Megillah 2b — Villes murées depuis Yehochoua : la source du 15 Adar et la gezera chava perazi

Megillah 2b

Sougya : Le folio achève d'abord le débat sur l'anticipation de la lecture : Rav Achi, placé devant une contradiction entre deux propos de Rabbi Yehouda, tranche entre deux versions de la baraita et retient celle de Rabbi Yossi bar Yehouda. La Guemara passe ensuite à la michna : d'où vient que les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun lisent le 15 Adar ?

Rava le déduit du verset qui assigne le 14 aux perazim, et la Guemara teste quatre répartitions concurrentes avant d'étendre le même jour à la lecture par le heqech nizkarim ve-naassim. Suit la mahloket avec Rabbi Yehochoua ben Korha, qui date la muraille de l'époque d'Assuérus, contre notre tana qui tire une gezera chava perazi-perazi de Devarim 3,5 ; Chouchan est traitée à part parce qu'un miracle s'y est produit.

La lecture des redoublements médina u-médina et ir va-ir conduit à la règle de Rabbi Yehochoua ben Levi sur l'attenant et le visible dans un rayon d'un mil, puis à deux propos de Rabbi Yirmeya, dont celui sur les lettres finales mantzepakh.

Le fil du folio : d'où vient le 15 Adar des villes murées De la fin du débat sur l'anticipation jusqu'aux lettres finales mantzepakh. Mouvement 1 (seg. 0-4) -- Rav Achi corrige l'attribution de la baraita Contradiction : R. Yehouda interdit d'anticiper aujourd'hui / R. Yehouda l'autorise là où l'on entre lundi-jeudi. Rav Achi avait deux versions de la baraita. Il tranche : la version R. Yossi bar Yehouda est la version précise. Mouvement 2 (seg. 5-11) -- La source du 15 : le verset des perazim Rava : Esther 9,19 fixe le 14 aux perazim (villes ouvertes) ; par différence, le 15 revient aux mouqafim (villes murées). Quatre objections successives : rien du tout ? les deux jours ? au choix ? le 13 ? Réponses : ils sont Juifs et le décret couvre tout l'empire ; le et sépare ; bi-zmaneihem ; comme Chouchan. Le verset ne fixait que l'assiya (festin). Le heqech nizkarim ve-naassim étend le même jour à la lecture. Acquis : perazim le 14, mouqafim le 15, pour l'accomplissement comme pour la lecture. Mouvement 3 (seg. 12-17) -- Depuis quand la muraille ? Yehochoua ou Assuérus R. Yehochoua ben Korha : muraille depuis les jours d'Assuérus, sur le modèle de Chouchan. Notre tana : guezera chava perazi (Esther 9,19) - perazi (Devarim 3,5) : la référence est l'époque de Yehochoua bin Noun. Pourquoi notre tana refuse-t-il Assuérus ? La vraie question : selon lui, Chouchan a lu le 15 au titre de quoi ? Rava : Chouchan est un cas à part, un miracle s'y est produit et le repos n'y est venu que le 15. Mouvement 4 (seg. 18-21) -- Que font médina u-médina et ir va-ir ? Notre tana : les deux redoublements séparent Yehochoua / Assuérus, puis Chouchan / les autres villes. R. Yehochoua ben Korha renvoie la difficulté et lit le verset comme R. Yehochoua ben Levi. Le kerakh entraîne ce qui lui est attenant (samoukh) ou visible avec lui (nir'eh), dans un rayon d'un mil. Mouvement 5 (seg. 22-23) -- Mantzepakh : les lettres finales R. Yirmeya : les Tsofim les ont dites. Objections : aucun prophète n'innove, et le mem des Tables était déjà fermé.
Fil du folio : de la correction de Rav Achi jusqu'aux lettres mantzepakh.
Quel jour lit-on la Meguila ? Arbre de décision du folio Selon le tana de notre michna, après les précisions de R. Yehochoua ben Levi. Une localité donnée Muraille depuis Yehochoua bin Noun kerakh mouqaf homa source : gezera chava perazi Ville ouverte ou murée après Yehochoua perazim source : Esther 9,19 Chouchan non murée depuis Yehochoua mais un miracle s'y est produit le repos n'y vint que le 15 15 Adar 14 Adar 15 Adar Extension R. Yehochoua ben Levi (seg. 20-21) Ce qui est attenant au kerakh même sans être visible, ou visible avec lui même sans être attenant, est jugé comme le kerakh. Distance maximale : un mil, soit la distance de Hamtan à Tibériade. Deux régimes distincts, pas un choix bi-zmaneihem (Esther 9,31) : le temps de l'un n'est pas le temps de l'autre. Aucune localité ne choisit son jour.
Arbre de décision : quelle localité lit le 14, laquelle lit le 15.
Depuis quand la muraille ? Notre tana contre R. Yehochoua ben Korha Même règle (les villes murées lisent le 15), critère de datation opposé. Tana de notre michna Critère Muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun. Source Gezera chava perazi - perazi : Esther 9,19 renvoie à Devarim 3,5, conquête de Yehochoua. Chouchan Exception : elle lit le 15 parce qu'un miracle s'y est produit, non par sa muraille. Lecture du verset Esther 9,28 médina u-médina : Yehochoua contre Assuérus. ir va-ir : Chouchan contre les autres villes. Les deux redoublements servent à distinguer. R. Yehochoua ben Korha Critère Muraille depuis les jours d'Assuérus. Source Modèle de Chouchan : murée sous Assuérus et lisant le 15, donc toute ville semblable. Chouchan Aucune exception à expliquer : elle est le cas type dont se déduit toute la règle. Lecture du verset Esther 9,28 médina u-médina : murée sous Assuérus ou non. ir va-ir : R. Yehochoua ben Levi, samoukh / nir'eh. Il n'admet pas la gezera chava perazi - perazi. Nafka mina pratique Une ville murée seulement à l'époque perse : le 15 selon R. Yehochoua ben Korha, le 14 selon notre michna. La halakha suit notre michna : le critère retenu reste l'époque de Yehochoua bin Noun.
Notre tana contre R. Yehochoua ben Korha : Yehochoua bin Noun ou Assuérus.
1
וּמוֹקֵים לַהּ לְבָרַייְתָא כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה.

Et il établit la baraita selon Rabbi Yossi bar Yehouda.

📜 Rachi (1)
וְאוֹקֵי לָהּ לְהַךְ בָּרַיְיתָא דִּלְעֵיל כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה:
Et il établit cette baraita — celle citée plus haut, selon Rabbi Yossi bar Yehouda.
💡 Explication

Fin de phrase commencée en 2a. Devant la contradiction entre deux propos attribués à Rabbi Yehouda, Rav Achi réattribue la baraita à Rabbi Yossi bar Yehouda. La Guemara va contester ce procédé dans les segments suivants.

2
וּמִי אָמַר רַבִּי יְהוּדָה ״בַּזְּמַן הַזֶּה, הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּלִין בָּהּ — אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ״? וּרְמִינְהִי, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי — מְקוֹם שֶׁנִּכְנָסִין בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי. אֲבָל מָקוֹם שֶׁאֵין נִכְנָסִין בַּשֵּׁנִי וּבַחֲמִישִׁי — אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ.

Et Rabbi Yehouda a-t-il donc dit : « De nos jours, puisqu'on se fie à elle, on ne la lit qu'en son temps » ? Or on lui oppose [une michna] : Rabbi Yehouda a dit : Quand [avance-t-on la lecture] ?

Là où l'on entre [en ville] le lundi et le jeudi. Mais là où l'on n'entre pas le lundi et le jeudi — on ne la lit qu'en son temps.

📜 Rachi (3)
אֵימָתַי מַקְדִּימִים:
Quand — avance-t-on [la lecture].
מָקוֹם שֶׁנִּכְנָסִים כו' בְּמָקוֹם שֶׁבֵּית דִּין קָבוּעַ וְהַכְּפָרִים נִכְנָסִים שָׁם לְיוֹם הַדִּין כְּשֶׁיֵּשׁ לָהֶם הָרִיב:
Là où l'on entre, etc. — là où siège un beth din permanent et où les villageois s'y rendent au jour du jugement lorsqu'ils ont un litige.
אֲבָל מְקוֹם שֶׁאֵין נִכְנָסִין דְּהַךְ הַקְדָּמָה לָאו קֻולָּא הִיא לַכְּפָרִים אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ:
Mais là où l'on n'entre pas — puisque cette anticipation n'est pas un allégement pour les villageois, on ne la lit qu'en son temps.
💡 Explication

La baraita fait dire à Rabbi Yehouda qu'aujourd'hui la lecture anticipée des villageois est abolie. La michna de 5a lui fait dire l'inverse dans un cas précis : là où les villageois viennent déjà en ville les jours de siège du beth din, lundi et jeudi, l'anticipation tient toujours.

« Puisqu'on se fie à elle » : on compte les jours à partir de la lecture de la Meguila, notamment pour préparer Pessa'h.

3
מְקוֹם שֶׁנִּכְנָסִין בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי מִיהָא קָרֵינַן, וַאֲפִילּוּ בַּזְּמַן הַזֶּה! וּמוֹקֵים לַהּ לְבָרַייְתָא כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה.

Là où l'on entre le lundi et le jeudi, en tout cas, nous lisons [par anticipation], et même de nos jours ! Et [c'est pour cela] qu'il établit la baraita selon Rabbi Yossi bar Yehouda.

💡 Explication

La michna maintient donc l'anticipation « même de nos jours », ce que la baraita niait au nom du même maître. D'où la réattribution opérée par Rav Achi.

4
וּמִשּׁוּם דְּקַשְׁיָא לֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה מוֹקֵים לָהּ לְבָרַייְתָא כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה?!

Et parce qu'une difficulté lui apparaît entre Rabbi Yehouda et Rabbi Yehouda, il établirait la baraita selon Rabbi Yossi bar Yehouda ?!

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם דְּקַשְׁיָא לֵיהּ כו' בִּתְמִיהַּ:
Parce qu'une difficulté lui apparaît, etc. — [dit] sur un ton d'étonnement.
💡 Explication

Objection de méthode : une difficulté non résolue ne justifie pas de changer l'attribution d'un enseignement. Rachi note que la phrase est prononcée sur un ton d'étonnement.

5
רַב אָשֵׁי שְׁמִיעַ לֵיהּ דְּאִיכָּא דְּתָנֵי לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה וְאִיכָּא דְּתָנֵי לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה, וּמִדְּקַשְׁיָא לֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה, אָמַר: מַאן דְּתָנֵי לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה — לָאו דַּוְוקָא, מַאן דְּתָנֵי לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה — דַּוְוקָא.

Rav Achi avait entendu qu'il y en a qui l'enseignent au nom de Rabbi Yehouda et qu'il y en a qui l'enseignent au nom de Rabbi Yossi bar Yehouda ; et puisqu'une difficulté lui apparaissait entre Rabbi Yehouda et Rabbi Yehouda, il a dit : celui qui l'enseigne au nom de Rabbi Yehouda n'est pas précis, celui qui l'enseigne au nom de Rabbi Yossi bar Yehouda est précis.

💡 Explication

Réponse : Rav Achi n'a rien inventé. Deux versions de la baraita circulaient déjà ; la contradiction lui a seulement servi de critère pour départager celle qui est précise (davka) de celle qui ne l'est pas.

6
כְּרַכִּים הַמֻּוקָּפִים חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וְכוּ׳. מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר רָבָא, דְּאָמַר קְרָא: ״עַל כֵּן הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים הַיֹּושְׁבִים בְּעָרֵי הַפְּרָזוֹת וְגוֹ׳״. מִדִּפְרָזִים בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר — מֻוקָּפִין בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר.

« Les villes fortes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun lisent le quinze, etc. » D'où ces choses [sont-elles tirées] ? Rava a dit : car le verset dit : « C'est pourquoi les Juifs perazim, qui habitent les villes ouvertes, etc. » (Esther 9,19).

Puisque les perazim [lisent] le quatorze, les mouqafim [lisent] le quinze.

📜 Rachi (2)
הַפְּרָזִים עִיר שֶׁאֵין לָהּ חוֹמָה וּמִתּוֹךְ כָּךְ יְשִׁיבָתָהּ נָפוּץ וּפָרוּז וּמְרֻוחָקִין מִשְּׁכוּנָה לִשְׁכוּנָה:
Les perazim — une ville sans muraille, dont l'habitat est de ce fait dispersé et ouvert, les quartiers étant éloignés les uns des autres.
מֻוקָּפִין בט"ו שֶׁהֲרֵי שְׁנֵי יָמִים כְּתוּבִין שָׁם וּמִדִּקְבַע י"ד לִפְרָזִים שַׁדְיֵיהּ ט"ו לְמֻוקָּפִין:
Les mouqafim le 15 — car deux jours sont écrits là, et puisqu'il a fixé le 14 pour les perazim, il a rejeté le 15 sur les mouqafim.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הֵיכָא רְמִיזָא אָמַר רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר קְרָא לְקַיֵּים אֵת יְמֵי הַפֻּורִים הָאֵלֶּה בִּזְמַנֵּיהֶם זְמַנִּים הַרְבֵּה תִּקְּנוּ לָהֶם חֲכָמִים וְאֵימָא זְמַנִּים טוּבָא זְמַנֵּיהֶם דֻּומְיָא דִּזְמַנָּם מַה זְמַנָּם תְּרֵי אַף זְמַנֵּיהֶם תְּרֵי וְאֵימָא תְּרֵיסַר וּתְלֵיסַר אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק שְׁלֹשָׁה עָשָׂר זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא פרש"י שֶׁנִּקְהֲלוּ לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וּלְכָךְ לֹא צָרִיךְ קְרָא וְלֹא נְהִירָא דִּנְהִי דְּנִקְהֲלוּ בּוֹ בַּיּוֹם כֵּיוָן שֶׁקָּבְעוּ הַקְּרִיאָה בי"ד וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר מְנָא לַן שֶׁיְּכוֹלִין לִקְרוֹת בּוֹ וְעוֹד דְּלָא זְמַן הַמִּלְחָמָה גּוֹרֶמֶת הַקְּרִיאָה אֶלָּא זְמַן הַמְּנוּחָה כְּדִכְתִיב כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם הַיְּהוּדִים וְגוֹ'. וְנִרְאֶה לר"י דְּסֻוגְיַת גְּמָרָא דִּידַן כְּעֵין הַיְרוּשַׁלְמִי (הֵל' א) דְּפָרִיךְ הָתָם עַל שִׁנּוּיָא דִּכְיָמִים אֲשֶׁר נָחוּ וְאֵימָא י"ב י"ג כְּנֶגֶד י"ד וט"ו וּמְשַׁנֵּי רַבִּי חֶלְבּוֹ י"ג זְמַן מִלְחָמָה הִיא וְהוּא מוֹכִיחַ עַל עַצְמוֹ שֶׁאֵין נַיְיחָא. פֵּירוּשׁ לֵיכָּא לְרַבּוֹיֵי דְּלָא הָווּ כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם. אֶלָּא מֵעַתָּה לֹא יִקְרְאוּ בּוֹ. לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו קוֹרִין בּוֹ אֵין קוֹרִין וְהָכִי נָמֵי אִיכָּא לְפָרוּשֵׁי סֻוגְיָא דִּידַן זְמַן קְהִלָּה פִּי' זְמַן מִלְחָמָה וְלֵיכָּא לְרַבּוֹיֵי מִכִּימִים אֲשֶׁר נָחוּ בָּהֶם וְלֹא מִזְּמַנֵּיהֶם דְּמַשְׁמַע זְמַנִּים אֲחֵרִים דֻּומְיָא דְּאֵלּוּ זְמַנִּים דַּהֲוָה בְּהוּ נַייְחָא וְלֹא צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי דְּמִכָּל מָקוֹם קוֹרֵא (וְלֹא צָרִיךְ קְרָא) דמק"ו אָתֵי כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי. וְלָא נְהִירָא לְרַבֵּינוּ תָּם דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר זְמַן מִלְחָמָה הוּא וְעוֹד קַשְׁיָא לֵיהּ הַאי דְּקָאָמַר וְלֹא צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי דְּאֵין דֶּרֶךְ הַשַּׁ"ס (לִסְתּוֹר) דְּבָרָיו כֵּיוָן שֶׁלֹּא הֻוזְכַּר הַקַּל וָחֹומֶר בַּגְּמָרָא דִּידַן וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא שֶׁהַכֹּל מִתְאַסְּפִין לְתַעֲנִית אֶסְתֵּר וּבָאִים בְּנֵי הַכְּפָרִים לַעֲיָירוֹת לוֹמַר סְלִיחוֹת וְתַחֲנוּנִים לְפִי שֶׁבּוֹ נִקְהֲלוּ לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וְהָיוּ צְרִיכִים רַחֲמִים. וְכֵן מָצִינוּ בְּמֹשֶׁה שֶׁעָשָׂה תַּעֲנִית כְּשֶׁנִּלְחַם בַּעֲמָלֵק דִּכְתִיב וּמֹשֶׁה אַהֲרֹן וְחוּר עָלוּ רֹאשׁ הַגִּבְעָה וְדָרְשִׁינַן בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית מִכָּאן לְתַעֲנִית צִבּוּר שֶׁצָּרִיךְ שְׁלֹשָׁה מִכָּאן נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ תָּם סַעַד לְתַעֲנִית אֶסְתֵּר שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין כְּמוֹ שֶׁעָשׂוּ בִּימֵי מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר כְּשֶׁנִּקְהֲלוּ הַיְּהוּדִים לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וְלֹא מָצִינוּ לוֹ סֶמֶךְ בְּשׁוּם מָקוֹם אֶלָּא בְּכָאן וּמַה שֶׁאָנוּ מַקְדִּימִין הַתַּעֲנִית לְיוֹם חֲמִישִׁי הֵיכָא שֶׁחָל פּוּרִים לִהְיוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְלָא עָבְדִינַן לֵיהּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת נִמְצָא בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים לְפִי שֶׁרְגִילִין בְּתַעֲנִית לְהַרְבּוֹת בִּסְלִיחוֹת וּבְתַחֲנוּנִים וְלֹא יִתָּכֵן לַעֲשׂוֹת כֵּן בְּעֶרֶב שַׁבָּת לְפִי שֶׁלֹּא יוּכְלוּ לִטְרֹוחַ לִכְבוֹד הַשַּׁבָּת וּבְמַסֶּכֶת סוֹפְרִים (פי"ז הֵל' ד) אִיתָא שֶׁרַבּוֹתֵינוּ שֶׁבַּמַּעֲרָב מִתְעַנִּין בַּאֲדָר שְׁלֹשָׁה תַּעֲנִיּוֹת שֶׁל אֶסְתֵּר אע"פ שֶׁאוֹתָן הָיוּ בְּנִיסָן לֹא הָיוּ רוֹצִים לְהִתְעַנּוֹת בְּנִיסָן שֶׁנִּגְאֲלוּ בּוֹ אֲבוֹתֵינוּ וְהוּקַם הַמִּשְׁכָּן: וְאֵימָא שִׁיתְסַר וְשִׁיבְסַר אָמַר קְרָא וְלֹא יַעֲבוֹר. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא סְתִימְתָּאָה אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים בִּזְמַן הַזֶּה הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּלִין בָּהּ אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ כְּלוֹמַר הוֹאִיל וְעֵינֵיהֶם שֶׁל עֲנִיִּים נְשׂוּאוֹת לְמִקְרָא מְגִילָּה כְּדֵי לְחַלֵּק לָהֶם מְעוֹת פּוּרִים בְּיוֹם קְרִיאָתָהּ לְפִיכָךְ אֵין קוֹרִין אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ שֶׁאִם יִקְרְאוּ אוֹתָהּ קֹודֶם זְמַנָּהּ יַחְלְקוּ לָהֶם מָעוֹת פּוּרִים בְּיוֹם קְרִיאָתָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ד:) גּוֹבִין בּוֹ בַּיּוֹם וּמְחַלְּקִין בּוֹ בַיּוֹם וּמוֹצִיאִין הַמָּעוֹת קֹודֶם י"ד וְלֹא יִהְיֶה לָהֶם בַּמֶּה לִשְׂמֹוחַ בְּפוּרִים וְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ה') אֲבָל שִׂמְחָה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ () וְהָא דְּאָמְרִינַן בַּזְּמַן הַזֶּה לְפִי שֶׁמְּצֻוייָּן רֹוב עֲנִיִּים וְיֵשׁ שֶׁגּוֹרְסֵי' הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּנִין בָּהּ כְּלוֹמַר בְּאוֹתוֹ הַזְּמַן שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל יְכוֹלִין לְהַעֲמִיד בְּדָתוֹתֵיהֶם וְאֵין בָּאִין לִידֵי סַכָּנָה הָיוּ קוֹרִין י"א י"ב י"ג אֲבָל בַּזְּמַן הַזֶּה אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ שֶׁהוּא י"ד וט"ו וְכֵן הִלְכְתָא: כְּרַכִּין הַמֻּוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין אוֹתָהּ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר. מְנָא לַן אָמַר רָבָא דְּאָמַר קְרָא עַל כֵּן הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים וְגוֹ' מִדִּפְרָזִים בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר מֻוקָּפִין חוֹמָה בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וְשׁוּשַׁן אע"פ שֶׁאֵינָהּ מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין בט"ו מ"ט הוֹאִיל וְנַעֲשָׂה בּוֹ נֵס וְהַיְּהוּדִים אֲשֶׁר בְּשׁוּשָׁן נִקְהֲלוּ בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר בּוֹ בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר בּוֹ וְנוֹחַ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בּוֹ וְגוֹ' אַרִיבָּ"ל כְּרַךְ וְכָל הַסָּמוּךְ לוֹ אע"פ שֶׁאֵינָהּ נִרְאֶה עִמּוֹ כְּגוֹן שֶׁיּוֹשֶׁבֶת הָעִיר בַּנַּחַל אוֹ כָּל הַנִּרְאֶה עִמּוֹ אע"פ שֶׁלֹּא סָמַךְ לוֹ כְּגוֹן שֶׁיּוֹשֶׁבֶת בְּרֹאשׁ הָהָר נִידּוֹן כִּכְרַךְ וְקוֹרִין בט"ו וְעַד כַּמָּה (לְעֵיל מְגִילָּה דַּף ב ע"ב) א"ר יִרְמְיָה מִיל:
Guemara : « Où cela est-il suggéré ? » Rav Chemen bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le verset dit « pour maintenir ces jours de Pourim en leurs temps » (bi-zmaneihem) — plusieurs temps ont été institués pour eux par les Sages. Et dis [pourquoi pas] de très nombreux temps ? bi-zmaneihem est semblable à zmanam : de même que zmanam en désigne deux, de même bi-zmaneihem en désigne deux. Et dis [pourquoi pas] le douze et le treize ? Rav Chemouel bar Its'haq a dit : le treize est le temps du rassemblement pour tous. Rachi explique : parce qu'ils se sont rassemblés pour défendre leur vie, et qu'un verset n'est donc pas nécessaire [pour permettre d'y lire]. Cela n'est pas clair : même s'ils se sont rassemblés ce jour-là, du moment que la lecture a été fixée au 14 et au 15, d'où saurions-nous qu'on peut lire ce jour-là ? De plus, ce n'est pas le temps de la guerre qui fonde la lecture, mais le temps du repos, ainsi qu'il est écrit « comme les jours où les Juifs se reposèrent, etc. » Il semble au Ri que la sougya de notre Guemara est du même ordre que celle du Talmud de Jérusalem (halakha 1), qui objecte là-bas à la réponse tirée de « comme les jours où ils se reposèrent » : et dis [pourquoi pas] le 12 et le 13, en face du 14 et du 15 ? Et Rabbi Helbo répond : le 13 est un temps de guerre, et il témoigne de lui-même qu'il n'y a pas de repos. C'est-à-dire : il n'y a pas lieu de l'inclure, car ces jours-là ne furent pas « comme les jours où ils se reposèrent ». Et alors, qu'on n'y lise donc pas ? [Réponse :] avant et après [le temps fixé] on lit ; le [13] lui-même, on n'y lit pas. Ainsi peut-on également expliquer notre sougya : « le temps du rassemblement » signifie le temps de la guerre ; il n'y a pas lieu de l'inclure ni à partir de « comme les jours où ils se reposèrent », ni à partir de bi-zmaneihem, qui suggère d'autres temps semblables à ceux-ci, où il y eut repos ; et un verset n'est pas nécessaire pour l'inclure, car de toute façon on lit, cela découlant d'un kal va-homer, comme il est dit dans le Talmud de Jérusalem. Cela n'est pas clair pour Rabbenou Tam : il aurait fallu dire « c'est un temps de guerre » ; en outre, le propos « et un verset n'est pas nécessaire pour l'inclure » lui fait difficulté, car le Talmud n'a pas coutume de contredire ainsi ses propres termes, puisque le kal va-homer n'est pas mentionné dans notre Guemara. Rabbenou Tam explique donc : « le treize est le temps du rassemblement pour tous » signifie que tous se rassemblent pour le jeûne d'Esther, les villageois venant dans les villes dire selihot et supplications, parce que c'est ce jour-là qu'ils se sont rassemblés pour défendre leur vie et qu'ils avaient besoin de miséricorde. De même trouvons-nous que Moche jeûna lorsqu'il combattit Amaleq, ainsi qu'il est écrit « et Moche, Aharon et Hour montèrent au sommet de la colline », d'où l'on derache au traité Taanit qu'un jeûne public requiert trois [personnes]. De là, Rabbenou Tam voit un appui pour le jeûne d'Esther que nous observons, à l'image de ce que l'on fit aux jours de Mordekhai et d'Esther lorsque les Juifs se rassemblèrent pour défendre leur vie ; et nous ne lui avons trouvé d'appui nulle part ailleurs qu'ici. Quant au fait que nous avançons le jeûne au jeudi lorsque Pourim tombe à l'issue du chabbat, sans le faire la veille du chabbat, cela se trouve dans une réponse des Gueonim : parce qu'on a coutume de multiplier lors du jeûne les selihot et les supplications, ce qui ne convient pas la veille du chabbat, où l'on ne pourrait plus se donner de peine pour l'honneur du chabbat. Et au traité Soferim (chap. 17, halakha 4) il est dit que nos maîtres d'Occident jeûnent en Adar les trois jeûnes d'Esther, bien que ceux-là aient eu lieu en Nissan : ils ne voulaient pas jeûner en Nissan, où nos pères furent délivrés et où le Michkan fut érigé. « Et dis [pourquoi pas] le seize et le dix-sept ? Le verset dit : et il ne sera pas outrepassé. » Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ce sont les paroles de Rabbi Akiva, [énoncé] anonyme ; mais les Sages disent : de nos jours, puisqu'on se fie à elle, on ne la lit qu'en son temps. C'est-à-dire : puisque les yeux des pauvres sont tournés vers la lecture de la Meguila, en vue de leur distribuer l'argent de Pourim le jour de sa lecture, on ne lit donc qu'en son temps ; car si on la lisait avant son temps, on leur distribuerait l'argent de Pourim le jour de la lecture, comme nous le disons plus loin (Meguila 4b) : on collecte le jour même et on distribue le jour même, et l'argent serait dépensé avant le 14, si bien qu'ils n'auraient plus de quoi se réjouir à Pourim ; or nous disons plus loin (Meguila 5a) que la réjouissance ne s'observe qu'en son temps. Et ce que nous disons « de nos jours », c'est parce que les pauvres y sont nombreux. Certains ont pour version « puisqu'on court un danger à cause d'elle », c'est-à-dire : à l'époque où Israël pouvait tenir ses lois sans en venir au danger, on lisait le 11, le 12 et le 13 ; mais de nos jours on ne la lit qu'en son temps, qui est le 14 et le 15. Et telle est la halakha. « Les villes fortes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun la lisent le quinze. » D'où le tenons-nous ? Rava a dit : car le verset dit « c'est pourquoi les Juifs perazim, etc. » ; puisque les perazim [lisent] le quatorze, les villes entourées d'une muraille [lisent] le quinze. Et Chouchan, bien qu'elle ne soit pas entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, lit le 15. Pour quelle raison ? Puisqu'un miracle s'y est produit : « et les Juifs qui étaient à Chouchan se rassemblèrent le treizième jour et le quatorzième, et se reposèrent le quinzième, etc. » Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh, et tout ce qui lui est attenant même sans être visible avec lui — par exemple lorsque la ville est située dans un vallon — ou tout ce qui est visible avec lui même sans lui être attenant — par exemple lorsqu'elle est située au sommet de la montagne — est jugé comme le kerakh et l'on y lit le 15. Et jusqu'à quelle distance ? (plus haut, Meguila 2b) Rabbi Yirmeya a dit : un mil.
💡 Explication

La michna fixe deux dates ; le texte d'Esther n'en assigne explicitement qu'une. Rava raisonne par différence : deux jours figurent dans la Meguila, le verset attribue le 14 aux perazim (villes ouvertes), donc le 15 revient aux mouqafim (villes entourées d'une muraille).

La déduction repose sur un reste, non sur une mention directe ; c'est pourquoi la Guemara va la mettre à l'épreuve quatre fois de suite.

🖼️ Schéma
Rava : le 15 se déduit par différence du verset des perazim Esther 9,19 : C'est pourquoi les Juifs perazim, qui habitent les villes ouvertes, font du quatorzième jour du mois d'Adar un jour de joie et de festin. Ce que le verset dit Les villes ouvertes : le 14. Fixation explicite. Ce qu'il laisse entendre Deux jours figurent dans la Meguila. Le 14 pris, reste le 15 aux murées. Fragilité de la déduction Elle repose sur un reste, non sur une mention. La Guemara va donc tester quatre autres répartitions possibles du reste avant d'accepter le 15 : rien, les deux jours, au choix, ou le 13.
La déduction de Rava et le point faible qu'elle expose.
7
וְאֵימָא: פְּרָזִים בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר, מֻוקָּפִין כְּלָל כְּלָל לָא! וְלָאו יִשְׂרָאֵל נִינְהוּ? וְעוֹד: ״מֵהֹודּוּ וְעַד כּוּשׁ״ כְּתִיב.

Et dis [plutôt] : les perazim le quatorze, et les mouqafim pas du tout ! Mais ne sont-ils pas des Juifs ?

Et de plus, il est écrit « de Hodou jusqu'à Kouch » (Esther 1,1).

📜 Rachi (2)
כְּלָל כְּלָל לֹא וַחֲמִשָּׁה עָשָׂר דִּכְתִיב בִּמְגִילָּה שַׁדְייֵהּ לְשׁוּשָׁן כְּדֶרֶךְ שֶׁנָּחוּ בּוֹ בִּשְׁעַת הַנֵּס:
Pas du tout — et le quinze écrit dans la Meguila, rejette-le sur Chouchan, à la manière dont ils s'y sont reposés au moment du miracle.
מֵהֹודּוּ וְעַד כּוּשׁ כְּתִיב שֶׁקִּיבְּלוּ עֲלֵיהֶם פּוּרִים דִּכְתִיב וַיִּשְׁלַח סְפָרִים בְּכָל מְדִינוֹת הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְגוֹ' לְקַייֵּם עֲלֵיהֶם ואע"ג דְּלָא כְּתַב הוֹדוּ וְכוּשׁ בְּהַאי קְרָא כֵּיוָן דִּכְתִיב בְּכָל מְדִינוֹת הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ. הֲרֵי מֵהֹודּוּ וְעַד כּוּשׁ:
« De Hodou jusqu'à Kouch » est écrit — car ils ont accepté sur eux Pourim, ainsi qu'il est écrit « et il envoya des lettres dans toutes les provinces du roi Assuérus, etc., pour qu'ils prennent sur eux » ; et bien que Hodou et Kouch ne soient pas écrits dans ce verset-là, puisqu'il est écrit « dans toutes les provinces du roi Assuérus », cela revient à « de Hodou jusqu'à Kouch ».
💡 Explication

Première répartition concurrente : le verset fixerait le 14 aux villes ouvertes et laisserait les villes murées hors de la fête. Deux refus : elles sont juives comme les autres, et le décret d'Esther a été accepté dans toutes les provinces du royaume, de Hodou à Kouch.

8
וְאֵימָא: פְּרָזִים בְּאַרְבֵּיסַר מֻוקָּפִין בְּאַרְבֵּיסַר וּבַחֲמֵיסַר, כְּדִכְתִיב: ״לִהְיוֹת עֹושִׂים אֵת יוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר לְחֹדֶשׁ אֲדָר וְאֵת יוֹם חֲמִשָּׁה עָשָׂר [בּוֹ] בְּכָל שָׁנָה״!

Et dis [plutôt] : les perazim le quatorze, et les mouqafim le quatorze et le quinze, comme il est écrit : « pour qu'ils fassent du quatorzième jour du mois d'Adar et du quinzième jour du même [mois], chaque année » (Esther 9,21) !

📜 Rachi (1)
כְּדִכְתִיב לִהְיוֹת עוֹשִׂים מַסְּקָנָא דְּקֻושְׁיָא הִיא וְלֹא תֵּירוּצָא הוּא:
« Comme il est écrit : pour qu'ils fassent » — c'est la conclusion de la question, non une réponse.
💡 Explication

Deuxième répartition : les villes murées observeraient les deux jours. Le verset cité semble en effet joindre les deux dates dans une même prescription. Rachi prévient : cette citation appartient à la question, elle n'est pas encore une réponse.

9
אִי הֲוָה כְּתַב ״אֵת יוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר וַחֲמִשָּׁה עָשָׂר״ — כִּדְקָאָמְרַתְּ, הַשְׁתָּא דִּכְתִיב ״אֵת יוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר וְאֵת יוֹם חֲמִשָּׁה עָשָׂר״ — אֲתָא ״אֶת״ וּפְסִיק: הָנֵי בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר, וְהָנֵי בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר.

S'il avait écrit « le quatorzième jour et le quinzième », ce serait comme tu dis ; maintenant qu'il est écrit « le quatorzième jour et le quinzième jour », le mot « et » vient couper : ceux-ci le quatorze, ceux-là le quinze.

💡 Explication

Argument de syntaxe. La reprise de la particule d'accusatif et devant chaque date sépare les deux jours au lieu de les additionner : deux prescriptions distinctes pour deux populations distinctes.

🖼️ Schéma
Les quatre répartitions écartées (seg. 6 à 10) Chaque hypothèse est une autre façon de remplir le blanc laissé par le verset. 1. Les villes murées ne lisent pas du tout Rejet : ne sont-elles pas juives elles aussi ? Et le décret s'étend de Hodou jusqu'à Kouch, c'est-à-dire à toutes les provinces du royaume, sans exclure les villes murées. 2. Les villes murées lisent le 14 et le 15 Rejet : le verset écrit et le quatorzième jour ET le quinzième jour. La reprise du mot et coupe entre les deux dates au lieu de les cumuler : ceux-ci le 14, ceux-là le 15. 3. Les villes murées choisissent le 14 ou le 15 Rejet : bi-zmaneihem, en leurs temps, au pluriel distributif. Le temps de celui-ci n'est pas le temps de celui-là : chaque catégorie a une date assignée, pas une option. 4. Les villes murées lisent le 13 Rejet : comme Chouchan. Rien dans le texte n'indique la date des villes murées ; le seul précédent explicite est Chouchan, qui s'est reposée et a fête le 15.
Les quatre répartitions concurrentes et leur réfutation.
10
וְאֵימָא: פְּרָזִים — בְּאַרְבֵּיסַר, מֻוקָּפִין — אִי בָּעוּ בְּאַרְבֵּיסַר, אִי בָּעוּ בַּחֲמֵיסַר! אֲמַר קְרָא ״בִּזְמַנֵּיהֶם״, זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה לֹא זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה.

Et dis [plutôt] : les perazim le quatorze ; les mouqafim, s'ils veulent le quatorze, s'ils veulent le quinze ! Le verset dit « en leurs temps » : le temps de celui-ci n'est pas le temps de celui-là.

📜 Rachi (1)
וְאֵימָא פְּרָזִים בי"ד דְּהָא קַבְעִינְהוּ קְרָא אֲבָל מֻוקָּפִין דְּלָא קַבְעִינְהוּ קְרָא אִי בָּעוּ בְּאַרְבֵּיסַר לִיקְּרוּ אִי בָּעוּ בַּחֲמֵיסַר לִיקְּרוּ:
« Et dis : les perazim le 14 » — car le verset les a fixés ; mais les mouqafim, que le verset n'a pas fixés, s'ils veulent qu'ils lisent le quatorze, s'ils veulent qu'ils lisent le quinze.
💡 Explication

Troisième répartition : le verset n'aurait fixé que les villes ouvertes et laisserait les autres choisir. Refus par bi-zmaneihem (Esther 9,31), pluriel distributif : chaque catégorie a son temps propre, ce qui exclut toute option.

11
וְאֵימָא בִּתְלֵיסַר! כְּשׁוּשָׁן.

Et dis [plutôt] : le treize ! — Comme Chouchan.

📜 Rachi (2)
וְאֵימָא מֻוקָּפִין בי"ג וּקְרָא דִּכְתִיב בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר לְשׁוּשָׁן הוּא דְּקָבַע כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשׂוּ בט"ו בְּשָׁנָה רִאשׁוֹנָה:
« Et dis : les mouqafim le 13 » — et le verset qui écrit le quinze, c'est pour Chouchan qu'il fixe, à la manière dont ils ont fait le 15 la première année.
וּמְשַׁנֵּי כְּשׁוּשָׁן כֵּיוָן דְּלָא רָמַז לְךָ הַכָּתוּב זְמַן הַמֻּוקָּפִין אֵימַת הוּא וְאַשְׁכְּחַן שׁוּשַׁן שֶׁעָשׂוּ בט"ו מִסְתַּבְּרָא שֶׁאוֹתוֹ הַיּוֹם שִׁיֵּיר לְמֻוקָּפִין:
Et il répond : comme Chouchan — puisque l'Écriture ne t'a pas indiqué quel est le temps des mouqafim, et que nous trouvons Chouchan qui a fait le 15, il est logique que ce soit ce jour-là qu'elle ait réservé aux mouqafim.
💡 Explication

Quatrième répartition : le jour réservé aux villes murées serait le 13, jour du combat. Réponse : aucune indication textuelle ne fixe leur date, et le seul précédent explicite est Chouchan, qui a célébré le 15.

12
אַשְׁכְּחַן עֲשִׂייָּה, זְכִירָה מִנָּלַן? אֲמַר קְרָא: ״וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים וְנַעֲשִׂים״, אִיתַּקַּשׁ זְכִירָה לַעֲשִׂיָּיה.

Nous avons trouvé [la source de] l'accomplissement ; le rappel, d'où [le tirons-nous] ? Le verset dit : « Et ces jours sont rappelés et accomplis » (Esther 9,28) — le rappel est mis en analogie avec l'accomplissement.

📜 Rachi (4)
אַשְׁכְּחַן עֲשִׂיָּיה דְּמִשְׁתֶּה וְיוֹם טוֹב שֶׁתְּהֵא לַפְּרָזִים בי"ד וּמֻוקָּפִין בט"ו:
Nous avons trouvé l'accomplissement — à savoir le festin et le jour de fête, qui a lieu pour les perazim le 14 et pour les mouqafim le 15.
זְכִירָה קְרִיאַת הַמְּגִילָּה:
Le rappel — la lecture de la Meguila.
מִנָּלַן שֶׁנִּקְבַּע לָהֶם זְמַן לַפְּרָזִים בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר הָא בְּהַאי קְרָא דְּעַל כֵּן הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים הַיֹּושְׁבִים בְּעָרֵי הַפְּרָזוֹת עֹושִׂים אֵת יוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר וְגוֹ' עֲשִׂיָּיה הוּא דִּכְתִיבָא:
D'où le tenons-nous — qu'un temps leur a été fixé, aux perazim le quatorze ; car dans ce verset « c'est pourquoi les Juifs perazim qui habitent les villes ouvertes font du quatorzième jour, etc. », c'est l'accomplissement qui est écrit.
אִיתַּקַּשׁ זְכִירָה לַעֲשִׂיָּיה הִלְכָּךְ זְמַן אֶחָד לָהֶם:
Le rappel est mis en analogie avec l'accomplissement — par conséquent, ils ont un seul et même temps.
💡 Explication

Tout ce qui précède ne portait que sur l'assiya : le festin et le jour de fête. La zekhira, c'est-à-dire la lecture de la Meguila, n'avait pas encore de date. Le verset associe les deux mots dans une même proposition, ce qui fonde un heqech : même jour pour l'un et pour l'autre.

13
מַתְנִיתִין דְּלָא כִי הַאי תַנָּא. דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה אוֹמֵר: כְּרַכִּין הַמֻּוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ קוֹרִין בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר.

Notre michna n'est pas conforme à ce tana-là. Car il a été enseigné : Rabbi Yehochoua ben Korha dit : les villes fortes entourées d'une muraille depuis les jours d'Assuérus lisent le quinze.

💡 Explication

Nouveau développement. Une baraita retient un autre point de référence : la muraille doit exister à l'époque d'Assuérus, non à celle de Yehochoua bin Noun. La règle des deux dates est commune, le critère de datation change.

14
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה? כִּי שׁוּשַׁן. מַה שׁוּשָׁן מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְקוֹרִין בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר — אַף כֹּל שֶׁמֻּוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ קוֹרִין בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר.

Quel est le motif de Rabbi Yehochoua ben Korha ? [Toute ville] comme Chouchan : de même que Chouchan est entourée d'une muraille depuis les jours d'Assuérus et qu'on y lit le quinze, de même toute [ville] entourée d'une muraille depuis les jours d'Assuérus lit le quinze.

💡 Explication

Raisonnement par modèle : Chouchan est le seul cas dont l'Écriture atteste la date. On généralise à partir de ses caractéristiques, dont sa muraille contemporaine d'Assuérus.

15
וְתַנָּא דִּידַן, מַאי טַעְמָא? יָלֵיף ״פְּרָזִי״ ״פְּרָזִי״. כְּתִיב הָכָא: ״עַל כֵּן הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים״, וּכְתִיב הָתָם: ״לְבַד מֵעָרֵי הַפְּרָזִי הַרְבֵּה מְאֹד״. מַה לְהַלָּן מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן, אַף כָּאן מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן.

Et notre tana, quel est son motif ? Il tire [une analogie] « perazi »-« perazi ».

Il est écrit ici : « c'est pourquoi les Juifs perazim » (Esther 9,19), et il est écrit là-bas : « outre les villes ouvertes, fort nombreuses » (Devarim 3,5). De même que là-bas [il s'agit d'une ville] entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, de même ici : entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun.

📜 Rachi (3)
וּכְתִיב הָתָם בְּבִיאַת הָאָרֶץ בִּימֵי מֹשֶׁה וִיהוֹשֻׁעַ לְבַד מֵעָרֵי הַפְּרָזִי הַרְבֵּה מְאֹד:
Et il est écrit là-bas — à propos de l'entrée en Terre [d'Israël], aux jours de Moche et de Yehochoua : « outre les villes ouvertes, fort nombreuses ».
מַה לְהַלָּן מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ וְלָא גָּרְסִינַן מַה לְהַלָּן מֻוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ דְּהָא פְּרָזִים לָאו מֻוקָּפִין חוֹמָה נִינְהוּ:
De même que là-bas, depuis les jours de Yehochoua — et l'on ne lit pas « de même que là-bas, entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua », car les perazim ne sont précisément pas entourées d'une muraille.
אַף כָּאן מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ אַף פְּרָזִים הָאָמוּר כָּאן בְּמַעֲשֵׂה הַמָּן בִּפְרָזִי דִּיהוֹשֻׁעַ קָאָמַר ואע"ג דִּלְאַחַר כֵּן נַעֲשָׂה מֻוקָּף הָוֵי פְּרָזִים לְעִנְיַן מְגִילָּה:
De même ici, depuis les jours de Yehochoua — les perazim mentionnés ici, dans l'affaire de Haman, renvoient eux aussi aux perazi de Yehochoua ; et même si [la ville] a été ensuite entourée d'une muraille, elle demeure perazim pour ce qui est de la Meguila.
💡 Explication

Gezera chava : un même mot présent dans deux versets transporte la définition de l'un vers l'autre. Le mot perazi figure chez Moche à propos de la conquête ; sa définition y est datée de l'époque de Yehochoua bin Noun, et cette datation vient s'appliquer au verset d'Esther.

Rachi rectifie la formulation : le verset de Devarim parle des villes ouvertes, pas des villes murées ; l'analogie porte sur la date de référence, non sur la muraille. Conséquence : une ville ouverte à l'époque de Yehochoua reste perazim pour la Meguila même si elle a été murée depuis.

🖼️ Schéma
La gezera chava perazi - perazi Un mot identique dans deux versets transporte la définition de l'un vers l'autre. Verset source : Devarim 3,5 Villes fortifiées de hautes murailles, outre les villes ouvertes (arei ha-perazi). Contexte : la conquête, époque de Moche et de Yehochoua bin Noun. Verset cible : Esther 9,19 C'est pourquoi les Juifs perazim, habitant les villes ouvertes. Contexte : l'affaire de Haman, environ mille ans plus tard. perazi Ce que la gezera chava impose Le mot perazim d'Esther se lit avec la définition de Devarim : ouverte à l'époque de Yehochoua. Conséquence relevée par Rachi : une ville ouverte alors mais murée depuis reste perazim pour la Meguila. Réserve de R. Yehochoua ben Korha : nul ne produit une gezera chava qu'il n'a pas reçue de son maître.
Mécanisme de la gezera chava perazi - perazi.
16
בִּשְׁלָמָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה לָא אָמַר כְּתַנָּא דִּידַן — דְּלֵית לֵיהּ ״פְּרָזִי״ ״פְּרָזִי״, אֶלָּא תַּנָּא דִּידַן מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה?

Certes, Rabbi Yehochoua ben Korha n'a pas dit comme notre tana, parce qu'il n'admet pas [l'analogie] « perazi »-« perazi ». Mais notre tana, quel est son motif de ne pas dire comme Rabbi Yehochoua ben Korha ?

📜 Rachi (1)
פְּרָזִי פְּרָזִי לָא גְּמִיר גְּזֵירָה שָׁוָה מֵרַבֵּיהּ וְאֵין אָדָם דָּן גְּזֵירָה שָׁוָה מֵעַצְמוֹ אֶלָּא אִם כֵּן קִיבְּלָהּ מֵרַבּוֹ:
« Perazi »-« perazi » — il n'a pas reçu cette gezera chava de son maître ; et nul ne déduit une gezera chava de lui-même, à moins de l'avoir reçue de son maître.
💡 Explication

Un sens du désaccord s'explique aisément : une gezera chava ne se produit pas de soi-même, elle doit avoir été reçue d'un maître ; Rabbi Yehochoua ben Korha ne l'a pas reçue. Reste à expliquer l'autre sens.

17
מַאי טַעְמָא?! דְּהָא אִית לֵיהּ ״פְּרָזִי״ ״פְּרָזִי״! הָכִי קָאָמַר: אֶלָּא שׁוּשָׁן, דְּעַבְדָּא כְּמַאן? לָא כִּפְרָזִים וְלָא כְּמֻוקָּפִין!

Quel est son motif ?! Mais il admet [l'analogie] « perazi »-« perazi » !

Voici ce qu'il dit : mais Chouchan, selon qui a-t-elle agi ? Ni comme les perazim, ni comme les mouqafim !

📜 Rachi (1)
הָכִי קָאָמַר אֶלָּא שׁוּשָׁן דְּעָבְדָה כְּמַאן אִי יָלְפִינַן הַךְ גְּזֵירָה שָׁוָה הֵיאַךְ עָשׂוּ אוֹתָן שֶׁבְּשׁוּשָׁן בט"ו הָא פְּרָזִי הוּא וְלָא יָדְעִינַן בָּהּ שֶׁהֻוקְּפָה מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ:
Voici ce qu'il dit : mais Chouchan, selon qui a-t-elle agi — si nous tirons cette gezera chava, comment ceux de Chouchan ont-ils fait le 15 ? Elle est perazi, et nous ne savons pas d'elle qu'elle ait été entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua.
💡 Explication

La question précédente était mal posée : la gezera chava suffit à expliquer le refus. La vraie difficulté porte sur Chouchan : selon notre tana, elle n'était pas murée depuis Yehochoua, donc elle est perazim et devrait lire le 14 ; or elle a lu le 15.

18
אָמַר רָבָא, וְאָמְרִי לָהּ כְּדֵי: שָׁאנֵי שׁוּשָׁן — הוֹאִיל וְנַעֲשָׂה בָּהּ נֵס.

Rava a dit, et certains le rapportent sans nom : Chouchan est différente, puisqu'un miracle s'y est produit.

📜 Rachi (1)
הוֹאִיל וְנַעֲשָׂה בָּהּ נֵס שֶׁנִּיתַּן לָהֶם גַּם מָחָר לַעֲשׂוֹת כַּדָּת הַיּוֹם לַהֲרֹוג בְּשׂוֹנְאֵיהֶם שְׁנֵי יָמִים עַל כָּרְחָן לֹא נָחוּ עַד ט"ו וְכָךְ קְבָעוּהָ לְדוֹרוֹת:
Puisqu'un miracle s'y est produit — car il leur fut accordé « demain aussi » d'agir selon la loi de ce jour, tuant leurs ennemis deux jours durant ; ils ne se sont donc forcément reposés que le 15, et c'est ainsi qu'ils l'ont fixé pour les générations.
💡 Explication

Chouchan constitue un cas propre. Le roi y accorda un second jour de combat ; le repos n'y vint donc que le 15, et cette date y fut fixée pour les générations. Sa muraille n'entre pas en ligne de compte.

19
בִּשְׁלָמָא לְתַנָּא דִּידַן, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״מְדִינָה וּמְדִינָה וְעִיר וָעִיר״. ״מְדִינָה וּמְדִינָה״ — לְחַלֵּק בֵּין מֻוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן לְמֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ.

Certes, selon notre tana, voilà ce qui est écrit : « chaque province et chaque ville » (Esther 9,28). « Province et province » — pour distinguer entre celles qui sont entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun et celle qui est entourée d'une muraille depuis les jours d'Assuérus.

📜 Rachi (1)
מְדִינָה וּמְדִינָה עִיר וְעִיר גַּבֵּי זְכִירָה וַעֲשִׂייָּה כְּתִיב וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים וְנַעֲשִׂים וְגוֹ' מַשְׁמַע מְדִינָה וּמְדִינָה כְּמִנְהָגָהּ וְעִיר וְעִיר כְּמִנְהָגָהּ לָמַדְנוּ שֶׁיֵּשׁ מִנְהָג חָלוּק בִּמְדִינוֹת וּמִנְהָג חָלוּק בָּעֲיָירוֹת לְחַלֵּק בֵּין שׁוּשָׁן לִשְׁאָר עֲייָרוֹת ואע"פ שֶׁאַף הִיא בִּכְלַל פְּרָזִים הֻוקְבְּעָה בט"ו:
« Province et province, ville et ville » — c'est à propos du rappel et de l'accomplissement qu'il est écrit « et ces jours sont rappelés et accomplis, etc. » ; cela signifie : chaque province selon sa coutume et chaque ville selon sa coutume. Nous apprenons ainsi qu'il existe une coutume distincte selon les provinces et une coutume distincte selon les villes, pour distinguer entre Chouchan et les autres villes : bien qu'elle soit elle aussi comprise dans les perazim, elle a été fixée au 15.
💡 Explication

Le verset redouble deux mots : médina u-médina et ir va-ir. Un redoublement de ce type se lit comme une invitation à distinguer des cas. Selon notre tana, le premier oppose les deux datations possibles de la muraille.

20
״עִיר וְעִיר״ נָמֵי, לְחַלֵּק בֵּין שׁוּשָׁן לִשְׁאָר עֲייָרוֹת. אֶלָּא לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה, בִּשְׁלָמָא ״מְדִינָה וּמְדִינָה״ — לְחַלֵּק בֵּין שׁוּשָׁן לִשְׁאָר עֲיָירוֹת, אֶלָּא ״עִיר וְעִיר״ לְמַאי אֲתָא?

« Ville et ville » également, pour distinguer entre Chouchan et les autres villes. Mais selon Rabbi Yehochoua ben Korha : certes, « province et province » [sert] à distinguer entre Chouchan et les autres villes ; mais « ville et ville », à quoi vient-il ?

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִינַן: אֶלָּא לְר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה בִּשְׁלָמָא מְדִינָה וּמְדִינָה לְחַלֵּק בֵּין מֻוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְשֶׁאֵין מֻוקָּפִין מֵימוֹת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ:
Voici la leçon : « Mais selon Rabbi Yehochoua ben Korha, certes, province et province [sert] à distinguer entre celles qui sont entourées d'une muraille depuis les jours d'Assuérus et celles qui ne le sont pas depuis les jours d'Assuérus. »
עִיר וְעִיר לְמַאי הֲרֵי כָּל הַפְּרָזִים שָׁוִין וְכָל הַמֻּוקָּפִין שָׁוִים וְאֵין חִילּוּק בֵּין עִיר וְעִיר:
« Ville et ville », pour quoi — car tous les perazim sont semblables et tous les mouqafim sont semblables, et il n'y a pas de distinction entre une ville et une autre.
💡 Explication

Notre tana emploie les deux redoublements : le premier pour la datation, le second pour le statut particulier de Chouchan. Rabbi Yehochoua ben Korha, qui n'a qu'une distinction à faire, se retrouve avec un redoublement sans emploi.

21
אָמַר לְךָ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: וּלְתַנָּא דִּידַן מִי נִיחָא? כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ ״פְּרָזִי״ ״פְּרָזִי״ — ״מְדִינָה וּמְדִינָה״ לָמָּה לִי? אֶלָּא קְרָא לִדְרָשָׁה הוּא דַּאֲתָא, וְכִדְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי הוּא דַּאֲתָא. דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּרַךְ, וְכָל הַסָּמוּךְ לוֹ, וְכָל הַנִּרְאֶה עִמּוֹ — נִידּוֹן כִּכְרַךְ.

Rabbi Yehochoua ben Korha peut te dire : et selon notre tana, cela va-t-il bien ? Puisqu'il admet [l'analogie] « perazi »-« perazi », à quoi bon « province et province » ?

Mais le verset vient pour un derach, et c'est pour [enseigner] ce qu'a dit Rabbi Yehochoua ben Levi qu'il vient. Car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh, et tout ce qui lui est attenant, et tout ce qui est visible avec lui, est jugé comme le kerakh.

📜 Rachi (2)
וְכַר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי וּבְחִלּוּק לָא אַייְרֵי כְּלָל אֶלָּא ה"ק כָּל עִיר וְעִיר הַסָּמוּךְ לַמְּדִינָה שֶׁתְּהֵא כְּמוֹתָהּ:
Et comme Rabbi Yehochoua ben Levi — [le verset] ne traite pas du tout d'une distinction ; voici ce qu'il dit : toute ville attenante à la province, qu'elle soit comme elle.
נִידּוֹן כִּכְרַךְ וְקוֹרִין בט"ו הַסָּמוּךְ אע"ג שֶׁאֵינוֹ נִרְאֶה נִרְאֶה אע"פ שֶׁאֵינוֹ סָמוּךְ הָכִי מְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
Est jugé comme le kerakh — et ils lisent le 15 : l'attenant même s'il n'est pas visible, le visible même s'il n'est pas attenant ; ainsi l'explique-t-on plus loin.
💡 Explication

Renvoi de la difficulté : notre tana a lui aussi un redoublement en trop, puisque la gezera chava lui donne déjà la datation. Les deux maîtres lisent donc le verset autrement, comme la source de la règle de Rabbi Yehochoua ben Levi : le statut du kerakh s'étend à ce qui lui est attenant (samoukh) ou visible avec lui (nir'eh).

22
עַד כַּמָּה? אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא: כִּמְחִמָּתָן לִטְבֶרְיָא — מִיל. וְלֵימָא מִיל! הָא קָא מַשְׁמַע לַן: דְּשִׁיעוּרָא דְמִיל כַּמָּה הָוֵי — כִּמְחִמָּתָן לִטְבֶרְיָא.

Jusqu'à quelle [distance] ? Rabbi Yirmeya a dit, et certains disent Rabbi Hiya bar Abba : comme de Hamtan à Tibériade — un mil.

Qu'il dise donc « un mil » ! Il nous enseigne ceci : combien vaut la mesure d'un mil ?

Comme de Hamtan à Tibériade.

📜 Rachi (1)
עַד כַּמָּה חֲשִׁיב לָהּ סָמוּךְ:
Jusqu'à quelle distance — la considère-t-on comme attenante.
💡 Explication

La limite est fixée à un mil. Le détour par deux localités connues n'est pas une imprécision : il donne au passage un étalon concret de la mesure, utilisable pour toutes les halakhot où le mil intervient.

🖼️ Schéma
Kerakh : ce qui est attenant et ce qui est visible R. Yehochoua ben Levi : deux critères alternatifs, un rayon d'un mil. limite : un mil (Hamtan - Tibériade) Kerakh lit le 15 Attenant non visible (dans un vallon) Visible non attenant (sur la crête) Au-delà d'un mil lit le 14 Les deux critères ne se cumulent pas : l'attenant suffit même sans être vu, le vu suffit même sans être attenant. La formule Hamtan - Tibériade sert aussi d'étalon : elle enseigne au passage combien vaut un mil.
Attenant, visible, et la limite d'un mil autour du kerakh.
23
וְאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא: מִנִּצְפְךָ — צוֹפִים אֲמָרוּם.

Et Rabbi Yirmeya a dit, et certains disent Rabbi Hiya bar Abba : mantzepakh — ce sont les Tsofim (les voyants) qui les ont dites.

📜 Rachi (2)
מנצפ"ך כֶּפֶל אוֹתִיּוֹת:
Mantzepakh — le redoublement des lettres.
צוֹפִים אֲמָרוּם נְבִיאֵי הַדּוֹרוֹת:
Ce sont les Tsofim qui les ont dites — les prophètes des générations.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מנצפ"ך צוֹפִים אֲמָרוּם. לְעֵיל בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת דַּף ק"ד כָּתַבְתִּי טַעַם בְּהָא דְּנָקְטִי לְהוּ שֶׁלֹּא כְּסִדְרָן יְעֻויַּן שָׁם. וּבְשֵׁם הראב"ע [הָרַבִּי אַבְרָהָם בֶּן עֶזְרָא] זַ"ל כָּתְבוּ דְּנָקְטִי לְהוּ עַל פִּי סֵדֶר ה' מֶלֶךְ, ה' מֶלֶךְ, ה' יִמְלֹוךְ, וְהוּא דֶּרֶךְ הַסּוֹד וְרֶמֶז דַּק.
« Mantzepakh — ce sont les Tsofim qui les ont dites. » Plus haut, au traité Chabbat, folio 104, j'ai écrit une raison au fait qu'on les énonce hors de leur ordre [alphabétique] ; qu'on s'y reporte. Et au nom du Raava (Rabbi Avraham ibn Ezra), de mémoire bénie, on a écrit qu'on les énonce selon l'ordre de « Hachem melekh, Hachem melekh, Hachem yimlokh » — et c'est une voie de sod (secret) et une allusion ténue.
💡 Explication

La Guemara enchaîne sur un autre propos du même maître. Mantzepakh désigne les cinq lettres qui prennent une forme différente en fin de mot : mem, noun, tsadi, pe, kaf. Selon Rabbi Yirmeya, ce sont les prophètes qui les ont énoncées.

24
וְתִסְבְּרָא? וְהָכְתִיב: ״אֵלֶּה הַמִּצְוֹת״, שֶׁאֵין נָבִיא רַשַּׁאי לְחַדֵּשׁ דָּבָר מֵעַתָּה? וְעוֹד, הָאָמַר רַב חִסְדָּא: מֵם וְסֶמֶךְ שֶׁבַּלּוּחוֹת

Et le penses-tu ? Or il est écrit : « Ce sont là les commandements » (Vayikra 27,34) — [enseignant] qu'aucun prophète n'est autorisé à innover quoi que ce soit désormais !

Et de plus, Rav Hisda n'a-t-il pas dit : le mem et le samekh qui étaient dans les Tables

🗂️ Tossefot (1)
וְעוֹד הָאָמַר רַב חִסְדָּא מֵ"ם וְסָמֶ"ךְ כו'. הַשְׁתָּא סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּמִנִּצְפְךָ מַיְירֵי בִּסְתוּמוֹת וְתֵימַהּ דִּבְמַסֶּכֶת שַׁבָּת פֶּרֶק הַבּוֹנֶה (שַׁבָּת דַּף קד. וְשָׁם) מַשְׁמַע אִיפְּכָא מִדְּקָאָמַר הָתָם בִּשְׁלָמָא פָּתוּחַ וַעֲשָׂאוֹ סָתוּם עִילּוּיַי עַלְּיוּהּ דְּאָמַר רַב חִסְדָּא כוּ' אֶלָּא סָתוּם וַעֲשָׂאוֹ פָּתוּחַ גָּרוֹעֵי גַּרְעֵיהּ דא"ר יִרְמְיָה מנצפ"ך [צוֹפִים אֲמָרוּם] אַלְמָא מנצפ"ך אַייְרֵי בִּפְתוּחוֹת ואור"י דִּגְמָ' [דְּשַׁבָּת] מַסִּיק לֵיהּ וְקָתָנֵי דְּיָדַע מִתְּחִילָּה מִילְּתֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא וְגַם אַיְירֵי לֵיהּ מֵעִיקָּרָא בִּפְתוּחוֹת הֻוצְרַךְ לְהַעֲמִיד מנצפ"ך בִּפְתוּחוֹת וְלֹא תִּקְשֶׁה דְּרַב חִסְדָּא וְהָכָא ה"ק וְתִסְבְּרָא וְהָכְתִיב אֵלֶּה הַמִּצְוֹת וְהַךְ קֻושְׁיָא אִיתּוֹתַב בֵּין בִּפְתוּחוֹת בֵּין בִּסְתוּמוֹת וְעוֹד את"ל דְּבִסְתוּמוֹת אַייְרֵי אַכַּתִּי תִּקְשֶׁה וְהָאָמַר רַב חִסְדָּא מֵ"ם וְסָמֶ"ךְ וְכוּ' וְכֵן פיר"ת וְזַ"ל שֶׁהִגִּיהַּ בְּסֵפֶר הַיָּשָׁר מנצפ"ך צוֹפִים אֲמָרוּם כְּמוֹ קוֹל צוּפַיִךְ (יְשַׁעְיָהוּ נב) נְבִיאִים. צוֹפִים מֵהַר אֶפְרַיִם (שְׁמוּאֵל א א). מִמָּאתַיִם נְבִיאִים (מְצֻופִּים) שֶׁעָמְדוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל וְהָיוּ צוֹפִים הַלָּלוּ לְאַחַר שֶׁשָּׂרַף אָמוֹן אֶת הַתּוֹרָה וּמִשּׁוּם לָשׁוֹן נוֹפֵל עַל הַלָּשׁוֹן נִקְרָא מנצפ"ך בִּלְשׁוֹן צוּפַיִךְ וְתִסְבְּרָא וְהָכְתִיב אֵלֶּה הַמִּצְוֹת וְעוֹד וְהָאָמַר רַב חִסְדָּא מֵ"ם וְסָמֶ"ךְ שֶׁבַּלּוּחוֹת וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי אִין מִהְוֵי הָוֵי וְלָא קַשְׁיָא מִידִי דְּרַבִּי יִרְמְיָה מוּקֵי לָהּ בִּסְתוּמוֹת וְכִי מָטֵי בִּמְגִילָּה פָּרִיךְ מֵהָא דְּרַב חִסְדָּא דְּהָכֵי אוֹרְחֵיהּ זִיל הָכָא קָא מְדַחֵי לֵיהּ מֵאֵלֶּה הַמִּצְוֹת נָמֵי פָּרֵיךְ וּמְשַׁנֵּי שַׁפִּיר וּמִתּוֹךְ הַסֻּוגְיָא דִּמְגִילָּה וְשַׁבָּת מוּכָח תַּרְוַייְהוּ וְרַבִּי יִרְמְיָה קָאָמַר מנצפ"ך צוֹפִים אֲמָרוּם אַפְּתוּחוֹת וְאַסְּתוּמוֹת וְכִדְמַסִּיק הַשַּׁ"ס:
« Et de plus, Rav Hisda n'a-t-il pas dit : le mem et le samekh, etc. » À ce stade, il te vient à l'esprit que mantzepakh porte sur les lettres fermées (setoumot). Étonnement : au traité Chabbat, chapitre ha-Boneh (104a et là-bas), il ressort l'inverse, puisqu'on y dit : « Certes, [si la lettre était] ouverte et qu'il l'a faite fermée, il l'a améliorée, car Rav Hisda a dit, etc. ; mais [si elle était] fermée et qu'il l'a faite ouverte, il l'a détériorée, car Rabbi Yirmeya a dit : mantzepakh, ce sont les Tsofim qui les ont dites » — d'où il ressort que mantzepakh porte sur les lettres ouvertes. Et le Ri a dit : la Guemara [de Chabbat] conclut ainsi et enseigne qu'elle connaissait dès le départ le propos de Rav Hisda ; et comme elle traitait dès l'abord des lettres ouvertes, elle a dû établir mantzepakh sur les ouvertes, afin que le propos de Rav Hisda ne fasse pas difficulté. Ici, voici ce qu'elle dit : « Et le penses-tu ? Or il est écrit : ce sont là les commandements » — et cette objection tient aussi bien pour les ouvertes que pour les fermées ; et de plus, même si tu disais qu'il s'agit des fermées, il resterait à objecter : « Or Rav Hisda n'a-t-il pas dit : le mem et le samekh, etc. » Ainsi a expliqué Rabbenou Tam, et voici ses termes — il a corrigé [le texte] dans le Sefer ha-Yachar : « Mantzepakh — ce sont les Tsofim qui les ont dites », comme « la voix de tes guetteurs (tsofayikh) » (Yechayahou 52), c'est-à-dire des prophètes ; « des Tsofim, de la montagne d'Éfrayim » (I Chemouel 1) — parmi les deux cents prophètes (tsofim) qui se levèrent pour Israël ; et ces tsofim vinrent après qu'Amon eut brûlé la Torah ; et par jeu de mots (lachon nofel al lachon) on les appelle mantzepakh, du langage de tsofayikh. « Et le penses-tu ? Or il est écrit : ce sont là les commandements ; et de plus, Rav Hisda n'a-t-il pas dit : le mem et le samekh qui étaient dans les Tables, etc. » Et l'on répond : oui, elles existaient bien, et rien ne fait difficulté, car Rabbi Yirmeya l'établit sur les lettres fermées ; et lorsque [la Guemara] en vient à Meguila, elle objecte à partir de ce propos de Rav Hisda, car telle est sa manière : va donc par là — elle l'écarte ; à partir de « ce sont là les commandements » elle objecte également, et elle répond convenablement. Et de là sougya de Meguila et de celle de Chabbat, les deux ressortent, et Rabbi Yirmeya dit : mantzepakh, ce sont les Tsofim qui les ont dites — pour les ouvertes comme pour les fermées, ainsi que le Talmud le conclut.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מֵ"ם וְסָמֶ"ךְ שֶׁבַּלּוּחוֹת בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִין. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהֶעֱמִיד הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ אוֹתִיּוֹת אֵלּוּ בַּנֵּס, לִרְמֹוז שֶׁיַּעֲשֶׂה לָנוּ נֵס לְהַצִּילֵנוּ מִן מ"ס דִּפְלוֹנִי [ס מ א״ל] וּמִקְּלִיפַּת כֶּלֶב הַנִּקְרָא 'מַס' וּמֵשָׁר הַשִּׁכְחָה שֶׁנִּקְרָא 'מַס' בְּסוֹד מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (חֲגִיגָה ט:) אֵינוֹ דּוֹמֶה שׁוֹנֶה פִּרְקוֹ מֵאָה לְשׁוֹנֶה מֵאָה וְאֶחָד דְּגוֹבֵר עַל מַס [100] וַאֲנַחְנוּ נִיצּוֹלִים מִן שְׁלֹשָׁה מִינֵי מַס הַנִּזְכָּר עַל יְדֵי מֵ"ם וְסָמֶ"ךְ שֶׁבַּלּוּחוֹת שֶׁהֵם רוֹמְזִים לְבֵינָהּ וּתְבוּנָה, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁבֵּינָהּ וּתְבוּנָה מַסְמִים עֵינֵיהֶם שֶׁל הַקְּלִיפּוֹת כַּיָּדוּעַ, וּלְכָךְ בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִין.
« Le mem et le samekh qui étaient dans les Tables tenaient par miracle. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle Hachem, béni soit-Il, a fait tenir ces lettres par miracle est d'indiquer qu'Il fera pour nous un miracle en nous sauvant du mem-samekh d'un tel [l'accusateur], de la kelipa (écorce) du chien nommée « mas », et du ministre de l'oubli nommé « mas » — selon le sod de ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Haguiga 9b) : « Celui qui repasse son chapitre cent fois n'est pas comparable à celui qui le repasse cent une fois », car [cent une] l'emporte sur mas [dont la valeur numérique est cent]. Nous sommes sauvés des trois sortes de « mas » mentionnées par le mem et le samekh des Tables, qui font allusion à bina et tevouna, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie : bina et tevouna aveuglent les yeux des kelipot, comme on sait ; c'est pourquoi elles tenaient par miracle.
💡 Explication

Deux objections. La première est de principe : « ce sont là les commandements » clôt la révélation, un prophète n'introduit plus rien de nouveau. La seconde est factuelle : selon Rav Hisda, le mem fermé existait déjà dans les Tables du Sinaï, bien avant les prophètes. La phrase reste en suspens et se poursuit en 3a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).