Megillah 4b — Qui avance, qui recule, et pourquoi jamais le Chabbat

Megillah 4b

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur l'avance de la lecture au jour de rassemblement : trois objections écartent l'idée qu'elle aurait été instituée pour l'avantage des villes murées, et la Guemara renverse la formule : c'est un allègement accordé aux villageois parce qu'ils fournissent l'eau et la nourriture aux villes. Vient ensuite le cas où le quatorze tombe un vendredi : deux baraitot livrent quatre positions, toutes tirées du verset « chaque année », qui porte trois exigences incompatibles ce jour-là ; notre michna se révèle être de Rabbi ou de Rabbi Yossi.

Rabbi accepte pourtant de repousser les bourgades au jour de rassemblement quand le quatorze tombe un Chabbat, et la règle de Rav Houna, tout ce qui est repoussé va au jour de rassemblement, le suit. Le folio se clôt sur la raison de fond : Rabba craint que l'on ne porte le rouleau chez un expert et ne le transporte dans le domaine public, tandis que Rav Yossef rappelle que les yeux des pauvres sont levés vers la lecture, puisque les dons se distribuent le jour même où l'on lit.

Le fil du folio : qui avance, qui recule, et pourquoi jamais le Chabbat Trois mouvements : la raison de l'avance des villages, le 14 qui tombe un vendredi, l'interdit de lire le Chabbat. Mouvement 1 (seg. 0-3) -- pour qui l'avance au jour de rassemblement a-t-elle été instituée ? Trois objections contre l'idée que l'institution servirait les villes murées : le 14 un lundi, le 14 un jeudi, et la règle de Rabbi Yehouda qui la limite aux lieux où l'on entre en ville le lundi et le jeudi. Réponse : renverser la formule. C'est un allègement accordé aux villageois parce qu'ils fournissent l'eau et la nourriture aux villes ; là où ils n'y montent pas, il n'y a ni allègement ni récompense. Intermède (seg. 4-5) : pourquoi la michna passe de l'ordre du mois à l'ordre des jours de la semaine. Mouvement 2 (seg. 6-19) -- le 14 tombe un vendredi : qui enseigne notre michna ? Deux baraitot, quatre positions. Chacune lit bekhol chana ve-chana (Esther 9,27) : toutes les années se ressemblent. Le verset porte trois exigences que ce calendrier rend incompatibles ; chaque tana en abandonne une. Notre michna fait lire les bourgades et les villes murées le même jour : elle est de Rabbi ou de Rabbi Yossi. Suite (seg. 17-19) : le 14 un Chabbat -- Rabbi repousse alors les bourgades jusqu'au jour de rassemblement, et la règle de Rav Houna, tout ce qui est repoussé va au jour de rassemblement, suit Rabbi. Mouvement 3 (seg. 20-23) -- pourquoi personne ne lit la Meguila un Chabbat Rabba : tous y sont tenus, tous ne savent pas lire ; on craint qu'un homme pressé ne porte le rouleau chez un expert et ne le transporte de quatre coudées dans le domaine public. Même raison pour le chofar et le loulav. Rav Yossef : les yeux des pauvres sont levés vers la lecture, car les dons se distribuent le jour où l'on lit. Une baraita l'appuie : le jour où les villages avancent la lecture, on collecte et l'on distribue ce jour-là. Le fil unique du folio Le jour de la lecture n'est jamais un simple point du calendrier : il porte les dons aux pauvres et le ravitaillement des villes.
Les trois mouvements du folio : la raison de l'avance, le 14 un vendredi, l'interdit du Chabbat.
Le 14 tombe un vendredi : quatre positions Le 15 serait Chabbat, et l'on ne lit pas la Meguila le Chabbat. Quelque chose doit céder. Position Jeudi 13 (jour de rass.) Vendredi 14 Exigence abandonnée Tana kama (baraita 1) seg. 7-9 villages bourgades villes murées Les bourgades ne sont pas repoussées de leur place Rabbi seg. 7, 10-11 villages bourgades villes murées Les bourgades précèdent les villes murées Tana kama (baraita 2) seg. 12-14 villages villes murées bourgades Les villes murées ne précèdent pas les bourgades Rabbi Yossi seg. 12, 15-16 villages bourgades villes murées Chacun a son jour propre (zemano chel ze) Les trois exigences tirées de bekhol chana ve-chana 1. Les bourgades lisent le 14 et ne bougent pas. 2. Les bourgades précèdent les villes murées. 3. Le jour des unes n'est pas le jour des autres. Réponse uniforme de la Guemara : chani hakha de-lo efchar. Ce que dit notre michna Villages : jeudi, jour de rassemblement. Bourgades et villes murées : vendredi, le jour même. Ce partage ne convient qu'à Rabbi ou à Rabbi Yossi, jamais à l'un des deux tanaim anonymes.
Les quatre positions quand le 14 tombe un vendredi, et l'exigence que chacune abandonne.
Pourquoi l'on ne lit pas la Meguila un Chabbat : deux raisons Les deux tiennent ensemble ; elles ne couvrent pas le même terrain. Rabba -- un décret de Chabbat Tous sont tenus à la lecture ; l'homme pressé veut s'acquitter. Tous ne savent pas lire le rouleau. Il prend la Meguila en main, va chez un expert, et la transporte de quatre coudées dans le domaine public. Portée : chofar et loulav tombent sous la même crainte. Tossefot : la circoncision n'est pas repoussée -- treize alliances, et seul un expert circoncit, puisqu'il y a danger. À l'issue de Yom Kippour, le transport ne serait qu'un interdit rabbinique : on n'a pas décrété sur un décret. Rav Yossef -- les pauvres Les yeux des pauvres sont levés vers la lecture, car les matanot la-evyonim se donnent le jour où l'on lit. Un Chabbat, ni collecte ni distribution. Appui : la baraita des villages qui avancent la lecture. On collecte ce jour-là et l'on distribue ce jour-là, même si ce n'est pas le 14. Tossefot : Rav Yossef ne conteste pas Rabba, car le chofar et le loulav n'ont pas d'autre raison que la sienne. Nafka mina entre les deux raisons Au Temple, les interdits rabbiniques de Chabbat (chevout) ne s'appliquent pas : la crainte de Rabba n'a plus de prise. La lecture y reste pourtant interdite le Chabbat, et seule la raison de Rav Yossef l'explique. Autre effet, seg. 22-23 : la baraita corrige sa propre formule. Non pas bien que les villages avancent, mais puisqu'ils avancent -- l'avance de la lecture entraîne celle des dons, et les deux vont ensemble. Le jour de la lecture est donc le jour des pauvres : c'est ce lien qui commande le calendrier.
Rabba et Rav Yossef : deux raisons de ne pas lire le Chabbat, et leur conséquence pratique.
1
לְמֵימְרָא דְּתַקַּנְתָּא דִכְרַכִּין הָוֵי? וְהִתְנָן: חָל לִהְיוֹת בְּשֵׁנִי — כְּפָרִים וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם. וְאִם אִיתָא, לִיקְדְּמוּ לְיוֹם הַכְּנִיסָה! הָווּ לְהוּ עֲשָׂרָה, וַעֲשָׂרָה לָא תַּקִּינוּ רַבָּנַן.

Cela veut-il dire que l'institution est faite pour l'avantage des villes murées ? Mais nous avons appris : s'il [le quatorze] tombe un lundi — les villages et les grandes bourgades lisent ce jour-là.

Et s'il en est ainsi, qu'ils avancent au jour de rassemblement ! Ce serait pour eux le dix, et le dix, les Sages ne l'ont pas institué.

📜 Rachi (1)
לְמֵימְרָא דְּתַקַּנְתָּא דִּכְרַכִּין הִיא כְּדֵי שֶׁיְּסַפְּקוּ מַשְׁמַע כְּדֵי שֶׁיְּהוּ פִּנּוּיָין לְיוֹם הַשִּׂמְחָה:
« Cela veut-il dire que l'institution est faite pour les villes murées ? » — « afin qu'ils fournissent » signifie : afin qu'ils soient libres pour le jour de la joie.
💡 Explication

La page précédente avait expliqué l'avance de la lecture des villages par une formule de finalité : kedei che-yesapkou, afin qu'ils fournissent l'eau et la nourriture à leurs frères des villes le jour de Pourim. Entendue ainsi, l'institution sert les villes, et les villageois ne sont que les pourvoyeurs qu'on libère.

La michna résiste. Quand le quatorze tombe un lundi, les villages lisent ce jour-là ; or le lundi précédent l'avance serait le jeudi, soit le dix Adar. La réponse ferme la porte : la fenêtre instituée va du onze au quinze, et rien ne se lit avant.

2
תָּא שְׁמַע: חָל לִהְיוֹת בַּחֲמִישִׁי — כְּפָרִים וַעֲייָרוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם, וְאִם אִיתָא, לַיקְדְּמוּ לְיוֹם הַכְּנִיסָה דְּאַחַד עָשָׂר הוּא! מִיּוֹם הַכְּנִיסָה לְיוֹם הַכְּנִיסָה לָא דָּחֵינַן.

Viens et entends : s'il tombe un jeudi — les villages et les grandes bourgades lisent ce jour-là ; et s'il en est ainsi, qu'ils avancent au jour de rassemblement, qui est le onze ! On ne repousse pas d'un jour de rassemblement à un autre jour de rassemblement.

💡 Explication

La seconde objection choisit un cas où la première réponse ne vaut plus : le quatorze tombant un jeudi, le lundi précédent est le onze, date pleinement instituée. Si l'avance servait les villes, rien n'empêcherait de l'appliquer ici.

La réponse pose une règle propre : le jeudi où tombe le quatorze est déjà un jour de rassemblement, et les villageois y sont de toute façon en ville. On ne déplace pas la lecture d'un jour de rassemblement vers un autre, puisque le premier remplit déjà la fonction visée.

🖼️ Schéma
Deux objections, deux limites à l'avance des villages La lecture ne sort jamais de la fenêtre du 11 au 15, et ne se déplace pas d'un jour de rassemblement à un autre. 10 Adar 11 12 13 14 15 16 Adar Fenêtre instituée par les Sages Objection 1 (seg. 0) : le 14 tombe un lundi Le lundi est lui-même un jour de rassemblement, mais les villages lisent ce jour-là, sans avancer. Avancer les mènerait au jeudi précédent : le 10. Le 10, les Sages ne l'ont pas institué. Objection 2 (seg. 1) : le 14 tombe un jeudi Le lundi précédent serait le 11 : dans la fenêtre. Mais le jeudi est déjà un jour de rassemblement, et il se trouve être le temps même de la lecture. D'un jour de rassemblement à un autre, on ne repousse pas. Ce que ces deux limites révèlent (seg. 2-3) Si l'avance servait les villes, rien ne justifierait de s'arrêter à ces bornes ni de la refuser là où l'on ne monte pas en ville. L'avance est donc un allègement accordé aux villageois, en échange du ravitaillement qu'ils assurent.
Les deux bornes de l'avance : la fenêtre du 11 au 15, et le refus de passer d'un jour de rassemblement à un autre.
3
תָּא שְׁמַע, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי — בִּמְקוֹם שֶׁנִּכְנָסִים בַּשֵּׁנִי וּבַחֲמִישִׁי, אֲבָל מְקוֹם שֶׁאֵין נִכְנָסִים בַּשֵּׁנִי וּבַחֲמִישִׁי — אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ תַּקַּנְתָּא דִכְרַכִּין הִיא — מִשּׁוּם דְּאֵין נִכְנָסִים בַּשֵּׁנִי וּבַחֲמִישִׁי מַפְסְדִי לְהוּ לִכְרַכִּין?

Viens et entends : Rabbi Yehouda a dit : quand cela ? Dans un lieu où l'on entre [en ville] le lundi et le jeudi ; mais dans un lieu où l'on n'entre pas le lundi et le jeudi — on ne la lit qu'en son temps.

Et s'il te vient à l'esprit que l'institution est faite pour les villes murées : parce que l'on n'entre pas le lundi et le jeudi, ferait-on perdre aux villes murées [leur avantage] ?

💡 Explication

Troisième objection, tirée de la michna suivante (5a). Rabbi Yehouda limite l'avance aux endroits où les villageois ont l'habitude de monter en ville le lundi et le jeudi ; ailleurs, la lecture reste au quatorze.

Or cette limitation ne se comprend que si l'avance profite aux villageois. Si elle était faite pour les villes, l'habitude des villages serait sans importance : pourquoi les citadins perdraient-ils leur ravitaillement du seul fait que ces villageois-là ne se déplacent pas ?

4
לָא תֵּימָא כְּדֵי שֶׁיְּסַפְּקוּ מַיִם וּמָזוֹן, אֶלָּא אֵימָא: מִפְּנֵי שֶׁמְּסַפְּקִים מַיִם וּמָזוֹן לַאֲחֵיהֶם שֶׁבַּכְּרַכִּין.

Ne dis pas : « afin qu'ils fournissent l'eau et la nourriture », mais dis plutôt : parce qu'ils fournissent l'eau et la nourriture à leurs frères des villes murées.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אֵימָא מִפְּנֵי שֶׁמְּסַפְּקִין שָׂכָר הוּא לָהֶם בִּשְׁבִיל שֶׁהֵן מְסַפְּקִין הִלְכָּךְ הֵיכָא דְּאֵין נִכְנָסִין לָא קֻולָּא הוּא לְגַבַּייְהוּ וְאֵין כָּאן שָׂכָר:
« Mais dis plutôt : parce qu'ils fournissent » — c'est une récompense pour eux, du fait qu'ils fournissent ; dès lors, là où ils n'entrent pas [en ville], ce n'est pas un allègement pour eux, et il n'y a là aucune récompense.
💡 Explication

La correction tient à un seul mot. Kedei che-yesapkou, « afin qu'ils fournissent », fait de l'avance un moyen au service des villes. Mipnei che-mesapkim, « parce qu'ils fournissent », en fait la contrepartie d'un service déjà rendu.

Rachi en tire la conséquence exacte : l'avance est un salaire, et un salaire suppose un bénéficiaire. Là où les villageois ne montent pas en ville, avancer la lecture ne les allège de rien et ne récompense rien ; les trois objections tombent ensemble.

5
כֵּיצַד? חָל לִהְיוֹת בַּשֵּׁנִי בַּשַּׁבָּת — כְּפָרִים וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם וְכוּ׳. מַאי שְׁנָא רֵישָׁא דְּנָקֵט סִידּוּרָא דְיַרְחָא, וּמַאי שְׁנָא סֵיפָא דְּנָקֵט סִידּוּרָא דְיוֹמֵי?

« Comment cela ? S'il tombe un lundi — les villages et les grandes bourgades lisent ce jour-là », etc.

Qu'y a-t-il de différent au début [de la michna], qui suit l'ordre des jours du mois, et de différent à la fin, qui suit l'ordre des jours de la semaine ?

📜 Rachi (1)
סִידְרָא דְּיַרְחָא דְּקָתָנֵי בי"א בי"ב בי"ג בי"ד בט"ו כְּסֵדֶר מִנְיַן הַחֹודֶשׁ וּכְשֶׁבָּא לַפָּרָשָׁה נְקַט סֵדֶר יְמֵי הַשַּׁבָּת וְשָׁמְעִינַן יְמֵי הַחֹודֶשׁ לְאַחֲרֶיהָ חָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה הֲרֵי י"ג חָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת הֲרֵי י"ב חָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה הֲרֵי י"א וּמְשַׁנֵּי אַיְּידֵי דְּמִיתְהַפְכִי לֵיהּ נָקֵט סִידּוּרָא דְיוֹמֵי כְּלוֹמַר ע"י שֶׁאִם הָיָה אוֹחֵז יְמֵי הַשַּׁבָּת לְפִי סֵדֶר יְמֵי הַחֹדֶשׁ יְהוּ נֶהְפָּכִין לוֹ וְטוֹעֶה בְּגִירְסָתוֹ הַשּׁוֹנֶה אֶת הַמִּשְׁנָה לְפִי שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַזְכִּירָן לַאֲחוֹרָיו אַחַר הַשַּׁבָּת דְּהַייְנוּ י"א בְּשַׁבָּת י"ב עֶרֶב שַׁבָּת י"ג מִתּוֹךְ כָּךְ הוּא בָּא לְדַלֵּג וְלִטְעוֹת לְהָכִי נְקַט סִידּוּרָא דְּיוֹמָא וְסֵדֶר הַחֹודֶשׁ הַבָּא לוֹ לַאֲחוֹרַייִם אֵינוֹ מַזְכִּירוֹ בְּפִיו דַּהֲרֵי מֵאֵלָיו הוּא נִשְׁמָע וְאֵין כָּאן עוֹד טָעוּת:
« L'ordre du mois » — car elle enseigne : le onze, le douze, le treize, le quatorze, le quinze, selon l'ordre du compte du mois ; et lorsqu'elle vient à l'expliquer, elle prend l'ordre des jours de la semaine, les jours du mois s'entendant d'eux-mêmes à sa suite : s'il tombe la veille de Chabbat, les villages avancent au jour de rassemblement, voilà le treize ; s'il tombe un Chabbat, voilà le douze ; s'il tombe le lendemain de Chabbat, les villages avancent au jour de rassemblement, voilà le onze. Et [la Guemara] répond : « puisque cela se renverserait pour lui, elle a pris l'ordre des jours de la semaine », c'est-à-dire que s'il tenait les jours de la semaine selon l'ordre des jours du mois, ils se renverseraient pour lui, et celui qui récite la michna se tromperait dans sa leçon, car il devrait les mentionner à rebours : le lendemain de Chabbat, c'est-à-dire le onze ; le Chabbat, le douze ; la veille de Chabbat, le treize. De là il en viendrait à sauter un cas et à se tromper. C'est pourquoi elle a pris l'ordre des jours de la semaine ; et l'ordre du mois, qui vient à rebours, il ne le mentionne pas de sa bouche, puisqu'il s'entend de lui-même, et il n'y a plus là d'erreur possible.
💡 Explication

La Guemara passe à la forme de la michna. L'énoncé général donnait les cinq dates dans l'ordre croissant, du onze au quinze ; l'explication détaillée, elle, procède par jours de la semaine. Le changement d'axe demande une raison.

Rachi montre l'enjeu : dans le détail, les dates courent à rebours — vendredi correspond au treize, Chabbat au douze, le lendemain de Chabbat au onze. Celui qui récite la michna par cœur réciterait donc à reculons, et sauterait un cas.

🖼️ Schéma
Pourquoi la michna change d'ordre en cours de route Début : ordre du mois La michna énonce la règle générale : 11 - 12 - 13 - 14 - 15 Les dates montent, la mémoire suit sans effort. C'est l'énoncé du cadre : cinq dates possibles, jamais avant le 11, jamais après le 15. Fin : ordre des jours de la semaine La michna détaille les cas : lundi - mardi - mercredi - vendredi - Chabbat - dimanche Les dates correspondantes descendent : vendredi = 13, Chabbat = 12, dimanche = 11 Suivre l'ordre du mois obligerait à réciter à rebours. La réponse : ayidei de-mit-happekhei leh Celui qui récite la michna par cœur sauterait un cas s'il devait remonter les dates en sens inverse. La michna prend donc l'ordre des jours de la semaine, qui va droit devant lui. Rachi : l'ordre du mois se déduit alors de lui-même, sans être prononcé, et l'erreur devient impossible.
Deux ordres dans une même michna : les dates montent dans l'énoncé, elles descendent dans le détail.
6
אַייְּדֵי דְּמִיתְהַפְכִי לֵיהּ נָקֵט סִידּוּרָא דְיוֹמֵי.

Puisque [l'ordre] se renverserait pour lui, elle a pris l'ordre des jours de la semaine.

💡 Explication

La réponse tient en un mot : ayidéi de-mit-happékhei leh, parce que cela se renverse pour lui. La michna est faite pour être récitée, et sa forme obéit à ce que la mémoire peut porter.

7
חָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת וְכוּ׳. מַתְנִיתִין מַנִּי? אִי רַבִּי, אִי רַבִּי יוֹסֵי.

« S'il tombe la veille de Chabbat », etc. Notre michna, qui l'enseigne ?

Ou bien Rabbi, ou bien Rabbi Yossi.

📜 Rachi (1)
מַנִּי מַתְנִי' דְּקָתָנֵי חָל לִהְיוֹת ע"ש עֲיָירוֹת וּמֻוקָּפוֹת חוֹמָה קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם אִי רַבִּי אִי רַבִּי יוֹסֵי:
« Notre michna, qui l'enseigne ? » — puisqu'elle enseigne : s'il tombe la veille de Chabbat, les bourgades et les villes entourées d'une muraille lisent ce jour-là ; ou bien Rabbi, ou bien Rabbi Yossi.
💡 Explication

Le cas examiné est celui où le quatorze tombe un vendredi, de sorte que le quinze serait un Chabbat. Notre michna fait alors lire les bourgades et les villes murées le même jour, le vendredi.

Cette solution n'est pas celle des deux tanaim anonymes que la Guemara va citer ; elle n'appartient qu'à Rabbi ou à Rabbi Yossi, chacun pour une raison différente.

8
מַאי רַבִּי? דְּתַנְיָא: חָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת — כְּפָרִים וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה, וּמֻוקָּפִין חוֹמָה קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם. רַבִּי אוֹמֵר, אוֹמֵר אֲנִי: לֹא יִדָּחוּ עֲיָירוֹת מִמְּקוֹמָן, אֶלָּא אֵלּוּ וָאֵלּוּ קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם.

Qu'est-ce que « Rabbi » ? Ainsi qu'il est enseigné : s'il tombe la veille de Chabbat — les villages et les grandes bourgades avancent au jour de rassemblement, et les villes entourées d'une muraille lisent ce jour-là.

Rabbi dit : je dis, moi, que les bourgades ne seront pas repoussées de leur place ; les unes et les autres lisent ce jour-là.

💡 Explication

Première baraita. Le tana kama maintient l'écart habituel d'un jour entre bourgades et villes murées : puisque celles-ci doivent reculer au vendredi, celles-là reculent au jeudi, jour de rassemblement.

Rabbi refuse ce recul. Le quatorze est la place des bourgades, et il tombe précisément ce vendredi ; elles y restent, et les villes murées lisent avec elles. Le désaccord ne porte pas sur les faits du calendrier, mais sur celle des exigences du verset qui doit céder.

9
מַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא? דִּכְתִיב: ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״. מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה עֲיָירוֹת קוֹדְמוֹת לַמֻּוקָּפִין, אַף כָּאן עֲיָירוֹת קוֹדְמוֹת לַמֻּוקָּפִין.

Quelle est la raison du premier tana ? Car il est écrit : « chaque année ».

De même que chaque année les bourgades précèdent les villes murées, de même ici les bourgades précèdent les villes murées.

📜 Rachi (1)
בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה לִהְיוֹת עֹושִׂים אֵת שְׁנֵי הַיָּמִים הָאֵלֶּה כִּכְתָבָם וְכִזְמַנָּם בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה כָּל הַשָּׁנִים יְהוּ שָׁווֹת:
« Chaque année » — « pour qu'ils fassent ces deux jours selon leur écrit et selon leur temps, chaque année » : que toutes les années soient semblables.
💡 Explication

Le verset d'Esther (9,27) ordonne de faire ces deux jours bekhol chana ve-chana, chaque année : Rachi l'entend comme une exigence d'uniformité, toutes les années doivent se ressembler.

Reste à dire en quoi elles se ressemblent. Le premier tana retient le rapport entre les deux types de localités : les bourgades lisent la veille des villes murées. Cet ordre étant sauvé, la date exacte devient secondaire.

10
וְאֵימָא: ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה אֵין נִדְחִין עֲייָרוֹת מִמְּקוֹמָן — אַף כָּאן לֹא יִדָּחוּ עֲיָירוֹת מִמְּקוֹמָן! שָׁאנֵי הָכָא דְּלָא אֶפְשָׁר.

Et dis plutôt : « chaque année » — de même que chaque année les bourgades ne sont pas repoussées de leur place, de même ici qu'elles ne soient pas repoussées de leur place ! Ici c'est différent, car ce n'est pas possible.

📜 Rachi (1)
דְּלָא אֶפְשָׁר דְּאִם כֵּן לֹא יְקַדְּמוּ עֲיָירוֹת לְמֻוקָּפִין שֶׁאֵינָן יְכוֹלִין לִקְרוֹת בְּשַׁבָּת:
« Ce n'est pas possible » — car alors les bourgades ne précéderaient pas les villes murées, puisque celles-ci ne peuvent pas lire le jour de Chabbat.
💡 Explication

L'objection retourne le même verset sur une autre ressemblance : chaque année, les bourgades lisent le quatorze sans en bouger. Pourquoi cette constance-là ne serait-elle pas celle qu'il faut préserver ?

La réponse, chani hakha de-lo efchar, vaut pour les quatre positions du folio : les exigences du verset sont incompatibles ce vendredi-là, puisque les villes murées ne peuvent pas lire le Chabbat. Chaque tana choisit celle qu'il sauve, et l'autre tombe par nécessité.

11
וְרַבִּי, מַאי טַעְמֵיהּ? ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה אֵין עֲייָרוֹת נִדְחִין מִמְּקוֹמָן — אַף כָּאן לֹא יִדָּחוּ עֲיָירוֹת מִמְּקוֹמָן.

Et Rabbi, quelle est sa raison ? « Chaque année » : de même que chaque année les bourgades ne sont pas repoussées de leur place, de même ici qu'elles ne soient pas repoussées de leur place.

💡 Explication

Rabbi lit le même verset et retient l'autre ressemblance : la stabilité de la date du quatorze pour les bourgades. Ce qui compte n'est pas leur position relative aux villes murées, mais leur jour propre.

12
וְאֵימָא: ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה עֲיָירוֹת קוֹדְמוֹת לַמֻּוקָּפִין — אַף כָּאן נָמֵי עֲיָירוֹת קוֹדְמוֹת לַמֻּוקָּפִין! שָׁאנֵי הָכָא דְּלָא אֶפְשָׁר.

Et dis plutôt : « chaque année » — de même que chaque année les bourgades précèdent les villes murées, de même ici aussi que les bourgades précèdent les villes murées ! Ici c'est différent, car ce n'est pas possible.

💡 Explication

Symétrie exacte de l'objection précédente, avec la même réponse. La Guemara montre ainsi que le désaccord ne se tranche pas par le verset : les deux lectures en sont également tirées, et chacune est acculée au même lo efchar.

13
מַאי רַבִּי יוֹסֵי? דְּתַנְיָא: חָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת — מֻוקָּפִין וּכְפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה, וַעֲייָרוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין מֻוקָּפִין קוֹדְמִין לַעֲייָרוֹת, אֶלָּא אֵלּוּ וָאֵלּוּ קוֹרִין בּוֹ בַיּוֹם.

Qu'est-ce que « Rabbi Yossi » ? Ainsi qu'il est enseigné : s'il tombe la veille de Chabbat — les villes murées et les villages avancent au jour de rassemblement, et les grandes bourgades lisent ce jour-là.

Rabbi Yossi dit : les villes murées ne précèdent pas les bourgades ; les unes et les autres lisent ce jour-là.

💡 Explication

Seconde baraita, bâtie sur un autre partage. Son tana kama laisse les bourgades au quatorze et fait reculer les villes murées jusqu'au jeudi, de sorte que chacune garde un jour distinct.

Rabbi Yossi refuse ce renversement : les villes murées passeraient avant les bourgades, ce qui n'arrive jamais. Il les fait donc lire ensemble le vendredi — même résultat pratique que Rabbi, par un chemin différent.

14
מַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא? דִּכְתִיב: ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה עֲייָרוֹת בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר, וּזְמַנּוֹ שֶׁל זֶה לֹא זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה — אַף כָּאן עֲיָירוֹת בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר, וּזְמַנּוֹ שֶׁל זֶה לֹא זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה.

Quelle est la raison du premier tana ? Car il est écrit : « chaque année » — de même que chaque année les bourgades lisent le quatorze, et que le temps de l'une n'est pas le temps de l'autre, de même ici les bourgades lisent le quatorze, et le temps de l'une n'est pas le temps de l'autre.

📜 Rachi (2)
מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה עֲיָירוֹת בי"ד לְכָךְ אֵין נִדְחוֹת מִמְּקוֹמָן וּדְלֹא כְּתַנָּא קַמָּא דְּרַבִּי:
« De même que chaque année les bourgades lisent le quatorze » — c'est pourquoi elles ne sont pas repoussées de leur place ; et cela va contre le premier tana de [la baraita de] Rabbi.
זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה לֹא הוּא זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה הִלְכָּךְ לָא עֲבַד כְּתַנָּא דְּמַתְנִי' כו':
« Le temps de l'une n'est pas le temps de l'autre » — dès lors, il n'a pas fait comme le tana de notre michna, etc.
💡 Explication

Ce tana sauve deux choses à la fois : la date des bourgades, et le principe que zémano chel ze lo zémano chel ze, le jour des unes n'est pas le jour des autres. Il paie ce double maintien en faisant reculer les villes murées de deux jours.

Rachi note les deux désaccords que cela produit : contre le premier tana de la baraita précédente, qui déplaçait les bourgades ; et contre notre michna, qui fait lire les deux localités le même jour.

15
וְאֵימָא: ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה אֵין מֻוקָּפִין קוֹדְמִין לַעֲייָרוֹת, אַף כָּאן אֵין מֻוקָּפִין קוֹדְמִין לַעֲייָרוֹת! שָׁאנֵי הָכָא דְּלָא אֶפְשָׁר.

Et dis plutôt : « chaque année » — de même que chaque année les villes murées ne précèdent pas les bourgades, de même ici les villes murées ne précèdent pas les bourgades ! Ici c'est différent, car ce n'est pas possible.

📜 Rachi (1)
דְּלָא אֶפְשָׁר דְּאִי לָא מַקְדֶּמֶת לְהוּ לְמֻוקָּפִין צָרִיךְ אַתָּה לַעֲקֹור עֲייָרוֹת מִפְּנֵי מֻוקָּפִין אוֹ יִקְרְאוּ בְּיוֹם אֶחָד:
« Ce n'est pas possible » — car si tu ne fais pas avancer les villes murées, il te faut déraciner les bourgades [de leur jour] à cause des villes murées, ou bien qu'elles lisent le même jour.
💡 Explication

Rachi détaille ici le lo efchar avec précision : si l'on renonce à faire avancer les villes murées, il ne reste que deux issues, déloger les bourgades de leur quatorze, ou faire lire les deux le même jour. Or ce tana tient aux deux exigences à la fois.

16
מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי? ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה אֵין מֻוקָּפִין קוֹדְמִין לַעֲייָרוֹת — אַף כָּאן אֵין מֻוקָּפִין קוֹדְמִין לַעֲיָירוֹת.

Quelle est la raison de Rabbi Yossi ? « Chaque année » : de même que chaque année les villes murées ne précèdent pas les bourgades, de même ici les villes murées ne précèdent pas les bourgades.

💡 Explication

Rabbi Yossi retient la troisième ressemblance possible : jamais les villes murées ne passent avant les bourgades. Cette préséance est pour lui le contenu du chaque année, et il accepte en échange que les deux lisent le même jour.

17
וְאֵימָא: ״בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה״, מַה כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה לֹא זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה — אַף כָּאן זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה לֹא זְמַנּוֹ שֶׁל זֶה! שָׁאנֵי הָכָא דְּלָא אֶפְשָׁר.

Et dis plutôt : « chaque année » — de même que chaque année le temps de l'une n'est pas le temps de l'autre, de même ici le temps de l'une n'est pas le temps de l'autre ! Ici c'est différent, car ce n'est pas possible.

💡 Explication

La quatrième objection referme la série. Les quatre positions ont été tirées du même verset, et chacune s'est heurtée au même lo efchar ; la question initiale trouve sa réponse : notre michna, qui fait lire ensemble bourgades et villes murées, est de Rabbi ou de Rabbi Yossi.

18
וְסָבַר רַבִּי עֲייָרוֹת לָא דָּחִינַן לְיוֹם הַכְּנִיסָה? וְהָתַנְיָא: חָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה, וַעֲיָירוֹת גְּדוֹלוֹת קוֹרִין בָּעֶרֶב שַׁבָּת, וּמֻוקָּפוֹת חוֹמָה לְמָחָר. רַבִּי אוֹמֵר, אוֹמֵר אֲנִי: הוֹאִיל וְנִדְחוּ עֲיָירוֹת מִמְּקוֹמָן — יִדָּחוּ לְיוֹם הַכְּנִיסָה.

Et Rabbi tient-il que l'on ne repousse pas les bourgades jusqu'au jour de rassemblement ? Mais il est enseigné : s'il tombe un Chabbat — les villages avancent au jour de rassemblement, les grandes bourgades lisent la veille de Chabbat, et les villes entourées d'une muraille le lendemain.

Rabbi dit : je dis, moi, que puisque les bourgades ont été repoussées de leur place, qu'elles soient repoussées jusqu'au jour de rassemblement.

💡 Explication

Nouvelle configuration : le quatorze tombe un Chabbat. Les bourgades ne peuvent donc pas lire à leur date et doivent reculer au vendredi ; les villes murées, dont le quinze est un dimanche, lisent normalement.

Rabbi va plus loin : une fois leur jour perdu, rien ne retient les bourgades au vendredi, et il les envoie jusqu'au jour de rassemblement, avec les villages. Cette position semble contredire celle qu'on vient de lui attribuer.

🖼️ Schéma
Le 14 tombe un Chabbat : Rabbi repousse les bourgades plus loin Comparer avec le cas du vendredi montre la logique de Rabbi, et non une contradiction. Cas A : le 14 est un Chabbat (seg. 17) Tana kama : villages jeudi 12 -- bourgades vendredi 13 -- villes murées dimanche 15. Rabbi : les bourgades ont déjà perdu leur jour, donc elles vont jusqu'au jeudi 12, avec les villages. Rabbi accepte donc le report des bourgades au jour de rassemblement. Cas B : le 14 est un vendredi (seg. 7, 18) Le vendredi est leur temps propre : rien ne les en déloge. Rabbi les y maintient, et les villes murées lisent avec elles. Hakhi hachta : un jour perdu peut être repoussé plus loin ; un jour intact ne se repousse pas. Rav Houna au nom de Rabbi Helbo (seg. 19) Formule corrigée : tout ce qui est repoussé est repoussé jusqu'au jour de rassemblement -- ce qui suit Rabbi.
Deux calendriers, une seule logique chez Rabbi : le jour intact se garde, le jour déjà perdu se reporte plus loin.
19
הָכִי הַשְׁתָּא? הָתָם זְמַנָּם שַׁבָּת הִיא, וְהוֹאִיל דְּנִדְחוּ — יִדָּחוּ. וְהָכָא, זְמַנָּם עֶרֶב שַׁבָּת!

Comment comparer ? Là-bas, leur temps est le Chabbat, et puisqu'elles ont été repoussées, qu'elles soient repoussées [plus loin].

Et ici, leur temps est la veille de Chabbat !

📜 Rachi (1)
הָכָא עֶרֶב שַׁבָּת זְמַנָּם וְאֵין לְךָ צֹורֶךְ לִדְחוֹתָן:
« Ici, leur temps est la veille de Chabbat » — et tu n'as aucun besoin de les repousser.
💡 Explication

La distinction est nette. Quand le quatorze est un Chabbat, les bourgades ont déjà perdu leur jour propre, et le vendredi où elles se replient n'a aucun titre particulier ; autant les joindre aux villages au jour de rassemblement.

Quand le quatorze est un vendredi, ce vendredi est leur temps. Rien ne les en déloge, et Rabbi refuse de les déplacer. La règle sous-jacente : on ne repousse que ce qui est déjà tombé.

20
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא: פּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — הַכֹּל נִדְחִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה. הַכֹּל נִדְחִין סָלְקָא דַּעְתָּךְ?! וְהָא אִיכָּא מֻוקָּפִין דְּעָבְדִי לִמְחַר! אֶלָּא: כָּל הַנִּדְחֶה יִדָּחֶה לְיוֹם הַכְּנִיסָה. כְּמַאן — כְּרַבִּי.

Selon qui va cette parole de Rabbi Helbo au nom de Rav Houna : Pourim qui tombe un Chabbat — tous sont repoussés jusqu'au jour de rassemblement ? « Tous sont repoussés », cela te viendrait-il à l'esprit ?

Il y a bien les villes murées qui font [leur lecture] le lendemain ! Mais plutôt : tout ce qui est repoussé sera repoussé jusqu'au jour de rassemblement.

Selon qui ? Selon Rabbi.

💡 Explication

La formule de Rav Houna est d'abord corrigée : « tous » est impossible, puisque les villes murées, dont le tour vient le dimanche quinze, ne sont nullement gênées. Il faut lire une règle conditionnelle : kol ha-nidhé, tout ce qui est repoussé.

Ainsi entendue, la parole se rattache exactement à la position de Rabbi du segment précédent : le jour perdu ne se rattrape pas au plus près, il va jusqu'au jour de rassemblement.

21
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהָא מְגִילָּה בְּשַׁבָּת לָא קָרִינַן. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבָּה: הַכֹּל חַיָּיבִין בִּקְרִיאַת מְגִילָּה (וּבִתְקִיעַת שׁוֹפָר), וְאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בְּמִקְרָא מְגִילָּה. גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִטְּלֶנָּה בְּיָדוֹ וְיֵלֵךְ אֵצֶל בָּקִי לִלְמוֹד, וְיַעֲבִירֶנָּה אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים.

De l'avis de tous, en tout cas, on ne lit pas la Meguila un Chabbat. Quelle en est la raison ?

Rabba a dit : tous sont tenus à la lecture de la Meguila (et à la sonnerie du chofar), et tous ne sont pas experts dans la lecture de la Meguila. [C'est] un décret, de peur qu'il ne la prenne en main et n'aille chez un expert pour apprendre, et qu'il ne la transporte de quatre coudées dans le domaine public.

📜 Rachi (2)
הַכֹּל חַיָּיבִין וּמִתּוֹךְ שֶׁהוּא מְחֻוייָּב בַּדָּבָר הוּא בָּהוּל לָצֵאת יְדֵי חוֹבָה:
« Tous sont tenus » — et du fait qu'il est tenu à cette chose, il est pressé de s'acquitter de son obligation.
וְיַעֲבִירֶנָּה אַרְבַּע אַמּוֹת וַאֲפִילּוּ לָן בְּשָׂדֶה וּמְגִילָּה בְּיָדוֹ יֵשׁ לִגְזֹור עַל הַדָּבָר:
« Et qu'il ne la transporte de quatre coudées » — et même s'il a passé la nuit aux champs, la Meguila en main, il y a lieu de décréter sur la chose.
🗂️ Tossefot (2)
וְיַעֲבִירֶנָּה אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים. קָשֶׁה אַמַּאי לָא קָאָמַר וְיוֹצִיאֶנָּה מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הָרַבִּים דְּאוֹרְחָא דְּמִילְּתָא הָוֵי טְפֵי וְיֵשׁ לוֹמַר דמרה"י לרה"ר לָא טָעוּ אִינָשֵׁי אֲבָל זִימְנִין שֶׁהַמְּגִילָּה קַייְמָא כְּבָר בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וְיַעֲבִירֶנָּה אַרְבַּע אַמּוֹת בְּגַווַּהּ ועי"ל דִּלְהָכֵי לָא נְקַט מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הָרַבִּים לְפִי [שֶׁלִּפְעָמִים] שֶׁאֵין שָׁם חִיּוּב חַטָּאת (כֵּיוָן) שֶׁלֹּא הָיְתָה עֲקִירָה רִאשׁוֹנָה לְשֵׁם כָּךְ כְּגוֹן הַמְפַנֶּה חֲפָצִים מִזָּוִית לְזָוִית וְנִמְלַךְ עֲלֵיהֶן לְהוֹצִיאָן דְּפָטוּר מֵהַאי טַעְמָא (שַׁבָּת דַּף ה:):
« Et qu'il ne la transporte de quatre coudées dans le domaine public. » Difficulté : pourquoi ne dit-il pas « et qu'il ne la fasse sortir du domaine privé vers le domaine public », ce qui serait le cas le plus ordinaire ? On peut répondre que du domaine privé vers le domaine public les gens ne se trompent pas, tandis qu'il arrive que la Meguila se trouve déjà dans le domaine public et qu'il la transporte de quatre coudées à l'intérieur de celui-ci. On peut répondre encore que s'il n'a pas pris le cas de la sortie du domaine privé vers le domaine public, c'est parce qu'il arrive qu'il n'y ait là aucune obligation de sacrifice pour la faute, le premier arrachement n'ayant pas été fait dans cette intention — comme celui qui déplace des objets d'un coin à l'autre puis se ravise pour les sortir, lequel est exempt pour cette raison (Chabbat 5b).
וְיַעֲבִירֶנָּה אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים. אֲבָל מִילָה בְּשַׁבָּת אֵין לִדְחוֹת דְּהָא חֲמִירָא שֶׁכֵּן נִכְרְתוּ עָלֶיהָ י"ג בְּרִיתוֹת וְגַם אֵין אָדָם מָל אֶלָּא אִם כֵּן הָוֵי בָּקִי דְּסַכָּנָה יֵשׁ בַּדָּבָר אַךְ נִשְׁאַל לר"י הַלֵּוִי אֵיךְ תּוֹקְעִין בְּמוֹצָאֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים וַהֲלֹא אָסוּר לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה עַד שֶׁיַּבְדִּיל וְתוּ שֶׁמָּא יֵלֵךְ אֵצֶל בָּקִי כִּדְחָיְישִׁינַן בר"ה שֶׁחָל בְּשַׁבָּת וְאִם כֵּן הָיָה לָנוּ לְמִיחַשׁ לְהַאי גְּזֵירָה וְתֵירֵץ דְּמִשּׁוּם דִּתְקִיעַת שׁוֹפָר חָכְמָה וְאֵין מְלָאכָה וְגַם לָא חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יֵלֵךְ אֵצֶל בָּקִי דְּמִשּׁוּם תְּקִיעָה אַחַת שֶׁאֵינָהּ אֶלָּא מִשּׁוּם זֵכֶר לַיּוֹבֵל לָא אִצְטְרִיךְ כֻּולֵּי הַאי כְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה דְּאוֹרָיְיתָא הִיא וְצָרִיךְ שְׁלֹשִׁים קֻולּוֹת וְרַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל אוֹמֵר דְּדַוְקָא בְּשַׁבָּת ובר"ה דְּאִם מַעֲבִירוֹ אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים אִיכָּא אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא בְּהָא וַדַּאי יֵשׁ לָחוּשׁ אֲבָל בְּמוֹצָאֵי יוה"כ דַּאֲפִילּוּ אִם מַעֲבִירוֹ ד' אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים לָא הָוֵי אֶלָּא אִיסּוּר דְּרַבָּנָן בְּהָא וַדַּאי לֹא גָּזַר דְּהָוֵי גְּזֵירָה לִגְזֵירָה:
« Et qu'il ne la transporte de quatre coudées dans le domaine public. » Mais la circoncision, un Chabbat, il n'y a pas lieu de la repousser, car elle est plus grave : treize alliances ont été conclues à son sujet, et nul ne circoncit s'il n'est expert, puisqu'il y a là un danger. On a cependant demandé au Ri haLevi : comment sonne-t-on du chofar à l'issue de Yom Kippour, alors qu'il est interdit de faire un travail avant d'avoir fait la havdala, et qu'en outre il serait à craindre qu'il n'aille chez un expert, comme on le craint pour Roch Hachana qui tombe un Chabbat ? Nous devrions donc craindre ce même décret. Il a répondu que la sonnerie du chofar est un savoir-faire et non un travail, et que l'on ne craint pas non plus qu'il aille chez un expert : pour une seule sonnerie, qui n'est là qu'en souvenir du yovel, une telle précaution n'est pas requise, à la différence de Roch Hachana, qui relève de la Torah et demande trente sons. Et Rabbenou Chemouel dit que c'est précisément un Chabbat et à Roch Hachana que, s'il le transporte de quatre coudées dans le domaine public, il y a un interdit de la Torah : là, assurément, il y a lieu de craindre. Mais à l'issue de Yom Kippour, même s'il le transportait de quatre coudées dans le domaine public, ce ne serait qu'un interdit rabbinique : là, assurément, on n'a pas décrété, car ce serait un décret sur un décret.
💡 Explication

Tout le folio reposait sur un fait jamais discuté : la Meguila ne se lit pas le Chabbat. Rabba en donne la raison sous forme de chaîne. L'obligation pèse sur tous, y compris sur ceux qui ne savent pas lire le rouleau ; l'homme pressé ira chercher un maître, la Meguila a la main.

Le risque final est un interdit de la Torah : transporter quatre coudées dans le domaine public. Rachi souligne que la crainte vise l'empressement lui-même, bahoul latsét yedei hovato, et qu'elle vaut même pour celui qui a passé la nuit aux champs.

🖼️ Schéma
Le décret de Rabba : la chaîne que l'on coupe Tous y sont tenus l'homme est pressé Tous ne savent pas lire il lui faut un expert Il prend le rouleau et sort le chercher Quatre coudées dans le domaine public On ne lit pas la Meguila le Chabbat -- ni le chofar, ni le loulav Ce que la crainte n'atteint pas (Tossefot) La circoncision au huitième jour se fait le Chabbat : treize alliances ont été conclues à son sujet, et seul un expert circoncit, puisqu'il y a danger. Nul ne partira donc chercher un maître en chemin. La chaîne se brise dès son deuxième maillon. Le chofar à l'issue de Yom Kippour Ri haLevi : sonner est un savoir-faire, non un travail ; un seul son, en souvenir du yovel, ne vaut pas la précaution exigée pour les trente sons de Roch Hachana. Rabbenou Chemouel : ce soir-là, transporter quatre coudées n'est qu'un interdit rabbinique -- décréter serait poser un décret sur un décret.
La chaîne de Rabba, et les deux cas où Tossefot montre qu'elle se rompt : la circoncision et le chofar de l'issue de Yom Kippour.
22
וְהַייְנוּ טַעְמָא דְּשׁוֹפָר. וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּלוּלָב.

Et telle est la raison pour le chofar. Et telle est la raison pour le loulav.

💡 Explication

La même crainte explique deux autres silences du Chabbat : le chofar de Roch Hachana et le loulav de Souccot. Dans les trois cas, une mitsva tenue par tous, un objet que l'on porte, et un expert vers qui l'on court.

23
רַב יוֹסֵף אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁעֵינֵיהֶן שֶׁל עֲנִיִּים נְשׂוּאוֹת בְּמִקְרָא מְגִילָּה. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ כְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה — גּוֹבִין בּוֹ בַּיּוֹם, וּמְחַלְּקִין בּוֹ בַּיּוֹם.

Rav Yossef a dit : parce que les yeux des pauvres sont levés vers la lecture de la Meguila. Il est enseigné de même : bien qu'ils aient dit que les villages avancent au jour de rassemblement — on collecte ce jour-là, et l'on distribue ce jour-là.

📜 Rachi (2)
נְשׂוּאוֹת לְמִקְרָא מְגִילָּה לְקַבֵּל מַתְּנוֹת הָאֶבְיוֹנִים וְאִי אֶפְשָׁר בְּשַׁבָּת:
« Sont levés vers la lecture de la Meguila » — pour recevoir les matanot la-évyonim, ce qui est impossible un Chabbat.
גּוֹבִין בּוֹ בַּיּוֹם שֶׁמַּקְדִּימִין בּוֹ לִקְרוֹת גּוֹבִין הַגַּבָּאִים מַתְּנוֹת הָאֶבְיוֹנִים וּמְחַלְּקִין לַעֲנִיִּים:
« On collecte ce jour-là » — le jour où ils avancent la lecture, les collecteurs recueillent les matanot la-évyonim et les distribuent aux pauvres.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַב יוֹסֵף אָמַר מִפְּנֵי שֶׁעֵינֵיהֶם שֶׁל עֲנִיִּים נְשׂוּאוֹת לְמִקְרָא מְגִילָּה. ע"כ צ"ל דְּרַב יוֹסֵף לָא פְּלִיג אַטַּעְמֵיהּ דְּרַבָּה דְּהָא גַּבֵּי שׁוֹפָר וְלוּלָב לֵיכָּא טַעְמָא אַחַרְיַנָא מִכָּל מָקוֹם קָאָמַר הָכָא טַעְמָא אַחַרְיַנָא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא נַפְקוּתָא מִיהָא בַּמִּקְדָּשׁ דְּלֵיכָּא שְׁבוּת וְאַפֵּ"ה אָסוּר מִשּׁוּם הַאי סְבָרָא דְּקָאָמַר רַב יוֹסֵף:
« Et Rav Yossef a dit : parce que les yeux des pauvres sont levés vers la lecture de la Meguila. » Il faut nécessairement dire que Rav Yossef ne conteste pas la raison de Rabba, car pour le chofar et le loulav il n'y a pas d'autre raison. Il donne néanmoins ici une raison supplémentaire, parce qu'il y a une conséquence pratique : au Temple, où il n'y a pas d'interdit rabbinique de chevout, la lecture demeure malgré tout interdite, en vertu du raisonnement que donne Rav Yossef.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הֵיכָא רְמִיזָא אָמַר רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר קְרָא לְקַיֵּים אֵת יְמֵי הַפֻּורִים הָאֵלֶּה בִּזְמַנֵּיהֶם זְמַנִּים הַרְבֵּה תִּקְּנוּ לָהֶם חֲכָמִים וְאֵימָא זְמַנִּים טוּבָא זְמַנֵּיהֶם דֻּומְיָא דִּזְמַנָּם מַה זְמַנָּם תְּרֵי אַף זְמַנֵּיהֶם תְּרֵי וְאֵימָא תְּרֵיסַר וּתְלֵיסַר אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק שְׁלֹשָׁה עָשָׂר זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא פרש"י שֶׁנִּקְהֲלוּ לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וּלְכָךְ לֹא צָרִיךְ קְרָא וְלֹא נְהִירָא דִּנְהִי דְּנִקְהֲלוּ בּוֹ בַּיּוֹם כֵּיוָן שֶׁקָּבְעוּ הַקְּרִיאָה בי"ד וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר מְנָא לַן שֶׁיְּכוֹלִין לִקְרוֹת בּוֹ וְעוֹד דְּלָא זְמַן הַמִּלְחָמָה גּוֹרֶמֶת הַקְּרִיאָה אֶלָּא זְמַן הַמְּנוּחָה כְּדִכְתִיב כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם הַיְּהוּדִים וְגוֹ'. וְנִרְאֶה לר"י דְּסֻוגְיַת גְּמָרָא דִּידַן כְּעֵין הַיְרוּשַׁלְמִי (הֵל' א) דְּפָרִיךְ הָתָם עַל שִׁנּוּיָא דִּכְיָמִים אֲשֶׁר נָחוּ וְאֵימָא י"ב י"ג כְּנֶגֶד י"ד וט"ו וּמְשַׁנֵּי רַבִּי חֶלְבּוֹ י"ג זְמַן מִלְחָמָה הִיא וְהוּא מוֹכִיחַ עַל עַצְמוֹ שֶׁאֵין נַיְיחָא. פֵּירוּשׁ לֵיכָּא לְרַבּוֹיֵי דְּלָא הָווּ כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם. אֶלָּא מֵעַתָּה לֹא יִקְרְאוּ בּוֹ. לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו קוֹרִין בּוֹ אֵין קוֹרִין וְהָכִי נָמֵי אִיכָּא לְפָרוּשֵׁי סֻוגְיָא דִּידַן זְמַן קְהִלָּה פִּי' זְמַן מִלְחָמָה וְלֵיכָּא לְרַבּוֹיֵי מִכִּימִים אֲשֶׁר נָחוּ בָּהֶם וְלֹא מִזְּמַנֵּיהֶם דְּמַשְׁמַע זְמַנִּים אֲחֵרִים דֻּומְיָא דְּאֵלּוּ זְמַנִּים דַּהֲוָה בְּהוּ נַייְחָא וְלֹא צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי דְּמִכָּל מָקוֹם קוֹרֵא (וְלֹא צָרִיךְ קְרָא) דמק"ו אָתֵי כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי. וְלָא נְהִירָא לְרַבֵּינוּ תָּם דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר זְמַן מִלְחָמָה הוּא וְעוֹד קַשְׁיָא לֵיהּ הַאי דְּקָאָמַר וְלֹא צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי דְּאֵין דֶּרֶךְ הַשַּׁ"ס (לִסְתּוֹר) דְּבָרָיו כֵּיוָן שֶׁלֹּא הֻוזְכַּר הַקַּל וָחֹומֶר בַּגְּמָרָא דִּידַן וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא שֶׁהַכֹּל מִתְאַסְּפִין לְתַעֲנִית אֶסְתֵּר וּבָאִים בְּנֵי הַכְּפָרִים לַעֲיָירוֹת לוֹמַר סְלִיחוֹת וְתַחֲנוּנִים לְפִי שֶׁבּוֹ נִקְהֲלוּ לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וְהָיוּ צְרִיכִים רַחֲמִים. וְכֵן מָצִינוּ בְּמֹשֶׁה שֶׁעָשָׂה תַּעֲנִית כְּשֶׁנִּלְחַם בַּעֲמָלֵק דִּכְתִיב וּמֹשֶׁה אַהֲרֹן וְחוּר עָלוּ רֹאשׁ הַגִּבְעָה וְדָרְשִׁינַן בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית מִכָּאן לְתַעֲנִית צִבּוּר שֶׁצָּרִיךְ שְׁלֹשָׁה מִכָּאן נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ תָּם סַעַד לְתַעֲנִית אֶסְתֵּר שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין כְּמוֹ שֶׁעָשׂוּ בִּימֵי מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר כְּשֶׁנִּקְהֲלוּ הַיְּהוּדִים לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וְלֹא מָצִינוּ לוֹ סֶמֶךְ בְּשׁוּם מָקוֹם אֶלָּא בְּכָאן וּמַה שֶׁאָנוּ מַקְדִּימִין הַתַּעֲנִית לְיוֹם חֲמִישִׁי הֵיכָא שֶׁחָל פּוּרִים לִהְיוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְלָא עָבְדִינַן לֵיהּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת נִמְצָא בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים לְפִי שֶׁרְגִילִין בְּתַעֲנִית לְהַרְבּוֹת בִּסְלִיחוֹת וּבְתַחֲנוּנִים וְלֹא יִתָּכֵן לַעֲשׂוֹת כֵּן בְּעֶרֶב שַׁבָּת לְפִי שֶׁלֹּא יוּכְלוּ לִטְרֹוחַ לִכְבוֹד הַשַּׁבָּת וּבְמַסֶּכֶת סוֹפְרִים (פי"ז הֵל' ד) אִיתָא שֶׁרַבּוֹתֵינוּ שֶׁבַּמַּעֲרָב מִתְעַנִּין בַּאֲדָר שְׁלֹשָׁה תַּעֲנִיּוֹת שֶׁל אֶסְתֵּר אע"פ שֶׁאוֹתָן הָיוּ בְּנִיסָן לֹא הָיוּ רוֹצִים לְהִתְעַנּוֹת בְּנִיסָן שֶׁנִּגְאֲלוּ בּוֹ אֲבוֹתֵינוּ וְהוּקַם הַמִּשְׁכָּן: וְאֵימָא שִׁיתְסַר וְשִׁיבְסַר אָמַר קְרָא וְלֹא יַעֲבוֹר. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא סְתִימְתָּאָה אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים בִּזְמַן הַזֶּה הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּלִין בָּהּ אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ כְּלוֹמַר הוֹאִיל וְעֵינֵיהֶם שֶׁל עֲנִיִּים נְשׂוּאוֹת לְמִקְרָא מְגִילָּה כְּדֵי לְחַלֵּק לָהֶם מְעוֹת פּוּרִים בְּיוֹם קְרִיאָתָהּ לְפִיכָךְ אֵין קוֹרִין אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ שֶׁאִם יִקְרְאוּ אוֹתָהּ קֹודֶם זְמַנָּהּ יַחְלְקוּ לָהֶם מָעוֹת פּוּרִים בְּיוֹם קְרִיאָתָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ד:) גּוֹבִין בּוֹ בַּיּוֹם וּמְחַלְּקִין בּוֹ בַיּוֹם וּמוֹצִיאִין הַמָּעוֹת קֹודֶם י"ד וְלֹא יִהְיֶה לָהֶם בַּמֶּה לִשְׂמֹוחַ בְּפוּרִים וְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ה') אֲבָל שִׂמְחָה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ () וְהָא דְּאָמְרִינַן בַּזְּמַן הַזֶּה לְפִי שֶׁמְּצֻוייָּן רֹוב עֲנִיִּים וְיֵשׁ שֶׁגּוֹרְסֵי' הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּנִין בָּהּ כְּלוֹמַר בְּאוֹתוֹ הַזְּמַן שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל יְכוֹלִין לְהַעֲמִיד בְּדָתוֹתֵיהֶם וְאֵין בָּאִין לִידֵי סַכָּנָה הָיוּ קוֹרִין י"א י"ב י"ג אֲבָל בַּזְּמַן הַזֶּה אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ שֶׁהוּא י"ד וט"ו וְכֵן הִלְכְתָא: כְּרַכִּין הַמֻּוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין אוֹתָהּ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר. מְנָא לַן אָמַר רָבָא דְּאָמַר קְרָא עַל כֵּן הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים וְגוֹ' מִדִּפְרָזִים בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר מֻוקָּפִין חוֹמָה בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וְשׁוּשַׁן אע"פ שֶׁאֵינָהּ מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין בט"ו מ"ט הוֹאִיל וְנַעֲשָׂה בּוֹ נֵס וְהַיְּהוּדִים אֲשֶׁר בְּשׁוּשָׁן נִקְהֲלוּ בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר בּוֹ בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר בּוֹ וְנוֹחַ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בּוֹ וְגוֹ' אַרִיבָּ"ל כְּרַךְ וְכָל הַסָּמוּךְ לוֹ אע"פ שֶׁאֵינָהּ נִרְאֶה עִמּוֹ כְּגוֹן שֶׁיּוֹשֶׁבֶת הָעִיר בַּנַּחַל אוֹ כָּל הַנִּרְאֶה עִמּוֹ אע"פ שֶׁלֹּא סָמַךְ לוֹ כְּגוֹן שֶׁיּוֹשֶׁבֶת בְּרֹאשׁ הָהָר נִידּוֹן כִּכְרַךְ וְקוֹרִין בט"ו וְעַד כַּמָּה (לְעֵיל מְגִילָּה דַּף ב ע"ב) א"ר יִרְמְיָה מִיל:
Guemara : « Où cela est-il suggéré [dans le verset] ? » Rav Chemen bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le verset dit « pour établir ces jours de Pourim en leurs temps » (Esther 9,31) — des temps nombreux, les Sages leur en ont institué. Et dis plutôt : des temps en grand nombre ? « Leurs temps » à la forme de « leur temps » : de même que « leur temps » en désigne deux, de même « leurs temps » en désigne deux. Et dis plutôt le douze et le treize ? Rav Chemouel bar Yitshak a dit : le treize est un temps de rassemblement pour tous. Rachi explique : parce qu'ils se rassemblèrent pour tenir contre leurs ennemis, et c'est pourquoi il n'est pas besoin d'un verset [pour l'inclure]. Cela ne paraît pas juste : admettons qu'ils se soient rassemblés ce jour-là, une fois que l'on a fixé la lecture au quatorze et au quinze, d'où saurions-nous qu'il est permis de lire ce jour-là ? De plus, ce n'est pas le temps de la guerre qui fonde la lecture, mais le temps du repos, comme il est écrit « comme les jours où les Juifs se reposèrent », etc. Et il paraît au Ri que la sougya de notre Guemara va comme celle du Yerouchalmi (halakha 1), qui objecte là-bas contre la réponse tirée de « comme les jours où ils se reposèrent » : et dis plutôt le douze et le treize, en face du quatorze et du quinze ? Et Rabbi Helbo répond : le treize est un temps de guerre, et il se démontre de lui-même qu'il n'y a pas là de repos. C'est-à-dire qu'il n'y a pas lieu de l'inclure, puisque ces jours ne furent pas « comme les jours où ils se reposèrent ». S'il en est ainsi, qu'on n'y lise donc pas ! La veille et le lendemain, on y lit ; ce jour-là, on ne lit pas. Ainsi peut-on expliquer aussi notre sougya : « temps de rassemblement » signifie temps de guerre, et il n'y a pas lieu de l'inclure ni par « comme les jours où ils se reposèrent », ni par « leurs temps », qui indique d'autres temps semblables à ceux-là, où il y eut du repos ; et il n'est pas besoin d'un verset pour l'inclure, car de toute façon on lit, cela venant par kal va-homer, ainsi qu'il est dit dans le Yerouchalmi. Cela ne paraît pas juste à Rabbenou Tam : il aurait fallu dire « c'est un temps de guerre » ; et il lui est difficile aussi que l'on dise « et il n'est pas besoin d'un verset pour l'inclure », car ce n'est pas la manière du Talmud de contredire ses propres paroles, puisque le kal va-homer n'a pas été mentionné dans notre Guemara. Rabbenou Tam explique donc : « le treize est un temps de rassemblement pour tous », en ce que tous se rassemblent pour le jeûne d'Esther, et que les gens des villages montent dans les bourgades pour dire les seli'hot et les supplications, parce que ce jour-là ils se rassemblèrent pour tenir contre leurs ennemis et avaient besoin de miséricorde. Ainsi trouvons-nous chez Moche, qui fit un jeûne lorsqu'il combattit Amalek, comme il est écrit « et Moche, Aharon et Hour montèrent au sommet de la colline », d'où l'on expose au traité Taanit qu'un jeûne public requiert trois [hommes]. De là, Rabbenou Tam voit un appui pour le jeûne d'Esther que nous observons, à l'image de ce que l'on fit aux jours de Mordekhai et d'Esther, lorsque les Juifs se rassemblèrent pour tenir contre leurs ennemis ; et nous ne lui avons trouvé de point d'appui en aucun autre endroit qu'ici. Quant au fait que nous avançons le jeûne au jeudi lorsque Pourim tombe à l'issue du Chabbat, au lieu de le faire la veille du Chabbat, cela se trouve dans une réponse des Gueonim : parce que l'on a coutume, un jour de jeûne, de multiplier les seli'hot et les supplications, et qu'il ne convient pas de faire ainsi la veille du Chabbat, car on ne pourrait plus se donner de peine pour l'honneur du Chabbat. Et au traité Sofrim (chapitre 17, halakha 4), il est dit que nos maîtres d'Occident jeûnent en Adar les trois jeûnes d'Esther, bien que ceux-là aient eu lieu en Nissan : ils ne voulaient pas jeûner en Nissan, mois où nos pères furent délivrés et où le Michkan fut dressé. — « Et dis plutôt le seize et le dix-sept ? » Le verset dit : « et qui ne passera pas ». Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ce sont les paroles de Rabbi Akiva énoncées anonymement, mais les Sages disent : de nos jours, puisqu'on y porte le regard, on ne la lit qu'en son temps. C'est-à-dire : puisque les yeux des pauvres sont levés vers la lecture de la Meguila, afin qu'on leur distribue l'argent de Pourim le jour de la lecture, on ne lit donc qu'en son temps ; car si on la lisait avant son temps, on leur distribuerait l'argent de Pourim le jour de cette lecture, comme nous le disons plus loin (Meguila 4b) « on collecte ce jour-là et l'on distribue ce jour-là », et l'argent serait dépensé avant le quatorze, de sorte qu'ils n'auraient pas de quoi se réjouir à Pourim ; et nous disons plus loin (Meguila 5a) que la réjouissance ne se pratique qu'en son temps. Et si l'on dit « de nos jours », c'est parce que les pauvres sont devenus nombreux. Certains ont la leçon « puisqu'on y court un danger », c'est-à-dire : au temps où Israël pouvait se tenir dans ses lois sans en venir à un danger, on lisait le onze, le douze et le treize ; mais de nos jours on ne la lit qu'en son temps, qui est le quatorze et le quinze — et telle est la halakha. — « Les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun la lisent le quinze. » D'où cela ? Rava a dit : le verset dit « c'est pourquoi les Juifs des campagnes », etc. (Esther 9,19) ; du fait que ceux des campagnes lisent le quatorze, ceux qui sont entourés d'une muraille lisent le quinze. Et Chouchan, bien qu'elle ne soit pas entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, lit le quinze. Quelle en est la raison ? Puisqu'un miracle s'y est produit : « et les Juifs qui étaient à Chouchan se rassemblèrent le treize et le quatorze, et se reposèrent le quinze », etc. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : une ville murée et tout ce qui lui est attenant, même si cela n'est pas visible avec elle — par exemple lorsque la localité est située dans un vallon —, ou bien tout ce qui est visible avec elle, même si cela ne lui est pas attenant — par exemple lorsqu'elle est située au sommet de la montagne —, est jugé comme la ville murée, et ils lisent le quinze. Et jusqu'à quelle distance ? Rabbi Yirmeya a dit : un mil.
💡 Explication

Rav Yossef donne une seconde raison. Le jour de la lecture est celui où l'on remet les matanot la-évyonim ; les pauvres l'attendent, et un Chabbat ni la collecte ni la remise d'argent ne sont possibles.

Tossefot précise le rapport entre les deux raisons : Rav Yossef ne conteste pas Rabba, puisque le chofar et le loulav n'ont pas d'autre explication que la sienne. Sa raison ajoute une portée propre, au Temple, où les interdits rabbiniques de Chabbat ne s'appliquent pas et où la lecture reste pourtant exclue.

🖼️ Schéma
Le jour de la lecture est le jour des dons Jour de la lecture le 14, ou le jour de rassemblement Collecte les gabaïm recueillent les dons Distribution matanot la-évyonim aux pauvres Un Chabbat, la chaîne ne peut pas fonctionner Ni collecte ni remise d'argent : les pauvres qui attendaient ce jour-là resteraient les mains vides. C'est la raison de Rav Yossef pour que la lecture ne tombe jamais le Chabbat. La baraita, et la correction de sa formule (seg. 22-23) Première lecture : bien que les villages avancent la lecture, on collecte et l'on distribue ce jour-là. Lecture retenue : puisqu'ils avancent la lecture, les dons avancent avec elle -- les deux ne se séparent pas.
Lecture, collecte, distribution : une chaîne d'un seul jour, que le Chabbat interromprait.
24
אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ? אַדְּרַבָּה, מִשּׁוּם דְּאָמְרוּ הוּא! אֶלָּא: הוֹאִיל וְאָמְרוּ שֶׁכְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה — גּוֹבִין בּוֹ בַּיּוֹם, וּמְחַלְּקִין בּוֹ בַּיּוֹם, מִפְּנֵי שֶׁעֵינֵיהֶם שֶׁל עֲנִיִּים נְשׂוּאוֹת בְּמִקְרָא מְגִילָּה. אֲבָל

« Bien qu'ils aient dit » ? Au contraire, c'est parce qu'ils l'ont dit !

Mais plutôt : puisqu'ils ont dit que les villages avancent au jour de rassemblement — on collecte ce jour-là, et l'on distribue ce jour-là, parce que les yeux des pauvres sont levés vers la lecture de la Meguila. Mais

📜 Rachi (1)
אַדְּרַבָּה מִשּׁוּם דְּאָמְרוּ לְהַקְדִּים אֶת הַקְּרִיאָה הוּא דְּאָמְרוּ לְהַקְדִּים אֶת הַמַּתָּנוֹת כְּדִמְפָרֵשׁ תַּנָּא טַעְמָא וְאָזֵיל מִפְּנֵי שֶׁעֵינֵיהֶן שֶׁל עֲנִיִּים כו':
« Au contraire » — c'est parce qu'ils ont dit d'avancer la lecture qu'ils ont dit d'avancer les dons, ainsi que le tana en donne ensuite la raison : parce que les yeux des pauvres, etc.
💡 Explication

La Guemara corrige la formule de la baraita. Af al pi, « bien que », suggère une concession, comme si l'avance de la lecture allait contre l'avance des dons. La relation est inverse.

La bonne lecture est hoil ve-amrou, « puisqu'ils ont dit » : l'avance de la lecture entraîne celle des dons, précisément parce que les yeux des pauvres sont levés vers la lecture. Le folio s'interrompt sur le mot aval, « mais », et la restriction se lit en 5a.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).