיֶה לוֹ דְּהָא יְהוֹשֻׁעַ הָיָה לוֹ בָּנוֹת, וְלָכֵן דִּקְדֵּק בַּעַל הַמַּאֲמָר לִמְנַקַּט הָכִי אָזֵיל לִשְׁאוֹל בְּלֹא וָלָד, וְהַדֶּרֶךְ הַזָּכָר מוֹלִיךְ אֶת הָאָב לְקֶבֶר וְלֹא הַבַּת, וְהָוֵי מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, הוּא זִלְזֵל בִּכְבוֹד תּוֹרָה לְכָךְ לֹא יִהְיֶה לוֹ בֵּן זָכָר שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה, אֶלָּא בַּת שֶׁאֵין לָהּ מִצְוַת תַּלְמוּד תּוֹרָה.
Quiconque répond une parole devant son maître s'en va au Sheol sans enfant. Il me semble, avec l'aide du Ciel, la raison : il a méprisé l'honneur de son maître, c'est pourquoi il n'aura pas de fils qui l'honore. Car le disciple compte comme un fils pour son maître, comme nos maîtres zal l'ont dit (Sanhedrin 19b) : quiconque enseigne la Torah au fils de son prochain, c'est comme s'il l'avait engendré. De même le prophète Yechayahou, que la paix soit sur lui, a dit (Yechayahou 5, 18) : Me voici, moi et les enfants que Hachem m'a donnés. Il veut dire : les disciples. Ou bien l'on comprend, avec l'aide du Ciel : il n'aura pas de fils, et il aura une fille. Yehochoua a eu des filles. C'est pourquoi l'auteur de la parole a pris soin de dire : il s'en va au Sheol sans enfant. L'usage est que le fils conduise le père à la tombe. Mesure pour mesure : il a méprisé l'honneur de la Torah, c'est pourquoi il n'aura pas de fils, qui est dans l'occupation de la Torah, et il aura une fille, qui n'a pas la mitsva d'étude de la Torah.
💡 Explication

Rabbi Levi : répondre un mot devant son maître, c'est aller au Sheol sans enfant. Rachi glose Sheol par la mort, et le mot répondu par une horaa.

Le verset (Bamidbar 11, 28) : Yehochoua, serviteur de Moché depuis sa jeunesse, dit mon seigneur Moché, enferme-les, au sujet d'Eldad et Medad. Parler à la place du maître, même pour demander qu'on les fasse taire, compte comme une décision.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).