Megillah 5a — Lire seul ou à dix, avancer ou retarder

Megillah 5a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de l'enseignement précédent : la réjouissance de Pourim ne se pratique qu'en son temps. Vient ensuite le partage de Rav et de Rav Assi sur le quorum de la lecture : Rav autorise la lecture individuelle le quatorze et exige dix hommes pour la lecture avancée, Rav Assi exige dix dans tous les cas ; un incident montre Rav lui-même rassemblant dix hommes, et la Guemara examine une autre de ses paroles sur Pourim tombant un Chabbat.

La michna définit ensuite la grande ville par la présence de dix batlanim, et oppose ce que l'on avance, la lecture de la Meguila, a ce que l'on retarde : le bois des cohanim, le neuf Av, la haguiga et le hakhel. La Guemara donne la raison de chaque cas, ajoute deux règles de comput au nom de Rabbi Abba, puis consacre la fin du folio à une baraita sur le temps de la haguiga, que Rav Ochaya, Rava et Rav Achi expliquent de trois manières.

Le fil du folio : lire seul ou à dix, avancer ou retarder Trois mouvements : le quorum de la lecture, la michna de la grande ville, la baraita du temps de la haguiga. Mouvement 1 (seg. 0-3) -- combien faut-il d'hommes pour lire la Meguila ? Rav distingue : en son temps, même seul ; hors de son temps, à dix. Rav Assi exige dix dans les deux cas. Un cas se présenta et Rav rassembla dix hommes. La Guemara objecte à partir d'une autre parole de Rav : quand Pourim tombe un Chabbat, la veille du Chabbat est leur temps -- donc hors du temps vaut comme le temps. Réponse : cette parole ne porte pas sur le quorum. Elle écarte l'avis de Rabbi, qui reportait au jour de rassemblement. Le Roch rapporte les deux tranchées : Rabbenou Tam comme Rav, le Seder de Rav Amram comme Rav Assi. Mouvement 2 (seg. 4-11) -- la michna : qu'est-ce qu'une grande ville, et que fait-on du calendrier ? Une grande ville est celle où se trouvent dix batlanim, hommes libres de leur travail et entretenus par la communauté. En deçà, la localité compte comme un village et avance sa lecture au jour de rassemblement. On avance la Meguila, en vertu du verset ve-lo yaavor, et cela ne passera pas. On retarde le bois des cohanim, le neuf Av, la haguiga et le hakhel. Intermède (seg. 9-10) : on compte des mois pour les années, des jours pour les mois. Deux raisons distinctes de retarder : on n'avance pas un malheur, et le temps de l'obligation n'est pas encore venu. Mouvement 3 (seg. 12-18) -- la baraita : la haguiga et tout le temps de la haguiga, on les retarde La haguiga se comprend seule : un jour de fête tombant un Chabbat, on l'offre après le Chabbat. Reste à expliquer le temps de la haguiga. Trois lectures : Rav Ochaya y voit l'ola de reiya retardée au-delà du jour de fête lui-même, selon Beit Chammai ; Rava y voit la durée de la fête comme limite du rattrapage ; Rav Achi y voit Atseret, fête d'un seul jour, qui garde pourtant sept jours de rattrapage. Le folio s'ouvre alors sur les usages de Rabbi à Pourim : il planta un plant ce jour-là.
Les trois mouvements du folio : le quorum, la michna de la grande ville, le temps de la haguiga.
Rav et Rav Assi : faut-il dix hommes pour lire la Meguila ? Le partage porte sur la lecture avancée au jour de rassemblement, celle que le folio appelle hors de son temps. Rav -- deux régimes En son temps, le quatorze : même seul. Motif de Rachi : ce jour-là l'obligation pèse sur chaque individu, tous lisent, la publicité du miracle est assurée sans assemblée. Hors de son temps : à dix, car la publicité du miracle doit alors être produite par le nombre. L'institution de l'avance fut faite pour la collectivité. Rav Assi -- un seul régime En son temps comme hors de son temps : à dix. Rachi limite la portée de cette exigence : c'est une mitsva de chercher dix hommes, à cause de la publicité du miracle. Faute de dix, il lit seul et demeure acquitté : la lecture individuelle reste permise. Les deux avis se rejoignent donc sur la validité. Le cas rapporté, et la halakha selon le Roch Il y eut un cas : Rav tint compte de l'avis de Rav Assi et rassembla dix hommes, alors même qu'il lisait le quatorze. Rabbenou Tam tranche comme Rav : Rabbi Yo'hanan va dans son sens en 19b, où la Meguila écrite parmi les Ketouvim acquitte l'individu et non l'assemblée -- preuve qu'une lecture individuelle existe. Le Seder de Rav Amram tranche comme Rav Assi, précisément parce que Rav a tenu compte de son avis. Le Roch écarte la preuve tirée de Rabbi Yo'hanan : Rav Assi lui-même admet la lecture seul quand dix manquent. Tossefot ajoute une question voisine : l'individu récite lui aussi les bénédictions.
Rav et Rav Assi sur le quorum de dix, et la halakha telle que le Rosh la rapporte.
Ce que l'on avance, ce que l'on retarde, et pourquoi Le principe makdimin ve-lo meaharin vaut pour la Meguila seule ; tout le reste suit la règle inverse. On avance, on ne retarde pas Lecture de la Meguila aux dates de la michna. Le Roch y joint le prélèvement des chekalim. Raison : le verset ve-lo yaavor Rabbi Abba au nom de Chemouel : le temps fixé ne doit pas passer sans que la lecture ait eu lieu. Le retard est donc exclu par le texte lui-même. On retarde, on n'avance pas Temps du bois des cohanim. Neuf Av. Haguiga. Hakhel. Le Roch ajoute le repas de Pourim, celui de Roch Hodech et une circoncision douteuse. Première raison : le neuf Av On n'avance pas un malheur. Rachi étend la règle au dix-sept Tamouz et au dix Tevet ; le neuf Av est cité parce que les malheurs s'y sont accumulés et que tous y jeûnent. Seconde raison : haguiga et hakhel Le temps de leur obligation n'est pas encore venu. Rachi : celui qui les avance ne s'acquitte de rien, et il en va de même du bois des cohanim, dont le jour est fixé par vœu. Ce que la michna permet malgré l'avance Le jour avancé n'est pas Pourim : l'éloge funèbre et le jeûne y demeurent permis. Les matanot la-evyonim s'y donnent pourtant, car les pauvres attendent le jour de la lecture.
Ce que l'on avance et ce que l'on retarde, avec la raison propre à chaque cas.
1
שִׂמְחָה, אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ.

— mais la réjouissance ne se pratique qu'en son temps.

📜 Rachi (1)
שִׂמְחָה שֶׁל מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה:
« La réjouissance » — celle du repas et de la boisson.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הֵיכָא רְמִיזָא אָמַר רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר קְרָא לְקַיֵּים אֵת יְמֵי הַפֻּורִים הָאֵלֶּה בִּזְמַנֵּיהֶם זְמַנִּים הַרְבֵּה תִּקְּנוּ לָהֶם חֲכָמִים וְאֵימָא זְמַנִּים טוּבָא זְמַנֵּיהֶם דֻּומְיָא דִּזְמַנָּם מַה זְמַנָּם תְּרֵי אַף זְמַנֵּיהֶם תְּרֵי וְאֵימָא תְּרֵיסַר וּתְלֵיסַר אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק שְׁלֹשָׁה עָשָׂר זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא פרש"י שֶׁנִּקְהֲלוּ לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וּלְכָךְ לֹא צָרִיךְ קְרָא וְלֹא נְהִירָא דִּנְהִי דְּנִקְהֲלוּ בּוֹ בַּיּוֹם כֵּיוָן שֶׁקָּבְעוּ הַקְּרִיאָה בי"ד וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר מְנָא לַן שֶׁיְּכוֹלִין לִקְרוֹת בּוֹ וְעוֹד דְּלָא זְמַן הַמִּלְחָמָה גּוֹרֶמֶת הַקְּרִיאָה אֶלָּא זְמַן הַמְּנוּחָה כְּדִכְתִיב כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם הַיְּהוּדִים וְגוֹ'. וְנִרְאֶה לר"י דְּסֻוגְיַת גְּמָרָא דִּידַן כְּעֵין הַיְרוּשַׁלְמִי (הֵל' א) דְּפָרִיךְ הָתָם עַל שִׁנּוּיָא דִּכְיָמִים אֲשֶׁר נָחוּ וְאֵימָא י"ב י"ג כְּנֶגֶד י"ד וט"ו וּמְשַׁנֵּי רַבִּי חֶלְבּוֹ י"ג זְמַן מִלְחָמָה הִיא וְהוּא מוֹכִיחַ עַל עַצְמוֹ שֶׁאֵין נַיְיחָא. פֵּירוּשׁ לֵיכָּא לְרַבּוֹיֵי דְּלָא הָווּ כַּיָּמִים אֲשֶׁר נָחוּ בָהֶם. אֶלָּא מֵעַתָּה לֹא יִקְרְאוּ בּוֹ. לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו קוֹרִין בּוֹ אֵין קוֹרִין וְהָכִי נָמֵי אִיכָּא לְפָרוּשֵׁי סֻוגְיָא דִּידַן זְמַן קְהִלָּה פִּי' זְמַן מִלְחָמָה וְלֵיכָּא לְרַבּוֹיֵי מִכִּימִים אֲשֶׁר נָחוּ בָּהֶם וְלֹא מִזְּמַנֵּיהֶם דְּמַשְׁמַע זְמַנִּים אֲחֵרִים דֻּומְיָא דְּאֵלּוּ זְמַנִּים דַּהֲוָה בְּהוּ נַייְחָא וְלֹא צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי דְּמִכָּל מָקוֹם קוֹרֵא (וְלֹא צָרִיךְ קְרָא) דמק"ו אָתֵי כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי. וְלָא נְהִירָא לְרַבֵּינוּ תָּם דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר זְמַן מִלְחָמָה הוּא וְעוֹד קַשְׁיָא לֵיהּ הַאי דְּקָאָמַר וְלֹא צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי דְּאֵין דֶּרֶךְ הַשַּׁ"ס (לִסְתּוֹר) דְּבָרָיו כֵּיוָן שֶׁלֹּא הֻוזְכַּר הַקַּל וָחֹומֶר בַּגְּמָרָא דִּידַן וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא שֶׁהַכֹּל מִתְאַסְּפִין לְתַעֲנִית אֶסְתֵּר וּבָאִים בְּנֵי הַכְּפָרִים לַעֲיָירוֹת לוֹמַר סְלִיחוֹת וְתַחֲנוּנִים לְפִי שֶׁבּוֹ נִקְהֲלוּ לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וְהָיוּ צְרִיכִים רַחֲמִים. וְכֵן מָצִינוּ בְּמֹשֶׁה שֶׁעָשָׂה תַּעֲנִית כְּשֶׁנִּלְחַם בַּעֲמָלֵק דִּכְתִיב וּמֹשֶׁה אַהֲרֹן וְחוּר עָלוּ רֹאשׁ הַגִּבְעָה וְדָרְשִׁינַן בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית מִכָּאן לְתַעֲנִית צִבּוּר שֶׁצָּרִיךְ שְׁלֹשָׁה מִכָּאן נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ תָּם סַעַד לְתַעֲנִית אֶסְתֵּר שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין כְּמוֹ שֶׁעָשׂוּ בִּימֵי מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר כְּשֶׁנִּקְהֲלוּ הַיְּהוּדִים לַעֲמֹוד עַל נַפְשָׁם וְלֹא מָצִינוּ לוֹ סֶמֶךְ בְּשׁוּם מָקוֹם אֶלָּא בְּכָאן וּמַה שֶׁאָנוּ מַקְדִּימִין הַתַּעֲנִית לְיוֹם חֲמִישִׁי הֵיכָא שֶׁחָל פּוּרִים לִהְיוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְלָא עָבְדִינַן לֵיהּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת נִמְצָא בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים לְפִי שֶׁרְגִילִין בְּתַעֲנִית לְהַרְבּוֹת בִּסְלִיחוֹת וּבְתַחֲנוּנִים וְלֹא יִתָּכֵן לַעֲשׂוֹת כֵּן בְּעֶרֶב שַׁבָּת לְפִי שֶׁלֹּא יוּכְלוּ לִטְרֹוחַ לִכְבוֹד הַשַּׁבָּת וּבְמַסֶּכֶת סוֹפְרִים (פי"ז הֵל' ד) אִיתָא שֶׁרַבּוֹתֵינוּ שֶׁבַּמַּעֲרָב מִתְעַנִּין בַּאֲדָר שְׁלֹשָׁה תַּעֲנִיּוֹת שֶׁל אֶסְתֵּר אע"פ שֶׁאוֹתָן הָיוּ בְּנִיסָן לֹא הָיוּ רוֹצִים לְהִתְעַנּוֹת בְּנִיסָן שֶׁנִּגְאֲלוּ בּוֹ אֲבוֹתֵינוּ וְהוּקַם הַמִּשְׁכָּן: וְאֵימָא שִׁיתְסַר וְשִׁיבְסַר אָמַר קְרָא וְלֹא יַעֲבוֹר. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא סְתִימְתָּאָה אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים בִּזְמַן הַזֶּה הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּלִין בָּהּ אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ כְּלוֹמַר הוֹאִיל וְעֵינֵיהֶם שֶׁל עֲנִיִּים נְשׂוּאוֹת לְמִקְרָא מְגִילָּה כְּדֵי לְחַלֵּק לָהֶם מְעוֹת פּוּרִים בְּיוֹם קְרִיאָתָהּ לְפִיכָךְ אֵין קוֹרִין אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ שֶׁאִם יִקְרְאוּ אוֹתָהּ קֹודֶם זְמַנָּהּ יַחְלְקוּ לָהֶם מָעוֹת פּוּרִים בְּיוֹם קְרִיאָתָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ד:) גּוֹבִין בּוֹ בַּיּוֹם וּמְחַלְּקִין בּוֹ בַיּוֹם וּמוֹצִיאִין הַמָּעוֹת קֹודֶם י"ד וְלֹא יִהְיֶה לָהֶם בַּמֶּה לִשְׂמֹוחַ בְּפוּרִים וְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף ה') אֲבָל שִׂמְחָה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ () וְהָא דְּאָמְרִינַן בַּזְּמַן הַזֶּה לְפִי שֶׁמְּצֻוייָּן רֹוב עֲנִיִּים וְיֵשׁ שֶׁגּוֹרְסֵי' הוֹאִיל וּמִסְתַּכְּנִין בָּהּ כְּלוֹמַר בְּאוֹתוֹ הַזְּמַן שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל יְכוֹלִין לְהַעֲמִיד בְּדָתוֹתֵיהֶם וְאֵין בָּאִין לִידֵי סַכָּנָה הָיוּ קוֹרִין י"א י"ב י"ג אֲבָל בַּזְּמַן הַזֶּה אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ שֶׁהוּא י"ד וט"ו וְכֵן הִלְכְתָא: כְּרַכִּין הַמֻּוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין אוֹתָהּ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר. מְנָא לַן אָמַר רָבָא דְּאָמַר קְרָא עַל כֵּן הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים וְגוֹ' מִדִּפְרָזִים בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר מֻוקָּפִין חוֹמָה בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וְשׁוּשַׁן אע"פ שֶׁאֵינָהּ מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין בט"ו מ"ט הוֹאִיל וְנַעֲשָׂה בּוֹ נֵס וְהַיְּהוּדִים אֲשֶׁר בְּשׁוּשָׁן נִקְהֲלוּ בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר בּוֹ בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר בּוֹ וְנוֹחַ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בּוֹ וְגוֹ' אַרִיבָּ"ל כְּרַךְ וְכָל הַסָּמוּךְ לוֹ אע"פ שֶׁאֵינָהּ נִרְאֶה עִמּוֹ כְּגוֹן שֶׁיּוֹשֶׁבֶת הָעִיר בַּנַּחַל אוֹ כָּל הַנִּרְאֶה עִמּוֹ אע"פ שֶׁלֹּא סָמַךְ לוֹ כְּגוֹן שֶׁיּוֹשֶׁבֶת בְּרֹאשׁ הָהָר נִידּוֹן כִּכְרַךְ וְקוֹרִין בט"ו וְעַד כַּמָּה (לְעֵיל מְגִילָּה דַּף ב ע"ב) א"ר יִרְמְיָה מִיל:
Guemara : « Où cela est-il suggéré [dans le verset] ? » Rav Chemen bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le verset dit « pour établir ces jours de Pourim en leurs temps » (Esther 9,31) — des temps nombreux, les Sages leur en ont institué. Et dis plutôt : des temps en grand nombre ? « Leurs temps » à la forme de « leur temps » : de même que « leur temps » en désigne deux, de même « leurs temps » en désigne deux. Et dis plutôt le douze et le treize ? Rav Chemouel bar Yitshak a dit : le treize est un temps de rassemblement pour tous. Rachi explique : parce qu'ils se rassemblèrent pour tenir contre leurs ennemis, et c'est pourquoi il n'est pas besoin d'un verset [pour l'inclure]. Cela ne paraît pas juste : admettons qu'ils se soient rassemblés ce jour-là, une fois que l'on a fixé la lecture au quatorze et au quinze, d'où saurions-nous qu'il est permis de lire ce jour-là ? De plus, ce n'est pas le temps de la guerre qui fonde la lecture, mais le temps du repos, comme il est écrit « comme les jours où les Juifs se reposèrent », etc. Et il paraît au Ri que la sougya de notre Guemara va comme celle du Yerouchalmi (halakha 1), qui objecte là-bas contre la réponse tirée de « comme les jours où ils se reposèrent » : et dis plutôt le douze et le treize, en face du quatorze et du quinze ? Et Rabbi Helbo répond : le treize est un temps de guerre, et il se démontre de lui-même qu'il n'y a pas là de repos. C'est-à-dire qu'il n'y a pas lieu de l'inclure, puisque ces jours ne furent pas « comme les jours où ils se reposèrent ». S'il en est ainsi, qu'on n'y lise donc pas ! La veille et le lendemain, on y lit ; ce jour-là, on ne lit pas. Ainsi peut-on expliquer aussi notre sougya : « temps de rassemblement » signifie temps de guerre, et il n'y a pas lieu de l'inclure ni par « comme les jours où ils se reposèrent », ni par « leurs temps », qui indique d'autres temps semblables à ceux-là, où il y eut du repos ; et il n'est pas besoin d'un verset pour l'inclure, car de toute façon on lit, cela venant par kal va-homer, ainsi qu'il est dit dans le Yerouchalmi. Cela ne paraît pas juste à Rabbenou Tam : il aurait fallu dire « c'est un temps de guerre » ; et il lui est difficile aussi que l'on dise « et il n'est pas besoin d'un verset pour l'inclure », car ce n'est pas la manière du Talmud de contredire ses propres paroles, puisque le kal va-homer n'a pas été mentionné dans notre Guemara. Rabbenou Tam explique donc : « le treize est un temps de rassemblement pour tous », en ce que tous se rassemblent pour le jeûne d'Esther, et que les gens des villages montent dans les bourgades pour dire les seli'hot et les supplications, parce que ce jour-là ils se rassemblèrent pour tenir contre leurs ennemis et avaient besoin de miséricorde. Ainsi trouvons-nous chez Moche, qui fit un jeûne lorsqu'il combattit Amalek, comme il est écrit « et Moche, Aharon et Hour montèrent au sommet de la colline », d'où l'on expose au traité Taanit qu'un jeûne public requiert trois [hommes]. De là, Rabbenou Tam voit un appui pour le jeûne d'Esther que nous observons, à l'image de ce que l'on fit aux jours de Mordekhai et d'Esther, lorsque les Juifs se rassemblèrent pour tenir contre leurs ennemis ; et nous ne lui avons trouvé de point d'appui en aucun autre endroit qu'ici. Quant au fait que nous avançons le jeûne au jeudi lorsque Pourim tombe à l'issue du Chabbat, au lieu de le faire la veille du Chabbat, cela se trouve dans une réponse des Gueonim : parce que l'on a coutume, un jour de jeûne, de multiplier les seli'hot et les supplications, et qu'il ne convient pas de faire ainsi la veille du Chabbat, car on ne pourrait plus se donner de peine pour l'honneur du Chabbat. Et au traité Sofrim (chapitre 17, halakha 4), il est dit que nos maîtres d'Occident jeûnent en Adar les trois jeûnes d'Esther, bien que ceux-là aient eu lieu en Nissan : ils ne voulaient pas jeûner en Nissan, mois où nos pères furent délivrés et où le Michkan fut dressé. — « Et dis plutôt le seize et le dix-sept ? » Le verset dit : « et qui ne passera pas ». Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ce sont les paroles de Rabbi Akiva énoncées anonymement, mais les Sages disent : de nos jours, puisqu'on y porte le regard, on ne la lit qu'en son temps. C'est-à-dire : puisque les yeux des pauvres sont levés vers la lecture de la Meguila, afin qu'on leur distribue l'argent de Pourim le jour de la lecture, on ne lit donc qu'en son temps ; car si on la lisait avant son temps, on leur distribuerait l'argent de Pourim le jour de cette lecture, comme nous le disons plus loin (Meguila 4b) « on collecte ce jour-là et l'on distribue ce jour-là », et l'argent serait dépensé avant le quatorze, de sorte qu'ils n'auraient pas de quoi se réjouir à Pourim ; et nous disons plus loin (Meguila 5a) que la réjouissance ne se pratique qu'en son temps. Et si l'on dit « de nos jours », c'est parce que les pauvres sont devenus nombreux. Certains ont la leçon « puisqu'on y court un danger », c'est-à-dire : au temps où Israël pouvait se tenir dans ses lois sans en venir à un danger, on lisait le onze, le douze et le treize ; mais de nos jours on ne la lit qu'en son temps, qui est le quatorze et le quinze — et telle est la halakha. — « Les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun la lisent le quinze. » D'où cela ? Rava a dit : le verset dit « c'est pourquoi les Juifs des campagnes », etc. (Esther 9,19) ; du fait que ceux des campagnes lisent le quatorze, ceux qui sont entourés d'une muraille lisent le quinze. Et Chouchan, bien qu'elle ne soit pas entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, lit le quinze. Quelle en est la raison ? Puisqu'un miracle s'y est produit : « et les Juifs qui étaient à Chouchan se rassemblèrent le treize et le quatorze, et se reposèrent le quinze », etc. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : une ville murée et tout ce qui lui est attenant, même si cela n'est pas visible avec elle — par exemple lorsque la localité est située dans un vallon —, ou bien tout ce qui est visible avec elle, même si cela ne lui est pas attenant — par exemple lorsqu'elle est située au sommet de la montagne —, est jugé comme la ville murée, et ils lisent le quinze. Et jusqu'à quelle distance ? Rabbi Yirmeya a dit : un mil.
💡 Explication

Fin de l'enseignement commencé en 4b. Les dons aux pauvres suivent la lecture avancée, puisque les yeux des pauvres sont levés vers elle ; la réjouissance, elle, demeure attachée au quatorze.

Rachi précise de quelle réjouissance il s'agit : celle du repas et de la boisson, la seouda de Pourim. Le Roch s'en sert plus haut pour expliquer pourquoi, de nos jours, on ne lit plus qu'en son temps : l'argent distribué trop tôt serait dépensé avant le quatorze, et les pauvres n'auraient plus de quoi se réjouir le jour voulu.

2
אָמַר רַב: מְגִילָּה בִּזְמַנָּהּ — קוֹרִין אוֹתָהּ אֲפִילּוּ בְּיָחִיד, שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ — בַּעֲשָׂרָה. רַב אַסִּי אָמַר: בֵּין בִּזְמַנָּהּ בֵּין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ — בַּעֲשָׂרָה. הֲוָה עוּבְדָא, וְחַשׁ לֵיהּ רַב לְהָא דְּרַב אַסִּי.

Rav a dit : la Meguila, en son temps, on la lit même seul ; hors de son temps, à dix. Rav Assi a dit : aussi bien en son temps que hors de son temps, à dix.

Il y eut un cas, et Rav tint compte de cet avis de Rav Assi.

📜 Rachi (4)
בִּזְמַנָּהּ בי"ד מִתּוֹךְ שֶׁהִיא חוֹבָה בּוֹ בַּיּוֹם עַל כָּל יָחִיד וְיָחִיד קוֹרִין אוֹתָהּ אֲפִילּוּ בְּיָחִיד דְּהַכֹּל קוֹרִין בּוֹ וְאִיכָּא פִּרְסוּם נֵס:
« En son temps » — le quatorze. Puisque ce jour-là la lecture est une obligation qui incombe à chaque individu, on la lit même seul : tous la lisent ce jour-là, et la publicité du miracle est assurée.
שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן כְּפָרִים הַמַּקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בַּעֲשָׂרָה דְּבָעֵינַן פִּרְסוּם נִיסָּא:
« Hors de son temps » — par exemple les villages qui avancent au jour de rassemblement : on ne la lit qu'à dix, car il nous faut la publicité du miracle.
וְרַב אַסִּי אָמַר בֵּין בִּזְמַנָּהּ בֵּין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה לְחַזֵּר אַחַר עֲשָׂרָה מִשּׁוּם פִּרְסוּמֵי נִיסָּא אֲבָל אִי לָא אַשְׁכַּח עֲשָׂרָה לֹא אָמַר רַב אַסִּי דְּלָא לִיקְרֵי שֶׁאֵין אִיסּוּר קְרִיאָתָהּ בְּיָחִיד אֶלָּא מִצְוָה לִקְרוֹתָהּ בַּעֲשָׂרָה:
« Et Rav Assi a dit : aussi bien en son temps que hors de son temps » — c'est une mitsva de chercher dix hommes, à cause de la publicité du miracle. Mais s'il ne trouve pas dix hommes, Rav Assi n'a pas dit qu'il s'abstienne de lire : lire seul demeure permis, et lire à dix est une mitsva.
וְחַשׁ לֵיהּ רַב לְהָא דְּרַב אַסִּי וְחָזַר עַל עֲשָׂרָה וְקִיבְּצָן:
« Et Rav tint compte de cet avis de Rav Assi » — il chercha dix hommes et les rassembla.
🗂️ Tossefot (1)
הֲוָה עוֹבָדָא וְחַשׁ לֵיהּ רַב לְהָא דְּרַב אַסִּי. מִכָּל מָקוֹם הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב דְּהָא ר' יוֹחָנָן אִיתָא כְּוָותֵיהּ פֶּרֶק שֵׁנִי (דַּף יט:) דְּקָאָמַר הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים (יָצָא) וּמַסִּיק הָא בְּיָחִיד הָא בְּצִבּוּר אַלְמָא שֶׁקּוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְכֵן הֲלָכָה דְּרַב וְר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן וכ"ש הָכָא דְּקִייְּמוֹ בְּחַד שִׁיטְתָא וְעוֹד דְּרַב אַסִּי תַּלְמִיד דְּרַב הֲוָה וְרַבֵּינוּ יוֹסֵף אִישׁ יְרוּשָׁלַיִם פָּסַק דְּאַף בְּיָחִיד צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְכֵן נִמְצָא בִּתְשׁוּבַת רַשִׁ"י שֶׁהֵשִׁיב נִרְאֶה בְּעֵינַי דְּלָא שְׁנָא יָחִיד וְלָא שְׁנָא צִבּוּר אֶחָד מְבָרֵךְ וַאֲחֵרִים שׁוֹמְעִין וְכֵן נִרְאֶה לוֹמַר מֵאַחַר שֶׁהוֹכַחְנוּ קְרִיאָתָהּ בְּיָחִיד אִי אִיתָא שֶׁאֵין בָּהּ בְּרָכָה [בְּיָחִיד] הֲוָה לֵיהּ לְפָרוּשֵׁי (לְקַמָּן מְגִילָּה כא:) מַאי מְבָרֵךְ דְּאָמַר בְּצִבּוּר:
« Il y eut un cas, et Rav tint compte de cet avis de Rav Assi. » Malgré cela, la halakha suit Rav, car Rabbi Yo'hanan va dans son sens au deuxième chapitre (19b) : il y est dit que celui qui lit dans une Meguila écrite parmi les Ketouvim [s'acquitte], et la Guemara conclut que l'un vaut pour la lecture individuelle et l'autre pour la lecture en assemblée — donc on la lit seul. Telle est la halakha, car entre Rav et Rabbi Yo'hanan la halakha suit Rabbi Yo'hanan, et à plus forte raison ici, où ils tiennent la même ligne ; de plus, Rav Assi était l'élève de Rav. Rabbenou Yossef, homme de Jérusalem, a tranché que même seul on doit réciter la bénédiction. On trouve de même dans une réponse de Rachi, qui répondit : il me paraît qu'il n'y a pas de différence entre un individu et une assemblée — l'un récite la bénédiction et les autres écoutent. Cela paraît juste à dire, car, une fois établie la lecture individuelle, s'il n'y avait pas de bénédiction [pour l'individu], la Guemara aurait dû le préciser plus loin (Meguila 21b), là où elle demande « que bénit-on ? » et répond à propos de l'assemblée.
⚖️ Rosh (1)
וְאָמַר ר"י בֶּן לֵוִי חַייָּב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים כ״ב:ג׳) אֱ-לֹהַי אֶקְרָא יוֹמָם וְלֹא תַעֲנֶה וְלַיְלָה וְלֹא דוּמִיָּה לִי. הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל אַף עַל פִּי שֶׁבֵּירֵךְ זְמַן בַּלַּיְלָה חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ זְמַן אַף בַּיּוֹם דְּעִיקַּר קְרִיאָתָהּ הָוֵי בַּיּוֹם יוֹתֵר מִבְּלִילָה דְּהָכִי מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּקְרָא אֶקְרָא יוֹמָם אע"פ שֶׁלַּיְלָה לֹא דּוּמִיָּה לִי וְקָרָאתִי בַּלַּיְלָה בַּיּוֹם תְּהֵא עִיקַּר הַקְּרִיאָה וְגַם עִיקַּר פִּרְסוּמֵי נִיסָּא הוּא בַּיּוֹם בִּזְמַן מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת וּתְנַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כ:) כָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה קָתָנֵי וְכָל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לִקְרִיאַת מְגִילָּה לָא קָתָנֵי לְפִי שֶׁאֵינָהּ עִיקַּר קְרִיאָה בַּלַּיְלָה וְקָתָנֵי נָמֵי (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף כ.) אֵין קוֹרְאִין אֶת הַמְּגִילָּה וְלֹא מוֹהֲלִין וְלֹא טוֹבְלִין אֶלָּא בַּיּוֹם וּמְפָרֵשׁ בגמ' מִנָּלַן דִּכְתִיב וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה בַּיּוֹם אִין בַּלַּיְלָה לָא לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי כִּי קָתָנֵי אַדְּיוֹם וּמִיהוּ מִדְּקָתָנֵי מִקְרָא מְגִילָּה בַּהֲדַייְהוּ שְׁמַע מִינָּה דְּעִיקַּר מִקְרָא מְגִילָּה הָוֵי בִּימָמָא וְעוֹד מִדְּאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כא:) מַאי מְבָרֵךְ מנ"ח וְלָא קָאָמַר בַּלַּיְלָה מְבָרֵךְ מנ"ח וּבַיּוֹם מ"נ כִּדְקָאָמַר גַּבֵּי נֵר חֲנֻוכָּה יוֹמָא קַמָּא מְבָרֵךְ ננ"ח וְכוּ' אַלְמָא מַשְׁמַע דמנ"ח מְבָרֵךְ בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה וְעוֹד שֶׁבְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁהָיוּ מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה מִסְּתָמָא בַּיּוֹם הָיוּ בָּאִים לִשְׁמֹועַ אֶת הַמְּגִילָּה כְּשֶׁבָּאִין לִשְׁמֹועַ קְרִיאַת הַתּוֹרָה אַלְמָא שֶׁעִיקַּר קְרִיאָתָהּ בַּיּוֹם ואע"ג דַּהֲוָה סָלְקָא דַּעְתָּא לְמִיתְנְייֵהּ מַתְנִיתִין דִּידֵיהּ בִּימָמָא מ"מ לָא מִיתּוֹקַם הָכִי: אָמַר רַב מְגִילָּה בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא). בַּעֲשָׂרָה פרש"י שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן בְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁמַּקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה ואע"ג דְּבִימֵי רַב לֵיכָּא לְהַךְ הַקְדָּמָה דְּאֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ פְּלֻוגְתָּא דִּזְמַנָּהּ אַשְׁמוֹעִינַן דְּבִזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְרַב אַסִּי אָמַר בֵּין בִּזְמַנָּהּ וּבֵין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא) בַּעֲשָׂרָה וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן שֶׁחָל אַרְבָּעָה עָשָׂר לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת לִבְנֵי עֲיָירוֹת וט"ו לִבְנֵי כְּרַכִּין שֶׁמַּקְדִּימִין וְקוֹרִין בע"ש לִבְנֵי כְּרַכִּין הֲוָה עוּבְדָא וְחָשׁ לָהּ רַב %לְהָא דְּרַב אַסִּי ואע"ג דְּחָשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי קי"ל כְּרַב דְּהָא ר' יוֹחָנָן קָאֵי כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף יט:) הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים לֹא יָצָא וְלָא אֲמָרָן אֶלָּא בְּצִבּוּר מִכְּלָל דִּבְיָחִיד יָצָא וְשָׁמְעִינַן מֵהָא דְּקוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד כְּרַב דְּאָמַר בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְכֵן פָּסַק רַבֵּינוּ תָּם וּבְסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק כְּרַב אַסִּי מִדְּחַשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי וְכֵן מִסְתַּבֵּר וְהָא דְּר' יוֹחָנָן אֵינָהּ רְאָיָה דְּאַף לְרַב אַסִּי קְרִיאָה בְּיָחִיד כִּדְפֵי' רַשִׁ"י דְּמִצְוָה לַחֲזֹור אַחַר עֲשָׂרָה וְאִם לֹא מָצָא עֲשָׂרָה אֵינוֹ פָּטוּר מִקְּרִיאָה אֶלָּא קוֹרֵא בְּיָחִיד:
Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : l'homme est tenu de lire la Meguila la nuit et de la répéter le jour, ainsi qu'il est dit « Mon D.ieu, j'appelle le jour et Tu ne réponds pas, et la nuit, et point de repos pour moi » (Tehilim 22,3). Rabbenou Tam disait : bien qu'on ait récité la bénédiction chehehiyanou la nuit, on la récite de nouveau le jour, car la lecture principale a lieu le jour plutôt que la nuit. Tel est le sens de la formule du verset : « j'appelle le jour » — bien que « la nuit, point de repos pour moi » et que j'aie lu la nuit, la lecture principale sera celle du jour. La publicité du miracle a lieu elle aussi principalement le jour, au moment du festin, de la réjouissance, des matanot la-evyonim et du michloah manot. Nous avons appris plus loin (Meguila 20b) : « toute la journée est apte à la lecture de la Meguila » ; la michna n'enseigne pas « toute la nuit est apte à la lecture de la Meguila », parce que la lecture de la nuit n'est pas la principale. Elle enseigne aussi (Meguila 20a) : on ne lit la Meguila, on ne circoncit et on ne s'immerge que de jour ; et la Guemara explique : d'où cela ? De ce qu'il est écrit « et ces jours » — de jour oui, de nuit non. Faut-il dire que c'est une objection contre Rabbi Yehochoua ben Levi, etc. ? Elle répond : ce qu'elle enseigne porte sur le jour. Toutefois, puisqu'elle range la lecture de la Meguila avec ces choses-là, on en déduit que la lecture principale de la Meguila a lieu de jour. De plus, nous disons plus loin (Meguila 21b) « que bénit-on ? » — les trois bénédictions : sur la lecture de la Meguila, « qui a fait des miracles » et chehehiyanou ; la Guemara ne distingue pas en disant que la nuit on en récite trois et le jour deux, comme elle le fait pour la lampe de 'Hanouka : « le premier jour on récite les trois bénédictions », etc. Il ressort de là que les trois bénédictions se récitent le jour comme la nuit. De plus, les gens des villages qui avançaient au jour de rassemblement venaient vraisemblablement entendre la Meguila de jour, lorsqu'ils venaient entendre la lecture de la Torah : preuve que la lecture principale a lieu de jour. Et bien que l'on ait pu penser enseigner sa michna à propos du jour, cela ne se soutient pas ainsi. — « Rav a dit : la Meguila, en son temps, on la lit seul ; hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. » Rachi explique : « hors de son temps », par exemple les gens des villages qui avancent au jour de rassemblement ; et bien qu'aux jours de Rav cette avance n'existât plus, puisqu'on ne lit qu'en son temps, il nous enseigne par cette controverse portant sur le temps qu'en son temps on la lit seul. « Et Rav Assi a dit : aussi bien en son temps que hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. » Certains expliquent « hors de son temps » ainsi : lorsque le quatorze tombe un Chabbat pour les gens des bourgades, et le quinze pour les gens des villes murées, qui avancent et lisent la veille du Chabbat — cela vaut pour les gens des villes murées. « Il y eut un cas, et Rav tint compte de cet avis de Rav Assi. » Bien que Rav en ait tenu compte, nous tenons la halakha comme Rav, car Rabbi Yo'hanan va dans son sens : Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan (Meguila 19b) que celui qui lit dans une Meguila écrite parmi les Ketouvim ne s'acquitte pas, et cela n'a été dit que pour l'assemblée — d'où il ressort que, seul, il s'acquitte. Nous apprenons de là qu'on la lit seul, comme Rav qui dit qu'en son temps on la lit seul ; ainsi a tranché Rabbenou Tam. Dans le Seder de Rav Amram, il a tranché comme Rav Assi, du fait que Rav a tenu compte de l'avis de Rav Assi, et cela paraît juste. Quant à la parole de Rabbi Yo'hanan, elle ne constitue pas une preuve, car même selon Rav Assi la lecture individuelle vaut, comme Rachi l'a expliqué : c'est une mitsva de chercher dix hommes, et s'il n'en a pas trouvé dix, il n'est pas dispensé de la lecture et lit seul.
💡 Explication

Nouvelle sougya. La question porte sur le quorum de la lecture. Pour Rav, la lecture du quatorze est une obligation individuelle que chacun accomplit, de sorte que la publicité du miracle (pirsoumei nissa) est déjà assurée ; la lecture avancée au jour de rassemblement fut instituée pour la collectivité et requiert donc dix hommes. Rav Assi exige dix dans les deux cas.

Rachi limite la portée de l'exigence de Rav Assi : chercher dix hommes est une mitsva, et celui qui n'en trouve pas dix lit seul et s'acquitte. Le partage porte donc sur la manière de lire, plus que sur la validité de la lecture.

Le récit final, hava ouvda, rapporte un cas où Rav rassembla lui-même dix hommes. Le Roch en tire deux tranchées opposées : Rabbenou Tam suit Rav, le Seder de Rav Amram suit Rav Assi, précisément parce que Rav a tenu compte de son avis.

🖼️ Schéma
Rav et Rav Assi : faut-il dix hommes pour lire la Meguila ? Le partage porte sur la lecture avancée au jour de rassemblement, celle que le folio appelle hors de son temps. Rav -- deux régimes En son temps, le quatorze : même seul. Motif de Rachi : ce jour-là l'obligation pèse sur chaque individu, tous lisent, la publicité du miracle est assurée sans assemblée. Hors de son temps : à dix, car la publicité du miracle doit alors être produite par le nombre. L'institution de l'avance fut faite pour la collectivité. Rav Assi -- un seul régime En son temps comme hors de son temps : à dix. Rachi limite la portée de cette exigence : c'est une mitsva de chercher dix hommes, à cause de la publicité du miracle. Faute de dix, il lit seul et demeure acquitté : la lecture individuelle reste permise. Les deux avis se rejoignent donc sur la validité. Le cas rapporté, et la halakha selon le Roch Il y eut un cas : Rav tint compte de l'avis de Rav Assi et rassembla dix hommes, alors même qu'il lisait le quatorze. Rabbenou Tam tranche comme Rav : Rabbi Yo'hanan va dans son sens en 19b, où la Meguila écrite parmi les Ketouvim acquitte l'individu et non l'assemblée -- preuve qu'une lecture individuelle existe. Le Seder de Rav Amram tranche comme Rav Assi, précisément parce que Rav a tenu compte de son avis. Le Roch écarte la preuve tirée de Rabbi Yo'hanan : Rav Assi lui-même admet la lecture seul quand dix manquent. Tossefot ajoute une question voisine : l'individu récite lui aussi les bénédictions.
Les deux avis sur le quorum, le cas rapporté et la halakha telle que le Roch la discute.
3
וּמִי אָמַר רַב הָכִי? וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: פּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — עֶרֶב שַׁבָּת זְמַנָּם. עֶרֶב שַׁבָּת זְמַנָּם?! וְהָא שַׁבָּת זְמַנָּם הוּא! אֶלָּא לָאו הָכִי קָאָמַר: שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּם כִּזְמַנָּם. מַה זְמַנָּם — אֲפִילּוּ בְּיָחִיד, אַף שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּם — אֲפִילּוּ בְּיָחִיד?

Et Rav a-t-il vraiment dit cela ? Rav Yehouda, fils de Rav Chemouel bar Chilat, n'a-t-il pas dit au nom de Rav : Pourim qui tombe un Chabbat — la veille du Chabbat est leur temps ?

« La veille du Chabbat est leur temps » ? Mais le Chabbat est leur temps !

Il faut donc dire qu'il a voulu dire ceci : hors de leur temps vaut comme en leur temps. De même qu'en leur temps on lit même seul, de même hors de leur temps on lit même seul ?

📜 Rachi (1)
עֶרֶב שַׁבָּת זְמַנָּם הוּא מַשְׁמַע שֶׁהוּא זְמַן הַקָּבוּעַ לְהוּ מִימֵי אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה מִדְּלָא קָאָמַר מַקְדִּימִין לְעֶרֶב שַׁבָּת לְהָכִי קָשֶׁה לֵיהּ וְהָא שַׁבָּת זְמַנָּם הוּא שֶׁהֲרֵי י"ד הֻוקְבַּע לִפְרָזִים אֶלָּא לְהָכִי נְקַט הַאי לִישָּׁנָא דְּתִשְׁמַע מִינָּהּ הוֹאִיל וְתִיקְּנוּ לָהֶן חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁאַחַר כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה לְהַקְדִּים מִשּׁוּם דְּרַבָּה הֲרֵי הוּא לָנוּ כְּיוֹם וּזְמַן הַקָּבוּעַ מִתְּחִלָּה לְכָל דְּבָרָיו וְאַף עַל פִּי שֶׁהוּא שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּן הָוֵי כִּזְמַנָּן:
« La veille du Chabbat est leur temps » — cette formule implique qu'il s'agit d'un temps fixé pour eux depuis les jours des hommes de la Grande Assemblée, puisqu'il ne dit pas « ils avancent à la veille du Chabbat ». De là vient sa difficulté : le Chabbat est bien leur temps, car le quatorze a été fixé pour les localités sans muraille. S'il emploie cette formule, c'est pour qu'on en déduise ceci : puisque les sages d'Israël postérieurs à la Grande Assemblée ont institué d'avancer, à cause de la raison de Rabba, ce jour vaut pour nous comme le jour même, comme un temps fixé dès l'origine à tous égards ; et bien qu'il soit hors de leur temps, il vaut comme leur temps.
💡 Explication

La Guemara oppose à Rav une autre de ses paroles. Le mot zemanam, « leur temps », désigne une date instituée, et non une simple avance ; en l'employant pour la veille du Chabbat, Rav semble dire que la lecture avancée a le statut de la lecture à sa date.

De là l'inférence : si la veille du Chabbat vaut comme le jour lui-même, elle doit valoir aussi pour le quorum, et l'on y lirait donc même seul — ce qui contredit la première parole de Rav.

🖼️ Schéma
La veille du Chabbat est leur temps : ce que la formule prouve, et ce qu'elle ne prouve pas Une objection contre Rav, bâtie sur une autre parole de Rav, puis son retrait. Hava amina -- l'objection Rav a dit : Pourim qui tombe un Chabbat, la veille du Chabbat est leur temps. Or le Chabbat est déjà leur temps. La formule doit donc signifier : hors du temps vaut comme le temps -- et l'on y lirait aussi seul, contre Rav lui-même. Rachi : le mot temps indique une date fixée dès l'origine, et non une simple avance. Retrait -- la La parole de Rav ne porte pas sur le quorum de dix. La question du nombre reste entière. Son objet réel -- écarter l'avis de Rabbi Rabbi soutenait que les bourgades écartées de leur date soient reportées au jour de rassemblement. Rav enseigne au contraire que la veille du Chabbat est bien leur temps, conformément à la michna. La lecture s'avance donc au vendredi, sans être reportée au jeudi précédent.
L'objection tirée de la formule erev Chabbat zemanam, son retrait, et l'objet réel de la parole de Rav.
4
לֹא, לְעִנְיַן מִקְרָא מְגִילָּה בַּעֲשָׂרָה. אֶלָּא מַאי ״עֶרֶב שַׁבָּת זְמַנָּם״ — לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי, דְּאָמַר: הוֹאִיל וְנִדְחוּ עֲייָרוֹת מִמְּקוֹמָן — יִדָּחוּ לְיוֹם הַכְּנִיסָה, הָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּעֶרֶב שַׁבָּת זְמַנָּם הוּא.

Non : cela ne porte pas sur la lecture de la Meguila a dix. Alors que signifie « la veille du Chabbat est leur temps » ?

Cela écarte l'avis de Rabbi, qui a dit : puisque les bourgades ont été déplacées de leur date, qu'elles soient reportées au jour de rassemblement. Il nous enseigne donc que la veille du Chabbat est bien leur temps.

💡 Explication

La Guemara retire l'inférence. La parole de Rav sur la veille du Chabbat ne dit rien du quorum, et son objet se trouve ailleurs : elle vise l'avis de Rabbi, rapporté en 4b, selon lequel une bourgade écartée de sa date se rattache au jour de rassemblement, donc au jeudi précédent.

Contre cet avis, Rav enseigne que la veille du Chabbat elle-même constitue leur temps, conformément à la michna, et que la lecture s'y tient. La difficulté posée à Rav disparaît ainsi, et sa distinction entre lecture individuelle et lecture à dix se maintient.

5
מַתְנֵי׳ אִי זוֹ הִיא עִיר גְּדוֹלָה — כֹּל שֶׁיֵּשׁ בָּהּ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין. פָּחוֹת מִכָּאן — הֲרֵי זֶה כָּפַר.

MICHNA. Qu'est-ce qu'une grande ville ?

Toute localité où se trouvent dix batlanim. En deçà, c'est un village.

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אֵיזֶהוּ עִיר גְּדוֹלָה כֹּל שֶׁיֵּשׁ בָּהּ עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין פָּחוֹת מִכֵּן הֲרֵי זֶה כְּפָר בְּאֵלּוּ אָמְרוּ מַקְדִּימִין וְלֹא מְאַחֲרִין אֲבָל זְמַן עֲצֵי הַכֹּהֲנִים תִּשְׁעָה בְּאָב חֲגִיגָה וְהַקְהֵל מְאַחֲרִין וְלֹא מַקְדִּימִין אע"פ שֶׁאָמְרוּ מַקְדִּימִין וְלֹא מְאַחֲרִין מֻותָּרִין בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים א"ר יְהוּדָה אֵימָתַי בְּמָקוֹם שֶׁנִּכְנָסִין בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי אֲבָל בְּמָקוֹם שֶׁאֵין נִכְנָסִין בַּשֵּׁנִי וּבַחֲמִישִׁי קוֹרִין אוֹתָהּ בִּזְמַנָּהּ:
Michna : Qu'est-ce qu'une grande ville ? Toute localité où se trouvent dix batlanim ; en deçà, c'est un village. C'est à propos de ces temps-là qu'ils ont dit : on avance et l'on ne retarde pas. Mais le temps du bois des cohanim, le neuf Av, la haguiga et le hakhel : on retarde et l'on n'avance pas. Bien qu'ils aient dit qu'on avance et qu'on ne retarde pas, l'éloge funèbre et le jeûne y sont permis, et l'on y donne les matanot la-evyonim. Rabbi Yehouda a dit : quand cela ? Là où l'on entre en ville le lundi et le jeudi ; mais là où l'on n'entre ni le lundi ni le jeudi, on la lit en son temps.
💡 Explication

La michna donne le critère qui commande tout le calendrier exposé depuis le début du traité. Le partage entre ir, ville, et kefar, village, ne dépend pas du nombre d'habitants, mais de la présence de dix batlanim : des hommes libres de toute occupation professionnelle et entretenus par la communauté, afin qu'un office public soit toujours possible.

Une localité qui atteint ce seuil lit le quatorze à sa date ; celle qui reste en deçà avance sa lecture au jour de rassemblement.

🖼️ Schéma
Grande ville ou village : le critère des dix batlanim Le classement ne dépend pas du nombre d'habitants, mais de la présence d'une vie communautaire régulière. Dix batlanim ou plus La localité est une grande ville. Elle lit la Meguila a sa date propre, le quatorze, sans avancer. Les villages des alentours y montent le jour de rassemblement. Moins de dix batlanim La localité compte comme un village, même si ses habitants sont nombreux. Elle avance sa lecture au jour de rassemblement, lundi ou jeudi. Rabbi Yehouda restreint cette avance. Qui sont les batlanim ? La baraita et Rachi Dix hommes de la synagogue, desœuvres de leur travail et entretenus par la communauté, afin d'être toujours présents pour la prière publique. Appui de Rachi : Berakhot 6b, sur la venue divine à la synagogue lorsque dix hommes n'y sont pas trouvés.
Le critère des dix batlanim, et la définition qu'en donne la baraita.
6
בְּאֵלּוּ אָמְרוּ מַקְדִּימִין וְלֹא מְאַחֲרִין. אֲבָל זְמַן עֲצֵי כֹהֲנִים, וְתִשְׁעָה בְּאָב, חֲגִיגָה, וְהַקָּהָל — מְאַחֲרִין וְלֹא מַקְדִּימִין.

C'est à propos de ces temps-là qu'ils ont dit : on avance et l'on ne retarde pas. Mais le temps du bois des cohanim, le neuf Av, la haguiga et le hakhel : on retarde et l'on n'avance pas.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' בְּאֵלּוּ אָמְרוּ בִּזְמַנִּים שֶׁל מְגִילָּה אָמְרוּ מַקְדִּימִין אִם חָל י"ד בְּשַׁבָּת:
« Michna. C'est à propos de ces temps-là qu'ils ont dit » — à propos des temps de la Meguila, ils ont dit qu'on avance, si le quatorze tombe un Chabbat.
אֲבָל זְמַן עֲצֵי כֹהֲנִים וְהָעָם הָאָמוּר בְּמַס' תַּעֲנִית (דַּף כֹּח.) שֶׁהָיוּ מִשְׁפָּחוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁקָּבוּעַ לָהֶם יָמִים בְּכָל שָׁנָה לְהָבִיא עֵצִים לַמִּקְדָּשׁ לְצֹורֶךְ הַמַּעֲרָכָה וּמְבִיאִין קָרְבַּן עֵצִים עִמָּהֶן אִם חָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת מְאַחֲרִין לְיוֹם מָחָר וְכֵן תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת וְהוּא הַדִּין לי"ז בְּתַמּוּז וְלַעֲשָׂרָה בְּטֵבֵת וְהַאי דִּנְקַט תִּשְׁעָה בְּאָב מִשּׁוּם דְּהֻוכְפְּלוּ בּוֹ צָרוֹת וְהַכֹּל מִתְעַנִּין בּוֹ אֲבָל שְׁאָר צוֹמוֹת אָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף יח:) רָצוּ מִתְעַנִּין רָצוּ אֵין מִתְעַנִּין:
« Mais le temps du bois des cohanim et du peuple » — celui dont parle le traité Taanit (28a) : des familles d'Israël avaient des jours fixés chaque année pour apporter du bois au Temple, pour les besoins du bûcher de l'autel, et elles apportaient avec ce bois une offrande. Si ce jour tombe un Chabbat, on le reporte au lendemain ; de même le neuf Av qui tombe un Chabbat, et il en va de même pour le dix-sept Tamouz et le dix Tevet. S'il mentionne le neuf Av, c'est parce que les malheurs s'y sont accumulés et que tous y jeûnent ; quant aux autres jeûnes, nous disons au traité Roch Hachana (18b) : s'ils le veulent, ils jeûnent ; s'ils le veulent, ils ne jeûnent pas.
וַחֲגִיגָה אִם חָל יוֹם טוֹב בְּשַׁבָּת דּוֹחִין שַׁלְמֵי חֲגִיגָה לְמָחָר שֶׁהֲרֵי יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה וְכֵן הַקְהֵל אֶת הָעָם שֶׁהָיָה בְּשָׁנָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל שְׁמִטָּה בְּמוֹצָאֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג כְּדִכְתִיב מִקֵּץ שֶׁבַע שָׁנִים בְּמֹועֵד שְׁנַת הַשְּׁמִטָּה (דְּבָרִים ל״א:י׳) כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף מא.) שֶׁהָיָה הַמֶּלֶךְ קוֹרֵא בַּתּוֹרָה סֵפֶר מִשְׁנֵה תּוֹרָה וְכָל הָעָם חַייָּבִין לָבוֹא וּלְהָבִיא אֶת טַפָּם כְּדִכְתִיב הַקְהֵל אֶת הָעָם הָאֲנָשִׁים וְהַנָּשִׁים וְהַטַּף וּבְשַׁבָּת אִי אֶפְשָׁר וּמַעֲבִירִין אוֹתוֹ לְמָחָר וּבַגְּמָרָא יְרוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ דְּהָא דְּלָא עָבְדִינַן לֵיהּ בְּשַׁבָּת מִפְּנֵי הַבִּימָה כְּדִתְנַן בִּימָה שֶׁל עֵץ הָיוּ עוֹשִׂין לַמֶּלֶךְ בָּעֲזָרָה וְיוֹשֵׁב עָלֶיהָ וּפָרְכִינַן הָתָם וְלֶיעְבְּדָה מֵאֶתְמוֹל וּמְשַׁנֵּי דְּחִיקָא לֵיהּ עֲזָרָה:
« Et la haguiga » — si le jour de fête tombe un Chabbat, on repousse les chelamim de haguiga au lendemain, puisqu'elle dispose d'un rattrapage pendant les sept jours. De même le hakhel, « rassemble le peuple », qui avait lieu la première année du cycle de chemitta, à l'issue du dernier jour de fête de Soukkot, ainsi qu'il est écrit « au terme de sept ans, au temps de l'année de chemitta » (Devarim 31,10), comme nous le disons au traité Sota (41a) : le roi lisait dans la Torah le livre de Devarim, et tout le peuple était tenu de venir et d'amener ses enfants, ainsi qu'il est écrit « rassemble le peuple, les hommes, les femmes et les enfants ». Un Chabbat cela est impossible, et l'on reporte au lendemain. Dans la Guemara du Yerouchalmi, il est expliqué qu'on ne le fait pas un Chabbat à cause de l'estrade, comme nous l'avons appris : on faisait pour le roi une estrade de bois dans la cour du Temple, et il s'y asseyait. On y objecte : qu'on la dresse donc la veille ! Et l'on répond : la cour serait trop à l'étroit.
וְלֹא מַקְדִּימִין טַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
« Et l'on n'avance pas » — la raison en est expliquée dans la Guemara.
💡 Explication

La michna oppose deux régimes. La lecture de la Meguila suit la règle makdimin ve-lo meaharin, on avance et l'on ne retarde pas ; les quatre autres obligations suivent la règle inverse.

Rachi identifie chacune d'elles : le temps du bois des cohanim désigne les jours fixés où certaines familles montaient du bois pour le bûcher de l'autel ; le neuf Av vaut aussi pour les autres jeûnes du calendrier ; la haguiga est l'offrande de paix de la fête, qui dispose d'un rattrapage de sept jours ; le hakhel est le rassemblement de tout le peuple pour la lecture royale, à l'issue de Soukkot.

7
אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ מַקְדִּימִין וְלֹא מְאַחֲרִין — מֻותָּרִין בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית, וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי? מְקוֹם שֶׁנִּכְנָסִין בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי. אֲבָל מְקוֹם שֶׁאֵין נִכְנָסִין לֹא בַּשֵּׁנִי וְלֹא בַּחֲמִישִׁי — אֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ.

Bien qu'ils aient dit qu'on avance et qu'on ne retarde pas, l'éloge funèbre et le jeûne sont permis ces jours-là, et l'on y donne les matanot la-evyonim. Rabbi Yehouda a dit : quand cela ?

Là où l'on entre en ville le lundi et le jeudi ; mais là où l'on n'entre ni le lundi ni le jeudi, on ne la lit qu'en son temps.

💡 Explication

Deux précisions closent la michna. La première sépare la lecture avancée du jour de fête lui-même : le jour où les villageois lisent demeure un jour ordinaire, où hesped et taanit restent permis. La seconde maintient pourtant le lien entre la lecture et les matanot la-evyonim, données le jour de la lecture, comme l'établissait la baraita de 4b.

Rabbi Yehouda restreint enfin l'avance : elle ne concerne que les lieux où l'usage veut que les villageois entrent en ville le lundi et le jeudi. Ailleurs, la lecture reste fixée au quatorze.

8
גְּמ׳ תַּנָּא: עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין שֶׁבְּבֵית הַכְּנֶסֶת.

GUEMARA. Il a été enseigné : dix batlanim qui se tiennent à la synagogue.

📜 Rachi (1)
גְּמ' עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין שֶׁבְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁהֵן בְּטֵלִים מִמְּלַאכְתָּן וְנִיזּוֹנִים מִשֶּׁל צִבּוּר כְּדֵי לִהְיוֹת מִצָּוְיִין בִּתְפִלָּה בְּבֵית הַכְּנֶסֶת דְּאָמַר מַר בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת (דַּף ו:) כֵּיוָן שֶׁבָּא הקב"ה בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וְאֵינוֹ מוֹצֵא שָׁם עֲשָׂרָה וְכוּ':
« Guemara. Dix batlanim » — ceux de la synagogue, qui sont desœuvres de leur travail et entretenus par la communauté, afin d'être présents pour la prière à la synagogue ; car le maître a dit au traité Berakhot (6b) : lorsque le Saint béni soit-Il vient à la synagogue et n'y trouve pas dix hommes, etc.
💡 Explication

La baraita précise le critère de la michna. Les batlanim ne sont pas de simples desœuvres : Rachi les décrit comme des hommes libérés de leur travail et entretenus par la communauté, afin d'être toujours disponibles pour la prière publique.

Une localité capable d'entretenir dix tels hommes possède une vie communautaire régulière ; c'est ce qui la range parmi les villes pour la lecture de la Meguila.

9
בְּאֵלּוּ, אָמְרוּ מַקְדִּימִין וְלֹא מְאַחֲרִין. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר שְׁמוּאֵל: אֲמַר קְרָא ״וְלֹא יַעֲבֹור״.

« C'est à propos de ces temps-là qu'ils ont dit : on avance et l'on ne retarde pas. » Quelle en est la raison ? Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : le verset dit « et cela ne passera pas ».

💡 Explication

La Guemara demande le fondement de la règle. Rabbi Abba, au nom de Chemouel, le tire des mots ve-lo yaavor, « et cela ne passera pas » (Esther 9,27) : le jour fixé ne doit pas s'écouler sans que la lecture ait eu lieu.

Le verset exclut donc le report ; l'avance, en revanche, demeure possible, et c'est ce que les Sages ont institué pour les villages.

10
וְאָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר שְׁמוּאֵל: מִנַּיִן שֶׁאֵין מוֹנִין יָמִים לִשְׁנַיִם — שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה״ — חֳדָשִׁים אַתָּה מוֹנֶה לַשָּׁנִים, וְאִי אַתָּה מוֹנֶה יָמִים לַשָּׁנִים.

Et Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : d'où sait-on qu'on ne compte pas les jours pour former les années ? Du verset « pour les mois de l'année » — tu comptes des mois pour former les années, et tu ne comptes pas des jours pour former les années.

📜 Rachi (1)
מִנַּיִן שֶׁאֵין מוֹנִין יָמִים לִשְׁנַיִם כְּגוֹן דְּאָמַר קוֹנָם יַיִן שֶׁאֲנִי טוֹעֵם לְשָׁנָה מוֹנֶה י"ב חֹדֶשׁ מִיּוֹם לְיוֹם וְאִם נָדַר בְּאֶחָד בְּנִיסָן אָסוּר עַד אֶחָד בְּנִיסָן הַבָּא אע"פ שֶׁעֲדַיִין יֵשׁ י"א יוֹם שֶׁיָּמוּת הַחַמָּה יְתֵירִין עַל יְמוֹת הַלְּבָנָה אוֹ פְּעָמִים שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין חֳדָשִׁים חֲסֵרִין:
« D'où sait-on qu'on ne compte pas les jours pour former les années » — par exemple celui qui dit : « konam, que le vin me soit interdit pour une année ». Il compte douze mois de date à date : s'il a fait ce vœu le premier Nissan, le vin lui est interdit jusqu'au premier Nissan suivant, bien qu'il reste encore les onze jours dont l'année solaire dépasse l'année lunaire, ou bien parce qu'il arrive que nous fassions des mois défectueux.
💡 Explication

Le nom de Rabbi Abba au nom de Chemouel amène deux enseignements voisins, sans rapport direct avec Pourim. Le premier fixe l'unité du comput annuel : l'année se mesure en mois, et jamais en jours.

Rachi en donne l'application concrète dans le droit des vœux : celui qui s'interdit le vin « pour une année » compte douze mois de date à date, sans tenir compte des onze jours dont l'année solaire dépasse l'année lunaire.

11
וְרַבָּנַן דְּקֵיסָרִי מִשּׁוּם רַבִּי אַבָּא אָמְרוּ: מִנַּיִן שֶׁאֵין מְחַשְּׁבִין שָׁעוֹת לֶחֳדָשִׁים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַד חֹדֶשׁ יָמִים״. יָמִים אַתָּה מְחַשֵּׁב לֶחֳדָשִׁים, וְאִי אַתָּה מְחַשֵּׁב שָׁעוֹת לֶחֳדָשִׁים.

Et les sages de Césarée ont dit au nom de Rabbi Abba : d'où sait-on qu'on ne compte pas les heures pour former les mois ? Du verset « jusqu'à un mois de jours » — tu comptes des jours pour former les mois, et tu ne comptes pas des heures pour former les mois.

📜 Rachi (1)
שָׁעוֹת לָחֳדָשִׁים כְּגוֹן הָאוֹמֵר זֶה גִּיטֵּךְ אִם לֹא בָּאתִי מִכָּאן עַד חֹדֶשׁ זֶה וְהָיָה חֹדֶשׁ חָסֵר וּבָא מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה לְיוֹם כ"ט אֵין אוֹמְרִים עֲדַייִן הוּא בְּתוֹךְ הַחֹדֶשׁ שֶׁהֲרֵי חֲדָשָׁה שֶׁל לְבָנָה כ"ט יוֹם וּמֶחֱצָה:
« Des heures pour former les mois » — par exemple celui qui dit : « ceci est ton guet si je ne suis pas revenu d'ici un mois », le mois étant défectueux, et qui revient après la tombée de la nuit du vingt-neuvième jour. On ne dit pas qu'il se trouve encore à l'intérieur du mois du fait que le mois lunaire dure vingt-neuf jours et demi.
💡 Explication

Second enseignement, symétrique du précédent. La lunaison dure environ vingt-neuf jours et demi, mais le mois du calendrier compte des jours entiers, vingt-neuf ou trente.

Rachi en donne l'application dans le droit du guet : un acte conditionné au retour du mari « dans un mois », le mois étant défectueux, ne tient plus dès la nuit du vingt-neuvième jour passée, sans que la demi-journée de la lunaison réelle prolonge le délai.

🖼️ Schéma
Deux règles de comput : quelle unité sert à mesurer quoi Deux enseignements de Rabbi Abba au nom de Chemouel, rattachés ici par le nom de leur auteur. Heures Jours Mois exclu admis les mois servent à former les années Pas de jours pour former les années Verset : le-hodche ha-chana, pour les mois de l'année. Cas de Rachi : un vœu de konam sur le vin pour une année, prononcé le premier Nissan. On compte douze mois, de date à date. Les onze jours d'écart entre année solaire et année lunaire n'entrent pas dans le calcul. Pas d'heures pour former les mois Verset : ad hodech yamim, jusqu'à un mois de jours. Cas de Rachi : un guet conditionné au retour du mari dans un mois, le mois étant défectueux. Il revient après la tombée de la nuit du vingt-neuf. La demi-journée de la lunaison réelle ne prolonge pas le mois : la condition n'est plus tenue.
Les unités du comput : des mois pour les années, des jours pour les mois, et les cas pratiques donnés par Rachi.
12
אֲבָל זְמַן עֲצֵי כֹּהֲנִים וְתִשְׁעָה בְּאָב וַחֲגִיגָה וְהַקְהֵל — מְאַחֲרִין וְלֹא מַקְדִּימִין. תִּשְׁעָה בְּאָב — אַקְדּוֹמֵי פֻּורְעָנוּת לָא מַקְדְּמִי. חֲגִיגָה וְהַקְהֵל — מִשּׁוּם דְּאַכַּתִּי לָא מְטָא זְמַן חִיּוּבַיְיהוּ.

« Mais le temps du bois des cohanim, le neuf Av, la haguiga et le hakhel : on retarde et l'on n'avance pas. » Le neuf Av : on n'avance pas un malheur. La haguiga et le hakhel : parce que le temps de leur obligation n'est pas encore arrivé.

📜 Rachi (1)
אַכַּתִּי לָא מְטָא זְמַן חִיּוּבַיְיהוּ וְאִם יַקְדִּימוּהָ לֹא יָצְאוּ יְדֵי חוֹבָתָן וְכֵן עֲצֵי כֹּהֲנִים שֶׁקָּבוּעַ לָהֶן זְמַן קָבוּעַ בִּנְדָרִים:
« Le temps de leur obligation n'est pas encore arrivé » — et s'ils les avançaient, ils ne s'acquitteraient pas de leur obligation. Il en va de même du bois des cohanim, dont le temps leur est fixé par vœu.
💡 Explication

La Guemara distingue deux raisons de retarder. Pour le neuf Av vaut le principe akdomei pouranouta lo makdeminan : on n'avance pas un malheur, et le jeûne est donc repoussé plutôt que rapproché.

Pour la haguiga et le hakhel, la raison est d'un autre ordre : le temps de l'obligation n'est pas encore venu, et une offrande apportée avant sa date ne s'acquitte de rien. Rachi rattache le bois des cohanim à cette seconde raison, puisque leur jour est fixé par vœu.

🖼️ Schéma
Ce que l'on avance, ce que l'on retarde, et pourquoi Le principe makdimin ve-lo meaharin vaut pour la Meguila seule ; tout le reste suit la règle inverse. On avance, on ne retarde pas Lecture de la Meguila aux dates de la michna. Le Roch y joint le prélèvement des chekalim. Raison : le verset ve-lo yaavor Rabbi Abba au nom de Chemouel : le temps fixé ne doit pas passer sans que la lecture ait eu lieu. Le retard est donc exclu par le texte lui-même. On retarde, on n'avance pas Temps du bois des cohanim. Neuf Av. Haguiga. Hakhel. Le Roch ajoute le repas de Pourim, celui de Roch Hodech et une circoncision douteuse. Première raison : le neuf Av On n'avance pas un malheur. Rachi étend la règle au dix-sept Tamouz et au dix Tevet ; le neuf Av est cité parce que les malheurs s'y sont accumulés et que tous y jeûnent. Seconde raison : haguiga et hakhel Le temps de leur obligation n'est pas encore venu. Rachi : celui qui les avance ne s'acquitte de rien, et il en va de même du bois des cohanim, dont le jour est fixé par vœu. Ce que la michna permet malgré l'avance Le jour avancé n'est pas Pourim : l'éloge funèbre et le jeûne y demeurent permis. Les matanot la-evyonim s'y donnent pourtant, car les pauvres attendent le jour de la lecture.
Les deux régimes de la michna et la raison propre à chaque obligation retardée.
13
תְּנָא: חֲגִיגָה וְכָל זְמַן חֲגִיגָה מְאַחֲרִין. בִּשְׁלָמָא חֲגִיגָה, דְּאִי מִיקְּלַע בְּשַׁבְּתָא מְאַחֲרִינַן לַהּ לְבָתַר שַׁבְּתָא. אֶלָּא זְמַן חֲגִיגָה מַאי הִיא?

Il a été enseigné : la haguiga et tout le temps de la haguiga, on les retarde. Soit pour la haguiga : si elle tombe un Chabbat, nous la retardons après le Chabbat.

Mais « le temps de la haguiga », qu'est-ce que cela ?

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא חֲגִיגָה דְּקָתָנֵי מְאַחֲרִים אִי אִיקְּלַע בְּשַׁבָּת:
« Soit pour la haguiga » — dont il enseigne qu'on la retarde, si elle tombe un Chabbat.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' תָּנָא עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין שֶׁל בֵּית הַכְּנֶסֶת. בְּאֵלּוּ מַקְדִּימִין וְכוּ' פִּי' בִּקְרִיאַת מְגִילָּה וּבִתְרוּמַת שְׁקָלִים דִּכְתִיב וְלֹא יַעֲבֹור אֲבָל סְעוּדַת פּוּרִים וּסְעוּדַת ר"ח וּסְפֵק מִילָה וּזְמַן עֲצֵי הַכֹּהֲנִים וַחֲגִיגָה וְתִשְׁעָה בְּאָב וְהַקְהֵל מְאַחֲרִין וְלֹא מַקְדִּימִין תִּשְׁעָה בְּאָב אַקְדּוֹמֵי פֻּורְעָנוּתָא לָא מַקְדְּמִינַן וְהָנָךְ לָא מְטָא זִמְנַיְיהוּ:
Guemara : « Il a été enseigné : dix batlanim de la synagogue. » « C'est à propos de ces temps-là qu'on avance », etc. — cela vise la lecture de la Meguila et le prélèvement des chekalim, ainsi qu'il est écrit « et cela ne passera pas ». Mais le repas de Pourim, le repas de Roch Hodech, une circoncision douteuse, le temps du bois des cohanim, la haguiga, le neuf Av et le hakhel : on retarde et l'on n'avance pas. Le neuf Av, parce qu'on n'avance pas un malheur ; et les autres, parce que leur temps n'est pas encore arrivé.
💡 Explication

Une baraita ajoute une formule à la michna : on retarde la haguiga et tout le temps de la haguiga. Le premier membre se comprend sans difficulté, puisque le jour de fête peut tomber un Chabbat et que l'offrande passe alors au lendemain.

Le second membre demande une explication, et la Guemara la cherche dans les trois réponses qui suivent : Rav Ochaya, Rava et Rav Achi.

🖼️ Schéma
Le temps de la haguiga : trois lectures d'une même baraita La baraita enseigne deux choses ; la première se comprend seule, la seconde reçoit trois explications. La baraita : la haguiga et tout le temps de la haguiga, on les retarde La haguiga d'un jour de fête tombant un Chabbat s'offre après le Chabbat. Mais que désigne le temps de la haguiga ? Rav Ochaya Deux objets distincts : la haguiga un Chabbat, et l'ola de reiya même un jour de fête. Le jour de fête est pourtant le temps de la haguiga. Cela suit Beit Chammai : chelamim oui, olot non. Rava Une limite de durée : on retarde pendant toute la fête, et pas au-delà. Appui : la michna de Haguiga. Qui n'a pas offert le premier jour peut offrir jusqu'au dernier jour de fête. La fête passée, il n'en répond plus. Rav Achi Le cas extrême : Atseret, fête d'un seul jour. Même là, on retarde. Appui : tous concèdent que si Atseret tombe un Chabbat, le jour d'immolation vient après le Chabbat. Atseret garde sept jours de rattrapage. Ce qui sépare les trois lectures Rav Ochaya lit la baraita comme une liste d'offrandes ; Rava et Rav Achi la lisent comme une règle de durée. Rav Ochaya doit alors l'attribuer à Beit Chammai, tandis que les deux autres lectures conviennent à tous.
Trois lectures de la formule zman haguiga, et ce qui les sépare.
14
אָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא, הָכִי קָאָמַר: חֲגִיגָה בְּשַׁבָּת, וְעוֹלַת רְאִיָּיה אֲפִילּוּ בְּיוֹם טוֹב, דִּזְמַן חֲגִיגָה — מְאַחֲרִין.

Rav Ochaya a dit : voici ce qu'elle enseigne — la haguiga un Chabbat, et l'ola de reiya même un jour de fête, qui est le temps de la haguiga, on les retarde.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ בְּיוֹם טוֹב דִּזְמַן חֲגִיגָה הוּא שֶׁמֻּותָּר לְהַקְרִיב שַׁלְמֵי חֲגִיגָה וַאֲפִילּוּ הָכֵי מְאַחֲרִין עוֹלַת רְאִיָּיה עַד חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְהָכִי מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּבָרַייְתָא חֲגִיגָה מְאַחֲרִין וְעוֹד יֵשׁ דָּבָר אַחֵר שֶׁהִגִּיעַ זְמַנּוֹ מְאַחֲרִין אוֹתוֹ יוֹם אַף שֶׁהוּא זְמַן חֲגִיגָה וְאֵיזוֹ זוֹ עוֹלַת רְאִייָּה שֶׁהִיא חוֹבַת רֶגֶל כְּדִכְתִיב לֹא יֵרָאוּ פָנַי רֵיקָם (שְׁמוֹת מ) וְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף ז.) לֹא יֵרָאוּ פָנַי רֵיקָם בְּעוֹלוֹת וּזְבָחִים וְאַפֵּ"ה בי"ט לֹא קְרֵבָה וב"ש הִיא דְּאָמְרִי אֵין מַקְרִיבִין בי"ט עוֹלָה הַיְּכוֹלָה לָבֹא לְמָחָר וַאֲפִילּוּ הִיא חוֹבַת הָרֶגֶל:
« Même un jour de fête, qui est le temps de la haguiga » — où il est permis d'offrir les chelamim de haguiga, et malgré cela on retarde l'ola de reiya jusqu'aux jours intermédiaires de la fête. Tel est le sens de la formule de la baraita : la haguiga, on la retarde ; et il y a encore autre chose dont le temps est venu et que l'on retarde au-delà de ce jour, bien qu'il soit le temps de la haguiga — savoir l'ola de reiya, qui est une obligation de la fête, ainsi qu'il est écrit « on ne paraîtra pas devant Ma face les mains vides » (Chemot 23,15), et nous disons au traité Haguiga (7a) : « on ne paraîtra pas devant Ma face les mains vides » — avec des holocaustes et des offrandes de paix. Malgré cela, elle n'est pas offerte le jour de fête ; et cela suit Beit Chammai, qui dit qu'on n'offre pas un jour de fête un holocauste qui peut être apporté le lendemain, même s'il est une obligation de la fête.
🗂️ Tossefot (1)
עוֹלַת רְאִייָּה אַפֵּי' בי"ט מְאַחֲרִין. הִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן מֵהָא דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק קַמָּא דְּבֵיצָה (דַּף יב. וְשָׁם) הַשּׁוֹחֵט עוֹלַת נְדָבָה בי"ט לוֹקֶה וּמַסִּיק דַּאֲמַר לָךְ מַנִּי בֵּית שַׁמַּאי הִיא וְכוּ' וְקָשֶׁה אַמַּאי לָא תָּנֵי עוֹלַת רְאִיָּיה דְּהָוֵי רְבוּתָא טְפֵי דְּאַף עַל גַּב דְּהָוֵי צֹורֶךְ י"ט לוֹקֶה אַלִּיבָּא דב"ש וְאֵין לוֹמַר דִּלְהָכִי נְקַט עוֹלַת נְדָבָה לְאַשְׁמוֹעִינַן דַּאֲפִילּוּ הָכֵי שָׁרוּ בֵּית הִלֵּל זֶה אֵינוֹ דְּהָא בְּפֶרֶק שֵׁנִי דְּהָתָם (דַּף יט. וְשָׁם) מוּכָח בְּהֶדְיָא דְּלָא נֶחְלְקוּ ב"ה עַל עוֹלָה [שֶׁאֵינָהּ] שֶׁל י"ט דְּוַדַּאי אֵינָהּ קְרֵיבָה בי"ט וְאִם כֵּן קָשֶׁה אַמַּאי נְקַט עוֹלַת נְדָבָה וי"ל דִּלְהָכִי נְקַט עוֹלַת נְדָבָה לְמֵידַק הָא שַׁלְמֵי נְדָבָה אֵינוֹ לוֹקֶה כֵּיוָן דְּאִיכָּא בְּהוּ צֹורֶךְ אֹוכֶל נֶפֶשׁ אֲבָל אִיסּוּרָא מִיהָא אִיכָּא מִשּׁוּם דִּכְתִיב לָכֶם:
« L'ola de reiya, même un jour de fête, on la retarde. » Rabbenou Elhanan a objecté à partir de ce que nous disons au premier chapitre de Beitsa (12a) : celui qui immole un jour de fête un holocauste offert en don volontaire reçoit les coups, et la Guemara conclut que celui qui t'a enseigné cela suit Beit Chammai, etc. La difficulté : pourquoi ne pas enseigner le cas de l'ola de reiya, qui serait plus fort, puisque, bien qu'elle réponde à un besoin du jour de fête, il recevrait les coups selon Beit Chammai ? On ne peut pas répondre qu'il mentionne l'holocauste volontaire pour nous apprendre que même celui-là Beit Hillel l'autorise, car au deuxième chapitre de ce même traité (19a) il est démontré explicitement que Beit Hillel n'a pas discuté au sujet d'un holocauste étranger aux besoins du jour de fête, lequel assurément n'est pas offert ce jour-là. La difficulté demeure donc : pourquoi mentionner l'holocauste volontaire ? On peut répondre qu'il le mentionne pour qu'on en déduise ceci : pour des chelamim volontaires, il ne reçoit pas les coups, puisqu'il s'y trouve un besoin de nourriture ; une interdiction subsiste pourtant, du fait qu'il est écrit « pour vous ».
💡 Explication

Première lecture. Rav Ochaya voit dans la baraita deux objets distincts : la haguiga, retardée lorsque la fête tombe un Chabbat, et l'ola de reiya, l'holocauste de comparution, retardée même au-delà d'un jour de fête ordinaire.

La formule « tout le temps de la haguiga » désigne alors ce jour de fête même, où l'offrande de paix peut être apportée tandis que l'holocauste attend les jours intermédiaires. Cette lecture suppose l'avis de Beit Chammai, qui interdit d'offrir un jour de fête un holocauste pouvant attendre le lendemain.

15
מַנִּי — בֵּית שַׁמַּאי הִיא, דִּתְנַן, [בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים]: מְבִיאִין שְׁלָמִים בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין סוֹמְכִין עֲלֵיהֶן,

Qui enseigne ainsi ? C'est Beit Chammai, car nous avons appris [Beit Chammai disent] : on apporte des chelamim un jour de fête, et l'on ne pose pas les mains sur eux,

📜 Rachi (2)
מְבִיאִין שְׁלָמִים בי"ט שֶׁהֵן מַאֲכַל אָדָם בי"ט וּכְתִיב אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ (שְׁמוֹת י״ב:ט״ז):
« On apporte des chelamim un jour de fête » — car ils sont nourriture pour l'homme au jour de fête, et il est écrit « seulement ce qui sera mangé par toute personne » (Chemot 12,16).
וְאֵין סוֹמְכִין עֲלֵיהֶן שֶׁהַסְּמִיכָה שְׁבוּת הִיא דִּתְנַן (בֵּיצָה דַּף לוֹ:) אֵלּוּ הֵן מִשּׁוּם שְׁבוּת לֹא רוֹכְבִין עַל גַּבֵּי בְּהֵמָה וְעַל אֵלּוּ שֶׁיַּקְרִיבוּ בי"ט יִסְמְכוּ מֵאֶתְמוֹל דְּלֵית לְהוּ לְבֵית שַׁמַּאי תֵּכֶף לִסְמִיכָה שְׁחִיטָה:
« Et l'on ne pose pas les mains sur eux » — car la semikha relève du chevout, comme nous l'avons appris (Beitsa 36b) : voici ce qui relève du chevout — on ne monte pas sur une bête, etc. Pour celles que l'on offrira un jour de fête, on posera les mains la veille, car Beit Chammai ne tient pas que l'immolation doive suivre immédiatement la semikha.
💡 Explication

La Guemara identifie l'auteur de la baraita selon Rav Ochaya. Beit Chammai autorise les chelamim un jour de fête, parce que leur chair est consommée et que leur immolation relève de la préparation des aliments permise ce jour-là.

Ils interdisent en revanche la semikha, l'imposition des mains, qui suppose d'appuyer de tout son poids sur la bête et relève du chevout, interdit rabbinique du jour de fête. Rachi précise que Beit Chammai ne tient pas l'exigence d'une immolation immédiatement consécutive à la semikha, et qu'on impose donc les mains la veille.

16
אֲבָל לֹא עוֹלוֹת. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְבִיאִין שְׁלָמִים וְעוֹלוֹת וְסוֹמְכִין עֲלֵיהֶן.

mais non des holocaustes. Et Beit Hillel disent : on apporte des chelamim et des holocaustes, et l'on pose les mains sur eux.

📜 Rachi (2)
אֲבָל לֹא עוֹלוֹת אֵין מְבִיאִין דְּסָבְרִי לָכֶם וְלֹא לְגָבוֹהַּ:
« Mais non des holocaustes » — on n'en apporte pas, car ils tiennent que « pour vous » exclut « pour le Très-Haut ».
וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים מְבִיאִין שְׁלָמִים וְעוֹלוֹת וּמָה אֲנִי מְקַייֵּם לָכֶם לָכֶם וְלֹא לְנָכְרִים:
« Et Beit Hillel disent : on apporte des chelamim et des holocaustes » — et comment est-ce que j'applique alors « pour vous » ? « Pour vous » exclut « pour les non-Juifs ».
💡 Explication

Suite de la michna de Beitsa. Beit Chammai exclut les olot, holocaustes entièrement consumés : puisque rien n'en est mangé, leur immolation ne relève d'aucun besoin alimentaire et demeure un travail interdit. Ils lisent le mot lakhem, « pour vous », comme excluant ce qui monte pour le Très-Haut.

Beit Hillel autorise les deux et applique lakhem autrement : « pour vous » exclut ce qui serait préparé pour des non-Juifs. Ce partage est ce qui permet à Rav Ochaya de rattacher la baraita à Beit Chammai.

17
רָבָא אָמַר: חֲגִיגָה, כָּל זְמַן חֲגִיגָה — מְאַחֲרִין, טְפֵי — לֹא. דִּתְנַן: מִי שֶׁלֹּא חָג בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג — חוֹגֵג וְהוֹלֵךְ אֶת כָּל הָרֶגֶל כֻּולּוֹ, וְיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג. עָבַר הָרֶגֶל וְלֹא חָג — אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ.

Rava a dit : la haguiga, on la retarde pendant tout le temps de la haguiga, et pas au-delà. Car nous avons appris : celui qui n'a pas apporté l'offrande de fête le premier jour de fête de Soukkot peut l'apporter tout au long de la fête, jusqu'au dernier jour de fête inclus.

Si la fête est passée et qu'il ne l'a pas apportée, il n'en répond plus.

📜 Rachi (1)
כָּל זְמַן חֲגִיגָה כָּל הָרֶגֶל עַד י"ט הָאַחֲרוֹן רַשַּׁאי לְשַׁהוֹתָהּ:
« Tout le temps de la haguiga » — toute la fête, jusqu'au dernier jour de fête, il a le droit de la différer.
💡 Explication

Deuxième lecture. Rava entend « tout le temps de la haguiga » comme une durée : le report reste possible aussi longtemps que dure la fête, et cesse avec elle.

Son appui vient de la michna de Haguiga : les sept jours forment une période de rattrapage, les tachloumin. Une fois la fête passée, l'obligation s'éteint sans laisser de dette, et celui qui n'a pas offert n'a rien à compenser.

18
רַב אַשִּׁי אָמַר: חֲגִיגָה וְכָל זְמַן חֲגִיגָה — מְאַחֲרִין, וַאֲפִילּוּ עֲצֶרֶת דְּחַד יוֹמָא — מְאַחֲרִין, דִּתְנַן: מוֹדִים שֶׁאִם חָל עֲצֶרֶת לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — שֶׁיּוֹם טְבֹוחַ אַחַר הַשַּׁבָּת.

Rav Achi a dit : la haguiga et tout le temps de la haguiga, on les retarde — et même Atseret, qui ne dure qu'un jour, on la retarde. Car nous avons appris : ils concèdent que si Atseret tombe un Chabbat, le jour d'immolation vient après le Chabbat.

📜 Rachi (2)
רַב אָשֵׁי אָמַר חֲגִיגָה כָּל זְמַן שֶׁנֶּאֶמְרָה בּוֹ חֻגֶּינָה מְאַחֲרִין אִם בָּאָה בְּשַׁבָּת וַאֲפִילּוּ עֲצֶרֶת שֶׁאֵינָהּ אֶלָּא יוֹם אֶחָד תַּשְׁלוּמִין יֵשׁ לָהּ כָּל שִׁבְעָה וַעֲדַיִין יֵשׁ לָהּ זְמַן לִיקָּרֵב:
« Rav Achi a dit : la haguiga, tout le temps où la haguiga a été énoncée, on la retarde » — si elle tombe un Chabbat ; et même Atseret, qui ne dure qu'un seul jour, dispose d'un rattrapage pendant sept jours, et il lui reste donc un temps pour être offerte.
וּמוֹדִין בַּעֲצֶרֶת שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף יז.) נֶחְלְקוּ בַּעֲצֶרֶת שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים יוֹם טְבֹוחַ שֶׁל עֲצֶרֶת אַחַר הַשַּׁבָּת וּבֵית שַׁמַּאי לְטַעְמַייְהוּ דְּאָמְרִי עוֹלוֹת אֵין מַקְרִיבִין בְּיוֹם טוֹב הִלְכָּךְ לֹא יַקְרִיבוּ עַד לְאַחַר שַׁבָּת וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים אֵין לָהּ יוֹם טְבֹוחַ אֵין צָרִיךְ לְהַמְתִּין לְיוֹם טְבוֹחַ שֶׁהַשְּׁלָמִים [וְעוֹלוֹת] קְרֵיבִין בי"ט וּמוֹדִין בַּעֲצֶרֶת שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת שֶׁאֵין עוֹלַת רְאִיָּיה וְשַׁלְמֵי חֲגִיגָה קְרֵיבִין בְּשַׁבָּת וּמַמְתִּין לְיוֹם טְבוֹחַ שֶׁל קָרְבְּנוֹת הַיּוֹם לְאַחַר הַשַּׁבָּת אַלְמָא יֵשׁ תַּשְׁלוּמִין לַעֲצֶרֶת:
« Et ils concèdent, pour Atseret qui tombe un Chabbat » — au traité Haguiga (17a), ils ont discuté d'Atseret tombant la veille du Chabbat. Beit Chammai disent : le jour d'immolation d'Atseret vient après le Chabbat — et Beit Chammai suit ici sa ligne, puisqu'ils disent qu'on n'offre pas d'holocaustes un jour de fête ; on n'offrira donc qu'après le Chabbat. Beit Hillel disent : elle n'a pas de jour d'immolation distinct, il n'y a pas lieu d'attendre un jour d'immolation, car les chelamim [et les holocaustes] sont offerts le jour de fête. Et ils concèdent, pour Atseret qui tombe un Chabbat, que l'ola de reiya et les chelamim de haguiga ne sont pas offerts un Chabbat, et que l'on attend après le Chabbat le jour d'immolation des offrandes de ce jour — preuve qu'Atseret dispose d'un rattrapage.
💡 Explication

Troisième lecture. Rav Achi tire de la formule le cas le plus serré : Atseret, Chavouot, ne dure qu'un seul jour, et l'on pourrait croire que le report n'y a plus de place.

Son appui est la michna de Haguiga où Beit Chammai et Beit Hillel s'accordent : Atseret tombant un Chabbat, le yom tevoah, le jour d'immolation des offrandes de la fête, est repoussé après le Chabbat. La fête d'un jour possède donc elle aussi ses sept jours de rattrapage.

19
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: רַבִּי נָטַע נְטִיעָה בְּפוּרִים,

Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : Rabbi planta un plant à Pourim,

💡 Explication

Le folio s'ouvre sur une nouvelle série, consacrée aux usages de Rabbi et aux limites du caractère festif de Pourim. Planter relève du travail, et l'accomplir ce jour-là paraît en amoindrir l'honneur.

La phrase reste suspendue : la suite du récit et les autres pratiques de Rabbi se lisent en 5b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).