Megillah 3a — Les Targoumim, la frayeur nocturne, et ce qu'on interrompt pour la Meguila

Megillah 3a

Sougya : Le folio solde d'abord la question laissée ouverte en 2b sur les lettres finales : les deux formes existaient bien au Sinaï, mais leur répartition avait été oubliée, et les Tsofim n'ont fait que la rétablir, faute de quoi ele ha-mitsvot interdirait toute innovation prophétique. La Guemara rapporte ensuite deux autres propos de Rabbi Yirmeya : l'origine des Targoumim — Onkelos pour la Torah, Yonatan ben Ouziel pour les prophètes, dont la traduction fit trembler la terre d'Israël parce qu'elle dévoilait de l'obscur — puis l'identité des hommes qui accompagnaient Daniel lors de sa vision.

De ce que leur mazal voyait ce qu'eux ne voyaient pas, Ravina tire une règle pratique contre la frayeur nocturne. Le folio revient enfin à la Meguila : le redoublement michpaha ou-michpaha enseigne que kohanim, Leviim et Israël interrompent le service du Temple pour venir l'écouter, d'où la maison de Rabbi déduit à plus forte raison qu'on interrompt le talmud Torah ; mais l'épisode de Yehochoua devant Jericho vient contester la prémisse, puisque le reproche de l'ange porte d'abord sur l'étude.

Le fil du folio : des lettres finales jusqu'à Yehochoua devant Jericho Trois propos de Rabbi Yirmeya, une digression sur la frayeur, puis retour à la lecture de la Meguila. 1. Objection restée ouverte depuis 2b Le mem et le samekh des Tables tenaient par miracle : les formes fermées existaient donc déjà au Sinaï. 2. Réponse, puis correction Les deux formes existaient, mais on ignorait leur place ; les Tsofim ont fixé ouverte au milieu, fermée à la fin. Objection : ele ha-mitsvot, aucun prophète n'innove. Conclusion : on les avait oubliées, puis rétablies. 3. Deuxième propos de Rabbi Yirmeya : les Targoumim Onkelos le converti pour la Torah, Yonatan ben Ouziel pour les Nevi'im ; la terre d'Israël tremble sur quatre cents parsa, une bat kol demande qui a dévoilé Ses secrets. Les Ketouvim restent interdits. 4. Pourquoi la Torah n'a-t-elle pas fait trembler la terre ? Dans la Torah le sens est explicite ; chez les prophètes il y a de l'explicite et de l'obscur. Exemple : le deuil de Hadadrimon dans la vallée de Meguidon, que seul le Targoum rend intelligible. 5. Troisième propos : les hommes de la vision de Daniel Ce sont Haggai, Zekharia et Malakhi. Ils lui sont supérieurs comme prophètes, il leur est supérieur car il a vu la vision. Ils ont pris peur parce que leur mazal, lui, a vu. 6. Ravina en tire une règle pratique Celui qui est saisi de frayeur sans cause visible : Chema, ou quatre coudées, ou la formule de la chèvre. 7. Retour à la Meguila : michpaha ou-michpaha Kohanim au service, Leviim sur l'estrade, Israël au maamad : tous interrompent et viennent écouter. La maison de Rabbi en tire un kal va-homer : on interrompt aussi le talmud Torah. 8. Objection : l'avoda est-elle vraiment plus lourde ? Le chef de l'armée de Hachem reproche à Yehochoua deux manquements et répond ata bâti, ce qui place le talmud Torah au-dessus du sacrifice quotidien.
Fil du folio : des lettres finales jusqu'au reproche adressé à Yehochoua.
Les trois parties de l'Écrit et leur Targoum Qui a traduit, de qui il l'a reçu, et pourquoi la terre n'a tremblé qu'une fois. Auteur Reçu de Réaction du Ciel Raison Torah Onkelos le converti Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua Aucun tremblement Le sens y est explicite : le Targoum ne dévoile rien qu'on ignorait. Nevi'im Yonatan ben Ouziel Haggai, Zekharia et Malakhi La terre tremble sur 400 parsa sur 400 parsa ; une bat kol interpelle. Des passages obscurs y deviennent clairs : ainsi Hadadrimon. Ketouvim Personne : la demande de Yonatan est refusée sans objet Une bat kol lui dit : dayekha, cela te suffit. Le livre de Daniel contient le ketz, le terme du machiah. Le tremblement suit le dévoilement : là où le texte était obscur, le traduire revient à livrer un secret.
Torah, Nevi'im, Ketouvim : qui a traduit, et pourquoi la terre n'a tremblé qu'une fois.
Qu'interrompt-on pour la lecture de la Meguila ? Le kal va-homer de la maison de Rabbi, et l'objection tirée de Yehochoua. Avoda au Temple Kohanim au service, Leviim sur l'estrade, Israël au maamad réputée la plus lourde on interrompt Mikra meguila tiré de michpaha ou-michpaha pirsoumei nissa à plus forte raison Talmud Torah on l'interrompt aussi, par kal va-homer Objection sur la prémisse du kal va-homer L'avoda est-elle vraiment plus lourde que le talmud Torah ? Le chef de l'armée de Hachem reproche à Yehochoua deux manquements : hier soir le tamid de l'après-midi, cette nuit l'étude. À la question sur laquelle des deux il est venu, il répond ata bâti, maintenant je suis venu. Ce qui en ressort Le manquement le plus grave est celui de l'étude : le talmud Torah l'emporte sur le sacrifice quotidien. Ce que cela coûte au raisonnement Si l'étude est plus lourde que l'avoda, le kal va-homer de la maison de Rabbi perd son appui ; la suite y répondra.
Le kal va-homer de la maison de Rabbi et l'objection qui vise sa prémisse.
1
בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִין!

— ils tenaient par miracle !

📜 Rachi (1)
בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִין שֶׁהָיְתָה חֲקִיקָתָן מִשְּׁנֵי עֶבְרֵיהֶן הִלְכָּךְ שְׁאָר אוֹתִיּוֹת יֵשׁ לָהֶן מָקוֹם דֶּבֶק אֶלָּא מֵ"ם וְסָמֶ"ךְ הָיְתָה בָּאֲוִיר (וְדַוְקָא בִּסְתוּמִים) וְאֶפְשָׁר הָיָה לוֹ לְתָרֵץ הַךְ (בָּרַיְיתָא) דְּרַב חִסְדָּא בְּסִתּוּמִין וְכִי אִתְּמַר הַךְ דְּרַבִּי יִרְמְיָה בְּפִתּוּחִין וְהָכִי מוּכָח בְּפֶרֶק הַבּוֹנֶה בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת אֶלָּא הָא פָּרֵיךְ לָהּ מִילְּתָא דְּשַׁוְיָא לְתַרְוַיְיהוּ:
Ils tenaient par miracle — car leur gravure traversait la pierre des deux côtés ; dès lors, les autres lettres ont un point d'attache, mais le mem et le samekh [leur partie centrale] tenait en l'air (et cela vaut précisément pour les formes fermées). Il aurait pu résoudre la difficulté en établissant ce [propos] de Rav Hisda sur les lettres fermées, et en disant que le propos de Rabbi Yirmeya, lui, portait sur les lettres ouvertes — et c'est ainsi qu'il ressort au chapitre ha-Boneh, au traité Chabbat. Mais il soulève ici une objection qui vaut pour les deux ensemble.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une objection commencée en 2b. Rav Hisda a enseigné que le mem et le samekh qui se trouvaient dans les Tables tenaient par miracle : la gravure traversait la pierre de part en part, de sorte que la partie centrale d'une lettre entièrement fermée ne tenait à rien. Si ces lettres fermées existaient déjà au Sinaï, comment dire que ce sont les Tsofim qui les ont instituées ?

2
אִין, מְהַוָּה הָווּ, וְלָא הֲווֹ יָדְעִי הֵי בְּאֶמְצַע תֵּיבָה וְהֵי בְּסוֹף תֵּיבָה, וַאֲתוֹ צוֹפִים וְתַקִּינוּ פְּתוּחִין בְּאֶמְצַע תֵּיבָה וּסְתוּמִין בְּסוֹף תֵּיבָה.

Oui, elles existaient bien, mais on ne savait pas laquelle [se met] au milieu du mot et laquelle à la fin du mot ; alors vinrent les Tsofim, qui instituèrent les [formes] ouvertes au milieu du mot et les [formes] fermées à la fin du mot.

📜 Rachi (1)
מְהַוָּה הָווּ כו' וְאוֹרְחָא דְּסֻוגְיָא דִּגְמָרָא (לְהַקְשׁוֹת) דָּבָר שֶׁאֵינוֹ עֵד דְּטָרַח וּמַעֲמִידָהּ עַל בֻּורְייָהּ מִפִּי רַבִּי ע"כ:
Elles existaient bien, etc. — et c'est la manière de la sougya du Talmud de soulever une difficulté sur une chose qui n'est pas [la conclusion], jusqu'à ce qu'elle se donne de la peine et établisse la chose dans sa vérité. Ainsi de la bouche de mon maître. Fin [de la glose].
💡 Explication

La Guemara corrige sa compréhension initiale : l'apport des Tsofim ne porte pas sur l'existence des lettres, mais sur leur répartition. Les deux formes, ouverte et fermée, existaient depuis toujours ; on ignorait seulement laquelle revient au milieu du mot et laquelle à la fin. Le propos de Rav Hisda sur les Tables cesse donc de faire difficulté.

🖼️ Schéma
Mantzepakh : ce que les Tsofim ont institué Les deux formes existaient déjà ; seule leur répartition manquait. Au milieu du mot formes ouvertes (petouhot) מ נ צ פ כ le tracé reste ouvert vers la gauche À la fin du mot formes fermées (setoumot) ם ן ץ ף ך le tracé descend ou se referme Pourquoi ce n'est pas une innovation prophétique Les prophètes n'ont pas créé de lettres : ele ha-mitsvot interdit d'innover. La Guemara conclut donc que la répartition avait été oubliée, et que les Tsofim l'ont rétablie.
Ce que les Tsofim ont institué : la place des formes, non les formes elles-mêmes.
3
סוֹף סוֹף ״אֵלֶּה הַמִּצְוֹת״, שֶׁאֵין נָבִיא עָתִיד לְחַדֵּשׁ דָּבָר מֵעַתָּה! אֶלָּא שְׁכָחוּם וְחָזְרוּ וְיִסְּדוּם.

En fin de compte, « ce sont là les commandements » (Vayikra 27,34) — [enseignant] qu'aucun prophète n'est autorisé à innover quoi que ce soit désormais ! Il faut donc dire qu'on les avait oubliées, puis qu'on est revenu et qu'on les a rétablies.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁכְּחֹום וְחָזְרוּ וְיִסְּדוּם. הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל כָּאן מַשְׁמַע כֹּל דְּלָא הָוֵי אֶלָּא רַק שִׁכְחָה אֵינוֹ נִקְרָא דָּבָר חָדָשׁ, וְזֶה הֵפֶךְ סֻוגְיָא דִּתְמוּרָה (תְּמוּרָה טז.) בְּאוֹתָם הֲלָכוֹת שֶׁנִּשְׁתַּכְּחוּ בִּימֵי אֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה דְּאָמְרוּ לִיהוֹשֻׁעַ שָׁאַל הֵשִׁיב אֵין נָבִיא רַשַּׁאי לְחַדֵּשׁ! יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַתֵּירוּץ פָּשׁוּט דְּהָכָא אַף עַל גַּב שֶׁנִּשְׁתַּכְּחוּ הִנֵּה הֵם מְצֻוִּים וּכְתוּבִים בַּלּוּחוֹת וּבְסֵפֶר תּוֹרָה שֶׁכָּתַב מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְהֻונַּח אֵצֶל הָאָרוֹן אֶלָּא שֶׁהֵם גְּנוּזִים בִּגְנִיזָה שֶׁגַּנָּזָם יֹאשִׁיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַשְׁבָּ"א בְּחִידּוּשָׁיו דְּצוֹפִים אֵלּוּ הֵם נְבִיאִים שֶׁהָיוּ אַחַר יֹאשִׁיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה. תֵּדַע מִדְּאַסְּקִינַן שֶׁכְּחֹום וְחָזְרוּ וְיִסְּדוּם וְעַד מַלְכוּת יֹאשִׁיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה הֵיאַךְ אֶפְשָׁר שֶׁשְּׁכָחוּם וַהֲלֹא סֵפֶר תּוֹרָה מֻונָּח בָּאָרוֹן וְכֵן הַלּוּחוֹת? אֶלָּא לְאַחַר שֶׁנִּגְנַז הָאָרוֹן בִּימֵי יֹאשִׁיָּהוּ הַדְּבָרִים אֲמוּרִים עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ יְעֻויַּן שָׁם. וְעַל כֵּן הַנְּבִיאִים לֹא הוֹרוּ דִּין חָדָשׁ אֶלָּא גִּילּוּ הַמְּצִיאוּת שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר תּוֹרָה הַגָּנוּז עִם הָאָרוֹן כָּךְ וְכָךְ הֵם כְּתוּבִים, וְאִם הָיוּ רוֹצִים הָיוּ פּוֹתְחִים גְּנִיזַת הָאָרוֹן עַל פִּי הַנְּבִיאִים וְהָיוּ רוֹאִין בְּעֵינֵיהֶם, וְכָל כְּהַאי גַּוְונָא לָא הָוֵי חִידּוּשׁ הֲלָכָה, וְזֶה בָּרוּר. וְדַע דְּאַף עַל גַּב דִּבְאוֹתוֹ זְמַן וַדַּאי הָיָה לָהֶם סת"ם [סְפָרִים, תְּפִילִּין, מְזוּזוֹת] וְלֹא הָיוּ כְּתוּבִים אַשּׁוּרִית אֶלָּא כְּתַב לִיבוֹנָאָה, וּבִזְמַן עֶזְרָא הַסּוֹפֵר ע"ה שֶׁנִּשְׁתַּנָּה הַכְּתָב עַל יָדוֹ הָיוּ כּוֹתְבִים סת"ם אַשּׁוּרִית. וְרָאִיתִי לְהָרַב פֶּתַח עֵינַיִם שֶׁהֶאֱרִיךְ בְּעִנְיָן זֶה, וּבְמָקוֹם אַחֵר גַּם אֲנָא עַבְדָּא כָּתַבְתִּי בְּעִנְיָן זֶה.
« On les avait oubliées, puis on est revenu et on les a rétablies. » Le Rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, a soulevé une difficulté : il ressort d'ici que ce qui ne relève que d'un oubli ne s'appelle pas une chose nouvelle ; or cela va à l'encontre de la sougya de Temoura (16a), à propos des halakhot qui furent oubliées pendant les jours de deuil de Moche notre maître, la paix sur lui, où l'on dit à Yehochoua : « Demande ! » — et il répondit : « Aucun prophète n'est autorisé à innover » ; qu'on s'y reporte. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la réponse est simple : ici, bien qu'on les eût oubliées, elles se trouvaient malgré tout écrites dans les Tables et dans le Sefer Torah qu'écrivit Moche notre maître, la paix sur lui, et qui fut déposé auprès de l'Arche ; seulement elles étaient celées dans la gueniza où le roi Yochiyahou, la paix sur lui, les avait mises. Ainsi qu'a écrit le Rachba dans ses Hidouchim : ces Tsofim sont des prophètes postérieurs au roi Yochiyahou, la paix sur lui. « Sache-le de ce que nous concluons : on les avait oubliées, puis on est revenu et on les a rétablies ; car jusqu'au règne du roi Yochiyahou, la paix sur lui, comment aurait-il été possible qu'on les oublie, alors que le Sefer Torah reposait dans l'Arche, de même que les Tables ? Il faut donc dire que ces propos ont été tenus après que l'Arche eut été celée aux jours de Yochiyahou » — fin de ses termes ; qu'on s'y reporte. Aussi les prophètes n'ont-ils pas enseigné une loi nouvelle : ils ont dévoilé un état de fait, à savoir que dans le Sefer Torah celé avec l'Arche elles sont écrites de telle et telle manière ; et s'ils l'avaient voulu, on aurait ouvert la gueniza de l'Arche sur la parole des prophètes et on l'aurait vu de ses propres yeux. Rien de tel ne constitue une innovation halakhique, et cela est clair. Et sache que, bien qu'à cette époque ils eussent certainement des STaM [sifrei Torah, tefillin, mezouzot], ceux-ci n'étaient pas écrits en écriture assyrienne (achourit) mais en écriture livonaa ; et au temps d'Ezra le Scribe, la paix sur lui, lorsque l'écriture fut changée par lui, on écrivit les STaM en achourit. J'ai vu que le Rav Petah Einayim s'est étendu sur ce sujet, et ailleurs moi-même, le serviteur, j'ai écrit sur ce sujet.
💡 Explication

L'objection de principe demeure : même réduite à une répartition, l'institution des Tsofim reste une nouveauté, et le verset ele ha-mitsvot clôt la révélation. La Guemara adopte alors sa conclusion définitive : rien n'a été institué, la répartition avait été oubliée et les prophètes n'ont fait que la rétablir. Rétablir n'est pas innover.

4
וְאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא: תַּרְגּוּם שֶׁל תּוֹרָה — אוּנְקְלוֹס הַגֵּר אֲמָרוֹ מִפִּי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. תַּרְגּוּם שֶׁל נְבִיאִים — יוֹנָתָן בֶּן עֻוזִּיאֵל אֲמָרוֹ מִפִּי חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי, וְנִזְדַּעְזְעָה אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אַרְבַּע מֵאוֹת פַּרְסָה עַל אַרְבַּע מֵאוֹת פַּרְסָה. יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה: מִי הוּא זֶה שֶׁגִּילָּה סְתָרַיי לִבְנֵי אָדָם?

Et Rabbi Yirmeya a dit, et certains disent Rabbi Hiya bar Abba : le Targoum de la Torah, c'est Onkelos le converti qui l'a dit, de la bouche de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua. Le Targoum des Prophètes, c'est Yonatan ben Ouziel qui l'a dit, de la bouche de Haggai, Zekharia et Malakhi ; et la terre d'Israël trembla sur quatre cents parsa par quatre cents parsa.

Une bat kol sortit et dit : qui est celui-là, qui a dévoilé Mes secrets aux fils de l'homme ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
תַּרְגּוּם שֶׁל נְבִיאִים - יוֹנָתָן בֶּן עֻזִּיאֵל אֲמָרוֹ, מִפִּי חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי, וְנִזְדַּעְזְעָה אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אַרְבַּע מֵאוֹת פַּרְסָה עַל אַרְבַּע מֵאוֹת פַּרְסָה. הַדָּבָר יִפָּלֵא עַל מֶה הָיְתָה כָּל הַחֲרָדָה הַזֹּאת?! וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁאָמְרָה בַּת קוֹל 'מִי הוּא זֶה שֶׁגִּלָּה סוֹדִי לִבְנֵי אָדָם?' וְכִי הַתַּרְגּוּם מְדַבֵּר בְּסוֹדוֹת וְרָזִין עִלָּאִין כְּזֹוהַר הַקָּדוֹשׁ, כְּדֵי לְהַקְפִּיד עַל גִּילּוּי הַדְּבָרִים? וַהֲלֹא הַתַּרְגּוּם מְבָאֵר דְּבָרִים שֶׁהֵם פָּשְׁטִי הַתּוֹרָה וּבִפְשַׁט כְּתִיב (מִשְׁלֵי א, כ) 'חָכְמוֹת בַּחוּץ תָּרֹנָּה בָּרְחֹבוֹת תִּתֵּן קוֹלָהּ'! וּמַה שֶׁמֵּבִיא הַשַּׁ"ס דֻּוגְמָה לַתַּרְגּוּם שֶׁל (זְכַרְיָה יב יא) בַּיּוֹם הַהוּא יִגְדַּל הַמִּסְפֵּד בִּירוּשָׁלִַם וְכוּ' אֵין זֶה סוֹד אֶלָּא הוּא מֻפְשָׁטֵי הַתּוֹרָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בַּתְּחִלָּה לֹא נִיתַּן רְשׁוּת לְהִכָּתֵב אֶלָּא רַק תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב, אֲבָל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה אָסוּר לִכְתֹּוב, וְהַטַּעַם פֵּרַשְׁנוּ בְּמָקוֹם אַחֵר כִּי מִתְּחִלָּה הָיְתָה הַקְּלִיפָּה חֲזָקָה, וְכָל דָּבָר שֶׁנִּכְתַּב בְּסֵפֶר לְמַטָּה אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה נֶעְתַּק אֵצֶל הָעַכּוּ"ם כַּאֲשֶׁר הֶעְתִּיקוּ תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב, וְאִם יִהְיֶה נֶעְתֶּקֶת אֶצְלָם לְמַטָּה אָז הַקְּלִיפָּה לְגֹודֶל תּוֹקְפָהּ מְעִיזָּה פָּנֶיהָ לְהִתְאַחֵז וְלָגֶשֶׁת אֶל הַקְּדֻושָּׁה לְמַעְלָה לִינֹק מִשָּׁם, וְיָדוּעַ כִּי תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הִיא בְּחִינַת אוֹר הַתִּפְאֶרֶת שֶׁהוּא עוֹמֵד בְּמָקוֹם עֶלְיוֹן רָחוֹק מִן הַקְּלִיפָּה, וְאֵין שְׁלִיטָה לַקְּלִיפָּה לְהִתְאַחֵז בַּמָּקוֹם הַהוּא כָּל כָּךְ, עַל כֵּן אַף עַל פִּי שֶׁהָעַכּוּ"ם הֶעְתִּיקוּ תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב לֹא יָכְלָה הַקְּלִיפָּה לָגֶשֶׁת אֶל הַקֹּודֶשׁ לִינֹק מִשָּׁם, וְלָכֵן נִיתְּנָה לְהִכָּתֵב אַף עַל פִּי שֶׁהָעַכּוּ"ם יַעְתִּיקוּ אוֹתָהּ. אַךְ תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה הִיא בְּחִינַת אוֹר הַמַּלְכוּת אֲשֶׁר הוּא קָרוֹב לִמְדוֹר הַקְּלִיפָּה, וְיֵשׁ לָהּ שְׁלִיטָה לְהִתְאַחֵז שָׁם בְּסוֹד רַגְלֶיהָ יוֹרְדוֹת מָוֶת, וְאִם יִהְיוּ כּוֹתְבִים תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה אָז הָיְתָה נֶעְתֶּקֶת אֵצֶל הָעַכּוּ"ם, וּמִמֵּילָא הָיְתָה הַקְּלִיפָּה גּוֹבֶרֶת לְהִתְאַחֵז בִּקְדֻושָּׁה לִינֹק מֵהֶם. וְכָל זֶה הָיָה בִּזְמַן הָרִאשׁוֹנִים שֶׁהָיָה עֲדַיִין הַקְּלִיפָּה חֲזָקָה, אַךְ בְּמֶשֶׁךְ הַיָּמִים נֶחְלְשָׁה הַקְּלִיפָּה וְנִתְמַעֲטָה, וְאָז תִּיקֵּן רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ לִכְתֹּוב הַמִּשְׁנָה דַּוְקָא, וַעֲדַיִין לֹא נִיתַּן רְשׁוּת לִכְתֹּוב חוּץ מִן הַמִּשְׁנָה, וְאַחַר כַּמָּה דּוֹרוֹת נִתְמַעֲטָה הַקְּלִיפָּה עוֹד יוֹתֵר, וְנִיתַּן רְשׁוּת לִכְתֹּוב כָּל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה כִּי בָּזֶה הַזְּמַן נֶחְלְשָׁה הַקְּלִיפָּה מְאֹד, וְלֹא תַּעֲצֹור כֹּחַ לְהִתְגַּבֵּר לַעֲלוֹת וְלָגֶשֶׁת אֶל הַקֹּודֶשׁ אַף עַל פִּי שֶׁיִּהְיוּ מַעְתִּיקִים אוּמוֹת הָעוֹלָם אֶת הַתּוֹרָה אֶצְלָם אֵין עוֹד פֶּגַע רַע יִהְיֶה מִזֶּה. וְהִנֵּה בִּזְמַן יוֹנָתָן בֶּן עֻוזִּיאֵל ע"ה עֲדַיִין הַקְּלִיפָּה בְּתוֹקְפָהּ וְלֹא נִיתַּן רְשׁוּת לְהִכָּתֵב אֲפִילּוּ מִקְצָת תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְלָכֵן כַּאֲשֶׁר בָּא לְתַרְגֵּם שֶׁאָז מְבָאֵר בְּתַרְגּוּם דְּבָרִים שֶׁאֵינָם מְפֹורָשִׁים בַּתַּנַ"ך, נִמְצָא כָּל זֶה הוּא בִּכְלַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה כִּי אֲפִילּוּ יִתְרוֹן דִּבּוּר אֶחָד שֶׁאֵינוֹ מְפֹורָשׁ לְהֶדְיָא הֲרֵי זֶה בִּכְלַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְהוּא כְּשֶׁעָשָׂה הַתַּרְגּוּם הִנֵּה הַתַּרְגּוּם שֶׁלּוֹ הָיָה נִכְתָּב כְּדִין הַמִּקְרָא עַצְמוֹ, וְכֵיוָן שֶׁבֶּאֱמֶת יֵשׁ בּוֹ דְּבָרִים שֶׁהֵם מִכְּלַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה נַעֲשֶׂה אָז מָגוֹר מִסָּבִיב כִּי עַל יְדֵי כָּךְ תִּגְבַּר הַקְּלִיפָּה לְהִתְאַחֵז בַּמַּלְכוּת שֶׁהִיא סוֹד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה כַּאֲשֶׁר יִהְיוּ דִּבְרֵי הַתַּרְגּוּם נִכְתָּבִים, וְלָכֵן נִזְדַּעְזְעָה אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל ת' פַּרְסָה, כִּי אָרֶץ הִיא סוֹד הַמַּלְכוּת שֶׁאֵלִיָּה מַגִּיעַ הַקִּלְקוּל בַּאֲחִיזַת הַקְּלִיפָּה שָׁם, וּלְכָךְ אָמְרָה בַּת קוֹל 'מִי הוּא זֶה שֶׁגִּלָּה סוֹדִי לִבְנֵי אָדָם' שֶׁבְּאוֹתוֹ זְמַן. גַּם דִּבְרֵי הַתַּרְגּוּם שֶׁהוּא מְחַלֵּק הַפְּשָׁט אֵין רָאוּי לְגַלּוֹתוֹ בְּמִכְתָּב מִפְּנֵי שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ יִהְיֶה נֶעְתַּק מֵאֶחָד לְאֶחָד עַד שֶׁיַּגִּיעַ לְיַד הָעַכּוּ"ם, וְאָז מִמֵּילָא תִּגַּשְׁנָה הַקְּלִיפָּה אֶל מְקוֹם הַקֹּודֶשׁ.
« Le Targoum des Prophètes, c'est Yonatan ben Ouziel qui l'a dit, de la bouche de Haggai, Zekharia et Malakhi ; et la terre d'Israël trembla sur quatre cents parsa par quatre cents parsa. » La chose étonne : pourquoi tout cet effroi ? Et bien plus, une bat kol déclare : « Qui est celui-là, qui a dévoilé Mon secret aux fils de l'homme ? » Le Targoum parle-t-il donc de secrets et de mystères supérieurs, comme le saint Zohar, au point qu'il faille s'indigner de leur divulgation ? Le Targoum explique pourtant des choses qui relèvent du sens simple de la Torah, et du sens simple il est écrit : « La sagesse crie au dehors, sur les places elle donne de la voix » (Michlei 1,20) ! Quant à l'exemple que le Talmud apporte du Targoum de « en ce jour-là, grand sera le deuil à Jérusalem », etc., ce n'est pas un secret : cela relève du sens simple de la Torah. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au commencement l'autorisation d'être mise par écrit ne fut donnée qu'à la Torah écrite, tandis que la Torah orale, il était interdit de l'écrire. Nous en avons expliqué la raison ailleurs : au commencement, la kelipa (écorce) était puissante, et tout ce qui est écrit dans un livre ici-bas peut être recopié chez les nations, comme elles ont recopié la Torah écrite ; et si elle est recopiée chez elles ici-bas, alors la kelipa, par la force de son emprise, s'enhardit à s'attacher et à s'approcher de la sainteté d'en haut pour y puiser. Or on sait que la Torah écrite relève de la lumière de tiferet, qui se tient en un lieu élevé, éloigné de la kelipa, et la kelipa n'a pas assez de prise pour s'y attacher ; c'est pourquoi, bien que les nations aient recopié la Torah écrite, la kelipa n'a pas pu s'approcher du saint pour y puiser, et c'est pour cela qu'il fut permis de l'écrire, même si les nations devaient la recopier. Mais la Torah orale relève de la lumière de malkhout, proche du séjour de la kelipa, laquelle a prise pour s'y attacher, selon le sod (secret) de « ses pieds descendent vers la mort » ; et si l'on écrivait la Torah orale, elle serait recopiée chez les nations, et de ce fait la kelipa prendrait le dessus pour s'attacher à la sainteté et y puiser. Tout cela valait au temps des premiers, quand la kelipa était encore puissante ; mais avec le temps la kelipa s'est affaiblie et amoindrie, et alors notre saint maître institua d'écrire la Michna, précisément — et l'autorisation d'écrire au-delà de la Michna n'était pas encore donnée. Après quelques générations, la kelipa s'amoindrit encore, et l'autorisation fut donnée d'écrire toute la Torah orale, car en ce temps-là la kelipa s'était beaucoup affaiblie et n'a plus la force de monter ni de s'approcher du saint : même si les nations du monde recopient la Torah chez elles, il n'en résulte plus de mal. Or au temps de Yonatan ben Ouziel, la paix sur lui, la kelipa était encore dans sa force, et l'autorisation n'était pas donnée d'écrire ne serait-ce qu'une part de la Torah orale. Aussi, lorsqu'il vint traduire — et le Targoum explique des choses qui ne sont pas explicites dans le Tanakh —, il se trouve que tout cela relève de la Torah orale, car même un seul mot ajouté qui n'est pas explicite relève de la Torah orale. Et lorsqu'il fit son Targoum, celui-ci fut écrit selon la règle du texte biblique lui-même ; et puisqu'il s'y trouve en vérité des choses qui relèvent de la Torah orale, il en résulta un effroi tout autour, car de la sorte la kelipa prendrait le dessus pour s'attacher à malkhout, qui est le sod de la Torah orale, dès lors que les paroles du Targoum seraient écrites. C'est pourquoi la terre d'Israël trembla sur quatre cents parsa, car la terre est le sod de malkhout, où parvient le dommage lorsque la kelipa y prend appui ; et c'est pourquoi la bat kol dit : « Qui est celui-là, qui a dévoilé Mon secret aux fils de l'homme ? » — s'agissant de ce temps-là. De plus, les paroles du Targoum, qui relèvent du sens simple, il ne convenait pas de les dévoiler par écrit, parce qu'ainsi elles seraient recopiées de l'un à l'autre jusqu'à parvenir aux mains des nations, et alors la kelipa s'approcherait du lieu saint.
💡 Explication

La Guemara enchaîne sur un autre propos du même maître. Le Targoum, la traduction araméenne lue à la synagogue, n'est pas une œuvre privée : Onkelos l'a reçu de deux tanaim, Yonatan ben Ouziel des trois derniers prophètes. La traduction des Prophètes provoque un séisme et une bat kol — une voix venue du Ciel —, ce qui suppose qu'elle rend public quelque chose qui devait rester voilé.

5
עָמַד יוֹנָתָן בֶּן עֻוזִּיאֵל עַל רַגְלָיו וְאָמַר: אֲנִי הוּא שֶׁגִּלִּיתִי סְתָרֶיךָ לִבְנֵי אָדָם, גָּלוּי וְיָדוּעַ לְפָנֶיךָ שֶׁלֹּא לִכְבוֹדִי עָשִׂיתִי, וְלֹא לִכְבוֹד בֵּית אַבָּא, אֶלָּא לִכְבוֹדְךָ עָשִׂיתִי, שֶׁלֹּא יִרְבּוּ מַחֲלֹוקֹת בְּיִשְׂרָאֵל.

Yonatan ben Ouziel se dressa sur ses pieds et dit : c'est moi qui ai dévoilé Tes secrets aux fils de l'homme. Il est dévoilé et connu devant Toi que je ne l'ai pas fait pour mon honneur, ni pour l'honneur de la maison de mon père, mais pour Ton honneur je l'ai fait — afin que les controverses ne se multiplient pas en Israël.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא יִרְבּוּ מַחֲלֹוקֶת לְפָרֵשׁ מִקְרָאוֹת הַסְּתוּמִים:
Afin que les controverses ne se multiplient pas — pour expliquer les versets obscurs.
💡 Explication

Yonatan ne nie pas le fait, il en revendique l'intention. Sans traduction reçue, chacun expliquerait les versets obscurs à sa manière et la mahloket se multiplierait ; un Targoum autorisé fixe le sens et préserve l'unité de la lecture publique.

6
וְעוֹד בִּיקֵּשׁ לְגַלּוֹת תַּרְגּוּם שֶׁל כְּתוּבִים, יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה לוֹ: דַּיֶּיךָּ! מַאי טַעְמָא — מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ קֵץ מָשִׁיחַ.

Il chercha encore à dévoiler le Targoum des Écrits ; une bat kol sortit et lui dit : cela te suffit ! Quelle en est la raison ?

Parce qu'il s'y trouve le terme [de la venue] du machiah.

📜 Rachi (1)
קֵץ מָשִׁיחַ בְּסֵפֶר דָּנִיֵּאל:
Le terme du machiah — dans le livre de Daniel.
💡 Explication

La permission s'arrête aux Prophètes. Le livre de Daniel, qui appartient aux Ketouvim, contient le ketz, le terme fixé de la délivrance, formulé de façon voilée ; le traduire reviendrait à le rendre manifeste à tous.

7
וְתַרְגּוּם שֶׁל תּוֹרָה, אוּנְקְלוֹס הַגֵּר אֲמָרוֹ? וְהָא אָמַר רַב אִיקָא בַּר אָבִין אָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב: מַאי דִכְתִיב: ״וַיִּקְרְאוּ בְּסֵפֶר תּוֹרַת הָאֱ-לֹהִים מְפֹורָשׁ וְשׂוֹם שֶׂכֶל וַיָּבִינוּ בַּמִּקְרָא״. ״וַיִּקְרְאוּ בְּסֵפֶר תּוֹרַת הָאֱ-לֹהִים״ — זֶה מִקְרָא; ״מְפֹורָשׁ״ — זֶה תַּרְגּוּם;

Et le Targoum de la Torah, est-ce Onkelos le converti qui l'a dit ? Mais Rav Ika bar Avin n'a-t-il pas dit au nom de Rav Hananel au nom de Rav : que signifie ce qui est écrit, « ils lurent dans le livre, dans la Torah de D.ieu, de façon distincte, et donnant le sens, et ils firent comprendre la lecture » (Nehemia 8,8) ?

« Ils lurent dans le livre, dans la Torah de D.ieu » — c'est le texte biblique ; « de façon distincte » — c'est le Targoum ;

📜 Rachi (2)
וַיִּקְרְאוּ בְּסֵפֶר תּוֹרַת הָאֱ-לֹהִים וְגוֹ' בְּסֵפֶר עֶזְרָא כְּתִיב:
« Ils lurent dans le livre, dans la Torah de D.ieu », etc. — c'est écrit dans le livre d'Ezra.
זֶה מִקְרָא לָשׁוֹן עִבְרִי שֶׁל חֹומֶשׁ:
C'est le texte biblique — la langue hébraïque du Houmach.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וַיִּקְרְאוּ בַסֵּפֶר בְּתוֹרַת הָאֱ-לֹהִים מְפֹרָשׁ וְשׂוֹם שֶׂכֶל וַיָּבִינוּ בַּמִּקְרָא (נְחֶמְיָה ח, ח) 'וְשׁוּם שֵׂכֶל' אֵלּוּ הַפְּסוּקִים. עַיֵּין בִּנְדָרִים מַה שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל וּמַה שֶׁכָּתַב הָרֹא"שׁ זַ"ל בְּבֵיאוּר דְּבָרִים אֵלּוּ. וַאֲנָא עַבְדָּא נִרְאֶה לִי בס"ד פִּסְקֵי הַפְּסוּקִים הַיְינוּ לְסַייֵּם בְּכָל תֵּיבָה שֶׁיֵּשׁ תַּחְתֶּיהָ אתנ"ח, 'וְשׁוּם שֵׂכֶל' אֵלּוּ הַפְּסוּקִים זֶהוּ פִּיסּוּק הֶעָקְרִי שֶׁל הַפְּסוּקִים אֲשֶׁר פּוֹסְקִים בּוֹ עַתָּה 'וְיָבִינוּ בַּמִּקְרָא' אֵלּוּ פִּסְקֵי הַטְּעָמִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם בִּינָה לְהָבִין הֵיכָן רָאוּי שֶׁיִּהְיֶה מֻונָּח טַעַם האתנ"ח שֶׁבּוֹ יִהְיֶה פִּיסּוּק וְסִיּוּם. וְלִכְאוֹרָה קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'שׂוֹם שֵׂכֶל וְהֵבִין בַּמִּקְרָא' קֹודֶם אוֹמְרוֹ 'מְפָרֵשׁ' שֶׁהוּא הַתַּרְגּוּם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהִקְדִּים בְּסֵדֶר זֶה לִרְמֹוז שֶׁכָּל אֵלּוּ הַפִּיסּוּקִים שֶׁהֵם בַּמִּקְרָאוֹת צָרִיךְ לִיזָּהֵר בָּהֶם גַּם בִּקְרִיאַת הַתַּרְגּוּם.
« Ils lurent dans le livre, dans la Torah de D.ieu, de façon distincte, et donnant le sens, et ils firent comprendre la lecture » (Nehemia 8,8) — « et donnant le sens », ce sont les versets. Vois au traité Nedarim ce qu'a expliqué Rachi, de mémoire bénie, et ce qu'a écrit le Roch, de mémoire bénie, dans l'explication de ces paroles. Et moi, le serviteur, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la division des versets consiste à conclure à chaque mot sous lequel se trouve un etnahta. « Et donnant le sens », ce sont les versets : c'est la division principale des versets, celle selon laquelle on les découpe aujourd'hui. « Et ils firent comprendre la lecture », ce sont les coupes des te'amim (signes de cantillation), car ils ont le discernement de comprendre où il convient de placer le te'am etnahta, là où se feront la coupe et la fin. À première vue, on peut objecter : il aurait fallu dire « donnant le sens et faisant comprendre la lecture » avant de dire « de façon distincte », qui désigne le Targoum. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a placé les termes dans cet ordre pour faire allusion au fait que toutes ces coupes qui sont dans les versets, il faut y prendre garde aussi dans la lecture du Targoum.
💡 Explication

Objection chronologique : le verset de Nehemia décrit la lecture publique au temps d'Ezra, bien avant Onkelos, et Rav y lit déjà la présence d'un Targoum. Le mot mefoyarach, « distinctement », désigne la traduction araméenne qui accompagnait la lecture.

8
״וְשׁוּם שֵׂכֶל״ — אֵלּוּ הַפְּסוּקִין; ״וְיָבִינוּ בַּמִּקְרָא״ — אֵלּוּ פִּיסְקֵי טְעָמִים, וְאָמְרִי לָהּ — אֵלּוּ הַמָּסֹורֶת! — שֶׁכְּחֹום וְחָזְרוּ וְיִסְּדוּם.

« Et donnant le sens » — ce sont les versets ; « et ils firent comprendre la lecture » — ce sont les coupes des te'amim, et certains disent : c'est la massoret ! — On les avait oubliées, puis on est revenu et on les a rétablies.

📜 Rachi (2)
הַפְּסוּקִים הֵיאַךְ נִפְסָקִין:
Les versets — comment ils se découpent.
פִּיסְקֵי הַטְּעָמִים הַנְּגִינוֹת קָרַוְיִין טְעָמִים:
Les coupes des te'amim — les mélodies sont appelées te'amim.
💡 Explication

La derasha achève de répartir les quatre expressions du verset : la lecture, le Targoum, le découpage en versets, et les te'amim ou la massoret. La réponse à l'objection reprend le même schéma que plus haut : le Targoum ancien fut oublié, et Onkelos l'a rétabli. Le même motif — oubli puis rétablissement — résout les deux questions du folio.

9
מַאי שְׁנָא דְּאוֹרָייְתָא דְּלָא אִזְדַּעְזְעָה וְאַדִּנְבִיאֵי אִזְדַּעְזְעָה? דְּאוֹרָיְיתָא — מִיפָּרְשָׁא מִלְּתָא, דִּנְבִיאֵי — אִיכָּא מִילֵּי דְּמִיפָּרְשָׁן וְאִיכָּא מִילֵּי דִּמְסַתְּמָן, דִּכְתִיב: ״בַּיּוֹם הַהוּא יִגְדַּל הַמִּסְפֵּד בִּירוּשָׁלִַם כְּמִסְפַּד הֲדַדְרִימּוֹן בְּבִקְעַת מְגִידּוֹן״,

En quoi la Torah diffère-t-elle, pour que [la terre] n'ait pas tremblé, alors que pour les Prophètes elle a tremblé ? Dans la Torah, la chose est explicite ; chez les Prophètes, il y a des choses explicites et des choses obscures — comme il est écrit : « en ce jour-là, grand sera le deuil à Jérusalem, comme le deuil de Hadadrimon dans la vallée de Meguidon » (Zekharia 12,11),

💡 Explication

La Guemara explique la différence de réaction. Traduire la Torah ne dévoile rien, puisque son sens y est déjà explicite. Chez les prophètes, certains passages sont obscurs : les traduire, c'est trancher leur sens et donc dévoiler. Le verset de Zekharia sert d'échantillon, car aucun deuil de Hadadrimon n'est rapporté nulle part dans l'Écriture.

10
וְאָמַר רַב יוֹסֵף: אִלְמָלֵא תַּרְגּוּמָא דְּהַאי קְרָא — לָא יָדַעְנָא מַאי קָאָמַר: בְּיוֹמָא הַהוּא יִסְגֵּי מִסְפְּדָא בִּירוּשְׁלֶים כְּמִסְפְּדָא דְּאַחְאָב בַּר עָמְרִי דִּקְטַל יָתֵיהּ הֲדַדְרִימּוֹן בֶּן טַבְרִימֹּון בְּרָמֹות גִּלְעָד וּכְמִסְפְּדָא דְּיֹאשִׁיָּה בַּר אָמוֹן דִּקְטַל יָתֵיהּ פַּרְעֹה חֲגִירָא בְּבִקְעַת מְגִידּוֹ.

Et Rav Yossef a dit : sans le Targoum de ce verset, nous ne saurions pas ce qu'il dit. « En ce jour-là, grand sera le deuil à Jérusalem, comme le deuil d'Ahav fils d'Omri, que tua Hadadrimon fils de Tavrimon à Ramot Guilad, et comme le deuil de Yochiyahou fils d'Amon, que tua Pharaon le boiteux dans la vallée de Meguido. »

📜 Rachi (1)
אִלְמָלֵא תַּרְגּוּמָא דְּהַאי קְרָא וְכוּ' שֶׁלֹּא מָצִינוּ בְּכָל הַמִּקְרָא הֶסְפֵּד לַהֲדַדְרִימּוֹן בִּבְקַעַת מְגִידּוֹ וְיוֹנָתָן תִּרְגְּמוֹ לִשְׁנֵי הַסְּפִּידוֹת הֲדַדְרִימּוֹן בְּרָמוֹת גִּלְעָד (מְלָכִים א כ״ב:כ׳) וְיֹאשִׁיָּהוּ בִּבְקַעַת מְגִידּוֹ כְּדִמְפָרֵשׁ בְּסֵפֶר מְלָכִים (ב כג):
Sans le Targoum de ce verset, etc. — car nous ne trouvons dans toute l'Écriture aucun deuil pour Hadadrimon dans la vallée de Meguido ; et Yonatan l'a traduit comme visant deux deuils : Hadadrimon à Ramot Guilad (Melakhim I 22,20) et Yochiyahou dans la vallée de Meguido, ainsi qu'il est expliqué dans le livre des Rois (II, 23).
🪔 Ben Yehoyada (2)
דִּקְטַל יָתֵיהּ הֲדַדְרִמּוֹן בֶּן טַבְרִמֹּן בְּרָמֹות גִּלְעָד. הִקְשָׁה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל דְּרַשִׁ"י זַ"ל בְּפֵירוּשׁ נְבִיאִים כָּתַב דְּנַעֲמָן הֲרָגוֹ וְהוּא הֵיפֶךְ תַּרְגּוּם יוֹנָתָן עַייֵּן שָׁם. וְלֹא זָכַר ש"ר דְּמַה שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל הוּא דִּבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּמִדְרַשׁ שׁוֹחֵר טוֹב בַּפָּסוּק (מְלָכִים א' כב, לד) 'וְאִישׁ מָשַׁךְ בַּקֶּשֶׁת לְתֻמּוֹ' אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בַּר סִימוֹן זֶה אֶחָד מִן הַדְּבָרִים שֶׁהִשְׁלִיט הקב"ה אֶת הָרַךְ בַּקָּשָׁה, וְזֶהוּ חֵץ נַעֲמָן שֶׁהִכָּה אֶת אַחְאָב וְנִכְנַס לְתוֹךְ הַשִּׁרְיוֹן עַיֵּין שָׁם. וְהִנֵּה אַף עַל גַּב דְּמָצִינוּ בְּכַמָּה דְּבָרִים שֶׁיֵּשׁ מִדְרָשִׁים חֲלוּקִים עִם כָּל זֶה נִרְאֶה לִי דְּכָאן לֵיכָּא מַחֲלֹוקֶת בֵּין הַתַּרְגּוּם יוֹנָתָן וּבֵין מִדְרַשׁ שׁוֹחֵר טוֹב הַנִּזְכָּר וְהוּא כִּי הֲדַדְרִימּוֹן הוּא הָיָה בֶּן הֲדַד מֶלֶךְ אֲרָם, כִּי בֶּן הַדַּד אֵינוֹ רוֹצֶה לוֹמַר בְּנוֹ שֶׁל הַדַּד אֶלָּא כָּךְ הוּא שְׁמוֹ, כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ קוֹרִין לְאָדָם בְּשֵׁם בֶּן צִיּוֹן. וְנִרְאֶה לִי שֶׁהוֹסִיפוּ לוֹ שֵׁם רִימּוֹן שֶׁהוּא שֵׁם הָעֲבוֹדָה זָרָה שֶׁהָיְתָה בְּדַמֶּשֶׂק כְּמוֹ שֶׁאָמַר נַעֲמָן לֶאֱלִישָׁע הַמֶּלֶךְ ע"ה עַל עִנְיַן הִשְׁתַּחֲוָיָיתוֹ בְּבֵית רִימּוֹן, וְהָיָה דַּרְכָּם לְחַבֵּר עִם שֵׁם מַלְכָּם שֵׁם הָעֲבוֹדָה זָרָה שֶׁלָּהֶם, וּלְכָךְ הֲמוֹן הָעָם הָיוּ קוֹרִין אוֹתוֹ הַדַּד רִימּוֹן שֶׁהוּא שְׁמוֹ וְשֵׁם הָעֲבוֹדָה זָרָה מֻורְכָּבִים יַחַד, וְהַתַּרְגּוּם קְרָאוֹ בְּשֵׁם זֶה שֶׁקּוֹרִין אוֹתוֹ הֲמוֹן הָעָם, וְהַכָּתוּב קְרָאוֹ בֶּן הַדַּד כִּשְׁמוֹ הֶעָקְרִי דַּוְקָא, וּמֵאַחַר שֶׁזֶּה בֶּן הַדַּד שֶׁהָיָה נִקְרָא הֲדַדְרִימּוֹן הוּא מְצַוֶּה אֶת נַעֲמָן לַהֲרֹוג אֶת אַחְאָב כְּמוֹ שֶׁאָמַר לְכָל חֵילוֹ (מְלָכִים א' כב, לא) 'לֹא תִּלָּחֲמוּ אֶת קָטֹן וְאֶת גָּדוֹל כִּי אִם אֶת מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל לְבַדּוֹ' וְנַעֲמָן הֲרָגוֹ בְּמִצְוַת מַלְכּוֹ, לְכָךְ נִקְרֵאת הֲרִיגָתוֹ עַל שֵׁם מַלְכּוֹ, כִּי כֵן הַדֶּרֶךְ לִהְיוֹת נִקְרֵאת מַעֲשֵׂה הַחַיִל עַל שֵׁם הַמֶּלֶךְ, וְכָאֵלֶּה רַבּוֹת בַּכְּתוּבִים וְלָכֵן תִּרְגֵּם דִּקְטִיל יָתֵיהּ הֲדַדְרִימּוֹן. וְרָאִיתִי בְּסֵפֶר 'אִיֵּי הַיָּם' שֶׁבָּא לְיָדִי דְּכָתַב דְּהַדַּדְרִימוֹן הוּא עַצְמוֹ בֶּן הַדַּד וּבָזֶה תֵּירֵץ הַקֻּושְׁיָא הַנִּזְכָּר יְעֻויַּן שָׁם, וַאֲנָא עַבְדָּא הִסְבַּרְתִּי הַדְּבָרִים יוֹתֵר בְּטַעַם נָכוֹן בס"ד.
« Que tua Hadadrimon fils de Tavrimon à Ramot Guilad. » Le Rav Petah Einayim, de mémoire bénie, a soulevé une difficulté : Rachi, de mémoire bénie, dans son commentaire sur les Prophètes, a écrit que c'est Naaman qui le tua, ce qui va à l'encontre du Targoum de Yonatan ; qu'on s'y reporte. Or il ne s'est pas souvenu que ce qu'a expliqué Rachi, de mémoire bénie, ce sont les paroles de nos maîtres, de mémoire bénie, dans le Midrach Chohar Tov sur le verset « et un homme tira de l'arc à l'aventure » (Melakhim I 22,34) : Rabbi Yehouda bar Simon a dit, c'est l'une des choses où le Saint, béni soit-Il, a donné pouvoir au faible dans l'arc — et c'est la flèche de Naaman, qui frappa Ahav et pénétra dans la cuirasse ; qu'on s'y reporte. Or, bien que nous trouvions en maints endroits des midrachim divergents, il me semble néanmoins qu'ici il n'y a pas de divergence entre le Targoum de Yonatan et le Midrach Chohar Tov cité. Voici pourquoi : Hadadrimon était Ben Hadad, roi d'Aram — car « Ben Hadad » ne veut pas dire « fils de Hadad », c'est simplement son nom, comme on appelle quelqu'un du nom de Ben Tsion. Et il me semble qu'on lui a ajouté le nom de Rimon, qui est le nom de l'idole qui se trouvait à Damas, comme Naaman le dit au prophète Elicha, la paix sur lui, à propos de sa prosternation dans la maison de Rimon ; c'était en effet leur usage d'associer au nom de leur roi le nom de leur idole. C'est pourquoi la foule l'appelait Hadadrimon, son nom et celui de l'idole joints ensemble ; le Targoum l'a désigné par ce nom que lui donnait la foule, tandis que l'Écriture l'appelle Ben Hadad, son nom propre précisément. Et puisque ce Ben Hadad, qu'on appelait Hadadrimon, avait ordonné à Naaman de tuer Ahav — comme il l'avait dit à toute son armée : « Ne combattez ni petit ni grand, mais seulement le roi d'Israël » (Melakhim I 22,31) —, et que Naaman le tua sur l'ordre de son roi, on attribue donc le meurtre au nom du roi, car il est d'usage que l'action de l'armée soit désignée au nom du roi, et de tels cas sont nombreux dans l'Écriture. C'est pourquoi il a traduit : « que tua Hadadrimon ». Et j'ai vu dans le livre Iyei ha-Yam, qui m'est tombé entre les mains, qu'il écrit que Hadadrimon est lui-même Ben Hadad, et qu'il a ainsi résolu la difficulté citée ; qu'on s'y reporte. Et moi, le serviteur, j'ai exposé les choses plus amplement, avec un motif solide, avec l'aide du Ciel.
בְּעִידָּנָא הַהִיא יִסְגֵּא מִסָּפְדָא בִּירוּשָׁלִַם כְּמִסְפַּד אַחְאָב וְכוּ' וּכְמִסְפַּד יֹאשִׁיָּהוּ. צָרִיךְ לְהָבִין לְאֵיזֶה עִנְיָן מִדְּמֵי הַהֶסְפֵּד שֶׁל הֶעָתִיד לְאוֹתָם שְׁנֵי מֻסְפָּדוֹת שֶׁל יֹאשִׁיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה וְשֶׁל אַחְאָב, וְלָמָּה עָשָׂה לוֹ שְׁנֵי דִּמְיוֹנוֹת וְלָא סַגִּי בְּחַד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבַגְּמָרָא דְּסֻוכָּה (סֻוכָּה נב.) שָׁאֲלוּ עַל הַהֶסְפֵּד שֶׁל הֶעָתִיד מַאי עֲבִידְתֵּיהּ, וּפְלִיגִי בַּהּ רַבִּי דּוֹסָא וְרַבָּנַן, חַד אָמַר עַל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף שֶׁנֶּהֱרַג כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְהִבִּיטוּ אֵלַי אֵת אֲשֶׁר דָּקָרוּ (זְכַרְיָה יב, י) וְחַד אָמַר עַל יֵצֶר הָרַע שֶׁנֶּהֱרַג, דִּלְעָתִיד לָבוֹא מְבִיאוֹ הקב"ה לְיֵצֶר הָרָע וְשׁוֹחֲטוֹ בִּפְנֵי הַצַּדִּיקִים וּבִפְנֵי הָרְשָׁעִים, דִּלְצַדִּיקִים נִדְמֶה לָהֶם כְּהַר וְלָרְשָׁעִים כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה, הַלָּלוּ בּוֹכִין וְהַלָּלוּ בּוֹכִין, שֶׁהַצַּדִּיקִים בּוֹכִין וְאוֹמְרִים אֵיךְ יָכֹולְנוּ לִכְבּוֹשׁ הַר גָּבוֹהַּ כָּזֶה, וּרְשָׁעִים בּוֹכִין הֵיאַךְ לֹא יָכֹולְנוּ לִכְבּוֹשׁ אֶת חוּט הַשַּׂעֲרָה הַזֶּה, וְאַף הקב"ה תָּמַהּ עִמָּהֶם וְכוּ' יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה שָׁם פֵּרַשְׁנוּ דְּרַבִּי דּוֹסָא וְרַבָּנָן לָא פְלִיגִי וְדִבְרֵי שְׁנֵיהֶם אֱמֶת, דְּיֵשׁ מִסְפֵּד לֶעָתִיד לָבוֹא עַל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף וְעַל יֵצֶר הָרַע, וּבָא הַכָּתוּב לְדַמּוֹת מִסְפֵּד שֶׁבִּירוּשָׁלַםִ לִשְׁתֵּי מֻסְפָּדוֹת הַלָּלוּ. וְעַל כֵּן לְאוֹתוֹ מִסְפֵּד שֶׁסּוֹפְדִין עַל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף מְדַמֵּי לֵיהּ לְהֶסְפֵּד יֹאשִׁיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה, כִּי עַל מִסְפֵּד שֶׁל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף כְּתִיב (זְכַרְיָה יב, י) 'אֶת אֲשֶׁר דְּקָרוּ' וְהַכַּוָּנָה שֶׁמַּסְפִּידִין עַל אֲשֶׁר עֲוֹנוֹתֵיהֶם גָּרְמוּ לוֹ לֵיהָרֵג כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָה נג, ה) 'וְהוּא מְחַלֵּל מִפִּשְׁעֵנוּ' וְכֵן הָיָה הֶסְפֵּד שֶׁל יֹאשִׁיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁמְּפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי חֲזַ"ל שֶׁהִסְפִּידוּ וּבָכוּ עָלָיו מִשּׁוּם דְּיָדְעוּ שֶׁהוּא צַדִּיקִים גְּמוּרִים וְרַק נִלְכַּד בִּשְׁחִיתוּתָם דַּעֲוֹנֹותָם גָּרְמוּ לוֹ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (תַּעֲנִית כב:) דְּעָלָיו פָּתַח יִרְמְיָה הַנָּבִיא ע"ה וְאָמַר (אֵיכָה ד, כ) 'רוּחַ אַפֵּינוּ מְשִׁיחַ יְיָ' נִלְכַּד בִּשְׁחִיתוּתָם, וְכֵן יִהְיֶה הַמִּסְפֵּד שֶׁל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף לֶעָתִיד שֶׁיַּסְפִּידוֹ וְיִבְכּוּ עָלָיו שֶׁנֶּהֱרַג בִּשְׁבִיל עֲוֹנֹותָם, וְעַל זֶה אֲנַחְנוּ מְקֻויָּם שֶׁיִּתְבַּטֵּל הַהֶסְפֵּד וְלֹא יֵהָרֵג מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף, וּלְכָךְ אֲנַחְנוּ מִתְפַּלְּלִין 'וְכִסֵּא דָּוִד עַבְדְּךָ מְהֵרָה בְּתוֹכָהּ תָּכִין' שֶׁהַכַּוָּנָה בָּזֶה עַל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף שֶׁלֹּא יֵהָרֵג, וְכֵן יִהְיֶה בֶּאֱמֶת בְּוַדַּאי שהקב"ה יִשְׁמַע תְּפִילּוֹת יִשְׂרָאֵל בְּדָבָר זֶה, אַךְ עִם כָּל זֶה הַכָּתוּב מְרַמֵּז עַל מַה שֶּׁרָאוּי לִהְיוֹת לֶעָתִיד בְּעִנְיָן זֶה. אָמְנָם דִּמְיוֹן הַשֵּׁנִי שֶׁמִּדְּמֵי הֶסְפֵּד יְרוּשָׁלַיִם לְהֶסְפֵּד אַחְאָב, הָעִנְיָן הוּא כָּךְ כִּי אַחְאָב כָּל יִשְׂרָאֵל הִסְפִּידוּ לוֹ הֶסְפֵּד גָּדוֹל וּבָכוּ עָלָיו, אַךְ אֵין הַכֹּל שָׁוִים בְּהֶסְפֵּד וּבְכִיָּה זוֹ, דְּאוֹתָם שֶׁהָיוּ רְשָׁעִים הָיוּ בּוֹכִין עָלָיו מִלֵּב וְנֶפֶשׁ כִּי הָיוּ אוֹהֲבִים אוֹתוֹ וּבוֹכִים עַל אֲשֶׁר נִסְתַּלֵּק מִתּוֹכָם, אֲבָל הַצַּדִּיקִים יֵשׁ מֵהֶם בּוֹכִים לְמַרְאֵה עֵינַיִם מֵחֲמַת יִרְאָה, עַיִן בּוֹכֶה וְלֵב שָׂמֵחַ שֶׁנִּיצּוּלוֹ מִמֶּלֶךְ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה כָּזֶה! וְיֵשׁ מֵהֶם בּוֹכִין מַמָּשׁ אֲבָל לֹא עַל הָעֵדֶר שֶׁלּוֹ כִּי עַל זֶה הֵם שְׂמֵחִין, וְרַק עַל אוֹתָם הַיָּמִים שֶׁעָבְרוּ שֶׁמָּלַךְ עֲלֵיהֶם וְהִרְשִׁיעַ אֶת יִשְׂרָאֵל בַּעֲבֵירוֹת חֲמוּרוֹת שֶׁל מִינֵי עֲבוֹדָה זָרָה, כִּי חֲמוּרוֹת שֶׁל יָרָבְעָם הָיוּ קַלּוֹת שֶׁל אַחְאָב! נִמְצָא אֵין כֻּולָּם שָׁוִין בְּאוֹתוֹ הֶסְפֵּד, וְלָזֶה אֶת הֶסְפֵּד הֶעָתִיד לָבוֹא עַל הֲרִיגַת הַיֵּצֶר הָרַע דְּאֵין בְּכִיָּה שֶׁל הַכֹּל שָׁוֶה בּוֹ, דְּצַדִּיקִים בּוֹכִין הֵיאַךְ יָכֹולְנוּ לִכְבּוֹשׁ הַר גָּבוֹהַּ כָּזֶה, וּרְשָׁעִים בּוֹכִין אֵיךְ לֹא כָּבַשְׁנוּ חוּט הַשַּׂעֲרָה הַזֶּה, דִּימָּה הֶסְפֵּד זֶה לְהֶסְפֵּד אַחְאָב שֶׁלֹּא הָיוּ הַכֹּל שָׁוִין בְּכַוָּנָתָם בּוֹ, כַּאֲשֶׁר אָמַרְנוּ. וּלְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י כַּוָּנַת הַצַּדִּיקִים בִּבְכִיָּה בְּהֶסְפֵּד הַיֵּצֶר הָרַע הוּא שֶׁבּוֹכִין עַל צַעֲרָם שֶׁנִּצְטַעֲרוּ בְּכִיבּוּשׁ הַר גָּדוֹל כָּזֶה, וְהָרְשָׁעִים כַּוָּנָתָם לְהֵפֶךְ, וּמָהַרְשָׁ"א זַ"ל פֵּירֵשׁ שֶׁהַצַּדִּיקִים בּוֹכִין עַל אֲשֶׁר נִיטַּל זְכוּת זֶה מֵהֶם, וְהַמְפָרְשִׁים זַ"ל פֵּירְשׁוּ שֶׁבּוֹכִין מִפְּנֵי שֶׁעַתָּה הֵבִינוּ שֶׁלֹּא כְּבָשׁוּהוּ בְּכוֹחָם וְעֹוצֶם יָדָם, אֵיךְ שֶׁיִּהְיֶה אֵין בְּכִיָּיתָם שָׁוָה עִם בְּכִייַּת הָרְשָׁעִים בְּכַוָּנָה אַחַת, וְלָכֵן מְדַמֵּי לֵיהּ לְהֶסְפֵּד אַחְאָב שֶׁלֹּא הָיוּ הַצַּדִּיקִים וְהָרְשָׁעִים שָׁוִין בְּכַוָּנָה אַחַת בְּאוֹתוֹ הֶסְפֵּד וּבְכִיָּה.
« En ce temps-là, grand sera le deuil à Jérusalem, comme le deuil d'Ahav, etc., et comme le deuil de Yochiyahou. » Il faut comprendre à quel propos [le verset] compare le deuil à venir à ces deux deuils, celui du roi Yochiyahou, la paix sur lui, et celui d'Ahav, et pourquoi il a fait deux comparaisons au lieu de se contenter d'une seule. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans la Guemara de Souka (52a) on s'est interrogé sur ce deuil à venir : de quoi s'agit-il ? Rabbi Dossa et les Sages divergent : l'un dit qu'il porte sur le machiah fils de Yossef qui fut tué, ainsi qu'il est dit « et ils regarderont vers Moi celui qu'ils ont transpercé » (Zekharia 12,10), et l'autre dit qu'il porte sur le mauvais penchant qui fut tué — car dans l'avenir le Saint, béni soit-Il, amènera le mauvais penchant et l'égorgera devant les justes et devant les impies ; aux justes il apparaîtra comme une montagne, aux impies comme un cheveu ; ceux-ci pleurent et ceux-là pleurent : les justes pleurent en disant, comment avons-nous pu vaincre une montagne aussi haute, et les impies pleurent en disant, comment n'avons-nous pas pu vaincre ce cheveu ; et le Saint, béni soit-Il, s'en étonne aussi avec eux, etc. ; qu'on s'y reporte. Or nous y avons expliqué que Rabbi Dossa et les Sages ne divergent pas et que les paroles des deux sont vraies : il y a dans l'avenir un deuil sur le machiah fils de Yossef et un deuil sur le mauvais penchant, et l'Écriture vient comparer le deuil de Jérusalem à ces deux deuils. Aussi, le deuil que l'on mène sur le machiah fils de Yossef, il le compare au deuil du roi Yochiyahou, la paix sur lui : car du deuil du machiah fils de Yossef il est écrit « celui qu'ils ont transpercé » (Zekharia 12,10), ce qui veut dire qu'on mène le deuil sur ce que leurs fautes ont causé sa mise à mort, ainsi qu'il est dit « et il était transpercé à cause de nos révoltes » (Yechayahou 53,5) ; et tel fut le deuil du roi Yochiyahou, la paix sur lui, dont nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit explicitement qu'on le pleura et qu'on mena son deuil parce qu'on savait qu'il était parfaitement juste et qu'il n'avait été pris que dans leur corruption, leurs fautes à eux en ayant été cause — comme ils l'ont dit dans la Guemara (Taanit 22b), que sur lui Yirmeyahou le prophète, la paix sur lui, ouvrit son élégie en disant « le souffle de nos narines, l'oint de Hachem, a été pris dans leurs corruptions » (Eikha 4,20). Ainsi sera le deuil du machiah fils de Yossef dans l'avenir : on le pleurera parce qu'il fut tué à cause de leurs fautes. Et à ce sujet, nous espérons que ce deuil soit annulé et que le machiah fils de Yossef ne soit pas tué, et c'est pourquoi nous prions « et le trône de David Ton serviteur, hâte-Toi de l'établir en son sein » — l'intention y visant le machiah fils de Yossef, qu'il ne soit pas tué ; et ainsi en sera-t-il assurément en vérité, car le Saint, béni soit-Il, entendra les prières d'Israël sur ce point ; malgré cela, l'Écriture fait allusion à ce qui devrait avoir lieu dans l'avenir en cette matière. Quant à la seconde comparaison, qui rapproche le deuil de Jérusalem du deuil d'Ahav, voici ce qu'il en est. Tout Israël mena sur Ahav un grand deuil et le pleura ; mais tous n'étaient pas égaux dans ce deuil et ces pleurs. Ceux qui étaient des impies le pleuraient du fond du cœur et de l'âme, car ils l'aimaient et pleuraient sa disparition du milieu d'eux ; mais parmi les justes, certains pleuraient pour l'apparence, par crainte — l'œil pleure et le cœur se réjouit d'avoir été sauvé d'un roi idolâtre pareil ; et d'autres pleuraient réellement, non sur sa disparition, dont ils se réjouissaient, mais sur les jours passés où il avait régné sur eux et avait fait pécher Israël par des fautes graves d'idolâtrie, car les fautes légères d'Ahav étaient plus graves que les fautes graves de Yerovam. Il se trouve donc qu'ils n'étaient pas tous égaux dans ce deuil. De même, le deuil à venir sur la mise à mort du mauvais penchant : les pleurs n'y sont pas les mêmes pour tous, puisque les justes pleurent en disant comment avons-nous pu vaincre une montagne aussi haute, et les impies pleurent en disant comment n'avons-nous pas vaincu ce cheveu. Il a donc comparé ce deuil au deuil d'Ahav, où tous n'avaient pas la même intention, comme nous l'avons dit. Selon l'explication de Rachi, l'intention des justes dans leurs pleurs, lors du deuil du mauvais penchant, est qu'ils pleurent sur la peine qu'ils ont enduré à vaincre une montagne aussi grande, et l'intention des impies est l'inverse. Le Maharcha, de mémoire bénie, a expliqué que les justes pleurent parce que ce mérite leur est retiré ; et les commentateurs, de mémoire bénie, ont expliqué qu'ils pleurent parce qu'ils comprennent maintenant qu'ils ne l'ont pas vaincu par leur force et la puissance de leur main. Quoi qu'il en soit, leurs pleurs ne sont pas identiques à ceux des impies quant à l'intention, et c'est pourquoi il le compare au deuil d'Ahav, où les justes et les impies n'avaient pas une seule et même intention dans ce deuil et ces pleurs.
💡 Explication

Le Targoum de Yonatan dédouble la comparaison : le verset ne parle pas d'un événement unique, mais de deux deuils distincts, celui d'Ahav à Ramot Guilad et celui de Yochiyahou à Meguido. Sans cette lecture, la mention de Hadadrimon reste sans référence dans le Tanakh. Rav Yossef illustre ainsi ce que la Guemara vient de dire : chez les prophètes, le Targoum dévoile de l'obscur.

11
״וְרָאִיתִי אֲנִי דָנִיֵּאל לְבַדִּי אֶת הַמַּרְאָה וְהָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר הָיוּ עִמִּי לֹא רָאוּ אֶת הַמַּרְאָה אֲבָל חֲרָדָה גְדֹולָה נָפְלָה עֲלֵיהֶם וַיִּבְרְחוּ בְּהֵחָבֵא״. מַאן נִינְהוּ אֲנָשִׁים? אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא: זֶה חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי.

« Et moi, Daniel, je vis seul la vision, et les hommes qui étaient avec moi ne virent pas la vision, mais un grand tremblement tomba sur eux et ils s'enfuirent se cacher » (Daniel 10,7). Qui sont ces hommes ?

Rabbi Yirmeya a dit, et certains disent Rabbi Hiya bar Abba : ce sont Haggai, Zekharia et Malakhi.

💡 Explication

Troisième propos de la même chaîne de transmission. Le terme anachim, « hommes », désigne dans l'Écriture des personnages de rang ; la Guemara identifie donc les compagnons de Daniel aux trois derniers prophètes. On retrouve le trio déjà rencontré plus haut comme source du Targoum de Yonatan.

12
אִינְהוּ עֲדִיפֵי מִינֵּיהּ, וְאִיהוּ עָדִיף מִינַּייְהוּ. אִינְהוּ עֲדִיפֵי מִינֵּיהּ — דְּאִינְהוּ נְבִיאֵי וְאִיהוּ לָאו נָבִיא. אִיהוּ עָדִיף מִינַּייְהוּ — דְּאִיהוּ חֲזָא וְאִינְהוּ לָא חֲזוֹ.

Eux lui sont supérieurs, et lui leur est supérieur. Eux lui sont supérieurs, car eux sont prophètes et lui n'est pas prophète ; lui leur est supérieur, car lui a vu [la vision] et eux ne l'ont pas vue.

📜 Rachi (1)
דְּאִינְהוּ נְבִיאֵי שֶׁנִּתְנַבְּאוּ לְיִשְׂרָאֵל בִּשְׁלִיחוּתוֹ שֶׁל מָקוֹם וְהוּא לֹא נִשְׁתַּלַּח לְיִשְׂרָאֵל בְּשׁוּם נְבוּאָה:
Car eux sont prophètes — qui ont prophétisé à Israël en mission de la part de l'Omniprésent, tandis que lui ne fut envoyé à Israël pour aucune prophétie.
💡 Explication

La Guemara compare deux grandeurs distinctes. La nevoua au sens propre suppose une mission : être envoyé porter une parole à Israël, ce que Daniel n'a jamais été. La capacité à percevoir une vision de cet ordre est autre chose, et sur ce point Daniel les dépasse.

13
וְכִי מֵאַחַר דְּלָא חֲזוֹ, מַאי טַעְמָא אִיבְּעִיתוּ? אַף עַל גַּב דְּאִינְהוּ לָא חֲזוֹ, מַזָּלַיְיהוּ חָזוּ.

Et puisqu'ils n'ont pas vu, quelle est la raison pour laquelle ils ont été saisis d'effroi ? Bien qu'eux n'aient pas vu, leur mazal, lui, a vu.

📜 Rachi (2)
מַאי טַעְמָא אִיבְּעִיתוּ דִּכְתִיב בִּקְרָא אֲבָל חֲרָדָה גְדֹולָה נָפְלָה עֲלֵיהֶם וַיִּבְרְחוּ בְּהֵחָבֵא:
Quelle est la raison pour laquelle ils ont été saisis d'effroi — puisqu'il est écrit dans le verset : « mais un grand tremblement tomba sur eux et ils s'enfuirent se cacher ».
מַזָּלַיְיהוּ שַׂר שֶׁל כָּל אָדָם לְמַעְלָה:
Leur mazal — le prince de chaque homme, en haut.
💡 Explication

Le verset dit pourtant qu'un grand tremblement tomba sur eux. La réponse introduit la notion de mazal : la part céleste attachée à chaque homme, son ange tutélaire d'en haut. Elle perçoit ce que l'homme ne perçoit pas, et la frayeur ressentie ici-bas en est l'effet.

14
אָמַר רָבִינָא: שְׁמַע מִינָּה: הָאִי מָאן דְּמִיבְּעֵית, אַף עַל גַּב דְּאִיהוּ לָא חָזֵי, מַזָּלֵיהּ חָזֵי. מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? לִיקְרֵי קְרִיאַת שְׁמַע. וְאִי קָאֵים בִּמְקוֹם הַטִּנֹּופֶת — לִינְשֹׁוף מִדֻּוכְתֵּיהּ אַרְבַּע גַּרְמִידֵי. וְאִי לָא — לֵימָא הָכִי: ״עִיזָּא דְּבֵי טַבָּחֵי שַׁמִּינָא מִינַּאי״.

Ravina a dit : apprends-en que celui qui est saisi de frayeur, bien que lui ne voie pas, son mazal, lui, voit. Quel est son remède ?

Qu'il récite le Chema. Et s'il se tient dans un lieu souillé, qu'il bondisse de sa place de quatre coudées.

Et sinon, qu'il dise ceci : « la chèvre de la maison des abatteurs est plus grasse que moi ».

📜 Rachi (1)
לִינְשֹׁוף יְדַלֵּג:
Qu'il bondisse — qu'il saute.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְאִי קָאֵם בִּמְקוֹם הַטִּנֹּפֶת - לִנְשֹׁוף מִדֻּכְתֵּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לִדְלֹוג אַרְבַּע אַמּוֹת מִפְּנֵי דְּכָל תּוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת חֲשִׁיב רְשׁוּת אַחַת, וְחוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת חֲשִׁיב רְשׁוּת אַחֶרֶת, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ אָסוּר לֵילֵךְ אַחֲרֵי אִשָּׁה וְאִם רָחוֹק מִמֶּנָּה אַרְבַּע אַמּוֹת שָׁרִי, וּמְפֹורָשׁ הַטַּעַם בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַמִּצְוֹת, וְכֵן נִמְצָא כָּזֹאת בְּכַמָּה דְּבָרִים, עַל כֵּן גַּם הָכָא כֵּיוָן דְּמִבְּעִית זֶה יוֹרֶה שֶׁיֵּשׁ שֶׁיָּדַיִם עוֹמְדִין שָׁם בַּמָּקוֹם הַהוּא שֶׁעוֹמֵד וְלָזֶה כֵּיוָן דִּמְדַלֵּג אַרְבַּע אַמּוֹת מִמְּקוֹם עָומְדּוֹ נַעֲשֶׂה כִּרְשׁוּת אַחֶרֶת, וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ מֵהֶם וּמִמֵּילָא לֹא יִהְיֶה מִבְּעִית. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם שֶׁאָמְרוּ יְדַלֵּג וְלֹא אָמְרוּ יִתְרַחֵק אַרְבַּע אַמּוֹת, כִּי עָשׂוּ לוֹ חָכְמָה לְהַצִּילוֹ מִן הַשֵּׁידִים עַל יְדֵי הַקְּפִיצָה שֶׁקּוֹפֵץ מִמְּקוֹמוֹ, וְהוּא יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, דְּהַסִּטְרָא אַחֲרָא כָּל תַּאֲוָתָהּ הוּא לְהִתְדַּמּוֹת אֶל הַקְּדֻושָּׁה כְּקוֹף בִּפְנֵי אָדָם, דְּהַייְנוּ שֶׁהַקּוֹף טִבְעוֹ לַעֲשׂוֹת כְּמוֹ מַעֲשֵׂה הָאָדָם אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה לְפָנָיו, וְעַל כֵּן הַשֵּׁידִים שֶׁהֵם מֻושְׁרָשִׁים בְּסִטְרָא אַחֲרָא, גַּם כֵּן יֵשׁ לָהֶם טֶבַע זֶה שֶׁל הַקּוֹף לַעֲשׂוֹת כְּמוֹ מַעֲשִׂים אֲשֶׁר יַעֲשׂוּ בְּנֵי אָדָם כְּדֵי לְהִתְדַּמּוֹת לָהֶם, וְלָכֵן זֶה הָאָדָם שֶׁהוּא מִבְּעִית נִרְאֶה דְּמַזָּלֵיהּ חָזֵי שֶׁיֵּשׁ שֶׁיָּדַיִם עוֹמְדִים שָׁם סָמוּךְ לוֹ, וְאִם יִתְרַחֵק וְיֵלֵךְ מֵאוֹתוֹ מָקוֹם גַּם הֵם יֵלְכוּ עִמּוֹ וּמַה תּוֹעִיל לוֹ הַהַרְחָקָה, עַל כֵּן נָתְנוּ לוֹ עֵיצָה לְדַלֵּג אַרְבַּע אַמּוֹת דְּאָז תִּהְיֶה הַקְּפִיצָה שֶׁלּוֹ גְּדוֹלָה וַחֲזָקָה לְפִי עֶרְכּוֹ דְּמֻוכְרָח לְדַלֵּג בְּכָל כּוֹחוֹ, וְהַשֵּׁידִים שֶׁדַּרְכָּן לַעֲשׂוֹת כְּמַעֲשֵׂה הָאָדָם שֶׁיַּעֲשֶׂה לִפְנֵיהֶם כְּדֶרֶךְ הַקּוֹף אָז וַדַּאי גַּם הֵם יַעֲשׂוּ דִּלּוּג וּקְפִיצָה גְּדוֹלָה בְּכָל כּוֹחָן אַחַר שֶׁרוֹאִין שֶׁזֶּה נִתְאַמֵּץ לְדַלֵּג בְּכָל כּוֹחוֹ וְהַשֵּׁד לְפִי עֵרֶךְ כּוֹחוֹ תִּהְיֶה הַקְּפִיצָה שֶׁלּוֹ לְמָקוֹם רָחוֹק הַרְבֵּה, וְאֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה רָחוֹק כַּמָּה שָׁעוֹת כִּי כְּפִי כּוֹחוֹ שֶׁל הַשָּׁד שֶׁהוּא קוֹפֵץ בְּכָל כּוֹחוֹ וַדַּאי תִּהְיֶה קְפִיצָתוֹ שִׁעוּר רַב מְאֹד וְכֵיוָן דְּאֶעֱקוֹר אֶעֱקֹור, וְנִמְצָא זֶה הָאָדָם נִבְדָּל וְנִתְרַחֵק מֵהֶם שִׁיעוּר עָצוּם וְרַב. וְשָׁמַעְתִּי מִסְפָּרַיִם שֶׁעָשָׂה סַפָּן אֶחָד תַּחְבּוּלָה כָּזֹאת לַקּוֹפִים שֶׁלָּבְשׁוּ הַכּוֹבָעִים שֶׁהָיוּ שְׁטוּחִים בַּיַּבָּשָׁה לִפְנֵי הַסְּפִינָה וְעַל יְדֵי תַּחְבּוּלָה כָּזֹאת לָקַח כָּל הַכּוֹבָעִים שֶׁלָּקְחוּ הַקּוֹפִים מִפְּנֵי שֶׁהַקּוֹפִים טִבְעָן לַעֲשׂוֹת כַּאֲשֶׁר יַעֲשֶׂה הָאָדָם לִפְנֵיהֶם שֶׁרוֹצִים לְהִתְדַּמּוֹת לִבְנֵי אָדָם.
« Et s'il se tient dans un lieu souillé, qu'il bondisse de sa place de quatre coudées. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de sauter quatre coudées tient à ce que tout ce qui est dans les quatre coudées est considéré comme un seul domaine, et ce qui est au-delà de quatre coudées comme un autre domaine — comme ils ont dit qu'il est interdit de marcher derrière une femme, et que si l'on est éloigné d'elle de quatre coudées c'est permis ; la raison en est expliquée dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar ha-Mitsvot, et l'on trouve de même en maintes matières. Ici donc également : puisque cet homme est saisi de frayeur, c'est l'indice qu'il y a des chedim (démons) présents en ce lieu où il se tient ; dès lors, en sautant quatre coudées hors de l'endroit où il se tenait, il se trouve comme dans un autre domaine, il n'a plus à les craindre, et de ce fait il ne sera plus saisi de frayeur. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, [voici] la raison pour laquelle ils ont dit qu'il saute, et non qu'il s'éloigne de quatre coudées : ils ont usé d'une ruse pour le sauver des chedim par le bond qu'il fait hors de sa place. On sait ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, que tout le désir de la sitra a'hra est de se rendre semblable à la sainteté, comme le singe devant l'homme — c'est-à-dire que le singe a pour nature de faire comme fait l'homme devant lui. Aussi les chedim, qui ont leur racine dans la sitra a'hra, ont eux aussi cette nature du singe, qui est de faire comme les actions que font les hommes, afin de leur ressembler. Dès lors, cet homme saisi de frayeur : il apparaît que son mazal voit qu'il y a des chedim présents auprès de lui ; et s'il s'éloignait et s'en allait de ce lieu, eux aussi iraient avec lui, et à quoi lui servirait l'éloignement ? C'est pourquoi ils lui ont donné le conseil de sauter quatre coudées, car alors son bond sera grand et vigoureux à sa mesure, puisqu'il est contraint de sauter de toutes ses forces ; et les chedim, qui ont coutume de faire comme l'homme fait devant eux à la manière du singe, feront eux aussi assurément un bond et un saut considérables de toutes leurs forces, dès lors qu'ils le voient s'efforcer de sauter de toute sa force. Or le saut du ched, à la mesure de sa force, le portera vers un lieu très éloigné, peut-être à plusieurs heures de là, car selon la force du ched qui saute de toute sa puissance, son bond sera assurément d'une très grande portée — et puisqu'il se déracine, il se déracine pour de bon. Il se trouve ainsi que cet homme se trouve séparé et éloigné d'eux d'une distance immense. Et j'ai entendu raconter qu'un marin usa d'une ruse de ce genre envers des singes qui avaient revêtu les bonnets étalés à terre devant le navire : par cette ruse il reprit tous les bonnets que les singes avaient pris, parce que les singes ont pour nature de faire ce que l'homme fait devant eux, voulant ressembler aux hommes.
וְאִי לָא, לֵימָא הָכִי: עִיזָּא דְּבֵי טַבָּחֵי שַׁמִּינָא מִינַּאי. פֵּירוּשׁ אִם אֵין לוֹ מָקוֹם לְדַלֵּג כִּי עוֹמֵד בְּחֶדֶר קָטָן סָגוּר, וְגַם שֶׁהוּא מָקוֹם מְטֻונָּף שֶׁאֵין יָכוֹל לִקְרֹא קְרִיאַת שְׁמַע אָז לֵימָא הָכִי. וְצָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה נָקֵיט עִזִּים וְלֹא כְּבָשִׁים דְּמָצוּי בָּהֶם שְׁמָנִים טְפֵי מֵעִזִּים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בַּזֹּוהַר חָדָשׁ פָּרָשַׁת תּוֹלְדוֹת (זֹהַר חָדָשׁ לג, ב) תָּא חֲזֵי הָא דְּרָמַז לֵיהּ אַבְרָהָם בִּכְבָשׂוֹת הַצֹּאן וְלֹא בָּעִזִּים בְּגִין דִּכְבָשִׁים אִינּוּן מִסִּטְרָא דְּחֶסֶד וְאַבְרָהָם אֲחִיד לְחוּלָקֵיהּ מִדַּת הַחֶסֶד וְעַל דָּא תָּנֵינַן מַאן דְּשָׁרֵי גּוֹ עָאָנָא לָא מִסְתַּכֵּן לְעָלְמִין וְאִי אִיהוּ שָׁרֵי גּוֹ עִזַּיָּיא וְרֵעָי לוֹן כַּמָּה גִּרְדָּנֵי נִימוּסִין יָתְבִין לְקִבְלֵיהּ לְאַסְטְאָה לֵיהּ בְּגִין דְּעִזִּים אִינּוּן מִסִּטְרָא דְּדִינָא קַשְׁיָיא עַייֵּן שָׁם. וְלָכֵן כָּתַב בְּסֵפֶר כ"מ שֶׁלֹּא יְגַדֵּל אָדָם עֹז בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ. וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם כָּאן שֶׁאוֹמֵר עֻזִּי דְּבֵי טַבָּחָא וְכוּ' כִּי הָעִזִּים מֵאַחַר שֶׁהֵם מִצַּד כּוֹחוֹת הַדִּינִין, לְכָךְ הַשֵּׁידִים תַּאֲוָתָם לְהִתְאַחֵז וּלְהִדָּבֵק בָּעִזִּים יוֹתֵר. וְלָכֵן זֶה שֶׁיִּרְצֶה לְרַחֵק הַשֵּׁידִים מֵעָלָיו מוֹרֶה לָהֶם מָקוֹם עַל הָעִזִּים שֶׁתַּאֲוָתָם וְחֶמְדָּתָם בָּהֶם טְפֵי, וּלְכָךְ אוֹמֵר דְּבֵי טַבָּחָא כִּי בְּאֵלּוּ יֵשׁ לָהֶם תַּאֲוָה יוֹתֵר לְהִתְאַחֵז בָּהֶם כִּי דְּבֵי טַבָּחָא שָׁם הוּא פּוֹעֵל הַדִּין שֶׁנַּעֲשָׂה בִּשְׁחִיטָה.
« Et sinon, qu'il dise ceci : la chèvre de la maison des abatteurs est plus grasse que moi. » C'est-à-dire : s'il n'a pas de place pour sauter, se tenant dans une petite pièce fermée, et que ce soit en outre un lieu souillé où il ne peut pas réciter le Chema, alors qu'il dise ceci. Et il faut comprendre pourquoi il a pris des chèvres et non des brebis, alors que celles-ci sont plus souvent grasses que les chèvres. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est enseigné dans le Zohar Hadach, parachat Toldot (Zohar Hadach 33b) : viens et vois, ce qu'Avraham lui a fait entendre par les brebis du troupeau et non par les chèvres, c'est parce que les brebis relèvent du côté du 'hessed, et Avraham s'est attaché pour sa part à la mesure du 'hessed ; c'est pourquoi nous avons appris que celui qui demeure parmi le petit bétail ne court jamais de danger, mais s'il demeure parmi les chèvres et les fait paître, combien d'accusateurs se tiennent en face de lui pour l'accuser, parce que les chèvres relèvent du côté du din sévère ; qu'on s'y reporte. C'est pourquoi il est écrit dans le livre Kaf ha-Menahem que l'on n'élève pas de chèvre dans sa maison. Par là se comprend la raison, ici, de dire « la chèvre de la maison de l'abatteur », etc. : les chèvres relevant du côté des forces du din, les chedim ont d'autant plus le désir de s'attacher et de s'accrocher aux chèvres. Aussi celui qui veut éloigner de lui les chedim leur désigne un lieu, les chèvres, où leur désir et leur convoitise sont plus forts ; et il dit « de la maison de l'abatteur », car en celles-là ils ont plus de désir de s'attacher, la maison de l'abatteur étant le lieu où s'accomplit le din qui se fait dans la chehita (abattage rituel).
💡 Explication

Ravina tire de l'épisode de Daniel une règle de conduite. La frayeur sans cause visible est le signe que le mazal a perçu un danger. Trois remèdes gradués : la lecture du Chema, qui protège ; à défaut, parce qu'on ne prononce pas de versets dans un lieu souillé, un bond de quatre coudées qui fait changer de domaine ; à défaut encore, une formule de détournement.

🖼️ Schéma
La règle de Ravina : que faire quand on est saisi de frayeur Un homme prend peur sans rien voir son mazal, lui, a vu quelque chose Le lieu est-il propre ? oui non, lieu souillé Réciter le Chema la lecture elle-même protège Sauter quatre coudées quitter d'un bond ce domaine impossible Dire la formule la chèvre de l'abattoir est plus grasse que moi
Les trois remèdes de Ravina, du plus fort au plus faible.
15
וְהַשְׁתָּא דַּאֲמַרְתְּ ״מְדִינָה וּמְדִינָה וְעִיר וָעִיר״ — לִדְרָשָׁה, ״מִשְׁפָּחָה וּמִשְׁפָּחָה״ לְמַאי אֲתָא? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: לְהָבִיא מִשְׁפְּחוֹת כְּהֻונָּה וּלְוִיָּה, שֶׁמְּבַטְּלִין עֲבוֹדָתָן וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה.

Et maintenant que tu as dit que « chaque province et chaque province » et « chaque ville et chaque ville » viennent pour une derasha, « chaque famille et chaque famille » — pour quoi vient-il ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : pour inclure les familles de la kehouna et de la levia, qui interrompent leur service et viennent écouter la lecture de la Meguila.

💡 Explication

La Guemara reprend le fil interrompu : le verset d'Esther (9,28) multiplie les redoublements, et 2b a déjà mis à profit médina ou-médina et ir va-ir. Reste michpaha ou-michpaha, dont Rabbi Yossi bar Hanina tire une inclusion : même les familles vouées au service du Temple sont concernées par l'obligation d'écouter.

16
דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כֹּהֲנִים בַּעֲבוֹדָתָן וּלְוִיִּם בְּדוּכָנָן וְיִשְׂרָאֵל בְּמַעֲמָדָן — כֻּולָּן מְבַטְּלִין עֲבוֹדָתָן וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה.

Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : les kohanim à leur service, les Leviim sur leur estrade et les Israël à leur maamad — tous interrompent leur service et viennent écouter la lecture de la Meguila.

📜 Rachi (1)
וְיִשְׂרָאֵל בְּמַעֲמָדָן עוֹמְדִין עַל תְּמִידֵי צִבּוּר בִּשְׁעַת הַקָּרְבָּן כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית (דַּף כו.) תִּשְׁמְרוּ לְהַקְרִיב לִי בְּמוֹעֲדוֹ הֵיאַךְ שׁוֹמֵר אִם אֵינוֹ עוֹמֵד עַל גַּבָּיו תִּיקְּנוּ נְבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים כ"ד מִשְׁמָרוֹת עַל כָּל מִשְׁמָר וּמִשְׁמָר הָיָה מַעֲמָד כו':
Et les Israël à leur maamad — ils se tiennent auprès des offrandes publiques quotidiennes à l'heure du sacrifice, comme nous l'avons appris au traité Taanit (26a) : « vous veillerez à Me l'offrir en son temps » — comment veille-t-on si l'on ne se tient pas auprès ? Les premiers prophètes ont institué vingt-quatre gardes, et pour chaque garde il y avait un maamad, etc.
🗂️ Tossefot (1)
מְבַטְּלִין כֹּהֲנִים מֵעֲבוֹדָתָן לִשְׁמֹועַ מִקְרָא מְגִילָּה. וְקָשֶׁה אַמַּאי מְבַטְּלִין וַהֲלֹא אַחַר הַקְּרִיאָה יֵשׁ הַרְבֵּה שְׁהוּת לַעֲבוֹדָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּכֵיוָן דְּמִשֶּׁהֵאִיר הַיּוֹם הָוֵי זְמַן עֲבוֹדָה וְהֵם מַנִּיחִין אוֹתָהּ בִּשְׁבִיל הַקְּרִיאָה מִשּׁוּם הָכִי קָרֵי לֵיהּ בִּיטּוּל וא"ת וְיַעֲשׂוּ עֲבוֹדָתָן מִיָּד וְאַחַר כָּךְ יִקְרְאוּ הַמְּגִילָּה לְבַדָּם וי"ל דְּטוֹב לִקְרוֹת עִם הַצִּבּוּר מִשּׁוּם דְּהָוֵי טְפֵי פִּרְסוּמֵי נִיסָּא:
On fait interrompre aux kohanim leur service pour écouter la lecture de la Meguila. Difficulté : pourquoi interrompre, alors qu'après la lecture il reste largement le temps pour le service ? On peut dire que, dès lors que le jour s'est levé, c'est déjà le temps du service, et qu'ils le laissent de côté pour la lecture ; c'est pour cela qu'on appelle cela une interruption. Et si tu dis : qu'ils accomplissent d'abord leur service, et qu'ensuite ils lisent la Meguila entre eux — on peut répondre qu'il vaut mieux lire avec la communauté, parce qu'il y a là davantage de pirsoumei nissa (publication du miracle).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כֹּהֲנִים בַּעֲבוֹדָתָן וּלְוִיִּם בְּדוּכָנָן וְיִשְׂרָאֵל בְּמַעֲמָדָן כֻּלָּן מְבַטְּלִין עֲבוֹדָתָן וּבָאִין לִשְׁמֹעַ מִקְרָא מְגִלָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט כְּהַאי לִישָּׁנָא, לוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁהִתְחִילוּ שֶׁכְּבָר אֵלּוּ הֵם עוֹמְדִים בַּעֲבוֹדָתָם וְאֵלּוּ בְּדוּכָנָם וְכוּ', גַּם כֵּן מְבַטְּלִין וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה. וְאָמַר כֻּולָּן מְבַטְּלִין, דִּיֵּיק בְּכֻולָּן, לוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ כָּאן שְׁלֹשָׁה מִינֵי מִצְוֹת, דְּהָא כָּל חֲדָא מִצְוָה בְּאַפֵּי נַפְשָׁא הִיא, עִם כָּל זֶה כָּל אֵלּוּ הַשְּׁלֹשָׁה מִינֵי מִצְוֹת שֶׁנִּצְמְדוּ שְׁלָשְׁתָּם בְּיַחַד מְבַטְּלִין בִּשְׁבִיל מִקְרָא מְגִילָּה.
« Les kohanim à leur service, les Leviim sur leur estrade et les Israël à leur maamad : tous interrompent leur service et viennent écouter la lecture de la Meguila. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a employé cette formulation pour dire que, même s'ils ont déjà commencé — ceux-ci se tenant à leur service, ceux-là sur leur estrade, etc. —, ils interrompent néanmoins et viennent écouter la lecture de la Meguila. Et en disant « tous interrompent », il a été précis en disant « tous » : pour dire que, bien qu'il y ait là trois sortes de mitsvot, chacune d'elles étant une mitsva à part entière, malgré tout ces trois sortes de mitsvot réunies ensemble sont interrompues au profit de la lecture de la Meguila.
💡 Explication

Trois fonctions du Temple sont nommées : les kohanim qui officient, les Leviim qui chantent sur le doukhan, et les Israël du maamad, ces représentants du peuple qui se tenaient là pendant l'offrande quotidienne. Toutes trois cèdent devant la lecture de la Meguila.

17
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: כֹּהֲנִים בַּעֲבוֹדָתָן, וּלְוִיִּם בְּדוּכָנָן, וְיִשְׂרָאֵל בְּמַעֲמָדָן — כֻּולָּן מְבַטְּלִין עֲבוֹדָתָן וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה. מִכָּאן סָמְכוּ שֶׁל בֵּית רַבִּי שֶׁמְּבַטְּלִין תַּלְמוּד תּוֹרָה וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה, קַל וָחֹומֶר מֵעֲבוֹדָה: וּמָה עֲבוֹדָה שֶׁהִיא חֲמוּרָה — מְבַטְּלִינַן, תַּלְמוּד תּוֹרָה לֹא כָּל שֶׁכֵּן.

Cela est enseigné aussi dans une baraita : les kohanim à leur service, les Leviim sur leur estrade et les Israël à leur maamad — tous interrompent leur service et viennent écouter la lecture de la Meguila. De là, ceux de la maison de Rabbi ont pris appui pour dire qu'on interrompt l'étude de la Torah et que l'on vient écouter la lecture de la Meguila, par un kal va-homer tiré du service : si le service, qui est plus lourd, nous l'interrompons, l'étude de la Torah — a plus forte raison.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה נְבִיאִים וְשֶׁבַע נְבִיאוֹת נִתְנַבְּאוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, וְלֹא פִּחֲתוּ וְלֹא הוֹתִירוּ עַל מַה שֶׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה חוּץ מִמִּקְרָא מְגִלָּה. הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא רַק 'וְלֹא הוֹתִירוּ' אֲבָל 'פִּחֲתוּ' הֵיכִי סָלְקָא דַעְתָּךְ? דְּהָא גַּם בְּמִקְרָא מְגִילָּה לֹא מָצִינוּ פְּחַת! וְתֵירֵץ דְּיֵשׁ לוֹמַר דְּגַם פִּחֲתוּ עַל יְדֵי מִקְרָא מְגִילָּה, שֶׁאֲסוּרִין בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית עַייֵּן שָׁם. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בִּדְבָרָיו וְכִי הַתּוֹרָה חִייְּבָה בְּתַעֲנִית בְּיוֹם י"ד בַּאֲדָר, וְגַם הֶסְפֵּד אֵינוֹ מִן הַתּוֹרָה? וְנִרְאֶה לְקַיֵּים דְּבָרָיו בְּמִקְצָת, בְּהֵיכָא דְּנָדַר לְהִתְעַנּוֹת כָּךְ וְכָךְ יָמִים וְאֵירַע בָּהֶם פּוּרִים, דְּמִן הַתּוֹרָה חַייָּב לְהִתְעַנּוֹת מִכֹּחַ נִדְרוֹ, אַךְ אַחַר שֶׁעָשׂוּ אוֹתוֹ חֲכָמִים יוֹם מִקְרָא מְגִילָּה אֵינוֹ מִתְעַנֶּה, וְנִמְצָא בָּטֵל חִיּוּב שֶׁנִּתְחַייֵּב מִדִּין תּוֹרָה מִכֹּחַ נִדְרוֹ. וְלִי אֲנָא עָבְדָא נִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דִּמְבַטְּלִין עֲבוֹדָה וְתַלְמוּד תּוֹרָה מִפְּנֵי מִקְרָא מְגִילָּה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּרֵישׁ פִּרְקִין (דַּף ג.) תַּנְיָא כֹּהֲנִים בַּעֲבוֹדָתָם וּלְוִיִּם בְּדוּכָנָם וְיִשְׂרָאֵל בְּמַעֲמָדָן כֻּולָּם מְבַטְּלִין עֲבוֹדָתָם, וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה, מִכָּאן סָמְכוּ שֶׁל בֵּית רַבִּי שֶׁמְּבַטְּלִין תַּלְמוּד תּוֹרָה וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה עַייֵּן שָׁם, וְאַף עַל גַּב דְּאַיְירֵי בְּהֵיכָא דְּיָכוֹל לְקַייֵּם אַחַר כָּךְ מִצְוַת עֲבוֹדָה, עִם כָּל זֶה כֵּיוָן דִּמְבַטְּלִין לְפִי שָׁעָה וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה שַׁייָּךְ בָּזֶה לְשׁוֹן 'פָּחֲתוּ'. וְהִנֵּה רַשִׁ"י זַ"ל מָנָה בִּכְלַל מ"ח אֶת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְקָשֶׁה וַהֲלֹא הַחִידּוּשׁ הוּא דְּאֵלּוּ המ"ח לֹא פִּיחֲתוּ וְלֹא הוֹתִירוּ עַל מַה שֶׁכָּתַב מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בַּתּוֹרָה, וְאֵיךְ מוֹנֶה אוֹתוֹ בִּכְלָל המ"ח? וְעוֹד קָשֶׁה אַמַּאי לֹא מָנָה אֶת נֹחַ שֶׁנִּכְתְּבָה נְבוּאָתוֹ בַּתּוֹרָה? וְשֵׁם וְעֵבֶר נָמֵי הָיוּ נְבִיאִים וְנִכְתְּבָה נְבוּאָתָם בְּרֵישׁ תּוֹלְדוֹת אֵצֶל רִבְקָה אִמֵּנוּ ע"ה, וְאִם נֶאֱמַר אֵלּוּ הָיוּ קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה, הָא מָנָה רַשִׁ"י אֶת אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב! וְעוֹד קָשֶׁה אַמַּאי לֹא מָנָה אֶת יְהוֹשֻׁעַ, וְלֹא מָנָה אֶת אֶלְדָּד וּמֵידָד שֶׁהָיוּ מִתְנַבְּאִים לְדוֹרוֹת גַּם כֵּן כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּסַנְהֶדְרִין דַּף י"ז שֶׁהָיוּ מִתְנַבְּאִים עַל עִסְקֵי גּוֹג וּמָגוֹג? וְלָמָּה לֹא חָשַׁב אֶת אָסַף דְּאִית לֵיהּ מִזְמוֹרִים בִּתְהִלִּים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם דְּבָרִים לְדוֹרוֹת שֶׁאֲמָרָם בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ? וְצָרִיךְ עִיּוּן. וּמִלְּבַד כָּל זֶה יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בְּדִבְרֵי רַשִׁ"י זַ"ל, שֶׁחָשַׁב בִּכְלַל המ"ח אֶת הָאָבוֹת, וַהֲלֹא אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה רָאָה אֶת זַרְעוֹ יִצְחָק וְיַעֲקֹב צַדִּיקִים גְּמוּרִים וְיִשְׁמָעֵאל וְעֵשָׂו לָא חֲשִׁיבִי זֶרַע, וְכֵן יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה רָאָה כָּל זַרְעוֹ צַדִּיקִים, וְלֹא שַׁיָּיךְ גַּבֵּיהּ מַאֲמָר זֶה לְהַחֲזִירָם לַמּוּטָב, וְכֵן לֹא שַׁיָּיךְ זֶה גַּבֵּי שָׂרָה, וְיֵשׁ לוֹמַר בְּדֹוחַק דְּלָאו עַל כָּל מ"ח וְשֶׁבַע קָאָמַר זֶה.
« Quarante-huit prophètes et sept prophétesses ont prophétisé pour Israël, et ils n'ont rien retranché ni rien ajouté à ce qui est écrit dans la Torah, hormis la lecture de la Meguila. » Le Rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, a soulevé une difficulté : il aurait suffi de dire « et ils n'ont rien ajouté », mais « retranché », comment cela viendrait-il à l'esprit ? Car même pour la lecture de la Meguila nous ne trouvons aucun retranchement ! Et il a répondu qu'on peut dire qu'il y a aussi retranchement du fait de la lecture de la Meguila, puisqu'il est interdit d'y faire l'éloge funèbre et d'y jeûner ; qu'on s'y reporte. Or on peut objecter à ses paroles : la Torah a-t-elle donc rendu obligatoire de jeûner le quatorze Adar, et l'éloge funèbre n'est-il pas non plus de la Torah ? Il semble qu'on puisse maintenir ses paroles en partie, dans le cas de celui qui a fait vœu de jeûner tant et tant de jours et que Pourim tombe parmi eux : selon la Torah il est tenu de jeûner en vertu de son vœu, mais dès lors que les Sages ont fait de ce jour un jour de lecture de la Meguila, il ne jeûne pas — et il se trouve qu'une obligation contractée selon la loi de la Torah, en vertu de son vœu, a été annulée. Et pour moi, le serviteur, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce qu'on interrompt le service et l'étude de la Torah devant la lecture de la Meguila, comme ils l'ont dit au début de notre chapitre (folio 3a) : il est enseigné dans une baraita, les kohanim à leur service, les Leviim sur leur estrade et les Israël à leur maamad, tous interrompent leur service et viennent écouter la lecture de la Meguila ; de là, ceux de la maison de Rabbi ont pris appui pour dire qu'on interrompt l'étude de la Torah et que l'on vient écouter la lecture de la Meguila ; qu'on s'y reporte. Et bien qu'il s'agisse d'un cas où l'on peut accomplir ensuite la mitsva du service, malgré tout, dès lors qu'on l'interrompt sur le moment et que l'on vient écouter la lecture de la Meguila, le terme « retranché » s'y applique. Or Rachi, de mémoire bénie, a compté parmi les quarante-huit Moche notre maître, la paix sur lui ; et cela fait difficulté : la nouveauté est justement que ces quarante-huit n'ont rien retranché ni ajouté à ce que Moche notre maître, la paix sur lui, a écrit dans la Torah — comment donc le compte-t-il parmi les quarante-huit ? Autre difficulté : pourquoi n'a-t-il pas compté Noah, dont la prophétie est écrite dans la Torah ? Chem et Ever aussi étaient prophètes, et leur prophétie est écrite au début de Toldot, auprès de Rivka notre mère, la paix sur elle. Et si l'on dit qu'ils étaient antérieurs au don de la Torah, Rachi a pourtant compté Avraham, Its'hak et Yaakov ! Autre difficulté : pourquoi n'a-t-il pas compté Yehochoua, ni Eldad et Meidad, qui prophétisaient eux aussi pour les générations, comme ils l'ont dit dans Sanhédrin (folio 17) qu'ils prophétisaient sur l'affaire de Gog et Magog ? Et pourquoi n'a-t-il pas compté Assaf, qui a des psaumes dans les Tehilim où se trouvent des choses valables pour les générations, dites par l'esprit saint ? Cela demande examen. Et outre tout cela, il y a à objecter dans les paroles de Rachi, de mémoire bénie, qui a compté parmi les quarante-huit les Patriarches : or Avraham notre père, la paix sur lui, a vu sa descendance, Its'hak et Yaakov, parfaitement justes, et Yichmael et Essav ne comptent pas comme descendance ; de même Yaakov notre père, la paix sur lui, a vu toute sa descendance juste, et le propos [selon lequel un prophète vient ramener au bien] ne s'applique pas à lui, ni davantage à Sarah. On peut répondre, avec peine, que ce propos n'a pas été dit sur l'ensemble des quarante-huit et des sept.
💡 Explication

La baraita confirme le propos de Rav, et la maison de Rabbi en tire une conséquence par kal va-homer : puisque le service du Temple, réputé plus grave, cède devant la Meguila, l'étude cède à plus forte raison. Tout l'argument repose sur une prémisse — que l'avoda l'emporte sur le talmud Torah — que la suite immédiate va contester.

18
וַעֲבוֹדָה חֲמוּרָה מִתַּלְמוּד תּוֹרָה? וְהָכְתִיב: ״וַיְהִי בִּהְיוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּירִיחוֹ וַיִּשָּׂא עֵינָיו וַיַּרְא וְהִנֵּה אִישׁ עֹומֵד לְנֶגְדּוֹ [וְגוֹ׳] וַיִּשְׁתַּחוּ (לְאַפָּיו)״.

Et le service est-il plus lourd que l'étude de la Torah ? Mais n'est-il pas écrit : « et il advint, comme Yehochoua était à Jericho, qu'il leva les yeux et vit, et voici un homme se tenait devant lui [etc.] et il se prosterna (la face contre terre) » (Yehochoua 5,13-14) ?

💡 Explication

La Guemara attaque la prémisse du kal va-homer. Le passage du livre de Yehochoua, qui va être exposé dans les lignes suivantes, montre que le reproche adressé par l'envoyé céleste porte en priorité sur l'étude, ce qui inverserait la hiérarchie supposée.

19
וְהֵיכִי עֲבִיד הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּתֵּן שָׁלוֹם לַחֲבֵירוֹ בַּלַּיְלָה, חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא שֵׁד הוּא! שָׁאנֵי הָתָם דְּאָמַר לֵיהּ: ״כִּי אֲנִי שַׂר צְבָא ה׳״.

Et comment a-t-il fait cela ? Mais Rabbi Yehochoua ben Levi n'a-t-il pas dit : il est interdit à un homme de saluer son prochain la nuit, car nous craignons que ce ne soit un ched !

Là-bas, c'est différent, puisqu'il lui a dit : « car je suis le chef de l'armée de ה' » (Yehochoua 5,14).

📜 Rachi (1)
וְהֵיכִי עֲבִיד הָכִי שֶׁהִשְׁתַּחֲוָה לוֹ דִּכְתִיב וַיִּפֹּול עַל פָּנָיו וַיִּשְׁתָּחוּ:
Et comment a-t-il fait cela — qu'il se soit prosterné devant lui, puisqu'il est écrit : « il tomba sur sa face et se prosterna ».
🗂️ Tossefot (1)
חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא שֵׁד הוּא. פֵּירֵשׁ רִיבָ"א דְּדַוְקָא חוּץ לָעִיר [הֵיכָא דִּשְׁכִיחִי מַזִּיקִין] כְּגוֹן בְּשָׂדֶה וּבַלַּיְלָה וְכֵן הָיָה יְהוֹשֻׁעַ צַר עַל יְרִיחוֹ בַּשָּׂדֶה רָחוֹק מִמַּחֲנֵה יִשְׂרָאֵל אֲבָל בְּמָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם מִצָּוְיִין אֵין לָחוּשׁ דאל"כ אָדָם שֶׁאָמַר לָנוּ [בַּלַּיְלָה בָּעִיר] כִּתְבוּ גֵּט לְאִשְׁתִּי הֵיכִי כָּתְבִינַן נֵיחוּשׁ שֶׁמָּא שֵׁד הוּא [וְלָא נִכְתּוֹב] עַד דְּנֶחְזֵי לֵיהּ בָּבוּאָה דְּבָבוּאָה וְלָא אַשְׁכְּחַן דְּפָרִיךְ לֵיהּ גְּמָרָא אֶלָּא גַּבֵּי מִי שֶׁהֻושְׁלַךְ בַּבּוֹר פֶּרֶק הִתְקַבֵּל (גִּיטִּין דַּף סו. וְשָׁם):
Nous craignons que ce ne soit un ched. Le Riva a expliqué : cela vaut précisément hors de la ville [là où les nuisibles sont fréquents], comme dans les champs et la nuit ; et de fait Yehochoua assiégeait Jericho, en plein champ, loin du camp d'Israël. Mais dans un lieu où les gens se trouvent en nombre, il n'y a pas lieu de craindre. Car s'il n'en était pas ainsi, un homme qui nous dirait [la nuit, en ville] : écrivez un guet pour ma femme — comment l'écririons-nous ? Nous devrions craindre que ce ne soit un ched [et ne pas l'écrire] tant que nous n'aurions pas vu son ombre de l'ombre ; or nous ne trouvons pas que la Guemara objecte ainsi, sinon à propos de celui qui avait été jeté dans une fosse, au chapitre ha-Mekabel (Guittin 66a et là-bas).
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהֵיכִי עֲבִיד הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּתֵּן שָׁלוֹם לַחֲבֵרוֹ בַּלַּיְלָה, חָיְשִׁינַן שֶׁמָּא שֵׁד הוּא. מַקְשִׁים דִּילְמָא כְּשֶׁאָמַר לוֹ 'אֲנִי שַׂר צְבָא יְיָ' (יְהוֹשֻׁעַ ה, יד) יָדַע בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁדְּבַר אֱמֶת בָּזֶה שֶׁהוּא מַלְאָךְ וְלֹא שֵׁד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּפָרִיךְ הֵיכִי עֲבִיד הָכִי מִשּׁוּם מַרְאִית הָעַיִן, שֶׁהָעוֹמְדִים שָׁם אַחַר שֶׁרָאוּ דְּבַתְּחִלָּה לֹא יָדַע בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ מִי הוּא דְּהָא שָׁאַל אוֹתוֹ 'הֲלָנוּ אַתָּה אִם לְצָרֵינוּ' נִמְצָא אוֹתָהּ שָׁעָה לֹא שָׁרְתָה עַל יְהוֹשֻׁעַ רוּחַ הַקֹּודֶשׁ לֵידַע הַנֶּעֱלָם, וְכֵיוָן דְּלָא כִּיוֵּן דָּבָר זֶה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ אָז וַדַּאי גַּם דָּבָר זֶה אִם הוּא מַלְאָךְ אוֹ שֵׁד לֹא הִשִּׂיג בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, וְהַשְׁתָּא כְּשֶׁרוֹאִין שֶׁהִשְׁתַּחֲוָה לוֹ אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נִתְבָּרֵר אֶצְלוֹ מִי הוּא הַשְׁתָּא יִלְמְדוּ הָרוֹאִין לוֹמַר דְּמֻותָּר לְהִשְׁתַּחֲוֹת בְּכֹהֵן גָּדוֹל, אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא סָפֵק שֶׁשְּׁמָא שֵׁד הוּא. וַעֲדַיִין יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֻוצְרַךְ לְהָבִיא הָנֵי קֻשְׁיוֹת וְתֵירוּצִים דְּנָקֵיט תַּלְמוּדָא הָכָא, וַהֲוָה לֵיהּ לְהָבִיא רַק הָא דְּאָמַר לוֹ 'אֶמֶשׁ בִּטַּלְתֶּם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם, וְעַכְשָׁו בִּטַּלְתֶּם תַּלְמוּד תּוֹרָה' יַעַן דְּכָאן לָא נְחִית תַּלְמוּדָא לְפָרוֹשֵׁי לִקְרָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְלָאו הָכִי הֲוָה אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁזֶּה הָאוֹמֵר כֵּן אֵינוֹ מַלְאַךְ ד' אֶלָּא מַלְאָךְ רַע שָׁלוּחַ מִן הַשָּׁמַיִם לְהַזִּיק לָהֶם בַּעֲבוּר חֵטְא זֶה, וְאִם כֵּן אֵין רְאָיָה לִלְמֹוד דִּין מִדְּבָרָיו שֶׁל מַזִּיק, וְאַף עַל פִּי דִּקְרָא מְפֹורָשׁ שֶׁאָמַר לוֹ 'אֲנִי שַׂר צְבָא יְיָ' וְגַם אָמַר לוֹ עַל שָׂבְעָתָהּ בָּאתִי, אֶפְשָׁר דִּמְשַׁקֵּר וְלֹא הָיָה שָׁלוּחַ מִן הַשָּׁמַיִם בַּעֲבוּר בִּיטּוּל תַּלְמוּד תּוֹרָה אֶלָּא בַּעֲבוּר בִּיטּוּל הַתָּמִיד, לְכָךְ הֻוצְרַךְ תַּלְמוּדָא לְהָבִיא הָנָךְ קֻשְׁיוֹת וְתֵירוּצִים דְּמַסִּיק בָּזֶה דַּהֲוָה מַלְאַךְ ד' בֶּאֱמֶת, אִם כֵּן שַׁפִּיר יָלְפִינַן מִדְּבָרָיו דְּתַלְמוּד תּוֹרָה עָדִיף.
« Et comment a-t-il fait cela ? Mais Rabbi Yehochoua ben Levi n'a-t-il pas dit : il est interdit à un homme de saluer son prochain la nuit, car nous craignons que ce ne soit un ched ! » On objecte : peut-être, lorsqu'il lui a dit « je suis le chef de l'armée de Hachem » (Yehochoua 5,14), sut-il par l'esprit saint que c'était la parole de vérité et qu'il s'agissait d'un ange et non d'un ched. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'objection « comment a-t-il fait cela » porte sur l'apparence (marit ha-ayin) : ceux qui se tenaient là, après avoir vu qu'au début il ne savait pas par l'esprit saint qui il était — puisqu'il lui avait demandé « es-tu des nôtres ou de nos adversaires ? », d'où il ressort qu'à ce moment l'esprit saint ne reposait pas sur Yehochoua pour connaître le caché ; et dès lors qu'il n'avait pas discerné cela par l'esprit saint, assurément il n'avait pas davantage saisi par l'esprit saint s'il s'agissait d'un ange ou d'un ched —, en le voyant maintenant se prosterner devant lui alors qu'il n'avait pas établi qui il était, les spectateurs pourraient en tirer qu'il est permis de se prosterner devant un kohen gadol, bien qu'il y ait un doute et que ce soit peut-être un ched. Et il reste encore à objecter : pourquoi le Talmud a-t-il eu besoin d'apporter ici ces difficultés et ces réponses ? Il aurait suffi d'apporter seulement ce qu'il lui a dit, « hier soir vous avez négligé le tamid de l'après-midi, et maintenant vous avez négligé l'étude de la Torah », puisqu'ici le Talmud n'est pas venu expliquer le verset. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sans cela on aurait pu dire que celui qui parle ainsi n'est pas un ange de D.ieu mais un mauvais ange, envoyé du Ciel pour leur nuire à cause de cette faute ; auquel cas il n'y aurait aucune preuve à tirer d'une loi apprise des paroles d'un nuisible. Et bien que le verset dise explicitement qu'il lui a dit « je suis le chef de l'armée de Hachem », et qu'il lui ait dit aussi « maintenant je suis venu », il se pourrait qu'il mente et qu'il n'ait pas été envoyé du Ciel pour la négligence de l'étude de la Torah mais pour la négligence du tamid. C'est pourquoi le Talmud a eu besoin d'apporter ces difficultés et ces réponses, par lesquelles il conclut qu'il s'agissait véritablement d'un ange de D.ieu ; dès lors, nous apprenons à bon droit de ses paroles que l'étude de la Torah l'emporte.
💡 Explication

Avant d'exploiter le passage, la Guemara clarifie la scène. Une règle de Rabbi Yehochoua ben Levi interdit de saluer de nuit quelqu'un qu'on ne reconnaît pas, par crainte d'un ched (démon) ; comment Yehochoua s'est-il alors prosterné devant un inconnu ? La réponse tient à la déclaration de l'envoyé, qui s'est nommé chef de l'armée de Hachem.

20
וְדִלְמָא מְשַׁקְּרִי? גְּמִירִי דְּלָא מַפְּקִי שֵׁם שָׁמַיִם לְבַטָּלָה.

Et peut-être mentent-ils ? Nous avons une tradition selon laquelle ils ne prononcent pas le nom du Ciel en vain.

💡 Explication

L'argument se ferme sur une donnée reçue : les chedim ne prononcent pas le Nom divin pour rien. La mention du Nom dans la réponse de l'envoyé fournit donc à Yehochoua une preuve suffisante qu'il a bien affaire à un ange.

21
אָמַר לוֹ: אֶמֶשׁ בִּטַּלְתֶּם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם, וְעַכְשָׁיו בִּטַּלְתֶּם תַּלְמוּד תּוֹרָה. אָמַר לוֹ: עַל אֵיזֶה מֵהֶן בָּאתָ? אָמַר לוֹ: ״עַתָּה בָּאתִי״, מִיָּד: ״וַיָּלֶן יְהוֹשֻׁעַ בַּלַּיְלָה הַהוּא בְּתוֹךְ הָעֵמֶק״, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן:

Il lui dit : hier soir vous avez négligé le tamid de l'après-midi, et maintenant vous avez négligé l'étude de la Torah. Il lui dit : pour lequel des deux es-tu venu ?

Il lui dit : « maintenant je suis venu » (Yehochoua 5,14). Aussitôt : « et Yehochoua passa cette nuit-là au milieu de la vallée » (Yehochoua 8,13).

Rabbi Yo'hanan a dit :

📜 Rachi (4)
אֶמֶשׁ בִּיטַּלְתֶּם כו' בִּתְשׁוּבָה שֶׁהֵשִׁיבוּ עַתָּה בָּאתִי אָנוּ לְמֵדִין תְּחִלַּת דִּבְרֵי הַמַּלְאָךְ הֶאֱשִׁימָן בִּשְׁנֵי דְּבָרִים אֶמֶשׁ כְּלוֹמַר כְּשֶׁהֶעֱרִיב הַיּוֹם הָיָה לָכֶם לְהַקְרִיב תָּמִיד הָעֶרֶב וּבִטַּלְתֶּם אוֹתוֹ וְנִשְׁתַּהִיתֶם בְּמַאֲרָב הָעִיר חִנָּם שֶׁאֵין זְמַן מִלְחָמָה בַּלַּיְלָה [מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ]:
Hier soir vous avez négligé, etc. — c'est de la réponse qu'il lui fit, « maintenant je suis venu », que nous apprenons que les premières paroles de l'ange les accusaient de deux choses. « Hier soir », c'est-à-dire : quand le jour a décliné, vous aviez à offrir le tamid du soir et vous l'avez négligé, et vous vous êtes attardés sans raison à l'embuscade de la ville, car ce n'est pas le temps de la guerre pendant la nuit [dès la tombée du soir].
וְעַכְשָׁיו שֶׁהוּא לַיְלָה הָיָה לָכֶם לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה שֶׁהֲרֵי אֵינְכֶם נִלְחָמִים בַּלַּיְלָה:
Et maintenant — qui est la nuit, vous aviez à vous occuper de Torah, puisque vous ne combattez pas la nuit.
עַתָּה בָּאתִי עַל שֶׁל עַכְשָׁיו:
Maintenant je suis venu — pour le manquement de maintenant.
מִיָּד וַיָּלֶן יְהוֹשֻׁעַ בַּלַּיְלָה הַהוּא בְּתוֹךְ הָעֵמֶק לֹא בְּאוֹתוֹ הַלַּיְלָה כְּתִיב אֶלָּא בַּלַּיְלָה שֶׁצָּר עַל הָעַי וְהָכִי קָאָמַר מִיָּד חָזַר יְהוֹשֻׁעַ מִדְּבָרָיו וּכְשֶׁבָּא לַיְלָה אַחֵר בַּמָּצוֹר עָסַק בַּתּוֹרָה:
Aussitôt : et Yehochoua passa cette nuit-là au milieu de la vallée — ce n'est pas de cette nuit-là qu'il est écrit, mais de la nuit où il assiégeait le Aï ; et voici ce que [la Guemara] veut dire : aussitôt Yehochoua revint de sa conduite, et lorsque vint une autre nuit durant le siège, il s'occupa de Torah.
🗂️ Tossefot (3)
אֶמֶשׁ בִּטַּלְתֶּם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם. קָשֶׁה אַמַּאי בִּטְּלוּהוּ בִּשְׁלָמָא תַּלְמוּד תּוֹרָה בִּטְּלוּ לְפִי שֶׁהָיוּ צָרִים עַל הָעִיר כָּל יִשְׂרָאֵל אֲבָל הַכֹּהֲנִים אַמַּאי לֹא הָיוּ מַקְרִיבִים הַתָּמִיד וְי"ל לְפִי שֶׁהָאָרוֹן לֹא הָיָה בִּמְקוֹמוֹ כִּדְאָמַר פֶּרֶק הַדָּר (עֵירוּבִין דַּף סג:) וְהַכֹּהֲנִים נוֹשְׂאִין אֶת הָאָרוֹן וא"ת וְהֵיכִי מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּקְרָא דְּבָטְלוּ הַתָּמִיד וְתַלְמוּד תּוֹרָה וְיֵשׁ לוֹמַר דה"פ מִדְּקָאָמַר הֲלָנוּ אַתָּה הָכִי קָאָמַר בִּשְׁבִיל תַּלְמוּד תּוֹרָה בָּאתָ דִּכְתִיב תּוֹרָה צִוָּה לָנוּ אִם לְצָרֵינוּ אוֹ בִּשְׁבִיל הַקָּרְבָּנוֹת שֶׁמְּגִינִּים עָלֵינוּ מִצָּרֵינוּ:
Hier soir vous avez négligé le tamid de l'après-midi. Difficulté : pourquoi l'ont-ils négligé ? Passe encore pour l'étude de la Torah, qu'ils ont négligée parce que tout Israël assiégeait la ville ; mais les kohanim, pourquoi n'offraient-ils pas le tamid ? On peut dire : parce que l'Arche n'était pas à sa place, comme il est dit au chapitre ha-Dar (Erouvin 63b), et que ce sont les kohanim qui portaient l'Arche. Et si tu dis : d'où ressort-il du texte du verset qu'ils ont négligé le tamid et l'étude de la Torah ? On peut dire que voici le sens : de ce qu'il a dit « es-tu des nôtres », voici ce qu'il veut dire : est-ce pour l'étude de la Torah que tu es venu, dont il est écrit « Moche nous a prescrit une Torah » — « ou de nos adversaires », c'est-à-dire pour les sacrifices, qui nous protègent de nos adversaires.
עַתָּה בָּאתִי. פִּי' ריב"ן עַל תַּלְמוּד תּוֹרָה בָּאתִי דִּכְתִיב בֵּיהּ וְעַתָּה כִּתְבוּ לָכֶם [אֶת] הַשִּׁירָה הַזֹּאת (דְּבָרִים ל״א:י״ט):
Maintenant je suis venu. Le Rivan a expliqué : c'est pour l'étude de la Torah que je suis venu, dont il est écrit « et maintenant, écrivez pour vous ce cantique » (Devarim 31,19).
וַיָּלֶן יְהוֹשֻׁעַ בַּלַּיְלָה הַהוּא בְּתוֹךְ הָעֵמֶק. לָא כְּתִיב בְּהַאי קְרָא כֵּן אֶלָּא כְּשֶׁצָּר עַל יְרִיחוֹ כְּתִיב וַיָּלֶן בַּלַּיְלָה הַהוּא בְּתוֹךְ הָעָם וּכְשֶׁצָּר עַל הָעַי כְּתִיב וַיֵּלֶךְ בַּלַּיְלָה הַהוּא בְּתוֹךְ הָעֵמֶק וְדֶרֶךְ הַשַּׁ"ס הוּא לְקַצֵּר הַפְּסוּקִים וּלְעָרְבָם יַחַד כְּמוֹ וְנָתַן הַכֶּסֶף וְקָם לוֹ (עֲרָכִין דַּף לג.):
Et Yehochoua passa cette nuit-là au milieu de la vallée. Ce n'est pas ainsi qu'il est écrit dans ce verset-là : lorsqu'il assiégeait Jericho il est écrit « et il passa cette nuit-là au milieu du peuple », et lorsqu'il assiégeait le Aï il est écrit « et il alla cette nuit-là au milieu de la vallée ». Et c'est la manière du Talmud d'abréger les versets et de les mêler ensemble, comme pour « et il donnera l'argent et il lui sera acquis » (Arakhin 33a).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר לוֹ: עַל אֵיזֶה מֵהֶן בָּאתָ. קַשָּׁא מַאי מְסַפְּקָא לֵיהּ? דְּוַדַּאי אִם עַל הַתָּמִיד הָיָה צָרִיךְ שֶׁיָּבֹא בְּעֵת שֶׁבָּטְלוּ הַתָּמִיד! וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הֵם לֹא בָּטְלוּ הַתָּמִיד אֶלָּא רַק אוֹתוֹ הַיּוֹם בִּלְבַד שֶׁלֹּא הִקְרִיבוּ בֵּין הָעַרְבַּיִם, וְכֵיוָן שֶׁהוּא בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה שֶׁאַחַר אוֹתוֹ יוֹם קָרֵי לַיּוֹם שֶׁעָבַר 'אֶמֶשׁ' וְנִמְצָא שֶׁהוּא בַּלַּיְלָה הַסְּמוּכָה לַיּוֹם שֶׁבִּיטְּלוּ בּוֹ הַתָּמִיד, וּלְכָךְ נִסְתַּפֵּק אִם בַּעֲבוּר בִּיטּוּל הַתָּמִיד בָּא דְּהָיָה בִּיטּוּל סָמוּךְ, אוֹ דִּלְמָא עַל בִּיטּוּל תַּלְמוּד תּוֹרָה בָּא שֶׁרָאָה שֶׁלֹּא קָבְעוּ יְשִׁיבָה לִלְמֹוד בְּאוֹתָהּ הַלַּיְלָה וּבָא בִּתְחִילַּת הַלַּיְלָה כְּדֵי שֶׁיַּרְגִּישׁוּ בְּחֶסְרוֹן זֶה וִיתַקְּנוּ הַדָּבָר שֶׁעֲדַיִין יֵשׁ זְמַן בַּלַּיְלָה הַהוּא לִקְבֹּועַ יְשִׁיבָה דְּתַלְמוּד תּוֹרָה, וְכַאֲשֶׁר עָשָׂה אַחַר כָּךְ יְהוֹשֻׁעַ, וּלְכָךְ נִסְתַּפֵּק בְּדָבָר זֶה וְשָׁאַל אוֹתוֹ 'עַל אֵיזֶה מֵהֶן בָּאתָ?'.
« Il lui dit : pour lequel des deux es-tu venu ? » Difficulté : sur quoi porte son doute ? Assurément, si c'était pour le tamid, il aurait fallu qu'il vienne au moment où ils avaient négligé le tamid ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils n'ont négligé le tamid que ce jour-là seulement, n'ayant pas offert celui de l'après-midi ; et puisque l'on est au début de la nuit qui suit ce jour, on appelle le jour écoulé « hier soir », et il se trouve que l'on est dans la nuit contiguë au jour où ils ont négligé le tamid. C'est pourquoi il a doute : est-il venu pour la négligence du tamid, qui était toute proche, ou bien est-il venu pour la négligence de l'étude de la Torah, ayant vu qu'ils n'avaient pas établi de session d'étude cette nuit-là, et étant venu au début de la nuit afin qu'ils perçoivent ce manque et rectifient la chose, puisqu'il restait encore du temps cette nuit-là pour établir une session d'étude de la Torah — comme Yehochoua le fit ensuite ? C'est pourquoi il a doute sur ce point et lui a demandé : « pour lequel des deux es-tu venu ? »
💡 Explication

L'envoyé formule deux reproches : la veille au soir, le tamid de l'après-midi n'a pas été offert ; cette nuit, l'étude a été délaissée alors qu'on ne combat pas de nuit. À la question de Yehochoua, il répond par les mots du verset, ata bâti, « maintenant je suis venu » — donc pour le manquement du moment présent, l'étude. Yehochoua rectifie aussitôt et consacre à l'étude la nuit suivante du siège. Le propos de Rabbi Yo'hanan qui s'annonce ici se poursuit en 3b.

🖼️ Schéma
Yehochoua devant Jericho : deux manquements, une seule réponse Amech — hier, à la tombée du jour le tamid de l'après-midi n'a pas été offert avoda Ve-akhchav — cette nuit l'étude a été délaissée pendant le siège talmud Torah Pour lequel des deux es-tu venu ? Ata bâti — maintenant je suis venu donc pour le manquement de cette nuit : l'étude Yehochoua rectifie aussitôt et passe la nuit suivante du siège à étudier, au milieu de la vallée.
Les deux manquements reprochés à Yehochoua et ce que ata bâti vient trancher.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).