Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya de Yehochoua : Rav Chemouel bar Ounia tire du verset « maintenant je suis venu » que l'étude de la Torah l'emporte sur l'offrande des tamidin, ce qui contredit la maison de Rabbi. La Guemara distingue l'étude du public de celle d'un individu, puis l'honneur du savant de son étude elle-même.
Rava dresse ensuite une échelle complète : la lecture de la Meguila passe avant le service du Temple et avant l'étude, et le met mitsva passe avant l'un et l'autre ; sa seule vraie question, met mitsva contre Meguila, se résout par kevod ha-beriyot. La fin du folio reprend quatre paroles de Rabbi Yehochoua ben Levi sur le kerakh : ce qui lui est attenant ou visible depuis lui, la ville habitée avant d'être entourée, celle qui n'a pas dix batlanim, et celle qui fut détruite puis repeuplée.
Cela enseigne qu'il passa la nuit dans la profondeur de la halakha. Et Rav Chemouel bar Ounia a dit : l'étude de la Torah est plus grande que l'offrande des tamidin, ainsi qu'il est dit : « maintenant je suis venu » !
Le folio reprend la fin de la sougya de Yehochoua. L'ange reproche à Yehochoua l'interruption de l'étude de la nuit, et non celle du tamid : Rav Chemouel bar Ounia en tire que l'étude l'emporte sur l'offrande quotidienne.
La difficulté est immédiate : les Sages de la maison de Rabbi ont enseigné plus haut que l'on interrompt l'étude pour la avoda. Les deux enseignements semblent se contredire de front, et la Guemara doit les répartir.
Il n'y a pas de difficulté : ceci [vaut] pour le public, et cela pour un individu.
La répartition classique : l'enseignement de Rav Chemouel bar Ounia vise l'étude du public (rabbim), celui de la maison de Rabbi l'étude d'un individu (yahid). Chez Yehochoua, c'est tout Israël qui étudiait, et cette étude-là passe avant la avoda ; l'étude d'un seul homme lui cède.
Et [l'étude] d'un individu serait chose légère ? N'avons-nous pas appris : pendant le Moed, les femmes font l'éloge funèbre en répons (me'anot), mais elles ne frappent pas des mains (metapehot) ; Rabbi Yichmael dit : si elles se tiennent près du lit funèbre, elles frappent des mains.
Aux Roch Hodech, à Hanoukka et à Pourim, elles font l'éloge en répons et frappent des mains dans les uns comme dans les autres, mais elles ne font pas de complainte alternée (mekonenot).
La Guemara conteste la distinction en citant une Michna de Moed Katan sur le deuil pendant les demi-fêtes et les jours où l'affliction publique est limitée. Trois formes d'expression sont distinguées : le inouy, où toutes répondent ensemble, la kina, où l'une dit et les autres reprennent après elle, et le tipouah, le battement des mains.
La Michna elle-même ne parle pas encore de savant. Elle sert de support à la parole de Rabba bar Houna citée au segment suivant, qui fait tomber toutes ces restrictions devant un talmid 'hakham.
Et Rabba bar Houna a dit : il n'y a pas de Moed devant un talmid 'hakham [décédé] — à plus forte raison Hanoukka et Pourim.
Devant le corps d'un maître, les allégements du Moed tombent : on le pleure comme un jour ordinaire, et à plus forte raison à Hanoukka et à Pourim, qui sont d'institution rabbinique. Or à Pourim, cet éloge funèbre fait manquer la lecture de la Meguila.
D'où l'objection : l'honneur d'un seul savant repousse la lecture de la Meguila. Comment dire alors que la Torah d'un individu est chose légère ?
C'est de l'honneur de la Torah que tu parles. L'honneur de la Torah d'un individu est chose lourde ; l'étude de la Torah d'un individu est chose légère.
Seconde distinction, à l'intérieur même du cas de l'individu. Le deuil du savant relève du kevod Torah, l'honneur du savant, qui pèse lourd ; la comparaison avec la avoda portait sur le talmud Torah, l'acte d'étudier, qui pèse moins.
Les deux enseignements tiennent ensemble une fois ces deux registres séparés : un homme interrompt son étude pour le service du Temple, et le même homme, une fois mort, fait céder les règles du Moed.
Rava a dit : il m'est évident que, entre la avoda (le service du Temple) et la lecture de la Meguila, la lecture de la Meguila l'emporte, d'après Rabbi Yossi bar Hanina. Entre l'étude de la Torah et la lecture de la Meguila, la lecture de la Meguila l'emporte, d'après l'appui pris par ceux de la maison de Rabbi.
Rava reprend les conclusions acquises et les met en série. La formule pechita li annonce ce qui est déjà tranché, et prépare la question ouverte du segment 9.
Les deux premières comparaisons viennent de la page précédente : Rabbi Yossi bar Hanina expose le redoublement michpaha ou-michpaha (Esther 9,28) pour inclure les familles de kohanim et de leviim qui quittent leur service, et la maison de Rabbi s'est appuyée sur cette derasha pour interrompre l'étude.
Entre l'étude de la Torah et un met mitsva (un mort que nul n'a pour l'ensevelir), le met mitsva l'emporte, d'après ce qui est enseigné : on interrompt l'étude de la Torah pour la sortie d'un mort et pour l'entrée d'une mariée [sous le dais]. Entre la avoda et un met mitsva, le met mitsva l'emporte, d'après « et pour sa sœur ».
Deux nouvelles comparaisons, chacune avec sa source. La baraita sur l'accompagnement du mort et de la mariée montre que l'étude cède ; le verset ou-la-ahoto (Nombres 6,7), exposé au segment suivant, montre que la avoda cède elle aussi.
Le terme met mitsva désigne au sens strict un mort dont personne ne s'occupe. Tossefot précise que la première règle vaut pour tout mort, et que la formulation suit seulement celle du verset cité ensuite.
Car il est enseigné : « et pour sa sœur », que vient enseigner [ce terme] ? Voici quelqu'un qui allait immoler son offrande pascale ou circoncire son fils, et qui apprend qu'un mort lui est survenu : on aurait pu croire qu'il se rende impur —
La baraita est tirée des lois du nazir. L'interdiction générale d'approcher un corps mort est déjà écrite ; les mentions du père, de la mère, du frère et de la sœur sont donc des termes excédentaires, que le Sifri exploite l'un après l'autre.
Une fois les trois premiers employés, le quatrième reste disponible : il enseigne le cas de celui qui est en route pour le sacrifice pascal ou pour la circoncision de son fils, deux mitsvot dont la négligence entraîne le karet.
Tu dis : « il ne se rendra pas impur ». On aurait pu croire que, de même qu'il ne se rend pas impur pour sa sœur, il ne se rend pas non plus impur pour un met mitsva : le verset dit « et pour sa sœur » — c'est pour sa sœur qu'il ne se rend pas impur, mais il se rend impur pour un met mitsva.
Deux étapes dans la baraita. D'abord la réponse à l'hypothèse du segment précédent : le deuil d'un proche ne fait pas céder le sacrifice pascal ni la circoncision. Ensuite l'extension inverse : on pourrait étendre cette fermeté au met mitsva, et le verset l'écarte.
Le raisonnement s'appuie sur une différence réelle : la sœur à qui l'ensevelisse, le met mitsva n'a personne. C'est ce dernier qui fait céder même l'avoda.
Rava a demandé : entre la lecture de la Meguila et un met mitsva, lequel des deux l'emporte ? La lecture de la Meguila l'emporte-t-elle en raison de pirsoumei nissa (la publication du miracle), ou bien le met mitsva l'emporte-t-il en raison de kevod ha-beriyot (la dignité des créatures) ?
Après avoir posé la question, il l'a lui-même résolue : le met mitsva l'emporte, car le Maître a dit : grande est la dignité des créatures, au point de repousser une interdiction de la Torah.
La seule comparaison que Rava ne tenait pas pour évidente. Les deux termes restants sont ceux qui l'emportaient chacun dans leur série : la Meguila au nom du pirsoumei nissa, le met mitsva au nom du kevod ha-beriyot.
La résolution passe par un principe plus large. Puisque la dignité des créatures repousse déjà une interdiction écrite dans la Torah, elle repousse à plus forte raison une obligation instituée par les Sages. Rachi précise que ce principe se lit dans le jeu entre lo toukhal lehitalem et ve-hitalamta (Deutéronome 22,3).
Le sujet lui-même : Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh, tout ce qui lui est attenant et tout ce qui se voit avec lui sont jugés comme le kerakh. Il a été enseigné : attenant, même s'il ne se voit pas ; se voyant, même s'il n'est pas attenant.
Le mot goufa annonce que la Guemara revient sur une parole citée en passant plus haut pour l'examiner pour elle-même. Le kerakh est la ville murée depuis les jours de Yehochoua bin Noun, où la Meguila se lit le 15 Adar.
Rabbi Yehochoua ben Levi étend ce statut à l'entourage de la ville. La Tosefta précise que les deux critères, la proximité et la visibilité, valent chacun séparément.
Soit pour « se voyant même s'il n'est pas attenant » : tu le trouves par exemple lorsqu'il est situé au sommet d'une montagne. Mais « attenant même s'il ne se voit pas », comment le trouves-tu ?
Rabbi Yirmeya a dit : lorsqu'il est situé dans un vallon.
La Guemara vérifie que les deux cas de la Tosefta sont réalisables. Un bourg éloigné reste visible s'il occupe une hauteur ; un bourg tout proche échappe au regard s'il se trouve dans un creux de terrain.
Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh qui fut d'abord habité et ensuite entouré [d'une muraille] est jugé comme un village. Quelle en est la raison ?
Car il est écrit : « et lorsqu'un homme vendra une maison d'habitation d'une ville murée » — [une ville] qui fut entourée puis habitée, et non qui fut habitée puis entourée.
L'ordre chronologique fait le statut. L'expression beit mochav ir homa (Lévitique 25,29) est lue comme décrivant une habitation établie à l'intérieur d'une enceinte déjà dressée.
Rachi rapporte cette règle aux lois des maisons des villes murées, qui commandent le rachat dans l'année. Tossefot objecte que la place de l'enseignement, ici et non dans Arakhin, indique qu'il vise la lecture de la Meguila, le verset servant seulement à définir ce qui compte comme muraille.
Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh qui n'a pas dix batlanim est jugé comme un village. Que vient-il nous apprendre ?
Nous l'avons appris : quelle est une grande ville ? Toute [ville] où il y a dix batlanim ; en deçà, c'est un village.
Le kerakh lui était nécessaire : même s'il en arrive du dehors.
Les batlanim sont dix hommes dispensés de leur travail pour se tenir à la disposition de la communauté, notamment à la synagogue matin et soir. Leur présence fait la ville au sens halakhique.
L'apport de Rabbi Yehochoua ben Levi porte sur le cas particulier du kerakh, placé de marché où affluent des gens de partout. Ces disponibles de passage ne remplacent pas des résidents fixes, car on ne les trouve pas à coup sur.
Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh qui fut détruit puis habité est jugé comme un kerakh. Qu'est-ce que « détruit » ?
Si l'on dit : ses murailles furent détruites — habité, oui ; non habité, non ? Mais il est enseigné : Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi dit : « acher lo homa » — même s'il n'en a pas maintenant, alors qu'il en avait auparavant.
La Guemara teste le sens du mot harav. Si la destruction visait les murailles, l'enseignement impliquerait qu'une ville dont les murs sont tombés perd son statut tant qu'elle n'est pas repeuplée.
Or la baraita de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi lit acher lo homa (Lévitique 25,30) avec le alef, tout en l'entendant comme le vav : la ville conserve son statut du fait d'avoir eu une muraille, même sans muraille aujourd'hui. La première lecture de harav tombe donc.
Plutôt, qu'est-ce que « détruit » ? Qu'il fut détruit de ses dix batlanim.
La Guemara retient le sens qui reste : la ville s'était vidée de ses dix batlanim et avait pris le statut de village ; dix s'y réinstallent, elle redevient un kerakh et lit de nouveau le 15.
Tossefot ajoute que la formulation est choisie pour sa force : même une ville dont la population a déjà cessé une fois, et dont on pourrait craindre qu'elle se vide de nouveau, retrouve pleinement son statut.
Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit :
Le folio s'arrête sur l'ouverture d'une cinquième parole du même maître sur le statut du kerakh. La suite se lit en 4a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).