Megillah 3b — Ce qui passe avant quoi, et ce qui fait une ville murée

Megillah 3b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya de Yehochoua : Rav Chemouel bar Ounia tire du verset « maintenant je suis venu » que l'étude de la Torah l'emporte sur l'offrande des tamidin, ce qui contredit la maison de Rabbi. La Guemara distingue l'étude du public de celle d'un individu, puis l'honneur du savant de son étude elle-même.

Rava dresse ensuite une échelle complète : la lecture de la Meguila passe avant le service du Temple et avant l'étude, et le met mitsva passe avant l'un et l'autre ; sa seule vraie question, met mitsva contre Meguila, se résout par kevod ha-beriyot. La fin du folio reprend quatre paroles de Rabbi Yehochoua ben Levi sur le kerakh : ce qui lui est attenant ou visible depuis lui, la ville habitée avant d'être entourée, celle qui n'a pas dix batlanim, et celle qui fut détruite puis repeuplée.

Le fil du folio : ce qui passe avant quoi, et qui lit le 15 Adar Le folio commence par une question de priorités, la résout par degrés, puis passe au statut du kerakh. Mouvement 1 (seg. 0-4) -- étude de la Torah ou service du Temple ? Rav Chemouel bar Ounia : l'étude l'emporte sur les tamidin, d'après ata bâti (Josue 5,14). Contradiction avec la maison de Rabbi, qui fait passer la avoda. Réponse : rabbim / yahid. Objection depuis le deuil d'un talmid 'hakham pendant le Moed : l'individu compte donc beaucoup. Distinction finale : kevod Torah d'un individu = lourd ; talmud Torah d'un individu = léger. Mouvement 2 (seg. 5-9) -- l'échelle de Rava Évident pour lui : Meguila avant avoda (R. Yossi bar Hanina) et avant étude (maison de Rabbi). Évident aussi : met mitsva avant étude (baraita) et avant avoda (verset ou-la-ahoto). Reste une inconnue : met mitsva contre lecture de la Meguila. Deux valeurs s'affrontent. Pirsoumei nissa d'un côté, kevod ha-beriyot de l'autre. Rava tranche seul : met mitsva, car kevod ha-beriyot repousse une interdiction de la Torah. Mouvement 3 (seg. 10-16) -- le kerakh selon Rabbi Yehochoua ben Levi Le folio revient sur une parole citée plus haut et la développe en série de règles. 1. Ce qui est attenant au kerakh ou visible depuis lui suit son statut. 2. Ville habitée puis entourée : jugée comme un village (verset beit mochav ir homa). 3. Kerakh sans dix batlanim résidents : jugé comme un village. 4. Kerakh détruit puis repeuplé : jugé comme un kerakh. Détruit = privé de ses dix batlanim. Le folio s'interrompt sur une cinquième parole du même maître : la suite est en 4a.
Les trois mouvements du folio : la hiérarchie des obligations, puis le statut du kerakh.
L'échelle de Rava : quatre obligations, cinq comparaisons Chaque barreau porte sa source. Le dernier a d'abord été posé comme question ouverte. 1. Met mitsva un mort que nul n'a pour l'ensevelir -- kevod ha-beriyot 2. Lecture de la Meguila pirsoumei nissa -- publication du miracle 3a. Avoda service du Temple 3b. Talmud Torah d'un individu étude personnelle Rava : kevod ha-beriyot repousse un lav R. Yossi bar Hanina : michpaha ou-michpaha appui de la maison de Rabbi verset ou-la-ahoto (avoda cède) baraita : on interrompt l'étude pour le mort Ce que l'échelle montre Quatre comparaisons sont posées comme évidentes (pechita li). Une seule fait question (baei Rava). La question portait sur deux principes de même rang : publier le miracle, ou préserver la dignité. Rava la résout par un principe plus large : kevod ha-beriyot repousse déjà une interdiction écrite. À plus forte raison repousse-t-il la lecture de la Meguila, qui relève des paroles des Sages. Nafka mina : celui qui rencontre un met mitsva le matin de Pourim l'ensevelit d'abord.
L'échelle de Rava et la source de chaque comparaison.
Quatre règles de Rabbi Yehochoua ben Levi sur le kerakh Kerakh = ville murée depuis les jours de Yehochoua : lecture le 15. Village et bourgade : le 14. Cas Verdict Source ou raison Attenant au kerakh ou visible depuis lui Jugé comme le kerakh lecture le 15 Tosefta : attenant même sans être vu, vu même sans être attenant Habité puis entouré yachav ou-le-vassof houkaf Jugé comme un village lecture le 14 Lévitique 25,29 : beit mochav ir homa, donc entouré puis habité Sans dix batlanim résidents fixes Jugé comme un village lecture le 14 Michna 5a, étendue au kerakh : des passants de l'extérieur ne suffisent pas Détruit puis repeuplé harav ou-le-vassof yachav Jugé comme un kerakh lecture le 15 Détruit = vidé de ses dix batlanim, la muraille perdue ne fait rien perdre Pourquoi le troisième cas ne peut pas parler d'une muraille de Yehochoua Tossefot et le Roch le remarquent : une ville murée depuis Yehochoua lit le 15 sans dix batlanim. La règle 3 vise donc les kerakhim ordinaires du Talmud, de grandes bourgades sans cette muraille. Le Roch en tire aussi la règle 4 : une ville murée jadis lit le 15 même sans muraille aujourd'hui, d'après R. Eliezer fils de R. Yossi sur acher lo homa.
Les quatre règles de Rabbi Yehochoua ben Levi et la difficulté relevée par Tossefot et le Roch.
1
מְלַמֵּד שֶׁלָּן בְּעֻומְקָהּ שֶׁל הֲלָכָה. וְאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר אֻונְיָא: גָּדוֹל תַּלְמוּד תּוֹרָה יוֹתֵר מֵהַקְרָבַת תְּמִידִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַתָּה בָּאתִי״!

Cela enseigne qu'il passa la nuit dans la profondeur de la halakha. Et Rav Chemouel bar Ounia a dit : l'étude de la Torah est plus grande que l'offrande des tamidin, ainsi qu'il est dit : « maintenant je suis venu » !

🗂️ Tossefot (1)
מְלַמֵּד שֶׁהָלַךְ וְלָן בְּעָומְקָהּ שֶׁל הֲלָכָה. כָּל זְמַן שֶׁשְּׁכִינָה וְאָרוֹן שֶׁרָוְיִין שֶׁלֹּא בִּמְקוֹמָן אֲסוּרִים בְּתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה לֹא גָּרֵס לֵיהּ הָכָא דְּמַה שַׁייָּךְ כָּאן וּבְפֶרֶק הֲדַר (עֵירוּבִין סג:) גָּרֵס לֵיהּ דְּקָאָמַר שֶׁנֶּעֱנַשׁ יְהוֹשֻׁעַ עַל שֶׁבִּטֵּל יִשְׂרָאֵל מִפְּרִיָּה וּרְבִיָּה י"ל דְּמַה שֶׁנֶּעֱנַשׁ שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ בֵּן זָכָר הָיָה עַל שֶׁבִּטֵּל יִשְׂרָאֵל מִתַּשְׁמִישׁ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה אֲבָל שְׁאָר עֹונֶשׁ בָּא לוֹ עַל בִּטּוּל תּוֹרָה:
« Cela enseigne qu'il alla passer la nuit dans la profondeur de la halakha. » La phrase « tant que la Chekhina et l'arche résident hors de leur place, ils sont interdits de relations conjugales » ne se lit pas ici, car elle n'a rien à faire en ce lieu ; au chapitre Ha-dar (Erouvin 63b) elle se lit, puisqu'il y est dit que Yehochoua fut puni pour avoir suspendu Israël de la procréation. On peut dire que la punition de n'avoir pas eu de fils mâle lui vint pour avoir suspendu Israël des relations conjugales, mesure pour mesure, tandis que le reste de la punition lui vint pour l'interruption de l'étude de la Torah.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מְלַמֵּד שֶׁלָּן בְּעֻומְקָהּ שֶׁל הֲלָכָה. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּחֵלֶק הַלִּימּוּד מְקַדֵּשׁ הָאָדָם אֶת פִּיו, וּבְחֵלֶק הַמַּעֲשֶׂה מְקַדֵּשׁ הַיָּדַיִם שֶׁלּוֹ, וְהַלּוֹמֵד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ דְּהַייְנוּ שֶׁלּוֹמֵד עַל מְנָת לַעֲשׂוֹת הֲרֵי זֶה מְקַדֵּשׁ הַפֶּה וְהַיָּדַיִם בְּיַחַד, יַעַן כִּי כֵּיוָן דְּלוֹמֵד כְּדֵי לַעֲשׂוֹת מַעֲלִין עָלָיו כְּאִלּוּ עָשָׂה עַתָּה בְּיָדַיִם, וְנִמְצָא נִתְקַדְּשׁוּ הַפֶּה וְהַיָּדַיִם בְּיַחַד, וְכָל זֶה נִרְמַז בְּמִלּוּי אוֹתִיּוֹת הֲלָכָה כָּזֶה: ה" י ל מֵ " ד כ" ף הַ" י , דְּאוֹתִיּוֹת הַמִּלּוּי הֵמָּה אוֹתִיּוֹת 'פ' יָדַיִם' וִיהוֹשֻׁעַ קָבַע לִימּוּד הַתּוֹרָה כָּרָאוּי שֶׁהוּא לִימּוּד עַל מְנָת לַעֲשׂוֹת הַנִּקְרָא תּוֹרָה לִשְׁמָהּ, נִמְצָא נִתְקַדְּשׁוּ בָּזֶה הַפֶּה וְהַיָּדַיִם שֶׁרְמוּזִים בְּעֹומֶק אוֹתִיּוֹת הֲלָכָה, כְּלוֹמַר בְּמִלּוּי אוֹתִיּוֹת הֲלָכָה, כִּי הַמִּילּוּי הוּא עֹומֶק הַפָּשׁוּט. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד תּוֹךְ אוֹתִיּוֹת הֲלָכָה יֵשׁ אוֹת לָמֶ"ד וְאוֹת כָּ"ף וְיָדוּעַ דְּאוֹת לָמֶ"ד רוֹמֵז לְלִימּוּד הַתּוֹרָה, וְאוֹת כָּ"ף רוֹמֵז לְחֵלֶק הַמַּעֲשֶׂה, וִיהוֹשֻׁעַ ע"ה עָשָׂה בְּחָכְמָה שֶׁקָּבַע לָהֶם לִימּוּד הַתּוֹרָה בְּאוֹתָהּ הַלַּיְלָה בְּהִלְכוֹת קָרְבְּנוֹת תְּמִידִין וּמוּסָפִין, וְנִמְצָא בָּזֶה יָצְאוּ יְדֵי חוֹבָה בִּשְׁתַּיִם שֶׁהוּא עֵסֶק הַתּוֹרָה וְגַם מִצְוַת קָרְבָּנוֹת, דְּכָל הַקּוֹרֵא בְּפָרָשַׁת עוֹלָה כְּאִלּוּ הִקְרִיב עוֹלָה (מְנָחוֹת קי.) , וְזֶהוּ שֶׁאָמַר לָן מִתּוֹךְ עֻומְּקָה שֶׁל הֲלָכָה כְּלוֹמַר שְׁתֵּי מִצְוֹת הָרְמוּזִים בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת הֲלָכָה שֶׁהֵם אוֹת לָמֶ"ד וְאוֹת כָּ"ף שֶׁבָּהֶם רָמוּז לִימּוּד וְקָרְבָּנוֹת.
« Cela enseigne qu'il passa la nuit dans la profondeur de la halakha. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que par la part de l'étude l'homme sanctifie sa bouche, et par la part de l'action il sanctifie ses mains. Celui qui étudie la Torah lichma, c'est-à-dire qui étudie en vue d'accomplir, sanctifie la bouche et les mains ensemble : puisqu'il étudie afin d'accomplir, on lui compte comme s'il avait déjà accompli de ses mains, de sorte que la bouche et les mains se trouvent sanctifiées ensemble. Tout cela est suggéré dans le milouy (l'épellation pleine) des lettres du mot halakha, ainsi : hé-yod, lamed-mem-dalet, kaf-fé, hé-yod ; les lettres ajoutées par le milouy forment les mots pe yadayim, la bouche et les mains. Yehochoua a fixé l'étude de la Torah comme il convient, c'est-à-dire une étude en vue d'accomplir, appelée Torah lichma ; ainsi se sont trouvées sanctifiées la bouche et les mains, suggérées dans la profondeur des lettres de halakha, autrement dit dans leur milouy, car le milouy est la profondeur de la lettre simple. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'à l'intérieur des lettres de halakha se trouvent la lettre lamed et la lettre kaf : il est connu que la lettre lamed fait allusion à l'étude de la Torah, et la lettre kaf à la part de l'action. Yehochoua, la paix sur lui, agit avec sagesse en leur fixant cette nuit-là l'étude des lois des sacrifices, tamidin et moussafin : ils se sont ainsi acquittés des deux ensemble, l'occupation de la Torah et la mitsva des sacrifices, car quiconque lit la section de l'holocauste, c'est comme s'il avait offert un holocauste (Menahot 110a). C'est le sens de « il passa la nuit dans la profondeur de la halakha » : les deux mitsvot suggérées à l'intérieur des lettres de halakha, la lettre lamed et la lettre kaf, où sont contenues l'étude et les sacrifices.
אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר אֻנְיָא: גָּדוֹל תַּלְמוּד תּוֹרָה יוֹתֵר מֵהַקְרָבַת תְּמִידִין שֶׁנֶּאֱמַר (יְהוֹשֻׁעַ ה, יד) 'עַתָּה בָּאתִי'. קָשֶׁה לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְהָבִיא הָא מֵאַחַר דְּהוֹכִיחַ כֵּן מִדִּבְרֵי הַמַּלְאָךְ שֶׁאָמַר עַל שָׂבְעָתָהּ בָּאתִי (יְהוֹשֻׁעַ ה, יד) דְּתַלְמוּד תּוֹרָה עָדִיף? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמִדִּבְרֵי הַמַּלְאָךְ לֵיכָּא הוֹכָחָה גְּמוּרָה, דְּאֶפְשָׁר לוֹמַר הַקְרָבַת תְּמִידִין עָדִיף מִן תַּלְמוּד תּוֹרָה, וּמַה שֶׁאָמַר עַל שָׂבְעָתָהּ בָּאתִי מִפְּנֵי דְּבִיטּוּל תּוֹרָה עָשׂוּ אַחַר בִּיטּוּל הַתָּמִיד וְכֵיוָן דַּהֲוָה תַּרְתֵּי בְּיָדָם נֶעֶנְשׁוּ עַל הָאַחֲרוֹן דְּהָוֵי כְּנַנָּס עַל גַּבֵּי עֶנֶק, וּלְכָךְ הֵבִיא דְּאָמַר רַב שְׁמוּאֵל דְּקָאָמַר לְהֶדְיָא גָּדוֹל תַּלְמוּד תּוֹרָה דְּמַשְׁמַע דְּלֵית לֵיהּ הַאי סְבָרָא לוֹמַר דְּנֶעֶנְשׁוּ עַל בִּיטּוּל תַּלְמוּד תּוֹרָה מִשּׁוּם דְּהָוֵי כְּנַנָּס עַל גַּבֵּי עֲנָק.
« Rav Chemouel bar Ounia a dit : l'étude de la Torah est plus grande que l'offrande des tamidin, ainsi qu'il est dit : maintenant je suis venu » (Josue 5,14). Difficulté : à quoi bon apporter cet enseignement, puisqu'on l'a déjà prouvé des paroles de l'ange, qui parla à propos de « maintenant je suis venu », que l'étude de la Torah l'emporte ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que des paroles de l'ange il n'y a pas de preuve complète. On pourrait dire que l'offrande des tamidin l'emporte sur l'étude de la Torah, et que si l'ange parla à propos de « maintenant je suis venu », c'est parce qu'ils avaient commis l'interruption de la Torah après l'interruption du tamid : puisqu'ils avaient les deux en main, ils furent punis pour la dernière, laquelle est comme un nain sur les épaules d'un géant. C'est pourquoi la Guemara apporte la parole de Rav Chemouel, qui dit explicitement que l'étude de la Torah est plus grande, ce qui indique qu'il ne retient pas ce raisonnement selon lequel ils auraient été punis pour l'interruption de l'étude parce qu'elle serait comme un nain sur les épaules d'un géant.
💡 Explication

Le folio reprend la fin de la sougya de Yehochoua. L'ange reproche à Yehochoua l'interruption de l'étude de la nuit, et non celle du tamid : Rav Chemouel bar Ounia en tire que l'étude l'emporte sur l'offrande quotidienne.

La difficulté est immédiate : les Sages de la maison de Rabbi ont enseigné plus haut que l'on interrompt l'étude pour la avoda. Les deux enseignements semblent se contredire de front, et la Guemara doit les répartir.

2
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּרַבִּים, וְהָא דְּיָחִיד.

Il n'y a pas de difficulté : ceci [vaut] pour le public, et cela pour un individu.

📜 Rachi (1)
הָא דְּרַבִּים דְּהָתָם כָּל יִשְׂרָאֵל הָווּ:
Cela vaut pour le public — car là-bas, chez Yehochoua, c'était tout Israël.
💡 Explication

La répartition classique : l'enseignement de Rav Chemouel bar Ounia vise l'étude du public (rabbim), celui de la maison de Rabbi l'étude d'un individu (yahid). Chez Yehochoua, c'est tout Israël qui étudiait, et cette étude-là passe avant la avoda ; l'étude d'un seul homme lui cède.

3
וּדְיָחִיד קַל? וְהִתְנָן: נָשִׁים בַּמּוֹעֵד מְעַנּוֹת אֲבָל לֹא מְטַפְּחוֹת, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: אִם הָיוּ סְמוּכוֹת לַמִּטָּה — מִטְפָּחוֹת. בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים בַּחֲנֻוכָּה וּבְפוּרִים, מְעַנּוֹת וּמְטַפְּחוֹת בָּזֶה וּבָזֶה, אֲבָל לֹא מְקוֹנְנוֹת.

Et [l'étude] d'un individu serait chose légère ? N'avons-nous pas appris : pendant le Moed, les femmes font l'éloge funèbre en répons (me'anot), mais elles ne frappent pas des mains (metapehot) ; Rabbi Yichmael dit : si elles se tiennent près du lit funèbre, elles frappent des mains.

Aux Roch Hodech, à Hanoukka et à Pourim, elles font l'éloge en répons et frappent des mains dans les uns comme dans les autres, mais elles ne font pas de complainte alternée (mekonenot).

📜 Rachi (3)
מְעַנּוֹת הֶסְפֵּד עַל הַמֵּת:
Me'anot — l'éloge funèbre sur le mort.
וְלֹא מִטְפָּחוֹת עַל לָבָן:
Et elles ne frappent pas des mains — sur leur cœur.
אֲבָל לֹא מְקוֹנְנוֹת וְהָתָם מְפָרֵשׁ אֵיזֶהוּ עִינּוּי וְאֵיזֶהוּ קִינָה עִינּוּי שֶׁכֻּולָּן עוֹנוֹת כְּאַחַת קִינָה. אַחַת אוֹמֶרֶת וְכֻולָּן עוֹנוֹת אַחֲרֶיהָ:
Mais elles ne font pas de complainte alternée — et là-bas il est expliqué ce qu'est le inouy et ce qu'est la kina : le inouy, où toutes répondent ensemble ; la kina, où l'une dit et toutes répondent après elle.
🗂️ Tossefot (1)
מְעַנּוֹת. כֻּולָּן עוֹנוֹת כְּאַחַת מְקוֹנְנוֹת אַחַת אוֹמֶרֶת וְהַשְּׁאָר עוֹנוֹת מִטְפָּחוֹת יָד עַל יַד אוֹ עַל יֶרֶךְ אוֹ עַל פָּנִים:
Me'anot — toutes répondent ensemble. Mekonenot — l'une dit et les autres répondent. Metapehot — la main sur la main, ou sur la cuisse, ou sur le visage.
💡 Explication

La Guemara conteste la distinction en citant une Michna de Moed Katan sur le deuil pendant les demi-fêtes et les jours où l'affliction publique est limitée. Trois formes d'expression sont distinguées : le inouy, où toutes répondent ensemble, la kina, où l'une dit et les autres reprennent après elle, et le tipouah, le battement des mains.

La Michna elle-même ne parle pas encore de savant. Elle sert de support à la parole de Rabba bar Houna citée au segment suivant, qui fait tomber toutes ces restrictions devant un talmid 'hakham.

4
וְאָמַר רַבָּה בַּר הוּנָא: אֵין מוֹעֵד בִּפְנֵי תַּלְמִיד חָכָם — כָּל שֶׁכֵּן חֲנֻוכָּה וּפוּרִים.

Et Rabba bar Houna a dit : il n'y a pas de Moed devant un talmid 'hakham [décédé] — à plus forte raison Hanoukka et Pourim.

🗂️ Tossefot (2)
אֵין מוֹעֵד בִּפְנֵי תַּלְמִיד חָכָם. וְיוֹם שְׁמוּעָה כִּבְפָנָיו דָּמֵי:
Il n'y a pas de Moed devant un talmid 'hakham — et le jour où l'on apprend la nouvelle est comme en sa présence.
כָּל שֶׁכֵּן חֲנֻוכָּה וּפוּרִים. שֶׁמֻּותָּר לְהַסְפִּידָם אע"ג דִּמְבַטֵּל מִמִּקְרָא מְגִילָּה אַלְמָא ת"ת חָמוּר מִמִּקְרָא מְגִילָּה:
À plus forte raison Hanoukka et Pourim — car il est permis de faire leur éloge funèbre, bien que cela fasse manquer la lecture de la Meguila. Il en ressort que l'étude de la Torah est plus lourde que la lecture de la Meguila.
💡 Explication

Devant le corps d'un maître, les allégements du Moed tombent : on le pleure comme un jour ordinaire, et à plus forte raison à Hanoukka et à Pourim, qui sont d'institution rabbinique. Or à Pourim, cet éloge funèbre fait manquer la lecture de la Meguila.

D'où l'objection : l'honneur d'un seul savant repousse la lecture de la Meguila. Comment dire alors que la Torah d'un individu est chose légère ?

5
כְּבוֹד תּוֹרָה קָאָמְרַתְּ. כְּבוֹד תּוֹרָה דְּיָחִיד — חָמוּר, תַּלְמוּד תּוֹרָה דְּיָחִיד — קַל.

C'est de l'honneur de la Torah que tu parles. L'honneur de la Torah d'un individu est chose lourde ; l'étude de la Torah d'un individu est chose légère.

📜 Rachi (1)
ת"ת דְּיָחִיד בִּיטּוּל מִלִּמּוּדוֹ קַל מֵעֲבוֹדָה וּפוּרִים:
L'étude de la Torah d'un individu — l'interruption de son étude est chose légère au regard de la avoda et de Pourim.
💡 Explication

Seconde distinction, à l'intérieur même du cas de l'individu. Le deuil du savant relève du kevod Torah, l'honneur du savant, qui pèse lourd ; la comparaison avec la avoda portait sur le talmud Torah, l'acte d'étudier, qui pèse moins.

Les deux enseignements tiennent ensemble une fois ces deux registres séparés : un homme interrompt son étude pour le service du Temple, et le même homme, une fois mort, fait céder les règles du Moed.

🖼️ Schéma
Deux distinctions successives pour lever la contradiction Première distinction (seg. 1) Étude du public (rabbim) : passe avant la avoda. Étude d'un individu (yahid) : cède devant la avoda. Chez Yehochoua, tout Israël étudiait : cas du public. Objection (seg. 2-3) Pour un talmid 'hakham mort, on fait le deuil même pendant le Moed, et même à Pourim. Un seul savant pèse donc plus que la Meguila. Seconde distinction (seg. 4) : deux choses portent le nom de Torah Kevod Torah d'un individu -- l'honneur du savant : lourd, il repousse les règles du Moed. Talmud Torah d'un individu -- son étude elle-même : léger, il cède devant la avoda. Le deuil du savant relève du premier registre, la comparaison avec la avoda du second.
Les deux distinctions qui résolvent la contradiction : rabbim / yahid, puis kevod Torah / talmud Torah.
6
אָמַר רָבָא, פְּשִׁיטָא לִי: עֲבוֹדָה וּמִקְרָא מְגִילָּה — מִקְרָא מְגִילָּה עָדִיף, מִדְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא. תַּלְמוּד תּוֹרָה וּמִקְרָא מְגִילָּה — מִקְרָא מְגִילָּה עָדִיף, מִדְּסָמְכוּ שֶׁל בֵּית רַבִּי.

Rava a dit : il m'est évident que, entre la avoda (le service du Temple) et la lecture de la Meguila, la lecture de la Meguila l'emporte, d'après Rabbi Yossi bar Hanina. Entre l'étude de la Torah et la lecture de la Meguila, la lecture de la Meguila l'emporte, d'après l'appui pris par ceux de la maison de Rabbi.

📜 Rachi (1)
מִדְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא דְּדָרֵישׁ מִשְׁפָּחָה כו':
D'après Rabbi Yossi bar Hanina — qui expose [le redoublement du mot] michpaha, etc.
⚖️ Rosh (1)
מִשְׁפָּחָה וּמִשְׁפָּחָה לָמָּה לִי אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא לְהָבִיא מִשְׁפְּחוֹת כְּהֻונָּה וּלְוִיָּה שֶׁמְּבַטְּלִין מֵעֲבוֹדָתָן וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה מִכָּאן סָמְכוּ שֶׁל בֵּית רַבִּי שֶׁמְּבַטְּלִין תַּלְמוּד תּוֹרָה וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה תַּנְיָא נָמֵי הָכִי כֹּהֲנִים בַּעֲבוֹדָתָן וּלְוִיִּם בְּדוּכָנָם וְיִשְׂרָאֵל בְּמַעֲמָדָן מְבַטְּלִין מֵעֲבוֹדָתָם וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה: אָמַר רָבָא פְּשִׁיטָא לִי עֲבוֹדָה וּמִקְרָא מְגִילָּה מִקְרָא מְגִילָּה עֲדִיף מָדָר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא ת"ת וּמִקְרָא מְגִילָּה מִקְרָא מְגִילָּה עֲדִיף מִדְּסָמְכוּ שֶׁל בֵּית רַבִּי תַּלְמוּד תּוֹרָה וּמֵת מִצְוָה מֵת מִצְוָה עֲדִיף מִדְּתַנְיָא מְבַטְּלִין ת"ת לְהוֹצָאַת הַמֵּת וּלְהַכְנָסַת כַּלָּה לְחֻופָּה עֲבוֹדָה וּמֵת מִצְוָה מֵת מִצְוָה עֲדִיף מִוּלְאַחוֹתוֹ מֵת מִצְוָה וּמִקְרָא מְגִילָּה מַאי בָּתַר דְּבַעְיָא הֲדַר פַּשְׁטַהּ מֵת מִצְוָה עֲדִיף מִדְּאָמַר מַר גָּדוֹל כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת שֶׁדּוֹחֶה אֶת ל"ת שֶׁבַּתּוֹרָה:
« Michpaha ou-michpaha », pourquoi [ce redoublement] ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : pour inclure les familles de la kehouna et de la levia, qui interrompent leur service et viennent entendre la lecture de la Meguila. De là, ceux de la maison de Rabbi se sont appuyés pour dire qu'on interrompt l'étude de la Torah et qu'on vient entendre la lecture de la Meguila. Cela est aussi enseigné ainsi : les kohanim dans leur service, les leviim sur leur estrade et les Israélites à leur maamad interrompent leur service et viennent entendre la lecture de la Meguila. Rava a dit : il m'est évident qu'entre la avoda et la lecture de la Meguila, la lecture de la Meguila l'emporte, d'après Rabbi Yossi bar Hanina ; qu'entre l'étude de la Torah et la lecture de la Meguila, la lecture de la Meguila l'emporte, d'après l'appui pris par ceux de la maison de Rabbi ; qu'entre l'étude de la Torah et un met mitsva, le met mitsva l'emporte, d'après ce qui est enseigné : on interrompt l'étude de la Torah pour la sortie du mort et pour l'entrée de la mariée sous le dais ; qu'entre la avoda et un met mitsva, le met mitsva l'emporte, d'après « et pour sa sœur ». Entre un met mitsva et la lecture de la Meguila, qu'en est-il ? Après avoir posé la question, il l'a résolue lui-même : le met mitsva l'emporte, car le Maître a dit : grande est la dignité des créatures, qui repousse une interdiction de la Torah.
💡 Explication

Rava reprend les conclusions acquises et les met en série. La formule pechita li annonce ce qui est déjà tranché, et prépare la question ouverte du segment 9.

Les deux premières comparaisons viennent de la page précédente : Rabbi Yossi bar Hanina expose le redoublement michpaha ou-michpaha (Esther 9,28) pour inclure les familles de kohanim et de leviim qui quittent leur service, et la maison de Rabbi s'est appuyée sur cette derasha pour interrompre l'étude.

7
תַּלְמוּד תּוֹרָה וּמֵת מִצְוָה — מֵת מִצְוָה עָדִיף, מִדְּתַנְיָא: מְבַטְּלִין תַּלְמוּד תּוֹרָה לְהוֹצָאַת מֵת, וּלְהַכְנָסַת כַּלָּה. עֲבוֹדָה וּמֵת מִצְוָה — מֵת מִצְוָה עָדִיף, מִ״וְלַאֲחוֹתוֹ״.

Entre l'étude de la Torah et un met mitsva (un mort que nul n'a pour l'ensevelir), le met mitsva l'emporte, d'après ce qui est enseigné : on interrompt l'étude de la Torah pour la sortie d'un mort et pour l'entrée d'une mariée [sous le dais]. Entre la avoda et un met mitsva, le met mitsva l'emporte, d'après « et pour sa sœur ».

🗂️ Tossefot (2)
מֵת מִצְוָה עָדִיף. לָאו דַּווְקָא מֵת מִצְוָה וְהוּא הַדִּין לְכָל מֵתִים שֶׁבָּעוֹלָם מְבַטְּלִים תַּלְמוּד תּוֹרָה לְהוֹצִיאָם אֶלָּא אַיְּידֵי דִּנְקַט בְּסָמוּךְ גַּבֵּי וְלַאֲחוֹתוֹ מֵת מִצְוָה ה"נ נְקַט תַּלְמוּד תּוֹרָה וּמֵת מִצְוָה:
Le met mitsva l'emporte — le terme met mitsva n'est pas restrictif : il en va de même pour tous les morts du monde, on interrompt l'étude de la Torah pour les accompagner. C'est seulement parce qu'il emploie plus loin le terme met mitsva à propos de « et pour sa sœur » qu'il dit ici aussi « étude de la Torah et met mitsva ».
מֵת מִצְוָה עָדִיף. הִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן לָמָּה לִי קְרָא תִּיפּוֹק לֵיהּ מק"ו וּמַה ת"ת דַּחֲמִירָא מְבַטְּלִין מִשּׁוּם כְּבוֹד הַמֵּת עֲבוֹדָה דְּקִילָא לֹא כָל שֶׁכֵּן דְּהָא אֲפִילּוּ תַּלְמוּד תּוֹרָה דְּרַבִּים מְבַטְּלִין מִשּׁוּם כְּבוֹד הַמֵּת כִּדְאָמַר פּ"ב דִּכְתֻובּוֹת (דַּף יז וְשָׁם) וי"ל דה"מ לְמָאֵן דְּקָרֵי וּתְנֵי וּמַתְנֵי דְּצָרִיךְ כֻּולֵּי הַאי אֲבָל לְמַאן דְּלָא קָרֵי וְתָנֵי לֹא צָרִיךְ כֻּולֵּי הַאי וְהָכָא מַייְרֵי בְּמֵת מִצְוָה דְּלָא קָרֵי וְתָנֵי וּמִשּׁוּם הָכֵי צָרִיךְ קְרָא דִּוְלַאֲחוֹתוֹ:
Le met mitsva l'emporte — Rabbenou Elhanan a demandé : pourquoi faut-il un verset ? Qu'on le tire d'un kal va-homer : si l'étude de la Torah, qui est plus lourde, on l'interrompt pour l'honneur du mort, la avoda, qui est plus légère, à plus forte raison. Car même l'étude du public, on l'interrompt pour l'honneur du mort, comme il est dit au chapitre 2 de Ketoubot (17a et là-bas). On peut répondre : cela vaut pour celui qui lisait l'Écriture, enseignait la Michna et étudiait, lequel mérite tous ces honneurs, tandis que pour celui qui ne lisait ni n'enseignait, il n'en faut pas autant. Or ici il s'agit d'un met mitsva qui ne lisait ni n'enseignait, et c'est pourquoi le verset « et pour sa sœur » est nécessaire.
💡 Explication

Deux nouvelles comparaisons, chacune avec sa source. La baraita sur l'accompagnement du mort et de la mariée montre que l'étude cède ; le verset ou-la-ahoto (Nombres 6,7), exposé au segment suivant, montre que la avoda cède elle aussi.

Le terme met mitsva désigne au sens strict un mort dont personne ne s'occupe. Tossefot précise que la première règle vaut pour tout mort, et que la formulation suit seulement celle du verset cité ensuite.

8
דְּתַנְיָא: ״וְלַאֲחוֹתוֹ״ מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? הֲרֵי שֶׁהָיָה הוֹלֵךְ לִשְׁחֹוט אֶת פִּסְחוֹ וְלָמוּל אֶת בְּנוֹ, וְשָׁמַע שֶׁמֵּת לוֹ מֵת, יָכוֹל יִטַּמָּא —

Car il est enseigné : « et pour sa sœur », que vient enseigner [ce terme] ? Voici quelqu'un qui allait immoler son offrande pascale ou circoncire son fils, et qui apprend qu'un mort lui est survenu : on aurait pu croire qu'il se rende impur —

📜 Rachi (2)
וְלַאֲחוֹתוֹ מַה ת"ל גַּבֵּי נָזִיר כְּתִיב עַל נֶפֶשׁ מֵת לֹא יָבֹא (בַּמִּדְבָּר ו׳:ז׳) הֲרֵי הַכֹּל בַּמַּשְׁמָע הֲדַר כְּתִיב בָּתְרֵיהּ קְרָא יַתִּירָא לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ לְאָחִיו וּלְאַחֹותוֹ כו' דְּרֵישׁ לָהּ בְּסִפְרֵי לְאָבִיו לֹא יִטַּמָּא אֲבָל מִיטַּמֵּא הוּא לְמֵת מִצְוָה לְאִמּוֹ מַה ת"ל שֶׁאִם הָיָה כֹּהֵן וְנָזִיר אע"פ שֶׁקָּדוֹשׁ ב' קְדֻושּׁוֹת לְאִמּוֹ לֹא יִטַּמָּא אֲבָל מִיטַּמֵּא הוּא לְמֵת מִצְוָה לְאָחִיו שֶׁאִם הָיָה כֹּהֵן גָּדוֹל וְנָזִיר לְאָחִיו לֹא יִטַּמָּא אֲבָל מִיטַּמֵּא הוּא לְמֵת מִצְוָה דְּעַל כָּרְחֲךָ כּוּלְּהוּ לִמְעוּטֵי מֵת מִצְוָה אָתוּ הִלְכָּךְ אִם אֵינוֹ עִנְיָן לוֹ תְּנֵהוּ עִנְיָן לַחֲבֵירוֹ וְלַאֲחוֹתוֹ מַה ת"ל כּוּ' וְאִם אֵינוֹ עִנְיָן לְאֵלּוּ תְּנֵהוּ עִנְיָן לְעִנְיַן בִּיטּוּל עֲבוֹדָה וּמִילָה מִפְּנֵי מֵת מִצְוָה:
« Et pour sa sœur », que vient enseigner ? — À propos du nazir il est écrit « il ne viendra pas auprès d'un corps mort » (Nombres 6,6), et tout est déjà compris dans cette interdiction. Puis un verset excédentaire est écrit après : « pour son père, pour sa mère, pour son frère, pour sa sœur », etc. Le Sifri l'expose ainsi : « pour son père il ne se rendra pas impur » — mais il se rend impur pour un met mitsva ; « pour sa mère », que vient enseigner ? — que même s'il était kohen et nazir, bien qu'il porte deux saintetés, pour sa mère il ne se rendra pas impur, mais il se rend impur pour un met mitsva ; « pour son frère » — que même s'il était kohen gadol et nazir, pour son frère il ne se rendra pas impur, mais il se rend impur pour un met mitsva. Car nécessairement tous ces termes viennent exclure le met mitsva. Dès lors, si le terme n'a pas d'objet pour lui-même, applique-le à autre chose : « et pour sa sœur », que vient enseigner ? etc. — et si ce terme n'a pas d'objet pour ces cas-là, applique-le à l'interruption de la avoda et de la mila devant un met mitsva.
שֶׁמֵּת לוֹ מֵת אָח אוֹ אָחוֹת:
Qu'un mort lui est survenu — un frère ou une sœur.
💡 Explication

La baraita est tirée des lois du nazir. L'interdiction générale d'approcher un corps mort est déjà écrite ; les mentions du père, de la mère, du frère et de la sœur sont donc des termes excédentaires, que le Sifri exploite l'un après l'autre.

Une fois les trois premiers employés, le quatrième reste disponible : il enseigne le cas de celui qui est en route pour le sacrifice pascal ou pour la circoncision de son fils, deux mitsvot dont la négligence entraîne le karet.

9
אָמַרְתָּ: ״לֹא יִטַּמָּא״. יָכוֹל כְּשֵׁם שֶׁאֵינוֹ מִיטַּמֵּא לַאֲחוֹתוֹ, כָּךְ אֵינוֹ מִיטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְלַאֲחוֹתוֹ״. לַאֲחוֹתוֹ הוּא דְּאֵינוֹ מִיטַּמֵּא, אֲבָל מִיטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה.

Tu dis : « il ne se rendra pas impur ». On aurait pu croire que, de même qu'il ne se rend pas impur pour sa sœur, il ne se rend pas non plus impur pour un met mitsva : le verset dit « et pour sa sœur » — c'est pour sa sœur qu'il ne se rend pas impur, mais il se rend impur pour un met mitsva.

📜 Rachi (1)
אָמַרְתָּ לֹא יִטַּמָּא כְּשֵׁם שֶׁאֵין נָזִיר מְבַטֵּל נְזִירוּתוֹ לִיטָּמֵא לִקְרוֹבָיו כָּךְ הוּא זֶה לֹא יִבָּטֵל מִפִּסְחוֹ:
Tu dis : il ne se rendra pas impur — de même que le nazir n'annule pas son nezirout pour se rendre impur pour ses proches, ainsi celui-ci n'interrompt pas son offrande pascale.
💡 Explication

Deux étapes dans la baraita. D'abord la réponse à l'hypothèse du segment précédent : le deuil d'un proche ne fait pas céder le sacrifice pascal ni la circoncision. Ensuite l'extension inverse : on pourrait étendre cette fermeté au met mitsva, et le verset l'écarte.

Le raisonnement s'appuie sur une différence réelle : la sœur à qui l'ensevelisse, le met mitsva n'a personne. C'est ce dernier qui fait céder même l'avoda.

10
בָּעֵי רָבָא: מִקְרָא מְגִילָּה וּמֵת מִצְוָה הֵי מִינַּייְהוּ עֲדִיף? מִקְרָא מְגִילָּה עֲדִיף מִשּׁוּם פַּרְסוֹמֵי נִיסָּא, אוֹ דִּלְמָא מֵת מִצְוָה עֲדִיף מִשּׁוּם כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת? בָּתַר דְּבַעְיָא הֲדַר פַּשְׁטַהּ: מֵת מִצְוָה עָדִיף, דְּאָמַר מַר: גָּדוֹל כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת שֶׁדּוֹחֶה אֶת לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁבַּתּוֹרָה.

Rava a demandé : entre la lecture de la Meguila et un met mitsva, lequel des deux l'emporte ? La lecture de la Meguila l'emporte-t-elle en raison de pirsoumei nissa (la publication du miracle), ou bien le met mitsva l'emporte-t-il en raison de kevod ha-beriyot (la dignité des créatures) ?

Après avoir posé la question, il l'a lui-même résolue : le met mitsva l'emporte, car le Maître a dit : grande est la dignité des créatures, au point de repousser une interdiction de la Torah.

📜 Rachi (1)
אֶת לֹא תַעֲשֶׂה דִּכְתִיב לֹא תּוּכַל לְהִתְעַלֵּם (דְּבָרִים כ״ב:ג׳) וּכְתִיב וְהִתְעַלַּמְתָּ פְּעָמִים שֶׁאַתָּה מִתְעַלֵּם כְּגוֹן זָקֵן וְאֵינוֹ לְפִי כְּבוֹדוֹ:
Une interdiction — car il est écrit « tu ne pourras pas te dérober » (Deutéronome 22,3), et il est écrit « et tu te déroberas » : il est des cas où tu te dérobes, par exemple un ancien pour qui cela ne conviendrait pas à sa dignité.
💡 Explication

La seule comparaison que Rava ne tenait pas pour évidente. Les deux termes restants sont ceux qui l'emportaient chacun dans leur série : la Meguila au nom du pirsoumei nissa, le met mitsva au nom du kevod ha-beriyot.

La résolution passe par un principe plus large. Puisque la dignité des créatures repousse déjà une interdiction écrite dans la Torah, elle repousse à plus forte raison une obligation instituée par les Sages. Rachi précise que ce principe se lit dans le jeu entre lo toukhal lehitalem et ve-hitalamta (Deutéronome 22,3).

🖼️ Schéma
L'échelle de Rava : quatre obligations, cinq comparaisons Chaque barreau porte sa source. Le dernier a d'abord été posé comme question ouverte. 1. Met mitsva un mort que nul n'a pour l'ensevelir -- kevod ha-beriyot 2. Lecture de la Meguila pirsoumei nissa -- publication du miracle 3a. Avoda service du Temple 3b. Talmud Torah d'un individu étude personnelle Rava : kevod ha-beriyot repousse un lav R. Yossi bar Hanina : michpaha ou-michpaha appui de la maison de Rabbi verset ou-la-ahoto (avoda cède) baraita : on interrompt l'étude pour le mort Ce que l'échelle montre Quatre comparaisons sont posées comme évidentes (pechita li). Une seule fait question (baei Rava). La question portait sur deux principes de même rang : publier le miracle, ou préserver la dignité. Rava la résout par un principe plus large : kevod ha-beriyot repousse déjà une interdiction écrite. À plus forte raison repousse-t-il la lecture de la Meguila, qui relève des paroles des Sages. Nafka mina : celui qui rencontre un met mitsva le matin de Pourim l'ensevelit d'abord.
L'échelle complète de Rava : quatre comparaisons évidentes, une question résolue par kevod ha-beriyot.
11
גּוּפָא, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּרַךְ, וְכָל הַסָּמוּךְ לוֹ, וְכָל הַנִּרְאֶה עִמּוֹ — נִדּוֹן כִּכְרַךְ. תַּנָּא: סָמוּךְ — אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ נִרְאֶה, נִרְאֶה — אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ סָמוּךְ.

Le sujet lui-même : Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh, tout ce qui lui est attenant et tout ce qui se voit avec lui sont jugés comme le kerakh. Il a été enseigné : attenant, même s'il ne se voit pas ; se voyant, même s'il n'est pas attenant.

💡 Explication

Le mot goufa annonce que la Guemara revient sur une parole citée en passant plus haut pour l'examiner pour elle-même. Le kerakh est la ville murée depuis les jours de Yehochoua bin Noun, où la Meguila se lit le 15 Adar.

Rabbi Yehochoua ben Levi étend ce statut à l'entourage de la ville. La Tosefta précise que les deux critères, la proximité et la visibilité, valent chacun séparément.

12
בִּשְׁלָמָא נִרְאֶה אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ סָמוּךְ, מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ כְּגוֹן דְּיָתְבָה בְּרֹאשׁ הָהָר. אֶלָּא סָמוּךְ אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ נִרְאֶה הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: שֶׁיּוֹשֶׁבֶת בַּנַּחַל.

Soit pour « se voyant même s'il n'est pas attenant » : tu le trouves par exemple lorsqu'il est situé au sommet d'une montagne. Mais « attenant même s'il ne se voit pas », comment le trouves-tu ?

Rabbi Yirmeya a dit : lorsqu'il est situé dans un vallon.

📜 Rachi (1)
בְּנַחַל מָקוֹם נָמוּךְ:
Dans un nahal — un endroit bas.
💡 Explication

La Guemara vérifie que les deux cas de la Tosefta sont réalisables. Un bourg éloigné reste visible s'il occupe une hauteur ; un bourg tout proche échappe au regard s'il se trouve dans un creux de terrain.

🖼️ Schéma
Samoukh et nir-é : deux voisinages indépendants Chacun suffit à lui seul pour lire le 15 avec le kerakh. KERAKH ville murée -- lecture le 15 bourg Nir-é sans être samoukh au sommet d'une montagne, loin mais visible ligne de vue bourg Samoukh sans être nir-é dans un vallon, tout proche mais invisible proximité
Les deux cas de la Tosefta : le bourg visible sur la hauteur, le bourg attenant dans le vallon.
13
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּרַךְ שֶׁיָּשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף — נִדּוֹן כִּכְפָר. מַאי טַעְמָא? דִּכְתִיב: ״וְאִישׁ כִּי יִמְכֹּור בֵּית מוֹשַׁב עִיר חוֹמָה״, שֶׁהֻוקַּף וּלְבַסּוֹף יָשַׁב, וְלֹא שֶׁיָּשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh qui fut d'abord habité et ensuite entouré [d'une muraille] est jugé comme un village. Quelle en est la raison ?

Car il est écrit : « et lorsqu'un homme vendra une maison d'habitation d'une ville murée » — [une ville] qui fut entourée puis habitée, et non qui fut habitée puis entourée.

📜 Rachi (2)
שֶׁיָּשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף שֶׁנִּתְייַשֵּׁב תְּחִלָּה בְּבָתִּים וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף חוֹמָה נִידּוֹן כִּכְפָר לְעִנְיַן בָּתֵּי עָרֵי חוֹמָה:
Qui fut habité puis entouré — qui fut d'abord peuple de maisons et ensuite entouré d'une muraille : il est jugé comme un village quant aux maisons des villes murées.
בֵּית מוֹשַׁב עִיר חוֹמָה בֵּית מוֹשָׁב שֶׁל עִיר חוֹמָה:
« Une maison d'habitation d'une ville murée » — une maison d'habitation appartenant à une ville murée.
🗂️ Tossefot (1)
כְּרַךְ שֶׁיָּשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף נִדּוֹן כִּכְפָר. פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס דִּלְעִנְיַן בָּתֵּי עָרֵי חוֹמָה אַיְירֵי וה"נ מַשְׁמַע מִדְּאַיְּיתִי קְרָא דְּכִי יִמְכֹּור וְקָשֶׁה דְּאִם כֵּן בַּעֲרָכִין (דַּף לב.) הו"ל לְהַשַּׁ"ס לְמִתְנֵי גַּבֵּי הָא דְּתָנֵי שְׁאָר דִּינֵי דְּבָתֵּי עָרֵי חוֹמָה וְעוֹד קָשֶׁה דְּאִם כֵּן הל"ל נִדּוֹן כְּעָרֵי הַחֲצֵרִים דְּשַׁיָּיךְ גַּבַּייְהוּ לכ"נ דִּלְעִנְיַן מְגִילָּה מַייְרֵי מִכָּל מָקוֹם מַיְיתֵי קְרָא דְּכִי יִמְכֹּור לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּחוֹמָה דְּמַתְנִינַן גַּבֵּי מְגִילָּה בכה"ג דִּמְהַנֵּי גַּבֵּי עָרֵי חוֹמָה דְּהַיְינוּ הֻוקַּף וּלְבַסּוֹף יָשַׁב כְּדִכְתִיב בֵּית מוֹשַׁב עִיר חוֹמָה דְּמַשְׁמַע שֶׁנִּתְיַישֵּׁב בְּתוֹךְ הַחוֹמָה וְאִם תֹּאמַר לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ה:) אָמְרִינַן דִּטְבֶרְיָא שִׂימָה חוֹמָתָהּ אע"ג דְּאֵין לָהּ דִּין עָרֵי חוֹמָה מ"מ קוֹרִין אֶת הַמְּגִילָּה בט"ו דְּהֵם מֻוקָּפִין חוֹמָה כֵּיוָן דְּמִגַּנְיָא מֵאוֹיְבִים וה"נ הָיָה לָנוּ לוֹמַר כְּשֶׁיָּשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף כֵּיוָן דִּמְכַסְּיָא וּמִגַּנְּיָא וְי"ל דְּשָׁאנֵי טְבֶרְיָא דְּכֵיוָן דְּחָזֵינַן דְּהֶיקֵּף יָם מְהַנֵּי כְּהֶיקֵּף חוֹמָה לְגַבֵּי מְגִילָּה גַּם כֵּן דִּין הוּא שֶׁיִּקְרְאוּ הַמְּגִילָּה בט"ו שֶׁהֲרֵי הֶיקֵּף שֶׁלָּהּ קֹודֶם לְיִשּׁוּבָהּ וְהָוֵי כִּשְׁאָר הֶיקֵּף דִּמְהַנֵּי בְּבָתֵּי עָרֵי חוֹמָה אֲבָל יָשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף לֹא מָצִינוּ בְּשׁוּם מָקוֹם דַּחֲשִׁיב חוֹמָה שֶׁלָּהּ וא"ת לְקַמָּן בְּפִרְקִין (שָׁם) דְּקָאָמַר אֲשֶׁר לוֹ חוֹמָה פְּרָט לְשׁוֹר אֲגַר פִּי' שֶׁאִגְּרוֹת חוֹמוֹת שֶׁלָּהּ כְּגוֹן שֶׁהַבָּתִּים מְדֻובָּקִים יַחַד בְּעִגּוּל וְהָוֵי כְּמוֹ חוֹמָה סָבִיב לָעִיר וְלָמָּה לִי קְרָא תִּיפּוֹק לֵיהּ דה"ל יָשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף שֶׁהֲרֵי לֹא נִגְמְרָה חוֹמַת הָעִיר עַד שֶׁנִּגְמְרוּ כָּל הַבָּתִּים וְיֵשׁ לוֹמַר דִּקְרָא אֲתָא לְאַשְׁמוּעִינַן דַּאֲפִילּוּ הֵיכָא דְּקִים לָן שֶׁלֹּא דָּר אָדָם שָׁם עַד שֶׁנִּגְמְרוּ כָּל הַבָּתִּים אֲפִילּוּ הָכֵי לָא חֲשִׁיב הֶיקֵּף וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּהָא דְקָאָמַר נִדּוֹן כִּכְפָר מַייְרֵי דְּלֵיכָּא י' בַּטְלָנִים דְּאִי יֵשׁ שָׁם עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין אַמַּאי גָּרַע מֵעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת דְּהָווּ בי"ד:
Un kerakh qui fut habité puis entouré est jugé comme un village. Le Kountras a expliqué qu'il s'agit des maisons des villes murées, et c'est bien ce qui ressort de ce qu'il apporte le verset « lorsqu'un homme vendra ». Difficulté : s'il en est ainsi, le Talmud aurait dû enseigner cela dans Arakhin (32a), là où sont enseignées les autres lois des maisons des villes murées. Autre difficulté : s'il en est ainsi, il aurait fallu dire « il est jugé comme les villes ouvertes », terme qui leur convient. Il semble donc qu'il s'agit de la Meguila ; il apporte malgré tout le verset « lorsqu'il vendra » pour nous apprendre que la muraille dont nous parlons à propos de la Meguila est celle qui vaut pour les villes murées, à savoir entourée puis habitée, comme il est écrit « une maison d'habitation d'une ville murée », ce qui indique que l'on s'est installé à l'intérieur de la muraille. Et si tu dis : plus loin (Meguila 5b) nous disons que pour Tibériade, dont la mer forme la muraille, bien qu'elle n'ait pas le statut des villes murées, on y lit malgré tout la Meguila le 15, puisqu'elle est entourée d'une muraille du fait qu'elle est protégée des ennemis ; il faudrait en dire autant d'une ville habitée puis entourée, puisqu'elle est couverte et protégée. On peut répondre : Tibériade est différente, car puisque nous voyons que l'entourage par la mer vaut comme entourage par une muraille, il est juste aussi qu'on y lise la Meguila le 15, car son entourage précède son peuplement et il est comme tout autre entourage qui vaut pour les maisons des villes murées ; tandis que pour une ville habitée puis entourée, nous ne trouvons nulle part que sa muraille soit prise en compte. Et si tu dis : plus loin dans notre chapitre (ibid.), il est dit « qui a une muraille », à l'exclusion de chour agar, c'est-à-dire dont les maisons forment la muraille, par exemple lorsque les maisons sont accolées les unes aux autres en cercle et font comme une muraille autour de la ville ; pourquoi un verset ? Qu'on le tire de ce que c'est là une ville habitée puis entourée, puisque la muraille de la ville n'est achevée qu'une fois toutes les maisons achevées. On peut répondre : le verset vient nous apprendre que même là où nous savons que personne n'y a habité avant que toutes les maisons soient achevées, cela ne compte pas comme un entourage. Et il faut dire que sa formule « il est jugé comme un village » vise le cas où il n'y a pas dix batlanim ; car s'il y a là dix batlanim, en quoi serait-elle inférieure aux grandes bourgades, qui lisent le 14 ?
⚖️ Rosh (1)
וְאַרִיבָּ"ל כְּרַךְ שֶׁיָּשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף נִידּוֹן כִּכְפָר דִּכְתִיב וְאִישׁ כִּי יִמְכֹּור בֵּית מוֹשַׁב עִיר חוֹמָה שֶׁהֻוקַּף וּלְבַסּוֹף יָשַׁב וְלֹא שֶׁיָּשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף וְיָלְפִינַן קְרִיאַת הַמְּגִילָּה מִבָּתֵּי עָרֵי חוֹמָה וְקָשֶׁה דְּהֵיכִי מַיְירֵי אִי דְלֵית בֵּיהּ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין אַפֵּי' הֻוקַּף וּלְבַסּוֹף יָשַׁב נָמֵי נִידּוֹן כִּכְפָר דְּהָא אָמַר רִיבָּ"ל כְּרַךְ שֶׁאֵין בּוֹ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין נִידּוֹן כִּכְפָר אִי דְּאִית בֵּיהּ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נִידּוֹן כְּעִיר וְקוֹרִין בי"ד הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּהָא דְּאַרִיבָּ"ל כְּרַךְ שֶׁאֵין בָּהּ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין נִידּוֹן כִּכְפָר לָא אַיְירֵי בְּמֻוקָּף חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן כִּסְתָם כְּרַךְ הָאָמוּר בְּכָל מָקוֹם לְעִנְיַן מִקְרָא מְגִילָּה אֶלָּא כְּשֶׁאֵינוֹ מֻוקָּף חוֹמָה מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ אַייְרֵי וְהָוֵי כִּסְתָם כְּרַכִּים הָאֲמוּרִים בְּכָל הַשַּׁ"ס שֶׁהֵן עֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת אֲבָל בְּמֻוקָּף מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן אֵין צָרִיךְ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין וְאַרִיבָּ"ל כְּרַךְ שֶׁאֵין בּוֹ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין נִידּוֹן כִּכְפָר ואע"ג דְּאָתוּ לֵיהּ מֵעָלְמָא וּכְרַךְ שֶׁהָיָה מֻוקָּף מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ ואע"פ שֶׁאֵין לוֹ עַכְשָׁיו קוֹרִין בט"ו דְּתַנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אֲשֶׁר לוֹא חוֹמָה חוֹמָה אַעַ"פִּ שֶׁאֵין לוֹ עַכְשָׁיו וְהָיָה לוֹ קֹודֶם לָכֵן:
Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh qui fut habité puis entouré est jugé comme un village, car il est écrit « et lorsqu'un homme vendra une maison d'habitation d'une ville murée » — entourée puis habitée, et non habitée puis entourée ; et nous apprenons la lecture de la Meguila des maisons des villes murées. Difficulté : de quel cas s'agit-il ? S'il n'y a pas dix batlanim, même entourée puis habitée elle serait jugée comme un village, puisque Rabbi Yehochoua ben Levi a dit qu'un kerakh sans dix batlanim est jugé comme un village. Et s'il y a dix batlanim, il aurait fallu dire qu'elle est jugée comme une bourgade et qu'on y lit le 14. Il semble donc que ce que dit Rabbi Yehochoua ben Levi — un kerakh sans dix batlanim est jugé comme un village — ne vise pas une ville entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, comme le kerakh ordinaire dont il est question partout en matière de lecture de la Meguila, mais vise une ville non entourée depuis les jours de Yehochoua, qui est comme les kerakhim ordinaires dont parle tout le Talmud, à savoir de grandes bourgades. Pour une ville entourée depuis les jours de Yehochoua bin Noun, dix batlanim ne sont pas requis. Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh sans dix batlanim est jugé comme un village, même s'il en arrive du dehors ; et un kerakh qui était entouré depuis les jours de Yehochoua, même s'il n'a plus de muraille à présent, on y lit le 15, car il est enseigné : Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi dit : « acher lo homa » — une muraille, même s'il n'en a pas maintenant alors qu'il en avait auparavant.
💡 Explication

L'ordre chronologique fait le statut. L'expression beit mochav ir homa (Lévitique 25,29) est lue comme décrivant une habitation établie à l'intérieur d'une enceinte déjà dressée.

Rachi rapporte cette règle aux lois des maisons des villes murées, qui commandent le rachat dans l'année. Tossefot objecte que la place de l'enseignement, ici et non dans Arakhin, indique qu'il vise la lecture de la Meguila, le verset servant seulement à définir ce qui compte comme muraille.

14
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּרַךְ שֶׁאֵין בּוֹ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין — נִדּוֹן כִּכְפָר. מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? תְּנֵינָא: אֵיזוֹ הִיא עִיר גְּדוֹלָה — כֹּל שֶׁיֵּשׁ בָּהּ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין. פָּחוֹת מִכָּאן, הֲרֵי זֶה כְּפָר? כְּרַךְ אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ, אַף עַל גַּב דְּמִיקַּלְעִי לֵיהּ מֵעָלְמָא.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh qui n'a pas dix batlanim est jugé comme un village. Que vient-il nous apprendre ?

Nous l'avons appris : quelle est une grande ville ? Toute [ville] où il y a dix batlanim ; en deçà, c'est un village.

Le kerakh lui était nécessaire : même s'il en arrive du dehors.

📜 Rachi (4)
עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין שֶׁבְּטֵלִין מִמְּלַאכְתָּן שֶׁיְּהוּ מִצָּוְיִין תָּמִיד בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שַׁחֲרִית וְעַרְבִית כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת (דַּף ו:) כֵּיוָן שֶׁבָּא הקב"ה בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וְלֹא מָצָא שָׁם עֲשָׂרָה וְכוּ':
Dix batlanim — qui s'abstiennent de leur travail afin de se trouver constamment à la synagogue, matin et soir, comme nous disons dans le traité Berakhot (6b) : lorsque le Saint béni soit-Il vient à la synagogue et n'y trouve pas dix, etc.
תְּנֵינָא בְּפִירְקִין בְּמָתְנֵי' (ד' ה.):
Nous l'avons appris — dans notre chapitre, dans la Michna (5a).
כְּרַךְ אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ דְּכָל כֶּרֶךְ אֵינוֹ אֶלָּא מְקוֹם שְׁווָקִין שֶׁנִּכְנָסִים שָׁם מִכָּל צַד וְגָדוֹל הוּא יוֹתֵר מֵעִיר גְּדוֹלָה:
Le kerakh lui était nécessaire — car tout kerakh est un lieu de marchés où l'on entre de tous côtés, et il est plus grand qu'une grande ville.
דְּמִיקַּלְעִי לֵיהּ מֵעָלְמָא אֲנָשִׁים הַרְבֵּה וְיֵשׁ הַרְבֵּה מֵהֶן בְּטֵלִין ממלאכ' שֶׁאֵין עוֹשִׂין מְלָאכָה אֶלָּא בִּמְקוֹמָן אֲפִילּוּ הָכֵי בָּעֵינַן קִבּוּעִין דְּזִמְנִין דְּלָא מִשְׁתַּכְּחִין:
Qu'il en arrive du dehors — beaucoup de gens, dont beaucoup s'abstiennent de travail puisqu'ils ne travaillent que chez eux ; malgré cela il faut des résidents fixes, car il arrive qu'on ne les trouve pas.
🗂️ Tossefot (1)
כֶּרֶךְ שֶׁאֵין בּוֹ י' בַּטְלָנִים נִדּוֹן כִּכְפָר. וצ"ל דְּמַיְירֵי בִּסְתָם כְּרַכִּים הָאֲמוּרִים בַּתַּלְמוּד. אֲבָל הַמֻּוקָּף חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן אֲפִילּוּ אֵין בּוֹ י' בַּטְלָנִים קוֹרִין בט"ו וה"נ מַשְׁמַע דְּפָרִיךְ בְּסָמוּךְ מַאי קמ"ל תְּנֵינָא אֵיזוֹ הִיא עִיר גְּדוֹלָה כּוּ' וּמְשַׁנֵּי כְּרַךְ אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ אע"ג דְּמִקַּלְעִי לֵיהּ מֵעָלְמָא וְאִי אִיתָא דַּאֲפִילּוּ בְּמֻוקָּף חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן צָרִיךְ י' בַּטְלָנִין הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מֻוקָּף מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ אִצְטְרִיכָא לֵיהּ אע"ג דַּחֲשִׁיב חוֹמָה דִּידְהוּ שֶׁהֵגֵינּוּ מִן הָאוֹיְבִים וְגַם מִקַּלְעִי לֵיהּ מֵעָלְמָא דְּהָוֵי רְבוּתָא טְפֵי אֶלָּא ש"מ דִּבְמֻוקָּף מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ לֹא צָרִיךְ י':
Un kerakh qui n'a pas dix batlanim est jugé comme un village. Il faut dire qu'il s'agit des kerakhim ordinaires dont parle le Talmud ; mais une ville entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, même sans dix batlanim, on y lit le 15. C'est bien ce qui ressort de la question posée juste après : « que vient-il nous apprendre ? nous l'avons appris : quelle est une grande ville, etc. », à quoi il répond : « le kerakh lui était nécessaire, même s'il en arrive du dehors ». Or s'il était vrai que même une ville entourée depuis les jours de Yehochoua bin Noun exige dix batlanim, il aurait fallu dire : « une ville entourée depuis les jours de Yehochoua lui était nécessaire, bien que sa muraille compte, puisqu'elle protégeait des ennemis, et qu'en outre il en arrive du dehors » — ce qui serait un enseignement plus fort. Il faut donc conclure que pour une ville entourée depuis les jours de Yehochoua, dix ne sont pas requis.
💡 Explication

Les batlanim sont dix hommes dispensés de leur travail pour se tenir à la disposition de la communauté, notamment à la synagogue matin et soir. Leur présence fait la ville au sens halakhique.

L'apport de Rabbi Yehochoua ben Levi porte sur le cas particulier du kerakh, placé de marché où affluent des gens de partout. Ces disponibles de passage ne remplacent pas des résidents fixes, car on ne les trouve pas à coup sur.

15
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּרַךְ שֶׁחָרַב וּלְבַסּוֹף יָשַׁב נִדּוֹן כִּכְרַךְ. מַאי חָרֶב? אִילֵּימָא חָרְבוּ חוֹמוֹתָיו: יָשַׁב — אִין, לֹא יֵשֵׁב — לָא? וְהָא תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בַּר יוֹסֵי אוֹמֵר: ״אֲשֶׁר לוֹא חוֹמָה״, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לוֹ עַכְשָׁיו וְהָיָה לוֹ קֹודֶם לָכֵן.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un kerakh qui fut détruit puis habité est jugé comme un kerakh. Qu'est-ce que « détruit » ?

Si l'on dit : ses murailles furent détruites — habité, oui ; non habité, non ? Mais il est enseigné : Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi dit : « acher lo homa » — même s'il n'en a pas maintenant, alors qu'il en avait auparavant.

📜 Rachi (1)
יָשַׁב אִין שֶׁחָזַר וְהֻוקַּף:
Habité, oui — dans le cas où elle fut de nouveau entourée.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָתַנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר וְכוּ'. וא"ת אַדְּמוֹתְבַתְּ לֵיהּ מֵרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְסַיְּיעֵיהּ מֵרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ וְסָבְרִי דִּקְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה קִדְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְלֹא לֶעָתִיד לָבֹא וְיֵשׁ לוֹמַר דע"כ לֹא סָבַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ כְּרַבָּנָן דְּאִי סָבַר כְּוָותַייְהוּ מַאי מְהַנֵּי (. יָשַׁב וּלְבַסּוֹף הֻוקַּף) אִם לֹא קִדְּשָׁה קְדֻושָּׁה שְׁנִיָּיה:
« Mais il est enseigné : Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi dit », etc. Et si tu dis : au lieu de lui objecter depuis Rabbi Eliezer, qu'on l'appuie depuis les Sages qui le contredisent et tiennent que la première sanctification a sanctifié pour son temps et non pour l'avenir. On peut répondre : nécessairement Rabbi Yehochoua ne tient pas comme les Sages, car s'il tenait comme eux, à quoi servirait le fait d'avoir été habitée puis entourée, si la seconde sanctification n'a pas sanctifié.
💡 Explication

La Guemara teste le sens du mot harav. Si la destruction visait les murailles, l'enseignement impliquerait qu'une ville dont les murs sont tombés perd son statut tant qu'elle n'est pas repeuplée.

Or la baraita de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi lit acher lo homa (Lévitique 25,30) avec le alef, tout en l'entendant comme le vav : la ville conserve son statut du fait d'avoir eu une muraille, même sans muraille aujourd'hui. La première lecture de harav tombe donc.

16
אֶלָּא מַאי ״חָרַב״ — שֶׁחָרַב מֵעֲשָׂרָה בַּטְלָנִין.

Plutôt, qu'est-ce que « détruit » ? Qu'il fut détruit de ses dix batlanim.

🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא שֶׁחָרַב מֵעֲשָׂרָה בַּטְלָנִים. וּכְשֶׁלֹּא הֻוקַּף מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ אַיְּירִי דְּבֵיהּ לֹא צָרִיךְ עֲשָׂרָה וְאִם תֹּאמַר מַאי מְהַנֵּי מַה שֶׁהָיָה כְּרַךְ מִתְּחִילָּה הֲוָה לֵיהּ כְּפָר שֶׁנַּעֲשָׂה כְּרַךְ שֶׁנִּתְיַשְּׁבוּ שָׁם עֲשָׂרָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלִרְבוּתָא נְקַט הָכִי וְלָא מִבַּעְיָא כְּפָר שֶׁנַּעֲשָׂה כֶּרֶךְ דְּבִסְתָמָא לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יֵחָסְרוּ דִּיּוּרִים אֶלָּא אֲפִילּוּ זֶה שֶׁפָּסְקוּ דִּיּוּרִים כְּבָר פַּעַם אַחַת וְסָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא דְּאִיכָּא לְמִיחַשׁ שֶׁמָּא יִפְסְקוּ עוֹד פַּעַם אַחֶרֶת אֲפִילּוּ הָכִי קָא מַשְׁמַע לַן דְּלָא חָיְישִׁינַן:
« Plutôt : qu'il fut détruit de ses dix batlanim. » Il s'agit d'une ville non entourée depuis les jours de Yehochoua, car pour celle-là dix ne sont pas requis. Et si tu dis : à quoi sert qu'elle ait été un kerakh au début ? Elle est comme un village devenu kerakh du fait que dix s'y sont installés. On peut répondre : il l'a formulé ainsi pour l'enseignement plus fort. Il ne s'agit pas seulement d'un village devenu kerakh, où en principe il n'y a pas à craindre que les habitants viennent à manquer, mais même de celui-ci, dont les habitants ont déjà cessé une fois et dont tu aurais pu penser qu'il y a lieu de craindre qu'ils cessent encore une autre fois : même ainsi, il nous apprend que l'on ne le craint pas.
💡 Explication

La Guemara retient le sens qui reste : la ville s'était vidée de ses dix batlanim et avait pris le statut de village ; dix s'y réinstallent, elle redevient un kerakh et lit de nouveau le 15.

Tossefot ajoute que la formulation est choisie pour sa force : même une ville dont la population a déjà cessé une fois, et dont on pourrait craindre qu'elle se vide de nouveau, retrouve pleinement son statut.

🖼️ Schéma
Que veut dire harav, détruit ? Lecture écartée : ses murailles sont tombées Elle donnerait : repeuplé, oui ; non repeuplé, non. Or la baraita de R. Eliezer fils de R. Yossi expose acher lo homa : la ville garde son statut même sans muraille aujourd'hui, si elle en eut une. La perte de la muraille ne change donc rien. Cette lecture n'apprendrait rien de nouveau. Lecture retenue : vidé de ses dix batlanim La ville avait perdu ses dix résidents disponibles et était alors jugée comme un village. Dix s'y réinstallent : elle redevient un kerakh et lit de nouveau le 15. Tossefot : l'enseignement est fort justement parce que la population y avait déjà cessé une fois. Les deux règles se complètent : la muraille se juge sur l'histoire de la ville, la population sur son état présent. Seule la seconde peut varier dans les deux sens, et c'est elle que vise le mot harav.
Les deux lectures possibles de harav, et la raison qui fait écarter la première.
17
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי:

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit :

💡 Explication

Le folio s'arrête sur l'ouverture d'une cinquième parole du même maître sur le statut du kerakh. La suite se lit en 4a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).