Megillah 4a — Les femmes, la nuit et le jour : les lois de la lecture selon Rabbi Yehochoua ben Levi

Megillah 4a

Sougya : Le folio achève d'abord la série de Rabbi Yehochoua ben Levi sur le kerakh : Lod, Ono et Gué HaHarachim sont entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua, malgré les versets qui attribuent leur construction à Elpaal puis à Assa ; Rabbi Elazar répartit ces témoignages en une histoire de destructions et de reconstructions. Viennent ensuite trois lois du même maître sur la lecture elle-même.

Les femmes y sont tenues, car elles aussi furent dans ce miracle, et les commentateurs se divisent sur le sens de cette formule et sur la portée de leur obligation. Lorsque Pourim tombe un Chabbat, on expose les lois du jour, précision qui écarte une extension du décret de Rabba.

Enfin on lit la Meguila la nuit et on la répète le jour : la yechiva avait compris lichnota comme l'étude des michnayot, et Rabbi Yirmeya rétablit le sens de relecture. Le folio revient pour finir à la michna, et donne la raison de la faveur accordée aux villages.

Le fil du folio : d'une question d'archéologie à l'obligation de chacun Le folio ferme la série de Rabbi Yehochoua ben Levi sur le kerakh, puis ouvre ses lois sur la lecture elle-même. Mouvement 1 (seg. 0-3) -- Lod, Ono et Gué HaHarachim sont-elles murées depuis Yehochoua ? Objection : le texte attribue leur construction à Elpaal. Contre-objection : alors attribue-la aussi à Assa. Rabbi Elazar : trois états successifs d'une même ville -- Yehochoua, destruction, Elpaal, chute, Assa. Appui du verset : bâtissons ces villes-ci, donc elles étaient déjà des villes auparavant. Enjeu pratique : ces trois villes lisent la Meguila le 15 Adar. Mouvement 2 (seg. 4-6) -- qui lit, et que fait-on quand on ne peut pas lire Les femmes sont tenues à la lecture : elles aussi furent dans ce miracle. Pourim tombant un Chabbat : on pose des questions et l'on expose les lois du jour. Objection : la règle vaut pour toute fête, depuis l'institution de Moche. Réponse : Pourim demandait une mention propre. Sans elle on aurait décrété l'interdit du cours à cause du décret de Rabba sur la lecture. Mouvement 3 (seg. 7-10) -- deux lectures, et une faveur faite aux villages On lit la nuit et l'on répète le jour. Verset de Rabbi Yehochoua ben Levi, puis verset de Oula Bira. Écart de lecture levé : lichnota veut dire relire, non étudier les michnayot du traité. Retour à la michna : les villages avancent au jour du rassemblement, pour ravitailler les villes murées. Le folio passe donc du lieu de la lecture à son heure, puis à ceux qui la déplacent. Unité du folio : quatre paroles consécutives de Rabbi Yehochoua ben Levi, toutes sur les conditions de la lecture.
Les trois mouvements du folio, de l'identification des villes murées jusqu'à la faveur faite aux villages.
Les femmes et la Meguila : pourquoi elles sont tenues, et jusqu'où Une seule phrase de Rabbi Yehochoua ben Levi porte deux questions distinctes. Question 1 : que veut dire af hen ? Rachbam : le miracle vint par elles -- Esther à Pourim, Yehoudit à 'Hanouka, les femmes justes à Pessa'h. Objection des Tossefot : af hen dit secondaires, non principales. Tossefot : elles furent dans le même danger -- le décret visait enfants et femmes ; de même en Égypte et sous les Grecs. Yerouchalmi : elles furent dans le doute du danger. Question 2 : tenues à quoi ? Le texte dit mikra meguila, la lecture, non la seule écoute. Appui : Arakhin 2b inclut les femmes parmi ceux qui sont aptes. Contre : la Tossefta refuse à l'androgyne d'acquitter les hommes, et la femme n'a pas un statut plus fort que lui. Les deux réponses se séparent ici, et la nafka mina est immédiate. Avis Obligation de la femme Peut-elle acquitter un homme ? Rachi, Tossefot lecture au sens plein Lire, comme l'homme obligation de même rang Oui elle lit pour le public Halakhot Guedolot suivi par le Roch appui : Tossefta ch. 2 Entendre seulement obligation d'un autre rang elle acquitte une autre femme Non l'homme doit entendre d'un lecteur tenu comme lui Nafka mina pratique Un homme qui n'a pas lu et dont seule la femme de la maison tient la Meguila : selon Rachi il s'acquitte, selon les Halakhot Guedolot il doit relire.
Deux questions dans une seule phrase : le sens de af hen, et l'étendue de l'obligation des femmes.
Lire la nuit, répéter le jour : le mot lichnota et ce qui en dépend Une même loi, deux versets, et une erreur de lecture corrigée par Rabbi Yirmeya. Rabbi Yehochoua ben Levi Verset du Psaume 22 : j'appelle le jour, et la nuit. Sens simple : la prière d'Esther au temps de la détresse. Application à la lecture par voie de derach. Rabbi Helbo au nom de Oula Bira Verset du Psaume 30 : que ma gloire chante et ne se taise point. Sens simple : la louange après le miracle accompli. Même loi, appui plus direct sur la reconnaissance. On lit la nuit et l'on répète le jour Hava amina de la yechiva Lichnota lu comme chone michna : on lirait la nuit, et l'on étudierait le jour les michnayot du traité. Deux actes différents, un seul le jour. Rabbi Yirmeya au nom de R. Hiya bar Abba Lichnota veut dire redire la même chose, comme dans la langue courante : j'achève cette section et je la répète. Un seul acte, accompli deux fois. Ce qui en dépend Rabbenou Tam et le Ri : la lecture du jour est la principale, donc on redit chehehiyanou le matin après l'avoir dite le soir. Appuis : le festin se tient le jour, la michna dit tout le jour est apte, et les villageois entendaient de jour.
Lecture de nuit et répétition de jour : les deux versets, l'erreur de lecture et ses conséquences pratiques.
1
לֹוד וְאוֹנוֹ וְגֵיא הַחֲרָשִׁים — מֻוקָּפוֹת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הֲווֹ.

Lod, Ono et Gué HaHarachim étaient entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua fils de Noun.

📜 Rachi (1)
לֹוד וְאוֹנוֹ וְגֵיא הַחֲרָשִׁים מֵעָרֵי בִּנְיָמִין הָיוּ כְּדִכְתִיב וּבְנֵי אֶלְפַּעַל עֵבֶר וּמִשְׁעָם וָשָׁמֶר הוּא בָּנָה אֶת לוֹד וְאֶת אוֹנוֹ וְגוֹ' וּבְסֵפֶר דִּבְרֵי הַיָּמִים מְיַחֲסוֹ עַל שֵׁבֶט בִּנְיָמִין וּגְמָרָא גְּמִיר לָהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מֵרַבֵּיהּ דְּמֻוקָּפוֹת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הֵן וּבְמַתְנִי' דַּעֲרָכִין תְּנַן תַּרְתֵּי מִינַּייְהוּ דְּקָא מָנֵי לוֹד וְאוֹנוֹ אֵצֶל עָרֵי חוֹמָה שֶׁאֵינָן נוֹהֲגוֹת אֶלָּא מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן וּלְפִי שֶׁחוֹמוֹתֵיהֶן נִרְאוֹת חֲדָשׁוֹת כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן שֶׁנָּפְלוּ וְהֶחֱזִיקָן הֻוזְקַק ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי לְהָעִיד שֶׁבִּכְלַל מֻוקָּפוֹת חוֹמָה הֵן לִקְרוֹת מְגִילָּה בט"ו:
« Lod, Ono et Gué HaHarachim. » Elles faisaient partie des villes de Binyamin, comme il est écrit : « et les fils d'Elpaal : Ever, Micham et Chemed ; c'est lui qui bâtit Lod et Ono, etc. », et le livre des Chroniques rattache ce passage à la tribu de Binyamin. Rabbi Yehochoua ben Levi tient de son maître, par tradition orale, qu'elles sont entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua fils de Noun. Dans la michna de Arakhin on enseigne deux d'entre elles, Lod et Ono, que l'on compte parmi les villes murées dont la loi ne vaut que depuis les jours de Yehochoua fils de Noun. Et parce que leurs murailles paraissent récentes — comme nous le dirons plus loin, elles tombèrent et il les consolida — Rabbi Yehochoua ben Levi dut témoigner qu'elles entrent dans la catégorie des villes murées, pour lire la Meguila le 15.
🗂️ Tossefot (1)
לֹוד וְאוֹנוֹ וְגֵיא הַחֲרָשִׁים. הִקְשָׁה הָ"ר אֶלְחָנָן אַמַּאי אִצְטְרִיךְ לֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאוֹנוֹ מֻוקֶּפֶת מֵימוֹת יְהוֹשֻׁעַ וְהָא מִשְׁנָה שְׁלֵימָה הִיא בְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּעֲרָכִין (דַּף לב.) וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאַגַּב דְּאִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן לוֹד וְגֵיא הַחֲרָשִׁים תְּנָא נָמֵי אוֹנוֹ בַּהֲדַיְיהוּ:
« Lod, Ono et Gué HaHarachim. » Rabbenou Elhanan a objecté : pourquoi Rabbi Yehochoua avait-il besoin de nous apprendre qu'Ono est entourée depuis les jours de Yehochoua, alors qu'il s'agit d'une michna complète au dernier chapitre de Arakhin (32a) ? On peut répondre que, du fait qu'il devait nous apprendre Lod et Gué HaHarachim, il a enseigné Ono avec elles.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua ben Levi poursuit sa série sur le kerakh, la ville murée depuis les jours de Yehochoua, qui lit la Meguila le 15 Adar. Il nomme ici trois villes de Binyamin et atteste leur statut.

Rachi explique pourquoi ce témoignage était nécessaire alors que la michna de Arakhin mentionne déjà Lod et Ono : leurs murailles paraissent récentes, puisqu'elles sont tombées et ont été relevées. Il fallait donc un enseignement reçu de maître en maître pour les rattacher à la catégorie ancienne.

2
וְהָנֵי יְהוֹשֻׁעַ בְּנַנְהִי? וְהָא אֶלְפַּעַל בְּנַנְהִי, דִּכְתִיב: ״[ו]בְּנֵי אֶלְפַּעַל עֵבֶר וּמִשְׁעָם וָשָׁמֶר הוּא בָּנָה אֶת אוֹנוֹ וְאֶת לֹוד וּבְנֹותֶיהָ״! וּלְטַעְמִיךְ, אָסָא בְּנַנְהִי, דִּכְתִיב: ״וַיִּבֶן (אָסָא אֶת עָרֵי הַבְּצוּרוֹת אֲשֶׁר לִיהוּדָה)״.

Mais est-ce Yehochoua qui les a bâties ? Or c'est Elpaal qui les a bâties, ainsi qu'il est écrit : « et les fils d'Elpaal : Ever, Micham et Chemed ; c'est lui qui bâtit Ono et Lod avec ses bourgades » !

Et selon ton raisonnement, c'est Assa qui les a bâties, ainsi qu'il est écrit : « et Assa bâtit les villes fortifiées qui sont à Yehouda ».

📜 Rachi (1)
וַיְחַזֵּק אָסָא אֵינוֹ בְּכָל הַמִּקְרָא אֲבָל מִקְרָא אַחֵר כְּתִיב וַיִּבֶן עָרִים בִּיהוּדָה ואע"ג דְּהָנֵי לָאו מִיּהוּדָה נִינְהוּ וּמִבִּנְיָמִין הָיוּ מַלְכֵי יְהוּדָה מוֹשְׁלִים עַל בִּנְיָמִין וּמָצִינוּ בְּאָסָא שֶׁאַף עָרֵי בִּנְיָמִין חִיזֵּק דִּכְתִיב (ד"ה ב' טז) וַיִּשְׂאוּ אֶת אַבְנֵי הָרָמָה וְאֶת עֵצֶיהָ אֲשֶׁר בָּנָה בַּעְשָׁא וַיִּבֶן בָּהּ אֶת גֶּבַע וְאֶת הַמִּצְפָּה וְהֵן עָרֵי בִּנְיָמִין כְּדִכְתִיב בְּסֵפֶר יְהוֹשֻׁעַ:
« Et Assa fortifia. » Cette formule ne se trouve nulle part dans l'Écriture ; mais un autre verset dit : « et il bâtit des villes en Yehouda ». Et bien que ces villes-ci ne soient pas de Yehouda mais de Binyamin, les rois de Yehouda dominaient sur Binyamin ; et nous trouvons chez Assa qu'il fortifia aussi les villes de Binyamin, comme il est écrit (II Chroniques 16) : « et ils emportèrent les pierres de Rama et son bois, dont Baecha avait bâti, et il en bâtit Guéva et Mitspa » — ce sont des villes de Binyamin, comme il est écrit dans le livre de Yehochoua.
🗂️ Tossefot (1)
הָא אֶלְפַּעַל בְּנִנְהוּ. קָשֶׁה אַמַּאי לָא פָּרֵיךְ בְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּעֲרָכִין כִּי הַאי גַווְנָא וְי"ל דְּהָתָם לָא תְּנַן אֶלָּא אוֹנוֹ וְהָיָה יוֹדֵעַ דְּמָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי תְּרֵי אוֹנוֹ הָווּ אֲבָל הָכָא דְּהָווּ ג' בִּשְׁלָשְׁתָּן לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר שֶׁהֵן כְּפוּלוֹת:
« Or c'est Elpaal qui les a bâties. » Difficulté : pourquoi ne pose-t-on pas une objection semblable au dernier chapitre de Arakhin ? On peut répondre que là-bas on n'enseigne qu'Ono, et le Talmud savait qu'il était possible de répondre qu'il y avait deux villes nommées Ono ; ici en revanche, où elles sont trois, il n'y a pas lieu de dire que les trois seraient dédoublées.
💡 Explication

L'objection est textuelle : un verset des Chroniques attribue la construction de Lod et d'Ono à Elpaal, bien postérieur à Yehochoua. La Guemara ne répond pas encore ; elle retourne d'abord l'argument.

Le procédé s'appelle ou-le-taamikh, « et selon ton raisonnement » : si un verset de construction suffisait à exclure toute muraille antérieure, un autre verset attribuerait ces mêmes villes à Assa, roi de Yehouda. Deux constructions attestées pour une même ville prouvent que le mot bâtir couvre ici plusieurs états successifs, et non une fondation unique.

3
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הָנֵי מֻוקָּפוֹת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הֲווֹ. חֲרוּב בִּימֵי פִּילֶגֶשׁ בְּגִבְעָה, וַאֲתָא אֶלְפַּעַל בְּנַנְהִי. הַדּוֹר אִינְּפוּל, אֲתָא אָסָא שַׁפְּצִינְהוּ.

Rabbi Elazar a dit : ces villes étaient entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua fils de Noun. Elles furent détruites aux jours de la concubine de Guiva, et Elpaal vint les rebâtir.

Elles s'écroulèrent de nouveau, et Assa vint les réparer.

📜 Rachi (2)
בִּימֵי פִּילֶגֶשׁ בַּגִּבְעָה שֶׁהֶחֱרִיבוּ יִשְׂרָאֵל אֶת בִּנְיָמִין וְאֶת עָרָיו כְּדִכְתִיב גַּם כָּל הֶעָרִים הַנִּמְצָאוֹת שִׁלְּחוּ בָאֵשׁ (שׁוֹפְטִים כ׳:מ״ח):
« Aux jours de la concubine de Guiva. » Israël détruisit alors Binyamin et ses villes, comme il est écrit : « et toutes les villes qu'ils trouvèrent, ils y mirent le feu » (Juges 20,48).
שַׁפְּצִינְהוּ הֶחֱזִיק אֶת בִּדְקֵיהֶן וְדוֹמֶה לוֹ בִּיבָמוֹת (דַּף סג.) טוּם וְלָא תְּשַׁפֵּץ שַׁפֵּיץ וְלָא תִּבָּנֶה:
« Il les répara. » Il consolida leurs brèches. Le terme est semblable à celui de Yevamot 63a : « bouche et ne répare pas, répare et ne bâtis pas ».
💡 Explication

Rabbi Elazar concilie les trois témoignages en les répartissant dans le temps : une même ville peut avoir été murée sous Yehochoua, détruite lors de la guerre contre Binyamin après l'affaire de la concubine de Guiva, rebâtie par Elpaal, ruinée encore, puis réparée par Assa.

Le verbe employé pour Assa est chipets, qui désigne la réparation des brèches et non la construction. Rachi le rapproche d'un usage de Yevamot : boucher, réparer, bâtir sont trois degrés distincts. Le statut de ville murée se prend donc au premier état.

🖼️ Schéma
Une seule ville, cinq états successifs La réponse de Rabbi Elazar concilie les trois témoignages en les répartissant dans le temps. Yehochoua villes murées statut acquis Concubine de Guiva Binyamin et ses villes détruites par le feu Elpaal il bâtit Ono et Lod reconstruction Nouvelle chute les murailles tombent brèches Assa chipets : il répare sans rien fonder Conséquence : le statut de ville murée se prend au premier état, celui des jours de Yehochoua, et les reconstructions ne le créent pas. C'est pourquoi elles lisent la Meguila le 15, malgré des murailles d'apparence récente.
La chronologie qui permet à trois versets de parler de la même ville sans se contredire.
4
דַּיְקָא נָמֵי, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר לִיהוּדָה נִבְנֶה אֶת הֶעָרִים הָאֵלֶּה״, מִכְּלָל דְּעָרִים הֲווֹ מֵעִיקָּרָא. שְׁמַע מִינָּה.

Le langage le montre lui aussi, puisqu'il est écrit : « et il dit à Yehouda : bâtissons ces villes-ci » — d'où il ressort qu'elles étaient déjà des villes au départ. Apprends-en donc ainsi.

📜 Rachi (1)
דַּיְקָא נָמֵי גָּרַס:
« Le langage le montre aussi. » C'est ainsi qu'il faut lire le texte.
💡 Explication

La confirmation tient à un détail de formulation. Le verset dit « ces villes-ci », ce qui suppose des villes déjà identifiables, et non des fondations nouvelles. Le mot bâtir désigne alors la remise en état, exactement ce que Rabbi Elazar attribuait à Assa.

5
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: נָשִׁים חַיָּיבוֹת בְּמִקְרָא מְגִילָּה, שֶׁאַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס. וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: פּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, שׁוֹאֲלִין וְדוֹרְשִׁין בְּעִנְיָנוֹ שֶׁל יוֹם.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : les femmes sont tenues à la lecture de la Meguila, car elles aussi furent dans ce miracle. Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : lorsque Pourim tombe un Chabbat, on pose des questions et l'on expose le sujet du jour.

📜 Rachi (2)
שֶׁאַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס שֶׁאַף עַל הַנָּשִׁים גָּזַר הַמָּן לְהַשְׁמִיד לַהֲרֹוג וּלְאַבֵּד מִנַּעַר וְעַד זָקֵן טַף וְנָשִׁים וְגוֹ':
« Car elles aussi furent dans ce miracle. » Haman décréta aussi sur les femmes de détruire, tuer et faire périr, « du jeune au vieillard, enfants et femmes, etc. ».
שׁוֹאֲלִין וְדוֹרְשִׁין מַעֲמִידִין תּוּרְגְּמָן לִפְנֵי הֶחָכָם לִדְרֹושׁ אִגֶּרֶת פּוּרִים בָּרַבִּים:
« On pose des questions et l'on expose. » On place un metourguemane devant le Sage, pour qu'il expose publiquement la lettre de Pourim.
🗂️ Tossefot (4)
נָשִׁים חַייָּבוֹת בְּמִקְרָא מְגִילָּה. מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁהַנָּשִׁים מוֹצִיאוֹת אֶת אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן מִדְּלָא קָאָמַר לִשְׁמֹועַ מִקְרָא מְגִילָּה וְהָכִי נָמֵי מַשְׁמַע בַּעֲרָכִין (דַּף ב: וְשָׁם) דְּקָאָמַר הַכֹּל כְּשֵׁרִים לִקְרֹא אֶת הַמְּגִילָּה וּמַסִּיק הַכֹּל כְּשֵׁרִים לַאֲתוּיֵי מַאי וּמְשַׁנֵּי לַאֲתוּיֵי נָשִׁים מַשְׁמַע לְהוֹצִיא אֲפִילּוּ אֲנָשִׁים וְקָשֶׁה דְּהָא בַּתּוֹסֶפְתָּא תָּנֵי בְּהֶדְיָא דְּטֻומְטוּם אֵין מוֹצִיא לֹא אֶת מִינוֹ וְלֹא שֶׁאֵין מִינוֹ וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס מוֹצִיא אֶת מִינוֹ וְאֵין מוֹצִיא אֶת שֶׁאֵין מִינוֹ וּפְשִׁיטָא דְּלָא עֲדִיפָא אִשָּׁה מֵאַנְדְּרוֹגִינוֹס וְכֵן פָּסְקוּ הה"ג דְּאִשָּׁה מוֹצִיאָה מִינָּהּ אֲבָל לֹא אֲנָשִׁים וי"ל דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ דְּלָא יוֹעִיל קְרִיאָתָן אֲפִילּוּ לְהוֹצִיא הַנָּשִׁים קמ"ל דְּחַיָּיבִין דְּהַכֹּל חַייָּבִין בִּשְׁמִיעָה עֲבָדִים נָשִׁים וּקְטַנִּים:
« Les femmes sont tenues à la lecture de la Meguila. » Il ressort d'ici que les femmes acquittent autrui de son obligation, puisqu'il n'est pas dit « à entendre la lecture de la Meguila ». C'est aussi ce qui ressort de Arakhin (2b) : il y est dit « tous sont aptes à lire la Meguila », puis l'on conclut : « tous sont aptes — qu'est-ce que cela vient inclure ? » et l'on répond : « cela vient inclure les femmes », ce qui indique qu'elles acquittent même des hommes. Difficulté : la Tossefta enseigne explicitement que le toumtoum n'acquitte ni son semblable ni celui qui n'est pas son semblable, et que l'androgyne acquitte son semblable et n'acquitte pas celui qui n'est pas son semblable ; or il est évident qu'une femme n'a pas un statut plus fort que l'androgyne. C'est ainsi qu'ont tranché les Halakhot Guedolot : la femme acquitte celle de son espèce, mais non les hommes. On peut répondre que l'on aurait pu penser que leur lecture ne servirait même pas à acquitter les femmes ; l'enseignement nous apprend qu'elles y sont tenues, car tous sont tenus à l'écoute : esclaves, femmes et mineurs.
שֶׁאַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס. פֵּירֵשׁ רַשְׁבַּ"ם שֶׁעִיקַּר הַנֵּס הָיָה עַל יָדָן בְּפוּרִים עַל יְדֵי אֶסְתֵּר בַּחֲנֻוכָּה עַל יְדֵי יְהוּדִית בְּפֶסַח שֶׁבִּזְכוּת צִדְקָנִיּוֹת שֶׁבְּאוֹתוֹ הַדּוֹר נִגְאֲלוּ וְקָשֶׁה דִּלְשׁוֹן שֶׁאַף הֵן מַשְׁמַע שֶׁהֵן טְפֵלוֹת וּלְפֵירוּשׁוֹ הָיָה לוֹ לוֹמַר שֶׁהֵן לְכָךְ נִרְאֶה לִי שֶׁאַף הֵן הָיוּ בְּסָפֵק דִּלְהַשְׁמִיד וְלַהֲרֹוג וְכֵן בְּפֶסַח שֶׁהָיוּ מְשֻׁועְבָּדוֹת לְפַרְעֹה בְּמִצְרַיִם וְכֵן בַּחֲנֻוכָּה הַגְּזֵירָה הָיְתָה מְאֹד עֲלֵיהֶן. גַּבֵּי מַצָּה יֵשׁ מַקְשֶׁה לָמָּה לִי הֶיקֵּשָׁא דְּכֹל שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּבַל תֹּאכַל חָמֵץ יֶשְׁנוֹ בְּקוּם אֱכֹול מַצָּה תִּיפּוֹק לֵיהּ מִטַּעַם שֶׁהֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס וְי"ל דְּמִשּׁוּם הַאי טַעְמָא לָא מִחַייְּבָא אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן אִי לָאו מֵהֶיקֵּשָׁא וְרַבֵּינוּ יוֹסֵף אִישׁ יְרוּשָׁלַיִם תֵּירֵץ דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ לְמִיפַּטְרָה מִגְּזֵירָה שָׁוָה דט"ו ט"ו דְּחַג הַסֻּוכּוֹת כִּדְפֵי' פֶּרֶק אֵלּוּ עוֹבְרִין (פְּסָחִים מג: ד"ה סָלְקָא:)
« Car elles aussi furent dans ce miracle. » Le Rachbam a expliqué que le miracle s'est produit essentiellement par elles : à Pourim par Esther, à 'Hanouka par Yehoudit, et à Pessa'h parce que c'est par le mérite des femmes justes de cette génération qu'ils furent délivrés. Difficulté : l'expression « elles aussi » indique qu'elles sont secondaires ; selon son explication, il aurait fallu dire « ce sont elles ». Il me semble donc qu'elles aussi furent comprises dans le danger de « détruire et tuer » ; de même à Pessa'h, où elles étaient asservies à Pharaon en Égypte ; de même à 'Hanouka, où le décret pesait très lourdement sur elles. À propos de la matsa, certains demandent : pourquoi avoir besoin du hekech « quiconque est soumis à l'interdit de manger du hamets est soumis à l'obligation de manger de la matsa » ? Qu'on le déduise du motif « elles aussi furent dans ce miracle » ! On peut répondre que, par ce motif seul, elles ne seraient tenues que d'une obligation rabbinique, sans le hekech. Et Rabbenou Yossef, homme de Jérusalem, a répondu : on aurait pu penser les exempter par la guezera chava de « quinze / quinze » tirée de la fête de Souccot, comme il est expliqué au chapitre Elou Ovrin (Pessahim 43b).
פָּסַק וְאוֹמֵר עַל הַנִּסִּים בִּתְפִלָּה וּבְהוֹדָאָה וְיֵשׁ שֶׁאֵין אוֹמְרִים כְּשֵׁם לְפִי שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים (בְּרָכוֹת לד.) לְעוֹלָם לֹא יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו לֹא בַּג' רִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בַּג' בְּרָכוֹת אַחֲרוֹנוֹת וּשְׁטוּת הוּא שֶׁהֲרֵי הַאי טַעְמָא לָא הָוֵי אֶלָּא לְמִתְפַּלֵּל בִּלְשׁוֹן יָחִיד אֲבָל בִּשְׁבִיל הַצִּיבּוּר שָׁרִי אֲבָל נִרְאֶה שֶׁאֵין לְאוֹמְרוֹ מִטַּעַם אַחֵר מִשּׁוּם דְּאָמְרוּ חֲכָמִים (פִּסְחֵיהּ קיז:) דְּכָל דָּבָר דְּהָוֵי בִּלְהַבָּא תִּקְּנוּ בִּלְהַבָּא וּבְדָבָר דְּהוֹדָאָה הָוֵי לְשֶׁעָבַר וּמִשּׁוּם הָכֵי תִּקְּנוּ בָּהּ עַל הַנִּסִּים דְּהָוֵי לְשֶׁעָבַר וּבְלֵיל י"ד לְאַחַר תְּפִלַּת מַעֲרִיב אוֹמֵר קַדִּישׁ שָׁלֵם וְאַחַר כָּךְ קוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה וּמְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ ג' בְּרָכוֹת וְאַחֲרֶיהָ בְּרָכָה אַחַת עַד הָאֵל הַמּוֹשִׁיעַ הִשְׁלִים עוֹמֵד לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְאוֹמֵר וְאַתָּה קָדוֹשׁ וְאֵין מַתְחִילִין וּבָא לְצִיּוֹן לְפִי שֶׁאֵין גְּאֻולָּה בַּלַּיְלָה וְאִם מוֹצָאֵי שַׁבָּת הוּא יֹאמַר וִיהִי נֹועַם קֹודֶם וּכְשֶׁרוֹצֶה לִקְרוֹת פּוֹשֵׁט אֶת כֻּולָּהּ קֹודֶם כְּאִגֶּרֶת אֲבָל לֹא גּוֹלֵל וְקוֹרֵא כְּמוֹ ס"ת וּבַשַּׁחַר מִתְפַּלֵּל שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת וְאוֹמֵר עַל הַנִּסִּים בְּהוֹדָאָה וְאֵין אוֹמֵר כְּשֵׁם לְפִי שֶׁכָּל הַבְּרָכָה אֵינָהּ אֶלָּא לְשֶׁעָבַר וא"כ אֵין לוֹמַר בָּהּ דָּבָר שֶׁלְּהַבָּא וְאַחַר כָּךְ אוֹמֵר קַדִּישׁ עַד דַּאֲמִירָן וְאוֹחֵז ס"ת וְקוֹרֵא שְׁלֹשָׁה גַּבְרֵי פָּרָשַׁת וַיָּבֹא עֲמָלֵק אע"פ שֶׁאֵין בָּהּ אֶלָּא ט' פְּסוּקִים וְאֵין מַחֲזִיר הַסֵּפֶר תּוֹרָה לִמְקוֹמוֹ אֶלָּא יוֹשֵׁב וְאוֹחֵז בְּיָדָיו עַד שֶׁקָּרְאוּ אֶת הַמְּגִילָּה וּמְבָרֵךְ עָלֶיהָ כַּאֲשֶׁר עָשָׂה בַּלַּיְלָה כִּדְפֵירֵשׁ בִּפְנִים וְאַחַר כָּךְ אוֹמֵר תְּהִלָּה וּבָא לְצִיּוֹן וְאֵין אוֹמְרִים לַמְנַצֵּחַ מִשּׁוּם דִּכְתִיב בֵּיהּ צָרָה וְצָרָה בְּפוּרִים לָא מַזְכְּרִינַן וְכֵן אֵין נוֹפְלִים עַל פְּנֵיהֶם בי"ד ובט"ו מִשּׁוּם דִּכְתִיב יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וְאוֹמֵר [(תְּהִילִּים כ״ב:א׳) לַמְנַצֵּחַ עַל אַיֶּלֶת הַשַּׁחַר] מִשּׁוּם דִּכְתִיב בֵּיהּ מַפָּלָה לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וְכֵן בְּלֵיל אַרְבָּעָה עָשָׂר וְאוֹמֵר פִּטּוּם הַקְּטֹורֶת וְכָל הַסֵּדֶר כְּמוֹ בְּחוֹל:
Décision pratique. On dit al ha-nissim dans la prière, à la bénédiction de reconnaissance. Certains ne disent pas le passage ke-chem, parce que les Sages ont dit (Berakhot 34a) que jamais un homme ne demande ses besoins ni dans les trois premières bénédictions ni dans les trois dernières ; c'est une erreur, car ce motif ne vaut que pour celui qui prie au singulier, alors que pour la communauté c'est permis. Il apparaît pourtant qu'il ne faut pas le dire, pour un autre motif : les Sages ont dit (Pessahim 117b) que tout ce qui regarde l'avenir a été institué dans les formules d'avenir, et la bénédiction de reconnaissance porte sur le passé ; c'est pourquoi on y a institué al ha-nissim, qui porte sur le passé. La nuit du 14, après la prière du soir, on dit le kaddich complet, puis on lit la Meguila ; on récite avant elle trois bénédictions et après elle une seule, jusqu'à ha-Él ha-mochia. Quand il a achevé, il se tient devant l'arche et dit ve-Ata kadoch, et l'on ne commence pas ou-va le-Tsion, parce qu'il n'y a pas de délivrance la nuit ; si c'est une issue de Chabbat, on dit vi-yehi noam auparavant. Lorsqu'il veut lire, il déploie d'abord la Meguila tout entière comme une lettre, mais il ne l'enroule pas pour lire à la manière d'un rouleau de la Torah. Le matin, il prie les dix-huit bénédictions et dit al ha-nissim dans la bénédiction de reconnaissance, sans dire ke-chem, parce que toute cette bénédiction porte sur le passé ; il n'y a donc pas à y dire une chose qui regarde l'avenir. Ensuite il dit le kaddich jusqu'à da-amiran, prend le rouleau de la Torah et fait lire trois hommes la section « et Amalec vint », bien qu'elle ne comporte que neuf versets. On ne remet pas le rouleau à sa place : on s'assied et on le tient dans les mains jusqu'à ce que l'on ait lu la Meguila, sur laquelle on récite les bénédictions comme on l'a fait la nuit, ainsi qu'il est expliqué plus haut. Ensuite on dit Tehila et ou-va le-Tsion. On ne dit pas la-menatseah, parce qu'il y est écrit le mot détresse, et à Pourim on ne mentionne pas la détresse ; de même on ne tombe pas sur la face le 14 et le 15, parce qu'il est écrit « jours de festin et de joie ». On dit « au chef des chantres, sur la biche de l'aurore » (Psaumes 22), parce qu'il y est question de la chute des idolâtres, et de même la nuit du quatorze. On dit pitoum ha-ketoret, et tout l'ordre de l'office est comme en semaine.
פּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת. דַּווְקָא בְּשַׁבָּת לְפִי שֶׁאֵין קוֹרִין הַמְּגִילָּה מִשּׁוּם גְּזֵירָה דְּרַבָּה אֲבָל בְּחוֹל א"צ שֶׁהֲרֵי קוֹרִין הַמְּגִילָּה וּטְפֵי אִיכָּא פִּרְסוּמֵי נִיסָּא:
« Lorsque Pourim tombe un Chabbat. » Précisément un Chabbat, parce que l'on n'y lit pas la Meguila, du fait du décret de Rabba ; en semaine ce n'est pas nécessaire, puisque l'on lit la Meguila et que la publication du miracle y est plus grande.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נָשִׁים חַיָּבוֹת בְּמִקְרָא מְגִלָּה, שֶׁאַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְשׁוֹן 'אַף הֵן' מוֹרֶה דְּאִיכָּא סְבָרָא לוֹמַר דְּהַנֵּס שַׁייָּךְ לַאֲנָשִׁים טְפֵי מִנָּשִׁים, וְקָשֶׁה מַאי שְׁנָא? וַהֲלֹא בְּאִגְּרוֹת נִכְתְּבוּ לְהֶדְיָא הַנָּשִׁים עִם הָאֲנָשִׁים! וּבִירוּשַׁלְמִי אִיתָא 'שֶׁאַף הֵם הָיוּ בִּסְפֵק סַכָּנָה' וְגַם עַל זֶה תִּגְדַּל הַתֵּימַהּ בְּיוֹתֵר, לָמָּה אִיכָּא סָפֵק בַּנָּשִׁים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מִדְרָשׁ (אֶסְתֵּר רַבָּה ז, יט) שֶׁאָמַר לוֹ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אֵין אֲנִי יוֹדֵעַ מִנְיָינָם? וְאָמַר לוֹ הָמָן מִסְפָּרָם מְפֹורָשׁ בְּתוֹרָתָם, (בַּמִּדְבָּר יא, כא) 'שֵׁשׁ מֵאוֹת אֶלֶף רַגְלִי' וַאֲנִי שׁוֹקֵל כְּנֶגֶד מִסְפָּר זֶה עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר כָּסֶף, וְהַמְפָרֵשׁ עָשָׂה הַחֶשְׁבּוֹן בְּכִיוּוּן שֶׁעוֹלֶה סַךְ הַשְּׁקָלִים לְמִסְפַּר שֵׁשׁ מֵאוֹת אֶלֶף עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר כֶּסֶף עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא כֵּיוָן שֶׁנָּתַן כֶּסֶף כְּנֶגֶד מִסְפָּר זֶה הָיָה אֶפְשָׁר לִתְבֹּועַ בְּעַד הַנָּשִׁים לְהַצִּילָם, כִּי מִסְפַּר הת"ר אֶלֶף הֵם הַזְּכָרִים וְלֹא הַנָּשִׁים וּלְכָךְ הָיוּ בִּסְפֵק סַכָּנָה, וְלָזֶה אָמַר אַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס כִּי בַּאֲנָשִׁים אִיכָּא רְבוּתָא טְפֵי. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַנָּשִׁים הָיוּ בִּסְפֵק סַכָּנָה דְּאֶפְשָׁר דְּאַחַר שֶׁיָּדַע הַמֶּלֶךְ דְּאֶסְתֵּר יְהוּדִית, יִהְיֶה מֻוכְרָח לְהוֹצִיא הַנָּשִׁים מִן הַגְּזֵרָה כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּהְיֶה אֶסְתֵּר שֶׁהִיא אִשָּׁה נִכְלֶלֶת בְּאוֹתָהּ גְּזֵרָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא פֶּרֶק ד' דְּתָמִיד (תָּמִיד לב.) בְּאוֹתוֹ מָחוֹז דְּהָווּ כֻּולְּהוּ נָשִׁים בִּלְבַד, כְּשֶׁבָּא אָלֶכְּסַנְדְּרוֹס מִקְּדוּן לַעֲשׂוֹת מִלְחָמָה, אָמַר לוֹ הַנָּשִׁים אַתָּה נִסְכַּלְתָּ בְּבוֹאֲךָ לַעֲשׂוֹת מִלְחָמָה עִמָּנוּ מִמַּה נַפְשָׁךְ, אִם תִּתְגַּבֵּר עֲלֵיהֶם וְתַהַרְגֵם אֵין לְךָ פְּאֵר וְשֶׁבַח בָּזֶה, כִּי יֹאמְרוּ הָעוֹלָם נָשִׁים הָרַג, וְאִם אֲנַחְנוּ נִתְגַּבֵּר וְנַהֲרֹוג אוֹתְךָ תִּהְיֶה חֶרְפָּתְךָ גְּדוֹלָה, כִּי יֹאמְרוּ הָעוֹלָם כַּמָּה גָּרוּעַ מֶלֶךְ זֶה שֶׁהַנָּשִׁים הָרְגוּ אוֹתוֹ, וְהוּא הוֹדָה לְדִבְרֵיהֶם וְקָרָא עַל עַצְמוֹ שׁוֹטֶה שֶׁלָּמַד עֵצָה מִן הַנָּשִׁים יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן כָּאן וַדַּאי בִּזְמַן הַגְּזֵרָה שֶׁהוּא י"ג בַּאֲדָר לֹא יִהְיוּ הַיְּהוּדִים כְּפוּתִים כְּצֹאן לְטַבָּח לִפְנֵי הוֹרְגֵיהֶן, אֶלָּא יִלְחֲמוּ עִם הַגּוֹיִם בַּעֲבוּר נַפְשָׁם, וַיַּעַמְדוּ כֻּולָּם לַמִּלְחָמָה אֲנָשִׁים וְנָשִׁים, וְאֶפְשָׁר שֶׁהַגּוֹיִם כְּשֶׁרוֹאִין אֶת הַנָּשִׁים מוּכָנִים וְעוֹמְדִים לְהִלָּחֵם לֹא יִגְּשׁוּ אֲלֵיהֶן לִנְגֹּועַ בָּהֶם, כִּי יֹאמְרוּ אַף עַל פִּי שֶׁנִּתְגַּבֵּר עֲלֵיהֶם וְנַהַרְגֵם מֵחֲמַת רִבּוּי אַךְ וַדַּאי גַּם הֵם הוֹרְגִים בָּהֶם, כִּי מִי זֶה יִרְצֶה לִמְסוֹר עַצְמוֹ לְטַבָּח וּבְוַדַּאי יִלָּחֵם בַּעֲבוּר נַפְשׁוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁיּוֹדֵעַ שֶׁסּוֹפוֹ לֵיהָרֵג, וְאָז חֶרְפָּה גְּדוֹלָה תִּהְיֶה לַהֲרוּגִים שֶׁבַּגּוֹיִם שֶׁיֹּאמְרוּ נָשִׁים הֲרָגוּם! וְלָכֵן יֶחְדָּלוּן מִן הַנָּשִׁים וְלֹא יִשְׁלְחוּ יָד בָּהֶם, וְנִמְצָא הָיָה עִנְייָנָם סְפֵק סַכָּנָה, כִּי אוּלַי יָחוּשׁוּ הַגּוֹיִם לִכְבוֹד עַצְמָן וְלֹא יִשְׁלְחוּ יָד בַּנָּשִׁים, וְלָכֵן אָמַר לָשׁוֹן זֶה שֶׁאַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס, וּלְכָךְ בַּיְּרוּשַׁלְמִי אָמַר שֶׁהָיוּ בִּסְפֵק סַכָּנָה. וְהִנֵּה הַתּוֹסָפוֹת הֱבִיאוֹ מֵרַשְׁבָּ"ם זַ"ל, מַה שֶׁאָמַר 'אַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס' לְפִי שֶׁעִיקַּר הַנֵּס הָיָה עַל יְדֵי אֶסְתֵּר. וְהִקְשׁוּ לְשׁוֹן 'אַף הֵן' מַשְׁמַע שֶׁהָיוּ טְפֵילוֹת? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַשְׁבָּ"ם מְפָרֵשׁ מַאֲמָר בְּאוֹתוֹ הַנֵּס הַייְנוּ נֵס יוֹם הַמִּלְחָמָה, שֶׁלַּחְמוֹ יִשְׂרָאֵל בְּאוֹיְבֵיהֶם יוֹם י"ג אֲדָר וְלֹא נִפְקַד מֵהֶם אִישׁ כִּי נָפַל פַּחְדָּם עַל הַכֹּל, וּבַעֲבוּר נֵס זֶה קוֹרִין הַמְּגִילָּה לְפַרְסֵם הַנֵּס הַזֶּה. אַךְ קַשְׁיָא לֵיהּ אִם כֵּן הַנָּשִׁים דְּלָא עָשׂוּ מִלְחָמָה בְּאוֹתוֹ יוֹם לָמָּה יִהְיוּ חַיָּיבוֹת בְּמִקְרָא מְגִילָּה שֶׁנִּתְקַן בַּעֲבוּר נֵס זֶה דְּיוֹם הַמִּלְחָמָה, לְכָךְ מְפָרֵשׁ עִיקַּר הַנֵּס שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁנָּפַל פַּחְדָּם עַל הַכֹּל וְלֹא נִפְקַד מֵהֶם אִישׁ, הָיָה בַּעֲבוּר אֶסְתֵּר שֶׁהָיְתָה מַלְכָּה וּבְעִבּוּרָהּ נָפַל פַּחַד הַיְּהוּדִים אוֹתוֹ הַיּוֹם עַל כֻּולָּם, וְלֹא נֶהֱרַג אֶחָד מֵהֶם בַּמִּלְחָמָה, וְנִמְצָא שֶׁיֵּשׁ שַׁייָּכוּת לְאֶסְתֵּר בְּאוֹתוֹ הַנֵּס שֶׁל יוֹם הַמִּלְחָמָה אֲשֶׁר קוֹרִין הַמְּגִילָּה בַּעֲבוּרוֹ, וּמֵאַחַר דְּאֶסְתֵּר הִיא אִשָּׁה לְכָךְ גַּם הַנָּשִׁים יֵשׁ לָהֶם שַׁייָּכוּת בְּאוֹתוֹ הַנֵּס שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נִלְחֲמוּ וְלֹא יָצְאוּ מִפֶּתַח הַבַּיִת, וְלָכֵן חַיָּיבִין גַּם הֵם בְּמִקְרָא מְגִילָּה שֶׁנִּתְקַן בַּעֲבוּר הַנֵּס שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁל הַמִּלְחָמָה.
« Les femmes sont tenues à la lecture de la Meguila, car elles aussi furent dans ce miracle. » Il y a lieu d'objecter : l'expression « elles aussi » indique qu'il existait un raisonnement pour dire que le miracle concerne les hommes plus que les femmes ; or en quoi diffèrent-elles ? Les femmes furent écrites explicitement avec les hommes dans les lettres ! Et dans le Yerouchalmi il est dit « car elles aussi furent dans le doute du danger », ce qui rend l'étonnement plus grand encore : pourquoi y aurait-il eu un doute quant aux femmes ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres de mémoire bénie ont dit dans le midrach (Esther Rabba 7,19) qu'Assuérus lui dit : je ne connais pas leur nombre ; Haman lui répondit : leur nombre est explicite dans leur Torah, « six cent mille hommes de pied » (Nombres 11,21), et je pèse en face de ce nombre dix mille talents d'argent. Le commentateur a fait le calcul avec précision : le total des chekels correspond au nombre de six cent mille, soit dix mille talents d'argent, vois cela. Il en ressort que, puisqu'il donna de l'argent en face de ce nombre, il était possible de réclamer pour les femmes de les sauver, car le nombre de six cent mille désigne les mâles et non les femmes ; c'est pourquoi elles étaient dans un doute de danger. Voilà pourquoi il est dit « elles aussi furent dans ce miracle » : chez les hommes la chose est plus forte. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les femmes étaient dans un doute de danger, car il était possible qu'après que le roi eut appris qu'Esther était juive, il fut contraint de faire sortir les femmes du décret, afin qu'Esther, qui est une femme, ne fût pas incluse dans ce décret. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il est rapporté au quatrième chapitre de Tamid (32a) que, dans cette province où il n'y avait que des femmes, lorsque Alexandre de Macédoine vint faire la guerre, les femmes lui dirent : tu t'es montré insensé en venant nous faire la guerre ; de deux choses l'une : si tu l'emportes sur nous et que tu nous tues, tu n'auras en cela ni gloire ni louange, car le monde dira qu'il a tué des femmes ; et si nous l'emportons et que nous te tuons, ta honte sera grande, car le monde dira : combien est méprisable ce roi, que des femmes ont tué. Il reconnut leurs paroles et s'appliqua à lui-même : insensé, qui a appris le conseil auprès des femmes, vois cela. Ici donc, au temps du décret, le treize Adar, les Juifs n'allaient certainement pas rester liés comme des brebis à l'abattoir devant ceux qui les tuaient ; ils combattraient les nations pour leur vie, et tous se tiendraient au combat, hommes et femmes. Il est possible que les nations, voyant les femmes prêtes et debout pour combattre, ne s'approchent pas d'elles pour les toucher, car elles diraient : même si nous l'emportons sur elles et que nous les tuions par le nombre, elles aussi tueront certainement des nôtres, car qui voudrait se livrer à l'abattoir ? Chacune combattra pour sa vie, même en sachant qu'elle finira tuée ; et alors une grande honte s'attacherait aux tués des nations, dont on dirait : des femmes les ont tués. Elles s'abstiendraient donc des femmes et ne porteraient pas la main sur elles. Il se trouve que leur situation était un doute de danger, car peut-être les nations auraient égard à leur propre honneur et ne porteraient pas la main sur les femmes ; c'est pourquoi il a employé cette expression, « elles aussi furent dans ce miracle », et c'est pourquoi le Yerouchalmi dit qu'elles étaient dans un doute de danger. Et voici que les Tossefot ont rapporté au nom du Rachbam de mémoire bénie que, s'il est dit « elles aussi furent dans ce miracle », c'est parce que le miracle vint essentiellement par Esther ; ils ont objecté que l'expression « elles aussi » indique qu'elles sont secondaires, vois cela. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Rachbam explique l'expression « dans ce miracle » du miracle du jour de la guerre, lorsque Israël combattit ses ennemis le treize Adar et qu'aucun d'eux ne manqua, car leur crainte tomba sur tous ; c'est pour ce miracle que l'on lit la Meguila, afin de le publier. Mais il lui était difficile : s'il en est ainsi, pourquoi les femmes, qui n'ont pas fait la guerre ce jour-là, seraient-elles tenues à la lecture de la Meguila instituée pour ce miracle du jour de la guerre ? Il explique donc que le fond du miracle de ce jour — que leur crainte tomba sur tous et qu'aucun d'eux ne manqua — advint par Esther, qui était reine : c'est par elle que la crainte des Juifs tomba ce jour-là sur tous, et qu'aucun d'eux ne fut tué au combat. Il se trouve qu'Esther a part au miracle du jour de la guerre pour lequel on lit la Meguila ; et puisqu'Esther est une femme, les femmes aussi ont part au miracle de ce jour, même si elles n'ont pas combattu et ne sont pas sorties de la porte de la maison. C'est pourquoi elles aussi sont tenues à la lecture de la Meguila, instituée pour le miracle de ce jour de la guerre.
⚖️ Rosh (3)
אָמַר רִיבָּ"ל נָשִׁים חַיָּיבוֹת בְּמִקְרָא מְגִילָּה שֶׁאַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס. לְשׁוֹן מִקְרָא מְגִילָּה מַשְׁמַע שֶׁיְּכוֹלוֹת נָשִׁים לִקְרוֹתָהּ וּלְהוֹצִיא אֲנָשִׁים יְדֵי חוֹבָתָן וְאָמְרִי' נָמֵי בְּרֵישׁ עֲרָכִין הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה הַכֹּל לְאֵתוֹיֵי מַאי לְאֵתוֹיֵי נָשִׁים מַשְׁמַע שֶׁמַּרְבֶּה נָשִׁים אַף לִקְרוֹתָהּ וּלְהוֹצִיא אֲנָשִׁים וְכֵן פרש"י הָתָם. וּבַעַל הַהֲלָכוֹת פָּסַק שֶׁהַנָּשִׁים אֵינָן חַיָּיבוֹת אֶלָּא בִּשְׁמִיעָה אֲבָל קְרִיאָתָהּ אֵינָהּ מוֹצִיאָה אֲנָשִׁים יְדֵי חוֹבָתָן שֶׁחַיָּיבִין בִּקְרִיאָה עַד שֶׁיִּשְׁמְעוּ מִפִּי אֲנָשִׁים הַמְחֻוייָּבִין בִּקְרִיאָה כְּמוֹתָן וְאֵין שְׁמִיעָתָן מִנָּשִׁים חֲשׁוּבָה כְּאִלּוּ הֵן עַצְמָן קוֹרִין וְהֵבִיא רְאָיָה מִן הַתּוֹסֶפְתָּא (פֶּרֶק ב) דְּקָתָנֵי הַכֹּל חַיָּיבִין בִּקְרִיאַת מְגִילָּה וְכוּ' וּמוֹצִיאִין רַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס חַייָּבִין וְאֵינָם מוֹצִיאִין אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן אַנְדְּרוֹגִינוֹס מוֹצִיא אֶת מִינוֹ וְאֵינוֹ מוֹצִיא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ טֻומְטוּם לֹא מוֹצִיא לֹא אֶת מִינוֹ וְלֹא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין אֵינוֹ מוֹצִיא לֹא אֶת מִינוֹ וְלֹא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִין מִמִּקְרָא מְגִילָּה וְאֵין מוֹצִיאִין רַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן עכ"ל הַתּוֹסֶפְתָּא וְהוֹסִיף בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת אֶלָּא שֶׁחַיָּיבוֹת בִּשְׁמִיעָה לְמַה שֶׁהָיוּ הַכֹּל בְּסָפֵק לְהַשְׁמִיד לַהֲרֹוג וּלְאַבֵּד וְהוֹאִיל וְהַכֹּל הָיוּ בְּסָפֵק הַכֹּל (הָיוּ) חַייָּבִין בִּשְׁמִיעָה. יְרוּשַׁלְמִי (פ"ב הֲלָכָה ד) ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי הֲוָה מְכַנַּשׁ כָּל אֱנָשֵׁי בֵיתוֹ וְקוֹרֵא לִפְנֵיהֶם מְגִילַּת אֶסְתֵּר וְרַבִּי יוֹנָה אַבֹּוהַּ דְּרַבִּי מָנָא הָיָה מִתְכַּוֵּין לִקְרוֹתָהּ לִפְנֵי הַנָּשִׁים שֶׁבְּבֵיתוֹ שֶׁהַכֹּל הָיוּ בְּסָפֵק וְהַכֹּל חַייָּבִים בִּשְׁמִיעָה וְצָרִיךְ לְתָרֵץ לְפִי ה"ג וְתוֹסֶפְתָּא הָא דְּאָמַר בַּעֲרָכִין הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת לַאֲתוּיֵי נָשִׁים לֹא שֶׁיּוֹצִיאוּ אֲנָשִׁים בִּקְרִיאָתָן אֶלָּא דַּוְקָא נָשִׁים דְּלָא תֵּימָא אַף נָשִׁים אֵינָן יוֹצְאוֹת אֶלָּא בִּקְרִיאָה חֲשׁוּבָה שֶׁל אֲנָשִׁים קָא מַשְׁמָע לַן שֶׁהָאִשָּׁה מוֹצִיאָה חֲבִירְתֵּהּ:
« Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : les femmes sont tenues à la lecture de la Meguila, car elles aussi furent dans ce miracle. » L'expression « lecture de la Meguila » indique que les femmes peuvent la lire et acquitter les hommes de leur obligation. Nous disons aussi au début de Arakhin : « tous sont aptes à lire la Meguila » — « tous », qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure les femmes ; ce qui indique qu'il inclut les femmes même pour la lire et acquitter les hommes, et c'est ainsi que Rachi a expliqué là-bas. Mais le Baal ha-Halakhot a tranché que les femmes ne sont tenues qu'à l'écoute, et que leur lecture n'acquitte pas les hommes de leur obligation : ceux-ci sont tenus à la lecture, et ils ne s'acquittent qu'en entendant de la bouche d'hommes tenus à la lecture comme eux ; leur écoute auprès de femmes n'est pas comptée comme s'ils lisaient eux-mêmes. Il a apporté une preuve de la Tossefta (chapitre 2), où il est enseigné : tous sont tenus à la lecture de la Meguila, etc., et ils acquittent le public de son obligation ; le toumtoum et l'androgyne y sont tenus et n'acquittent pas le public de son obligation ; l'androgyne acquitte son semblable et n'acquitte pas celui qui n'est pas son semblable ; le toumtoum n'acquitte ni son semblable ni celui qui n'est pas son semblable ; celui qui est à demi esclave et à demi homme libre n'acquitte ni son semblable ni celui qui n'est pas son semblable ; les femmes, les esclaves et les mineurs sont exemptés de la lecture de la Meguila et n'acquittent pas le public de son obligation — fin de la citation de la Tossefta. Les Halakhot Guedolot ont ajouté : elles sont cependant tenues à l'écoute, parce que tous furent dans le doute de « détruire, tuer et faire périr » ; et puisque tous furent dans ce doute, tous sont tenus à l'écoute. Yerouchalmi (chapitre 2, halakha 4) : Rabbi Yehochoua ben Levi réunissait tous les gens de sa maison et lisait devant eux la Meguilat Esther ; et Rabbi Yona, père de Rabbi Mana, avait soin de la lire devant les femmes de sa maison, car tous furent dans le doute et tous sont tenus à l'écoute. Il faut donc, selon les Halakhot Guedolot et la Tossefta, expliquer ainsi ce qui est dit dans Arakhin, « tous sont aptes à lire, pour inclure les femmes » : non qu'elles acquittent les hommes par leur lecture, mais précisément les femmes — tu aurais pu dire que les femmes elles-mêmes ne s'acquittent que par la lecture qualifiée des hommes ; il nous apprend que la femme acquitte sa compagne.
וְאָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ ב"ל פּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת פִּי' חֲמִשָּׁה עָשָׂר שֶׁל כְּרַכִּים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת שׁוֹאֲלִין () וְדוֹרְשִׁין בְּעִנְיָנוֹ שֶׁל יוֹם הִלְכוֹת פּוּרִים כִּדְאָמְרִינַן דּוֹרְשִׁין הִלְכוֹת הַפֶּסַח בַּפֶּסַח הִלְכוֹת עֲצֶרֶת בָּעֲצֶרֶת וַהֲלָכוֹת הֶחָג בְּחַג אֲבָל מִקְרָא מְגִילָּה בְּשַׁבָּת לָא קָרִינַן מַאי טַעְמָא דְּאָמַר רַבָּה הַכֹּל חַיָּיבִין בְּמִקְרָא מְגִילָּה וְאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בְּמִקְרָא מְגִילָּה גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִטְּלֶנָּה וְיֵלֵךְ אֵצֶל בָּקִי לִלְמוֹד וְיַעֲבִירֶנָּה ד' אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וְהַיְינוּ טַעְמָא דְלוּלָב וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּשׁוֹפָר:
« Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : lorsque Pourim tombe un Chabbat. » C'est-à-dire le quinze des villes murées qui tombe un Chabbat : on pose des questions et l'on expose le sujet du jour, les lois de Pourim, comme nous le disons — on expose les lois de Pessa'h à Pessa'h, les lois de Atseret à Atseret et les lois de la fête à la fête. Mais la lecture de la Meguila, on ne la lit pas le Chabbat. Quelle en est la raison ? Rabba a dit : tous sont tenus à la lecture de la Meguila et tous ne sont pas experts en cette lecture ; c'est un décret, de crainte que l'on ne la prenne pour aller chez un homme expert afin d'apprendre, et qu'on ne la transporte sur quatre coudées dans le domaine public. Telle est la raison du loulav, et telle est la raison du chofar.
וְאָמַר ר"י בֶּן לֵוִי חַייָּב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים כ״ב:ג׳) אֱ-לֹהַי אֶקְרָא יוֹמָם וְלֹא תַעֲנֶה וְלַיְלָה וְלֹא דוּמִיָּה לִי. הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל אַף עַל פִּי שֶׁבֵּירֵךְ זְמַן בַּלַּיְלָה חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ זְמַן אַף בַּיּוֹם דְּעִיקַּר קְרִיאָתָהּ הָוֵי בַּיּוֹם יוֹתֵר מִבְּלִילָה דְּהָכִי מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּקְרָא אֶקְרָא יוֹמָם אע"פ שֶׁלַּיְלָה לֹא דּוּמִיָּה לִי וְקָרָאתִי בַּלַּיְלָה בַּיּוֹם תְּהֵא עִיקַּר הַקְּרִיאָה וְגַם עִיקַּר פִּרְסוּמֵי נִיסָּא הוּא בַּיּוֹם בִּזְמַן מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת וּתְנַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כ:) כָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה קָתָנֵי וְכָל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לִקְרִיאַת מְגִילָּה לָא קָתָנֵי לְפִי שֶׁאֵינָהּ עִיקַּר קְרִיאָה בַּלַּיְלָה וְקָתָנֵי נָמֵי (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף כ.) אֵין קוֹרְאִין אֶת הַמְּגִילָּה וְלֹא מוֹהֲלִין וְלֹא טוֹבְלִין אֶלָּא בַּיּוֹם וּמְפָרֵשׁ בגמ' מִנָּלַן דִּכְתִיב וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה בַּיּוֹם אִין בַּלַּיְלָה לָא לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי כִּי קָתָנֵי אַדְּיוֹם וּמִיהוּ מִדְּקָתָנֵי מִקְרָא מְגִילָּה בַּהֲדַייְהוּ שְׁמַע מִינָּה דְּעִיקַּר מִקְרָא מְגִילָּה הָוֵי בִּימָמָא וְעוֹד מִדְּאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כא:) מַאי מְבָרֵךְ מנ"ח וְלָא קָאָמַר בַּלַּיְלָה מְבָרֵךְ מנ"ח וּבַיּוֹם מ"נ כִּדְקָאָמַר גַּבֵּי נֵר חֲנֻוכָּה יוֹמָא קַמָּא מְבָרֵךְ ננ"ח וְכוּ' אַלְמָא מַשְׁמַע דמנ"ח מְבָרֵךְ בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה וְעוֹד שֶׁבְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁהָיוּ מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה מִסְּתָמָא בַּיּוֹם הָיוּ בָּאִים לִשְׁמֹועַ אֶת הַמְּגִילָּה כְּשֶׁבָּאִין לִשְׁמֹועַ קְרִיאַת הַתּוֹרָה אַלְמָא שֶׁעִיקַּר קְרִיאָתָהּ בַּיּוֹם ואע"ג דַּהֲוָה סָלְקָא דַּעְתָּא לְמִיתְנְייֵהּ מַתְנִיתִין דִּידֵיהּ בִּימָמָא מ"מ לָא מִיתּוֹקַם הָכִי: אָמַר רַב מְגִילָּה בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא). בַּעֲשָׂרָה פרש"י שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן בְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁמַּקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה ואע"ג דְּבִימֵי רַב לֵיכָּא לְהַךְ הַקְדָּמָה דְּאֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ פְּלֻוגְתָּא דִּזְמַנָּהּ אַשְׁמוֹעִינַן דְּבִזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְרַב אַסִּי אָמַר בֵּין בִּזְמַנָּהּ וּבֵין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא) בַּעֲשָׂרָה וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן שֶׁחָל אַרְבָּעָה עָשָׂר לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת לִבְנֵי עֲיָירוֹת וט"ו לִבְנֵי כְּרַכִּין שֶׁמַּקְדִּימִין וְקוֹרִין בע"ש לִבְנֵי כְּרַכִּין הֲוָה עוּבְדָא וְחָשׁ לָהּ רַב %לְהָא דְּרַב אַסִּי ואע"ג דְּחָשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי קי"ל כְּרַב דְּהָא ר' יוֹחָנָן קָאֵי כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף יט:) הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים לֹא יָצָא וְלָא אֲמָרָן אֶלָּא בְּצִבּוּר מִכְּלָל דִּבְיָחִיד יָצָא וְשָׁמְעִינַן מֵהָא דְּקוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד כְּרַב דְּאָמַר בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְכֵן פָּסַק רַבֵּינוּ תָּם וּבְסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק כְּרַב אַסִּי מִדְּחַשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי וְכֵן מִסְתַּבֵּר וְהָא דְּר' יוֹחָנָן אֵינָהּ רְאָיָה דְּאַף לְרַב אַסִּי קְרִיאָה בְּיָחִיד כִּדְפֵי' רַשִׁ"י דְּמִצְוָה לַחֲזֹור אַחַר עֲשָׂרָה וְאִם לֹא מָצָא עֲשָׂרָה אֵינוֹ פָּטוּר מִקְּרִיאָה אֶלָּא קוֹרֵא בְּיָחִיד:
« Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : l'homme est tenu de lire la Meguila la nuit et de la répéter le jour, ainsi qu'il est dit (Psaumes 22,3) : mon D.ieu, j'appelle le jour et Tu ne réponds pas, et la nuit, et point de repos pour moi. » Rabbenou Tam de mémoire bénie disait : bien que l'on ait récité chehehiyanou la nuit, on la récite de nouveau le jour, car la lecture principale est celle du jour plus que celle de la nuit. C'est ce qu'indique le langage du verset : j'appelle le jour, et bien que la nuit il n'y ait pas de repos pour moi et que j'aie lu la nuit, c'est le jour que se tiendra la lecture principale. La publication du miracle tient elle aussi principalement au jour, au temps du festin, de la joie, des dons aux pauvres et de l'envoi de parts. Nous avons appris plus loin (20b) : « tout le jour est apte à la lecture de la Meguila » ; on n'enseigne pas « toute la nuit est apte à la lecture de la Meguila », parce que la lecture de la nuit n'est pas la lecture principale. On enseigne encore (20à) : « on ne lit la Meguila, on ne circoncit et on ne fait la tevila que de jour » ; la Guemara explique : d'où le tenons-nous ? De ce qu'il est écrit « et ces jours-là » — de jour oui, de nuit non. Dirons-nous que cela contredit Rabbi Yehochoua ben Levi, etc. ? Et l'on répond : ce qui est enseigné l'est quant au jour. Toujours est-il que, du fait que la lecture de la Meguila est enseignée parmi ces actes, apprends-en que la lecture principale de la Meguila est de jour. En outre, nous disons plus loin (21b) : quelles bénédictions récite-t-on ? Mem-noun-het. Et il n'est pas dit : la nuit on récite mem-noun-het et le jour mem-noun, comme il est dit à propos de la lampe de 'Hanouka — le premier jour on récite noun-noun-het, etc. Il en ressort que l'on récite mem-noun-het le jour comme la nuit. En outre, les gens des villages, qui avançaient au jour du rassemblement, venaient vraisemblablement de jour entendre la Meguila, lorsqu'ils venaient entendre la lecture de la Torah : preuve que la lecture principale est de jour. Et bien qu'on ait pu penser d'abord étudier de jour la michna qui s'y rapporte, cela ne tient pas. Rav a dit : la Meguila, en son temps, on la lit même seul ; hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. Rachi a expliqué : hors de son temps, par exemple les gens des villages qui avancent au jour du rassemblement ; et bien qu'aux jours de Rav cette anticipation n'existât plus, puisqu'on ne la lit qu'en son temps, il nous enseigne la distinction des temps, à savoir qu'en son temps on la lit seul. Rav Assi dit : en son temps comme hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. Et certains expliquent « hors de son temps » : par exemple lorsque le quatorze tombe un Chabbat pour les gens des villes ouvertes, et le quinze pour les gens des villes murées, qui avancent et lisent la veille de Chabbat. Pour les gens des villes murées il y eut un cas, et Rav prit en compte l'avis de Rav Assi. Et bien que Rav ait pris en compte l'avis de Rav Assi, nous tenons la loi comme Rav, car Rabbi Yo'hanan se tient avec lui : Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan (19b) que celui qui lit dans une Meguila écrite parmi les Ketouvim ne s'est pas acquitté, et nous n'avons dit cela que pour le public — d'où il ressort que seul on s'acquitte ; nous apprenons de là qu'on la lit seul, comme Rav qui dit qu'en son temps on la lit seul. Ainsi a tranché Rabbenou Tam. Dans le Seder de Rav Amram il a été tranché comme Rav Assi, du fait que Rav a pris en compte son avis, et cela paraît juste ; la parole de Rabbi Yo'hanan n'est pas une preuve, car même selon Rav Assi il existe une lecture faite seul, comme Rachi l'a expliqué : il y a mitsva de rechercher dix, et si l'on n'a pas trouvé dix on n'est pas exempté de la lecture, mais on lit seul.
💡 Explication

Deux paroles successives du même maître. La première fonde l'obligation des femmes sur le principe af hen hayou be-oto ha-nés, « elles aussi furent dans ce miracle », principe que l'on retrouve pour les quatre coupes de Pessa'h et pour la lampe de 'Hanouka. Le sens exact de af hen fait discussion : participation active au miracle, selon le Rachbam, ou inclusion dans le même danger, selon les Tossefot.

Une seconde question, indépendante, porte sur l'étendue de cette obligation. Le texte dit mikra meguila, la lecture, ce qui suggère que la femme lit comme l'homme et peut donc acquitter autrui ; les Halakhot Guedolot, appuyées sur la Tossefta et suivies par le Roch, limitent son obligation à l'écoute.

La seconde parole vise le 15 Adar des villes murées, seul cas où Pourim peut tomber un Chabbat dans le calendrier fixé. On n'y lit pas la Meguila, mais on tient le cours sur les lois du jour.

6
מַאי אִרְיָא פּוּרִים? אֲפִילּוּ יוֹם טוֹב נָמֵי! דְּתַנְיָא: מֹשֶׁה תִּיקֵּן לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיְּהוּ שׁוֹאֲלִין וְדוֹרְשִׁין בְּעִנְיָנוֹ שֶׁל יוֹם: הִלְכוֹת פֶּסַח בְּפֶסַח, הִלְכוֹת עֲצֶרֶת בַּעֲצֶרֶת, וְהִלְכוֹת חַג בֶּחָג!

Pourquoi parler précisément de Pourim ? Il en va de même d'un jour de fête !

Car il a été enseigné : Moche a institué pour Israël que l'on pose des questions et que l'on expose le sujet du jour — les lois de Pessa'h à Pessa'h, les lois de Atseret à Atseret, et les lois de la fête à la fête !

🗂️ Tossefot (1)
מַאי אִירְיָא פּוּרִים אֲפִילּוּ י"ט נָמֵי. נִרְאֶה לִי דה"פ מַאי אִירְיָא פּוּרִים דְּאֵין דּוֹרְשִׁין בּוֹ מִקֹּודֶם לָכֵן שְׁלֹשִׁים יוֹם דְּמִשּׁוּם הָכִי לִידְרֹושׁ בּוֹ בַּיּוֹם אֲפִילּוּ בי"ט דְּדָרְשִׁינַן שְׁלֹשִׁים יוֹם לְפָנָיו וַאֲפִילּוּ הָכֵי דּוֹרְשִׁין בּוֹ בַּיּוֹם כִּדְתַנְיָא (לְקַמָּן מְגִילָּה לב.) וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶת מֹועֲדֵי ה' וְכוּ':
« Pourquoi parler précisément de Pourim ? Il en va de même d'un jour de fête. » Il me semble que l'explication est la suivante : pourquoi parler précisément de Pourim, dont on n'expose pas les lois trente jours à l'avance, de sorte qu'il faudrait bien les exposer le jour même ? Même un jour de fête, dont on expose les lois trente jours avant, on les expose encore le jour même, comme il est enseigné plus loin (32a) : « et Moche dit aux enfants d'Israël les fêtes de Hachem », etc.
💡 Explication

L'objection porte sur l'utilité de la parole. La règle d'exposer les lois du jour en son jour remonte à Moche et couvre toutes les fêtes ; énoncer Pourim en particulier semble donc superflu.

7
פּוּרִים אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ, מַהוּ דְתֵימָא: נִגְזוֹר מִשּׁוּם דְּרַבָּה, קָא מַשְׁמָע לַן.

Pourim lui était nécessaire : tu aurais pu dire que l'on décrète par crainte du motif de Rabba — il nous apprend qu'il n'en va pas ainsi.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם דְּרַבָּה דְּגָזַר לְקַמָּן בִּקְרִיאַת מְגִילָּה שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנָּה אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים אַף כָּאן גָּזְרוּ דְּרָשָׁה אַטּוּ קַרְיָיה:
« Du fait du motif de Rabba. » Il décrète plus loin, à propos de la lecture de la Meguila, de crainte qu'on ne la transporte sur quatre coudées dans le domaine public ; ici aussi tu aurais pu croire que l'on décrète l'interdit du cours à cause de la lecture.
💡 Explication

La réponse désigne le décret de Rabba : on ne lit pas la Meguila un Chabbat, de crainte qu'un homme peu exercé ne la porte chez un maître et ne la transporte sur quatre coudées dans le domaine public. On aurait pu étendre cette crainte au cours public sur les lois du jour, en interdisant le dracha à cause de la lecture.

Rabbi Yehochoua ben Levi écarte cette extension : l'étude des lois de Pourim reste permise ce Chabbat-là, et c'est pour cela que sa parole ajoute quelque chose à la règle générale de Moche.

🖼️ Schéma
Pourquoi Pourim devait être mentionné à part Hava amina : étendre le décret de Rabba On ne lit pas la Meguila le Chabbat, de crainte qu'un homme la porte chez un expert et la transporte sur quatre coudées dans le domaine public. Maskana : le cours reste permis Le décret porte sur la lecture, non sur l'étude des lois du jour, qui ne fait rien porter. On ne décrète pas le cours à cause de la lecture. Pourquoi la règle générale ne suffisait pas Moche a institué que l'on expose les lois de chaque fête en son jour : Pessa'h, Atseret, Souccot. Pour les fêtes, on expose déjà trente jours avant, et l'on expose encore le jour même. Pourim n'a pas ces trente jours, et le décret de Rabba menaçait son cours : il fallait donc le dire.
L'apport propre de la parole sur Pourim : ce que la règle générale des fêtes ne couvrait pas.
8
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: חַיָּיב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֱ-לֹהַי אֶקְרָא יוֹמָם וְלֹא תַעֲנֶה וְלַיְלָה וְלֹא דוּמִיָּה לִי״.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : l'homme est tenu de lire la Meguila la nuit et de la répéter le jour, ainsi qu'il est dit : « mon D.ieu, j'appelle le jour et Tu ne réponds pas, et la nuit, et point de repos pour moi ».

📜 Rachi (2)
וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם זֵכֶר לְנֵס שֶׁהָיוּ זוֹעֲקִין בִּימֵי צָרָתָן יוֹם וָלַיְלָה:
« Et de la répéter le jour. » En souvenir du miracle : ils criaient, aux jours de leur détresse, jour et nuit.
אֶקְרָא בְּמִזְמוֹר לַמְנַצֵּחַ עַל אַיֶּלֶת הַשַּׁחַר הוּא שֶׁנֶּאֱמַר עַל אֶסְתֵּר כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא (דַּף כט.) לָמָּה נִמְשְׁלָה אֶסְתֵּר כְּאַיֶּלֶת כו':
« J'appelle. » Ce mot figure dans le psaume « au chef des chantres, sur la biche de l'aurore », qui fut dit sur Esther, comme nous le disons au traité Yoma 29a : pourquoi Esther a-t-elle été comparée à une biche, etc.
🗂️ Tossefot (1)
חַייָּב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם. אוֹמֵר רִ"י דְּאַף עַל גַּב דִּמְבָרֵךְ זְמַן בַּלַּיְלָה חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ אוֹתוֹ בַּיּוֹם דְּעִיקַּר פִּרְסוּמֵי נִיסָּא הָוֵי בִּקְרִיאָה דִּימָמָא וּקְרָא נָמֵי מַשְׁמַע כֵּן דִּכְתִיב וְלַיְלָה וְלֹא דוּמִיָּה לִי כְּלוֹמַר אַף עַל גַּב שֶׁקּוֹרֵא בַּיּוֹם חַיָּיב לִקְרוֹת בַּלַּיְלָה וְהָעִיקָּר הָוֵי בִּימָמָא כֵּיוָן שֶׁהִזְכִּירוֹ הַכָּתוּב תְּחִילָּה וְגַם עִיקַּר הַסְּעוּדָה בִּימָמָא הוּא כִּדְאָמַר לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ז:) דְּאִם אָכְלָה בַּלַּיְלָה לֹא יָצָא י"ח וְהָכֵי נָמֵי מַשְׁמַע מִדִּכְתִיב נִזְכָּרִים וְנַעֲשִׂים וְאִיתַּקַּשׁ זְכִירָה לַעֲשִׂיָּיה מָה עִיקַּר עֲשִׂייָּה בִּימָמָא אַף זְכִירָה כֵּן:
« L'homme est tenu de lire la Meguila la nuit et de la répéter le jour. » Le Ri dit que, bien que l'on récite chehehiyanou la nuit, on la récite de nouveau le jour, car la publication du miracle tient principalement à la lecture du jour. Le verset l'indique aussi, puisqu'il est écrit « et la nuit, et point de repos pour moi », c'est-à-dire : bien que l'on lise le jour, on est tenu de lire la nuit, et l'essentiel est le jour, puisque l'Écriture l'a mentionné en premier. De même le repas de fête tient principalement au jour, comme il est dit plus loin (7b) : s'il l'a pris la nuit, il ne s'est pas acquitté de son obligation. C'est encore ce qui ressort de « rappelés et accomplis » : le rappel est rapproché de l'accomplissement — de même que l'accomplissement tient principalement au jour, ainsi le rappel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
חַיָּב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִלָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים כב ג) 'אֱלֹקַי אֶקְרָא יוֹמָם וְלֹא תַעֲנֶה וְלַיְלָה וְלֹא דוּמִיָּה לִי'. הָא דְּנֹחַ עֻולָּא מִפָּסוּק 'אֱלֹקַי אַקְּרָא' דְּיָלֵיף מִינֵּיהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, מִשּׁוּם דְּהָתָם פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא אַייְרֵי דְּאֶסְתֵּר אוֹמֶרֶת כֵּן בְּעֵת צָרָה קֹודֶם שֶׁנַּעֲשָׂה הַנֵּס דְּהַמִּזְמוֹר אַיְירֵי בִּזְמַן הַצָּרָה קֹודֶם שֶׁנַּעֲשָׂה הַנֵּס דִּכְתִיב בְּרֵישָׁא (תְּהִלִּים כב, ב) קֵלִי קֵלִי לָמָה עֲזַבְתָּנִי וְכוּ' וְרַק דֶּרֶךְ דְּרָשׁ דְּרֵישׁ לֵיהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי עַל מִקְרָא מְגִילָּה שֶׁנּוֹדֶרֶת אֶסְתֵּר בְּעֵת צָרָה דְּאַחַר הַנֵּס יִקְרְאוּ הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וּבַיּוֹם, לָכֵן הֵבִיא עֻולָּא הוֹכָחָה וְרָמַז לָזֶה מִפָּסוּק (תְּהִלִּים ל, יג) 'לְמַעַן יְזַמֶּרְךָ כָבוֹד וְלֹא יָדָם' דִּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא אַייְרֵי בְּהוֹדָאָה וְשֶׁבַח שֶׁמְּזַמֵּר לִפְנֵי הקב"ה אַחַר שֶׁעָשָׂה הַנֵּס דְּאָמְרוּ בַּפְּסִיקְתָּא מִזְמוֹר זֶה נֶאֱמַר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ עַל הַנֵּס שֶׁהָיָה בִּזְמַן מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר. וְהָא דְּדָרֵישׁ 'יְזַמֶּרְךָ כָּבוֹד' עַל קְרִיאַת הַיּוֹם 'וְלֹא יָדָם' עַל קְרִיאַת הַלַּיְלָה אַף עַל גַּב דְּלַיְלָה אָתֵי קֹודֶם הַיּוֹם? נִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דְּבַיּוֹם הָוֵי פִּרְסוּם הַנֵּס טְפֵי מִקְּרִיאָה שֶׁל הַלַּיְלָה, כִּי כָּל דָּבָר הַנַּעֲשֶׂה בַּיּוֹם יֵשׁ לוֹ פִּרְסוּם יוֹתֵר, וְנִמְצָא יֵשׁ כְּבוֹד שָׁמַיִם בַּיּוֹם בְּפִרְסוּם הַנֵּס טְפֵי מִלַּיְלָה, לְכָךְ הִקְדִּים קְרִיאָה שֶׁל יוֹם. וְנִרְאֶה לִי עוֹד הִקְדִּים הַיּוֹם לִרְמֹוז דְּחִיּוּב הַיּוֹם יוֹתֵר מִן הַלַּיְלָה. וְנִרְאֶה לִרְמֹוז בס"ד ' כָּבוֹד ' [32] גֵּימַטְרְיָא ל"ב וְעִם מִסְפַּר נְקֻודּוֹת קמ"ץ וחול"ם שֶׁהֵם כ"ו הֲרֵי נ"ח וְעִם הַכּוֹלֵל הוּא נ"ט כְּמִנְיַן ' יוֹם ' עִם הָאוֹתִיּוֹת [59] , גַּם ' יָדָם ' כְּתִיב בְּלֹא וָא"ו מִסִּפְרוֹ נ"ד וְעִם מִסְפַּר חיר"ק וחול"ם הֲרֵי ע"ד, וְעִם הַכּוֹלֵל עוֹלֶה מִסְפַּר ' לַיְלָה ' [75] . וְנִרְאֶה לִי מַה שֶׁקּוֹרִין בַּלַּיְלָה וּבַיּוֹם שֶׁהוּא דָּבָר כָּפוּל זֶה יוֹרֶה עַל הַקִּיּוּם שֶׁלֹּא תִּתְבַּטֵּל קְרִיאַת הַמְּגִילָּה הַזֹּאת גַּם לֶעָתִיד לָבוֹא כִּי כָּל כֶּפֶל מוֹרֶה עַל הַקִּיּוּם.
« L'homme est tenu de lire la Meguila la nuit et de la répéter le jour, ainsi qu'il est dit (Psaumes 22,3) : mon D.ieu, j'appelle le jour et Tu ne réponds pas, et la nuit, et point de repos pour moi. » Si Oula ne s'est pas satisfait du verset « mon D.ieu, j'appelle », dont Rabbi Yehochoua ben Levi tire sa loi, c'est que là-bas le sens simple du verset parle d'Esther, qui dit cela au temps de la détresse, avant que le miracle ne fût accompli ; le psaume traite du temps de la détresse, avant l'accomplissement du miracle, puisqu'il est écrit au début (Psaumes 22,2) : mon D.ieu, mon D.ieu, pourquoi m'as-Tu abandonné, etc. Rabbi Yehochoua ben Levi ne l'applique à la lecture de la Meguila que par voie de derach : Esther fait vœu, au temps de la détresse, qu'après le miracle on lira la Meguila la nuit et le jour. C'est pourquoi Oula apporte une preuve et une allusion à cela depuis le verset (Psaumes 30,13) « afin que ma gloire Te chante et ne se taise point », dont le sens simple parle de la reconnaissance et de la louange que l'on chante devant le Saint béni soit-Il après qu'Il eut accompli le miracle ; car il est dit dans la Pessikta que ce psaume fut dit par l'esprit saint sur le miracle survenu au temps de Mordekhai et d'Esther. Et si l'on interprète « que ma gloire Te chante » de la lecture du jour et « et ne se taise point » de celle de la nuit, alors que la nuit vient avant le jour, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que la publication du miracle est le jour plus grande que par la lecture de la nuit : toute chose faite de jour reçoit plus de publicité, et il se trouve qu'il y a le jour, par la publication du miracle, un honneur du Ciel plus grand que la nuit ; c'est pourquoi il a placé en premier la lecture du jour. Il me semble encore qu'il a placé le jour en premier pour indiquer que l'obligation du jour l'emporte sur celle de la nuit. Il me semble aussi que l'on peut y voir une allusion, avec l'aide du Ciel : kavod, la gloire, vaut 32 ; avec le compte des points-voyelles kamats et holam, qui font 26, cela donne 58 ; avec l'unité du mot, 59, comme le compte de yom, le jour, avec ses lettres. De même yidom est écrit sans vav et vaut 54 ; avec le compte de hirik et de holam, cela donne 74 ; avec l'unité, cela atteint le compte de layla, la nuit, 75. Il me semble encore que le fait de lire la nuit et le jour, chose redoublée, indique la pérennité : cette lecture de la Meguila ne sera pas abolie, même dans l'avenir, car tout redoublement indique la pérennité.
💡 Explication

Troisième parole du même maître : la lecture est double. Le verset provient du Psaume 22, que la tradition rapporte à Esther, et il mentionne le cri du jour et celui de la nuit.

Rachi donne la raison de fond : la double lecture rappelle le miracle, puisqu'ils criaient aux jours de leur détresse jour et nuit. Le mot lichnota, « répéter », va faire difficulté au segment suivant.

9
סְבוּר מִינָּה לְמִקְרְייַהּ בְּלֵילְיָא וּלְמִיתְנֵא מַתְנִיתִין דִּידַהּ בִּימָמָא. אֲמַר לְהוּ רַבִּי יִרְמְיָה: לְדִידִי מִיפָּרְשָׁא לִי מִינֵּיהּ דְּרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא, כְּגוֹן דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: אֶעֱבוֹר פָּרַשְׁתָּא דָּא וְאֶתְנְיַיהּ.

On en avait déduit qu'il faut la lire la nuit et étudier le jour la michna qui s'y rapporte. Rabbi Yirmeya leur dit : pour moi, la chose a été expliquée de la bouche de Rabbi Hiya bar Abba — c'est comme lorsque les gens disent : je vais parcourir cette section et la répéter.

📜 Rachi (3)
סְבוּר מִינָּה בְּנֵי הַיְּשִׁיבָה שֶׁשָּׁמְעוּ שְׁמוּעָה זוֹ בלה"ק וְלִשְׁנוֹתָהּ בְּיוֹם הָיוּ סְבוּרִין דְּהַאי וְלִשְׁנוֹתָהּ לְשׁוֹן שׁוֹנֶה מִשְׁנָה הוּא:
« On en avait déduit. » Les gens de la yechiva, qui entendirent cet enseignement en langue sainte, « et de la répéter le jour », pensaient que ce mot lichnota avait le sens d'étudier la michna.
לְמִיתְנֵי מַתְנֵי' דִּידָּה מִשְׁנָיוֹת שֶׁל מַסֶּכֶת מְגִילָּה:
« Étudier la michna qui s'y rapporte. » Les michnayot du traité Meguila.
אֶעֱבוֹר פָּרַשְׁתָּא הָדָא וְאַתַּנְיָה אֲסַייֵּם פָּרָשָׁה זוֹ וְאֶשְׁנֶה אוֹתָהּ פַּעַם שְׁנִיָּה:
« Je vais parcourir cette section et la répéter. » J'achèverai cette section, et je la répéterai une seconde fois.
💡 Explication

Le mot lichnota peut se rattacher à deux racines : redire la même chose, ou enseigner la michna. Les élèves de la yechiva avaient retenu le second sens et comprenaient qu'il faut lire la Meguila la nuit et étudier le jour les michnayot du traité Meguila.

Rabbi Yirmeya tient le sens exact de Rabbi Hiya bar Abba lui-même, et il l'établit par l'usage courant de la langue : « je vais parcourir cette section et la répéter » signifie la relire. La loi porte donc sur une seule et même lecture, accomplie deux fois.

10
אִיתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר עֻולָּא בִּירָאָה: חַייָּב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְמַעַן יְזַמֶּרְךָ כָבוֹד וְלֹא יִדֹּום ה׳ אֱ-לֹהַי לְעוֹלָם אוֹדֶךָּ״.

Il a été dit également : Rabbi Helbo a dit au nom de Oula Bira : l'homme est tenu de lire la Meguila la nuit et de la répéter le jour, ainsi qu'il est dit : « afin que ma gloire Te chante et ne se taise point ; ה' mon D.ieu, à jamais je Te rendrai grâce ».

📜 Rachi (2)
בְּיִרְאָה דְּמִן בֵּירֵי:
« Bira. » Originaire de Biri.
יְזַמֶּרְךָ כָּבוֹד בַּיּוֹם וְלֹא יִדֹּום בַּלַּיְלָה וְהַאי קְרָא בַּמִּזְמוֹר אֲרוֹמִמְךָ ה' כִּי דִלִּיתָנִי דָּרְשִׁינַן בַּפְּסִיקְתָּא בְּמָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר וְהָמָן וַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וּקְרִיאַת מְגִילָּה שֶׁבַח הוּא שֶׁמְּפַרְסְמִין אֶת הַנֵּס וְהַכֹּל מְקַלְּסִין לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא:
« Afin que ma gloire Te chante » — le jour ; « et ne se taise point » — la nuit. Ce verset se trouve dans le psaume « je T'exalte, ה', car Tu m'as relevé », que nous expliquons dans la Pessikta à propos de Mordekhai, d'Esther, de Haman et d'Assuérus. La lecture de la Meguila est une louange, car on y publie le miracle et tous rendent hommage au Saint béni soit-Il.
💡 Explication

Un second amora énonce la même loi à partir d'un autre verset. Rachi répartit les deux membres : « que ma gloire Te chante » vaut pour le jour, « et ne se taise point » pour la nuit.

Le Ben Ich H'ai expliqué l'apport de ce second verset : celui du Psaume 22 parle de la détresse et ne s'applique à la lecture que par derach, tandis que le Psaume 30 est une louange dite après le miracle, ce qui convient mieux à une lecture dont la fin est de publier ce miracle.

11
אֶלָּא שֶׁהַכְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: חֲכָמִים הֵקֵילּוּ עַל הַכְּפָרִים לִהְיוֹת מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה כְּדֵי שֶׁיְּסַפְּקוּ מַיִם וּמָזוֹן לַאֲחֵיהֶם שֶׁבַּכְּרַכִּין.

« Sauf que les villages avancent au jour du rassemblement. » Rabbi Hanina a dit : les Sages ont allégé pour les villages, en leur permettant d'avancer au jour du rassemblement, afin qu'ils fournissent l'eau et la nourriture à leurs frères des villes murées.

💡 Explication

Retour à la michna du début du traité. Le jour du rassemblement est le lundi ou le jeudi, jours où les villageois montaient à la ville pour le tribunal et la lecture de la Torah ; la Meguila leur est avancée à ce jour-là.

Rabbi Hanina donne la raison de la faveur : libérés de la lecture le 14, les villageois peuvent ravitailler en eau et en nourriture les habitants des villes occupés par la fête. La faveur accordée aux uns sert donc les autres.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).