Megillah 2a — les cinq jours de lecture de la Meguila et leur source

Megillah 2a

Sougya : Ce premier folio du traité ouvre sur la Michna qui autorise la lecture de la Meguila sur cinq jours, du 11 au 15 Adar, selon le statut du lieu : villes fortifiées depuis Yehochoua bin Noun, grandes bourgades, villages. La Guemara demande d'où viennent le 11, le 12 et le 13, que le livre d'Esther ne mentionne pas.

Une première réponse invoque l'allègement accordé aux villages, mais la règle interdisant à un tribunal d'annuler l'œuvre d'un tribunal plus grand oblige à rattacher ces jours aux hommes de la Grande Assemblée, donc à chercher une allusion scripturaire : Rav Chemen bar Abba la tire de bi-zmanéihèm, Rabbi Chmouel bar Nahmani de ki-yamim. Le folio se poursuit par deux versions de Rabbi Yo'hanan sur l'étendue du désaccord entre Rabbi Akiva et les Sages, arbitrées par une baraita de Rabbi Yehouda.

Le fil du folio : d'où viennent le 11, le 12 et le 13 Adar ? La Meguila est écrite pour le 14 et le 15. La Michna en autorise cinq jours. Il faut une source. Mouvement 1 (seg. 0-3) -- Michna : cinq jours possibles Villes fortifiées depuis Yehochoua : le 15. Bourgades et villages : le 14. Les villages peuvent avancer au yom ha-kenissa (lundi ou jeudi) : d'où 11, 12 ou 13. Le tableau des sept cas (schéma suivant) épuise toutes les configurations. Mouvement 2 (seg. 4-6) -- pourquoi la question se pose vraiment Première lecture : les Sages ont simplement allégé pour les villages. Pas besoin de verset. Objection : un tribunal ne peut annuler l'œuvre d'un tribunal plus grand (Edouyot 1:5). Donc les cinq jours viennent déjà des Anche Knesset ha-Guedola. Où est l'allusion scripturaire ? La question devient : heikha remiza -- où le texte d'Esther laisse-t-il place à ces jours ? Mouvement 3 (seg. 7-16) -- deux derachot concurrentes Rav Chemen bar Abba / R. Yo'hanan : bi-zmanéihèm (Esther 9,31) -- pluriel de pluriel = jours en plus. Filtrage : pas un nombre illimité (zmanéihèm calqué sur zmanam = deux), pas 16-17 (ve-lo yaavor). R. Chmouel bar Nahmani : ki-yamim (Esther 9,22) ajoute deux jours -- le 11 et le 12. Le 13 n'a besoin d'aucune inclusion : zman kehila la-kol, jour du rassemblement. Chacun explique pourquoi il refuse la derasha de l'autre (seg. 15-16). Mouvement 4 (seg. 17-23) -- la Michna est-elle l'avis de tous ? R. Yo'hanan (1re version) : la Michna suit R. Akiva ; les Sages n'admettent que le jour fixé. Baraita de R. Yehouda : l'avance vaut quand les années sont réglées et Israël sur sa terre. Cette baraita réfute la première version : tiyouvta de-Rabbi Yo'hanan tiyouvta. 2e version (ika de-amri) : les Sages limitent l'avance à bi-zman ha-ze -- la baraita la confirme. Rav Achi ouvre alors une contradiction interne à R. Yehouda -- la suite est en 2b.
Le mouvement d'ensemble du folio, de la Michna à la contradiction de Rav Achi.
Les sept cas de la Michna : qui lit quel jour ? Yom ha-kenissa = le lundi ou le jeudi qui précède le 14 Adar. Les jours 11, 12, 13 en sortent. Le 14 Adar tombe Villages (kefarim) Bourgades (ayarot) Villes fortifiées lundi 14 (le jour même) 14 15 mardi 13 (lundi) 14 15 mercredi 12 (lundi) 14 15 jeudi 14 (le jour même) 14 15 vendredi (erev Chabbat) 13 (jeudi) 14 14 (pas 15) Chabbat 12 (jeudi) 12 (jeudi) 15 (dimanche) dimanche 11 (jeudi) 14 15 Ce que le tableau montre Le 11 apparaît dans un seul cas : le 14 tombe dimanche, le jeudi précédent est donc le 11. Le 12 apparaît quand le 14 tombe mercredi ou Chabbat. Le 13, quand il tombe mardi ou vendredi. Aucune lecture le Chabbat : décret contre le transport de la Meguila. Aucune après le 15 : ve-lo yaavor.
Les sept configurations de la Michna et l'origine concrète des jours 11, 12 et 13.
R. Akiva et les Sages : deux versions de R. Yo'hanan Jusqu'où porte le désaccord sur la lecture avancée ? 1re version (seg. 17) R. Akiva : déroche zman / zmanam / zmanéihèm -> l'avance au yom ha-kenissa est permise. Sages : on ne lit qu'en son temps (bi-zmana), en aucune époque il n'y a d'avance. Réfute par la baraita de R. Yehouda tiyouvta de-Rabbi Yo'hanan tiyouvta (seg. 20). 2e version, ika de-amri (seg. 21) R. Akiva : la Michna anonyme est de lui. Les Sages dérochent aussi les trois termes. Sages : à notre époque seulement, puisqu'on se règle sur la lecture, on ne lit qu'au 14 / 15. Confirme par la même baraita tanya nami hakhi (seg. 22). La baraita qui arbitre (R. Yehouda, seg. 18) Quand les années sont intercalées par le tribunal et Israël réside sur sa terre : on peut avancer. À notre époque : on ne lit qu'en son temps, car les gens comptent Pessa'h depuis la lecture. Nafka mina 1re version : le désaccord porte sur le principe même de l'avance, en toute époque. 2e version : le désaccord porte seulement sur la période d'après la destruction.
Les deux versions de R. Yohanan et le rôle d'arbitre de la baraita de R. Yehouda.
1
מְגִילָּה נִקְרֵאת בְּאַחַד עָשָׂר, בִּשְׁנַיִם עָשָׂר, בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר, בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר, בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר. לֹא פָּחוֹת, וְלֹא יוֹתֵר. כְּרַכִּין הַמֻּוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן — קוֹרִין בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר, כְּפָרִים וַעֲייָרוֹת גְּדוֹלוֹת — קוֹרִין בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר, אֶלָּא שֶׁהַכְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה.

MICHNA. La Meguila est lue le onze, le douze, le treize, le quatorze, le quinze [d'Adar] : pas moins, pas plus.

Les villes fortifiées (kerakim) entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun lisent le quinze ; les villages (kefarim) et les grandes bourgades (ayarot guedolot) lisent le quatorze, sauf que les villages avancent [leur lecture] au jour de rassemblement (yom ha-kenissa).

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' מְגִילָּה נִקְרֵאת בי"א וְכוּ' פְּעָמִים בָּזֶה וּפְעָמִים בָּזֶה וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Parfois en tel jour, parfois en tel autre ; plus loin [la Michna] l'explique en détail.
לֹא פָּחוֹת וְלֹא יוֹתֵר לֹא פָּחוֹת מי"א וְלֹא יוֹתֵר מט"ו:
Pas moins que le onze, et pas plus que le quinze.
מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בַּגְּמ' מְפָרֵשׁ לָהּ:
La Guemara l'explique.
אֶלָּא שֶׁהַכְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה כְּלוֹמַר מֵאַחַר שֶׁהַמֻּוקָּפִין קוֹרִין בט"ו וְשֶׁאֵין מֻוקָּפִין קוֹרִין בי"ד הֲרֵי הַכֹּל בִּכְלָל תּוּ הֵיכִי מַשְׁכַּחַת י"א י"ב י"ג אֶלָּא שֶׁהַכְּפָרִים נָתְנוּ לָהֶן חֲכָמִים רְשׁוּת לְהַקְדִּים קְרִיאָתָהּ לְיוֹם הַכְּנִיסָה יוֹם שֵׁנִי בְּשַׁבָּת שֶׁלִּפְנֵי י"ד אוֹ חֲמִישִׁי בְּשַׁבָּת שֶׁהוּא יוֹם כְּנִיסָה שֶׁהַכְּפָרִים מִתְכַּנְּסִין לַעֲיָירוֹת לַמִּשְׁפָּט לְפִי שֶׁבָּתֵּי דִּינִין יוֹשְׁבִין בַּעֲייָרוֹת בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי כְּתַקָּנַת עֶזְרָא (בּ"ק דַּף פב.) וְהַכְּפָרִים אֵינָן בְּקִיאִין לִקְרוֹת וּצְרִיכִין שֶׁיִּקְרָאֶנָּה לָהֶם אֶחָד מִבְּנֵי הָעִיר וְלֹא הִטְרִיחוּם חֲכָמִים לְהִתְאַחֵר וְלָבֹא בְּיוֹם י"ד וּפְעָמִים שֶׁיּוֹם הַכְּנִיסָה בי"ג וּפְעָמִים שֶׁהוּא בי"א:
C'est-à-dire : puisque les [villes] entourées d'une muraille lisent le quinze et celles qui ne le sont pas lisent le quatorze, tout le monde est déjà compris [dans ces deux jours] ; des lors, comment trouver encore le onze, le douze, le treize ? Mais les Sages ont donné aux villages la permission d'avancer leur lecture au jour de rassemblement, le lundi qui précède le quatorze, ou le jeudi, qui est jour de rassemblement, car les villageois se rassemblent dans les bourgades pour le jugement, puisque les tribunaux siègent dans les bourgades le lundi et le jeudi, selon l'institution d'Ezra (Baba Kama 82a). Et les villageois ne savent pas lire [la Meguila] et il faut que l'un des gens de la ville la leur lise ; les Sages ne leur ont pas imposé la peine de s'attarder et de venir le quatorze. Et parfois le jour de rassemblement tombe le treize, parfois il tombe le onze.
💡 Explication

La Michna pose d'emblée une fourchette de cinq jours et deux régimes de base : le quinze pour les kerakim fortifiés depuis Yehochoua bin Noun, le quatorze pour tous les autres lieux. Les trois jours anticipés ne sortent de nulle part : ils naissent de la faculté accordée aux kefarim d'avancer leur lecture au yom ha-kenissa, le lundi ou le jeudi où le tribunal siège dans la bourgade et où les villageois y montent.

Le critère de fortification remonte volontairement à l'époque de Yehochoua, non à celle d'Assuérus ; la Guemara plus loin en donnera la raison. La formule pas moins, pas plus ferme la liste : aucune lecture avant le onze, aucune après le quinze.

🖼️ Schéma
Trois catégories de lieux, deux jours de base Kerakim villes fortifiées Entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun 15 Adar Ayarot guedolot grandes bourgades Non fortifiées, mais dotées d'un tribunal siégeant le lundi et le jeudi 14 Adar Kefarim villages Sans lecteur exercé : ils montent à la bourgade le jour de rassemblement 14 Adar où 11 / 12 / 13 La borne de la Michna Pas avant le 11, pas après le 15 : cinq jours, et aucun autre. Les trois jours anticipés ne concernent que les villages.
Les trois catégories de lieux et les jours qui leur reviennent.
2
כֵּיצַד: חָל לִהְיוֹת אַרְבָּעָה עָשָׂר בַּשֵּׁנִי — כְּפָרִים וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם, וּמֻוקָּפוֹת חוֹמָה לְמָחָר. חָל לִהְיוֹת בַּשְּׁלִישִׁי אוֹ בָּרְבִיעִי — כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה, וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם, וּמֻוקָּפוֹת חוֹמָה לְמָחָר.

Comment cela ? Si le quatorze tombe un lundi, les villages et les grandes bourgades lisent ce jour même, et les [villes] entourées d'une muraille le lendemain.

S'il tombe un mardi ou un mercredi, les villages avancent au jour de rassemblement, les grandes bourgades lisent ce jour même, et les [villes] entourées d'une muraille le lendemain.

💡 Explication

La Michna passe en revue les configurations du calendrier. Quand le quatorze est lui-même un lundi, il coïncide avec un yom ha-kenissa et les villages n'ont rien à avancer. Quand il tombe un mardi, le lundi précédent est le treize ; quand il tombe un mercredi, le lundi précédent est le douze. Ces deux cas produisent les jours 13 et 12 de la liste.

3
חָל לִהְיוֹת בַּחֲמִישִׁי — כְּפָרִים וַעֲייָרוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם, וּמֻוקָּפוֹת חוֹמָה לְמָחָר. חָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת — כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה, וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת וּמֻוקָּפוֹת חוֹמָה קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם.

S'il tombe un jeudi, les villages et les grandes bourgades lisent ce jour même, et les [villes] entourées d'une muraille le lendemain. S'il tombe la veille de Chabbat, les villages avancent au jour de rassemblement, et les grandes bourgades comme les [villes] entourées d'une muraille lisent ce jour même.

📜 Rachi (1)
חָל אַרְבָּעָה עָשָׂר לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת עֲיָירוֹת וּמֻוקָּפִין חוֹמָה קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם שֶׁאֵין קְרִיאַת הַמְּגִילָּה בַּשַּׁבָּת גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִטְּלֶנָּה בְּיָדוֹ וא"ת יְאַחֲרוּ הַמֻּוקָּפִין עַד אַחַר שַׁבָּת הֲוָה לֵיהּ ט"ז וְאָמַר קְרָא וְלֹא יַעֲבֹור:
Car il n'y a pas de lecture de la Meguila le Chabbat, par décret [des Sages], de peur qu'on ne la porte à la main [dans le domaine public]. Et si tu dis : que les [villes] entourées d'une muraille retardent jusqu'après le Chabbat — ce serait le seize, or le verset dit « et cela ne passera pas ».
💡 Explication

Le quatorze tombant un jeudi est lui-même jour de rassemblement : aucune avance. Le cas de la veille de Chabbat est le seul où les villes fortifiées perdent leur jour propre : leur quinze serait un Chabbat, où la lecture est interdite par décret, et le report au dimanche donnerait le seize, fermé par ve-lo yaavor. Elles lisent donc le quatorze avec les bourgades.

4
חָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — כְּפָרִים וַעֲייָרוֹת גְּדוֹלוֹת מַקְדִּימִין וְקוֹרִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה, וּמֻוקָּפוֹת חוֹמָה לְמָחָר. חָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת — כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה, וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם, וּמֻוקָּפוֹת חוֹמָה לְמָחָר.

S'il tombe un Chabbat, les villages et les grandes bourgades avancent et lisent au jour de rassemblement, et les [villes] entourées d'une muraille le lendemain. S'il tombe le lendemain de Chabbat, les villages avancent au jour de rassemblement, les grandes bourgades lisent ce jour même, et les [villes] entourées d'une muraille le lendemain.

📜 Rachi (1)
חָל לִהְיוֹת אַחַר שַׁבָּת כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה דַּהֲוָה לֵיהּ י"א וּטְפֵי לָא מַשְׁכַּחַת לָהּ יוֹם הַכְּנִיסָה שֶׁלִּפְנֵי פּוּרִים מֻוקְדָּם לוֹ דְּמִיּוֹם הַכְּנִיסָה לְיוֹם הַכְּנִיסָה לָא מַקְדְּמִינַן:
Ce qui fait le onze. Et l'on ne trouve pas plus tôt que cela : le jour de rassemblement qui précède Pourim est le plus avancé possible, car d'un jour de rassemblement à un [autre] jour de rassemblement, on n'avance pas.
💡 Explication

Le quatorze tombant un Chabbat, villages et bourgades reculent ensemble au jeudi, soit le douze ; les villes fortifiées lisent le dimanche quinze, qui reste leur jour normal. Le quatorze tombant un dimanche, le jeudi précédent est le onze : c'est l'unique configuration qui produit le premier jour de la liste, et donc la borne inférieure de la Michna.

5
גְּמָ׳ מְגִילָּה נִקְרֵאת בְּאַחַד עָשָׂר. מִנָּלַן? מִנָּלַן?! כִּדְבָעֵינַן לְמֵימַר לְקַמָּן: חֲכָמִים הֵקֵילּוּ עַל הַכְּפָרִים לִהְיוֹת מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה, כְּדֵי שֶׁיְּסַפְּקוּ מַיִם וּמָזוֹן לַאֲחֵיהֶם שֶׁבַּכְּרַכִּים.

GUEMARA. « La Meguila est lue le onze. » D'où le tenons-nous (menalan) ? — D'où le tenons-nous ?!

Comme nous allons le dire plus loin : les Sages ont allégé pour les villages, [leur permettant] d'avancer au jour de rassemblement, afin qu'ils fournissent eau et nourriture à leurs frères des villes.

📜 Rachi (2)
גְּמ' ה"ג מְנָלַן מְנָלַן כִּדְבָעֵינַן לְמֵימַר לְקַמַּן וְכוּ' וְהָכִי פֵּירוּשָׁא מִנָּלַן די"א וי"ב וי"ג חֲזוּ לְקַרְייֵהּ די"ד וט"ו הוּא דִּכְתִיב בִּקְרָא וְקָא מַהְדַּר גְּמָרָא מִנָּלַן בִּתְמִיהַּ הַאי לָאו חוֹבָה הִיא אֶלָּא חֲכָמִים הֵקֵילּוּ עֲלֵיהֶן כִּדְבָעֵינַן לְמֵימַר לְקַמָּן:
Voici l'explication : d'où tenons-nous que le onze, le douze et le treize sont propres à la lecture, alors que ce sont le quatorze et le quinze qui sont écrits dans le verset ? Et la Guemara répond « d'où le tenons-nous ? » avec étonnement : ceci n'est pas une obligation, mais les Sages ont allégé pour eux, comme nous allons le dire plus loin.
כְּדֵי שֶׁיְּסַפְּקוּ שֶׁיְּהוּ פִּנּוּייָן בְּיוֹם פּוּרִים לְהַסְפִּיק צָורְכֵי סְעוּדַת פּוּרִים לִבְנֵי הָעֲיָירוֹת:
Qu'ils soient libres le jour de Pourim pour fournir les besoins du repas de Pourim aux gens des bourgades.
⚖️ Rosh (1)
א מְגִילָּה נִקְרֵאת בְּאַחַד עָשָׂר בִּשְׁנֵים עָשָׂר בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר לֹא פָּחוֹת וְלֹא יוֹתֵר. כְּרַכִּין הַמֻּוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וַעֲייָרוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר. אֶלָּא שֶׁהַכְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה. כֵּיצַד חָל לִהְיוֹת בַּשֵּׁנִי כְּפָרִים וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם וּמֻוקָּפִין חוֹמָה לְמָחָר חָל לִהְיוֹת בַּשְּׁלִישִׁי אוֹ בָּרְבִיעִי כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם וּמֻוקָּפִין חוֹמָה לְמָחָר חָל לִהְיוֹת בַּחֲמִישִׁי כְּפָרִים וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם וּמֻוקָּפִין חוֹמָה לְמָחָר חָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת וּמֻוקָּפִין חוֹמָה קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם חָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת כְּפָרִים וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה וּמֻוקָּפִין חוֹמָה לְמָחָר חָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם וּמֻוקָּפִין חוֹמָה לְמָחָר:
1. La Meguila est lue le onze, le douze, le treize, le quatorze et le quinze : pas moins, pas plus. Les villes fortifiées entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun lisent le quinze, et les grandes bourgades lisent le quatorze, sauf que les villages avancent au jour de rassemblement. Comment cela ? S'il tombe un lundi, les villages et les grandes bourgades lisent ce jour même et les [villes] entourées d'une muraille le lendemain. S'il tombe un mardi ou un mercredi, les villages avancent au jour de rassemblement, les grandes bourgades lisent ce jour même et les [villes] entourées d'une muraille le lendemain. S'il tombe un jeudi, les villages et les grandes bourgades lisent ce jour même et les [villes] entourées d'une muraille le lendemain. S'il tombe la veille de Chabbat, les villages avancent au jour de rassemblement, et les grandes bourgades comme les [villes] entourées d'une muraille lisent ce jour même. S'il tombe un Chabbat, les villages et les grandes bourgades avancent au jour de rassemblement, et les [villes] entourées d'une muraille [lisent] le lendemain. S'il tombe le lendemain de Chabbat, les villages avancent au jour de rassemblement, les grandes bourgades lisent ce jour même et les [villes] entourées d'une muraille le lendemain.
💡 Explication

La Guemara pose la question menalan, puis se l'oppose à elle-même. Le onze ne procède d'aucune obligation scripturaire : c'est un allègement (kula) accordé aux villages, dont le motif est explicite plus loin dans le traité — ils doivent rester disponibles le jour de Pourim pour ravitailler les habitants des bourgades. Chercher un verset pour une simple facilité rabbinique paraît donc hors de propos.

L'étonnement est un procédé : il oblige à reformuler la question dans les termes exacts qui la rendent valide, ce que fait le segment suivant.

🖼️ Schéma
Le motif de l'allègement : le ravitaillement du jour de Pourim Le village Lecture avancée au jour de rassemblement (11, 12 ou 13 Adar) Le 14 Adar Les villageois sont libres de leur obligation et disponibles ce jour-là La bourgade Eau et nourriture pour le repas de Pourim des frères Pourquoi la Guemara s'étonne de la question Le 11 ne crée aucune obligation nouvelle : c'est une facilité accordée aux villages. Demander menalan, comme pour une loi de la Torah, paraît donc déplacé.
Le motif de l'allègement accordé aux villages.
6
אֲנַן הָכִי קָאָמְרִינַן: מִכְּדִי כֻּולְּהוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה תַּקְּנִינְהוּ, דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה אַרְבָּעָה עָשָׂר וַחֲמִשָּׁה עָשָׂר תַּקּוּן — אָתוּ רַבָּנַן וְעָקְרִי תַּקַּנְתָּא דְּתַקִּינוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה? וְהִתְנָן: אֵין בֵּית דִּין יָכוֹל לְבַטֵּל דִּבְרֵי בֵּית דִּין חֲבֵירוֹ אֶלָּא אִם כֵּן גָּדוֹל מִמֶּנּוּ בְּחָכְמָה וּבְמִנְיָן.

Voici ce que nous voulions dire : puisque ce sont tous les hommes de la Grande Assemblée qui les ont institués — car s'il te venait à l'esprit que les hommes de la Grande Assemblée n'ont institué que le quatorze et le quinze, comment les Sages seraient-ils venus déraciner une institution qu'avaient établie les hommes de la Grande Assemblée ? N'avons-nous pas appris [dans une Michna] : un tribunal ne peut annuler les paroles d'un autre tribunal, à moins d'être plus grand que lui en sagesse et en nombre ?

📜 Rachi (4)
אֲנַן הָכִי קָאָמְרִינַן אֲנַן דְּמִיבַּעְיָא לָן מִנָּלַן הָכִי קָאָמְרִינַן:
Nous, qui demandions « d'où le tenons-nous ? », voici ce que nous voulions dire.
מִכְּדִי מִדְּהֵקֵילּוּ חֲכָמִים עַל הַכְּפָרִים לְהַקְדִּים עַל כָּרְחָךְ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה שֶׁתִּיקְּנוּ בִּימֵי מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר אֶת שִׂמְחַת הַפּוּרִים וּקְרִיאַת הַמְּגִילָּה כּוּלְּהוּ הָנֵי זִימְנֵי תִּיקּוּן וְנָתְנוּ רְשׁוּת לִקְרוֹת:
Puisque les Sages ont allégé pour les villages en [leur permettant] d'avancer, force est de dire que les hommes de la Grande Assemblée, qui ont institué aux jours de Mordekhai et d'Esther la joie de Pourim et la lecture de la Meguila, ont institué tous ces temps et ont donné la permission de lire [en chacun d'eux].
דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ י"ד וט"ו תִּקּוּן הַכְּתוּבִין בִּמְגִילָּה וְתוּ לָא:
[Que seuls] le quatorze et le quinze, écrits dans la Meguila, ont été institués, et rien de plus.
הֵיכִי אָתוּ רַבָּנָן דְּבָתְרַייְהוּ וְעָקְרוּ תַּקַּנְתָּא וְהִתִּירוּ לְהַקְדִּים בִּתְמִיהַּ:
Ceux qui vinrent après eux, [comment auraient-ils pu] déraciner leur institution et permettre d'avancer ? — [dit] avec étonnement.
💡 Explication

La question est reformulée. Si les hommes de la Knesset ha-Guedola n'avaient fixé que deux jours, l'autorisation d'avancer serait une abrogation de leur décret par un tribunal postérieur — ce que la Michna d'Edouyot 1:5 interdit, sauf supériorité en sagesse et en nombre, condition qu'aucune génération ultérieure n'a remplie face à la Grande Assemblée.

Il faut donc admettre que les cinq jours figuraient déjà dans l'institution d'origine. La question menalan reprend alors tout son sens, sous une forme précise : où le texte d'Esther, rédigé par cette même assemblée, laisse-t-il place à ces jours ?

🖼️ Schéma
Pourquoi la question tient malgré tout Hypothèse : les Anche Knesset ha-Guedola n'ont institué que le 14 et le 15 Conséquence : les Sages postérieurs auraient déraciné leur institution en autorisant une lecture avancée Règle d'Edouyot 1:5 Un tribunal ne peut annuler les paroles d'un autre tribunal, à moins d'être plus grand que lui en sagesse et en nombre. Conclusion : les cinq jours viennent de la Grande Assemblée La question devient donc : où le texte d'Esther y fait-il allusion ?
L'argument d'Edouyot 1:5 qui réouvre la question.
7
אֶלָּא פְּשִׁיטָא כֻּולְּהוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה תַּקִּינוּ. הֵיכָא רְמִיזָא?

Il est donc évident que ce sont tous [ces jours] que les hommes de la Grande Assemblée ont institués. Où cela est-il fait allusion (heikha remiza) ?

📜 Rachi (1)
אֶלָּא פְּשִׁיטָא אִינְהוּ תַּקּוּן וְכֵיוָן דְּאִינְהוּ תַּקּוּן וַדַּאי רַמְזִינְהוּ בִּמְגִילַּת אֶסְתֵּר הַיְינוּ דְּמִיבַּעְיָא לָן הֵיכָא רְמִיזָא וּמִנָּלַן:
Et puisque ce sont eux qui l'ont institué, ils l'ont certainement fait allusion dans la Meguilat Esther ; c'est cela que nous demandions : où en est l'allusion, et d'où le tenons-nous ?
💡 Explication

La conclusion est acquise et la question prend sa forme définitive : heikha remiza, où est l'allusion. Puisque la Grande Assemblée a elle-même rédigé la Meguila d'Esther, son institution doit trouver un appui dans ce texte. Les segments suivants proposent deux versets concurrents.

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אָמַר רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, אֲמַר קְרָא: ״לְקַייֵּם אֵת יְמֵי הַפֻּורִים הָאֵלֶּה בִּזְמַנֵּיהֶם״, זְמַנִּים הַרְבֵּה תִּקְּנוּ לָהֶם.

Rav Chemen bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le verset dit « pour confirmer ces jours de Pourim en leurs temps (bi-zmanéihèm) » — ils leur ont institué plusieurs temps.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הֵיכָא רְמִיזָא אָמַר רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר קְרָא לְקַיֵּים אֵת יְמֵי הַפֻּורִים הָאֵלֶּה בִּזְמַנֵּיהֶם זְמַנִּים הַרְבֵּה תִּקְּנוּ לָהֶם חֲכָמִים וְאֵימָא זְמַנִּים טוּבָא זְמַנֵּיהֶם דֻּומְיָא דִּזְמַנָּם מַה זְמַנָּם תְּרֵי אַף זְמַנֵּיהֶם תְּרֵי וְאֵימָא תְּרֵיסַר וּתְלֵיסַר אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק שְׁלֹשָׁה עָשָׂר זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא פרש"י שֶׁנִּקְהֲלוּ לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וּלְכָךְ לֹא צָרִיךְ קְרָא וְלֹא נְהִירָא דִּנְהִי דְּנִקְהֲלוּ בּוֹ בַּיּוֹם כֵּיוָן שֶׁקָּבְעוּ הַקְּרִיאָה בי"ד וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר מְנָא לַן שֶׁיְּכוֹלִין לִקְרוֹת בּוֹ וְעוֹד דְּלָא זְמַן הַמִּלְחָמָה גּוֹרֶמֶת הַקְּרִיאָה אֶלָּא זְמַן הַמְּנוּחָה כְּדִכְתִיב כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם הַיְּהוּדִים וְגוֹ'. וְנִרְאֶה לר"י דְּסֻוגְיַת גְּמָרָא דִּידַן כְּעֵין הַיְרוּשַׁלְמִי (הֵל' א) דְּפָרִיךְ הָתָם עַל שִׁנּוּיָא דִּכְיָמִים אֲשֶׁר נָחוּ וְאֵימָא י"ב י"ג כְּנֶגֶד י"ד וט"ו וּמְשַׁנֵּי רַבִּי חֶלְבּוֹ י"ג זְמַן מִלְחָמָה הִיא וְהוּא מוֹכִיחַ עַל עַצְמוֹ שֶׁאֵין נַיְיחָא. פֵּירוּשׁ לֵיכָּא לְרַבּוֹיֵי דְּלָא הָווּ כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם. אֶלָּא מֵעַתָּה לֹא יִקְרְאוּ בּוֹ. לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו קוֹרִין בּוֹ אֵין קוֹרִין וְהָכִי נָמֵי אִיכָּא לְפָרוּשֵׁי סֻוגְיָא דִּידַן זְמַן קְהִלָּה פִּי' זְמַן מִלְחָמָה וְלֵיכָּא לְרַבּוֹיֵי מִכִּימִים אֲשֶׁר נָחוּ בָּהֶם וְלֹא מִזְּמַנֵּיהֶם דְּמַשְׁמַע זְמַנִּים אֲחֵרִים דֻּומְיָא דְּאֵלּוּ זְמַנִּים דַּהֲוָה בְּהוּ נַייְחָא וְלֹא צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי דְּמִכָּל מָקוֹם קוֹרֵא (וְלֹא צָרִיךְ קְרָא) דמק"ו אָתֵי כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי. וְלָא נְהִירָא לְרַבֵּינוּ תָּם דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר זְמַן מִלְחָמָה הוּא וְעוֹד קַשְׁיָא לֵיהּ הַאי דְּקָאָמַר וְלֹא צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי דְּאֵין דֶּרֶךְ הַשַּׁ"ס (לִסְתּוֹר) דְּבָרָיו כֵּיוָן שֶׁלֹּא הֻוזְכַּר הַקַּל וָחֹומֶר בַּגְּמָרָא דִּידַן וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא שֶׁהַכֹּל מִתְאַסְּפִין לְתַעֲנִית אֶסְתֵּר וּבָאִים בְּנֵי הַכְּפָרִים לַעֲיָירוֹת לוֹמַר סְלִיחוֹת וְתַחֲנוּנִים לְפִי שֶׁבּוֹ נִקְהֲלוּ לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וְהָיוּ צְרִיכִים רַחֲמִים. וְכֵן מָצִינוּ בְּמֹשֶׁה שֶׁעָשָׂה תַּעֲנִית כְּשֶׁנִּלְחַם בַּעֲמָלֵק דִּכְתִיב וּמֹשֶׁה אַהֲרֹן וְחוּר עָלוּ רֹאשׁ הַגִּבְעָה וְדָרְשִׁינַן בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית מִכָּאן לְתַעֲנִית צִבּוּר שֶׁצָּרִיךְ שְׁלֹשָׁה מִכָּאן נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ תָּם סַעַד לְתַעֲנִית אֶסְתֵּר שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין כְּמוֹ שֶׁעָשׂוּ בִּימֵי מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר כְּשֶׁנִּקְהֲלוּ הַיְּהוּדִים לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וְלֹא מָצִינוּ לוֹ סֶמֶךְ בְּשׁוּם מָקוֹם אֶלָּא בְּכָאן וּמַה שֶׁאָנוּ מַקְדִּימִין הַתַּעֲנִית לְיוֹם חֲמִישִׁי הֵיכָא שֶׁחָל פּוּרִים לִהְיוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְלָא עָבְדִינַן לֵיהּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת נִמְצָא בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים לְפִי שֶׁרְגִילִין בְּתַעֲנִית לְהַרְבּוֹת בִּסְלִיחוֹת וּבְתַחֲנוּנִים וְלֹא יִתָּכֵן לַעֲשׂוֹת כֵּן בְּעֶרֶב שַׁבָּת לְפִי שֶׁלֹּא יוּכְלוּ לִטְרֹוחַ לִכְבוֹד הַשַּׁבָּת וּבְמַסֶּכֶת סוֹפְרִים (פי"ז הֵל' ד) אִיתָא שֶׁרַבּוֹתֵינוּ שֶׁבַּמַּעֲרָב מִתְעַנִּין בַּאֲדָר שְׁלֹשָׁה תַּעֲנִיּוֹת שֶׁל אֶסְתֵּר אע"פ שֶׁאוֹתָן הָיוּ בְּנִיסָן לֹא הָיוּ רוֹצִים לְהִתְעַנּוֹת בְּנִיסָן שֶׁנִּגְאֲלוּ בּוֹ אֲבוֹתֵינוּ וְהוּקַם הַמִּשְׁכָּן: וְאֵימָא שִׁיתְסַר וְשִׁיבְסַר אָמַר קְרָא וְלֹא יַעֲבוֹר. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא סְתִימְתָּאָה אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים בִּזְמַן הַזֶּה הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּלִין בָּהּ אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ כְּלוֹמַר הוֹאִיל וְעֵינֵיהֶם שֶׁל עֲנִיִּים נְשׂוּאוֹת לְמִקְרָא מְגִילָּה כְּדֵי לְחַלֵּק לָהֶם מְעוֹת פּוּרִים בְּיוֹם קְרִיאָתָהּ לְפִיכָךְ אֵין קוֹרִין אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ שֶׁאִם יִקְרְאוּ אוֹתָהּ קֹודֶם זְמַנָּהּ יַחְלְקוּ לָהֶם מָעוֹת פּוּרִים בְּיוֹם קְרִיאָתָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ד:) גּוֹבִין בּוֹ בַּיּוֹם וּמְחַלְּקִין בּוֹ בַיּוֹם וּמוֹצִיאִין הַמָּעוֹת קֹודֶם י"ד וְלֹא יִהְיֶה לָהֶם בַּמֶּה לִשְׂמֹוחַ בְּפוּרִים וְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ה') אֲבָל שִׂמְחָה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ () וְהָא דְּאָמְרִינַן בַּזְּמַן הַזֶּה לְפִי שֶׁמְּצֻוייָּן רֹוב עֲנִיִּים וְיֵשׁ שֶׁגּוֹרְסֵי' הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּנִין בָּהּ כְּלוֹמַר בְּאוֹתוֹ הַזְּמַן שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל יְכוֹלִין לְהַעֲמִיד בְּדָתוֹתֵיהֶם וְאֵין בָּאִין לִידֵי סַכָּנָה הָיוּ קוֹרִין י"א י"ב י"ג אֲבָל בַּזְּמַן הַזֶּה אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ שֶׁהוּא י"ד וט"ו וְכֵן הִלְכְתָא: כְּרַכִּין הַמֻּוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין אוֹתָהּ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר. מְנָא לַן אָמַר רָבָא דְּאָמַר קְרָא עַל כֵּן הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים וְגוֹ' מִדִּפְרָזִים בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר מֻוקָּפִין חוֹמָה בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וְשׁוּשַׁן אע"פ שֶׁאֵינָהּ מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין בט"ו מ"ט הוֹאִיל וְנַעֲשָׂה בּוֹ נֵס וְהַיְּהוּדִים אֲשֶׁר בְּשׁוּשָׁן נִקְהֲלוּ בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר בּוֹ בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר בּוֹ וְנוֹחַ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בּוֹ וְגוֹ' אַרִיבָּ"ל כְּרַךְ וְכָל הַסָּמוּךְ לוֹ אע"פ שֶׁאֵינָהּ נִרְאֶה עִמּוֹ כְּגוֹן שֶׁיּוֹשֶׁבֶת הָעִיר בַּנַּחַל אוֹ כָּל הַנִּרְאֶה עִמּוֹ אע"פ שֶׁלֹּא סָמַךְ לוֹ כְּגוֹן שֶׁיּוֹשֶׁבֶת בְּרֹאשׁ הָהָר נִידּוֹן כִּכְרַךְ וְקוֹרִין בט"ו וְעַד כַּמָּה (לְעֵיל מְגִילָּה דַּף ב ע"ב) א"ר יִרְמְיָה מִיל:
Guemara. « Où cela est-il fait allusion ? » Rav Chemen bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le verset dit « pour confirmer ces jours de Pourim en leurs temps » — les Sages leur ont institué plusieurs temps. Et dis : des temps nombreux ! — « leurs temps » est semblable à « leur temps » : de même que « leur temps » vaut deux, de même « leurs temps » vaut deux. Et dis : le douze et le treize ! — Rav Chmouel bar Yits'hak a dit : le treize est un temps de rassemblement (kehila) pour tous. Rachi a expliqué : parce qu'ils se rassemblèrent pour défendre leur vie, et c'est pourquoi un verset n'est pas nécessaire. Cela ne paraît pas juste : même s'ils se sont rassemblés ce jour-là, puisque la lecture a été fixée au quatorze et au quinze, d'où tenons-nous qu'on puisse lire ce jour-là ? De plus, ce qui entraîne la lecture est le temps du repos, comme il est écrit « comme les jours où les Juifs se reposèrent de leurs ennemis... ». Il paraît à Ri que la sougya de notre Guemara est du même type que celle du Talmud de Jérusalem (halakha 1), où l'on objecte sur la réponse tirée de « comme les jours où ils se reposèrent » : et dis le douze et le treize, en face du quatorze et du quinze ! Et Rabbi Helbo répond : le treize est un temps de guerre, et il témoigne de lui-même qu'il n'y a pas de repos [en lui]. C'est-à-dire : on ne peut pas l'inclure, puisque ces jours ne furent pas « comme les jours où ils se reposèrent ». [On objecte alors :] s'il en est ainsi, qu'on n'y lise donc pas ! [Réponse :] avant lui et après lui on lit, et en lui on ne lirait pas ? Ainsi peut-on aussi expliquer notre sougya : « temps de rassemblement » signifie temps de guerre, et on ne peut l'inclure ni de « comme les jours où ils se reposèrent », ni de « leurs temps », qui indique d'autres temps semblables à ceux-là, où il y eut repos. Et un verset n'est pas nécessaire pour l'inclure, puisqu'on y lit de toute manière, cela découlant d'un kal va-homer, comme il figure dans le Talmud de Jérusalem. Cela ne paraissait pas juste à Rabbenou Tam : [la Guemara] aurait dû dire « c'est un temps de guerre ». De plus, il trouvait difficile la formule « et un verset n'est pas nécessaire pour l'inclure », car il n'est pas dans la manière du Talmud de contredire ses propres paroles, puisque le kal va-homer n'est pas mentionné dans notre Guemara. Rabbenou Tam a expliqué : « c'est un temps de rassemblement pour tous » — tous se rassemblent pour le jeûne d'Esther, et les gens des villages viennent dans les bourgades dire des selihot et des supplications, parce qu'en ce jour ils se rassemblèrent pour défendre leur vie et avaient besoin de miséricorde. Nous trouvons de même chez Moche, qui jeûna lorsqu'il combattit Amalek, comme il est écrit « et Moche, Aharon et Hour montèrent au sommet de la colline », et l'on déroche dans le traité Taanit : de là [on apprend] qu'un jeûne public requiert trois [personnes]. De là Rabbenou Tam tire un appui au jeûne d'Esther que nous observons, à l'exemple de ce qui fut fait aux jours de Mordekhai et d'Esther, lorsque les Juifs se rassemblèrent pour défendre leur vie ; et nous ne lui avons trouvé d'appui en aucun autre endroit qu'ici. Quant à ce que nous avançons le jeûne au jeudi lorsque Pourim tombe à l'issue du Chabbat, sans le faire la veille de Chabbat : cela se trouve dans une réponse des Gueonim — parce qu'on a coutume, lors du jeûne, de multiplier les selihot et les supplications, et il ne convient pas de le faire la veille de Chabbat, car on ne pourrait plus se donner de peine pour l'honneur du Chabbat. Et dans le traité Sofrim (chap. 17, halakha 4) il est dit que nos maîtres d'Occident jeûnent en Adar les trois jeûnes d'Esther ; bien que ceux-là eussent lieu en Nissan, ils ne voulaient pas jeûner en Nissan, mois où nos pères furent délivrés et où le Michkan fut érigé. « Et dis le seize et le dix-sept ! — Le verset dit : et cela ne passera pas. » Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ceci est la parole de Rabbi Akiva, [auteur] des enseignements anonymes ; mais les Sages disent : à notre époque, puisqu'on se règle sur elle, on ne la lit qu'en son temps. C'est-à-dire : puisque les yeux des pauvres sont tournés vers la lecture de la Meguila, afin qu'on leur distribue l'argent de Pourim le jour de sa lecture, on ne la lit qu'en son temps ; car si on la lisait avant son temps, on leur distribuerait l'argent de Pourim le jour de la lecture, comme nous le disons plus loin (Meguila 4b) : on collecte le jour même et l'on distribue le jour même — et l'argent serait dépensé avant le quatorze, de sorte qu'ils n'auraient pas de quoi se réjouir à Pourim ; et nous disons plus loin (Meguila 5a) que la joie ne s'observe qu'en son temps. Et ce que nous disons « à notre époque », c'est parce que les pauvres sont nombreux. Certains lisent : « puisqu'on y court un danger (mistakenin) », c'est-à-dire : à l'époque où Israël pouvait maintenir ses lois sans en venir au danger, on lisait le onze, le douze et le treize ; mais à notre époque on ne la lit qu'en son temps, qui est le quatorze et le quinze. Et telle est la halakha. « Les villes fortifiées entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun la lisent le quinze. » D'où le tenons-nous ? Rava a dit : le verset dit « c'est pourquoi les Juifs des campagnes (perazim)... » ; puisque les gens des campagnes [lisent] le quatorze, les [villes] entourées d'une muraille [lisent] le quinze. Et Chouchan, bien qu'elle ne soit pas entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, lit le quinze. Quelle en est la raison ? Puisqu'un miracle y a été accompli : « et les Juifs qui étaient à Chouchan se rassemblèrent le treize et le quatorze, et se reposèrent le quinze... ». Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : une ville fortifiée et tout ce qui lui est contigu, même si cela n'est pas visible avec elle — par exemple si la ville est située dans une vallée — ou tout ce qui est visible avec elle, même si cela ne lui est pas contigu — par exemple si elle est située au sommet d'une montagne — est jugé comme la ville fortifiée, et l'on y lit le quinze. Et jusqu'à quelle distance ? Rabbi Yirmiya a dit : un mil.
💡 Explication

Première derasha, tirée d'Esther 9,31. Le mot zmanéihèm porte une double marque de pluriel : le youd du pluriel du nom et le suffixe possessif pluriel. Cette surcharge est lue comme l'indice de plusieurs temps de lecture, au-delà des deux jours explicites au verset 21.

9
הַאי מִיבַּעְיָא לֵיהּ לְגוּפֵיהּ! אִם כֵּן לֵימָא קְרָא ״זְמַן״, מַאי ״זְמַנֵּיהֶם״ — זְמַנִּים טוּבָא.

Mais ce [verset] est nécessaire pour lui-même ! — Si tel [était tout son propos], que le verset dise « temps » (zman) ; que signifie « leurs temps » (zmaneihem) ? — des temps nombreux.

📜 Rachi (2)
לְגוּפֵיהּ לי"ד וט"ו הַמְפֹורָשִׁין בַּסֵּפֶר:
Pour le quatorze et le quinze, explicites dans le livre.
לֵימָא קְרָא אֵת יְמֵי הַפֻּורִים הָאֵלֶּה בִּזְמַן דְּמַשְׁמַע בַּזְּמַן הַמְפֹורָשׁ לָהֶם:
« Ces jours de Pourim » en son temps (bi-zman) — ce qui indiquerait le temps qui leur est explicite.
💡 Explication

Objection : le verset a déjà une fonction propre, fixer que Pourim s'observe au jour voulu ; on ne peut pas en tirer davantage. Réponse : cette fonction se serait exprimée par la forme la plus simple, zman. Le passage a une forme chargée appelle un enseignement supplémentaire.

10
וְאַכַּתִּי מִיבְּעֵי לֵיהּ: זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה לֹא כִּזְמַנּוֹ שֶׁל זֶה! אִם כֵּן, לֵימָא קְרָא ״זְמַנָּם״, מַאי ״זְמַנֵּיהֶם״ — שָׁמְעַת מִינָּהּ כּוּלְּהוּ.

Et il est encore nécessaire [pour enseigner] que le temps de celui-ci n'est pas le même que le temps de celui-là ! — Si tel [était tout son propos], que le verset dise « leur temps » (zmanam) ; que signifie « leurs temps » (zmaneihem) ? Tu en déduis l'ensemble.

📜 Rachi (2)
וְאַכַּתִּי מִיבְּעֵי לֵיהּ הַאי דִּנְקַט זְמַנִּים לְשׁוֹן רַבִּים:
Ce fait d'avoir employé « temps » au pluriel.
זְמַנּוֹ שֶׁל מֻוקָּפִין לָאו כִּזְמַנּוֹ שֶׁל פְּרָזִים דְּאִי כָּתוּב בַּזְּמַן הֲוָה מַשְׁמַע זְמַן אֶחָד לִשְׁנֵיהֶן אִי בָּעוּ לִיקְּרוּ בְּאַרְבֵּיסַר וְאִי בָּעוּ לִיקְּרוּ בַּחֲמֵיסַר:
[Le temps] des [villes] entourées d'une muraille n'est pas le même que celui des [villes] ouvertes (perazim) ; car s'il était écrit « bi-zman », cela indiquerait un temps unique pour les deux : s'ils veulent, qu'ils lisent le quatorze ; s'ils veulent, le quinze.
💡 Explication

Deuxième objection : le pluriel sert déjà à enseigner que les villes fortifiées et les villes ouvertes ont chacune leur date propre. Réponse : ce contenu-là tiendrait dans zmanam. La forme zmaneihem, qui ajoute encore un degré, enseigne donc les deux choses à la fois : la différence des dates selon les lieux, et l'existence de jours supplémentaires.

🖼️ Schéma
L'échelle des trois formes : zman, zmanam, zmaneihem Chaque degré d'écriture porte un enseignement de plus. zman forme la plus simple Enseignerait seulement qu'il faut observer Pourim au jour fixé un temps unique zmanam leur temps Ajoute : le temps des uns diffère du temps des autres deux jours : 14 et 15 zmaneihem leurs temps Ajoute encore deux jours de lecture 11 et 12 Le garde-fou du seg. 10 Le pluriel de pluriel pourrait ouvrir un nombre illimité de jours. On le calque sur zmanam : puisque zmanam vaut deux, zmaneihem n'ajoute que deux.
La gradation zman / zmanam / zmaneihem et sa limite.
11
אֵימָא זְמַנִּים טוּבָא! ״זְמַנֵּיהֶם״ דֻּומְיָא דִּ״זְמַנָּם״: מַה ״זְמַנָּם״ תְּרֵי — אַף ״זְמַנֵּיהֶם״ תְּרֵי.

Dis [alors] : des temps nombreux [sans limite] ! — « Leurs temps » (zmaneihem) est semblable à « leur temps » (zmanam) : de même que « leur temps » [vaut] deux, de même « leurs temps » [ajoute] deux.

📜 Rachi (1)
זְמַנֵּיהֶם דֻּומְיָא דִּזְמַנָּם רִבּוּיָא דְּדָרְשִׁינַן לִקְרָא לְייִתּוּרָא דְּיוּ"ד וְהֵ"א דֻּומְיָא דְּעִיקַּר הַזְּמַן דְּנָפְקָא לָן מִזְּמַנָּם הוּא דְּקָא מְרַבֶּה דֻּומְיָא דִּידְהוּ:
L'inclusion que nous dérochons du verset, [tirée] du surplus du youd et du hé, est semblable au temps principal que nous tirons de « zmanam » : c'est à sa ressemblance qu'il ajoute.
💡 Explication

Une derasha fondée sur un surplus de forme risque de tout ouvrir. La Guemara pose une mesure : l'ajout se calque sur ce qu'il prolonge. Puisque le degré précédent, zmanam, portait deux jours, le degré suivant en ajoute deux, et pas davantage.

12
וְאֵימָא תְּרֵיסַר וּתְלֵיסַר? כִּדְאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: שְׁלֹשָׁה עָשָׂר זְמַן קְהִילָּה לַכֹּל הִיא, וְלֹא צָרִיךְ לְרַבּוֹיֵי, הָכָא נָמֵי: שְׁלֹשָׁה עָשָׂר זְמַן קְהִילָּה לַכֹּל הִיא, וְלֹא צָרִיךְ לְרַבּוֹיֵי.

Et dis [que ce sont] le douze et le treize ! — Comme l'a dit Rav Chmouel bar Yits'hak : le treize est un temps de rassemblement (zman kehila) pour tous, et il n'a pas besoin d'être inclus [par un verset] ; ici aussi : le treize est un temps de rassemblement pour tous, et il n'a pas besoin d'être inclus.

📜 Rachi (1)
זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא הַכֹּל נִקְהֲלוּ לְהִנָּקֵם מֵאוֹיְבֵיהֶם בֵּין בְּשׁוּשָׁן בֵּין בִּשְׁאָר מְקוֹמוֹת כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר הִלְכָּךְ לֹא צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי שֶׁיְּהֵא רָאוּי לְקַרְיֵיהּ דְּעִיקַּר הַנֵּס בּוֹ הָיָה:
Tous se rassemblèrent pour se venger de leurs ennemis, tant à Chouchan que dans les autres lieux, comme il est écrit dans le livre ; c'est pourquoi un verset n'est pas nécessaire pour l'inclure comme jour propre à la lecture, car le miracle principal eut lieu ce jour-là.
💡 Explication

Deux jours sont ajoutés : lesquels ? La réponse écarte le treize de la liste des jours à inclure, car il possède déjà son propre titre : zman kehila la-kol, le jour où tous se rassemblèrent contre leurs ennemis, jour du miracle principal selon Rachi. Le verset ajoute donc les deux jours qui restent en amont : le onze et le douze.

Le Roch discute longuement cette lecture et rapporte l'explication de Rabbenou Tam, pour qui le rassemblement du treize désigne celui du jeûne d'Esther.

🖼️ Schéma
Pourquoi 11 et 12, plutôt que 12-13 ou 16-17 Hypothèse 12 et 13 Rav Chmouel bar Yits'hak : le 13 est zman kehila la-kol, jour où tous se rassemblent. Il n'a besoin d'aucune inclusion par un verset. Retenu : 11 et 12 Le 13 étant déjà acquis, les deux jours ajoutés par le verset sont ceux qui précédent. 11 - 12 - 13 - 14 - 15 Hypothèse 16 et 17 Esther 9,27 : ve-lo yaavor, et cela ne passera pas. Aucun report au-delà du 15 Adar. Le sens de la borne Le verset ouvre vers l'avant et ferme vers l'arrière : on peut anticiper, jamais retarder. Rachi applique déjà ce principe au 14 tombant vendredi (seg. 2).
Les deux hypothèses écartées et les jours retenus.
13
וְאֵימָא שִׁיתְסַר וְשִׁיבְסַר! ״וְלֹא יַעֲבֹור״ כְּתִיב.

Et dis [que ce sont] le seize et le dix-sept ! — Il est écrit « et cela ne passera pas » (ve-lo yaavor).

💡 Explication

La dernière hypothèse possible est fermée par Esther 9,27 : les jours de Pourim ne se reportent pas au-delà de leur terme. La fourchette est donc bornée vers l'aval au quinze, et l'ajout ne peut porter que sur les jours antérieurs.

14
וְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר, אֲמַר קְרָא: ״כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם הַיְּהוּדִים״. ״יָמִים״, ״כַּיָּמִים״ — לְרַבּוֹת אַחַד עָשָׂר וּשְׁנֵים עָשָׂר.

Et Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : le verset dit « comme les jours où les Juifs se reposèrent [de leurs ennemis] » — « les jours », « comme les jours » : pour inclure le onze et le douze.

📜 Rachi (1)
יָמִים כַּיָּמִים לְעֵיל מִינֵּיהּ כְּתִיב י"ד וט"ו יִשְׂמְחוּ וּכְתִיב כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם הַיְּהוּדִים וְגוֹ' וַהֲוָה לֵיהּ לְמִיכְתַּב יָמִים אֲשֶׁר נָחוּ דְּמַשְׁמַע הֵם הֵם יָמִים אֲשֶׁר נָחוּ מַאי כַּיָּמִים לְרַבּוֹת שָׁנִים אֲחֵרוֹת כְּדֻוגְמָתָן:
Avant cela sont écrits le quatorze et le quinze, où ils se réjouissent ; et il est écrit « comme les jours où les Juifs se reposèrent... ». Or il aurait fallu écrire « les jours où ils se reposèrent », ce qui signifierait : ce sont précisément les jours où ils se reposèrent. Que vient donc [enseigner] « comme les jours » ? Inclure deux autres [jours] à leur exemple.
💡 Explication

Seconde derasha, tirée d'Esther 9,22. Le verset précédent nomme le quatorze et le quinze ; celui-ci aurait pu dire « les jours où ils se reposèrent ». Le kaf de comparaison, « comme les jours », signale deux jours de plus, à leur ressemblance : le onze et le douze.

15
וְאֵימָא תְּרֵיסַר וּתְלֵיסַר! אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: שְׁלֹשָׁה עָשָׂר זְמַן קְהִילָּה לַכֹּל הִיא, וְלֹא צָרִיךְ לְרַבּוֹיֵי. וְאֵימָא שִׁיתְסַר וְשִׁיבְסַר! ״וְלֹא יַעֲבֹור״ כְּתִיב.

Et dis [que ce sont] le douze et le treize ! — Rav Chmouel bar Yits'hak a dit : le treize est un temps de rassemblement pour tous, et il n'a pas besoin d'être inclus. Et dis [que ce sont] le seize et le dix-sept ! — Il est écrit « et cela ne passera pas ».

💡 Explication

La seconde derasha subit exactement les deux mêmes objections que la première et reçoit les mêmes réponses. Ce parallélisme montre que le choix entre les deux versets ne change rien au résultat : les cinq jours sont identiques, seule la voie d'accès diffère.

16
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי מַאי טַעְמָא לָא אָמַר מִ״בִּזְמַנֵּיהֶם״? ״זְמַן״ ״זְמַנָּם״ ״זְמַנֵּיהֶם״ לָא מַשְׁמַע לֵיהּ.

Rabbi Chmouel bar Nahmani, pour quelle raison n'a-t-il pas dit [la derasha] de « bi-zmaneihem » ? — [La gradation] « zman », « zmanam », « zmaneihem » ne lui paraît pas signifiante.

💡 Explication

La Guemara demande à chacun pourquoi il n'a pas retenu la voie de l'autre. Rabbi Chmouel bar Nahmani rejette la méthode même : pour lui, l'écart entre ces trois formes relève de l'usage de la langue et ne porte aucun enseignement distinct.

17
וְרַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא מַאי טַעְמָא לָא אָמַר מִ״כַּיָּמִים״? אָמַר לָךְ: הָהוּא לְדוֹרוֹת הוּא דִּכְתִיב.

Et Rav Chemen bar Abba, pour quelle raison n'a-t-il pas dit [la derasha] de « ki-yamim » ? — Il peut te dire : celui-là est écrit pour les générations.

📜 Rachi (1)
לְדוֹרוֹת הוּא דִּכְתִיב לְהָכִי שַׁיָּיךְ לִישָּׁנָא דִּקְרָא כַּיָּמִים כְּלוֹמַר יַעֲשׂוּ לְדוֹרוֹת י"ד וט"ו כַּאֲשֶׁר הָיָה בִּימֵי הַנֵּס יָמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָּהֶם הִלְכָּךְ לָא אִיכָּא לְרַבּוֹיֵי מֵהָכָא שָׁנִים אֲחֵרִים:
C'est pourquoi convient l'expression du verset « comme les jours », c'est-à-dire : qu'ils fassent pour les générations le quatorze et le quinze comme il en fut aux jours du miracle, « les jours où ils se reposèrent ». Dès lors, on ne peut pas en inclure ici deux autres [jours].
💡 Explication

Rav Chemen bar Abba assigne au verset ki-yamim une autre fonction : étendre à toutes les générations la célébration du quatorze et du quinze, à l'image de ce qui s'est passé à l'époque du miracle. Ce verset étant déjà employé, il ne peut plus servir à inclure des jours supplémentaires.

🖼️ Schéma
Deux derachot, deux refus symétriques Rav Chemen bar Abba au nom de R. Yo'hanan Source : bi-zmaneihem (Esther 9,31) Méthode : gradation zman / zmanam / zmaneihem Refuse ki-yamim car : ce verset est écrit pour les générations, il fixe le 14 et le 15 à perpétuité et n'ajoute donc aucun jour. R. Chmouel bar Nahmani derasha alternative Source : ki-yamim (Esther 9,22) Méthode : le kaf de comparaison inclut deux jours Refuse bi-zmaneihem car : la gradation zman / zmanam / zmaneihem ne lui paraît porter aucun sens supplémentaire. Point commun Les deux aboutissent aux mêmes cinq jours et subissent les mêmes deux objections : 12-13 et 16-17.
Les deux derachot et les raisons croisées de leur refus mutuel.
18
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא סְתִימְתָּאָה, דְּדָרֵישׁ ״זְמַן״ ״זְמַנָּם״ ״זְמַנֵּיהֶם״, אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ceci est la parole de Rabbi Akiva, [auteur] des enseignements anonymes, qui déroche « zman », « zmanam », « zmaneihem » ; mais les Sages disent : on ne la lit qu'en son temps.

📜 Rachi (2)
זוֹ דִּבְרֵי ר' עֲקִיבָא הָכִי גְּמִיר רַבִּי יוֹחָנָן מֵרַבֵּיהּ דְּמַתְנִי' ר"ע אֲמָרָהּ:
Ainsi Rabbi Yo'hanan l'a-t-il reçu de son maître : c'est Rabbi Akiva qui a énoncé notre Michna.
סְתִימָתָאָה הַרְבֵּה סְתַם מִשְׁנָה סְתָם ר' שֶׁהֵן דִּבְרֵי ר' עֲקִיבָא וי"מ סְתִימָתָאָה כָּל הַסִּתּוּמִין תַּלְמִידָיו הָיוּ כִּדְאָמַר בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף פּוֹ.) סְתַם מִשְׁנָה ר"מ סְתָם תּוֹסֶפְתָּא ר' נְחֶמְיָה סְתַם סִפְרָא רַבִּי יְהוּדָה וְכוּלְּהוּ סְתִימְתָּאֵי אַלִּיבָּא דְּר' עֲקִיבָא אַךְ קָשֶׁה בְּעֵינַי לְפָרֵשׁ כֵּן שֶׁמָּצִינוּ בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת בְּשֵׁם ר"א בְּר' יוֹסֵי סְתִימְתָּאֵי רַבִּי מְנַחֵם בַּר רַבִּי יוֹסֵי סְתִימְתָּאֵי לְקַמָּן בְּפֶרֶק בְּנֵי הָעִיר (מְגִילָּה דַּף כו.):
Beaucoup de Michnayot anonymes de Rabbi [Yehouda ha-Nassi] sont les paroles de Rabbi Akiva. Certains expliquent « setimtaa » : tous les [recueils] anonymes sont [l'œuvre de] ses disciples, comme il est dit dans Sanhédrin (86a) : une Michna anonyme, Rabbi Meir ; une Tossefta anonyme, Rabbi Nehemia ; un Sifra anonyme, Rabbi Yehouda — et tous suivent l'opinion de Rabbi Akiva. Mais il m'est difficile d'expliquer ainsi, car nous trouvons en plusieurs endroits « Rabbi Elazar bar Rabbi Yossi setimtaa », « Rabbi Menahem bar Rabbi Yossi setimtaa », plus loin au chapitre Bnei ha-Ir (Meguila 26a).
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan attribue notre Michna à Rabbi Akiva et la présente comme une position individuelle : les Sages, eux, n'admettraient aucune lecture hors du jour fixé. Le terme setimtaa désigne l'auteur des enseignements transmis sans nom d'auteur ; Rachi rapporte à son sujet deux explications et discute la seconde.

19
מֵיתִיבִי, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי — בִּזְמַן שֶׁהַשָּׁנִים כְּתִיקְנָן וְיִשְׂרָאֵל שְׁרוּייִן עַל אַדְמָתָן, אֲבָל בַּזְּמַן הַזֶּה, הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּלִין בָּהּ — אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ.

On objecte : Rabbi Yehouda a dit : quand [cela s'applique-t-il] ? — au temps où les années sont réglées comme il convient et où Israël réside sur sa terre ; mais à notre époque, puisqu'on se règle sur elle, on ne la lit qu'en son temps.

📜 Rachi (4)
אֵימָתַי הֵקֵילּוּ חֲכָמִים עַל הַכְּפָרִים:
[Quand] les Sages ont-ils allégé pour les villages.
בִּזְמַן שֶׁהַשְּׁנַיִם כְּתִיקְנָן שֶׁהַשָּׁנִים מִתְעַבְּרוֹת עַל פִּי בֵּית דִּין וְהַחֲדָשִׁים הַמֻּקְדָּשִׁין בְּבֵית דִּין שׁוֹלְחִין שְׁלוּחֵיהֶן לְהוֹדִיעַ אֵימָתַי הֻוקְדַּשׁ נִיסָן וְעוֹשִׂין מוֹעֲדִים ע"פ שְׁלוּחִין:
Que les années soient intercalées sur décision du tribunal et que les mois soient sanctifiés au tribunal, lequel envoie ses messagers annoncer quand Nissan a été sanctifié ; et l'on fait les fêtes d'après les messagers.
כְּשֶׁשְּׁרוּייָן עַל אַדְמָתָם וְהַשְּׁלוּחִין מַגִּיעִין עַד הַפֶּסַח לִקְצֵה אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
Et les messagers parviennent avant Pessa'h jusqu'à l'extrémité de la terre d'Israël.
אֲבָל בַּזְּמַן הַזֶּה שֶׁפָּסְקוּ כָּל אֵלֶּה וְיִשְׂרָאֵל נִפְרְדוּ וְלֹא יַגִּיעוּ שְׁלוּחֵי ב"ד אֶצְלָם הַכֹּל צוֹפִין לְמִקְרָא מְגִילָּה וְאוֹמְרִים יוֹם י"ד בַּאֲדָר קָרֵינַן הַמְּגִילָּה נִשְׁאֲרוּ לַאֲדָר ט"ו יוֹם וט"ו שֶׁל נִיסָן עוֹשִׂין פֶּסַח וְאִם תַּקְדִּים קְרִיאָתָהּ יַעֲשׂוּ פֶּסַח לְסוֹף שְׁלֹשִׁים יוֹם שֶׁל קְרִיאָה וְנִמְצְאוּ אוֹכְלִין חָמֵץ בְּיָמִים אַחֲרוֹנִים (בַּיּוֹם) שֶׁל פֶּסַח:
Où tout cela a cessé, où Israël s'est dispersé et où les messagers du tribunal ne parviennent plus jusqu'à eux : tous se règlent sur la lecture de la Meguila et disent : le quatorze Adar nous lisons la Meguila, il reste à Adar quinze jours, et le quinze Nissan on fait Pessa'h. Or si l'on avance sa lecture, ils feront Pessa'h au terme des trente jours [comptés] depuis la lecture, et il se trouvera qu'ils mangeront du hamets aux derniers jours de Pessa'h.
💡 Explication

Une baraita introduit une distinction d'époque. Tant que le tribunal intercale les années et que des messagers annoncent la date de Nissan, l'avance de la lecture n'entraîne aucun risque. À notre époque, où la dispersion prive les communautés de cette information, les gens comptent trente jours depuis la lecture de la Meguila pour situer Pessa'h ; une lecture avancée décalerait la fête, et l'on mangerait du hamets à la fin de Pessa'h.

Le Roch signale une autre lecture, où le mot renvoie aux pauvres qui attendent l'argent de Pourim le jour de la lecture, et une variante textuelle qui parle du danger encouru.

🖼️ Schéma
Le risque de l'avance selon Rachi : le calcul de Pessa'h Années réglées, Israël sur sa terre Le tribunal intercale les années et sanctifie les mois. Des messagers annoncent la date de Nissan avant Pessa'h. L'avance ne trompe personne Bi-zman ha-ze Les messagers n'atteignent plus les communautés dispersées. Chacun compte à partir du jour où il a entendu la Meguila. Une avance décale Pessa'h Le calcul en jeu Lecture le 14 Adar, plus trente jours : le 15 Nissan, premier soir de Pessa'h. Lecture avancée au 11, même compte : Pessa'h tombe trois jours trop tôt, et l'on mange du hamets à la fin de la fête.
Les deux époques et le calcul de Pessa'h depuis la lecture.
20
רַבִּי יְהוּדָה אַלִּיבָּא דְּמַאן? אִילֵימָא אַלִּיבָּא דְּרַבִּי עֲקִיבָא — אֲפִילּוּ בִּזְמַן הַזֶּה אִיתָא לְהַאי תַּקַּנְתָּא!

Rabbi Yehouda, selon qui [parle-t-il] ? Si tu dis : selon Rabbi Akiva — même à notre époque cette institution demeure !

📜 Rachi (1)
בַּזְּמַן הַזֶּה נָמֵי אִיתָא לְהָא תַּקַּנְתָּא דְּהָא רַבִּי עֲקִיבָא בַּזְּמַן הַזֶּה [הֲוָה] וְאָמַר בְּמָתְנֵי' דְּמַקְדִּימִין:
Car Rabbi Akiva vivait à notre époque, et il a dit dans notre Michna que l'on avance.
💡 Explication

Pour que la baraita réfute Rabbi Yo'hanan, il faut identifier l'avis qu'elle exprime. Elle ne peut pas suivre Rabbi Akiva : celui-ci vivait après la destruction et enseigne dans notre Michna que l'avance reste permise. La restriction d'époque serait donc sans objet dans sa bouche.

21
אֶלָּא לָאו, אַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן, וּבִזְמַן שֶׁהַשָּׁנִים כְּתִיקְנָן וְיִשְׂרָאֵל שְׁרוּייִן עַל אַדְמָתָן — מִיהָא קָרֵינַן, תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן תְּיוּבְתָּא.

Il faut donc dire : selon les Sages ; et [selon eux] au temps où les années sont réglées comme il convient et où Israël réside sur sa terre, on lit en tout cas [avant le quatorze]. Réfutation de Rabbi Yo'hanan — réfutation [décisive].

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לָאו אַלִּיבָּא דְרַבָּנַן דְּהָווּ מִקַּמֵּי ר"ע אֲמָרָהּ:
Qui furent avant Rabbi Akiva — c'est d'après eux qu'il l'a dit.
מִיהָא קָרֵינַן אַלְמָא רַבָּנָן נָמֵי דָּרְשִׁי זְמַן זְמַנָּם זְמַנֵּיהֶם:
Il en ressort que les Sages aussi dérochent « zman », « zmanam », « zmaneihem ».
💡 Explication

Par élimination, la baraita exprime l'avis des Sages. Or elle leur prête l'avance dans les conditions anciennes, alors que la première version de Rabbi Yo'hanan leur prêtait un refus absolu. La Guemara conclut par la formule la plus forte, tiyouvta, qui écarte cette version.

🖼️ Schéma
La réfutation : selon qui parle R. Yehouda ? Baraita : R. Yehouda limite l'avance à une certaine époque Selon quel avis parle-t-il ? Selon R. Akiva ? Impossible R. Akiva maintient l'avance même à notre époque : il vivait après la destruction et enseigne l'avance dans notre Michna. Donc selon les Sages Les Sages admettent donc l'avance lorsque les années sont réglées et Israël sur sa terre. Tiyouvta de-Rabbi Yo'hanan tiyouvta La première version, qui prêtait aux Sages un refus absolu, est écartée.
Le raisonnement par élimination qui aboutit à la tiyouvta.
22
אִיכָּא דְאָמְרִי: אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא סְתִימְתָּאָה, אֲבָל חֲכָמִים אָמְרוּ: בַּזְּמַן הַזֶּה, הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּלִין בָּהּ — אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ.

Il y a ceux qui disent : Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ceci est la parole de Rabbi Akiva, [auteur] des enseignements anonymes ; mais les Sages ont dit : à notre époque, puisqu'on se règle sur elle, on ne la lit qu'en son temps.

📜 Rachi (1)
אִיכָּא דְאָמְרִי אָמַר רַבָּה זוֹ דִּבְרֵי ר' עֲקִיבָא סְתִימָתָאָה וְלָא גָּרְסִינַן לְהַאי לִישָּׁנָא דְּדָרֵישׁ זְמַן זְמַנָּם זְמַנֵּיהֶם דְּהָא רַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ נָמֵי דָּרְשִׁי לֵיהּ אֶלָּא שֶׁהֶחְמִירוּ לְאַחַר חֻורְבָּן מִשּׁוּם דְּמִסְתַּכְּלִין בָּהּ:
Et l'on ne lit pas dans cette version [les mots] « qui déroche zman, zmanam, zmaneihem », car les Sages qui le contredisent le derochent eux aussi ; mais ils ont été plus stricts après la destruction, parce qu'on se règle sur elle.
💡 Explication

Seconde version de la même tradition. Deux différences avec la première : la mention de la derasha des trois formes disparaît, car les Sages la derochent eux aussi ; et leur position se limite à bi-zman ha-ze. Le désaccord porte alors sur la seule période postérieure à la destruction.

23
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי — בִּזְמַן שֶׁהַשָּׁנִים כְּתִיקְנָן וְיִשְׂרָאֵל שְׁרוּייִן עַל אַדְמָתָן, אֲבָל בַּזְּמַן הַזֶּה, הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּלִין בָּהּ — אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ.

Cela est aussi enseigné [dans une baraita] : Rabbi Yehouda a dit : quand ? — au temps où les années sont réglées comme il convient et où Israël réside sur sa terre ; mais à notre époque, puisqu'on se règle sur elle, on ne la lit qu'en son temps.

⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת הַמְּגִילָּה חוּץ מֵחֵרֵשׁ וְשׁוֹטֶה וְקָטָן. ר' יְהוּדָה אוֹמֵר קָטָן כָּשֵׁר. אֵין קוֹרִין אֶת הַמְּגִילָּה וְלֹא מוֹהֲלִין וְלֹא טוֹבְלִין וְלֹא מַזִּין אֶלָּא בַּיּוֹם. וְכֵן שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם לֹא תִּטְבֹּול עַד הָנֵץ הַחַמָּה. וְכֻולָּן שֶׁעָשׂוּ מִשֶּׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר כָּשֵׁר. כָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה וְלִקְרִיאַת הַהַלֵּל וְלִתְקִיעַת שׁוֹפָר וְלִנְטִילַת לוּלָב וְלִתְפִלַּת הַמּוּסָפִין וְלַמּוּסָפִין וּלְוִידּוּי פָּרִים וּלְוִידּוּי מַעֲשֵׂר וּלְוִידּוּי יוה"כ לִסְמִיכָה וְלִשְׁחִיטָה וְלִתְנוּפָה וְלַהַגָּשָׁה לִקְמִיצָה וּלְהַקְטָרָה וְלַמְּלִיקָה וּלְקַבָּלָה וּלְהַזָּאָה וּלְהַשְׁקוֹת סוֹטָה לַעֲרִיפַת עֶגְלָה וּלְטַהֲרַת מְצֹורָע. וְכָל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לִקְצִירַת הָעֹומֶר וְלִסְפִירַת הָעֹומֶר וּלְהֶקְטֵיר חֲלָבִים וְאֵבָרִים זֶה הַכְּלָל כָּל שֶׁמִּצְוָתוֹ בַּיּוֹם כָּשֵׁר כָּל הַיּוֹם וְשֶׁמִּצְוָתוֹ בַּלַּיְלָה כָּשֵׁר כָּל הַלַּיְלָה: 0הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא אֶת הֲמִיגְּלָה לְמַפְרֵעַ
Michna. Tous sont aptes à lire la Meguila, hormis le sourd-muet ('herech), le dément (choté) et le mineur (katan). Rabbi Yehouda dit : un mineur est apte. On ne lit pas la Meguila, on ne circoncit pas, on n'immerge pas et on n'asperge pas [l'eau de purification], sinon de jour. De même, une femme qui observe un jour en regard d'un jour (chomeret yom ke-neged yom) ne s'immerge qu'après le lever du soleil. Et dans tous ces cas, si on les a faits à partir du lever de l'aube, c'est valide. Tout le jour est apte à la lecture de la Meguila, a la lecture du Hallel, à la sonnerie du chofar, à la prise du loulav, à la prière de Moussaf, aux offrandes additionnelles, à la confession sur les taureaux, à la confession de la dîme, à la confession de Yom Kippour, à la semikha (imposition des mains), à la chehita (abattage), à la tenoufa (balancement), à la haggacha (approche de l'offrande), à la kemitsa (prélèvement d'une poignée), à l'encensement, à la melika (égorgement de l'oiseau à l'ongle), à la réception [du sang], à l'aspersion, à faire boire la sota, a la rupture de la nuque de la génisse (eglat aroufa) et à la purification du metsora. Et toute la nuit est apte à la moisson du omer, au compte du omer, à la combustion des graisses et des membres. Voici la règle : ce dont la mitsva se fait de jour est valide tout le jour, et ce dont la mitsva se fait de nuit est valide toute la nuit. Hadran alakh « Ha-koré et ha-meguila lemafréa ».
💡 Explication

La baraita qui réfutait la première version soutient la seconde. La formule tanya nami hakhi marque cet appui : les Sages admettent l'avance dans les conditions anciennes et la restreignent aujourd'hui, exactement comme le dit la version ika de-amri.

24
רַב אָשֵׁי קַשְׁיָא לֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה,

Rav Achi trouvait difficile [la contradiction entre les paroles de] Rabbi Yehouda et [celles de] Rabbi Yehouda,

📜 Rachi (1)
קַשְׁיָא דר"י דְּהָא בָּרַייְתָא דִּלְעֵיל אֶדֶר' יְהוּדָה דְּמַתְנִי' כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Car la baraita citée plus haut [contredit] Rabbi Yehouda de la Michna, comme il l'explique ensuite.
💡 Explication

Le folio se termine sur l'ouverture d'une nouvelle difficulté : la baraita citée attribue à Rabbi Yehouda une position qui semble contredire ce qu'il enseigne ailleurs dans une Michna. Le développement se poursuit en 2b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).